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Quelle linguistique romane au XXI siècle ?

295 pages
L'avenir de l'enseignement de la Linguistique Romane est aujourd'hui en jeu et dépendra de la capacité de la discipline à se réorienter et à montrer qu'elle a encore beaucoup à apporter à la Science et à la Société en général. Les travaux qui composent ce livre contribuent non seulement à alimenter une réflexion sur l'avenir de la discipline, déjà initiée depuis des années dans la communauté des Romanistes, mais également à mettre en évidence la fécondité de cette spécialité et l'intérêt indéniable qu'elle présente.
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Quelle Linguistique Romane au XXIe siècle ?

Langue et Parole. Recherches en Sciences du langage
Collection dirigée par Henri Boyer (Université de Montpellier 3)
Conseil scientifique : C. Alén Garabato (Univ. de Montpellier 3, France), M. Billières (Univ. de Toulouse-Le Mirail, France), P. Charaudeau (Univ. de Paris 13, France), N. Dittmar (Univ. de Berlin, Allemagne), V. Dospinescu (Univ. "Stefan cel Mare" de Suceava, Roumanie), F. Fernández Rei (Univ. de Santiago de Compostela, Espagne), A. Lodge (St Andrews University, Royaume Uni), I.-L. Machado (Univ. Federal de Minas Gerais, Brésil), M.-A. Paveau (Univ. de Paris 13, France), P. Sauzet (Univ. de Toulouse-Le-Mirail), G. Siouffi (Univ. de Montpellier 3, France). La collection Langue et Parole. Recherches en Sciences du langage se donne pour objectif la publication de travaux, individuels ou collectifs, réalisés au sein d'un champ qui n'a cessé d'évoluer et de s'affirmer au cours des dernières décennies, dans sa diversification (théorique et méthodologique), dans ses débats et polémiques également. Le titre retenu, qui associe deux concepts clés (et controversés) du Cours de Linguistique Générale de Ferdinand de Saussure, veut signifier que la collection diffusera des études concernant l'ensemble des domaines de la linguistique contemporaine : descriptions de telle ou telle langue, parlure ou variété dialectale, dans telle ou telle de ses/ leurs composantes; recherches en linguistique générale mais aussi en linguistique appliquée et en linguistique historique; approches des pratiques langagières selon les perspectives ouvertes par la pragmatique ou l'analyse conversationnelle, sans oublier les diverses tendances de l'analyse de discours. Elle est également ouverte aux travaux concernant la didactologie des langues-cultures. La collection Langue et Parole souhaite ainsi contribuer à faire connaître les développements les plus actuels d'un champ disciplinaire qui cherche à éclairer l'activité de langage sous tous ses angles. Rappelons que par ailleurs la Collection Sociolinguistique de L'Harmattan intéresse les recherches orientées spécifiquement vers les rapports entre langue/langage et société. Dernières parutions Maurice TOURNIER, Des noms et des gens en république (1879-1914), 2010. Catherine GUESLE-COQUELET, Les termes d’adresse en français. Comment aider les non-francophones à en comprendre et maîtriser l’utilisation, 2010. Isabelle OLIVEIRA, Nature et fonctions de la métaphore en science, 2009. Carmen ALEN GARABATO, Teddy ARNAVIELLE et Christian CAMPS, La Romanistique dans tous ses états, 2009. Teddy ARNAVIELLE et Christian CAMPS (éd.), Discours et savoirs sur les langues dans l’aire méditerranéenne, 2009. Nathalie AUGER Nathalie, Fred DERVIN, Eija SUOMELA-SALMI (sous la dir.), Pour une didactique des imaginaires dans l’enseignement-apprentissage des langues étrangères, 2009. Marie J. BERCHOUD (sous la dir.), Les mots de l’espace : entre expression et appropriation. Contribution à une coordination des points de vue autour des sciences du langage, 2009. Carmen PINEIRA-TRESMONTANT (sous la dir.), La Présidentielle au filtre des médias étrangers, 2008.

Sous la direction de Carmen ALÉN GARABATO Xosé Afonso ÁLVAREZ Mercedes BREA

Quelle Linguistique Romane e au XXI siècle ?

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12526-1 EAN : 9782296125261

Présentation
Carmen ALÉN GARABATO Xosé Afonso ÁLVAREZ Mercedes BREA

La situation actuelle de la Linguistique Romane est très différente de celle que cette discipline a vécu pendant des décennies et depuis sa naissance au XIXe siècle lorsqu’elle était présente dans les universités de toute l’Europe. Une explication pourrait venir de la ségrégation des philologies spécifiques (catalane, française, galicienne, hispanique, italienne …) dans l'enseignement supérieur, qui disposent de titres propres, et qui se sont ainsi éloignées de la (trop traditionnelle pour certains) Philologie Romane : le nombre de jeunes romanistes qui se forment dans les universités s’est ainsi fortement réduit. L’avenir de l’enseignement de la Linguistique Romane est aujourd’hui en jeu et dépendra de la capacité de la discipline à se réorienter et à montrer qu’elle a encore beaucoup à apporter à la Science et à la Société en général. Cependant, loin de s’éteindre, la recherche en Linguistique Romane vit aujourd’hui des moments importants avec le cumul des savoirs hérités de plus de deux siècles d’études, des bases méthodologiques de plus en plus solides et le soutien des nouvelles technologies qui permettent de traiter toutes les informations de façon optimale. Cet ouvrage présente quelques uns des ambitieux projets que des équipes de romanistes de toute l’Europe sont en train de développer. Face à la variété des sujets traités nous avons opté pour une présentation alphabétique des contributions, à partir du nom des auteurs. Elles sont précédées de courts résumés rédigés dans une langue romane autre que celle de l’article. Nous voulions ainsi symboliquement donner la parole dans cet ouvrage au plus grand nombre de langues de cette famille. 7

On trouvera ici des informations sur l’enseignement de la Linguistique Romane : une minutieuse carte de sa situation dans les licences, masters et doctorats des principales universités européennes, une proposition de réorientation méthodologique qui consisterait à prendre comme point de départ la comparaison des langues actuelles face à la démarche traditionnelle historique et comparée, ce qui compenserait les faibles connaissances de latin de nos étudiants, et également l’expérience de l’enseignement des langues romanes dans un pays de langue non romane, la Géorgie, à partir de stratégies qui privilégient l’intercompréhension et l’indissociabilité du binôme langueculture. On examine aussi le rôle de la Linguistique Romane comme discipline qu’on pourrait qualifier d'intermédiaire entre la monolinguistique et la linguistique générale et sont proposées de nouvelles perspectives de développement : un plus grand lien avec les études typologiques ou l'incorporation des derniers modèles théoriques développés au sein de la linguistique générale. Il est par ailleurs question de la définition et de la délimitation du concept de stylistique, un domaine traité en abondance dans les études romanes durant le XXe siècle. Deux contributions concernent la sociolinguistique romane, un domaine relativement récent mais qui a été spécialement fécond : l’une est consacrée à la place (parfois discutée) de ce sous-champ dans la propre linguistique romane, l’autre se centre sur les processus de reconnaissance, de normalisation et de normativisation des variétés romanes minorisées. Ne pouvait pas manquer, évidemment, l'attention aux nouvelles technologies, un atout important non seulement pour la diffusion de la recherche, mais aussi spécialement utile pour le traitement des données linguistiques. Il en est question dans plusieurs contributions du présent volume et un travail monographique est consacré à la présentation du système Pinakes Text dont la pertinence pour un secteur important des études philologiques et de linguistique romane est mise en évidence. Finalement on décrit la situation actuelle dans plusieurs sous-champs disciplinaires importants de la linguistique romane : l'anthroponymie, 8

l'étymologie, la géolinguistique et l’histoire linguistique de la Romania. D’importants projets de recherche de portée panromane menés par des équipes internationales ont été initiés dans ces domaines. Il nous semble que les travaux qui composent ce livre peuvent non seulement contribuer à alimenter une réflexion sur l’avenir de la discipline, déjà développée depuis des années dans la communauté des Romanistes, mais également à mettre en évidence la fécondité de cette spécialité et l'intérêt scientifique indéniable qu’elle présente. Nous exprimons notre reconnaissance aux auteurs qui ont accepté de contribuer à cet ouvrage : des chercheurs et des enseignants-chercheurs reconnus dans le domaine de la romanistique, appartenant à des Universités et à des équipes de recherche d’Allemagne, d’Autriche, de Belgique, de France, d’Espagne, de Géorgie et d’Italie.

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Linguistique romane et sociolinguistique historique
Carmen ALÉN GARABATO Université Montpellier III ARSER-DIPRALANG-EA 739

Resumé : Las relaciones entre la sociolingüística y la lingüística románica han sido objeto de numerosos debates. Sin embargo, los romanistas tomaron en consideración desde hace mucho tiempo, con mas o menos rigor científico, los factores exteriores que han contribuido al desarrollo de las lenguas romances. Por otra parte, los sociolingüistas que se interesan por las lenguas románicas en situación de diglosia, especialmente los catalanes y los occitanos, han interpretado la actualidad de sus lenguas a partir del análisis de datos históricos. La sociolingüística románica es una sociolingüística histórica que trabaja a partir del análisis de corpus más o menos antiguos y a partir de los cuales se puede comprender mejor la situación actual de las lenguas románicas. Queda todavía por desarrollar el método comparativo en sociolinguistica, que caracteriza, en mi opinion, esta disciplina.

« La philologie romane s’est méfiée, en général, de la sociologie et aussi de l’histoire en tant que sciences pourvues de théories propres et de règles méthodologiques sui generis » (Schlieben-Lange 1982: 209). « Les romanistes qui se méfient de la sociolinguistique […] sont encore assez nombreux » (Badia i Margarit 1984 : 285). Ces deux phrases prononcées respectivement lors des XVIe et XVIIe Congrès Internationaux de linguistique et philolohie romanes (Palma de Mallorca et Aix en Provence) expriment bien les rapports compliqués entre philologie romane et sociolinguistique.

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Je centrerai cet article sur les trois points qui, me semble-t-il, pourraient contribuer à clarifier ces rapports. Quelle est la place de la sociolinguistique au sein de la linguistique romane? Quelle est la spécificité de la sociolinguistique romane par rapport à d’autres sociolinguistiques? La sociolinguistique a-t-elle un rôle positif à jouer dans le maintien et la rénovation de la linguistique romane ? Si oui, lequel ?

1. Quelle est la place de la sociolinguistique au sein de la philologie romane? Il faut dire que la philologie romane a intégré depuis très longtemps les facteurs sociaux dans ses études. Brigitte Schilieben Lange se demandait en 1984 si la philologie romane ne serait pas une “sociolinguistique avant la lettre” (Schlieben-Lange 1982 : 209): tout en regrettant un certain manque d’approfondissement elle plaidait alors pour une “intégration encore plus accentuée des aspects “sociolinguistiques” dans la philologie romane” (ibid 209). Malgré la méfiance dont parlait A. Badia i Margarit, la synergie entre la linguistique romane et la sociolinguistique a accompagné le développement de la linguistique romane des dernières décennies. Les réflexions faites par Lorenzo Renzi dans les « Introduzione » des trois éditions de son manuel de philologie romane (1976, Introduzione alla filologia romanza , Bologna : Società editrice Il Mulino; 1985, Nuova introduzione alla filologia romanza , Bologna : Società editrice Il Mulino (con la collaborazione di Giampaolo Salvi); et 2003, Manuale de linguistica e filologia romanza, Bologna, Sociétà editrice il Mulino (avec Alvise Andreose)) montrent bien ce cheminement. Ainsi, déjà en 1976, après avoir insisté sur la variété des sujets d’étude du champ filologia romanza et donné comme exemple « la lingua del fascismo in Italia, o la lingua della televisione,ecc. » (Renzi 1976 :9), L. Renzi prône une « linguistique romane » nouvelle en même temps qu’il « dénonce » la priorité 12

donnée aux études médiévales en Italie. Il se plaint, par ailleurs, d’une tendance qui aurait pris la relève de la linguistique romane comparée du XIXe, plus rigoureuse certes mais qui, au lieu de chercher à l’intégrer de façon rigoureuse, aurait tourné le dos à la « perspective humaniste » et qui isolait les langues du contexte dans lequel elles sont parlées :
La linguistica moderna, più rigorosa che ogni paradigma precedente, chiude per sempre i rapporti con la prospettiva « umanistica ». E effettivamente la linguistica non ha niente da guadagnare a intrattenere i rapporti tradizionali con la letteratura, la filosofia, con signole ideologie ecc. Tuttavia chiudendo ogni rapporto si confina in un limbo, nel quale veramente non si sa nemmeno più a che cosa servono le lingue. L’assunzione di un rigore scientifico ha la contropartita nell’abbandono di molte questioni interessanti. Queste sono state, è vero, trattate nel passato spesso in modo improvvisato; ma, invece di essere eliminate, dovrebbero essere anch’esse avvicinati in modo più scientifico (Renzi 1976: 11-1, c’est moi qui souligne)

Dans l’introduction à son manuel de 1985 il maintient cette même ligne et n’hésite pas à profiter des apports de la sociolinguistique et à se servir d’un concept cher à certains sociolinguistes : la diglossie, pour décrire la situation dans laquelle se sont trouvées pendant longtemps les langues romanes par rapport au latin ainsi que la coexistence italien/dialectes en Italie (Renzi 1985: 236). Presque 20 ans après, en 2003, il rappelle les circonstances dans lesquelles furent rédigés ses deux ouvrages précédents et confirme son positionnement entre structuralisme /générativisme et sociolinguistique :
Rispetto alle Introduzioni precedenti, con il mio allievo e collaboratore Alvisse Andreose ho cercato di ripensare tutta l’opera. Devo confessare che il risultato paradossale è stato quello di confermare in gran parte le scelte di fondo e, conseguentemente, la struttura generale delle opere precedenti. Le Introduzioni ricordate erano nate in un periodo di grande cambiamenti teorici nella lingüística: diffusione dello strutturalismo, inizio dell’egemonia culturale americana, nascita della Grammatica generativa e, al polo opposto, della Sociolinguistica: una dualità, questa tra Generativismo e Sociolinguistica, a cui un europeo, e in particolare un italiano, non si sentiva obbligato (Renzi et Andreose 2003).

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Ce choix, appliqué avec plus ou moins de rigueur scientifique, est celui de la plupart des romanistes, qui ont intégré dans leurs recherches sur l’histoire de la Romania ou des langues romanes des questions d’ordre social notamment parce que « i problemi con cui ci si è misturati sono stato sempre, di fatto, assai vicini a quelli della sociolinguistica » (Varvaro 1982: 194). 2. Quelle est la spécificité de la sociolinguistique romane par rapport à d’autres sociolinguistiques? Cette question renvoie à une autre plus générale (puisque « la sociolinguistique est tout à fait inséparable de la linguistique tout court » (Badia i Margarit 1984 : 285)) qui semble obséder depuis des années les romanistes (conséquence sûrement de la « crise » dans laquelle se trouvent les études de philologie romane dans les universités européennes) : celle de la pertinence et de l’avenir de la linguistique romane au XXIe siècle et de ses rapports avec la linguistique générale ou les linguistiques particulières ou idiomatiques. Comme l’affirmait J. Herman en 1980, lors du XVI Congrès International de Linguistique et de Philologie romanes, dans une table ronde consacrée à la sociolinguistique romane (dont les actes furent publiés en 1982) :
[…] pour compliqués que soient ressentis les problèmes sociolinguistiques dans les communautés romanes, ils ne sont ni plus compliqués ni d’une nature foncièrement différente de ceux que l’on rencontre dans les communautés de langues germaniques, anglo-saxones, slaves, etc. (Herman 1982 :205)

Loin d’être un groupe isolé, les langues romanes sont nées et se sont élaborées dans ce que l’on appelle le « domaine roman » mais dans des espaces communicatifs divers et changeants, en contact avec d’autres langues, d’autres familles linguistiques. Les phénomènes sociolinguistiques que l’on peut trouver dans le domaine roman ne sont sûrement pas spécifiques à l’aire romane (diglossie, insécurité linguistique, loyauté linguistique, rapports entre norme(s) et variation) … mais la richesse de situations (situations de contact entre langues romanes ou non-romanes, naissance de langues (créoles), mort de langues (ex. le dalmate), substitution avancée (ex. l’occitan), normalisation réussie (ex. le catalan), conflits normatifs (occitan, galicien, romanche ?...), 14

problèmes de nomination (et de délimitation) de langues (ex. moldave/roumain, valencien/ catalan, galicien/portugais…) dans un domaine que l’on peut si bien délimiter (géographiquement et chronologiquement), la quantité et la variété de sources documentaires de différentes époques dont on dispose… font du domaine roman un terrain d’études privilégié pour le (socio)linguiste. On peut chercher la spécificité de la sociolinguistique romane dans celle de la propre linguistique romane. Rebecca Posner lorsqu’elle se demande dans son ouvrage The Romance languages (traduit en Espagnol et publié en 1996 sous le titre Las lenguas romances) pourquoi étudier « les langues romanes » en tant qu’entité propre? y a-t-il quelque chose dans les langues romanes qui les ferait être susceptibles d’être traitées comme une unité ? avance les trois orientations propres à la linguistique romane:
Aunque hay muchas diferencias de detalle entre las lenguas romances que no pueden ser explicadas sino en términos históricos (tanto sociales como lingüísticos), son muchos los casos en los que la descripción del estado sincrónico de una lengua pierde de vista dimensiones importantes si no se la compara con las demás. Y esto es verdad no sólo de las lenguas estándar, que se han influido y se han robado terreno las unas a las otras, sino también de las lenguas no estándar, que a menudo conservan , o crean, en evoluciones paralelas, características desdeñadas por sus prestigiosas compañeras (Posner 1996 : 25)

Ces trois orientations sont également, me semble-t-il, celles de la sociolinguistique romane : orientations historique, synchronique et comparée.

Une sociolinguistique “historique” qui éclaire l’étude des langues en synchronie Les apports de la sociolinguistique ont d’abord contribué à une meilleure interprétation de l’histoire externe de la Romania ou des langues romanes1. Comme l’a signalé J. Herman

1

B. Schlieben-Lange énumérait en 1982 les sujets de la philologie romane « qui mériteraient une réinterprétation sociolinguistique » : la stratification du latin,

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là où l’application de l’hypothèse sociolinguistique promet des résultats plus fructueux qu’ailleurs tant du point de vue des recherches romanes que de celui de la théorie sociolinguistique elle-même, c’est le domaine de la diachronie, et en particulier de la formation des langues romanes (Herman 1982 : 205)

La sociolinguistique romane est une « (socio)linguistique de corpus » à rattacher à la « sociolinguistique historique » (Romaine 1982, Gimeno Menéndez 1983…) qui tient compte des « fundamentos generales e históricos del cambio lingüístico a partir de las correlaciones entre factores lingüísticos y sociales » (Gimeno Menéndez 1983 : 185). Le domaine roman offre, par rapport à d’autres, des atouts indéniables dans cette discipline car on dispose de sources documentaires diverses et nombreuses qui témoignent non seulement de l’histoire interne du latin et des langues romanes mais aussi des facteurs sociaux, politiques, économiques… qui ont accompagné et influencé cette dynamique au sein de différentes « communautés linguistiques » (Labov). Ces données sont bien évidement de nature différente à celles d’une sociolinguistique de terrain, mais permettent des analyses rigureuses aussi bien quantitatives que qualitatives. Des techniques amplement utilisées en sociolinguistique, comme celles de la lexicométrie (cf. l’analyse du texte occitan de la période révolutionnaire, Alén Garabato 1998) ou les apports de l’analyse du discours (Branca-Rosoff 2007) sont parfaitement applicables à ces corpus historiques. Ne pas prendre en compte tous les facteurs historiques peut mener à des conclusions incomplètes ou inexactes, comme l’a mis en évidence A. Varvaro en ce qui concerne différentes questions de linguistique historique traitées par les romanistes1 (Varvaro 1982). Force est de constater qu’actuellement dans la plupart des manuels de linguistique romane l’approche socio-historique est présente et appliquée de façon rigureuse. Ainsi, je tiens à signaler le remarquable ouvrage de M.D.

substrat-superstrat-adstrat, la genèse des langues romanes écrites et la créolisation. (Schlieben-Lange 1982 : 210) 1 La continuité ou pas du grec dans l’Italie méridionale et en Sicile, la fragmentation linguistique de la Romania…

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Glessgen : Linguistique romane publié en 2007, qui propose une présentation ainsi qu'une histoire externe et interne des langues romanes à l'intérieur de leurs espaces communicatifs. Son "Histoire externe des langues et variétés romanes" prend en compte de façon systématique de nombreux "facteurs extralinguistiques": l'espace et la démographie, le contact linguistique, l'infrastructure et l'organisation socioculturelle, politique et économique, la culture de l'écrit … pour nous offrir une histoire passionnante et complète de la Romania dans son ensemble tout en situant chaque grande ou petite langue romane dans un contexte de communication plus vaste que celui constitué par son propre domaine linguistique. Cet ouvrage montre que l'histoire des langues romanes ne peut pas être comprise sans prendre en compte tous les facteurs sociaux qui les ont influencées et qui ont conditionné l'actuelle configuration géolinguistique et sociolinguistique de la Romania. Un autre exemple récent de cette démarche (socio)linguistique de l’histoire de la Romania est le Manual de lingüística románica coordonné par J.E. Gargallo Gil et M.R. Bastardas, publié en 2007 : même si les coordinateurs n’ont pas prévu un chapitre intitulé « sociolinguistique » et ne citent pas ce mot dans l’introduction, l’approche sociale est présente dans la plupart des contributions, à commencer par celles qui traitent de l’histoire externe de l’évolution des langues romanes (chapitres 3-7). Mais l’approche historique est aussi présente depuis longtemps dans la sociolinguistique qui s’occupe de la situation des langues romanes contemporaines1, et de façon particulièrement importante dans les études des dynamiques diglossiques. Il s’agit bien d’étudier en synchronie une situation que ne peut se comprendre sans tenir compte de l’axe diachronique. Cette double approche diachronique et synchronique est caractéristique de l’une des premières écoles de sociolinguistique européennes… née justement en domaine roman : l’école de sociolinguistique catalane (et occitane), qui a mis en évidence dans les années 1970, à partir d’une analyse historique, la dynamique vers la substitution ou vers la normalisation des situations de contact de langues au sein d’une communauté.

1

Pas seulement dans la Romania, comme le montre William Labov lors de sa deuxième étude sociolinguistique sur Martha’s Vineyard.

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Et c’est justement à partir de cette conception dynamique du contact de langues que l’on peut expliquer en synchronie une situation de diglossie : on sait, à la suite des travaux de nombreux sociolinguistes de l’aire occitanocatalane que l’absence de cette perspective historique induit les « sociolinguistes américains » (Fishman, Ferguson) à considérer les situations de diglossie comme étant stables (cf. Boyer 1986, Kremnitz 1981…). Il en va de même pour la sociolinguistique dite Suisse, dont le “modèle consensuel” de la diglossie est le résultat d’une analyse en synchronie de la communication plurilingue. Je signalerai en domaine occitan l’ouvrage Des Troubadours à l’Internet. Dix siècles d’usages et d’images de l’occitan, qui se présente justement comme une « Histoire sociolinguistique de l’occitan » (Boyer et Gardy 2001): les études sur le désignant « patois », sur le texte occitan de la période révolutionnaire, sur la textualisation de la diglossie, entre autres, montrent bien cette double approche synchronique et diachronique. Il s’agit pour la sociolinguistique occitane d’un travail d’analyse de textes historiques qui sont mis “en situation dialectique, c’est-à-dire, dans la situation même de [leur] production” (Lafont 1976) et qui révèlent ainsi le poids de l’idéologie de la diglossie franco-occitane dans l’histoire de cette langue mais aussi dans sa synchronie. Chaque situation discursive est considérée comme “l’actualisation de comportements langagiers idéologiques implicites, ceux mêmes que l’histoire de la diglossie explique et qui se reconduisent jusque dans la situation d’enquête [...] L’intérêt de cette interprétation historique est d’éclairer un certain nombre de faits que l’enquête sociolinguistique doit aborder et, pour ainsi dire traverser » (Lafont 1979 : 508-510).

Une sociolinguistique comparée... L’approche comparative a été, me semble-t-il, moins développée en sociolinguistique romane. Mais la constatation n’est pas différente si l’on prend en compte la « linguistique romane », comme l’ont constaté Glessgen et Giolitto recémment : les études de linguistique romane de type particulier (centrées sur une seule langue) sont quantitativement supérieures à celles de type comparatif (Glessgen et Giolitto en 2007 : 376). 18

Les raisons pourraient se trouver dans une spécialisation de plus en plus importante des chercheurs en philologie romane (comme dans d’autres disciplines) et la naissance et le développement des philologies particulières1 (ex. à l’université de Santiago de Compostela jusqu’à une étape récente on maintenait dans des sections différentes, voire des départements indépendants les uns des autres (avec des diplômes différents) : la philologie romane, la philologie galicienne, la philologie française, la philologie italienne, la philologie hispanique et la philologie portugaise… ), liées parfois, au moins en ce qui concerne l’Espagne des autonomies à l’émancipation des « autres langues » : catalan et galicien2 pour ce qui est du monde hispano-roman. Comme l’affirme Glessgen :
La romanistique est une « invention » liée aux universités germanophones, et son utilité est objectivement plus importante dans des sociétés alloglottes que dans les pays romans, davantage intéressés par leur propre langue (Glessgen 2007 : 444)

Cette évolution, qui concerne aussi bien l’enseignement que la recherche en linguistique romane, a conditionné le devenir de la sociolinguistique romane, qui a délaissé souvent une approche comparée, qui pourrait pourtant faire apparaître des modèles théoriques de portée plus généraleLes travaux de Muljačić, entre autres, montrent bien les avantages de l’approche comparative lorsqu’il s’agit d’établir des critères de différenciation entre langues et dialectes, et qu’il analyse différents cas conflictuels dans la Romania (mais aussi en dehors de la Romania) :
o método comparativo pode descubrirnos adoito as carencias se queremos comprender mellor os casos individuais (Muljačić 1995: 23)

1 2

Ce problème avait été signalé par Mercedes Brea (Brea 1989).

A l’Université de Santiago de Compostela la Philologie Romane est une composante du Département de Philologie Galicienne…

19

3. La sociolinguistique a-t-elle un rôle positif à jouer dans le maintien et la rénovation de la linguistique romane ? Si oui, lequel ? Tout d’abord il me semble que la sociolinguistique et la linguistique romanes auraient beaucoup à gagner d’une approche comparative (et historique). Cette orientation peut ouvrir de nouvelles perspectives et contribuer à la réflexion et à la conception de modèles d’interprétation de faits linguistiques plus généraux. C’est ce que j’ai pu observer dans mes propres recherches sur la dynamique des conflits diglossiques à partir de la comparaison du conflit franco-occitan et du conflit castillano-galicien, et tout en appliquant les enseignements apportés par les chercheurs d’un terrain linguistique du domaine roman : la sociolinguistique catalane1. L'étude en regard des cas galicien et occitan me semble spécialement intéressante car elle permet d’analyser deux configurations sociolinguistiques qui montrent deux moments d’une même dynamique diglossique (Alén Garabato 2009b). L’occitan est proche de la substitution, le galicien est toujours dans une étape incertaine encore loin de la substitution mais aussi de la normalisation. On peut ainsi mieux apprécier toutes les forces qui œuvrent dans l'instauration de ces dynamiques. D'autant plus que nous nous trouvons face à deux langues minorées qui ont fait et qui font toujours l'objet de représentations et de stéréotypes négatifs similaires, très différents de ceux que l'on peut trouver à propos du catalan (en Catalogne espagnole). Ces représentations rendent ces langues minorées (même lorsqu'elles ne sont pas minoritaires, comme c'est toujours aujourd'hui le cas du galicien en Galice) inaptes à la vie moderne et urbaine, non viables économiquement et culturellement, et cela même lorsque elles ont été autrefois, comme c'est leur cas, de grandes langues de culture utilisées pendant le Moyen Age dans des domaines tout à fait prestigieux. Il me semble que l'étude comparée et systématique des dynamiques des conflits diglossiques de plusieurs langues peut conduire à des résultats beaucoup plus riches que les études particulières sur telle ou telle langue.
1

Pour une version plus détaillée de mes recherches sur ces domaines, voir Alén Garabato 2009b.

20

Lorsqu'une analyse comparée des configurations sociolinguistiques d'un nombre important de situations de diglossie sera faite, le modèle proposé par la sociolinguistique catalano-occitane, toujours globalement pertinent selon moi, pourra être enrichi.

De nouveaux champs d’étude... Au delà d’une sociolinguistique romane comparée qui reste à faire et dont les apports seraient indéniables dans l’optique d’une sociolinguistique appliquée, de nouveaux champs d’études sont en train de s’ouvrir au chercheur en sociolinguistique romane. La sociolinguistique peut contribuer de façon importante à la gestion des conflits linguistiques (cf. le processus de normalisation du catalan en Espagne), qui, loin de s’être éteints semblent pleinement d’actualité au XXIe siècle. Et dans ce domaine de nouveaux défis attendent les langues romanes. Force est de constater que ces langues qui ont joué un rôle central dans l’histoire de l’Europe (en prenant pour certaines la place laissée par le latin) sont désormais soumises aux lois du marché (économique) mondial et ont du mal à maintenir leur statut de langues internationales. La troisième révolution écolinguistique dont parlait Baggioni (1997) est sans doute en train de se produire. Les rapports de force entre les langues ont changé avec la mondialisation (l’économie internationale, les nouvelles technologies de l’information et de la communication…) et le « poids des langues »1 se mesure désormais par des facteurs multiples et souvent nouveaux comme l’ont signalé entre autres A. Calvet et L.J. Calvet (2009). Dans ce contexte d’ordre ou de désordre linguistique mondial les politiques linguistiques s’avèrent les seuls instruments de réglage de cette nouvelle « écologie » et « économie » des langues (Baggioni 1997). Si traditionnellement on a considéré que la gestion des langues était une affaire de souveraineté nationale, pour la première fois en Europe les politiques étatiques sont soumises, directement ou indirectement, à des lois
1

J’emprunte l’expression aux organisateurs du colloque « Le poids des langues » (Université d’Aix en Provence, 27 et 28 septembre 2007).

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ou traités internationaux ou supranationaux et la question linguistique est devenue ainsi une affaire dont les Etats peuvent être contraints de rendre compte au delà de leurs frontières. Des épisodes récents nous montrent toute la complexité de la construction linguistique de l’Europe et méritent une analyse détaillée. Les politiques linguistiques des /dans les institutions européennes ou les politiques supranationales qui ont des répercussions dans la gestion étatique des langues sont récentes et ont commencé à peine à faire sentir leurs effets sur la dynamique sociolinguistique de l'Europe. Le sociolinguiste romaniste ne peut pas ignorer ces nouvelles donnes qui jouent et qui joueront un rôle important dans le « marché linguistique » européen, et dont les effets seront dans l’avenir de plus en plus visibles. On peut toujours se demander quel est l’avenir des « petites » langues romanes en Europe mais on ne doit pas oublier que les « grandes » langues romanes doivent conquérir et conserver leur place dans une Europe dont on peut se demander si elle est de plus en plus multilingue (avec l’ouverture à de nouveaux pays) ou monolingue (avec l’empire de l’anglais)… L’histoire de la Romania du XXIe siècle devra tenir compte de toutes ces politiques. L'analyse comparée des situations sociolinguistiques dans lesquelles se trouvent les langues romanes ainsi que des effets de l’application des politiques linguistique peut contribuer à une meilleure compréhension des langues et de la / des société/s mais en même temps peut avoir une finalité pratique car les connaissances acquises peuvent contribuer à une gestion (communautaire, étatique, européenne, mondiale) des langues.

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Uno strumento al servizio dell’archiviazione, lo studio, l’edizione e l’interrogazione di documenti digitali
Andrea BOZZI ILC-CNR, Pisa Valeriano SANDRUCCI Dip. Informatica e sistemi, Università di Firenze
Résumé Dans cette contribution l’on décrit les principes, les méthodes et les outils informatiques qui ont été employés pour la mise au point d’un système de traitement du texte et des images de documents, particulièrement anciens, qui soit capable d’assister un éditeur critique dans la réalisation d’éditions électroniques. L’application s’appelle Pinakes Text (PT) et se trouve en ce moment dans une phase de développement avancé ; elle se base sur le web et permet aussi le travail de plusieurs spécialistes de façon coopérative et simultanée. La composante principale est un module qui vise la production d’un working set de documents numérisés, la comparaison entre eux afin d’en relever les variantes, l’enregistrement des informations dans l’apparat critique, la création de plusieurs genres d’index (index des textes dont on a fait la recension, index des variantes, etc.), la publication de l’édition critique dans le réseau ou sur support papier. PT appartient à un système plus complet pour la gestion intégrée d’objets numérisés (Pinakes) du domaine du Cultural Heritage, c’est-à-dire données bibliographiques, archéologiques, d’archives, de musée, etc. La méthode PT est développée d’après les principes et les pratiques de l’open source ; elle s’adresse à une typologie d’usagers ayant des intérêts pour la philologie et la critique textuelle et à tous ceux qui visent à mettre à disposition sur le web des archives de textes et d’images de documents intéressants du point de vue culturel, à l’aide d’un puissant outil de consultation et d’annotation.

1. Nel corso del convegno CILPR 2004, erano stati presentati i primi risultati di un progetto di filologia computazionale in fase di sviluppo presso l’ILC di Pisa (Bozzi 2007). Il sistema aveva lo scopo di creare archivi digitali di fonti manoscritte antiche e/o medioevali per favorire la produzione di edizioni 27

critiche di testi. Il progetto originario è stato effettivamente realizzato in forma prototipale in un ambiente stand-alone con la denominazione di Dyphilos1. La sperimentazione che ne è seguita ha fornito risultati interessanti che ci hanno indotto a trasferire i moduli software già realizzati in un ambiente tecnologicamente più adatto: il web, a nostro avviso, ne avrebbe potenziato ed esteso l’utilizzo. Con questa relazione indicheremo le modalità e le principali funzioni di una applicazione web based per la creazione di edizioni critiche in formato elettronico che sia in grado di corrispondere alle seguenti esigenze:  la prima e la più semplice, quella di assistere un singolo editore critico nella consultazione dei documenti digitali recensiti, nella loro collazione e nella predisposizione di apparati e annotazioni; la seconda, più complessa dal punto di vista tecnologico, quella di predisporre un ambiente di lavoro cooperativo che si renda necessario quando più studiosi operano su uno stesso corpus di dati (testi ed immagini); l’ultima, ma certamente non di minore importanza rispetto alle precedenti, quella di contribuire alla formazione di allievi che intendano avviarsi allo studio scientifico del testo utilizzando documenti in formato digitale.





Un esempio di applicazione con caratteristiche simili a quelle che ci prefiggiamo di ottenere è rappresentato da uno dei programmi che riteniamo migliori nel settore della cosiddetta filologia computazionale. Si tratta di quanto realizzato dal gruppo di ricerca coordinato da Kevin S. Kiernan, dell’Università del Kentucky, già responsabile editoriale del progetto e-Beowulf della British Library e che ha contribuito allo sviluppo del sistema EPT (Edition Production Toolkit, poi diventato Edition Production Technology), usato per l’eBoethius, l’edizione assistita da calcolatore della traduzione antico-inglese

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Alcune prove sono state effettuate utilizzando manoscritti digitalizzati con testi medico-farmaceutici di area occitana, messi a raffronto fra loro e con fonti latine. Il sistema di indicizzazione automatica del testo e delle varianti, pur non ancora sviluppato in forma completa, aveva tra l’altro consentito di facilitare la lettura e l’integrazione di parole, evidentemente sconosciute ai copisti perché appartenenti a un lessico specialistico (medico, botanico), che le avevano erroneamente trascritte dalla fonte (Corradini 2007).

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della Consolazione della Filosofia di Severino Boezio, eseguita da Alfredo il Grande (Kiernan et al. 2005)1. In questa occasione, invece, non riteniamo opportuno affrontare gli aspetti di carattere metodologico e tecnologico che abbiamo in fase di realizzazione per rendere compatibili dati e contenuti digitali tradizionalmente considerati appartenenti a classi diverse: quella dei libri, quella dei documenti archivistici, quella dei reperti archeologici e storici, ecc.. Intendiamo dire che la compresenza, in un ambiente integrato e user friendly, di documenti digitali anche di tipo non testuale che siano comunque correlati a documenti testuali possa contribuire a formare un corpus di informazioni (paleografiche, linguistiche, codicologiche, intertestuali, ecc.) che, analizzate dall’utilizzatore in maniera comparativa, contribuiscono ad effettuare analisi più precise e a formulare ipotesi maggiormente fondate. Se la nostra ipotesi, sottoposta a verifica su dati concreti, verrà confermata da successo, essa, a nostro avviso, rappresenterà un passo importante nella direzione di una filologia computazionale. Per l’esperienza positiva attualmente in corso sulle opere galileiane, abbiamo elementi validi per sostenere che le nostre ipotesi di lavoro e le componenti fino ad oggi realizzate siano molto efficaci per la preparazione di edizioni online di testi di storia della scienza perché le parti discorsive vengono trattate in stretta relazione alle illustrazioni alle quali si riferiscono (per esempio, strumenti scientifici, formule, grafici, tabelle, disegni geometrici). L’ambiente tecnologico consente di stabilire dei rapporti logici o di parentela non solo fra varianti testuali ma anche fra testo ed elementi grafici e visuali (per esempio, la descrizione di uno strumento scientifico e le parti dell’illustrazione che mostrano specifiche funzioni dello strumento stesso). In questo caso il concetto di « variante » potrebbe essere costituito, come in effetti accade abbastanza spesso in testi a stampa antichi di opere di geometria dei solidi, da una spiegazione testuale corretta rispetto ad un disegno o ad un grafico che non è invece coerente con essa, e ciò capita magari solo in alcune edizioni o ristampe, mentre è coerente in altre.

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Si veda http://beowulf.engl.uky.edu/~kiernan/eBoethius/mainpage.html.

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