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TIC ET DIFFUSION DU FRANÇAIS

De
222 pages
Les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) pénètrent progressivement nos sociétés, les modes d’accès aux connaissances et les démarches d’enseignement et d’apprentissage. Voici une réflexion qui veut éclairer les enjeux et les défis que les TIC lancent aux acteurs de la diffusion de la langue française et des cultures francophones. Considérant les TIC dans une perspective pluridisciplinaire, l’auteur attire l’attention sur le fait que, pour faire converger les attentes vis-à-vis des TIC et leur potentiel, les actions et les politiques sont encore largement à définir.
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TIC

ET DIFFUSION DU FRANÇAIS

Des aspects sociaux, affectifs et cognitifs aux politiques linguistiques

Collection Langue & Parole
Recherches en Sciences du Langage dirigée par Henri Boyer

La collection Langue & Parole se donne pour objectif la publication de travaux, individuels ou collectifs, réalisés au sein d'un champ qui n'a cessé d'évoluer et de s'affirmer au cours des dernières décennies, dans sa diversification (théorique et méthodologique), dans ses débats et polémiques également. Le titre retenu, qui associe deux concepts clés du Cours de Linguistique Générale de Ferdinand de Saussure, veut signifier que la collection diffusera des études concernant l'ensemble des domaines de la linguistique contemporaine: descriptions de telle ou telle langue, parlure ou variété dialectale, dans telle ou telle de leurs composantes; recherches en linguistique générale mais aussi en linguistique appliquée et en linguistique historique; approches des pratiques langagières selon les perspectives ouvertes par la pragmatique ou l'analyse conversationnelle, sans oublier les diverses tendances de l'analyse de discours. Il s'agit donc bien de faire connaître les développements les plus actuels d'une science résolument ouverte à l'interdisciplinarité et qui cherche à éclairer l'activité de langage sous tous ses angles.

Déjà parus

Florence LEFEUVRE, La phrase averbale en français, 1999. Shirley CARTER-THOMAS, La cohérence textuelle. Pour une nouvelle pédagogie de l'écrit, 2000. Corine ASTESANO, Rythme et accentuation en Français, 2001. Iva NOV AKOV A, Sémantique du futur. Etude comparée françaisbulgare, 2001. Valérie BERTY, Littérature et voyage au XIX siècle, 2001. Alain COÏANIZ, Apprentissage des langues et subjectivité, 2001. Ursula BECK, La linguistique historique et son ouverture vers la typologie, 2001.

Jeannine GERBAULT

TIC

ET DIFFUSION DU FRANÇAIS

Des aspects sociaux, affectifs et cognitifs aux politiques linguistiques

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italla Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@ L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-2722-0

Chapitre 1 INTRODUCTION. LES TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION COMMUNICATION

ET DE LA

INTRODUCTION Tout progrès technologique s'accompagne d'une transformation des comportements. Cela se fait souvent insensiblement et sans réelle prise de conscience. Depuis quelques années, les innovations technologiques dans le domaine de l'information et de la communication se succèdent et les changements pénètrent progressivement la vie quotidienne et la plupart des domaines d'activité de nos sociétés. Entreprises, commerce, information, éducation et, à des degrés divers, toutes les communautés humaines voient leurs pratiques d'interaction évoluer avec le développement des nouveaux outils de communication. Certaines des applications de la technologie numérique sont devenues familières dans de nombreux pays: les CD audio, les cédéroms, les téléphones numériques y font partie du quotidien. D'autres applications ont une pénétration plus récente ou plus réduite: le courriel ou les webcams, par exemple, sont encore diversement implantés. Beaucoup d'espoirs ont été placés dans les possibilités offertes par le développement des technologies de l'information et de la communication (dorénavant TIC). Les discours techniques parfois euphoriques exposant les ambitions des nouveaux outils ont 7

été relayés par les discours d'autres spécialistes, économistes et pédagogues en particulier. Dans le domaine de l'éducation et de la formation, les TIC ont commencé à transformer les modes d'accès aux connaissances et les démarches d'enseignement et d'apprentissage. Cette transformation alimente aujourd'hui la réflexion et les discours des décideurs comme ceux des didacticiens et des enseignants, et a déjà modifié de manière visible et moins visible certains comportements parmi les utilisateurs des TIC. Comme c'est souvent le cas lorsque des innovations apparaissent, les publics non spécialistes manifestent des réactions diverses face à la nouveauté des TIC. Le continuum va de ceux qui sont hostiles à l'innovation technologique par principe ou par paresse et ne l'acceptent que contraints et forcés, à ceux qui l'adoptent sans réserve et parfois sans discernement, en passant par une variété de comportements technophobes ou technophiles soustendus par des attitudes plus ou moins raisonnées. Nous nous intéressons dans cet ouvrage à la présence des TIC dans le cadre de la diffusion du français et à leur incidence sur les modes d'accès à cette langue et à sa culture. On sait que les nouveaux outils facilitent la communication à distance et offrent de nouveaux moyens pour l'enseignement et l'apprentissage, et singulièrement l'enseignement et l'apprentissage des langues. La contribution des TIC à la diffusion du français est un fait, mais nous savons peu de chose de la manière dont elle s'organise. Partout dans le monde, de nouvelles pratiques de communication induites par les TIC commencent à s'implanter parmi un ensemble de pratiques déjà construites, ainsi que dans des pratiques d'apprentissage des langues étrangères (dorénavant L2) marquées par certaines traditions. En effet, pas plus que la communication langagière en langue maternelle (LI), l'accès à une L2 ne se fait dans un milieu vide. Qu'il s'agisse de pratiques d'accès à l'information ou à la formation, celles-ci sont motivées et conditionnées par les macro-situations dans lesquelles elles s'inscrivent. On peut alors se demander si tous les acteurs de la diffusion du français ont la même manière d'aborder les TIC et d'exploiter les possibilités qu'elles offrent. Étant donné la variété des contextes dans lesquels se fait l'accès à une langue étrangère et à sa culture, on peut faire l'hypothèse que ce n'est pas le cas. 8

Qu'observons-nous, et comment ce que nous observons s'est-il produit? Comment pouvons-nous décrire ce que nous observons? À quelle réflexion l'observation et la description conduisent-elles à propos des aspects psychologiques, sociaux et politiques du développement des TIC dans le cadre de la diffusion du français? Comment cela peut-il nous aider à prévoir les directions de l'évolution entraînée par l'intégration des TIC dans les pratiques de communication, et spécifiquement dans le domaine de la diffusion du français? Qu'est-ce qui a changé, qu'est-ce qui a été modifié sous l'effet du développement des TIC dans la communication francophone? Qu'est-ce qui est susceptible de changer ou d'être modifié? En quoi le parcours des utilisateurs de la langue française hors du cercle de la LI a-t-il évolué ou peut-il évoluer? Pour essayer d'apporter des éléments de réponse à ces questions, nous nous appuyons sur une connaissance raisonnée de ce qui existe sur le terrain. Nous estimons que cette démarche doit contribuer à éclairer de manière significative notre compréhension des mécanismes et processus impliquant conjointement développement et utilisation des TIC et diffusion du français. À partir d'une enquête et d'une étude de cas, qui nous donnent la possibilité d'observer directement comment, dans le cadre des pratiques en langue étrangère, les utilisateurs (réels ou potentiels) des TIC intègrent et perçoivent les changements que celles-ci induisent, nous mettons en évidence les principaux aspects de ces changements tels qu'ils apparaissent aujourd'hui et les attitudes et les représentations vis-à-vis des nouvelles conditions d'accès à la langue et à la culture françaises. Nous examinons donc dans la première partie de cet ouvrage les usages et les attitudes des individus dans le cadre de l'accès à la langue et ceux des institutions dans le cadre de leur offre de français. L'observation et la description des expériences individuelles et locales et de la sensibilité aux motivations locales dans la mise en œuvre de politiques et de dispositifs de diffusion du français nous semblent importantes pour comprendre la nature des transformations à l'œuvre. Nous étudions aussi les comportements d'utilisateurs d'un dispositif d'apprentissage de langue médiatisé par les TIC et leur perception de ce nouveau type d'environnement. L'étude de cas, dont le dispositif VIFAX est l'objet, examine les comportements de recherche d'information et 9

d'élucidation du sens en contexte de travail individuel et en contexte collaboratif dans un environnement d'apprentissage médiatisé par les TIC. L'approche par étude de cas permet de recueillir des informations complémentaires importantes sur les attitudes vis-à-vis de l'utilisation des TIC. En effet, par l'observation des comportements de recherche du sens en langue étrangère des utilisateurs et par l'accès à leurs réactions individuelles 'à chaud', le chercheur est en prise directe avec les phénomènes à étudier. Nous nous efforçons ensuite de conceptualiser la nature des changements induits par les TIC. Les données recueillies sont la base d'un questionnement critique sur les possibilités mises en œuvre et d'une réflexion sur ces changements qui se développent selon des dimensions linguistiques, sociales, cognitives, et socioaffectives. Enfin, le point de vue du didacticien sur ces changements est présenté. Comment la combinaison de ces différentes perspectives s'intègre-t-elle dans les options de politiques de diffusion du français s'appuyant sur les TIC? Dans la réflexion sur laquelle débouchent les résultats de l'enquête et l'analyse de l'étude de cas, notre démarche explicative s'efforce d'abord de rendre compte des différences observées en les analysant comme des marqueurs d'étapes dans l'adoption de l'innovation (les TIC), étapes dépendantes dans une certaine mesure de paramètres propres aux contextes dans lesquelles elles interviennent. Puis nous confrontons politique officielle et politique en actes. Nous proposons enfin un modèle de développement dans l'adoption des TIC, en reconnaissant que les réponses différenciées dans la mise en place des environnements d'accès à la langue et à la culture, qui représentent des choix de mise en œuvre de l'utilisation des TIC, témoignent d'une certaine homogénéité. Au moment où les moyens d'échange et d'accès à l'information sont en pleine expansion, il est logique de commencer par faire le point sur ces moyens. Sur quoi se fondent les ambitions affichées par les TIC et les attentes vis-à-vis de leur utilisation? La suite de ce chapitre expose de manière concrète ce que représentent les TIC aujourd'hui et ce que leur utilisation implique sur le plan technique, sur le plan des applications pour la

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formation, et sur le plan de l'accès à une langue étrangère en particulier. LES TECHNOLOGIES COMMUNICATION DE L'INFORMATION ET DE LA

Qu'est-ce que les TIC? Commençons par préciser d'une certaine manière ce qu'elles ne sont pas. En effet, beaucoup d'espoirs irraisonnés ont été fondés sur leur développement et leur utilisation. Certes, il n'est pas illégitime de parler de «révolution numérique », dans la mesure où les technologies qui se développent rendent théoriquement possibles des activités de communication qui n'étaient tout simplement pas imaginables il y a cinquante ans. Mais il ne s'agit pas d'une révolution sociale à proprement parler, qui permettrait soudain à tous les humains de communiquer à distance au moyen d'un ordinateur. L'invention de l'imprimerie n'a jamais permis à tous les humains d'acheter et de lire des livres. D'abord, le développement des TIC ne peut pas faire oublier que 40% de la population du monde est analphabète, et nous savons bien que, pour le moment, l'écrit est encore largement dominant dans la communication avec ou via un ordinateur. Certaines prises de position concernant la « fracture numérique », selon lesquelles le développement des TIC ne fait que creuser le fossé entre les nantis et les autres, nous semblent refléter le contrepied d'ambitions démesurées et d'attitudes simplificatrices à l'extrême et sans doute naïves. Le développement des TIC ne peut pas être tenu pour une cause du décalage observé entre sociétés industrialisées et non industrialisées, ou entre les plus et les moins favorisés dans une même société. Il importe de ne pas confondre corrélation et causalité. Il n'est tout simplement pas dans le pouvoir des TIC de faire naître un nouvel ordre social (du fait de la simple existence des applications de la technologie numérique). La technologie du Concorde n'affecte pas le berger du Sahel. Si elle le fait, ce n'est qu'indirectement, et pas nécessairement négativement. Expliquons-nous: même dans les pays où l'analphabétisme ou l'illettrisme sont importants, les TIC peuvent permettre à des techniciens -lettrés - d'avoir accès rapidement et plus facilement à des informations et des ressources leur permettant d'être plus

Il

performants sur leur terrain d'activité, et d'agir ainsi plus efficacement pour le développement dans leur pays. Mais les TIC sont un outil neutre. C'est seulement la création d'environnements structurés d'interaction s'appuyant sur les TIC qui peut favoriser le développement, l'apprentissage, l'accès à la culture. Nous revenons sur ce sujet à propos de l'enseignement et de l'apprentissage. Après cette mise au point en négatif, nous pouvons en venir à ce qui peut être accompli avec les TIC. Pour cela, il nous faut commencer par spécifier ce qu'elles sont sur le plan matériel. On définit les TIC comme l'ensemble des technologies les plus avancées utilisées pour communiquer - échanger, traiter, modifier de l'information -, de manière synchrone ou asynchrone (on dit aussi en direct ou en différé), par les canaux du son, de l'image fixe ou animée, et du texte. Le terme multimédia, quant à lui, fait référence précisément au fait que la communication peut se faire par ces différents canaux, ou médias. On continue parfois à nommer les TIC «Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication» (NTIC), bien que cinquante ans se soient maintenant écoulés depuis que le micro-processeur a entamé la révolution que nous connaissons. Il est vrai que cette dénomination permet de faire référence sans ambiguïté aux technologies avancées s'appuyant sur l'utilisation de l'ordinateur pour communIquer. Les TIC offrent d'une part une large palette de dispositifs en ligne, c'est-à-dire utilisables en accédant à un réseau de communication1 permettant la connexion à des ordinateurs distants et à des serveurs, et d'autre part la possibilité d'accéder à des ressources hors ligne, c'est-à-dire sans communiquer avec un réseau (disquettes, cédéroms, DVD). Dans la pratique, que ce soit en médiathèques ou avec des ordinateurs personnels, il existe en fait aujourd'hui une grande souplesse dans l'accès à l'information, où peuvent se combiner les dispositifs en ligne et hors ligne. La possibilité de naviguer parmi des ressources disponibles en quantité considérable est une troisième caractéristique des dispositifs s'appuyant sur les TIC. L'utilisateur, en décidant de cliquer sur des éléments prédéfinis affichés à l'écran, et que l'on appelle des' liens' , peut' appeler' d'autres ressources, ou
1 Le réseau le plus connu est évidemment l'Internet.

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'naviguer' vers elles. Cette fonctionnalité définit I'hypertextualité de ces dispositifs. L'ensemble des ressources ainsi disponibles constitue I'hypertexte, s'il s'agit uniquement de texte écrit, l'hypermédia s'il s'agit de ressources multimédias (texte, son, image ). Bien entendu, l'utilisation de l'ordinateur est associée de plus en plus à celle de technologies moins nouvelles comme la vidéo ou l'audio analogiques. L'étude de cas du Chapitre 3 présente un exemple de cette association. On peut dire que c'est la souplesse et la facilité de l'utilisation conjointe et à la demande de tout ou partie des technologies de communication existantes, plus ou moins avancées, qui sont réellement nouvelles aujourd'hui. De plus, l'augmentation du volume des données qui peuvent être stockées et transmises permet de mieux gérer des images et des sons numérisés, et de gagner en rapidité et en quantité pour la transmission des informations. Comme l'a souligné D. Le Brizault2, toutes les activités humaines, sauf le transport de biens et de personnes, peuvent trouver aujourd'hui une complémentarité ou une substitution sur l'Internet. De son côté, Rao (1999) parle des sept C de l'économie Internet: connectivité, contenu, communauté, commerce, capacité, culture, coopération3. La pénétration des TIC et de la formation dans ce qu'il est convenu d'appeler la «nouvelle économie », celle de la société de l'information, est illustrée par le déroulement en mai 2000 à Vancouver, au Canada, de la première édition du World Education Market (WEM)4. Une tendance mérite d'être soulignée: dans le développement conjoint de l'éducation et des TIC, on peut s'attendre à voir se réaliser l'intégration des technologies de l'éducation et du divertissement, ce que Moses (1999) appelle l'edutainment (en français 'éduloisir'). Un exemple suffira: en 2000, la télévision du futur proche était déjà dans les laboratoires de recherche de France Télécom (FT R&D). Les chercheurs de FT
2 Président en 2000 de la société Level 3 Communications (émission Décideur du 5/8/00 sur la chaîne LCI). 3 Il est révélateur que le terme économie soit à la base associé à l'Internet; l'économie est en effet omniprésente dans l'univers des TIC. 4 Ce grand «marché de l'éducation» a réuni 1 080 sociétés et organisations représentant 64 pays. Selon le cabinet américain Merril Lynch, ce marché représentait déjà 2 000 milliards de dollars dans le monde (source: Le Monde de l'Education, juillet-août 2000). 13

R&D proposent de la «convergence de second niveau [...] le développement de contenus Web et de services interactifs étroitement liés aux émissions de télévision. Par exemple: l'accès aux sites des chaînes, la participation à des forums de discussion en ligne relatifs à un programme, l'ouverture sur le commerce électronique en rapport avec des émissions de télé-achat ou autre, le téléchargement à partir d'Internet d'informations sur un film. Si l'envie prend le téléspectateur de télécharger la Bible après avoir vu Les Dix Commandements un dimanche soir, qu'à cela ne tienne... »5. Le linguiste est bien évidemment directement concerné par les changements liés au développement des TIC, car ceux-ci modifient la communication langagière et la manière dont elle peut être étudiée, et ils sont à la fois support et conséquence des progrès de la recherche fondamentale en sciences du langage. Dans la perspective du sociolinguiste, pour qui le langage s'inscrit dans le contexte social, les TIC modifient la réalité et la perception de ce contexte, et la contribution des TIC sur le plan de la communication par le langage a une incidence centrale sur les modes de diffusion du français, dont l'étude est aussi du domaine de la sociolinguistique. L'ESPACE, LE TEMPS, LES RÉSEAUX L'espace est la dimension la plus évidente dans laquelle s'inscrit le changement induit par le développement des TIC. Même si la communication à distance, synchrone et asynchrone, est depuis longtemps possible, les TIC transforment les notions de distance et de proximité parce qu'elles permettent de combiner pluralité des médias et grand volume d'informations transmises. Bien entendu, la possibilité d'inclure différents médias dans la formation à distance (FAD) entraîne l'évolution et l'extension de celle-ci. La formation à distance s'est enrichie par étapes successives, à partir de l'Enseignement Assisté par Ordinateur (tandem individu-machine isolé), en passant par l'enseignement en ligne (avec la Toile6), puis par ce qu'il est convenu d'appeler e-learning (formation en ligne enrichie de
5 Article paru dans SVM, N° 182, mai 2000, pp. 109-110. 6 Nous utilisons ce terme plutôt que son synonyme anglais Web.

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supports cédéroms), pour déboucher enfin aujourd'hui sur la forme actuelle la plus répandue de formation à distance, qui intègre l'ensemble de ces technologies et les supports papier, combinaison qui rapproche la FAD du présenciel, comme le souligne Villardier (2000). Pour cet auteur, qui rappelle que le marché de la FAD est la deuxième entreprise mondiale, c'est peut-être actuellement le modèle de formation dominant. Comparant formation présencielle et formation à distance, il souligne le fait que, pendant des années, le développement des deux types de formation s'est fait en parallèle, alors qu'avec le développement des TIC on observe aujourd'hui leur fusion. La Figure 1 ci-dessous résume les principales caractéristiques de chacun de ces types de formation.
Figure 1. Caractéristiques de la formation présencielle et de la formation à distance. Formation présencielle ~médiatisation non lourde ~temps réel ~liberté d'action des acteurs - des enseignants surtout Formation à distance ~médiatisation plus lourde ~tempsréel ou différé ~discours pédagogique planifié ~liberté d'étude (rythmes) ~interactivité

Les dispositifs actuels permettent à distance un accès privilégié non seulement au savoir mais aussi à la communication avec l'enseignant. Les TIC permettent en effet de travailler chez soi en gardant le contact avec un tuteur ou enseignant réel (courriel, visioconférence) ou en exploitant la réalité virtuelle (les agents intelligents sont présentés ci-après). Il n'est plus utopique de représenter le Campus du troisième millénaire sous la forme d'une simple parabole, dont l'implantation occupe nettement moins d'espace au sol qu'un campus réel, et dont les infrastructures seraient virtuellement délocalisées. Mais tout ceci n'est pas sans danger. Thissen (1997) parle de trages Wissen, ou «savoir indolent », pour désigner l'attitude passive des téléconsommateurs et le risque que l'écran fasse écran à la communication réelle. 15

Il est vrai que l'utilisation de la vidéoconférence gagne du terrain, bien que son coût reste élevé et que certaines connexions soient encore de qualité médiocre. Cette technologie permet, on le sait, la communication à distance en temps réel et en face-à-face de petits groupes. Elle assure le contact visuel et sonore entre individus se trouvant en deux lieux (pays, entreprises, classes) différents, qui interagissent en direct en utilisant des micros et un écran, et parlent tour à tour. En formation, c'est depuis quelques années déjà un outil pour les cours à distance, mais il est beaucoup plus récent pour la communication entre groupes d'apprenants. Dans le cas de l'apprentissage d'une langue, la vidéoconférence permet à la fois la pratique de la langue et la communication interculturelle7. Son utilisation n'est cependant pas sans problème, car les participants ont parfois du mal à oublier les caméras. Que l'on soit francophone ou non, dans le cadre d'un apprentissage de langue ou non, on peut, partout dans le monde, consulter des documents authentiques8 en français, et pratiquer la langue avec des locuteurs de français, natifs ou non, de manière synchrone ou asynchrone. Les sites des médias francophones, journaux, magazines, radios et télévisions s'installent sur le réseau Internet et sont accessibles gratuitement. Les moteurs de recherche qui permettent de retrouver facilement les sujets souhaités deviennent plus performants. Des bibliothèques de plus en plus nombreuses mettent leur catalogue en ligne9. Par ailleurs, à mesure que les utilisateurs apprivoisent les TIC, la créativité individuelle
7 Par exemple, la technologie de la vidéoconférence a été intégrée dans des contextes de communication en langue étrangère de groupes d'étudiants, dans un cycle construit à partir de tâches à réaliser, où chacun des deux groupes de LI différente fait des recherches et prépare des sujets liés à un aspect de sa culture avant la rencontre sur écran; s'y discute alors ce qui a été préparé. Après la vidéoconférence chaque groupe visionne l'enregistrement de la vidéo pour revenir sur certaines questions de culture ou de langue. On trouvera des exemples d'utilisation de la vidéoconférence sur les sites: http://www.uni-saarland.de/interreg et http://www.geocities.comlAthens/Rhodes/824 7. 8 En didactique des langues, le terme authentique s'applique à tout document ou matériel dont la fonction première n'est pas l'utilisation pour l'apprentissage de la langue, mais pour des activités sociales réelles hors d'une salle de classe. 9 La Bibliothèque Virtuelle de Périodiques, projet franco-québécois, répertorie plus de 230 revues, journaux et périodiques offrant gratuitement leur contenu sur l'Internet; htm:/ /biblio.ntic.org/biblio/. 16

se retrouve dans un foisonnement d'initiatives: lecteurs journalisteslO, ou service d'aide à la traduction proposé par des volontaires1I, par exemple. TERRITOIRE ET RÉSEAU

Accessibilité et flexibilité ont permis le passage de la notion de territoire - espace matériel - à la notion de réseau espace immatériel constitué des faisceaux de communication. Poulin et al. (1994 :38) définissent un réseau comme «un ensemble de nœuds et de liens entre ces nœuds, chacun d'eux ayant ses caractéristiques propres, et chaque lien étant porteur de flux et de relations d'intensité et de caractéristiques particulières ». Les sites Internet sont les nœuds, les opérations de communication sont les liaisons ou liens. Les réseaux sont déliés de toute implantation territoriale véritable, leur force résidant dans l'intensité des interactions (production et échange de biens, de services, d'information). La diversification des interactions n'est pas le moindre élément dans le paradigme du réseau. Sur le plan des échanges linguistiques, la présence de réseaux opère une reconfiguration de la géographie de ces échanges, qui affecte naturellement le français. C'est dans l'espace-monde que se fait la communication, comme en témoignent par exemple les clubs francophones dans lesquels des locuteurs de français physiquement répartis dans différents pays établissent des contacts entre eux grâce à l'Internet. Les TIC permettent l'accès à de nouveaux réseaux sociaux: la communication par l'Internet est un moyen de construire des relations sociales sans contrainte d'espace matériel. Rappelons quelques distinctions de base entre ces manières de communiquer par écrit sur la Toile. Dans le courriel, deux personnes communiquent par écrit en différé; dans le forum et les groupes de discussion (les «agoras électroniques »), chaque personne membre du groupe peut s'exprimer sur un ou des sujets définis face à un ensemble d'interlocuteurs qui peuvent réagir, également en différé. Dans les tchats12 (on dit aussi «groupes de
10 La gazette du net; http://perso.club-Intemet.fr/ludbanet. Il www.freelang.com. 12 Mot francisé à partir de l'anglais chat.

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bavardage» ou «babillards »), la communication avec un groupe de personnes se fait en mode synchrone, et non en différé. Dans les MOO's (Multi-user Domain Object Oriented), la communication synchrone à distance entre les membres du groupe a pour objectif l'élaboration d'un produit commun à partir de décisions prises à la suite de négociations. LA RÉALITÉ Que devient donc la réalité si nos références d'espace et de temps, qui servent à la construire, se transforment? Abordons d'abord la question de la réalité des savoirs. L'accès à la communication et à l'interaction par les TIC donne existence pour un plus grand nombre de personnes à des savoirs qui seraient inaccessibles autrement (donc sans réalité pour elles). Le monde - la réalité - s'enrichit de nouvelles représentations mentales, constituées à partir des éléments d'information disponibles grâce aux TIC. Les nouveaux savoirs sont d'une part plus contextualisés (en raison de la capacité de transmission d'un

grand volume d'information

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d'exemples) et plus objectifs (tout au moins potentiellement, parce que la diversité des sources d'information permet théoriquement des regards croisés sur la réalité proposée). Un aspect important de la réalité des savoirs, que permet l'hypertextualité, découle de la possibilité d'accéder quasiinstantanément à diverses sources d'information; le zapping, devenu pratique quotidienne du téléspectateur des sociétés industrialisées, est en train de devenir une pratique d'accès à l'information avec les TIC, puisque les liens hypertextes permettent à l'utilisateur des parcours personnalisés non linéaires 13. De plus, les savoirs accessibles par les TIC présentent une double caractéristique de stabilité et d'évolutivité : ils sont stables parce que la capacité de stockage permet de conserver durablement la totalité des informations disponibles, et évolutifs (non figés) parce que la nature du support (Internet et cédéroms réinscriptibles) permet d'y intégrer facilement ou même à tout moment des informations complémentaires.

davantage d'images, de sons,

13Les conséquences positives et négatives de cette pratique sur la construction de la pensée et la structuration des connaissances sont encore à explorer. 18

Considérons maintenant la réalité de la communication. L'interaction par l'Internet ou au moyen de logiciels avec des personnes réelles ou avec des agents intelligents (voir plus loin) pour des activités de communication langagière authentiques entraîne une extension des possibilités de communication en termes de domaines et de types d'interaction (production, réception; recherche d'information, interrogation, argumentation, négociation, etc.). Elle élargit l'éventail des actes de communication réalisables ici et maintenant. Bien entendu, tout cela est pertinent pour l'utilisabilité, la diffusion et l'apprentissage du français. La réalité de la communication se trouve affectée par le fait que dans une communauté virtuelle les relations de communication sont plus démocratiques - tout le monde peut prendre la parole - et plus égalitaires - à distance, on éprouve souvent moins d'inhibition pour prendre la parole qu'en face-à-face. La mutualisation des connaissances est donc l'une des caractéristiques de l'interaction et de l'organisation en réseaux. La circulation multidirectionnelle d'information tend à valoriser les connaissances que possède chaque personne en l'encourageant à transmettre ce qu'elle sait. L'espace virtuel créé avec les TIC donne plus d'occasions de communiquer que l'espace réel; ceci est d'autant plus vrai que les temps de connexion et le transfert d'information sont devenus plus rapides avec la montée en puissance du matériel. Comme le souligne justement Tyner (1994) nous sommes ici en présence d'un média élaboré pour le grand nombre par le grand nombre, et non plus d'un média élaboré par le petit nombre pour le grand nombre (le mass media traditionnel). Collins (2000: 154) précise: «Les réseaux changent les relations entre producteurs et consommateurs [d'information] en direction de l'équilibre qui existait avec la communication orale, avant l'arrivée de l'autorité du texte, du film, et de la télévision ». La vitalité des partenariats qui se créent peu à peu par courriel entre communautés et personnes éloignées géographiquement témoigne de la réalité de ces types de communication. Reconnaissons que le concept de réalité virtuelle est encore jeune. Selon Larijani (cité dans Brouillard & Giardina, 1998), les convergences qui ont permis de parler de réalité virtuelle sont apparues dans les années 80, mais la réflexion scientifique dans le domaine n'a émergé qu'au début des années 90. Byrne 19

(1993) définit la réalité virtuelle du point de vue fonctionnel, comme un système informatique qui donne l'illusion d'être immergé dans un environnement en trois dimensions (3D) dans lequel l'utilisateur a la capacité d'interagir avec l'espace 3D. Langlois (1996) la définit du point de vue conceptuel comme une technologie qui fait à la fois intervenir des notions d'immersion, de simulation et d'interaction. On retrouve dans ces deux points de vue les notions d'immersion et d'interactivité, qui sont effectivement importantes dans notre discussion de la réalité de la communication langagière. Pour Psotka (1995), l'immersion dans la réalité virtuelle réduirait la charge cognitive de l'utilisateur. Cet effet de la construction d'une réalité virtuelle est évidemment pertinent dans l'exposition à une langue étrangère. Le flux des échanges langagiers, bien que se situant dans un monde virtuel, sollicite chez les utilisateurs des capacités, une implication, des jugements et des décisions bien réelles, et des interactions tout aussi réelles. On peut s'interroger alors sur la réalité de la présence dans les environnements télématiques. Comme le suggèrent Hoffman, Hullfish & Houston (1995), la réalité virtuelle joue un rôle dans la sensation de présence, en créant une implication cognitive et sensorielle des individus. Ceci est évident dans les environnements de simulation. Mais si la réalité de la présence est fonction du rôle de l'interlocuteur et de l'interactivité, dans la communication synchrone la présence de l'interlocuteur est aussi bien réelle, puisque le tchat, la vidéoconférence et la visioconférence permettent la négociation du sens en direct entre des interlocuteurs réels. On sait que les TIC repoussent les frontières de la réalité matérielle. Les développements technologiques récents permettent une extension de la réalité par la création d'agents intelligents. La notion d'agents remonte aux débuts de la recherche en intelligence artificielle (lA) distribuée (c'est-à-dire mise à disposition de chaque utilisateur) dans les années 1970. L'objectif de cette recherche est de construire des dispositifs qui recréent le comportement humain intelligent, des « agents intelligents». Les agents intelligents sont capables d'accomplir certaines tâches à la place des utilisateurs, que ceux-ci soient présents ou non, le but étant de réduire leur charge de travail. On trouve les agents intelligents notamment dans des programmes experts jouant un rôle d'assistance vis-à-vis des

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ressources proposées par la machine (ordinateur et réseaux)14. Plusieurs agents séparés peuvent jouer leur rôle simultanément. Par exemple, dans un contexte d'apprentissage, un agent enseignant, un agent pair-compagnon et l'étudiant-agent peuvent communiquer par l'intermédiaire d'un tableau virtuel matérialisé dans la machine et géré par un agent planificateur (Wang & Chan, 2000). Chaque agent est mis en œuvre comme un ensemble de 'règles de comportements' qui s'appuient sur une base de connaissances et qui modèlent le comportement de cet agent. Les agents intelligents 'personnifiés' ou 'animés' , qui ont une forme matérialisée humaine, repoussent encore les frontières de la réalité. Ces 'personnages' évoluent dans des environnements où l'interaction se fait en face-à-face virtuel (utilisateur-agent) et donnent à l'utilisateur l'impression qu'ils ont un comportement humain; ils peuvent même avoir le potentiel d'interagir plus naturellement et de rendre le contexte plus réaliste en étant capables d'exprimer des humeurs et des attitudes. Ces développements ont une incidence sur les contextes d'apprentissage, dont on sait qu'ils s'efforcent de provoquer motivation et implication affective chez les apprenantsl5. On trouve d'autres formes d'extension de la réalité dans des logiciels à l'intention des aveugles et malvoyantsl6, ou dans les logiciels d'apprentissage de langue qui proposent ce que nous appelons une perception' étendue' des sons en associant à l'ouïe une autre modalité sensorielle, la vue, qui vient apporter des

14Par exemple, après une période de rodage où ils vont faire connaissance avec leur 'patron', les agents intelligents, selon le profil de l'utilisateur qu'ils auront identifié, collecteront des informations de manière sélective ou aiguilleront vers certains types d'activités. Ils vont anticiper les actions probables de l'utilisateur dans des contextes aussi différents que la négociation de rendez-vous ou les démarches d'apprentissage. 15 On pourra consulter par exemple les recherches récentes menées par des membres de l'association AI-ED (Artificial Intelligence in Education), et en particulier Johnson, Rickel & Pilkinton (2000), pour une discussion des agents intelligents animés. 16L'association «Braillenet » développe depuis l'université parisienne de Jussieu nombre de projets pour permettre cette accessibilité et lutter contre l'exclusion en utilisant le multimédia. Les initiatives sont visibles sur le site de l'association http://www.braillement.iussieu.fr. qui organise aussi des stages de formation à l'accessibilité sur la Toile. 21

indices complémentaires pour aider l'apprenant dans la discrimination auditive de segments de son particuliers17. L'espace, le temps et la réalité prennent donc d'autres dimensions. De plus, peu à peu, la quantité d'information et la distanciation par rapport à l'abondance ont entraîné chez l'utilisateur une certaine prise de contrôle et une certaine créativité. Dans le même temps, les producteurs d'information ont pris conscience de cette évolution. Dans le regard en arrière que nous posons sur le marché des ressources TIC en ligne et hors ligne, nous interprétons assez librement Martel (1999) en lui empruntant la classification qu'elle utilise pour faire référence aux étapes vers la maturité des TIC: d'abord, il y a eu mise en spectacle consommatrice (offre non structurée, commerce de l'information), puis création d'environnements culturels riches (ensembles plus cohérents de ressources, en particulier culturelles), et enfin évolution, encore embryonnaire, vers une approche constructiviste, où les utilisateurs s'orientent de façon relativement autonome vers les ressources, se les approprient et les façonnent à leur tour (en particulier dans les réseaux et autres groupes de discussion). ET L'ÉCRIT? Les TIC, c'est de l'écrit, du son, de l'image fixe et animée. Les nouvelles formes d'intégration de ces médias modifient inévitablement les rapports que nous entretenions avec chacun d'eux. Comme le passage à l'écrit modifie pour les personnes et les groupes la manière de structurer la communication, l'intégration des différents médias de communication réalisée dans les TIC modifie à la fois notre rapport à ces médias, leurs rôles, et leurs manifestations mêmes. Selon Perret du Cray (2000), la Toile est une machine à générer de la lecture. L'activité de lecture sur la Toile constitue actuellement un domaine d'investigation à part entière. Dans le groupe de recherche américain PARC (Palo Alto Research Center), par exemple, les chercheurs explorent de nouvelles formes de compréhension, alliant expériences multisensorielles et postures du corps, et testent les genres de lecture à l' œuvre dans l'utilisation des TIC.
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Le logiciel Winpitch est un exemple actuel de ce type de produit.

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Est-ce qu'on écrit davantage avec le courriel? Cela n'est pas certain. Ce qui est certain, par contre, c'est que l'écrit est devenu plus convivial, que la relative non permanence du courriel et surtout des forums et des tchats donne à l'écrit un caractère moins' sacré', une valeur moins pérenne que n'en possède l'écrit traditionnel (dont on retrouve la valeur dans des maximes comme « Les paroles s'envolent, les écrits restent »). TIC SANS FRONTIÈRES Les TIC, qui donnent à l'utilisateur un contrôle personnalisé d'accès à l'information, permettent également l'accès à des sources d'information non contrôlées par l'environnement sociétal local. L'information peut circuler désormais sans frontières. Cet aspect de la communication, conjugué à l'interaction et à son flux important, crée un «savoir collectif» inexistant il y a peu. Le fonds commun d'information, les maillages des réseaux et les consensus se dégageant de ces conditions de contact (comme dans les groupes d'intérêt, par exemple) ajoutent un niveau de savoir (certains parlent de « cybersavoirs ») entre les savoirs locaux (propres à une culture) et les savoirs universaux. A ce propos, cependant, se pose le problème de la visibilité et de la validité des informations: certaines, en effet, ne sont accessibles que par abonnement ou inscription (c'est le cas de certains services ou offres d'apprentissage de langue), d'autres encore sont enfouies dans les « archives virtuelles », parce qu'elles ne sont plus accessibles par les moteurs de recherche du moment. C'est l'un des problèmes de la Toile; les liens et les adresses ont une durée de vie très variable que peu d'indices peuvent servir à prévoir, tout au moins par l'internaute moyen. Quant à la validité de l'information, la liberté d'entrer sur la Toile en tant que producteur d'information est quasi totale, et la vérification de ce qu'on y trouve est loin d'être toujours possible. Ceci nous amène à réfléchir à la question de la responsabilité des contenus sur l'Internet. Les questions de déontologie concernant l'information qui passe par les TIC en ligne, les problèmes d'authentification, de propriété, de traitement et d'accès aux documents comportent des

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enjeux juridiques, politiques, moraux, qui font l'objet de toute l'attention des prestataires de services et des décideurs. Il faut aussi remarquer que les interfaces utilisateurs ne sont pas encore tout à fait adultes. Il reste encore à développer des environnements 'minimalistes' (low-tech) où le grand public pourrait se repérer sans appréhension. Pour la communication en français comme dans les autres domaines, le développement d'interfaces performantes et rassurantes (pas de risque de se perdre, pas d'icônes mystérieuses...) est évidemment une priorité. L'entrée dans une communication élargie (avec des cédéroms) ou sans frontière (avec l'Internet) doit être facilitée par la production de dispositifs d'aide à la navigation et une plus grande convivialité (user-friendliness) des logiciels. En effet, l'une des critiques -

fondées

-

difficulté de se repérer dans le foisonnement des offres. Les concepteurs de logiciels et les opérateurs de réseaux ont relativement récemment fait porter leur efforts sur la qualité et la facilité de la navigation dans les logiciels ou sur la Toile, et les utilisateurs se voient proposer aujourd'hui des logiciels plus pratiques et des programmes qui aident directement ou indirectement à naviguerl8. Les internautes peuvent maintenant accéder à une sélection-guide de sites portails plus ou moins
spécialisés
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faites par certains utilisateurs des TIC porte sur la

Sans aucun doute, la multiplication de la quantité d'information rend nécessaire de prévoir des mécanismes permettant de trier, de sélectionner, d'accéder aux connaissances aisément et de manière personnalisée. La personnalisation de l'accès aux ressources en fonction des préférences et des habitudes d'utilisation commence à être une réalité, en particulier grâce aux agents intelligents dont il est question plus haut. Certes, l'hypertexte et le multimédia, qui caractérisent les TIC, permettent l'élaboration de produits et programmes souvent attrayants, informatifs, et stimulants. Mais dans la phase initiale de développement des TIC, les produits ont souvent été réalisés à la
18 Logiciels de navigation, logiciels de lecture de formats texte, audio, vidéo conseils, adresses de sites, etc. 19 Par exemple, pour le français, www.utilnet.fr, www.Intemeto.fr.; www.1ettres.net est un portail pour les professeurs de français. thinkofit.com/webconf/ est un outil de recherche de sites pour discussions de groupe asynchrones. 24