Voix du septentrion

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168 pages
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La situation linguistique de la Scandinavie est des plus passionnantes. Saviez-vous que si les Vikings revenaient de quelque lointaine expédition à travers le temps, ils pourraient vraisemblablement comprendre la presse islandaise d'aujourd'hui, tant la langue de l'île de glace et de feu est restée figée depuis l'époque de sa transplantation sur cette terre, à la fin du IXe siècle ? Ou encore qu'en Norvège, pays de 4.5 millions d'âmes, il y a deux langues (norvégiennes) officielles ? Si ces questions ainsi que l'envie de pénétrer la psyché scandinave à travers la variété des manifestations linguistiques sont pour vous de suffisantes manifestations, alors ouvrez cet ouvrage.

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Ajouté le 01 novembre 2010
Nombre de lectures 151
EAN13 9782296446694
Langue Français
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VOIX DU SEPTENTRION

LE SCANDINAVE

Christophe Bord

VOIX DU SEPTENTRION

LE SCANDINAVE

Préface de Régis Bayer

L'Harmattan

Merci à Stale Sannerud pour son cliché de couverture (proue du bateau viking d'Oseberg, Oslo)

2010 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairiehannattan.com diffusion.hannattan@wanadoo.fr hannattan I@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-12955-9 EAN : 9782296129559

@ L'Harmattan,

AVERTISSEMENT

La première version de cet ouvrage, intitulée Les Langues Scandinaves, avait paru en avril 200 I dans la collection 'Que saisje?' des P.D.F., sous une forme qui, il faut le reconnaître, a fait considérablement souffrir son auteur. D'une part, la maison d'édition, alors à peine sortie d'une douloureuse restructuration, avait, entre autres multiples choses, décidé de ne plus jouer sur la taille des caractères dans le corps du texte pour faire rentrer dans les fameuses cent vingt-sept pages de sa collection les manuscrits de ses auteurs (décision sur laquelle elle devait d'ailleurs revenir ensuite I). La conséquence directe de cette 'innovation' fut le sacrifice d'une bonne vingtaine de nos pages. De l'autre, et plus gravement, de très sérieux problèmes étaient survenus lors de la conversion numérique du manuscrit 'traditionnel' (=dactylographié) livré par l'auteur. La direction des P.D.F., en la personne du président de leur directoire, n'a jamais disconvenu du préjudice ainsi causé et a bien voulu nous restituer les droits sur notre titre. Nous lui en savons gré et exprimons également une reconnaissance à la mesure des difficultés rencontrées jusqu'ici aux éditions de L 'Harmattan qui nous permettent dix ans plus tard de rendre enfin justice à notre modeste présentation des langues scandinaves dont l'étude nous occupe depuis une bonne trentaine d'années déjà. Cette 'nouvelle' édition est donc sensiblement différente de la précédente et c'est là le motif premier de son nouveau titre. Elle a été, comme l'on dit, revue, corrigée et augmentée. Nous espérons en tout cas l'avoir maintenant purgée de ses plus gros défauts au moins et souhaitons, bien sûr, qu'ainsi révisée et revisitée, elle trouve grâce auprès des lecteurs, spécialistes ou non, que les langues humaines intéressent, surtout quand elles sont si peu connues et pourtant si proches des nôtres.

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PRÉFACE
de Régis Boyer
professeur émérite de langues, littératures et civilisation scandinaves à La Sorbonne (Paris-N)

Il faut saluer avec reconnaissance le présent livre, non seulement en raison de ses qualités scientifiques indéniables, mais aussi et surtout parce qu'il fait une place belle à ces langues, partant à ces littératures scandinaves que nous continuons d'ignorer plus ou moins, malgré les indéniables progrès qui ont été accomplis en la matière depuis environ un demi-siècle. Car il y a là quelque chose de regrettable sinon de scandaleux. Nous nous prétendons un peuple de haute culture, nous nous sentons en bonne compagnie parmi les Anglo-Saxons, les Allemands, les Espagnols, les Italiens, etc., mais nous sommes frappés comme d'une manière d'incoercible cécité dès que l'on nous parle de suédois, danois, norvégien, sans ajouter, par pudeur, d'islandais. Et cependant, quiconque est averti sait bien que les cultures scandinaves, les langues scandinaves, les lettres scandinaves comptent - devraient compter du moins - parmi les plus intéressantes qui soient. Je ne parle pas seulement d'écrivains notoires, comme, pour citer pêlemêle, le Danois Andersen, le Norvégien Ibsen, le Suédois Strindberg, les auteurs - inconnus pour la plupart - de sagas islandaises, mais aussi de réalisations sociales, de systèmes politiques ou sociaux ou idéologiques qu'évoquent bien volontiers, sans les connaître, bien entendu, nos fins journalistes de la rive gauche. Il ne s'agit pas uniquement des fameuses brumes du Nord, non plus que de notions de distance ou d'éloignement qui n'ont plus de sens à l'heure actuelle, les Anciens avaient beau prétendre qu'ex Septentrione lux, du Nord vient la lumière (opinion peut-être abusive ou, en tout cas, passablement mythique!), nous admettons facilement la chose sans aller y voir...

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Il y a là une sorte de mystère assez irritant pour le spécialiste. Ce n'est pas la peine d'aller invoquer le froid, l'éloignement, je ne sais quelle étrangeté, encore une fois, tout cela est totalement suranné à présent. Et nous sortons tout de même, peu à peu, d'idées aussi fixes que fausses complaisamment colportées par Dieu sait quelles aberrations: l'Islande n'est pas un pays couvert de glace en dépit de son nom, les Suédois ne sont pas des Sâmes (ne dites pas Lapons, qui est méprisant), les Norvégiens ont un des tout premiers PIB du monde (puisqu'il faut en passer par ces raisonnements-là), les Danois font bien autre chose que vendre du jambon ou des films pornographiques, et ainsi de suite. Nous portons notre Nord en nous, la chose est bien connue, mais quel Nord? Et savons-nous comment il s'exprime? Et avons-nous la curiosité élémentaire d'aller y voir d'un peu plus près? Et pourtant, cela est dérisoirement facile de nos jours, rendez-vous sur place, allez voir les petites églises de Danemark, celles dites "en bois debout" de Norvège, les mélancoliques lacs de Suède, les solfatares d'Islande, et je ne parle pas des côtes des Féroë où l'on parle une langue spéciale, là aussi. Fort bien, mais les langues? Alors? Car en désespoir de cause, peut-être s'agirait-il d'une affaire de langues en effet? Comment peut-on parler suédois? Et que peut bien signifier cette phrase que vous venez d'entendre en danois? Ces langues-là ne sont pas plus compliquées que celles auxquelles vous êtes habitués, à la limite, elles seraient plus simples et leur prononciation, pour typique qu'elle soit, n'a strictement rien de rébarbatif. On peut aller jusqu'à dire que ce sont même de jolies langues, agréables à entendre, capables de traduire au plus juste les élans de l'âme ou du cœur et même demandez au philosophe danois S. Kierkegaard - les détours les plus subtils de la pensée. Voilà le premier, le très grand mérite du livre que vous propose Christophe Bord, il va vous initier à la connaissance et à la pratique de ces langues et en même temps, il démystifiera, démythifiera l'islandais de l'Edda poétique, le danois de Karen Blixen, le norvégien de Knut Hamsun, le suédois de Selma LagerlOf. Notamment. Tous ces écrivains, ces artistes, ces hommes publics - dans tous les domaines - dont vous voyez passer les noms sans réagir. Il faut dire, d'ailleurs, par souci de justice, 8

qu'eux-mêmes prêtent le flanc: ils semblent s'être résignés à ce que l'on ne pratique pas leurs langues, leur ouverture n'appelle pas de démonstration, avec une humilité enviable (mais coupable en cette occurrence !), ils pratiquent avec bonheur les langues dites de haute culture (je ne connais pas de dénomination plus absurde que celle-là !) et de la sorte, nous nous sentons dispensés d'aller voir de plus près les leurs. Quand vous entendez chanter en norvégien la berceuse de Solveig, dans Peer Gynt de Grieg-Ibsen, quand vous étudiez attentivement la social-démocratie telle qu'on la pratique à Stockholm, quand vous essayez de faire de l'enseignement comme on tente de le mettre en œuvre du côté d'Aarhus, sur les directives d'un certain Grundtvig lui-même élève de Rousseau, quand vous lisez partout maintenant, depuis que ce que Ch. Bord appelle si gentiment "l'école universitaire française" a fini par imposer quelques vues, tel ou tel fait-divers pompeusement baptisé "saga", vous êtes de plain pied avec les Scandinaves. Ce sont nos frères et nos sœurs, je n'ai jamais trouvé de différence radicale entre la petite boulangère de Troms0 (Norvège) ou l'industriel de Malmo (Suède) ou le pêcheur de Siglufjorour (Islande) ou le professeur de Ribe (Danemark) et leurs homologues français. Il est clair que Christophe Bord a initialement plus ou moins raisonné comme je suis en train de le faire. Et comme c'est un linguiste redoutable, parfaitement armé pour atteindre son objectif, il va vous proposer, ici, un livre - je n'ose dire manuel, le terme rebute, mais une ouverture savante - d'initiation à la fois complète et éclairée. Ce n'est pas la première fois qu'il tente cette gageure, il s'y est déjà essayé au moins deux fois, dont la première était sa brillante thèse de doctorat, peut-être était-il alors un peu trop technique, mais voilà qui est passé et je me permets donc de vous recommander chaleureusement l'ouvrage que voici. Ch. Bord a voulu être complet et il faut s'en réjouir: il vous rappelle l'histoire de ces pays du Nord, histoire notablement complexe avec adoptions multiples des parlers autochtones, qui expliquent bon nombre de confusions présentes. J'aime particulièrement qu'il ait tenu à insister sur la personnalité scandinave, si l'on ose dire, son ambiguïté, les difficultés indéniables qu'elle offre à une analyse trop tranchée - car il existe une réelle parenté entre toutes ces langues, ne serait-ce que parce qu'elles ont eu un ancêtre commun 9

(qui se trouve merveilleusement conservé en Islande, sait-on que cette langue n'a pour ainsi dire pas évolué depuis un millénaire, ce doit être le seul exemple du fait sur notre globe, imaginez, pour prendre une comparaison très approximative, que sur une Île isolée de la Méditerranée, on parle encore aujourd'hui le latin de Cicéron), mais aussi à cause du fait que leurs destinées ont été tellement enchevêtrées qu'il n'est pas toujours facile de trancher: la Scanie, suédoise de nos jours, fut longtemps danoise, la Finlande (où l'on ne parle pas une langue scandinave), longtemps suédoise, la Norvège appartint un demi millénaire au Danemark, ainsi que l'Islande du reste. Il règne là-bas un proverbe qui dit que lorsqu'un Danois éternue, il y a tout de suite un Suédois qui se mouche, et l'on peut varier les composants ethniques de cette déclaration. Cela explique qu'il ne soit pas tellement aisé de proposer une analyse et une présentation pertinentes de cette question. Et Ch. Bord y parvient à la fois avec aisance et avec rigueur. Rigueur est le maître mot de l'étude que vous allez lire. L'auteur ne craint pas de vous confronter à des problèmes purement linguistiques et grammaticaux, syntaxiques et lexicologiques, mais sans pédanterie ni excès de technicité toutefois; et il vous propose une présentation comparée du même texte dans toutes ces langues, je vous en conseille la lecture attentive, vous y gagnerez de noter et les ressemblances et les différences. Au total, un travail que je dirai rafraîchissant étant donné qu'il parvient simultanément à exposer des questions difficiles, à les rendre familières et, pour revenir à mon point de départ, à en faire sentir la spécificité. Je ne puis que souhaiter à ce livre le succès qu'il mérite. J'avais coutume de dire à mes étudiants, naguère encore, que de nos jours, tout le monde est peu ou prou frotté d'anglais, d'espagnol, d'allemand et que, demain, ce seront les grandes langues extrêmeorientales qui vont acquérir droit de cité chez nous. Il n'y a pas à vouloir ignorer la problématique de notre modernité. Mais si vous excipez d'une langue dite, absurdement, rare, non seulement vous gagnerez en notoriété, mais encore, s'il faut faire droit à l'opinion courante qui veut que votre personnalité soit d'autant plus riche que vous pratiquez plus de langues, vous découvrirez les avantages de cette connaissance, dont Ch. Bord vous le démontre, 10

l'acquisition n'a rien ni de rébarbatif ni de vraiment difficile. Il ajoute qu'une sorte d'intercompréhension, au moins théorique, règne entre ces langues: si vous savez bien le norvégien, vous lirez le suédois et aussi le danois, par exemple. Est-il nécessaire d'insister sur l'enrichissement que représente pareille ouverture? Nous vivons dans une époque où l'isolement farouche, le repli sur soi, la fière indépendance sont de purs leurres, Dieu merci. Il y a beau temps que les Scandinaves pratiquent ce qu'il faudrait appeler ces vertus. Et remercions Christophe Bord de nous tendre des clefs pour accéder à ce royaume. La Varenne, le 24 février 2010

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ABREVIATIONS ET SYMBOLES
utilisés dans le présent ouvrage

Langues ALLD = allemand ANG = anglais DA = danois FE = féroïen FRA = français GER (C) = germanique (commun) (P)IE = (proto- )indo-européen IS = islandais NEER = néerlandais NO = norvégien BM/DN = dano-norvégien (norvégien issu du DA) NN = néonorvégien (norvégien "reconstitué") SC(A) = scandinave SU = suédois SUF = suédois de Finlande

Métalangue ACC 1/2 = accent 1 ou 2 ADJ = adjectif ADV = adverbe AN = animé ART (I/DEF) = article (in/défini) ASP = aspect(uel) AUX = auxiliaire C (OBL) = cas (oblique/s) NOM = nominatif VOC = vocatif ACC = accusatif GEN = génitif INSTR = instrumental DAT = datif CIRC (TPS) = circonstant (de temps) 13

CL/cl. = classe CaMP (PRED) = complément/s (prédicatif/s) DEM = démonstratif fi = fort fb = faible GCV = grand changement vocalique Genre: GCIF(EM)/M(ASC)/NT = genre commun ("réel") / féminin / masculin / neutre GN = groupe nominal GV = groupe verbal IND = indicatif INF (11I1)= infinitif ("présent/passé") INTERR = interrogatif N = nom LEILa = langue écrite/orale NEG = négateur/négation nombre: DU/PL/SG = duel/singulier/pluriel NUM (ORD) = numéral ordinal aD/aI = objet direct/indirect
PART (11I1)= participe ("présent/passé")

PART MOD = particule modale PART SEP = particule séparable PERS = personnel Phonologie: CC:)/ V(:) = consonne/voyelle (longue) P~SS = possessif PREP = préposition PRET = prétérit PRO = pronom PROP (IND, CIRC, COOR, REL, SUB) = proposition (indépendante, circonstancielle, coordonnée, relative, subordonnée) QUANT (GLOB / NUM) = quantificateurs (globaux / numériques) REFL = réfléchi S = sujet, syntagme (= groupe) SUBJ =subjonctif V(ER) (DEP / LEX / MOD / mod) = verbe (déponent / lexical / modal/semi-modal) 14

Vfb/ft(:l) = verbe faible / fort (de la 1re classe/série) (N)F = (non)fini(e)

=
équivaut à; c'est-à-dire
:j:. différent de

> devient / évolue en < provient / est issu de / est composé de * a) placé à gauche d'unie mot/forme = diachronie: "non attesté/e" ; synchronie: "agrammatical/e") b) placé à droite = renvoie à une note (de bas de page) $ frontière syllabique Il forme phono logique [] forme phonétique; trait (sémantique)

{} trait grammatical/morphologique <> forme graphique 15

{-0}

(morphème) zéro

opposition/contraste

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