La Société, une affaire d'entreprise ?

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Mondialisation, désengagement progressif des Etats, montée en puissance de la société civile, exclusion et pauvreté... Ces phénomènes majeurs soulèvent la question de la redéfinition des rapports entre l'entreprise et la société.


Les entreprises s'interrogent - et sont de plus en plus interrogées - sur leur contribution au progrès social. Dans une logique de Responsabilité Sociale, certaines d'entre elles adoptent une attitude d'ouverture vers la société et réfléchissent à leur contribution à l'équité sociale, à l'accès de tous aux biens essentiels et au développement des territoires où elles sont implantées. Ces pratiques, aujourd'hui regroupées sous le terme d'Engagement Sociétal des Entreprises, doivent encore se répandre, se structurer et mieux s'inscrire dans l'activité de l'entreprise.


Cet ouvrage examine les questions soulevées par la mise en place et le développement de ces démarches, et s'appuie sur les points de vue d'acteurs de la société et du monde économique. Réflexion sur le management de ces initiatives et revue des pratiques concrètes à l'appui, il apporte un éclairage sur les difficultés et les conditions de succès des démarches d'Engagement Sociétal d'entreprise.



  • Avant-propos

  • Préface : pour une entreprise engagée

  • Introduction : l'engagement sociétal : dimension émergente de la responsabilité sociale des entreprises

  • Entreprise et société : un complexe vivant et indissociable

  • De nouvelles réalités porteuses majeurs pour l'entreprise

  • L'état de l'art : panorama des pratiques actuelles

  • Conclusion : vers l'équation gagnante

  • Bibliographie

  • Index des entreprises citées

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 juillet 2011
Nombre de visites sur la page 200
EAN13 9782212860986
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0120 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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150 x 225 — 16 mm
IMS - Entreprendre pour la Cité
La Société,
une aff aire d’entreprise ?
L’Engagement Sociétal des entreprises :
enjeux, pratiques, perspectives La Société,Mondialisation, désengagement progressif des États, montée en
puissance de la société civile, exclusion et pauvreté… Ces phénomènes
majeurs soulèvent la question de la redéfi nition des rapports entre
l’entreprise et la société. une aff aire d’entreprise ?
Les entreprises s’interrogent – et sont de plus en plus interrogées – sur
leur contribution au progrès social. Dans une logique de Responsabilité
Sociale, certaines d’entre elles adoptent une attitude d’ouverture vers la
société et réfl échissent à leur contribution à l’équité sociale, à l’accès de L’Engagement
tous aux biens essentiels et au développement des territoires où elles
sont implantées. Ces pratiques, aujourd’hui regroupées sous le terme Sociétal des
d’Engagement Sociétal des Entreprises, doivent encore se répandre, se
entreprises : structurer et mieux s’inscrire dans l’activité de l’entreprise.
Cet ouvrage examine les questions soulevées par la mise en place enjeux,
et le développement de ces démarches, et s’appuie sur les points de pratiques,
vue d’acteurs de la société et du monde économique. Réfl exion sur
le management de ces initiatives et revue des pratiques concrètes à perspectives
l’appui, il apporte un éclairage sur les diffi cultés et les conditions de
succès des démarches d’Engagement Sociétal d’entreprise.
Cet ouvrage, réalisé avec le soutien de huit entreprises partenaires, est le fruit de
20 ans d’expérience d’IMS-Entreprendre pour la Cité auprès de ses entreprises
membres, au nombre de 150 aujourd’hui. L’équipe Innovation Sociétale
(Caroline Lassalle Saint-Jean, Olga Gontier Barykina, Olivia Verger Lisicki)
en a assuré la conception et la rédaction.
22 €
553746_ims_c_15.indd 13746_ims_c_15.indd 1 7/11/06 12:38:437/11/06 12:38:43
Code éditeur : G53746 • ISBN 10 : 2-7081-3746-8
ISBN 13 : 978-2-7081-3746-2
-:HSMHKI=VX\Y[W:
barbary-courte.com
La Société, une aff aire d’entreprise ?150 x 225 — 16 mm
IMS - Entreprendre pour la Cité
La Société,
une aff aire d’entreprise ?
L’Engagement Sociétal des entreprises :
enjeux, pratiques, perspectives La Société,Mondialisation, désengagement progressif des États, montée en
puissance de la société civile, exclusion et pauvreté… Ces phénomènes
majeurs soulèvent la question de la redéfi nition des rapports entre
l’entreprise et la société. une aff aire d’entreprise ?
Les entreprises s’interrogent – et sont de plus en plus interrogées – sur
leur contribution au progrès social. Dans une logique de Responsabilité
Sociale, certaines d’entre elles adoptent une attitude d’ouverture vers la
société et réfl échissent à leur contribution à l’équité sociale, à l’accès de L’Engagement
tous aux biens essentiels et au développement des territoires où elles
sont implantées. Ces pratiques, aujourd’hui regroupées sous le terme Sociétal des
d’Engagement Sociétal des Entreprises, doivent encore se répandre, se
entreprises : structurer et mieux s’inscrire dans l’activité de l’entreprise.
Cet ouvrage examine les questions soulevées par la mise en place enjeux,
et le développement de ces démarches, et s’appuie sur les points de pratiques,
vue d’acteurs de la société et du monde économique. Réfl exion sur
le management de ces initiatives et revue des pratiques concrètes à perspectives
l’appui, il apporte un éclairage sur les diffi cultés et les conditions de
succès des démarches d’Engagement Sociétal d’entreprise.
Cet ouvrage, réalisé avec le soutien de huit entreprises partenaires, est le fruit de
20 ans d’expérience d’IMS-Entreprendre pour la Cité auprès de ses entreprises
membres, au nombre de 150 aujourd’hui. L’équipe Innovation Sociétale
(Caroline Lassalle Saint-Jean, Olga Gontier Barykina, Olivia Verger Lisicki)
en a assuré la conception et la rédaction.
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ISBN 13 : 978-2-7081-3746-2
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La Société, une affaire d’entreprise ?
Éditions d’Organisation
Groupe Eyrolles
61, bd Saint-Germain
75240 Paris cedex 05
www.editions-organisation.com
www.editions-eyrolles.com
erLe code de la propriété intellectuelle du 1 juillet 1992 interdit en effet
expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants
droit. Or, cette pratique s’est généralisée notamment dans l’enseignement
provoquant une baisse brutale des achats de livres, au point que la possibilité
même pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles et de les faire éditer
correctement est aujourd’hui menacée.
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou
partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de
l’Éditeur ou du Centre Français d’Exploitation du Droit de copie, 20, rue des
GrandsAugustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2007
ISBN 10 : 2-7081-3746-8
ISBN 13 : 978-2-7081-3746-2
IMS – Entreprendre pour la Cité
La Société,
une affaire d’entreprise ?
L’Engagement Sociétal des entreprises :
enjeux, pratiques, perspectives
Un grand merci à…
GEORGES AMAR, Responsable prospective au département
Développement de la RATP.
JEAN-PIERRE BEAUDOIN, Directeur général du cabinet i&e et
professeur associé au Celsa - Paris IV-Sorbonne.
NADIR BENTOUTA, Responsable de la mission Prévention et
Innovation urbaine de la RATP.
JEAN-MARC BERNARDINI, Responsable de l’unité de Politique de
communication interne et externe de la RATP.
CATHERINE BOITEUX-PELLETIER, Responsable du département
Développement durable du groupe AXA.
CHANTAL DE LA BOURDONNAYE, Responsable du Mécénat, des
Affaires sociétales et de la Politique des transports de PSA Peugeot
Citroën.
THOMAS BUSUTTIL, Directeur du Développement durable de SFR.
MICHEL CAPRON, Professeur des universités en Sciences de gestion
à l’université Paris VIII et à l’université Paris XII (ESA), responsable
du master Conseil en organisation et gestion des innovations
sociales (université Paris VIII) et coresponsable du master Management
de la responsabilité sociale des entreprises (ESA).
ALAIN CASTINEL, Coordinateur Développement durable du groupe
Total.
HENRI DE CASTRIES, Président du directoire du groupe AXA.
PHILIPPE CHABASSE, Administrateur de Handicap International.
THOMAS CHAUDRON, Président national du Centre des jeunes
dirigeants d’entreprise.
XAVIER CHÉREAU, Responsable de l’Innovation sociale de PSA
Peugeot Citroën.
JULIEN CODORNIOU, Responsable des Partenariats avec les
startup, Microsoft France.
BERTRAND COLLOMB, Président de Lafarge.
Coordination SUD (ONG).
FLORENCE CORDIER, Direction des Relations sociales du groupe
EDF.
ARON CRAMER, Président & CEO de Business for Social
Responsibility (États-Unis).
PRISCILLA CRUBEZY, Consultante et membre du Stakeholder
Council de la GRI.
PETER DAVIES, Deputy Chief Executive, BITC.
CLAIRE DORLAND-CLAUZEL, Directeur de la Communication, de
la Marque et du Développement durable du groupe AXA.
MICHEL DUBOIS, Service de presse de la RATP.
JEAN FERRÉ, Président-directeur général de Sinequa.
ALAIN FUSTEC, Président du Goodwill Management.
PIERRE GADONNEIX, Président-directeur général du groupe EDF.
JEAN GAEREMYNCK, Délégué général à l’Emploi et à la Formation
professionnelle à la DGEFP.
PARTICK GAGNAIRE, Délégué général de SolidarCité.
SUSAN GEORGE, Vice-Présidente d’Attac-France (1999-2006) et
Présidente du conseil du Transnational Institute (Amsterdam).
BERNARD GIRAUD, Directeur général du département du
Développement durable et de la Responsabilité sociale du groupe Danone.
VALÉRIE GLODINON-ROBIN, Direction du Développement
durable du groupe EDF.
SERGE HÉBRARD, Direction du Développement durable du groupe
EDF.
DR PATRICK HENRY, Chargé de mission Lutte contre la grande
exclusion à la RATP.
FRANÇOIS JUNG-ROZENFARB, Directeur Partenariats et
Développement de Care France.
YANN LAROCHE, Directeur général délégué Ressources humaines et
Communication du groupe EDF.
JULIEN LAUPRÊTRE, Président du Secours populaire français.ANNE LAUVERGEON, Présidente du directoire du groupe AREVA.
JEAN-CHRISTOPHE LE DUIGOU, Secrétaire en charge des questions
économiques de la CGT.
ISABELLE LEUNG TACK, Manager Responsabilité sociale et Mécénat
de Microsoft France.
THÉRÈSE MARTINET, Directrice de l’Environnement automobile et
du Développement durable du groupe PSA Peugeot Citroën.
YANN MOULIER BOUTANG, Professeur des universités en Sciences
économiques à l’université de Technologie de Compiègne,
Directeur du laboratoire Costech (connaissance, organisation, systèmes
techniques).
CLAUDE NAHON, Directrice du Développement durable du groupe
EDF.
MARIEKE OLIVIERI, Professeur agrégée de Lettres modernes.
JOËL PAIN, Président de la commission « Croissance responsable »
de Croissance Plus.
FLORENCE PALPACUER, Professeur en Sciences de gestion, Équipe
de recherche sur la firme et l’industrie (ERFI), ISEM, université de
Montpellier I.
LAURENCE PARISOT, Présidente du MEDEF.
JEAN-PAUL PICARD, Président de la Direction générale de Deloitte
France.
MARIE-HÉLÈNE PIERRES, Secrétaire générale de la Fondation
d’entreprise RATP.
STÉPHANE QUÉRÉ, Directeur du Développement durable du
groupe SUEZ.
AMADOU RAIMI, Président du conseil d’administration de Deloitte
France.
THIERRY RIOULT, Directeur de la Communication de Deloitte
France.
ALAIN ROCHETTE, Responsable des Relations de PSA Peugeot
Citroën avec le monde de l’éducation.
GEOFFROY ROUX DE BEZIEUX, Président de Croissance Plus.THAIMA SAMMAN, Directrice du département Affaires publiques de
Microsoft EMEA.
ViRGINIE SEGHERS, Consultante, spécialiste du mécénat et de la
responsabilité sociale des entreprises.
GÉRARD SEULIN, Directeur opérationnel du pôle Enfants/Familles
de Redcats (groupe PPR).
HUGUES SIBILLE, Directeur délégué, adjoint du président du
groupe Crédit Coopératif.
JEAN-PIERRE SICARD, Directeur du Développement durable de la
Caisse des dépôts et Président de Novethic.
JOSETTE THÉOPHILE, Directeur général adjoint, Innovation sociale
à la RATP.
FRÉDÉRIC TIBERGHIEN, Président d’honneur de l’ORSE.
PHILIPPE VASSEUR, Président d’Alliances.
GILLES VERMOT DESROCHES, Directeur du Développement
durable de Schneider Electric.
FRANK WELVAERT, Président du conseil des directeurs de CSR
Europe.Avant-propos
En 1990, Renaud Sainsaulieu faisait paraître un ouvrage intitulé
1L’entreprise, une affaire de société . Le sociologue ouvrait alors la voie
à un nouveau débat sur le rôle que joue la société dans le
développement des entreprises. Aujourd’hui, avec toutes les interrogations
autour de la responsabilité sociale des entreprises, la question
inverse – la société est-elle une affaire d’entreprise ? – nécessite
d’être traitée.
Ce livre s’adresse à tous ceux qui s’intéressent au rôle de l’entreprise
dans la société et à sa capacité à contribuer au progrès social. Il a été
réalisé par l’équipe Innovation sociétale d’IMS-Entreprendre pour
la Cité, à l’occasion du vingtième anniversaire de l’association.
La publication a bénéficié du soutien actif de huit entreprises
partenaires, fortement mobilisées : AXA, Deloitte, EDF, Microsoft, PPR,
PSA Peugeot Citroën, RATP et SFR. Le propos a également été
enrichi par les contributions d’une cinquantaine d’experts du
monde académique, de l’entreprise, de la société civile et des
institutions en charge de ces problématiques.
1. SAINSAULIEU (Renaud), L’entreprise, une affaire de société, Paris, Presses de la
FNSP, 1990.
© Groupe Eyrolles10 La Société, une affaire d’entreprise ?
Créée en 1986, IMS-Entreprendre pour la Cité fédère un réseau de
150 entreprises (essentiellement des grands groupes
internationaux). L’association a pour mission de les aider à développer des
initiatives créatrices de valeur pour les territoires où elles sont
implantées et génératrices d’une plus grande équité sociale. Au
quotidien, l’IMS favorise les échanges interentreprises et
accompagne ses adhérents dans la définition et la mise en œuvre de
leurs démarches d’engagement sociétal : programmes de mécénat
et d’engagement citoyen, insertion des publics en difficulté,
politiques de gestion de la diversité et soutien au développement
socioéconomique local, notamment dans les quartiers sensibles.
Au sein de l’association, le pôle Innovation sociétale identifie les
enjeux et pratiques des entreprises sur des thématiques sociétales
émergentes telles que l’ancrage des entreprises dans leurs
territoires ou l’adaptation des produits et services aux populations en
difficulté… Il complète l’action des autres domaines de l’IMS en
explorant de nouveaux champs d’investigation et en concevant
des outils de pilotage adaptés aux nouvelles problématiques
sociétales qui impactent les entreprises.
L’activité du pôle s’organise aujourd’hui autour de deux axes
majeurs :
• Des travaux de recherche et des échanges interentreprises ;
• La réalisation de diagnostics sur les démarches d’engagement
sociétal des entreprises.
IMS-Entreprendre pour la Cité
Association d’entreprises – Président : Claude Bébéar
84, rue d’Amsterdam 75009 Paris – France
Tél : + 33 (0)1 43 87 52 52 – Fax : + 33 (0)1 43 87 31 31
www.imsentreprendre.com
© Groupe EyrollesSommaire
Avant-propos................................................................................................................................................................ 9
Préface
Pour une entreprise engagée ............................................................................................................ 15
Introduction
L’engagement sociétal : dimension émergente
de la responsabilité sociale des entreprises .................................................................. 17
Première partie
Entreprise et société :
un complexe vivant et indissociable
Chapitre 1
L’entreprise et la société : deux mondes interdépendants
aux finalités distinctes .................................................................................................................................. 23
Une relation systémique… ....................................................................................................................... 23
… mais des finalités distinctes ............................................................................................................... 29
Chapitre 2
Les trente glorieuses : une dynamique positive
entre l’entreprise et la société ........................................................................................................... 33
L’organisation fordiste, fondement du modèle économique
d’après-guerre ........................................................................................................................................................ 33
Les facteurs socioculturels de réussite ............................................................................................. 34
Un partage des rôles efficace entre l’entreprise et l’État ................................................. 36
Les évolutions sociétales générées ....................................................................................................... 37
© Groupe Eyrolles12 La Société, une affaire d’entreprise ?
Chapitre 3
À partir des années soixante-dix : la rupture de l’équilibre .................. 39
Le fordisme soumis à des tensions culturelles et sociales .............................................. 39
Le déclin du modèle économique d’après-guerre ................................................................ 41
Des réactions en chaîne : l’élargissement du fossé ............................................................... 42
Chapitre 4
Vers un nouveau contrat social ? ................................................................................................. 47
Le rôle et la légitimité de l’entreprise remis en question ............................................... 47
La dangereuse tentation de l’autisme économique ............................................................. 50
Les prémisses d’une nouvelle relation entre l’entreprise et la société ................. 53
Deuxième partie
De nouvelles réalités
porteuses d’enjeux majeurs pour l’entreprise
Chapitre 5
Le « patchwork » des attentes sociétales
adressées à l’entreprise ............................................................................................................................. 61
Confusion et multiplicité ........................................................................................................................... 61
Des repères certes, mais toutefois limités .................................................................................... 72
Chapitre 6
La complexité de l’entreprise moderne ................................................................................ 83
L’entreprise « nébuleuse » .......................................................................................................................... 83
L’imbroglio organisationnel .................................................................................................................... 86
L’approche « glocale » et ses limites .................................................................................................. 88
Une temporalité organisationnelle en décalage avec le temps sociétal .............. 90
Chapitre 7
Les apports de l’engagement sociétal .................................................................................... 93
Les enjeux auxquels contribue l’engagement sociétal ....................................................... 93
Les enjeux organisationnels ................................................................................................................ 94
La gestion des ressources humaines ............................................................................................... 96
La relation avec les clients 100
La relation avec les actionnaires .................................................................................................. 102
La relation avec son environnement ........................................................................................ 104
© Groupe EyrollesSommaire 13
Les bénéfices directs et indirects ....................................................................................................... 105
Le développement du capital immatériel ............................................................................. 106
La prévention des risques .................................................................................................................. 108
Les gains économiques ......................................................................................................................... 110
Troisième partie
L’état de l’art : panorama des pratiques actuelles
Chapitre 8
Les conditions de succès d’une démarche gagnant-gagnant ............ 119
L’instauration d’un dialogue partenarial ................................................................................... 120
L’identification des parties prenantes principales et de leurs attentes ............. 122
La définition du degré d’ouverture et des modalités du dialogue ...................... 124
La mise en place des conditions de l’échange ..................................................................... 126
L’association des parties prenantes aux démarches de l’entreprise ..................... 129
Le management et la professionnalisation des démarches sociétales ............... 137
La définition d’une politique sociétale au niveau du groupe ............................... 137
Les conditions préalables à la mise en œuvre des démarches sociétales .......... 145
Le déploiement .......................................................................................................................................... 150
L’amélioration continue .................................................................................................................... 162
Chapitre 9
Les différents registres d’initiatives sociétales .......................................................... 167
L’accès aux biens essentiels et l’aide aux pays en développement ....................... 172
Le soutien au monde associatif ..................................................................................................... 172
L’intégration dans les process et le fonctionnement de l’entreprise .................... 174
L’adaptation des produits et la création d’une offre commerciale ..................... 176
La promotion de la diversité et la lutte contre les discriminations ................... 186
Le soutien au milieu associatif ...................................................................................................... 188.................... 192..................... 205
La lutte contre l’exclusion ...................................................................................................................... 208
Le soutien au monde associatif et l’engagement citoyen ............................................ 209
L’intégration dans les process et le fonctionnement de l’entreprise .................... 213
L’adaptation des produits et la création d’une offre commerciale ..................... 220
Le développement économique local ........................................................................................... 224
Le soutien au tissu économique local ....................................................................................... 225.................... 229..................... 235
© Groupe Eyrolles14 La Société, une affaire d’entreprise ?
La prise en compte des risques émergents ............................................................................... 236
L’allongement de la durée de vie et le vieillissement de la population .......... 237
L’obésité et les risques pour la santé .......................................................................................... 240
Le développement des nouvelles technologies et la protection
des enfants dans la société numérique ..................................................................................... 244
La mobilité ................................................................................................................................................... 247
La sécurité routière .. 252
La prévention des incivilités ........................................................................................................... 254
Conclusion
Vers l’équation gagnante .................................................................................................................... 259
Bibliographie .......................................................................................................................................................... 263
Index des entreprises citées ................................................................................................................ 267
© Groupe EyrollesPréface
Pour une entreprise engagée
Entreprises et société forment un couple indissociable. Pour vivre, la
société a besoin des entreprises, principal lieu de création de
richesses. Mais l’entreprise n’est pas seulement un acteur économique.
Comme l’école, elle est aussi un puissant catalyseur qui favorise
l’intégration sociale. Tous les jours, la réalité le montre bien : une
personne qui a du travail s’intègre mieux que celle qui en est privée !
Réciproquement, si le monde économique participe au
développement d’une société, le dynamisme des entreprises est conditionné
par un fonctionnement efficient de la société. Une entreprise peut
sans aucun doute mieux se développer dans une société qui se porte
bien, avec des personnes formées, dotées de compétences adaptées
et bénéficiant de bonnes conditions pour vivre et travailler.
Dans ce contexte, il est dans l’intérêt même des entreprises de
contribuer au progrès social. Chacune d’elles doit pouvoir s’investir avec
les moyens dont elle dispose, afin que la Cité se porte mieux.
S’engager dans cette voie est une obligation morale, mais aussi un atout
pour le développement de l’entreprise à moyen et long terme. Cette
posture génère une véritable dynamique en interne et facilite
l’adhésion des salariés au projet de l’entreprise. Il est important de rappeler
qu’elle est avant tout une communauté d’hommes et de femmes. Il
est nécessaire pour ces derniers, non seulement de bien vivre entre
eux, mais aussi d’évoluer en harmonie avec leur environnement.
L’engagement sociétal favorise également l’établissement de relations
constructives avec les parties prenantes externes qui ont des attentes
© Groupe Eyrolles16 La Société, une affaire d’entreprise ?
de plus en plus fortes et variées (populations locales, associations,
clients, investisseurs…). À travers notamment ses démarches
d’ancrage territorial et de diversité, l’entreprise peut se prémunir
contre certains risques et créer en même temps un environnement
favorable à son activité.
Ce point de vue est largement partagé aujourd’hui dans les grandes
entreprises, soit par conviction, soit par intérêt bien compris. La
société change, les besoins et les mentalités aussi. Les démarches des
entreprises doivent s’inscrire dans cette dynamique et ainsi
contribuer à leur capacité d’adaptation. Elles doivent bannir
l’immobilisme et adopter une vision prospective des enjeux auxquels elles
sont confrontées.
IMS-Entreprendre pour la Cité encourage de façon pragmatique ces
évolutions. Vingt ans d’observation et d’accompagnement des
entreprises ont permis à l’association d’identifier les enjeux, les
difficultés et les facteurs clés de succès à prendre en compte dans la mise
en place des démarches d’engagement sociétal. Fort de cette
expérience et de celle de ses adhérents, l’IMS a souhaité mettre en avant
dans cet ouvrage les débats, les défis d’aujourd’hui et de demain,
ainsi que les clés de réussite des pratiques de nombreuses entreprises
pionnières en faveur de la société.
Claude Bébéar,
Président de IMS-Entreprendre pour la Cité
et du Conseil de surveillance d’AXA
© Groupe EyrollesIntroduction
L’engagement sociétal :
dimension émergente
de la responsabilité sociale
des entreprises
« Économie et société : tensions et décalages féconds », «
L’éco1nomie contre la société ? », L’horreur économique … Autant
d’articles ou d’ouvrages aux titres provocateurs qui suggèrent que la
relation entre l’entreprise et la société traverse une période difficile.
L’opinion publique est extrêmement attentive aux pratiques du
monde économique pouvant nuire au « mieux vivre ensemble ».
L’entreprise est d’ailleurs bien souvent perçue en France comme
principale fautive de beaucoup des maux qui assaillent la société :
chômage, dégradation du niveau de vie, précarisation,
développement de l’exclusion. Fortement ancrée dans les mentalités
françaises, cette image de l’entreprise s’est dégradée avec les récents débats
à propos des agissements de certains dirigeants.
1. LANDRIEU (Josée) « Économie et société : tensions et décalages féconds », Agir,
hiver 2000 ; MITCHELL (Lawrence E.). La firme irresponsable, Paris, Economica,
2003 ; PERRET, (Bernard) et ROUSTANG (Guy) « L’économie contre la
société ? », Esprit, février 1993 ; FORRESTER (Vivianne). L’horreur économique,
Paris, Fayard, 1996.
© Groupe Eyrolles18 La Société, une affaire d’entreprise ?
Cette méfiance de plus en plus marquée vis-à-vis du monde
économique est porteuse de risques pour le pays comme pour l’entreprise
et peut avoir des répercussions néfastes sur les affaires. Face à ce
danger, l’entreprise s’emploie depuis quelques années à renforcer sa
légitimité dans la société en mettant en lumière ses pratiques
contribuant au progrès social.
Soutien du monde associatif, dons financiers aux causes d’intérêt
général, financement de programmes de recherche… Répondant
aux valeurs philanthropiques de ses dirigeants ou au besoin de
revaloriser l’image de l’entreprise, ces actions font depuis longtemps
partie de l’univers de l’entreprise. Ces dernières années, de nouvelles
thématiques sont progressivement venues enrichir ces démarches,
en réponse aux évolutions de la société. Emploi de publics en
difficulté, lutte contre les discriminations, programmes d’aide au
développement… Plus variées, les démarches actuelles sont davantage en
phase avec les enjeux de l’entreprise et les attentes de la société,
s’inscrivant dans une logique gagnant-gagnant. Regroupant les
actions du monde économique qui visent à favoriser l’accès de tous
aux biens essentiels, à renforcer la cohésion et l’équité sociale et à
contribuer au développement de leurs territoires d’implantation, les
termes d’engagement sociétal s’installent progressivement dans le
vocabulaire des entreprises.
Pilier de la politique de la « responsabilité sociale de l’entreprise »
1(RSE) , l’engagement sociétal vise à associer le monde économique
au développement de la société au sens large. Il constitue un véritable
laboratoire d’innovation et de réflexion sur le rôle de l’entreprise
dans la société. Pourtant, moins formalisées et moins contraignantes
que les politiques sociales internes, les démarches sociétales semblent
manquer de légitimité. Souvent moins visibles que les actions visant
1. Le concept de la responsabilité sociale de l’entreprise postule l’intégration
volontaire par les entreprises des préoccupations sociales, sociétales et
environnementales dans leurs relations avec les parties prenantes et dans leurs activités
commerciales.
© Groupe EyrollesIntroduction 19
à préserver l’environnement, elles restent mal connues du grand
public. Quelles en sont les raisons ? Les démarches sociétales se
développent-elles, mais dans l’ombre, hors du champ médiatique ?
Peinent-elles à s’affirmer face au nombre et à la complexité des
problématiques auxquelles elles sont censées contribuer ? L’entreprise
at-elle des difficultés à se reconnaître (et à être reconnue) comme l’un
des acteurs du développement social ? Une chose est certaine : les
démarches sociétales soulèvent la (difficile) question de l’évolution
du rôle actuel de l’entreprise dans la société, rôle que les parties
prenantes voudraient voir précisé.
Cet ouvrage se donne pour objectif de répondre à une double
ambition : proposer un nouveau regard sur l’entreprise et montrer
l’importance de l’engagement sociétal pour faire face aux enjeux de
l’entreprise et de la société. Au lieu de se focaliser sur une vision
sceptique et négative du monde économique, il choisit de l’aider à
progresser, en lui faisant prendre conscience de ses responsabilités et
en valorisant les initiatives positives.
Outil de réflexion aussi bien que guide méthodologique, cette
publication fait apparaître une pluralité de points de vue qui exprime la
richesse des débats et l’absence de consensus dans ce domaine. Plus
qu’offrir une lecture théorique, elle vise aussi à légitimer et à rendre
opérationnel le lien entre l’entreprise et la société, à travers les
politiques d’engagement sociétal. Cet ouvrage propose un éclairage sur les
principales problématiques soulevées par le développement de ces
démarches et avance quelques solutions tirées de l’expérience et du
1savoir-faire de grandes entreprises pionnières. Il se veut un réservoir
d’analyses, d’idées en débat, d’expériences et d’arguments pour que
l’engagement sociétal des entreprises progresse.
1. Les PME ne sont pas absentes de ce mouvement, la richesse de leurs initiatives est
bien réelle. Cependant, aujourd’hui, les initiatives sociétales les mieux recensées
et les plus structurées sont bien souvent le fait de grands groupes, soumis à de
fortes pressions et dotés de moyens considérables.
© Groupe Eyrolles20 La Société, une affaire d’entreprise ?
La première partie du livre est dédiée à l’évolution du rôle de
l’entreprise dans la société. Elle analyse la nature de la relation entre
ces deux entités et se propose de mettre en évidence ses implications
sociales et économiques. Elle explore les contradictions et les
convergences entre les logiques de l’entreprise et de la société, et resitue
l’intérêt de l’engagement sociétal dans cette perspective.
La deuxième partie examine le cadre dans lequel naissent et se
développent les démarches sociétales de l’entreprise. Elle recense les
facteurs qui freinent les initiatives dans ce domaine (difficultés,
risques) et ceux qui, au contraire, ont un effet de levier
(opportunités). Une attention particulière est portée à l’impact positif de ces
démarches sur le développement de l’entreprise.
La dernière partie fait le point sur l’expérience de grands groupes
qui ont réussi à mettre en place des politiques sociétales efficaces et
innovantes. Elle examine les conditions nécessaires à la mise en
place de ces démarches qui passent par un dialogue avancé avec
l’environnement au sens large, mais aussi par des dispositifs de
management structurés et formalisés. Enfin, elle expose des cas
concrets et pratiques dans chaque domaine clé de l’engagement sociétal
pour mieux inspirer et inciter les entreprises.
Il est important de bien souligner que les questions relatives au
respect de l’environnement et aux problèmes écologiques ne seront pas
abordées dans ce livre. Certes, absolument fondamentales, elles sont
en effet déjà largement relayées et étudiées par bon nombre de
spécialistes. En revanche, compte tenu de leur complexité et du
nombre d’acteurs qu’elles concernent, les démarches d’engagement
sociétal restent un chantier en construction qui mérite débat et
formalisation.
© Groupe EyrollesPremière partie
Entreprise et société :
un complexe vivant
et indissociable
L’entreprise est une entité protéiforme qui évolue au contact de la
société dans laquelle elle est implantée. Elle change au fil du temps
en se nourrissant des contextes sociaux, économiques, culturels et
politiques. Sa forme actuelle, caractéristique de nos sociétés, s’est
construite sous l’influence de bouleversements sociaux. Ainsi,
l’industrialisation en France est en partie due à la Révolution de
1789, qui a mis fin à « un régime d’économie corsetée et de société
1bloquée » . En rasant la hiérarchie sociale existante, elle a permis le
brassage des populations et a facilité l’accès à l’activité
entreprenariale aux gens venus d’horizons différents : la noblesse à la recherche
de nouvelles sources de revenus ; les anciens militaires poussés par le
1. LAMBERT-DANSETTE (Jean), « Histoire de l’entreprise et des chefs d’entreprise en
France : les questionnements », Humanisme et entreprise, n° 247, 2001, p. 42.
© Groupe Eyrolles22 Entreprise et société : un complexe vivant et indissociable
déclin du prestige de l’armée française post-napoléonienne ; les
propriétaires des domaines ruraux en quête de stabilité et de revenus
supérieurs ; les négociants visant l’extension de leurs affaires…
Mais l’entreprise ne fait pas que subir l’impact de changements
sociaux. Son évolution propre conditionne le développement de la
société. En effet, le processus d’industrialisation débuté vers les
années 1830 s’est accompagné de la prolétarisation de pans entiers
de la société française. Les conflits sociaux ont explosé violemment,
en créant un climat de confrontation entre la classe ouvrière et les
propriétaires d’entreprise. Cette époque a donné naissance à un
questionnement sur un devenir plus juste et égalitaire de la société,
à l’origine d’un ordre social nouveau dont l’entreprise est devenue
un des moteurs.
Ces deux exemples ne constituent pas des cas isolés. Toute l’histoire
française (et mondiale) est faite d’événements témoignant de
l’enchevêtrement des évolutions sociales et économiques, au point
qu’il est de moins en moins aisé de distinguer les causes des
conséquences et de définir avec précision les éléments déclencheurs de
transformations. L’économie est-elle perpétuellement en train de
courir après les évolutions de la société pour pouvoir s’y adapter et
en tirer parti ? Nos sociétés sont-elles le produit du monde
économique ? Le débat est ouvert, et il est d’autant plus important
qu’aujourd’hui, le rôle de l’entreprise et sa relation avec les autres
institutions sociales posent question.
© Groupe EyrollesChapitre 1
L’entreprise et la société :
deux mondes interdépendants
aux finalités distinctes
L’observation des pratiques de l’entreprise et de la société indique
une forte interdépendance entre elles. Toutefois, l’enchevêtrement
de ces deux mondes ne doit pas faire oublier qu’ils poursuivent des
finalités différentes. En effet, si la société érige en objectif la
cohésion sociale entre ses membres, l’entreprise poursuit des objectifs
économiques, de création de richesses, de développement et de
croissance de ses bénéfices.
Une relation systémique…
L’interdépendance entre le corps social et le monde des affaires
n’apparaît pas uniquement à travers le prisme historique. Quelle
que soit la période concernée, il est possible de découvrir l’existence
de liens bilatéraux qui unissent le monde économique aux divers
domaines de la vie sociale.
L’entreprise n’est pas une entité indépendante qui vit son
activité de manière autarcique. Elle est immergée dans la cité, avec tout
ce que cela implique de positif comme de négatif. Ainsi, si elle profite
des infrastructures publiques qui favorisent son expansion, elle
supporte également le poids des charges qui permettent de financer ces
mêmes infrastructures. De même, si elle bénéficie du système
éducatif utilisé pour former les salariés qu’elle emploie, elle doit également
© Groupe Eyrolles24 Entreprise et société : un complexe vivant et indissociable
alimenter les caisses de protection sociale… Tout indique que
l’entreprise et la cité sont semblables au bernard-l’hermite et à sa
coquille.
Joël Pain, président de la commission « Croissance responsable »
de Croissance Plus
Certains de ces liens sont bien connus et visibles, comme celui entre
le monde économique et l’État. Les entreprises produisent des biens
et des services et dégagent des richesses dont une partie est
récupérée par l’État sous forme d’impôts. « Il ne faut pas oublier que
l’entreprise est créatrice de richesse pour la Nation, rappelle Patrick
1Gagnaire, délégué général de SolidarCité . Les autres institutions
vivent, d’une certaine façon, de la valeur ajoutée créée par l’entreprise,
que ce soit la famille (grâce au salaire), l’État providence ou les
collectivités locales (grâce aux impôts). En créant de la richesse, elle permet aux
autres institutions d’exister et de se réguler. » De cette manière, les
entreprises participent au financement du fonctionnement de
l’appareil étatique et aux prestations relevant du service public. Par
conséquent, la régulation du domaine économique représente un
important enjeu pour l’État. Ainsi, les règles juridiques et les
conventions sociales encouragent certains types de comportements
enterprenariaux (concurrence loyale, respect des engagements) et en
sanctionnent d’autres (violation des droits de l’homme,
corruption…). Sous leur influence, des activités marchandes autrefois très
développées (et prospères) ont été bannies de l’économie
contemporaine, comme l’illustre avec force l’exemple du commerce des êtres
humains. D’autres domaines, notamment la concurrence, ont été
progressivement plus encadrés et réglementés. L’influence de l’État
sur l’activité du monde des affaires n’est donc pas neutre : si
certaines de ses dispositions peuvent stimuler les pratiques
entreprenariales, l’excès de réglementation peut bouleverser le fonctionnement
du marché, en contraignant les initiatives privées ou en adoptant
des dispositions qui nuisent à la compétitivité de l’économie. Pour
1. Association créée par le groupe PPR pour promouvoir et accompagner les actions
de solidarité mises en place par ses enseignes et salariés.
© Groupe EyrollesL’entreprise et la société : deux mondes interdépendants aux finalités distinctes 25
minimiser ces risques, les entreprises se sont progressivement
organisées afin de défendre leurs intérêts et de promouvoir leurs points
de vue, notamment à travers le lobbying.
Mais les relations entre l’État et les entreprises ne représentent que
la partie visible de l’iceberg, qui occulte une réalité beaucoup plus
subtile de l’interdépendance entre le monde économique et la
société. Ainsi, l’influence du monde des entreprises sur la culture
d’une société – et inversement – est moins connue. Pourtant, la
culture, comprise comme l’ensemble des normes, valeurs et
schémas de pensée qui encadrent la vie d’une société, est un élément
essentiel pour le développement des relations marchandes. Son
action est complémentaire à celle du droit, dans la mesure où elle
participe à la légitimation des activités. Protégées par des lois, les
entreprises peuvent être tentées de faire abstraction du
mécontentement social. Toutefois, le poids considérable des normes
culturelles sur l’activité économique oblige les entreprises à réfléchir sur
leurs pratiques et, éventuellement, à les remettre en cause. Ainsi,
une action légale, mais contraire aux valeurs morales, peut
rencontrer une opposition farouche de la part de la société. Par exemple,
les licenciements mis en place par certaines entreprises dans le but
de préserver leur compétitivité sont parfaitement en accord avec la
réglementation sociale existante. Néanmoins, l’opinion publique
sanctionne de tels comportements en manifestant une réprobation
généralisée qui peut amener l’entreprise à changer ses projets. Le
défilé des salariés dans la rue, l’intervention des élus et du
gouvernement peuvent contraindre la direction à revoir son projet de
restructuration à la baisse.
L’influence des traditions culturelles est également visible dans le
1fonctionnement interne des entreprises. Ainsi, Philippe d’Iribarne
a mis en évidence le fait que les modes de management varient d’un
pays à l’autre et a identifié des constantes culturelles qui doivent être
1. IRIBARNE (Philippe D’), La logique de l’honneur. Gestion des entreprises et traditions
nationales, Paris, Le Seuil, 1989, p. 279.
© Groupe Eyrolles26 Entreprise et société : un complexe vivant et indissociable
prises en compte dans la gestion. Leur identification permet de
comprendre pourquoi certains changements sont difficiles, voire
impossibles à conduire. La polémique autour du principe de l’alerte
éthique (ou whistleblowing) qui oppose les deux côtés de
l’Atlantique en constitue un exemple. Ces dispositifs qui permettent aux
salariés d’entreprise de rapporter anonymement les fraudes et de
dénoncer les comportements contraires à l’éthique représentent un
outil légitime de gestion éthique dans les pays anglo-saxons. Rendue
obligatoire par des lois aux États-Unis et au Royaume-Uni, « la
dénonciation est considérée comme un acte normal de tout bon salarié,
1car elle est utile à l’entreprise et assainit le business » . Or, en France,
les systèmes d’alerte éthique rencontrent de nombreuses résistances
culturelles. Ils sont perçus comme contraires aux valeurs morales et
évoquent le souvenir de campagnes de délation sous l’Occupation.
La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a
refusé en mai 2005 d’autoriser les recours à ces dispositifs, créant
ainsi une situation paradoxale pour les entreprises présentes des
deux côtés de l’Atlantique. Même si la Cnil a revu sa position en
novembre 2005, la transposition des systèmes d’alerte en France
reste problématique : elle « serait le signe, aux yeux des citoyens, de la
carence des institutions représentatives du personnel, des
administra2tions et juridictions de droit commun » .
Largement influencées par les normes et valeurs sociales, les
entreprises évoluent à l’image de la société. Leur modèle de
fonctionnement et les modes de management se transforment en suivant les
nouvelles tendances sociales. Ainsi, les psychologues et les historiens
font leur apparition dans le monde des entreprises pour répondre au
besoin de repères des salariés ; les sociologues aident à la conception
des produits pour prendre en compte les usages sociaux innovants et
les graphologues participent aux recrutements pour anticiper les
er1. BOUILLIN (Arnaud), « Les cadres se rebiffent », L’Express du 1 mars 2004.
2. Union locale CGT-FO Les Ulis, « Les systèmes d’alerte éthique », 10 mars 2006
(dossier en ligne : http://unionlocalecgt-folesulis.hautetfort.com/archive/2006/
03/10/les-systemes-d-alerte-ethique-dossier.html).
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