Le salarié de la précarité

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Description

Ce livre a été publié en 2000 dans la collection Le lien social et son actualité est toujours identique. Il s'appuie sur une enquête réalisée auprès de 1000 salariés pour comprendre de façon approfondie les contraintes auxquelles ils sont confrontés dans les entreprises. Il tente d'en évaluer les effets économiques, sociaux et politiques. Il est un outil de travail indispensable pour tous ceux qui entendent relever le défi des mutations en cours. L'importance de ce travail a été largement souligné par la presse et plébiscité par les professionnels, outil de travail et outil de référence.

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EAN13 9782130639558
Langue Français

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Serge Paugam
Le salarié de la précarité
Les nouvelles formes de l’intégration professionnelle
2007
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130639558 ISBN papier : 9782130558460 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Ce livre, publié en 2000, repose sur une enquête qualitative et quantitative réalisée entre 1995 et 1998 auprès de 1000 salariés de plusieurs entreprises. Il conserve tout son intérêt, à savoir une analyse des logiques contemporaines de l'intégration professionnelle qui prend en compte deux dimensions de la précarité : l'insatisfaction au travail et l'instabilité de l'emploi. Une préface inédite pour cette réédition dans la collection Quadrige replace les résultats dans le débat social de l'époque et présente les évolutions récentes ainsi que les recherches réalisées depuis la première édition.
Table des matières
Remerciements Préface à l’édition « Quadrige » Le double sens de la précarité De fortes variations en Europe Réformer la société salariale Présentation Les fondements de l’intégration La constitution d’un objet d’études
Première partie – Les logiques sociales de l'intégration professionnelle
Introduction 1. Les nouvelles contraintes du travail Les évolutions du rapport au travail Dimensions et facteurs de satisfaction au travail 2. L’insécurité grandissante de l’emploi Les évolutions du rapport a l’emploi Les inégalités face a l’insécurité de l’emploi 3. L’espace social de l’intégration professionnelle Le type idéal et ses déviations La vérification par l’enquête Deuxième partie – Identités collectives et rapports sociaux en entreprise Introduction 4. Les conditions de l’attachement à l’entreprise L’idée de l’excellence dans une entreprise de haute technologie L’esprit de corps des agents d’une entreprise publique 5. La valorisation de soi dans l’incertitude L’identité menacée des ouvriers du fer Le désarroi d’un hôpital en crise 6. L’intériorisation d’une identité négative Le malaise des agents d’un organisme de Sécurite sociale La souffrance ordinaire des salariés de deux entreprises agro-alimentaires La désorganisation avancée d’une entreprise de meubles Troisième partie – De la mobilisation à l'apathie Introduction
Introduction 7. Se défendre dans l’entreprise L’espace des revendications professionnelles La mobilisation syndicale et ses limites 8. La famille à l’épreuve de la précarité Précarité professionnelle et tensions familiales Précarité professionnelle et relations au sein du réseau de parenté 9. Les désillusions politiques Les représentations salariales de la pauvreté et du chômage Vers un radicalisme dépolitisé Conclusion Les deux dimensions de la précarité Les effets sociaux de la précarité professionnnelle Disqualification des salariés précaires et luttes sociales Appendice 1. L’évolution de l’organisation et des conditions de travail a partir des enquêtes nationales réalisées depuis 1984 Appendice 2. Résultats des régressions logistiques effectuées sur la satisfaction dans le travail et la stabilité de l’emploi Appendice 3. L’enquête Présentation générale L’enquête par entretiens approfondis Bibliographie Index des auteurs Index des thèmes
Remerciements
e livre repose en grande partie sur une enquête à la fois quantitative et qualitative Créalisée dans le cadre de l’Observatoire sociologique du changement (FNSP-CNRS) auprès de salariés de plusieurs entreprises. Mes premiers remerciements sont adressés à tous ceux qui ont accepté d’être interviewés en prenant du temps après leur journée de travail. Sans leur concours, ce livre n’existerait pas. Je tiens à remercier aussi les responsables des entreprises qui ont bien voulu transmettre leurs fichiers du personnel et toutes les informations nécessaires au tirage de l’échantillon. Je remercie également les enquêteurs et les personnes qui m’ont aidé à interpréter les réalités économiques et sociales de chacun des sites, en particulier les équipes syndicales qui ont été associées dès le départ à cette entreprise et qui se sont prêtées avec dévouement à toutes les questions que je me posais. Que tous trouvent ici l’expression de ma gratitude. L’enquête par questionnaires a bénéficié d’un financement de l’IRES sans lequel elle n’aurait pas été possible. Michel Cadiergues et le groupe de la CFDT qu’il a réuni autour de lui ont participé à l’élaboration des hypothèses de travail et à la réflexion générale sur le thème de l’action syndicale face à l’exclusion. Je tiens à leur exprimer ma reconnaissance pour leur précieuse contribution et la confiance qu’ils m’ont apportée tant dans la réalisation de l’enquête quantitative que dans l’interprétation de ses résultats. Ce travail a été présenté sous une forme provisoire dans plusieurs séminaires, en particulier dans le séminaire de l’Observatoire sociologique du changement ainsi que dans celui du Laboratoire de sociologie quantitative de l’INSEE sur la stratification sociale. J’ai eu également l’occasion d’en présenter plusieurs ébauches en dehors de France, notamment en Italie : à l’Institut d’études politiques de Florence et à l’Université de Turin ; en Grande-Bretagne : à l’Université d’Oxford, dans le séminaire de sociologie de Nuffield College ; en Allemagne : au Hanse Institude for Advanced Studies ; en Suisse : dans le département de sociologie de l’Université de Neuchâtel ; ainsi qu’au Centre franco-argentin des hautes études de l’Université de Buenos-Aires. Ces présentations m’ont permis d’approfondir certains points et d’améliorer ainsi ma démonstration. Je remercie tous ceux et celles qui ont participé à ces séminaires et ont bien voulu me faire part de leurs critiques et de leurs suggestions. Dans la phase de conception et d’organisation de l’enquête quantitative, Nadia Rachedi a suivi toutes les opérations en apportant à chaque étape du travail sa clairvoyance, son savoir-faire et sa délicatesse. J’ai apprécié le concours efficace de Jean-Paul Zoyem dans l’élaboration du questionnaire et dans la mise au point du fichier de données. L’enquête par entretiens approfondis a été réalisée avec la participation de Gilles Nezosi, David Manchec et Cécile Van de Velde. A la DARES,Catherine Rougerie a eu la gentillesse de m’aider à reconstituer les séries statistiques à partir des enquêtes nationales sur les conditions de travail. Dans la phase de recherche sur les sources statistiques et bibliographiques connexes à l’enquête de l’OSC,j’ai également bénéficié a u CREST de l’INSEE de l’aide précieuse d’Alain Chenu. Je tiens à exprimer à chacun
d’entre eux des remerciements chaleureux. Lors de mon séjour de recherches à Nuffield College à Oxford, au cours du dernier trimestre de 1998, les longues discussions avec Duncan Gallie sur l’évolution du rapport au travail ont enrichi ma réflexion et ma connaissance des travaux anglais. A l’École des hautes études en sciences sociales, j’ai bénéficié comme toujours des remarques stimulantes et des encouragements amicaux de Dominique Schnapper, ainsi que de sa lecture approfondie des différentes versions de ce texte. Ce livre lui doit beaucoup. Je remercie aussi Martine Gauffeny pour son soutien dans les phases les plus intenses de ce travail.
Préface à l’édition « Quadrige »
esalarié de la précaritéa été publié en 2000 dans la collection « Le Lien social » et Lrepose sur une enquête réalisée entre 1995 et 1998. Autrement dit, les principaux matériaux empiriques qui m’ont permis d’écrire ce livre ont été recueillis il y a une dizaine d’années. A l’occasion de cette nouvelle édition, il ne m’a pas semblé souhaitable de modifier le texte, hormis quelques corrections de détail. L’enquête conserve, à mon avis, dans sa forme originale, tout son intérêt, mais il est toutefois nécessaire de replacer ses résultats dans le débat social de l’époque et de tenir compte à la fois des évolutions récentes et des recherches entreprises depuis cette date. Depuis la parution de cet ouvrage, il est devenu courant de parler des « travailleurs pauvres », c’est-à-dire des personnes qui, tout en ayant un emploi, appartiennent à un ménage dont les revenus ne dépassent pas le seuil de pauvreté. La sortie de ce livre a d’ailleurs coïncidé avec la publication de plusieurs études sur ce thème[1]. L’année 2000 correspond en ce sens à un point de rupture dans les représentations du marché du travail et de la pauvreté. Alors que, dans les années 1980 et 1990, l’attention des pouvoirs publics se focalisait sur le chômage et, en particulier, sur le chômage de longue durée, comme indicateur majeur de l’exclusion, les premières années de la décennie 2000 furent marquées par ce constat à la fois simple et inquiétant : l’accès à l’emploi ne met plus systématiquement à l’abri ni de la pauvreté matérielle ni de la détresse psychologique. Ainsi, on estime aujourd’hui que, parmi les 26 millions de personnes présentes la majeure partie de l’année sur le marché du travail, environ 1,3 million (soit 5 %) sont pauvres[2]. Alors que la pauvreté des retraités est en net recul, celle des actifs a, au contraire, nettement progressé. Si ce livre a contribué à mettre l’accent sur cette dégradation du marché du travail, il ne saurait toutefois se réduire à la question des « travailleurs pauvres ». Il concerne, comme le sous-titre l’indique, les nouvelles formes de l’intégration professionnelle et traite des dégâts de la crise de la société salariale.
Le double sens de la précarité
L’enquête qui a servi de base à l’écriture duSalarié de la précaritéa été entreprise à la suite de la publication d’une étude intituléePrécarité et risque d’exclusion en France que j’avais réalisée en collaboration avec Jean-Paul Zoyem et Jean-Michel Charbonnel dans le cadre du Centre d’études des revenus et des coûts et qui avait été rendue publique au début de l’année 1994[3]. L’analyse avait consisté à étudier, à partir d’une grande enquête de l’INSEE réalisée en population générale, les corrélations entre plusieurs indicateurs, en particulier entre la précarité professionnelle – appréciée à l’aide d’une typologie des différentes situations par rapport à l’emploi – et d’autres difficultés économiques et sociales : l’isolement, l’instabilité conjugale, la faiblesse du revenu, des conditions de vie et de la sociabilité. Cette étude avait été abondamment commentée par les médias. Elle avait suscité immédiatement l’intérêt
des pouvoirs publics et des partenaires économiques et sociaux. La raison principale venait de la nouveauté des résultats qui insistaient sur le caractère diffus de la précarité. Le phénomène était décrit comme un processus touchant des franges nombreuses de la population active et non pas uniquement, comme on le pensait jusque-là, les refoulés du marché de l’emploi proches de l’assistance. Cette étude a été présentée dans plusieurs séminaires, y compris à l’étranger. Elle a aussi inspiré des travaux comparatifs, en particulier le programme européen « Employment Precarity, Unemployment and Social Exclusion » (EPUSE) que j’ai coordonné par la suite de 1996 à 2000 en collaboration avec Duncan Gallie de Nuffield College. Le bilan de laprécaritéet durisque d’exclusion en Francene permettait pas toutefois d’étudier les relations entre ces salariés et les autres au sein de la même entreprise ou de la même branche d’activités. Le type d’entreprise dans laquelle exerçait le salarié enquêté n’était connu que de façon très grossière. Or, au-delà de l’intérêt d’une analyse descriptive de cette frange de la population par rapport aux autres actifs, il me paraissait plus intéressant encore, d’un point de vue sociologique, de pouvoir analyser leurs comportements en les comparant à ceux des autres salariés de la même entreprise dont la situation par rapport à l’emploi était plus satisfaisante. L’intérêt que j’y voyais était d’étudier les relations professionnelles entre des groupes sociaux inégaux, en particulier face au risque de perte d’emploi. L’écho positif qu’avait rencontré l’étude du CERC auprès de syndicalistes, notamment de la CFDT, me permit de proposer à l’IRES de financer une enquête spécifique auprès d’un échantillon de salariés. J’avoue qu’au moment de réaliser cette nouvelle enquête la précarité des salariés était pour moi synonyme de vulnérabilité par rapport à l’emploi. La précarité de l’emploi est encore aujourd’hui le premier sens que l’on donne à la précarité. C’est celui qui a dominé la réflexion des sociologues dans les années 1980 et 1990. Parler de précarité est une façon d’exprimer une inquiétude face à la remise en question au moins partielle de l’emploi stable et protégé qui a constitué le socle principal de la solidarité au cours des Trente Glorieuses. Organisée autour d’un État protecteur, la société salariale correspond, selon Robert Castel, à « une société différenciée, hiérarchisée, mais dont tous les membres peuvent entretenir des relations d’interdépendance parce qu’ils disposent d’un fonds de ressources communes et de droits communs »[4]. La croissance forte entre 1953 et le début des années 1970 a favorisé la croissance de l’État comme régulateur de l’ensemble des transformations sociales. De leur côté, les travailleurs ont pu s’inscrire dans des « collectifs protecteurs », c’est-à-dire dans un ensemble de règles négociées entre des partenaires sociaux collectivement constitués. L’augmentation m assive du chômage, le risque accru de licenciement et la croissance des emplois atypiques ont fait fondre dans les trente dernières années cette sécurité de l’emploi, à tel point que l’on parle aujourd’hui d’une « institutionnalisation du précariat »[5]. Mais cette instabilité des emplois qui entraîne une érosion progressive des droits sociaux pour une frange nombreuse de la population n’est qu’un aspect du malaise diffus qui traverse la société salariale. Pierre Bourdieu proposait de distinguer la « misère de position » de la notion plus courante de « misère de condition »[6]. Il remarquait en effet que la « petite misère », faite de souffrances quotidiennes,