En finir avec le chômage : un choix de société !

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Depuis le choc pétrolier de 1973, la France et l’ensemble des pays industrialisés sont confrontés à une crise économique, dont l’une des principales conséquences est la hausse du chômage. Son augmentation a des répercussions économiques, politiques et sociales qui menacent notre qualité de vie et notre processus démocratique. En étudiant les causes et les conséquences du chômage, il apparaît que nous avons le choix entre deux solutions pour en finir avec ce fléau : relancer la croissance du PIB ou réduire le temps de travail.
Pour être envisageable, la solution adoptée devra être en mesure de donner une vision de l’avenir viable, atteignable et désirable capable de mobiliser les énergies individuelles et collectives. Pour être viable, non seulement, elle devra assurer les subsistances, mais, surtout, garantir la survie de l’humanité à court, moyen et long terme. Pour être atteignable, elle devra s’appuyer sur les infrastructures économiques et sociales existantes. Pour être désirable, elle devra procurer aux membres des couches populaires et de la classe moyenne, ainsi qu’aux cadres, aux chefs d’entreprises, aux entrepreneurs, aux membres des professions libérales, aux agriculteurs, aux artisans et aux commerçants les moyens de changer le rapport qu’ils tissent avec eux-mêmes et les autres. C’est-à-dire de se socialiser, de définir son identité, de structurer le rythme de son existence, de nourrir l’estime de soi, de se distinguer, de s’affirmer et de s’accomplir autrement que par l’activité professionnelle et la consommation.
L’objectif de cet ouvrage est de démontrer que le choix entre la relance de la croissance du PIB ou la réduction du temps de travail n’est pas un choix économique, mais un choix de société, dont dépendent la survie et l’avenir de l’humanité.

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Date de parution 18 décembre 2019
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EAN13 9782312071091
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0017 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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En finir avec le chômage : un choix
de société !
Jean-Christophe Giuliani
En finir avec le chômage :
un choix de société !
Relancer la croissance ou réduire le temps de travail,
un choix dont dépend la survie et l’avenir de l’humanité
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
Du même auteur
Le travail, et après ? aux éditions Ecosociété, 2017
Satisfaire nos besoins : un choix de société ! aux Éditions du Net, à paraître
© Les Éditions du Net, 2019
ISBN : 978-2-312-07109-1
« Tous les hommes se divisent, et en tout temps et de nos jours, en
esclaves et libres ; car celui qui n’a pas les deux tiers de sa journée pour
luimême est esclave, qu’il soit d’ailleurs ce qu’il veut : politique, marchand,
fonctionnaire, érudit. »
{1}Friedrich Nietzsche
« Ce que nous avons devant nous, c’est la perspective d’une société de
travailleurs sans travail, c’est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste.
On ne peut rien imaginer de pire. »
{2}Hannah Arendt
« C’est une société de travailleurs que l’on va délivrer des chaînes du
travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus
enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. »
{3}Hannah Arendt
« Or les travailleurs ne découvrirons les limites de la rationalité
économique que si leur vie n’est pas entièrement occupée et leur esprit
préoccupé par le travail ; si, en d’autres termes, un espace suffisamment
ample de temps libre s’ouvre à eux pour qu’ils puissent découvrir une sphère
de valeurs non quantifiable, celle du temps de vivre, de la souveraineté
existentielle. »
{4}André Gorz
I n t r o d u c t i o n
Le choc pétrolier de 1973 a provoqué une crise économique, dont la
conséquence directe fut la hausse du chômage. Étant donné que
l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi a des répercussions
économiques, politiques et sociales qui menacent notre qualité de vie et notre
processus démocratique, depuis le début de cette crise, qui n’en finit plus, tous
les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir ont eu l’objectif d’en finir
avec ce « fléau ».
En fonction de leurs orientations idéologiques, des économistes, des
politiques et des experts proposent de multiples solutions. Ceux qui adhèrent à
la doctrine ultralibérale défendent une politique de l’offre. Puisque pour eux, la
hausse du chômage est due aux rigidités qui pèsent sur la compétitivité des
entreprises, pour créer des emplois, ils proposent de supprimer le Smic et les
charges patronales, de baisser les salaires, d’alléger le Code du travail, de
distribuer le revenu de base, de libérer les prix, de privatiser les services
publics, etc. Ceux qui défendent une politique de la demande proposent de
mettre en œuvre les 32 heures, de renforcer le Code du travail, de relocaliser
l’industrie, et de relancer la croissance du PIB en augmentant la consommation
des ménages et de l’État. Pour financer la relance et les investissements, ils
proposent d’augmenter les salaires, les dépenses publiques, l’impôt des
contribuables aisés, etc.
Tandis que certaines de ces propositions relèvent d’une conception
idéologique, d’autres méritent d’être approfondies et prises en considération.
Même si certaines de ces propositions ouvrent de nouvelles perspectives,
comme l’avait déjà fait remarquer le sociologue et psychanalyste Erich Fromm,
les réponses à cette crise, qui est désormais systémique (économique,
politique, sociale, écologique, climatique et sanitaire), ne relèvent pas seulement
de propositions d’ordre économique.
« Pour la première fois dans l’histoire, la survie physique de la race
humaine dépend d’un changement radical du cœur humain. Mais ce
changement n’est possible que dans la mesure où interviennent des
changements économiques et sociaux rigoureux capables de donner au cœur
humain la chance de changer et le courage et l’envie d’accomplir ce
{5}changement. »
Autrement dit, pour être envisageables, les solutions adoptées pour en finir
avec le chômage devront être en mesure de donner une vision de l’avenir
viable, atteignable et désirable capable de mobiliser les énergies individuelles et
collectives. Pour être viables, ces solutions devront assurer les subsistances,
apporter un minimum de confort matériel et préserver la survie de l’humanité à
court, moyen et long terme. Pour qu’elles soient atteignables, ces solutions
devront s’appuyer sur les infrastructures économiques et sociales existantes.
Pour être désirables, ils devront procurer aux membres des couches populaireset de la classe moyenne, ainsi qu’aux cadres, aux chefs d’entreprises, aux
entrepreneurs, aux membres des professions libérales, aux agriculteurs, aux
artisans et aux commerçants les moyens de changer le rapport qu’ils tissent
avec eux-mêmes et les autres. C’est-à-dire se socialiser, définir son identité,
structurer le rythme de son existence, nourrir l’estime de soi, se distinguer,
s’affirmer et s’accomplir autrement que par l’activité professionnelle et la
consommation.
Avant de proposer des solutions qui soient viables, atteignables et
désirables, il m’apparaît important d’identifier les causes de la hausse du
chômage. Les décideurs économiques et politiques affirment que sa principale
cause est la faiblesse de la croissance du PIB. Pour en finir avec ce fléau, il
suffirait donc de relancer la croissance. Les questions qu’il m’apparaît
nécessaire de poser sont les suivantes : est-ce que c’est réellement la faiblesse
de la croissance qui est responsable de la hausse du chômage ? Si c’est sa
faiblesse, quel est le taux qui permettrait de l’enrayer ? Quels seraient les
moyens de la relancer ? Est-ce qu’une croissance infinie dans un monde aux
ressources finies est viable à moyen et long terme ? Pour terminer, est-ce qu’il y
aurait d’autres solutions pour créer des emplois sans relancer la croissance ?
Afin de répondre à ces questions, dans la première partie de cet essai,
j’aborderai les causes et conséquences du chômage. Pour cela, je
commencerai par quantifier le nombre de demandeur d’emploi et d’actifs sans
emploi. Je poursuivrai en étudiant les conséquences économiques et sociales
du chômage, ainsi que son impact sur le budget de l’État. Pour en comprendre
les causes, j’étudierai celles qui sont couramment avancées par le Medef et les
ultralibéraux. Je terminerai en étudiant les causes et conséquences des gains
de productivité et les enjeux du partage des bénéfices générés par ces gains.
Ce diagnostic fait apparaître deux solutions : relancer la croissance du PIB ou
réduire le temps de travail. Afin d’envisager la plus appropriée, je consacrerai
les secondes et troisièmes parties à les étudier.
Depuis le milieu des années 70, la relance de la croissance du PIB est
présentée par les économistes et les politiques comme la seule solution
envisageable pour inverser la courbe du chômage. Je consacrerai donc la
seconde partie à étudier la viabilité de cette solution à moyen et long terme.
Pour cela, je commencerai, d’une part, par calculer le taux de croissance qui
permettra d’en finir avec le chômage, et, d’autre part, par proposer des solutions
pour la relancer. La croissance étant présentée comme la condition du progrès
social, je poursuivrai ce travail en tentant de confirmer ou de réfuter cette
affirmation. Pour être envisageable, cette solution doit également être viable à
moyen et long terme. Autrement dit, elle ne doit pas provoquer l’effondrement de
la civilisation. Je terminerai donc en évaluant l’impact de la croissance sur le
climat, les stocks de matières premières, les ressources naturelles et la
biodiversité.
Après avoir étudié la solution de la croissance, j’aborderai celle de la
réduction du temps de travail. Pour cela, je commencerai par expliquer pourquoi
le rapport au temps est un facteur de changement de mode de vie sur le planindividuel et de transformation sociale sur le plan collectif. Il est important de
préciser que je n’aborderai pas le rapport au temps à partir d’une conception
physique, métaphysique ou philosophique, mais à partir du temps qui organise
le rythme des existences individuelles et collectives au quotidien. C’est-à-dire le
temps de l’horloge, du calendrier et de l’emploi du temps. Sur le plan individuel,
je tenterai de montrer que le mode de vie et la qualité de vie d’un individu, ainsi
que les moyens qu’il utilise pour se socialiser, définir son identité, structurer le
rythme de son existence, nourrir l’estime de soi, se distinguer et s’accomplir
sont déterminés par le temps libre dont il dispose et son emploi du temps
professionnel.
Sur le plan collectif, puisqu’une société se caractérise par un certain rapport
au temps, les enjeux de son contrôle et de son aménagement n’apparaissent
pas comme un choix économique, mais comme un choix de société. En effet,
celui qui contrôle le temps impose ses valeurs, son mode de production et sa
catégorie sociale dominante. En m’appuyant sur les caractéristiques du temps
social dominant et de la dynamique des temps sociaux, je relèverai le défi de
décrire les processus économiques, sociaux et temporels qui ont provoqué le
déclin de l’ordre religieux au profit de l’ordre économique. En m’appuyant sur
cette dynamique et un historique des lois sur la réduction du temps de travail, je
tenterai ensuite de décrire les étapes de la conquête du temps libre qui ont
provoqué une révolution silencieuse du rapport au temps qui est toujours
d’actualité aujourd’hui. Non seulement, cette dynamique explique les révoltes de
mai 1968 et la crise que subit la France depuis 1973, mais surtout, elle offre les
moyens d’en sortir. Ayant montré que la réduction du temps de travail allait dans
le sens de l’histoire, je calculerai la durée légale du temps de travail qui
permettra d’en finir avec le chômage.
Puisque la réduction du temps de travail provoquera une baisse du pouvoir
d’achat, je proposerai les moyens de le préserver sans pénaliser les
entreprises. Pour cela, je commencerai par étudier les dépenses et la part du
Smic allouées à l’alimentation et au logement. Ayant étudié séparément les
causes de la hausse de ces dépenses, je proposerai des solutions concrètes
pour en réduire la part. Après avoir, d’une part, identifié les enjeux de
l’intégration sociale et du sens de la vie, et, d’autre part, quantifié le temps libre
et proposé un nouvel emploi du temps collectif, je présenterai les activités qui
permettront d’organiser le rythme de la société, de se socialiser, de nourrir
l’estime de soi et de s’accomplir sur le mode « être ». Ces nouvelles pratiques
favoriseront un changement des relations familiales et affectives, ainsi que
l’émergence de la démocratie participative.
La vocation de cet essai est de démontrer que le choix entre la relance de
la croissance du PIB ou la réduction du temps de travail n’est pas un choix
économique, mais un choix de société, dont dépendent la survie et l’avenir de
l’humanité.
Causes et conséquences du chômage
Depuis le milieu des années 70, la France et l’ensemble des pays
industrialisés sont confrontés à une crise, dont l’une des principales
conséquences est la hausse du chômage. Étant donné que les économistes,
les industriels et les politiques ultralibéraux affirment que les principales causes
du chômage sont la faiblesse de la croissance du PIB et le manque de
compétitivité des entreprises françaises, pour créer des emplois, il suffirait donc
de la relancer et de supprimer tous les freins à la compétitivité. Afin de confirmer
ou de réfuter ces affirmations, il m’apparaît nécessaire de commencer par
identifier et par analyser les causes et conséquences du chômage.
Avant d’aborder les conséquences économiques et sociales du chômage,
je commencerai par étudier les modes de calcul officiels des demandeurs
d’emploi. Puisque les chiffres officiels ne prennent pas en compte tous les actifs,
je proposerai un nouveau mode de calcul des actifs sans emploi. À partir de
cette équation, il sera possible de calculer, de suivre et de comparer l’évolution
du nombre d’actifs sans emploi sur une longue période. Les conséquences du
chômage sont multiples et ne concernent pas que les demandeurs d’emploi. En
effet, après avoir montré les conséquences du chômage pour ceux qui n’ont
pas la « chance d’avoir un emploi », je présenterai ensuite celles qui concernent
les salariés en poste, les chefs d’entreprises et la compétitivité des entreprises.
Pour terminer, je tenterai d’évaluer le montant des coûts directs et indirects du
chômage sur le budget de l’État.
Se contenter d’étudier les conséquences du chômage sans en comprendre
les causes ne permet pas de proposer des solutions capables d’en finir avec lui.
Afin d’en appréhender les causes, je commencerai par étudier celles qui sont
couramment avancées par le Medef et les ultralibéraux. En m’inspirant de John
Maynard Keynes, je poursuivrai ce travail en étudiant les causes et
conséquences de la productivité horaire. En m’appuyant sur les données
statistiques de l’Insee, je terminerai en présentant les enjeux du partage des
bénéfices générés par les gains de productivité.
Ayant identifiés les enjeux et les causes du chômage, je serai en mesure de
proposer des solutions adéquates pour en finir avec ce fléau.QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES DU CHÔMAGE ?
Le chômage est un fléau économique, politique et social qui concerne
toutes les catégories socioprofessionnelles. Ces conséquences directes et
indirectes concernent les demandeurs d’emploi, ainsi que les salariés en poste,
les chefs d’entreprises et la compétitivité des entreprises. Les surcoûts
financiers générés par le chômage et la peur du chômage contribuent
également à creuser la dette publique de l’État et le déficit de la caisse
d’assurance maladie. Avant d’aborder ses conséquences, il m’est apparu
nécessaire d’étudier les modes de calcul officiels du chômage et de proposer
une autre manière de calculer le nombre d’actifs sans emploi.Combien y a-t-il de chômeurs ?
Chaque mois, l’Insee et Pôle emploi publient les chiffres officiels du
chômage. Même s’ils quantifient le nombre de demandeurs d’emploi, ils ne
dénombrent pas tous les actifs sans emploi. Afin de les prendre tous en compte,
je propose une nouvelle manière de les quantifier.Les modes de calcul officiels du chômage
En France, les chiffres officiels du chômage sont calculés par l’Insee à partir
{6}d’une enquête confidentielle réalisée auprès de 100 000 personnes . Selon
l’Insee, de 1974 à 2013, tandis que le taux de chômage officiel de la France
passait de 3,3 % à 9,8 % de la population active, le nombre de demandeurs
d’emploi passait de 734 000 à plus de 2,8 millions de personnes, soit une
{7}hausse de 282 % sur 39 ans. Les critères, qui permettent à l’Insee d’identifier
un chômeur, reposent sur la définition du bureau international du travail (BIT).
Depuis 1982, le BIT propose des critères pour identifier, calculer et comparer le
nombre de chômeurs au niveau international. Selon la définition du BIT, un
individu peu entrer dans la catégorie de chômeur s’il répond aux critères
suivants : être en âge de travailler, ne pas avoir travaillé au cours de la semaine
de l’enquête, être disponible pour travailler dans les deux semaines à venir,
avoir entrepris une démarche de recherche d’emploi au cours des quatre
dernières semaines (répondre à une annonce, s’inscrire dans une agence
d’intérim, etc.) ou avoir trouvé un emploi qui commence dans moins de trois
mois. Ne correspondant pas aux critères de la définition du BIT, ceux qui sont à
temps partiel « subi », en formation, en arrêt maladie ou en congé maternité
n’apparaissent donc pas dans les chiffres du chômage de l’Insee. Afin d’obtenir
un chiffre plus proche de la réalité, il m’apparaît préférable de s’appuyer sur le
mode de calcul de Pôle emploi.
Les chiffres de la direction de l’animation de la recherche, des études et des
statistiques (DARES) ne reposent pas sur des enquêtes, mais sur les
inscriptions à Pôle emploi. Ces chiffres regroupent les demandeurs d’emploi en
cinq catégories.-– Catégorie A : demandeurs d’emploi tenus d’accomplir des actes positifs de
recherche d’emploi quel que soit le type de contrat (CDD, CDI, temps plein, temps
partiel, temporaire ou saisonnier)-– Catégorie B : demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite de
78 heures maximum par mois, tenus d’accomplir des actes positifs de recherche
d’emploi-– Catégorie C : demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite de
plus de 78 heures par mois, tenus d’accomplir des actes positifs de recherche
d’emploi-– Catégorie D : demandeurs d’emploi, non immédiatement disponible, non
tenus d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi (formation, arrêt
maladie, congé maternité, etc.), ainsi que les demandeurs d’emploi en convention
de reclassement personnalisé (CRP) et en contrat de transition professionnelle
(CTP), sans emploi.-Catégorie E : demandeurs d’emploi non tenus d’accomplir des actes de
recherche d’emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés, créateur
d’entreprise, etc.).
En intégrant ces cinq catégories, en 2013, le nombre de demandeurs
d’emploi de la France métropolitaine comprenait 5,5 millions de personnes, soit
2 fois plus que l’Insee : 3,3 millions de catégorie A, 649 800 de catégorie B,
{8}949 200 de catégorie C, 278 300 de catégorie D et 381 500 de catégorie E .
Les 2,7 millions de personnes, que ne prenait pas en compte l’Insee,
comprenaient 500 000 demandeurs d’emploi de catégorie A, 1,6 million de
salariés à temps partiel subi de catégories B et C, ainsi que 659 800 personnes
de catégorie D et E (formation, reclassement, arrêt maladie, congé maternité,
contrats aidés, création d’entreprises, etc.).
Puisque les chiffres de la DARES comptabilisent uniquement les personnes
inscrites à Pôle emploi, ils ne prennent pas en compte tous les actifs sans
emploi. En effet, une personne en âge de travailler qui n’a pas d’emploi, n’en
recherche pas et n’est pas inscrite à « Pôle emploi » n’apparaît dans aucun
chiffre officiel du chômage. Afin de les prendre tous en compte, je propose une
nouvelle manière de comptabiliser le nombre d’actifs sans emploi.Faudrait-il calculer autrement le nombre d’actifs sans emploi ?
Selon la définition de l’Insee, la population totale comprend la population
{9}active et inactive . En m’inspirant de cette définition, j’ai créé une équation qui
permet de calculer autrement le nombre d’actifs sans emploi. Selon cette
définition, un chômeur est un membre de la population active qui n’a pas
d’emploi. Tandis que la population active englobe les personnes qui exercent
une activité professionnelle rémunérée et les demandeurs d’emploi, la
population inactive comprend les enfants de moins de 16 ans, les élèves du
secondaire en second cycle, les étudiants, les femmes au foyer et les
personnes à la retraite de plus de 60 ans. N’ayant pas trouvé de statistiques
officielles sur le nombre de femmes réellement au foyer (femme au foyer par
volonté et non par dépit), j’ai intégré toutes les femmes de 16 à 59 ans à la
population active.
Le statut d’actif étant lié à une activité rémunérée, tandis que la femme au
foyer qui fait son ménage est inactive, l’assistante ménagère payée pour le faire
à sa place est considérée comme active. Qualifier « d’actif » uniquement ceux
qui exercent une activité professionnelle rémunérée ou recherchent un emploi
relève d’une imposture idéologique. Cette définition exclut les personnes en âge
de travailler qui n’ont pas d’emploi, n’en recherchent pas et ne sont pas inscrites
à « Pôle emploi » . Afin d’en finir avec l’exclusion sociale provoquée par cette
définition arbitraire, je considère que toutes les personnes âgées de 16 à 59 ans
qui ne sont pas des élèves en second cycle ou étudiants font partie de la
population active.
Chaque année, l’Insee publie les données statistiques suivantes : la
population totale, l’estimation de la population par sexe et groupes d’âge, les
effectifs d’élèves et d’étudiants et le nombre d’emplois à temps plein par
branche. Je propose donc d’utiliser ces données pour quantifier la population
active sans emploi à partir de l’équation ci-dessous :
{10}– Soit, Pop est la population totale : 65 899 406 hab .
{11}– « , TP est le taux population comprise entre 15 et 59 ans : 57,57 % .a
{12}– « , E est le nombre élèves second cycle et étudiants : 5 317 800 .
{13}– « , PA est la population active emploi temps plein : 25 589 589 .e
– « , PA est la population active sans emploi.c
En 2013, étant donné que la population moyenne de la France (France
{14}métropolitaine + DOM) comprenait 65,8 millions d’habitants et que les
personnes âgées de 15 à 59 ans représentaient 57,5 % de la population, 38
millions d’actifs étaient en âge de travailler. Comme elle avait 5,3 millions
d’élèves en second cycle et d’étudiants et 25,5 millions de salariés occupant un
emploi à temps plein, sa PA s’élevait à 7 millions, soit 21,6 % de la populationc
active. Les tableaux ci-dessous décomposent le calcul de la population active
sans emploi en 2013.En 2013, comme l’Ordonnance n°82-270 du 26 mars 1982 était encore
{15}vigueur, un salarié avait légalement le droit de prendre sa retraite à 60 ans .
L’âge légal du départ à la retraite étant fixé à 60 ans, les 23,8 % de la population
de 60 ans et plus représentaient 15,7 millions de retraités. Grâce à
l’Ordonnance n°59-45 du 6 janvier 1959, l’instruction est obligatoire jusqu’à
{16}l’âge de 16 ans . Représentant 18,6 % de la population, les jeunes de moins
de 16 ans comprenaient 12,2 millions d’inactifs. Puisque les 42,4 % de retraités
et de jeunes de moins de 16 ans représentaient 27,9 millions de personnes, la
population de 16 à 59 ans en âge de travailler comprenait 38 millions d’actifs,
soit 57,6 %. Comme 8,1 % des jeunes en âge de travailler avaient choisi de
poursuivre leurs études, 5,3 millions de lycéens et d’étudiants n’étaient pas
disponibles pour rechercher un emploi. Étant donné que la population active
comprenait 32,6 millions de personnes et que 25,5 millions exerçaient un emploi
à temps plein, 7 millions d’actifs, soit 21,6 % de la population active n’avaient
pas d’emploi ou avaient un emploi à temps partiel subi. Le tableau ci-dessous
identifie la population active sans emploi de 2013.
- – Sources 5 et 6 : Dares, Demandeurs d’emploi inscrits et offres collectées par Pôle
{17}emploi en décembre 2013, Indicateur de janvier 2014 n°006 .
Ce tableau permet d’identifier et de quantifier les actifs qui ne sont pas pris
en compte par l’Insee et Pôle emploi. En reprenant les données de la DARES,
j’ai pu identifier ces 7 millions d’actifs sans emploi. Ces actifs comprennent 5,5
millions de demandeurs d’emploi de catégorie A, B, C, D et E et 268 000 de
catégorie A, B et C des DOM, soit 18 % de la population active. À ce chiffre, il
faut ajouter 1,1 million d’actifs non identifiés de la France métropolitaine et des
DOM, soit 3,5 % de la population active. Ces actifs comprennent, d’une part, des
demandeurs d’emploi de catégories D et E des DOM, et, d’autre part, despersonnes au RSA, des handicapés, des femmes ou des hommes au foyer, des
personnes rayées des listes de Pôle emploi, des détenus, des SDF, des
rentiers, etc. qui ne recherchent pas ou plus d’emploi et ne sont pas inscrit à
Pôle emploi.
En 2013, il n’y avait donc pas 2,8 millions de chômeurs ou 5,5 millions de
demandeurs d’emploi, mais 7 millions d’actifs sans emploi. Puisque les chiffres
officiels de l’Insee ne prennent pas en compte tous les actifs, même si le
gouvernement parvenait à créer 2,8 millions d’emplois, il resterait encore une
armée de réserve de 4,2 millions d’actifs sans emploi. Si tous les chômeurs de
catégorie A trouvaient un emploi, les salariés précaires à temps partiel « subis »
de catégories B et C, les demandeurs d’emploi de catégorie D et E et les
personnes au RSA non inscrites à Pôle emploi exerceraient toujours une
pression sur les salariés en poste.
Comme elle permet de tracer une courbe, l’équation qui calcule le nombre
d’actifs sans emploi donne les moyens d’analyser son évolution sur une longue
période.L’évolution du nombre d’actifs sans emplois depuis 1980
La courbe de la population active sans emploi permet de suivre et de
comparer son évolution sur une longue période. J’aurai souhaité étudier cette
évolution sur la période de 1949 à 2013, mais, comme je n’ai pas trouvé de
données statistiques d’élèves de second cycle et d’étudiants pour la période de
1949 à 1980, j’ai dû me limiter à la période de 1980 à 2013. Tandis que le
graphique ci-dessous de gauche compare l’évolution de la population active
sans emploi avec celle qui occupe un emploi équivalent temps plein, celui de
droite compare l’évolution de la population de 16 à 59 ans avec celle des élèves
de second cycle et des étudiants de 1980 à 2013.
- – Source : Insee, 6.209, Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents
temps plein, Op. Cit.
- – Source : Insee, Population par sexe et groupes d’âges depuis 1946, Op. Cit.
- – Source : Ministère de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la
recherche, Op. Cit. N’ayant que des sources fragmentées des effectifs d’élèves et
d’étudiants de 1980 à 2002, une partie de ces données reposent sur une estimation.
Contrairement aux idées reçues, le nombre d’actifs sans emploi n’a pas
augmenté, mais diminué. En effet, de 1986 à 2013, le nombre d’actifs sans
emplois a diminué de 1,5 million de personnes, soit une baisse de 17,6 %.
Pourtant, sur la période de 1980 à 2013, la population âgée 16 et 59 ans a
augmenté de 4,6 millions, soit une hausse de 13,8 %. Comme les entreprises
ont seulement créé 3,6 millions d’emplois à temps plein, soit une hausse de
16,8 %, le nombre d’actifs sans emploi aurait dû augmenter de 1 million de
personnes. Or, cela n’a pas été le cas. Quelles sont donc les causes qui
pourraient expliquer la diminution du nombre d’actifs sans emploi ?
La première cause pourrait être la loi Aubry sur les 35 heures. Devant
appliquer les 35 heures, pour assurer la continuité de leur activité, les
entreprises de plus de 20 salariés ont dû augmenter leurs effectifs. À cause de
cette contrainte, de 1998 à 2002, elles ont créé plus de 1,8 million d’emplois à
temps plein, soit une hausse de 7,8 % sur 4 ans. Il est donc possible d’attribuer
à cette loi 50 % des emplois créés entre 1986 et 2013. En permettant de
diminuer le nombre d’actifs sans emploi de plus de 800 000 personnes sur 4
ans, les 35 heures en ont permis une baisse de 9,8 %. N’en déplaise au Medef
et aux ultralibéraux, la réduction de la durée légale du temps de travail apparaît
donc comme une solution efficace pour enrayer la hausse du chômage.
La seconde cause pourrait être le départ à la retraite de la population active
issue du baby-boum. En effet, en 2006, les enfants nés en 1945 avaient 60 ans.
L’âge du départ à la retraite étant fixé à 60 ans, de 2006 à 2013, la population
{18}active est passée de 38,5 à 37,9 millions, soit une baisse de 1,6 % .Puisqu’après le baby boum, la courbe de la natalité n’a pas été aussi soutenue,
le nombre d’actifs âgés de 16 à 59 ans continuera de diminuer. À terme, cette
baisse va contribuer à réduire progressivement le nombre d’actifs sans emploi
et, donc, de demandeurs d’emploi.
La troisième est due à l’augmentation des effectifs des élèves de second
cycle et des étudiants. De 1980 à 2013, ces effectifs ont augmenté de 1,6
million. Tandis qu’entre 1980 à 1995, ils ont augmenté de 1,3 million, soit une
hausse de 37,7 %, de 1996 à 2013, ils ont augmenté de 234 000, soit une
hausse de 4,6 %. La hausse de 37,7 % est en partie due à la volonté du
gouvernement socialiste de faire accéder 80 % d’une classe d’âge au bac.
Puisqu’un étudiant ne fait pas partie de la population active, cette généreuse
ambition pourrait apparaître comme un moyen déguisé de faire baisser les
chiffres du chômage.
Après avoir quantifié le nombre d’actifs sans emploi, il apparaît nécessaire
d’appréhender les conséquences économiques et sociales du chômage.Les conséquences économiques et sociales du chômage
La hausse du chômage de masse a des conséquences économiques et
sociales directes et indirectes. Les conséquences directes sont l’endettement
des ménages, la rupture des liens sociaux et la perte de santé des demandeurs
d’emploi. Les indirectes sont la hausse de la délinquance, de l’insécurité des
salariés en poste, des dépenses de santé et de la dette publique.Les conséquences directes du chômage
La première conséquence du chômage est la perte du pouvoir d’achat. En
se retrouvant au chômage, le salarié perd 25 % de son revenu, qui décroît en
fonction de sa durée. En fin de droit, le chômeur ne perçoit plus que le RSA
(revenue de solidarité active). S’il a souscrit un emprunt immobilier ou des
crédits à la consommation, cette perte de revenu peut conduire au
surendettement. La cessation de payement des traites et des crédits déclenche
une procédure de recouvrement, la saisie des biens et, à terme, l’expulsion du
logement.
La seconde est la perte du lien social. L’entreprise étant le principal lieu de
socialisation du salarié, la perte d’un emploi s’accompagne de la perte du
réseau et des liens professionnels qui permettent de se socialiser. La
dévalorisation du statut de chômeur influence profondément l’image et l’estime
que l’individu a de lui. Malgré le temps libre dont il dispose, le chômeur ne se
sent pas digne d’en profiter pour expérimenter de nouvelles activités qui lui
permettraient de créer de nouveaux liens sociaux. La honte qu’il ressent l’incite
à s’isoler de sa famille et de ses amis. En se repliant sur lui, le chômeur perturbe
l’équilibre de sa vie de famille. En 1987, Serge Paugam faisait apparaître que
43,5 % des hommes au chômage depuis 2 ans avaient vécu une rupture
{19}conjugale, contre 18,9 % pour ceux qui étaient actifs . Pour toutes ces
raisons, le chômage de longue durée apparaît comme l’une des principales
causes de l’exclusion sociale.
La troisième concerne la santé physique et psychique du chômeur.
L’identité, le statut social et le sens de la vie d’un individu étant étroitement liés à
la pratique quotidienne d’une activité professionnelle, le chômage de longue
durée risque de provoquer un effondrement de sa personnalité et de son
équilibre psychique. Ne disposant plus de repères temporels pour structurer
son emploi du temps et le rythme de sa vie, le chômeur est confronté au
désœuvrement, à l’angoisse et au vide existentiel. La discrimination associée
au statut de chômeur peut également provoquer une dévalorisation de soi et,
donc, une perte d’estime de soi. La honte et la culpabilité qu’elle provoque
s’accompagnent souvent d’un état de stress durable que l’individu ne peut pas
éviter ou affronter. La fuite de ce vide et de cet état de stress peut conduire à
des comportements violents ou compensatoires : la consommation d’alcool ou
de drogue ou des addictions (jeux vidéo, télévision, Internet, sexe, etc.). En se
prolongeant, cet état stressant et anxiogène peut provoquer des maladies plus
ou moins graves, telles que l’insomnie, la dépression, le cancer, etc., et, parfois,
conduire au suicide. Une étude de 1997 a montré qu’une augmentation de 3 %
du taux de chômage pouvait provoquer une hausse du taux de suicide de
{20}4,4 % . Étant davantage soumis aux maladies cardio-vasculaires et rénales
(+50 %), le taux de mortalité d’un chômeur augmente en moyenne de 75 % par
{21}rapport à celui d’un actif . Michel Lagrave cite une étude britannique qui
affirme qu’une hausse de 1 million de chômeurs sur 5 ans provoque 50 000
{22}décès et 60 000 cas de maladies mentales supplémentaires . Ces
conséquences incitent davantage les chômeurs à retrouver rapidement unemploi qu’à profiter des allocations chômages et du temps libre.
Après avoir présenté les conséquences directes, il est nécessaire de
présenter les indirectes.Les conséquences indirectes du chômage
La première conséquence indirecte concerne la hausse de la délinquance
et de la criminalité. La plupart des condamnés pour vols, trafics ou violences
cumulent la précarité et l’exclusion sociale liées au chômage. Une étude publiée
en 2000 montrait qu’un détenu sur sept n’a jamais exercé d’activité
professionnelle et qu’un sur deux est ou a été ouvrier, contre un sur trois dans
{23}l’ensemble de la population . Confronté à la difficulté de trouver un emploi, un
jeune issu de milieux défavorisés peut donc facilement basculer dans la
délinquance. Il existerait également une corrélation entre la hausse du chômage
et celle de la délinquance. Aux États-Unis, une étude a montré qu’une hausse
de 10 % du chômage provoque une hausse de 4 % des arrestations, de 6 %
des incarcérations, de 3,4 % des crimes économiques et de 0,8 % des crimes
violents. Une hausse de 1 million de chômeurs sur 5 ans est à l’origine de
{24}14 000 condamnations pénales supplémentaires . Le chômage étant la
principale cause de la délinquance, au lieu d’augmenter le nombre de prisons,
les pouvoirs publics devraient plutôt enrayer la hausse du chômage.
La seconde conséquence concerne l’impact du chômage sur les salariés
en poste. Il n’y a pas que les chômeurs qui sont concernés par la hausse du
chômage. Elle concerne également tous les salariés qui ont « la chance d’avoir
un emploi ». La hausse du chômage entretient un climat d’insécurité dans
l’esprit des salariés qui ont peur de perdre leurs emplois. Pour éviter de se
retrouver au chômage, en fonction de son niveau hiérarchique, le salarié peut
utiliser de multiples stratégies d’évitement : se soumettre aux ordres, contribuer
{25}au « sale boulot » , accepter la dégradation de ses conditions de travail,
entrer en compétition avec ses collègues et ne pas s’impliquer dans des
revendications sociales collectives. La peur du chômage empêche les
mouvements sociaux de se mobiliser pour lutter contre la dégradation des
conditions de travail : la stagnation des salaires, la flexibilité, la réforme du Code
du travail, la casse du système social, etc.
Ce comportement de soumission provoque un état de stress qui a des
répercussions sur la santé physique et psychique des salariés. En acceptant de
contribuer au « sale boulot », d’intensifier son rythme de travail, l’insécurité d’un
emploi précaire, le harcèlement d’un petit chef, la flexibilité, des objectifs
inatteignables, des horaires irréguliers et imprévisibles incompatibles avec une
vie sociale et familiale, etc., les salariés s’exposent à des situations de stress et
à des risques psychosociaux. En reprenant les quatrième et sixième enquêtes
européennes sur les conditions de travail dans l’Union européenne, un rapport
de l’Organisation internationale du Travail (OIT) estimait que 40 millions de
{26}personnes étaient affectées par le stress lié au travail . Tandis que 36 %
déclaraient travailler dans des délais très courts, 33 % déclaraient travailler à
une cadence élevée. Ce même rapport indiquait, d’une part, qu’un travailleur sur
six, soit 16 %, avait été confronté à un comportement social hostile (violence
physique, harcèlement sexuel et harcèlement), et, d’autre part, que 80 % des
cadres s’inquiétaient du stress lié au travail, et que près d’un sur cinq
considéraient la violence et le harcèlement comme un problème majeur.Quels que soient leurs niveaux hiérarchiques, à cause du stress lié au
travail, de plus en plus de salariés sont sujets à des fatigues, à des maux de
tête ou d’estomac, à des troubles du sommeil et de l’humeur, à des
comportements addictifs (alcool, drogues, jeux, shopping, sexe, surtravail, etc.)
et à des états anormaux d’agitation et d’angoisse accompagnés d’une
diminution de la lucidité et d’un rétrécissement de la pensée. En se prolongeant
dans le temps, l’exposition à un état de stress durable provoque des problèmes
de santé physique (maladies cardio-vasculaires, accident vasculaire cérébral
(AVC), troubles musculo-squelettiques (TMS), hypertension artérielle, ulcères,
cancers, etc.) et psychique (anxiété, fatigue chronique, dépression, Burn-out,
tentatives de suicide, etc.). Les troubles musculo-squelettiques et psychiques
constituent les pathologies à caractère professionnelles les plus fréquentes. À
eux seuls, les TMS, qui ont augmenté de 17 % par an en dix ans, représentaient
{27}74 % des déclarations des maladies professionnelles en 2008 . Afin d’aider
les salariés à poursuivre leur travail, les médecins généralistes prescrivent
toujours plus d’antidépresseurs. En 2000, 24,5 % de la population française a
{28}bénéficié du remboursement d’un médicament psychotrope . La hausse de la
consommation de psychotropes est le révélateur d’un malaise social profond
qui ne cesse de progresser. Au lieu d’en prescrire toujours plus, il serait plus
judicieux d’en finir avec le chômage qui est la principale cause du stress au
travail. Les problèmes de santé physique et psychique concernent également
les dirigeants d’entreprises. Une étude, réalisée en 2010 par TNS Sofres auprès
de 800 dirigeants de PME, révélait que 63 % déclaraient être stressés et que
{29}34 % d’entre eux souffraient de problèmes de santé liés au travail .
La troisième conséquence concerne la compétitivité des entreprises.
L’absentéisme, la rotation du personnel et la baisse de la productivité liés au
stress au travail ont également de s répercussions sur la performance des
entreprises. En 2001, une étude estimait que 30 % des arrêts maladie étaient
{30}directement liés au stress . Aux États-Unis, l’absentéisme est responsable de
plus de la moitié des 550 millions d’heures de travail perdues dans le secteur
{31}privé . Une étude de 2013 financée par l’Union européenne estimait que le
coût du stress lié au travail s’élevait à 514 milliards € par an pour les entreprises
européennes : l’absentéisme et le présentéisme représentaient 272 milliards €
{32}et la perte de productivité était estimée à 242 milliards € . En France, le coût
{33}du stress était estimé entre 1,9 et 3 milliards € pour les entreprises en 2007 .
Une étude britannique réalisée en 2007 par le Sainsbury Centre for Mental
health estimait que le coût du stress, de l’anxiété et de la dépression s’élevait
pour les employeurs à 1 220 € par employé et par an : 710 € était imputable au
{34}présentéisme, 400 € à l’absentéisme et 110 € à la rotation du personnel . À
ces coûts, il faut ajouter les risques psychosociaux liés au manque de
perspective d’évolution, à l’accroissement des tensions interpersonnelles, ainsi
qu’à l’absence d’implication et de communication au sein des équipes de travail,
qui ont également un impact sur la performance des entreprises. Au lieu
d’attribuer la perte de compétitivité des entreprises au coût trop élevé du travail,
à la rigidité du Code du travail et à la réduction du temps de travail, le Medefdevrait encourager la mise en œuvre de politiques salariales qui amélioraient la
qualité de vie et le bien-être des salariés : sécuriser les parcours
professionnels, aménager des horaires plus stables compatibles avec une vie
privée, alléger les charges de travail en la répartissant et réduire le temps de
travail. En permettant d’augmenter la productivité et la qualité du travail, ces
mesures contribueraient à favoriser la compétitivité des entreprises et, donc, à
créer des emplois.
Le chômage et la peur du chômage concernent également le budget de
l’État.Les conséquences du chômage sur le budget de l’État
La hausse du chômage a également des répercussions sur le budget de
l’État. En provoquant à la fois une hausse des dépenses et une baisse des
recettes fiscales, son augmentation creuse la dette publique. Afin d’en calculer
le coût, il est nécessaire de prendre en compte les coûts directs et indirects.
{35}En France, les coûts directs du chômage sont estimés à 6 % du PIB . Ils
concernent, d’une part, l’augmentation des allocations chômage et des
dépenses de gestion administrative allouées à Pôle emploi et, d’autre part, la
baisse des cotisations versées à l’Urssaf et aux caisses de retraite, ainsi que
celle des recettes fiscales de l’État et des collectivités locales. Ils comprennent
également les diverses aides, que l’État accorde aux entreprises pour créer des
emplois. Le coût global annuel des allocations chômage reviendrait à 45
milliards € : l’allocation versée par l’Unédic aux 2,4 millions de chômeurs
coûterait un peu plus de 33,5 milliards € et la prime pour l’emploi versée par la
caisse d’allocation familiale (CAF) à 1,35 million de personnes reviendrait à
{36}environ 11,8 milliards € . À ce montant, il est nécessaire d’ajouter 83
milliards € consécutifs à des baisses de cotisations et à des pertes de recettes
fiscales : l’Unédic pour 34,8 milliards €, la sécurité sociale pour 25,7 milliards €
{37}et l’État et les collectivités locales pour 22,4 milliards € . À cela, il faut ajouter
{38}10 milliards € alloués au dispositif du RSA . Pour finir, il est également
nécessaire d’ajouter les 36 milliards € d’aides accordées aux entreprises pour
créer des emplois : 16 milliards € concernent le Crédit Impôt Compétitivité
{39} {40}Emploi (CICE) et 20 milliards € le Pacte de responsabilité et de solidarité .
Le cumul approximatif des coûts directs liés au chômage s’élèverait donc à
environ 174 milliards € par an. En 2013, le total des recettes nettes du budget
{41}général de la France s’élevait à 312 milliards € et le montant du PIB à 2 113
{42}milliards € . Puisque le coût direct du chômage s’élevait à 174 milliards €, il
représentait 55,8 % du budget de l’État et 8,2 % du PIB.
Les coûts directs n’intègrent pas les coûts indirects liés aux conséquences
sociales du chômage. En effet, l’augmentation, d’une part, de la délinquance et
des incarcérations, et, d’autre part, des maladies liées au chômage et à la peur
du chômage, provoque une hausse des dépenses qui creusent la dette
publique de l’État et le déficit de la caisse d’assurance maladie. Selon une étude
canadienne datant de 1996, si le taux de chômage atteignait 10,4 % de la
{43}population, son coût indirect évoluerait entre 5 % et 12 % du PIB . S’il
atteignait 12 %, ce coût représenterait 253 milliards €, soit 81 % des recettes
fiscales de l’État. En effet, pour réparer les dégâts provoqués par la hausse du
chômage, le gouvernement doit augmenter le budget des ministères du Travail
et de l’Emploi, des affaires sociales, de la santé, de la justice et de l’intérieur.
L’augmentation de la délinquance provoque la hausse des dépenses des
ministères de la Justice et de l’Intérieur. Engorgé par l’accroissement des
infractions et des délits, le ministère de la Justice doit augmenter ses effectifs et
les moyens octroyés à l’appareil judiciaire pour assurer son fonctionnement.
Pour maintenir l’ordre et la sécurité, le ministère de l’Intérieur doit augmenterses effectifs et les moyens alloués à la police. Le surpeuplement des prisons
consécutif à l’augmentation de la délinquance oblige le gouvernement à en
construire de nouvelles et à embaucher du personnel pénitencier. Une étude
publiée en 2010 par l’économiste Jacques Bichot estimait que les dépenses
liées à la délinquance pouvaient être estimées à plus de 115 milliards d’euros
{44}par an , soit 7,5 % du PIB.
La hausse du chômage et le stress lié à la peur du chômage provoquent
également l’augmentation des dépenses de santé. Une étude de 2013 financée
p a r l’Union européenne estima i t le coût des dépressions liées au travail
supporté par les systèmes sociaux des États européens à 102 milliards € : le
coût des soins de santé représentait 63 milliards € et les prestations sociales
{45}versées sous la forme d’allocations s’élevaient à 39 milliards € . En France,
l’augmentation des pathologies psychiques et de la consommation de
psychotropes représentaient 22,6 milliards, soit 16 % des dépenses de santé en
{46}2011 . La hausse des coûts destinés à prendre en charge les maladies
physiques et psychiques liées au chômage et à la peur du chômage contribuent
à creuser le déficit de la caisse d’assurance maladie au profit des industries
pharmaceutiques et de la santé. Au lieu d’attribuer le déficit de la caisse
d’assurance maladie à la mauvaise gestion des partenaires sociaux, il apparaît
plus judicieux de l’attribuer à la hausse du chômage. Le meilleur moyen de
réduire le déficit de cette caisse n’est donc pas de limiter les conditions d’accès
aux arrêts-maladie, de baisser le taux de remboursement des médicaments et
des honoraires des médecins, mais de procurer un emploi sécurisé et stable
aux 7 millions d’actifs sans emploi.
Bien que ces chiffres aient été contestés par les pouvoirs publics, en 1998,
Jacques Nikonoff avait estimé le cumul des coûts directs et indirects du
{47}chômage à 13 % du PIB . En prenant uniquement en compte les 174
milliards € de coûts directs et les 115 milliards € de coûts indirects liés à
l’augmentation de la délinquance, le cumul de ces dépenses aurait abouti à 289
milliards €, soit 13,7 % du PIB en 2013. En augmentant les dépenses de santé,
ainsi que le budget des ministères du Travail et de l’Emploi, des affaires
sociales, de la justice et de l’intérieur, la hausse du chômage creuse la dette
publique de l’État et le déficit de la caisse d’assurances maladie sans améliorer
la qualité de vie et le bien-être de la population.
Au lieu de proposer des solutions capables d’en finir avec le chômage, la
principale préoccupation des gouvernements français et européens, de la
commission européenne, du FMI et des agences de notation (Modys, Standar &
Poor, etc.) est de réduire la dette publique des États. Pour la réduire, les
mesures préconisées sont les suivantes : augmenter l’âge du départ à la
retraite, baisser le montant des retraites, réduire les effectifs de la fonction
publique, supprimer le salaire minimum, plafonner le salaire des fonctionnaires,
réduire l’impôt sur les sociétés et les cotisations sociales patronales, supprimer
l’impôt sur la fortune (ISF), privatiser les services publics (santé, transport,
éducation, poste, eau, énergie, etc.), etc. Le cas de la Grèce met en évidencel’incohérence de cette politique dictée par une doctrine idéologique. En
provoquant une récession économique, le plan d’austérité augmente le nombre
de demandeurs d’emploi qui se traduit par une baisse des recettes fiscales et
une augmentation des dépenses qui contribuent à creuser la dette publique. Ce
n’est donc pas la réduction des effectifs des services publics (éducation,
hôpitaux, impôts, etc.) ou des dépenses culturelles et sociales, mais la
suppression du chômage qui est la stratégie la plus efficace pour réduire la
dette publique.
Avant de proposer des solutions pour en finir avec le fléau économique,
politique et social des 7 millions d’actifs sans emploi, il apparaît indispensable
d’en comprendre les causes.QUELLES SONT LES CAUSES DU CHÔMAGE ?
Les causes de la hausse du chômage sont multiples. Tandis que pour le
Medef et les ultralibéraux, elles sont dues à la faiblesse de la croissance du PIB
et au manque de compétitivité des entreprises, pour John Maynard Keynes,
elles sont dues au progrès technique. Afin d’évaluer l’objectivité de chacune de
ces affirmations, je propose d’étudier les causes des ultralibéraux, les causes et
les conséquences des gains de productivité et les enjeux du partage des
bénéfices générés par ces gains.Les causes du chômage pour le Medef et les ultralibéraux
Le Medef et les ultralibéraux affirment que les principales causes de la
hausse du chômage sont le coût du travail, la rigidité du Code du travail,
l’inadéquation entre l’offre et la demande et la réduction du temps de travail qui
seraient un frein à la compétitivité des entreprises. Afin de confirmer ou de
réfuter ces affirmations, il m’est apparu nécessaire de les étudier et d’aborder
les liens qui unissent la croissance du PIB à la hausse du chômage.Le coût trop élevé du travail
Pour le Medef et les ultralibéraux, la première cause du chômage est le coût
du travail (Smic + charges patronales). Comme il serait trop élevé, le Smic
apparaît comme un frein à la compétitivité des entreprises et, donc, à la création
d’emplois. Pour eux, le marché du travail idéal serait celui où le taux horaire du
travail serait fixé librement en fonction de la loi du marché. Si l’offre d’emploi est
plus importante que la demande, le taux horaire augmente afin d’inciter les
salariés à travailler. Par contre, si l’offre est plus faible que la demande, le taux
horaire s’ajuste en fonction de l’offre. Puisqu’en 2013 le taux de chômage de la
France était de 9,8 %, la demande était plus importante que l’offre. Pour rétablir
l’équilibre sur le marché du travail et favoriser les conditions du plein emploi, il
suffit donc de supprimer le Smic.
Si le coût du travail était la principale cause de la hausse du chômage, les
pays qui ont le plus élevé devraient avoir un taux de chômage plus élevé que
ceux qui ont le plus bas. Le graphique ci-dessous présente le taux de chômage
des pays de la zone euro en fonction du coût horaire moyen d’une heure de
travail en 2012.
- – Sources : Enquêtes quadriennales du coût de la main-d’œuvre (ECMO), enquête
{48}2012 prolongée par les indices trimestriels du coût de la main-d’œuvre d’Eurostat .
{49}- – Source : Le Monde, Nouveau record de chômage en zone euro à 11,8 % .
Ce graphique fait apparaître qu’en 2012, les pays européens qui avaient le
coût horaire moyen de l’heure de travail le plus élevé (Belgique 40,14 €,
Allemagne 31,93 € et Pays-Bas 32,17 €) avaient le taux de chômage le plus bas
(7,4 %, 5,4 % et 5,6 %). À l’inverse, ceux qui avaient le plus bas (Grèce 18,85 €,
Espagne 20,92 € et Portugal 12,91 €) avaient le taux le plus élevé (26 %, 26,6 %
et 16,3 %). Cette analyse montre qu’il n’y a pas forcément de corrélation entre le
coût du travail et le taux de chômage. Si c’était le cas, la Grèce, l’Espagne et le
Portugal auraient un taux de chômage moins élevé que la Belgique, l’Allemagne
et les Pays-Bas. Puisque le coût du travail n’est pas en cause, il apparaît
nécessaire de s’intéresser à la rigidité du Code du travail.