Déployer un projet Web 2.0
258 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Déployer un projet Web 2.0

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
258 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description


Projet Web 2.0 : les clés du succès

Les nouveaux usages et les technologies indispensables qui sont à l'origine du Web 2.0

Les meilleures pratiques à mettre en oeuvre pour les projets de Web 2.0, ainsi que les premiers projets d


Projet Web 2.0 : les clés du succès




  • Les nouveaux usages et les technologies indispensables qui sont à l'origine du Web 2.0


  • Les meilleures pratiques à mettre en oeuvre pour les projets de Web 2.0, ainsi que les premiers projets de la génération suivante


  • Les facteurs de réussite de tout projet Web 2.0



Les auteurs s'appuient sur des cas concrets et abordent la problématique sous un angle essentiellement pratique, afin de s'adapter à tous les publics concernés.



L'ouvrage aborde également le Web sémantique, qui s'appellera peut-être "Web 3.0", et qui apparaît déjà à travers certains usages et technologies. De plus, l'ouvrage présente une prospective d'évolution sur le long terme qui nous conduira inéluctablement au "Web Wide World".



Le support du livre est sur les blogs des auteurs :




  • www.kepeklian.com/blog/


  • www.weltram.eu/iweb.aspx




  • Tisser son Web


  • Des clefs pour le Web 2.0


  • Technologies Web pour les nuls 2.0


  • Le Web 2.0 en entreprise


  • Entreprendre avec le Web 3.0 ou Web sémantique

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 juillet 2011
Nombre de lectures 88
EAN13 9782212864052
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0150€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Gabriel Képéklian et Jean-Louis Lequeux
Déployer un projet Web 2.0
Anticiper le Web sémantique (Web 3.0)
Support de l’ouvrage sur les blogs des auteurs : http://www.kepeklian.com/blog http://www.weltram.eu/iweb.aspx
Éditions d’Organisation Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05
www.editions-organisation.com www.editions-eyrolles.com
Du même auteur chez le même éditeur :
Jean-Louis Lequeux, Manager avec les ERP , 3 e éd., 2008.
Jean-Louis Lequeux et Mélissa Saadoun,
Quel Business Model pour mon entreprise ? , 2008.
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’Éditeur ou du Centre Français d’Exploitation du Droit de copie, 20, rue des Grands Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2009 ISBN : 978-2-212-54211-0
Cet ouvrage est dédié
À mon cher Papa,
Je ne compte plus nos discussions sur ces technologies que tu dis si merveilleuses parce qu’elles nous permettent de nous écrire facilement. Pour tes petits-fils, tu sais combien il va de soi que cela marche !
Gabriel Képéklian
À ma Mère,
Que cet ouvrage te soit dédié, Maman, toi qui t’es toujours préoccupée de moi, surtout dans les moments où j’étais si loin de vous deux, séparé par la distance, mais pas par la pensée.
Jean-Louis Lequeux
S OMMAIRE
Préface
Avant-propos
C HAPITRE 1   T ISSER SON W EB
Le premier Web
Le Web profond
Plonger dans le Web profond
Exploiter le Web profond
Le Web social
Adopter le Web social dans l’entreprise
Introduire des composants sociaux
Augmenter la popularité sociale de votre entreprise
Distinguer entre communauté et entreprise
Le Web 2.0
Gérer les identités numériques
Gérer les traces numériques
Suivre les usages
Favoriser les usages
Développer de nouveaux usages
Développer autrement le Web
Passer à l’entreprise 2.0
Engager le projet Web 2.0 en entreprise
Après le Web 2.0
Distinguer une suite au Web 2.0
Rechercher autrement
Puiser à de nouvelles sources d’information
Développer des ontologies
Glaner ce qui peut l’être
Passer à la troisième dimension
Donner du sens
C HAPITRE 2   D ES CLÉS POUR LE W EB 2.0
Comprendre le Web 2.0
Quelques exemples représentatifs
Le point commun
Fonder le Web 2.0
Participer, partager
Faire primer l’usage
Relier, interfacer
Ouvrir les données
Gagner en performance
Les classiques
Développer autrement
Situer le Web 2.0
Dans l’entreprise
À la direction informatique
La communication 2.0
Le modèle économique
Les limites du Web 2.0
C HAPITRE 3   T ECHNOLOGIES W EB POUR LES NULS 2.0
Les grandes mutations du Web
Les limites du H TML
Accroître l’interactivité
Étape 1 : interaction entre les pages Web et le système d’information
Étape 2 : des Web services pour une architecture orientée services (SOA)
Étape 3 : des utilisateurs actifs
C HAPITRE 4   L E W EB 2.0 EN ENTREPRISE
Les composants 2.0
L’ergonomie 2.0
Exemples
Objectifs
Nouveaux mécanismes
Conseils
Les composants technologiques
Démarche
Suite collaborative
Wiki
Blog
Mashup
Flux
RIA
Réseaux sociaux
Tags et folksonomie
SaaS, infrastructure et Web 2.0
Le projet Web 2.0
Pilotage par les usages
Aspects organisationnels
Aspects architecturaux
Risques et facteurs de succès
C HAPITRE 5   E NTREPRENDRE AVEC LE W EB 3.0 OU W EB SÉMANTIQUE
Après le Web 2.0
Quelle dénomination ?
Évolution des états de la page Web
Le grand challenge du Web 3.0 : de la donnée à l’intelligence
Niveaux des grands sites Internet actuels
Le transport de la connaissance par le Web
Intelligibilité de l’information et connaissance
Transmettre la connaissance
De l’information à la connaissance
De la connaissance à l’intelligence
Les structures du Web 3.0 sémantique
L’infrastructure
La suprastructure
Maturation nécessaire des usages
Intelligence et management de la connaissance
Le BI 3.0
Impact sur les business rules management
Le KM 3.0
La valeur
Web 3.0, Intelligence 2.0
Comment fonctionne l’intelligence ?
Intelligence articielle et robotisation de l’intelligence
Connaissance ou intelligence collective ?
Des experts parmi le peuple !
Limites et dangers de l’intelligence collective
La publicisation généralisée
Web 3.0 = Web 3D
3D pour la simulation
Web 3D temps réel
Virtualisation du monde réel
Espaces réels
Web 3.0 : retour vers le futur
Web 3.0 : usages du passé pour le futur
La créativité, mode 3.0
Créatif, analyste et développeur
Créatifs, fonctionnels et développeurs
Auteur, contenu et audience
Le Web, réplique de l’univers
Le Web est le système d’information
Le Web 3.0, miroir du monde
Le Web, outil… surtout de recherche
Instiller le Web 3.0 sémantique dans un projet Web 2.0
Les déclencheurs
Les approches possibles
Les postes du chantier Web 3.0 sémantique
Généraliser un zeste de Web 3.0 aux autres projets
Le Web du futur et le futur du Web
Projeter le Web futur
Au-delà du Web 3.0 : « webbionique » et homme bionique
Les domaines bénéficiaires du Web du futur
Les grandes puissances du Web du futur
L’i-Web
Postface
Sigles
Glossaire
Copyrights
Bibliographie
Index
P RÉFACE
Le Web 2.0 et ses paillettes semblent souvent très éloigné du monde plus austère et sérieux de l’entreprise et si vous dirigez une entreprise de production de lacets, vous pouvez vous demander en quoi Amazon, Google, Facebook ou Wikipédia vous concernent dans votre travail quotidien. Je pense au contraire que les entreprises ne peuvent plus se permettre d’ignorer le Web 2.0 et ce, pour trois bonnes raisons.
Le Web 2.0 est avant tout un Web participatif dans lequel les contenus sont créés par les utilisateurs. La facilité apparente avec laquelle il réussit à obtenir la participation de chacun est d’autant plus troublante que bien des entreprises peinent à faire utiliser les systèmes collaboratifs. Le partage des connaissances est pourtant un enjeu capital. Que diriez-vous d’un petit Wikipédia interne à votre entreprise ? Ne serait-ce pas fantastique si les personnes avec qui vous travaillez prenaient autant de soin à mettre à jour leur état actuel et les liens qu’elles ont dans l’entreprise qu’elles le font sur Facebook ? Ou qu’elles partagent leurs bookmarks comme elles le font sur del.icio.us ou Netvibes ?
La première bonne raison pour laquelle votre entreprise doit d’intéresser au Web 2.0 est que des applications similaires aux « killer apps » du Web 2.0 sont disponibles et peuvent être déployées chez vous. Il serait pourtant illusoire de penser qu’il suffit d’installer le logiciel MediaWiki, qui propulse Wikipédia, pour qu’une base de connaissances jaillisse spontanément. Il y a beaucoup d’enseignements à tirer de la manière dont les « success stories » du Web 2.0 sont organisées, notamment en termes de cycle de développement centré sur les utilisateurs, d’optimisation de l’interface utilisateur et de marketing viral.

Les enseignements à tirer de ces expériences débordent du champ des méthodes de gestion de projet ou de la relation avec les utilisateurs et couvrent également celui de l’architecture informatique. Il y a quelques années, nous avions coutume d’opposer le monde de l’informatique d’entreprise et ses contraintes en termes de montée en charge, de robustesse et de sécurité à celui de l’informatique plus « grand public » du Web. Les contraintes de l’informatique d’entreprise justifiaient des méthodes de développement lourdes, des architectures matérielles spécifiques et l’utilisation de logiciels propriétaires aux licences d’utilisation coûteuses supportées à grands frais par leurs éditeurs. Moins critique, l’informatique Web utilisait au contraire des méthodes de développement plus agiles et des logiciels open source tournant souvent sur des serveurs ou même des PC plus bas de gamme.
Ces différences persistent aujourd’hui au niveau des méthodes et des architectures utilisées par ces deux segments de l’informatique et c’est d’autant plus paradoxal que la hiérarchie des contraintes et des performances s’est inversée entre informatique d’entreprise et informatique Web. Le nombre d’utilisateurs des grandes applications Web est supérieur de plusieurs ordres de grandeur à celui des applications d’entreprise et la fiabilité des applications Web dépasse souvent celle des applications d’entreprise. Qui de nous n’a pas tendance à charger la page d’accueil de Google pour tester sa connexion à Internet, admettant implicitement que la probabilité de son indisponibilité est tout simplement négligeable ? Performances et fiabilité sont des questions de vie ou de mort pour les grandes applications Web soumises à une concurrence implacable, plus encore que pour les applications d’entreprise.
Nous sommes dans une situation similaire à celle que nous connaîtrions si nous appliquions des méthodes plus lourdes pour fabriquer des bicyclettes que pour produire des avions ! Malgré l’intérêt que peuvent avoir certains acteurs à préserver la situation actuelle, la pression économique fera tôt ou tard voler en éclat cette distinction entre informatique d’entreprise et informatique Web.
La deuxième bonne raison de vous intéresser au Web 2.0 est que l’utilisation des méthodes et des architectures techniques de ce dernier sur vos projets informatiques, y compris et surtout sur vos projets stratégiques et internes, vous permettra d’augmenter le rapport entre les performances et la fiabilité de vos systèmes et leur coût.
Une autre caractéristique du Web 2.0 est l’utilisation du Web comme d’une plate-forme. Si le Web s’est mué en plate-forme, cela signifie qu’il est devenu possible de créer des systèmes d’information en utilisant des composants disponibles sur le Web. Cela permet en outre l’émergence de nouvelles formes d’externalisation représentées par tous les acronymes et « aaS » ( as a Service ) qui fleurissent aujourd’hui.
Conscients du fossé technologique qui s’est creusé entre l’informatique d’entreprise et celle du Web, de grands acteurs du Web 2.0 y ont vu une opportunité de diversification et proposent de louer leurs infrastructures et leur savoir-faire sous forme de services. C’est le cas notamment de Google et d’Amazon, qui proposent de l’espace de stockage (Amazon S3), de la puissance de calcul (Amazon EC2), une infrastructure Web (Google App Engine) ou des applications (Google Docs). Dans tous les cas, l’offre est tentante : il serait présomptueux de penser concurrencer le savoir-faire d’Amazon en termes de stockage et de puissance de calcul ou Google en matière de déploiement d’applications. Et pour peu que les tarifs soient compétitifs, un raisonnement purement économique sera fatalement favorable à de telles offres qui permettent des économies d’échelles substantielles. À côté de ces offres généralistes, on voit également se développer des offres métier telles que celle de salesforce.com dans le domaine de la gestion de la relation client.
Les services informatiques ont déjà traversé plusieurs phases d’externalisation et le mouvement entamé par le Web 2.0 peut être vu comme une nouvelle étape dans l’industrialisation de l’informatique aboutissant à une externalisation complète ou partielle de l’informatique auprès d’un nombre réduit de grands fournisseurs.
La troisième bonne raison de vous intéresser au Web 2.0 est de comprendre et d’être capable d’anticiper l’informatique de demain ! La meilleure manière de vous frotter au Web 2.0 est indéniablement d’expérimenter et de lancer un projet Web 2.0. Si c’est là votre souhait, ce livre de Gabriel Képéklian et Jean-Louis Lequeux est fait pour vous. Vous y trouverez à la fois une introduction permettant de mieux comprendre le Web 2.0 et des conseils illustrés par des exemples. Enfin, le Web 2.0 n’étant pas un aboutissement en luimême, mais une étape dans l’évolution du Web, un des chapitres enchaîne sur la présentation du Web sémantique, que beaucoup voient comme la prochaine évolution majeure du Web sous le terme « Web 3.0 ».
Éric van der Vlist, co-fondateur de Dyomeda
A VANT-PROPOS
Ce livre, destiné aux acteurs de l’entreprise comme à leurs consultants, est conçu avec le dessein de leur permettre une prise de recul lors des choix organisationnels, fonctionnels ou techniques. En rappelant les fondements de l’Internet ainsi que son évolution actuelle vers le Web 2.0, le lecteur prend conscience que c’est un nouveau continent qui s’ouvre à ses utilisateurs.
Il ne s’agit pas d’un changement radical de technologies ou de l’irruption de nouvelles applications dans le paysage de l’entreprise. L’émergence du Web 2.0 y relève avant tout des usages et des bonnes pratiques qui évoluent soit à l’intérieur pour les collaborateurs, soit à l’extérieur pour toutes les parties prenantes de l’entreprise, clients, prospects, partenaires, fournisseurs, administrations.
L’habitude avait été prise de tout faire tourner autour des projets, de les spécifier, de décrire leur cycle de vie. Le projet était devenu l’objet de toutes les attentions. Aujourd’hui, ce sont les utilisateurs qui sont placés au centre des préoccupations. Leurs usages sont devenus un sujet d’étude et le motif de développements nouveaux. Il faut les écouter, les comprendre, les rencontrer pour leur apporter des réponses concrètes alliant confort, simplicité et sécurité. Les usages attendus sont source de progrès. Quant aux usages inattendus, souvent les plus intéressants, ils ont acquis des lettres de noblesse et ne sont plus rejetés aux calendes grecques, car ils suggèrent des pistes prometteuses pour l’innovation.
La dimension sociale du Web 2.0 est le moteur de son succès. Il n’y a pas d’innovation sans valeur ni de valeur sans usages. Quant à ces derniers, ils n’existent qu’en raison de la qualité des réalisations et du nombre des utilisateurs.

Écrit par des praticiens, ce livre s’adresse à d’autres praticiens. Il est rédigé dans une perspective de partage de connaissances comme de convictions. Ses objectifs sont les suivants :
• Apporter des clés de compréhension sur le mouvement, voire la mutation que connaît Internet, un véritable changement de fond que le tapage marketing pourrait faire prendre pour du vent.
• Faire un tour d’horizon pour mieux comprendre le fonctionnement des nouveaux outils et services d’Internet en prenant soin d’observer les importantes ressources sous-jacentes.
• Parvenir à une maîtrise de l’utilisation d’Internet et non de ses technologies afin de toujours mieux situer les réels enjeux pour l’entreprise.
• Prendre conscience du décalage qui se creuse entre l’informatique des entreprises à la mode 1.0, celle des sites statiques où l’accès à l’information était central, et les usages permis par un Internet 2.0, un Web qui devient lui-même plate-forme, lieu d’ubiquité et d’interactions.
• Et puisqu’il faut, non pas suivre, mais être dans le mouvement, par où faut-il commencer ? Comment négocier l’adoption du Web 2.0 ?
• Faire plus qu’entrevoir les évolutions du Web 2.0 en cours en les décrivant et en les analysant.
• Puisque le propre du mouvement est de continuer, annoncer le Web 3.0, qui se dessine peu à peu, et le définir.
Ce livre est destiné à donner des conseils pragmatiques qui touchent à l’organisation, aux techniques et la méthodologie. Il s’appuie sur des exemples concrets et sur des cas. Il permet au lecteur de se préparer à mettre immédiatement en application ce qu’il lit, de mettre en chantier des projets Web 2.0.
Chapitre 1
Tisser son Web
Les dénominations Web 2 ou Web 2.0 ne font pas référence à un numéro de version, contrairement à ce que ce que l’on pourrait penser. Le Web est multiple et c’est donc très librement que nous désignons aujourd’hui par Web 1 ou Web 1.0 les premiers pas de l’Internet, comme pour marquer l’antériorité de l’un par rapport à l’autre. Il existe encore bien d’autres appellations, chacune rendant compte de particularités remarquables. Parmi ces dénominations, nous en avons retenu trois, celles qui se rencontrent régulièrement : le Web profond, le Web social et le Web sémantique. Mais il existe déjà un nouveau numéro : on commence en effet à entendre parler du Web 3.0.
Dans les paragraphes qui suivent, nous abordons ces différents Webs. Cela permet de les situer les uns par rapport aux autres et de placer le ou les sites de l’entreprise dans cette toile, qui se complexifie toujours plus. Nous en profiterons pour énoncer un certain nombre de conseils pour évoluer vers ces Webs.
Peut-être qu’ in fine , après avoir appris à naviguer avec le premier Web, pourrait-on être en mesure de tisser sa propre toile ? En effet, ce n’est pas tant le Web qui change que les usages que nous en faisons au quotidien. Lorsqu’en 1877, Antoine Bréguet présente à l’Académie Française un appareil téléphonique inventé dans les ateliers d’Alexander Graham Bell, la question de l’interconnexion n’est pas encore résolue. Plus de dix ans après, Clément Ader propose aux premiers abonnés du téléphone d’écouter des pièces de théâtre à domicile. En 1900, on compte 23 000 abonnés au téléphone alors que le « théâtrophone » disparaît en 1932 avec trois cents abonnés.
Cette petite histoire de l’innovation montre une certaine analogie avec les débuts du Web. Notre usage contemporain du téléphone n’est pas lié à l’appareil lui-même, mais à ce qui en est fait, à son appropriation. Le théâtrophone était un téléphone 1.0 dont l’abonné pouvait choisir la pièce qu’il voulait écouter. Le téléphone que nous connaissons est un téléphone 2.0 dont les usages sont la mise en relation, la conversation. Il est devenu le paradigme de l’objet social.
L E PREMIER W EB
Le premier site 1 ouvre en 1991 dans l’indifférence la plus totale. Cela se passe au CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire), à Genève, dans un laboratoire de ce grand centre de recherche. Si les premières possibilités de la technologie sont encore immatures, un Web historique se dessine pourtant rapidement. Pour en savoir plus, il existe de très nombreux livres et sites narrant l’histoire de ces débuts qui nous semblent parfois si lointains.
Dans ces premières années, les internautes pouvaient trouver et lire des informations mises en ligne par un très petit nombre de spécialistes qui maîtrisaient une technique tout juste sortie des laboratoires. Par exemple, deux étudiants de l’université américaine de Stanford créent l’annuaire internet Yahoo! en 1994.
Souvent qualifié par la suite de Web des consommateurs, le Web des commencements ne correspond qu’en partie à ce que son créateur, l’Anglais Tim Berners-Lee, souhaitait mettre au point. Il désirait réaliser un moyen simple et efficace de communiquer par ordinateur à l’échelle mondiale. Mais il était plus facile de mettre au point des navigateurs Internet que des serveurs et des outils de création et de gestion de site. Les usages privilégiés s’orientaient alors naturellement vers le modèle de navigation.

À l’époque des pionniers, un bon site pouvait se contenter de présenter des informations de façon structurée et proposer une navigation bâtie sur des menus, des mots et des images porteurs de liens. Le développement d’un site se faisait souvent « à la main », avec un éditeur de textes. Il était difficile de concevoir des applications complexes puisqu’aucun outil n’intégrait l’ensemble des technologies nécessaires. Si les pages du site, la partie visible, pouvaient être réalisées en HTML avec un minimum de compétences, il n’en était pas de même pour ajouter un peu d’intelligence. Il fallait développer des scripts ésotériques sous Unix et le recours à une base de données était rare. Mais très vite, c’est l’engouement et l’offre technologique se démultiplie. L’épisode qui suit est bien connu, il se conclut par l’explosion de la bulle Internet.
En 2001, le Web souffle ses dix bougies. Il a une dimension internationale et le nombre de sites dépasse les trente millions. Le moteur de recherche Google indexe déjà dix fois plus d’images et cent fois plus de pages HTML. Après des années euphoriques, la croissance marque le pas, comme le montrent les chiffres de la fréquentation des sites Web publiés par Xiti 2 , une société spécialisée dans la mesure d’audience.

Figure 1 : Croissance de la fréquentation du Web

Les données dont nous disposons ne distinguent pas celles qui proviennent de sites du premier Web des autres. Il n’est donc pas possible de savoir si cette baisse de croissance de la fréquentation concerne un type de Web plutôt qu’un autre. Gageons qu’il s’agit d’un indice de maturité. Les mesures d’audience s’adaptent elles aussi, et il est de plus en plus régulièrement question de mesurer les usages plutôt que la seule fréquentation. Nous sommes tous plus intéressés par le comportement des utilisateurs que par les mesures de fréquentation.
L E W EB PROFOND
Alors que le Web se déploie, qu’il semble envahir notre société, chacun s’aperçoit alors qu’il est de moins en moins aisé de s’y retrouver. Aux annuaires de sites tels que Yahoo! ou Dmoz succèdent les moteurs de recherche. Malgré leur puissance, ces machines à digérer le Web, comme l’incontournable Google, n’accèdent plus à tous les nouveaux contenus.
Plonger dans le Web profond
En France, nous appelons Web profond, ou Web caché, ce qu’outre-Atlantique on appelle Deep Web 3 ou Hidden Web . Cette expression désigne cette partie du Web qui est inaccessible aux moteurs de recherche. Google étant actuellement crédité d’un taux d’utilisation supérieur à 62 % 4 , le Web profond pourrait être assimilé à celui que nous cache Google. Mais est-ce bien le cas ? Tout ce qu’un moteur ne peut pas indexer est-il de facto caché ? Les chercheurs Chris Sherman et Gary Price ont établi quatre types de Web caché. Cette typologie nous éclaire sur les raisons du manque de visibilité sur ces régions du Web.


Figure 2 : Les profondeurs du Web
Le Web opaque comprend les pages qui pourraient être indexées par les moteurs, mais qui ne le sont pas. La limitation d’indexation est fixée au nombre de pages d’un site, à la fréquence de son indexation et aux liens absents vers certaines pages.
Le Web privé est celui des pages disponibles, mais volontairement exclues de l’indexation.
Le Web propriétaire se trouve là où les pages sont seulement accessibles aux personnes qui s’identifient.
Le contenu du Web vraiment invisible n’est pas indexé pour des raisons tout simplement techniques, par exemple le format inconnu par le moteur, les pages générées dynamiquement.
Le Web profond est la somme des Webs invisible, opaque, privé et propriétaire. Selon des évaluations, la taille du Web caché varie beaucoup et il est extrêmement difficile d’en faire une estimation. Pour certains, les meilleurs moteurs n’indexeraient pas plus de 5 % de la totalité du Web et ce pourcentage ne ferait que décroître.

Selon CompletePlanet 5 , le Web profond serait cinq cents fois plus grand que le Web de surface. Comment mesurer, comment vérifier ? Nous savons en tout cas une chose de façon certaine : le Web profond existe et il est immense.
De la difficulté d’accès et de parcours du Web profond est née une spécialité dont certaines sociétés ont fait leur métier. C’est le monde de la veille stratégique, de la gestion de crises, de l’analyse concurrentielle, du référencement, etc. Avec près de 95 % du Web, il s’agit d’une véritable forêt vierge où les explorateurs s’aventurent extrêmement peu. Il va sans dire que dans le Web caché se terre autant du Web 1.0 que du Web 2.0. Au passage, notons encore que seulement 3 % du Web est en langue française.
Exploiter le Web profond
Il faut intégrer la dimension cachée du Web, car c’est en en comprenant les arcanes qu’on peut d’une part progressivement maîtriser l’exposition des projets Internet accessibles « à la surface » du Web, mais aussi d’autre part faire des recherches efficaces dans les profondeurs du Web. Pourrait-on négliger de visiter une véritable mine d’or ? Cela conduit à relever plusieurs défis, un mot loin d’être trop fort.
Il s’agit d’une part de mettre à disposition des outils qui permettent d’éclairer un peu ce Web obscur, dont :
• méta moteurs (Copernic 6 , Mamma 7 , etc.) ;
• moteurs spécialisés dans le Web profond ( science.gov 8 , intute 9 , etc.) ;
• moteurs spécialisés pour rechercher des blogs 10 , des photos 11 , des livres 12 , des codes sources 13 , des personnes 14 , etc. ;

• moteurs sociaux, par exemple wikia search 15 , que nous aborderons plus en détail dans ce livre, qui favorisent la recherche communautaire, l’entraide ; moteur pour les enfants (babygo 16 ; etc.) ;
• partage de liens, en anglais social bookmarking (del.icio.us) ;
• filtrage de flux d’information, sujet développé plus loin dans ce livre.
Il s’agit d’autre part de proposer des veilles thématiques (alertes, abonnements RSS, abonnements aux services de sociétés spécialisées, etc.) pour la direction de l’entreprise afin d’accompagner ses réflexions stratégiques (planification, axe de développement, marchés émergents, technologies émergentes, etc.) et environnementales (nouvelles lois, normes, corrélations technologie/pollution, etc.). Cela peut concerner aussi l’équipe commerciale de l’entreprise pour répondre aux enjeux de la compétition (connaître sa concurrence, ses résultats etc.), pour mieux connaître la clientèle (besoins, potentiels etc.), mais aussi les juristes (veille juridique), le service informatique (veille technologique).
Pour faire face au côté obscur du Web, l’important est de garder son bon sens. Si l’on cherche un objet d’un type particulier, on commence de façon de plus en plus réflexe par consulter le moteur de recherche le plus utilisé. Mais si on ne peut pas se contenter d’avoir les mêmes résultats que tout le monde, il faut alors se demander si le thème n’est pas couvert par d’autres moyens comme :
• un moteur spécialisé ;
• des communautés dédiées ;
• des blogs thématiques ;
• des nuages de mots clés ( tagcloud ).
Il faut bien reconnaître qu’à utiliser le même moteur, le monde finit par manquer de relief et on risque de passer à côté des vraies richesses du Web, celles qui dorment au fond. Les dispositifs proposés à l’instant sont tous très Web 2.0 dans la forme et le fond. N’oublions pas qu’une des meilleures façons d’accéder au Web profond consiste à demander à ceux qui y sont déjà allés, c’est-à-dire à faire appel au Web social.
L E W EB SOCIAL
Autant on peut se sentir perdu face au Web profond et même ressentir comme un vertige, autant on peut percevoir la présence des autres et les possibilités d’entrer en relation avec eux quand on aborde ce nouveau versant du Web, désormais appelé Web social par analogie avec le monde réel. Mais de quoi s’agit-il précisément ?
Après la folle époque du e-commerce, de ses erreurs de stratégie et de son modèle économique explosif, nous connaissons maintenant un Internet assagi, dont l’image est plus douce, moins « âpre aux gains ». Il est moins perçu comme une juxtaposition de sites isolés et sa transformation en socle d’échanges entre les utilisateurs s’opère avec une relative sagesse. Les moyens d’entrer en relation entre personne ne se limitent plus à la messagerie électronique. Les internautes s’emparent progressivement du Web par la pratique des nouveaux usages qu’il favorise et deviennent peu à peu des « Web-participants ». Arrêtons-nous au top 10 des sites mondiaux relevé par Alexa 17 en mai 2008.

Tableau 1 : Pourcentage d’utilisateurs d’Internet ayant visité ce site

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En se basant sur ces dix premiers sites mondiaux, la catégorie « réseau social » (en anglais « social network ») est aujourd’hui en tête. Elle passe devant les moteurs de recherche. En 2007, l’ordre d’arrivée était l’inverse. Il est intéressant de noter ici que les utilisateurs des moteurs de recherche sont anonymes alors que ceux des réseaux sociaux sont identifiés. L’identité numérique des utilisateurs dans ces réseaux peut être virtuelle ou authentique. Nous ne disposons pas de statistiques sur ce point.
Tous les utilisateurs des sites d’entreprise sont aussi, et peut-être même premièrement, des utilisateurs du Web domestique. Et ce Web est nettement en avance sur le Web d’entreprise en matière sociale. Cela signifie que les collaborateurs de l’entreprise ne sont pas à prendre pour des novices. Nous rencontrons et rencontrerons de plus en plus de « Web natives » comme disent les Américains, c’est-à-dire de personnes tombées dans le chaudron quand elles étaient petites pour reprendre une imagerie d’Épinal bien gauloise.
En termes de stratégie informatique, deux axes de projet s’en déduisent. L’un concerne l’adoption en interne du modèle social, l’autre introduit dans les projets Web de l’entreprise des composants sociaux. Abordons ces deux dimensions.
Adopter le Web social dans l’entreprise
Hors de l’entreprise, les utilisateurs d’Internet ont fait du réseau social un outil quotidien, banal, utile, incontournable. Pourquoi n’en serait-il pas de même en entreprise ? Pourquoi observons-nous au contraire un fossé qui sépare le Web domestique du Web d’entreprise ? Dans certains cas, il s’agit même d’un abîme. Comment faire pour qu’un projet d’entreprise 2.0 prenne en compte le Web social ?
Pour commencer, il faut que chacun partage la même vision de la communauté virtuelle. Celle-ci doit tout d’abord rassembler plusieurs personnes de l’entreprise autour de centres d’intérêts communs (métiers, bonnes pratiques, secteurs de marché, filières etc.). Elle doit par ailleurs favoriser les rencontres et les échanges à l’aide de moyens techniques informatiques et de communication, mais aussi renforcer le sentiment d’appartenance à l’entreprise et la communauté en créant des liens sociaux. Enfin, elle doit permettre le dialogue, l’échange des informations et la mutualisation des ressources.
Souvent, l’entreprise a fait l’impasse sur les liens entre les personnes et s’est nettement plus attachée à définir les tâches et les processus à réaliser. Or, c’est en valorisant les liens interpersonnels que des potentialités nouvelles apparaissent comme :
• le partage des bonnes pratiques, leur enrichissement ;
• la formation entre pairs ;
• la résolution de problèmes par la mobilisation d’une communauté ;
• la mobilisation de savoirs informels.
Des composants du Web 2.0, comme le wiki ou le réseau social, sont particulièrement adaptés et peuvent être mis en œuvre pour outiller, valoriser et accompagner l’adoption de ces potentialités. Chacun de ces outils est décrit en détail plus avant dans ce livre. Il ne faut pas pour autant renier les outils plus anciens comme les lettres de diffusion, les listes de discussion, les forums etc.
Mais les outils ne suffisent pas. Il faut accompagner le changement et accepter les modifications dans la structure hiérarchique de l’entreprise. Le projet d’entreprise 2.0 ne peut faire l’économie d’un sponsor au plus haut niveau de la hiérarchie puisque le modèle social de l’entreprise et donc sa culture sont touchés. Les compétences et le bon vouloir des utilisateurs sont sollicités, la direction du projet leur exprime sa confiance et y trouve son intérêt.
Pour réussir, il faut parfois lutter contre certaines idées reçues. Peutêtre objectera-t-on que le réseau social coûte trop cher, voire qu’il est sans retour sur investissement ? La meilleure arme étant toujours l’anticipation, puisqu’elle permet de désamorcer au plus tôt les bombes, il est indispensable de mettre au point une bonne métrologie et d’en suivre les indicateurs. Des tableaux de bord peuvent alors être construits et travaillés pour en tirer matière à communiquer sur les résultats. Les idées reçues ne tiennent pas devant les mesures concrètes.
Introduire des composants sociaux
Afin de favoriser les relations entre les personnes dans l’entreprise ou avec ses clients, l’introduction de composants sociaux dans le système d’information représente une solution de plus en plus envisageable. En effet, c’est un domaine particulièrement innovant du Web 2.0 et la question qui se pose vite est plutôt celle du choix parmi tant d’idées nouvelles.
Après l’e-mail, la messagerie électronique historique de l’entreprise dont le client peut être remplacé par un accès webmail, la communication interpersonnelle peut se déployer avec les messageries instantanées comme Yahoo Messenger, GoogleTalk, MSN Messenger ou AIM pour les plus connues. Pour en choisir une, les critères sont simples. Principalement, elle doit fonctionner dans un navigateur, proposer une liste de contacts, enregistrer les conversations, afficher une photo du collaborateur ainsi que son statut d’occupation. Ces deux modalités de messagerie n’ont pas le même rapport au temps : la première est asynchrone, la seconde synchrone. Certaines messageries instantanées supportant l’utilisation du micro et de la webcam, il est possible de téléphoner et même d’organiser des vidéo-conférences pour un coût extrêmement réduit.
Les composants sociaux se logent aussi dans les nouveaux outils bureautiques à la mode Web 2.0. Ils sont naturellement collaboratifs. Les membres d’un projet peuvent rédiger en même temps plusieurs types de documents partagés. Ce point est vu en détail plus loin dans ce livre (voir dans le chapitre 4 le paragraphe intitulé « Suite collaborative »).
Après la messagerie et la bureautique collaborative, qui ont su passer au modèle Web 2.0, de nouveaux types d’outils sociaux se sont développés nativement selon le paradigme Web 2.0. Les plus emblématiques sont les wikis et les blogs. D’autres, un peu plus discret, peuvent être mentionnés, comme les sites de partage de liens, de tags. Tous ont un usage en entreprise.
Il existe aussi des sites au caractère social évident dont l’usage professionnel n’est peut-être pas immédiat. Mais pourquoi ne pas utiliser une plate-forme de partage de vidéos pour héberger des séquences promotionnelles ? Pourquoi ne pas faire de même avec les sites de partage d’images ?
Les utilisateurs ont de plus en plus les moyens d’être connectés, de collaborer et partager des ressources. Les performances communautaires prennent le relais de la juxtaposition des performances personnelles. Quand les outils sont de plus en plus nombreux, c’est bel et bien selon l’usage que se décide le recours à l’un ou l’autre d’entre eux. Il ne faut pas s’arrêter aux idées préconçues que l’on peut rencontrer sur le Web. Quand tant de solutions sont disponibles, de surcroît souvent gratuitement, il serait dommage de ne pas les évaluer et d’en analyser la valeur pour l’entreprise. Les nouvelles générations de techniciens et d’ingénieurs sont toutes formées à ces nouveaux usages. Rejoindront-elles une entreprise qui ne dispose que de vieux outils et n’a pas de politique de modernisation ?

Figure 3 : Changement de paradigme
Augmenter la popularité sociale de votre entreprise
Pour améliorer le référencement du site Internet de l’entreprise, on peut travailler sur sa visibilité sociale, c’est-à-dire sa popularité auprès des grands sites du Web social puisque ce sont eux qui captent le plus grand nombre d’utilisateurs. Le site socialmeter 18 a eu la bonne idée de répondre à cette question. Il mesure la présence des sites vus depuis les sites sociaux les plus reconnus aujourd’hui (del.icio.us, Digg, Furl, Google, Netscape, Linkroll, Reddit, Technorati, Shadows, Jots, Spurl et Yahoo MyWeb). Voici un exemple de façon de procéder.
Commencez par faire une première mesure à l’aide de socialmeter. Il indique une note par source et une note globale. Sur la base de cette vision, on sait sur quels référencements doivent porter les efforts. Il faut alors se fixer un but et refaire régulièrement cette mesure pour voir si les efforts portent leurs fruits.
Raisonnons avec bon sens. Si la visibilité sociale tient compte des liens sociaux, il suffit donc de créer des liens pour gagner en exposition. Voici des actions simples à mener qui y contribuent grandement. Repérez les communautés auxquelles il est naturel que votre entreprise appartienne. Après en avoir dressé la liste, ciblez celles qui sont les plus référencées. Puis devenez un membre actif de ces communautés, contribuez, réagissez, commentez. Enfin suscitez aussi des liens vers votre site, ne serait-ce qu’en signant toutes vos interventions avec votre URL. Il s’agit là d’un travail à part entière qui ne s’improvise pas. Il faudra l’inclure dans les plans de charges et les budgets.
Distinguer entre communauté et entreprise
En arrière-plan de la volonté de profiter du modèle du Web social en entreprise se loge un débat d’importance qui porte sur des questions comme :
• l’entreprise est-elle naturellement portée à accueillir et promouvoir des communautés ?
• quels sont les prérequis à la constitution d’une communauté en entreprise ?
• comment gérer, accompagner des communautés en entreprise ?
• que doit-on attendre d’une communauté ?
• à quelle aune les mesurer, juger de leur pertinence, de leur apport de valeur ?
Ce qui suit n’épuise pas les réponses à ces questions. Pour aller plus loin, le livre Organisation 2.0 Le knowledge management nouvelle génération , de Martin Roulleaux-Dugage (voir la bibliographie en fin d’ouvrage), traite abondamment de ces sujets.
Émergence de la communauté
Pour répondre à la première question, on peut commencer par dresser un tableau des ressemblances et des différences entre entreprise et communauté. Il n’est pas naturel de s’interroger en ces termes, mais cet exercice peut s’avérer très salutaire au début du projet Web 2.0 et peut être conduit à la façon d’un brainstorming. Il est bon de mettre au clair les rôles, les motivations des personnes qui constituent une communauté ou une entreprise. Le tableau suivant n’a donc de valeur qu’indicative.

Tableau 2 : Différences entre communauté et entreprise
Prérequis
Une communauté ne se décrète pas. Elle naît d’une dynamique sociale coalescente. Des personnes deviennent membres d’un groupe et s’y reconnaissent. Ce ne sont pas les outils qu’elle utilise qui fait la communauté, un wiki ne crée une communauté. Ce n’est pas non plus l’énergie et le temps apportés par chacun, mais l’évidence que tous ont un intérêt commun. C’est de l’ordre de la force centripète. Pour que la communauté naisse, encore faut-il des facteurs de cohésion – trivialement on dirait de la colle. Parmi les facteurs, citons le sentiment d’appartenance, déjà évoqué, la reconnaissance des autres membres comme autant de pairs, l’envie de partager, d’apprendre des autres.
Accompagnement
La communauté doit maintenant vivre et se développer. Elle va devoir probablement se professionnaliser et se ritualiser. En procédant à cet effort de formalisation, la communauté se rend plus visible. L’entreprise va pouvoir composer positivement avec elle. Sur l’organigramme classique et officiel viendront se juxtaposer les territoires communautaires. La communauté tire légitimité de sa symbiose avec l’entreprise.

Attentes
Puisque l’entreprise est le berceau de la communauté et qu’elle l’a permis et facilitée, la communauté aura, tôt ou tard, des comptes à lui rendre. Le collaborateur qui s’est investi dans une communauté en escompte au moins un avantage au niveau de ces compétences. Il en attendra une reconnaissance qui pourra se matérialiser dans sa progression au sein de l’entreprise.
Juger de la pertinence d’une communauté
Ce sont tout d’abord les qualités d’une communauté qui viennent à l’esprit, par exemple sa reconnaissance auprès des autres membres de l’entreprise, sa capacité à innover, sa force mobilisatrice, etc. Mais il n’est pas aisé de les mesurer à l’aide de critères quantitatifs. On peut commencer avec ceux-ci, qui ont le mérite de pouvoir s’appliquer à toute communauté.
• membres : leur nombre, leur ancienneté (moyenne et répartition) ;
• action : le taux de consultation (moyen et répartition), les contributions (moyenne par membre, répartition) ;
• audience : le nombre de liens vers la communauté, la qualité de ces liens (lien, citation, reprise).
L E W EB 2.0
On parle du Web social depuis quelques années lorsque Tim O’Reilly publie le 30 septembre 2005 « What is Web 2.0 » dans son blog 19 . Il n’imagine pas la secousse que va produire son article. Pourtant, il faut se garder des simplifications abusives comme celle qui consisterait à considérer que le Web 2.0 vient remplacer le Web 1.0. C’est bien tout le contraire. Les différents Webs que nous venons d’évoquer jusqu’ici se complètent et s’enrichissent mutuellement. C’est un ensemble de tendances économiques, sociales et technologiques qui sont à l’origine d’un Internet plus mature, caractérisé par la participation des utilisateurs, l’ouverture et des pratiques en réseau.
La façon de dénommer les différents Webs vaut d’être analysée, ne serait-ce que rapidement. Lorsqu’on parle de Web profond ou de Web social, l’adjectif épithète apporte indubitablement des renseignements, une qualification signifiante. Avec ce chiffre « 2.0 » accolé au mot Web, il faut relever une continuité – il s’agit toujours de Web – et un changement symbolique. C’est ce symbole qui importe donc. Pour faire simple et éviter de faire de la mauvaise philosophie, il veut signifier une progression, un développement, mais ne le qualifie pas. Tim O’Reilly observe que quelque chose a changé dans le Web et tout son article va s’attacher à poser des mots sur son intuition parce qu’un seul adjectif ne suffit plus. Le deuxième Web est donc multiple.
Gérer les identités numériques
Le Web 2.0 se focalise sur les usages et la participation. La personne y est donc centrale. Cela n’est pas sans poser de nombreuses et difficiles questions qui ne peuvent être éludées. En voici quelquesunes, aujourd’hui devenues des classiques des forums :
• doit-on exister dans le Web 2.0 avec sa véritable identité ou avec une ou plusieurs pseudo-identités ?
• peut-on rester indéfiniment anonyme dans le monde 2.0 ?
• qu’est-ce qui peut constituer un profil sans provoquer tôt ou tard une intrusion dans la vie privée ?
• comment se prémunir contre le vol d’identité numérique et de quels recours dispose-t-on en cas de délit ?
Les grands contributeurs du Web 2.0 sont les utilisateurs des wikis, des blogs, des réseaux sociaux. Très vite, la distance entre contributeur et auteur s’amenuise et le besoin de reconnaissance fera le reste… Hors de l’entreprise, le recours aux pseudos permet de rester dans une ombre relative.
Dans l’entreprise 2.0, l’anonymat ou la pseudo-identité ne sont pas encouragés. Le collaborateur, quoiqu’il décide, pourra toujours être désigné. L’entreprise 2.0 ne connaît pas l’ombre. Sa trop grande transparence lui vaut un frein culturel à la contribution. Les personnes auront-elles le courage de s’exprimer, même dans un champ purement professionnel, si elles risquent d’être critiquées ? Les écrits restent… C’est bien connu.
Intuitivement, les collaborateurs de l’entreprise savent que leur identité numérique n’a rien de virtuel. Ils savent aussi qu’elle est composée de données formelles comme celles qui constituent leur signalétique mais aussi de données nettement plus informelles et d’autant plus subjectives. Parmi elles, on trouve en premier lieu toutes les contributions que le moteur de recherche ne manquera pas d’indexer et qu’il sera alors si facile à retrouver.
La maîtrise de son identité dans le Web est un défi pour chacun et il n’y a pas de panacée. La liste rouge du téléphone n’a pas trouvé d’équivalent en version 2.0.
Il reste une question, délicate entre toutes, qui concerne tous les projets Web 2.0 : peut-on exister professionnellement avec un pseudo dans le Web 2.0 ? Autrement dit, hors de l’entreprise mais dans des actes professionnels, peut-on utiliser une identité virtuelle sans affecter les questions de la responsabilité, de la confiance ? Il n’y a pas actuellement de réponses satisfaisantes, mais le projet Web 2.0 sera interrogé sur sa tentative de réponse et sur son évolution.
Gérer les traces numériques
En 2004, une étude réalisée par MSN et Harris Interactive sous le titre « What is America searching for ? » révéla les usages suivants d’un moteur de recherche :
• 39 % des personnes se sont cherchées elles-mêmes ;
• 29 % ont cherché des membres de leur famille ;
• 17 % ont recherché leur ancien(ne) petit(e) ami(e).
Pour ce qui est du champ professionnel, plus de 20 % des personnes interrogées ont avoué s’être intéressées aux informations disponibles sur Internet concernant un employé, un employeur, un partenaire, un sous-traitant, etc.

Ces données dépassent le cadre de l’identité numérique stricto sensu et relèvent soit des contenus explicitement et volontairement déposés, soit de traces laissées. La gestion de l’identité numérique est plus complexe qu’il n’y paraît s’il faut dorénavant surveiller tous ces fragments d’information, surtout lorsqu’on veut profiter du Web comme d’un hall d’exposition. Faudra-t-il recourir à des conseillers en communication d’un genre nouveau ?
Il est paradoxal de constater d’une part l’immensité abyssale du Web profond et d’autre part l’extrême difficulté, voire l’impossibilité, que l’on a à faire disparaître des traces sur Internet une fois qu’elles ont été faites. Les traces appartiennent-elles à celui qui les a laissées ou à celui qui possède le lieu où elles ont été prises ? Toutes les réponses se rencontrent. Par exemple, Facebook indique explicitement dans ses conditions d’abonnement que toutes les traces lui appartiennent. En France, en revanche, les traces sont assimilées à des données personnelles. Autres cultures, autres droits, or Internet est international. C’est la quadrature du cercle. Le Web 2.0 nous promet des migraines !
Les projets Web 2.0 ne peuvent éluder de poser clairement leur politique de gestion des traces des utilisateurs. Si les développements Web 2.0 de l’entreprise deviennent sensibles et qu’il faille demain en répondre devant un conseil d’administration, ou devant un tribunal, cette charte d’un nouveau genre sera une pièce utile du dossier.
Suivre les usages
L’audience, dont les projets du premier Web fait grand cas, se mesure en nombre de visiteurs, en nombre de clics, en taux de rebond, etc. Mais mesurer n’est pas comprendre. C’est à partir des chiffres qu’un lent travail va les faire parler. Les exemples et les contre-exemples ne manquent pas dans la littérature et maintenant la blogosphère. Par exemple, que peut-on dire des personnes qui entrent dans un site commercial et le quittent lorsqu’elles arrivent à la page où les prix sont indiqués ? Le prix était-il trop fort ou voulaient-elles seulement le connaître ?
Dans un Web d’usage et de partage, pourquoi s’intéresser aux motivations des utilisateurs à leur insu ? Reformulons la question. Pourquoi ne pas leur demander ? C’est ce que des sites très Web 2.0 font avec beaucoup de succès, et ils ne s’en cachent pas. On cite régulièrement Amazon, qui a ouvert son catalogue aux commentaires de ses acheteurs. Les bons produits reçoivent des notes et des avis élogieux, les mauvais sont boudés ou mal notés. Dans tous les cas, l’enseigne sait ce qui marche et ce qui ne marche pas.
Le client prend généralement le temps d’acheter. Il étudie les prix, compare, fait ses comptes. Il peut donc prendre le temps de donner son avis. La règle du 1,9,90 de Jakob Nielsen 20 dispose que 9 % des clients passeraient à l’acte. Cela n’empêche pas de stimuler les acheteurs par un mail de relance à l’envoi automatisé dans la semaine qui suit avec un petit questionnaire fermé bien ciblé. Si on applique ce que nous venons de voir aux usages du Web 2.0, cela peut conduire à proposer aux utilisateurs de livrer un commentaire à chaud après avoir fait usage. Le cas échéant, une relance vient, mais à froid, demander à nouveau un avis.
Les commentaires sont des contenus de première catégorie. Quand on juge de la difficulté de les obtenir parfois, il serait vraiment regrettable de ne pas en tirer le meilleur profit. Pour cela, il faut les indexer, permettre les tags et même proposer, quand cela devient significatif, leur folksonomie.
Le recours à l’appel à commentaire pour les projets Web 2.0 en entreprise n’est pas entré dans les mœurs. Si le projet est jugé positivement, le responsable en tirera avantage. Et si le jugement est négatif, ne cherchera-t-on pas un responsable ? Pourtant, dans le monde 2.0, la culture participative doit être honorée jusque dans l’acceptation des remarques faites par ses pairs.
Favoriser les usages
Si l’on suit les usages, c’est pour mieux les comprendre et les favoriser. Mais cette démarche classique des services informatiques est en train de changer peu à peu. Les collaborateurs de l’entreprise qui sont passés au Web 2.0, c’est-à-dire qui en utilisent des outils, commencent à exprimer leur besoin selon de nouveaux schémas. Ils sont nettement plus avertis de ce qu’il possible de faire.

Favoriser les usages signifie dorénavant aider les utilisateurs à développer de nouveaux usages. En mettant l’homme, son travail et ses relations au centre, en lui donnant les moyens correspondant à ses usages, c’est l’entreprise qui vit un changement de fond.
Elle était centrée sur ses processus, aujourd’hui elle se focalise sur l’usage. Avec l’équation qui s’écrit « usage = processus + bonnes pratiques », le taux de conversion s’améliore. C’est une mutation qui dépasse les outils mis à disposition.
Développer de nouveaux usages
Depuis l’invention des ordinateurs, ces derniers ont été chargés de se substituer toujours plus à l’intelligence humaine. L’intelligence artificielle, les réseaux neuronaux, les algorithmes génétiques, toutes ces dénominations l’expriment assez. Ces courants, répondant à une vision positiviste, n’ont pas permis à ce jour de modéliser l’intelligence.
Aujourd’hui, l’informatique s’est un peu humanisée à être moins prétentieuse. La puissance des machines est requise pour les gros calculs et vient contribuer à faciliter le travail des hommes. Mais il n’est plus question de remplacer les personnes. Le Web 2.0 en est la concrétisation : seul l’homme peut créer du contenu, contribuer, partager et échanger.
Prenons l’exemple des moteurs de recherche. Il faut plus d’un million d’ordinateurs à Google pour délivrer son célèbre moteur à toute la planète. Les autres moteurs ne doivent pas être en reste. Pourtant, Olivier Parriche, directeur de Yahoo! Search France a déclaré : « Un système qui ne se base que sur des algorithmes est insuffisant. » Toute la puissance cumulée des machines ne suffit pas et ne suffira jamais. Des moteurs au goût Web 2.0 intègrent maintenant la dimension sociale. Par exemple, Yahoo! propose un site de recherche collaborative : Yahoo! Questions/réponses 21 . Prenons un autre exemple : dans le Web 2.0, le mashup est un mécanisme de composition d’applications dont le principe extrêmement simple libère la créativité des utilisateurs. Il sera décrit en détail plus loin dans ce livre. Les nouveaux usages méritent qu’on fasse leur promotion dans une culture de l’innovation.
Développer autrement le Web
En même temps que le Web se développe en usages multiples, on assiste à l’émergence de nouveaux usages dans les pratiques de développement.
Ainsi, le numéro de version a disparu, l’application évolue continûment et reste en version bêta. Des groupes d’utilisateurs sont toujours prêts à être sollicités pour tester les nouveautés.
De plus, une application Web 2.0 se compose d’une partie destinée aux utilisateurs et d’une partie qui leur est cachée où leur comportement est analysé.
Par ailleurs, les applications sont progressivement conçues avec l’exposition des ressources et des services qui permettent de créer des mashups. Les services sont exposés sous la forme d’API. Les ressources sont disponibles dans des flux.
Enfin, la granularité de développement s’attache à favoriser l’équation « un usage – un service ».
Passer à l’entreprise 2.0
Sous cette appellation racoleuse se trouve l’entreprise qui adopte les nouvelles pratiques du Web 2.0. Cette intégration des usages participatifs du Web concerne au premier chef non pas la technologie ou le système d’information, mais les collaborateurs, leurs métiers et leurs besoins de mettre en commun des bonnes pratiques.
Si l’entreprise est capable de remettre en question ses usages, ce sera alors le moment d’adapter son système d’information. Pour faire simple, il n’y a pas plus d’entreprise 1.0 que d’entreprise 2.0 avec une frontière nette à la façon d’une rupture. En revanche, tout cela s’inscrit dans un lent processus de maturation et d’adoption.
Dans un monde 2.0
La génération de nouvelles recrues est appelée « génération Y » où Y est l’initiale de youth qui signifie jeunesse en anglais. Ceux que l’on nomme encore les « Web natives » sont nés dans le monde câblé de l’Internet. Ils en ont les réflexes et les appétits. Si l’entreprise n’adopte pas le Web 2.0, elle sera en décalage de plus en plus prononcé avec les nouvelles générations. En 2010, le nombre de webnatives dépassera celui des baby-boomers.
Il y a quelques années, Seymour Papert, célèbre professeur du MIT (Massachusetts Institute of Technology), déclarait que « la façon d’apprendre évolue dans le temps. Nos parents n’apprenaient pas comme nous avons appris, nos enfants non plus […]. Nous en sommes cependant rendus à un point où l’enseignement et l’apprentissage ne rejoignent plus le niveau où sont arrivés la société, le monde extérieur, le milieu dans lequel les enfants seront plus tard plongés ». Depuis, de nombreux projets de généralisation des espaces numériques de travail (ENT) sont lancés pour les écoles, les collèges, les lycées et les universités. Ces systèmes aux fonctionnalités pédagogiques, mais aussi administratives et de gestion, sont destinés à toute la communauté éducative : des élèves aux parents en passant par les enseignants et tout le personnel de l’éducation.

Figure 4 : Nombre d’heures par semaine et par média (source Jupiter Research)
Le déploiement de l’entreprise 2.0 réclame une organisation dont l’encadrement a compris les avantages du Web 2.0 dans un environnement qui change. L’innovation se dynamisera, irriguée par des idées et des énergies nouvelles. Le Web 2.0 permet une meilleure diffusion des bonnes pratiques vers des utilisateurs plus motivés et qui peuvent collaborer plus. Les employés les plus dynamiques peuvent être valorisés et l’image de marque de l’entreprise améliorée.
Une entreprise mieux informée
La génération Y et les personnes qui ont adopté le nouveau Web savent accéder à la bonne information, au bon moment, à l’aide de leur réseau et de la maîtrise des nouvelles applications et services. En ménageant l’accessibilité à cette intelligence collective, l’entreprise 2.0 prend un avantage compétitif.
D’abord les nouveaux usages
L’erreur serait de passer au Web 2.0 par les outils et non par les usages. Le projet Web 2.0 de l’entreprise est une réponse à une demande en matière d’usage. C’est parce que les façons de travailler évoluent que les outils doivent s’adapter. Les exigences de l’ergonomie sont ainsi prises en compte dans le monde de l’entreprise.
On observe dans les entreprises que les utilisateurs trouvent toujours une astuce pour utiliser les outils de leur choix lorsque ceux de l’entreprise n’évoluent pas ou pire lorsqu’il est interdit d’en utiliser de nouveaux, ce qui se fait par exemple à l’aide d’accès refusés par les firewalls aux sites de téléchargement. Il ne faut pas mésestimer les qualités des utilisateurs ; in fine , lassés, ils se démotivent.
Puis les outils
Le schéma s’énonce facilement : l’entreprise 2.0 adopte d’abord des pratiques et des usages nouveaux, puis les outils du Web 2.0. Pour autant, la réalité n’est pas aussi simple. Il faut déjà accepter que des usages nouveaux puissent venir perturber ou bouleverser des façons de faire anciennes qui ont certainement fait leur preuve. L’étape suivante consiste en une prise de recul pour observer quelles sont ces bonnes pratiques qui sont touchées. La conduite d’un changement s’engage ainsi. C’est ensuite que le projet Web 2.0 se dessine dans sa dimension technique.

Engager le projet Web 2.0 en entreprise
Pour clore cette partie consacrée au Web que l’entreprise tisse, soulignons à présent quelques points d’attention majeurs.
On se souvient des projets informatiques mettant en œuvre des schémas directeurs et des plans informatiques successifs. À cette époque, les projets pouvaient prendre la forme d’un big bang affectant non pas seulement le système d’information, mais aussi les personnes. Les plans se doublaient de plans d’accompagnement au changement. Peu à peu, les budgets se sont réduits et à cette politique dispendieuse sont venus se substituer des travaux d’urbanisation pour rechercher comment harmoniser l’existant et aborder plus à la marge ce qui devait être amélioré. Les schémas directeurs orientaient les projets du système vers les utilisateurs et cette direction donnée reflétait des réalités économiques prégnantes. Les questions posées étaient, dans l’ordre :
• comment construire un système qui ne soit pas trop cher avec toutes les fonctionnalités utiles à l’exercice du métier de l’entreprise ?
• comment aider les utilisateurs à maîtriser l’outil ainsi conçu ?
La promesse du projet Web 2.0 est un changement de perspective radical : aller des utilisateurs aux outils et des outils au système.
Une échelle de temps extérieure
Longtemps, les technologies sont restées inaccessibles aux personnes individuelles. Seuls l’État ou l’entreprise pouvaient les acquérir. Mais, depuis l’avènement de la microinformatique et plus récemment du Web, l’équipement des ménages ne comprend plus seulement des machines domestiques destinées à la cuisine ou au confort dans la maison, c’est dorénavant l’informatique qui s’est invitée avec ses offres d’abord ludiques et bureautiques puis de multimédia et maintenant de connectivités interpersonnelles multi canal.
L’innovation parvient aujourd’hui plus ite dans la sphère domestique qu’au sein de l’entreprise. Que ce soit par le biais par exemple des enfants rentrant de l’école, ou celui des rubriques Internet des journaux gratuits distribués dans le métro, l’innovation est plus prompte hors de l’entreprise. Le temps s’écoule plus vite dehors que dedans.

Prendre la vague
L’entreprise est le terrain sur lequel s’implante le projet Web 2.0. Les collaborateurs, qui sont au quotidien des utilisateurs domestiques dans un monde extérieur plus innovant que celui de l’entreprise, ont des usages de plus en plus empreints d’habitudes acquises au contact du vaste Web. L’entreprise qui saura profiter de ce changement et bénéficier des nouvelles compétences y trouvera un facteur de succès et de motivation.

Figure 5 : Le déploiement du projet
A PRÈS LE W EB 2.0
Distinguer une suite au Web 2.0
Le Web 2.0 est à peine sec, qu’un nouveau est déjà annoncé. Est-ce à dire que quelque chose d’important et de remarquable se produit ?
La première question est bien celle de savoir si un nouveau Web peut être ou non distingué de ce qui précède. Les paragraphes qui suivent vont tenter d’apporter un premier éclairage à cette question avant qu’elle ne soit reprise et traitée plus loin dans un chapitre entièrement consacré au Web 3.0.
Rechercher autrement
Web 1.0
Les moteurs de recherche que nous connaissons sont nés dans un Web statique fait de pages HTML. C’était idéal pour les moteurs et l’accès à l’information était aisé même si, techniquement, en arrièreplan, la prise en compte des contenus dynamiques posait de vrais problèmes en les reléguant très souvent dans le Web profond.
Web 2.0
Pour ne pas voir sombrer tout le Web nouveau dans l’obscurité du Web caché, il a fallu trouver le moyen de doter les moteurs de recherche de capacités nouvelles. Mais ce n’est pas seulement avec de la technologie que la réponse a été apportée. En effet, nous avons tous été mis à contribution. L’intelligence collective qui s’exprime dans tous les blogs, wikis, digg, folksonomies, etc., tout comme toutes les traces laissées par les utilisateurs dans la grande toile, tout cela est stocké dans des silos toujours plus profonds pour y être traité par les algorithmes des moteurs insatiables.
Web 3.0
Mais cela ne suffit plus. Le Web croît plus vite que les moyens mis en œuvre pour le « cruncher ». Comme on l’avait fait pour passer de HTML à XML, le Web se sémantise progressivement. Le Web sémantique décrit par Tim Berners-Lee est « une nouvelle infrastructure devant permettre à des agents logiciels d’aider plus efficacement différents types d’utilisateurs dans leurs accès aux ressources sur le Web » .
En Irlande, des chercheurs du DERI (Digital Enterprise Research Institute) travaillent depuis 2003 sur le moteur de recherche sémantique SWSE (Semantic Web Search Engine). Il indexe des données RDF (Resource Description Framework) récupérées à partir de nombreuses sources (dont OWL, RDF et RSS). Il a récemment réussi à traiter sept milliards de RDF en quelques fractions de seconde. Les moteurs de recherche deviennent plus intelligents, mais évidemment plus ils peuvent traiter de données, plus ils sont intelligents. D’autres projets de moteurs sémantiques se développent comme Swoogle 22 , qui se targue d’utiliser plus de 10 000 ontologies. Et ce n’est qu’un début.
Mais est-ce la seule voie ? Le grand gagnant des Webs 1.0 et 2.0, toute catégorie confondue, est le moteur de recherche. Or, si le Web émergeant venait à s’affranchir du moteur tutélaire, la roue de la fortune tournerait… ouvrant le champ à d’autres Webs.

Puiser à de nouvelles sources d’information
Les données accessibles à l’informatique sont gigantesques en quantité et d’une extrême variété en termes qualitatifs. Parmi les nouvelles sources captées, on trouve les traces laissées dans le Web. Longtemps considérées comme non significatives et sans valeur, elles sont aujourd’hui porteuses d’enjeux considérables, pas seulement en termes applicatifs, mais aussi en termes de pouvoir. D’une tout autre nature, le « surface computing » met en scène le contact entre les mondes virtuel et réel en permettant notamment de capter le geste. Par exemple, l’utilisateur, tapant sur un clavier virtuel visualisé sur la surface d’une table, laisse augurer des développements passionnants en termes d’interface homme/machine (IHM). Toutes les nouvelles sources enrichissent sémantiquement le champ des possibles pour les ordinateurs.
Développer des ontologies
Les relations sémantiques entre les concepts et les entités d’un domaine donné peuvent être décrites à l’aide de diverses logiques basées sur les langues ou les vocabulaires appelées ontologies. Ces objets complexes sont les référentiels sur lesquels repose l’enrichissement sémantique du Web. Des outils spécifiques permettent leur création, leur visualisation. Des API (Application Programming Interface) exposent leurs méthodes d’interrogation.
Glaner ce qui peut l’être
La sémantique offerte par XML et XHTML et leurs innombrables dialectes se fait à l’aide de tags.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Livres Livres
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents