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Ethique de l'entreprise : réalité ou illusion ?

De
190 pages
Chartes et labels éthiques ou solidaires, codes déontologiques, programmes de développement durable : l'exigence éthique fait désormais partie intégrante de l'image publique de l'entreprise. Cette responsabilité passe par la prise en compte de l'intérêt général et du bien commun. Mais quelle forme prend, pour chacun, l'éthique vécue dans le contexte professionnel ? Quels sont les ressorts de cette sensibilité collective, parfois appelée l'"esprit d'entreprise" ? La solidarité y trouve-t-elle un sens nouveau ?
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ÉC

Éthique en contextes

Éthique de l’entreprise
réalité ou illusion ?

Alain Anquetil
Michel Bon
Fabienne Cardot
Jean-François Connan
Loréa Hirèche-Baïada
Thierry Hommel
Jean-Jacques Nillès
Serge Orru
Bernard Saincy

Éthique de l’entreprise
réalitéou illusion ?

© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-11319-0
EAN : 9782296113190

éthique enContextes

Éthique de l’entreprise
réalitéou illusion ?

actesducolloqueorganisépar
laFondationostad Elahi–éthique et solidaritéhumaine
àl’institutd’étudespolitiquesde Paris
le13 juin2008

enpartenariataveclachaire de développementdurable
desciencesPo

l’hArMAttAn
éditionsl’Harmattan
5-7,rue del’école-Polytechnique
75005Paris

Éthique encontextes
une collectiondelaFondationostad Elahi–
éthique et solidaritéhumaine
reconnue d’utilitépublique
l’éthiqueneselimitepasàuneréflexionpurement théorique
sur le contenuetl’applicationdesvaleursmorales.Elle est
inséparable del’actionhumaine etdu travailpar lequeldes sujets
seformenteux-mêmesaucontactdeleurs semblables, dansdes
environnementsparticuliers.
il n’yadonc d’éthiquequ’encontextes:contextes sociaux,
économiques,professionnels,institutionnels,géopolitiques,
etc. lesacteursquiévoluentdanscesdifférentsespaces, et
souventdel’unàl’autre, développentdescompétencesetdes
savoirspratiques. leur«senséthique»leurpermetd’articuler
à chaquefoislesdroitsetlesdevoirsenjeuens’efforçantde
nepas s’y perdre, c’est-à-dire detrouverunmodus vivendientre
desvaleurspersonnelles,familiales,religieuses, etdesvaleurs
professionnellesouorganisationnellesquineleursontpas
d’avanceajustées.
lesenjeuxconcretsde cetravail,lesconflitsqu’il occasionne
parfois,lesavoirtaciteouexplicite desdifférentsacteursetles
stratégiesqu’ilsadoptentpour larésolutiondesconflitsetla
constructiond’uneéthiquepersonnelle etcollective,sontautant
de dimensionsqu’uneréflexionsur l’éthiqueappliquéepeut tenter
d’explorer.
ainsi,penser l’éthique encontextesneserésumepasàétablir
ladéontologieoulesrèglesde bonne conduitepropresà chaque
type d’activité. ils’agitplutôt, àtraversdesanalysesmenées sur
descasconcrets, d’éclairer lesmodalitéspratiquesdelaprise de
décision, deproposerdesoutilsnouveaux pour laréflexionet
pour l’action.

5

Éthique encontextes
Dans lamême collection

Éthique etdéveloppementdurable,iForE(dir.),2009.
avec descontributionsde D.Bourg, D.deCourcelles,
a. létourneau,Cl. revel, a. touraine, P.Viveret.

Éthique etcrise financière,2009.
avec descontributionsde a.Bénassy-Quéré,B.Esambert, D.
lamoureux, J.-Ch. le Duigou, J.-F.Pécresse,Ch.Walter.

La Musique àl’esprit.Enjeuxéthiquesdu phénomènemusical,
J.During (dir.),2008.
avec descontributionsdel.aubert, a.Didier-Weil, J.During,
G.Goormaghtigh, E. lecourt, Fr.Picard, P. sauvanet,B. stiegler,
J.Viret.

Validité et limitesduconsensusenéthique, a. létourneauet
Br. leclerc(dir.),2007,aveclacollaborationde a. leBlanc.
avec descontributionsden.aumonie, G.Beauregard,l.Begin,
a.-M.Boire-lavigne, G.Caron, D.Boucher, J.Fortin,r. lair,
J.Fr.Malherbe, P.Martel, M.Monette,s.Mussi,l. rochetti,
G.Voyer.

Qu’avons-nousfaitdudroitàl’éducation ?,2007.
avec descontributionsde M.assémat, G.azoulay, Fr.Boissou,
B.Bourgeois, H.Cohen, M.Kostova, M.Méheut, a.de Peretti,
J. salamesala,B. stiegler, etlaparticipationde M.-Cl.
restouxGasset, etJ.-Fr.Connan.

Éthique et solidarité humaine àl’âge des réseaux,2006.
avec descontributionsde Ph.Breton, H. leCrosnier,Cl.Henry,
P.Mathias,s.Missonnier, P.Pérez, V.Peugeot, P. soriano.

7

Troisécoles québécoisesd’éthique appliquée : Sherbrooke,
Rimouski etMontréal,2006.
a. letourneau,aveclacollaborationde Fr.Moreault.

L’Éthique individuelle,un nouveaudéfipour l’entreprise,2005.
avec descontributionsde a.Ballot,l.Bibard,
G.EvenGranboulan,Chr.Ganem, M.Grassin.Préface de M.Bon.

Éthique etéducation.L’Écolepeut-elle donner l’exemple?,2004.
avec descontributionsdeB.Bourgeois, J.Costa-lascoux,
B.Elahi, J.Houssaye,Bl.Kriegel,Cl.Mollard, E.Morin,
D. ottavi, a.Peignault, J.-Ch.Pettier,r.-M. saugey,l.Villemard,
J.Wimberley,l.Wirth.

Intervenirauprèsdesfamilles.Guidepour uneréflexionéthique,
P.-P.Parent(dir.),2004.
avec descontributionsdeB.Boulianne, M.Beaulieu, M.Dumais.

Le Souci éthique dans les pratiques professionnelles.Guide de
formation, P.FortinetP.-P.Parent(dir.),2004.

8

Auteurs

alainanquetil

MichelBon
FabienneCardot
Jean-FrançoisConnan
loréaHirèche-Baïada
thierryHommel

Jean-Jacquesnillès
sergeorru
Bernardsaincy

laJournéeétaitaniméeparPaulFabraetJean-FrancisPécresse
éditorialistesaujournalleséchos.

le contenude chaquearticlen’engagequelaresponsabilitédesonauteur.

soMMAire

avant-Propos....................................................................................13

ouverture.........................................................................................21

Éthiqueindividuelleau seindel’entreprise

lesensetlaportée duconceptd’intégritépour l’éthique
individuelleau seindel’entreprise
parAlainAnquetil......................................................................37

l’éthique etlaresponsabilité
parJean-FrançoisConnan........................................................51

ladynamique desjugementséthiquesindividuelsdans
l’entreprise : Quelle(s)réalité(s) ?Quelle(s)illusion(s) ?
parLoréa Hirèche-Baïada.........................................................61

Commentpromouvoiretopérationnaliser l’éthique
parJean-JacquesNillès.............................................................73

Débat..........................................................................................93

Conclusion
parFabienneCardot................................................................107

11

Éthique d’entreprise etenvironnementextérieur

l’entreprise,sonenvironnementetl’éthique
parMichelBon.........................................................................115

Ecosystème etinterdépendance
parSerge Orru.........................................................................129

lanégociationsociale commerésolutiondesdilemmes
éthiquesdansl’entreprise
parBernard Saincy..................................................................139

l’entreprise,acteuréconomique enchâssédanslesocial
parThierryHommel.................................................................147

Débat........................................................................................161

Conclusion
parFabienneCardot................................................................177

Biographies....................................................................................179

autrespublicationsdelaFondationostad Elahi
auxéditionsl’Harmattan...............................................................185

12

AvAnt-propos

Enmars2004,laFondationostad Elahi–éthique et solidarité
humaineorganisaitdéjà, enpartenariatavec cettemême chaire
de développementdurable desciencesPo,unejournée d’étude
sur«l’éthiqueindividuelle :un nouveaudéfi pour l’entreprise».
l’introductionde cettejournéeprenaitacte dufaitque«l’éthique
individuellevaconstituerundéfid’un nouvel ordrepour
l’entreprise».Plusdequatreannéesplus tard,lajournée du13
juin2008 dontlesactes sonticiconsignés,affichepourthème
« l’éthique del’entreprise :réalitéouillusion? ».Faut-ilvoir
danslasuccessionde cesdeuxthèmeslamarque d’unscepticisme
àl’égard desdémarcheséthiques?

Dans uncontexte d’affaiblissementgénéraldel’étatetde
sesmoyensd’action, c’estverslasociétécivile, et spécialement
lesentreprises,queseportentlesregards. lesoucidubien
publicsetraduitparuncertain nombre d’attentes, àl’égard des
entreprisesmultinationalesnotamment, concernantlaprévention
des«externalitésnégatives»ou,pluspositivement,lafourniture
de bienscollectifs.Etcetteattentese conjugue biensouventavec
une certaine défiance.Chacun lesait,l’intérêtparticulier n’est
pasnaturellementaccordéàl’intérêtgénéral.C’estprécisément
encepointquelaquestiondel’éthique devientparticulièrement
sensible.

13

éthique del’entreprise- réalitéouillusion?

or ladifficultéquiseprésente dupointdevue d’uneréflexion
de cegenre estquel’entreprisen’estpas simplementassimilable
àunepersonnemorale, bienqu’ellesoitlégitimementdécrite
commeun«acteur»dumondeéconomique et,pluslargement,
social. l’entreprise estbienplusque cela: entantqu’organisation,
elleseprésente àlafoiscommeuncollectifetcommeunmilieu,
voireunmonde–au sensoùl’onparle,justement, du« monde de
l’entreprise».Maispeut-onappliquer lescatégoriesetlesnormes
dujugementmoralàunmonde? lescyniques,évidemment,
n’enveulentriensavoir:lesrudesloisdumarchéontpoureux
le caractèreinflexible deloisdelanature;desajustements,
desaccommodements sont toujourspossibles,maisl’exigence
dominantereste celle del’adaptation. onpeut toujoursrêverd’un
capitalisme àvisagehumain,l’audacequ’onprésenteparfois
commeune desvertuscardinalesdel’entrepreneur neprendsens
quesurfond de cettenécessité, celle desurvivre,oudes’adapter
aucoursdeschoses.Maisl’entreprise,justement,nese confond
peut-êtrepasaveclafigure etlafonctiondel’entrepreneur,ni
avecle capitalisme engénéral,qu’on l’envisage commesystème
oucommemilieunaturel. l’entreprise estavant tout unmilieu
humain, elleparticipe à cetitre àunécosystèmequiestpartie
prenante dumondesocial, etquinepeutêtreindifférentaux
aspirationsindividuellesetcollectives.

C’estpourquoil’éthiqueresurgit sanscesse,noncommeune
obligationextérieurequis’imposeraitauxacteurséconomiques, à
lamanière desdispositifsderégulation,noncommeunscrupuleni
l’échoassourdid’une demande dejusticeoud’humanité émanée
ducorps social,maiscommeune exigenceinterne,inséparable
desadynamiquepropre.Etcertesilest tentantdevoirdansla
proliférationdeschartesetlabels(«éthiques»,«solidaires»),
descodesdéontologiquesetautresprogrammesde développement
durable,l’expressiond’unsoucipeuavouable,mêmesicertains
n’hésitentpasàleprésentersansfard : celuidel’imagepublique
del’entreprise. ilyamillefaçonsd’intéresser l’entreprise à
l’éthique;laplusefficace,naturellement, consiste às’appuyersur
sonintérêtbiencomprispourfaireadmettrel’idéequel’éthique

14

avant-Propos

est unestratégiegagnante,pour nepasdirepayante.C’est sans
doutele cas, d’ailleurs,maislorsquele capitaléthique d’une
entreprisefinitparse confondreavecsonsynonyme de capital
sympathie,laréflexionéthiquetend àseréduire à desopérations
de communication,plusoumoins suiviesd’effets:affichage de
normescollectives,généreusesdéclarationsd’intentions, etc. on
peut s’enmoquer,maiscen’estdéjàpas simal. leproblème est
quelasimpleadoptiond’uncodeoud’unvocablerisque defaire
perdre devuelesenjeux vifsdel’éthique, cequiconstitueou
devraitconstituerpourchacununvéritablesouci.
lefaitestqu’ilest, deplusenplus,questiond’éthique. ilfaut
repartirdelàpourtenterde dégager lesconditionsquipermettront
deréveillercesouci, del’entretenir, delemaintenir, enfindele
rendre effectif. l’idéeselon laquellel’entrepriseaurait, entant
quetelle,uneresponsabilitéparticulière àl’égard delasociété,
n’est sansdoutepasnouvelle; qu’elleseformuleaujourd’huien
termesd’éthique–sinondemorale–indiquepeut-êtrequeles
enjeuxsesontdéplacés surunterrainquin’estplus strictement
celuidel’idéologieoudesnoblesidéauxdesréformateurs
sociaux. lesgrandesquestionsassociéesàl’entreprise dansle
cadre delamondialisationdeséchanges–équité,justice,souci
dubiencommun–nesontplus séparablesdespratiquesetdes
usagesconcretsquifontlequotidiendesrapportshumainsau sein
del’entrepriseautantqu’au-dehorsd’elle.
Qu’enest-ilalorsdel’éthique enentreprise, envisagée dupoint
devue desacteursquiensontpartieprenante?Etcommentles
questionsauxquelleschacunpeutêtre confronté,localement, dans
untelcontexte,setraduisent-ellesdupointdevue del’entreprise
elle-même etde ceux quiparlentpourelle(décideurs,managers,
responsablesdesressourceshumainesoudelacommunication,
etc.) ? onparlevolontiersdesvaleursdel’entreprise engénéral,
maisaussidel’éthique detelle entreprise enparticulier: comment
se conjuguentcesdeuxniveauxd’analyse?Quels sontd’ailleurs
lesressortsde cettesensibilitécollectivequ’onappelleparfois,
sans tropsavoirs’ils’agitd’uncode d’honneur oud’unevéritable
lignemorale,l’«espritd’entreprise» ?Comment
setraduit

15

éthique del’entreprise- réalitéouillusion?

elle, cettesensibilité, danslevécuetdanslesactesdesindividus
plongésdanscemilieuprofessionnel, cemilieudontlesfrontières
aveclasphèrepublique,maisaussilesdomainesprivéoufamilial,
sontdeplusenplusporeuses?
l’intuitionquitraverse cetouvrage estquel’éthique enentreprise
oblige àun nouveleffortd’articulationentrelesdimensionsde
l’éthiqueindividuelle etcellesdel’éthique collective.aussiles
auteursquiontbienvoulu
sepenchersurcettequestioncirculentils souventdanslesdeuxsens–del’individuaucollectif, et
ducollectifàl’individu–,sansperdre devuelesinteractions
complexesde cesdeuxniveauxavecl’environnementhumainet
socialquiconstituelemilieunatureldel’entreprise. ilestclair
queles théorieséthiqueshéritéesdelatraditionphilosophique
n’ontpasététaillées surmesurepour lesréalitésdumonde de
l’entreprise. l’applicationpure et simple de catégoriesoude
préceptesàteneuruniversellepeutfournirdesjalonsoudes
orientationsgénérales;ellepermetdeguider,jusqu’àuncertain
point,lesdécisionsdesdifférentsacteursdel’entreprise.Elle
nepeut sesubstitueràuneanalyse deterrain.Pourautant, à
moinsd’adoptersansrecul larhétoriqueéthiquequisert souvent
deviatiqueauxresponsablesdelacommunication,il n’estpas
questionde constituer l’éthique del’entreprise enundomaine de
compétenceséparé, détachédesenjeuxdeladémarcheéthique
engénéral.Celatient, commeonvientdelesuggérer, àlanature
même del’entreprise comme contextehumain,milieudevie,
composéirréductible d’aspirationsindividuellesetcollectives.
il nefautévidemmentpas s’attendre àpouvoirtransposer,
telsquels,lesconceptsdel’éthiqueindividuelleaux problèmes
collectifsdel’entreprise. une entreprisen’estpaséthiqueau
sensprécisoùuncomportementindividuel ou unindividu
peutêtrequalifiéd’éthique.Etcependant,quinieraitqu’ily
a, d’un niveauàl’autre,quelque chose commeunfilcommun
reliantlesaspirationspersonnellesetlesnormescollectives,la
problématique deladécisionindividuelle etcelle delagestion
collective del’entreprise?Peuimportelespositions théoriques
mobilisées–certainesvalorisentdavantagelejuste(lesdroitset

16

avant-Propos

lesdevoirs), d’autreslavie bonne, etpourquoipasle bonheur–,
cette continuitédel’intuitionmorale doitêtrepostulée d’un
niveauàl’autre,sansquoi«éthique»n’estqu’unvainmot,un
motquifaitplaisirparceque chacunytrouvenaturellement son
compte.
l’éthiquesetraduitpardesactes, etlesactesengagentaussià
titrepersonnelceux quilesrendentpossiblesoulesaccomplissent.
C’estpourquoidesconceptscomme ceuxderesponsabilité,
d’intégrité, doiventoccuperuneplace centrale danslaréflexion.
ils sonteux-mêmesétroitementliésauxcatégoriesetaux valeurs
enfonctiondesquellesnousqualifions spontanémentdes situations
oudescomportementsd’unpointdevueéthique,mêmesices
jugementspeuventrevêtiruncaractèretrèsdiffusetdifficile à
formaliser.Est-ce correct?Celasefait-il?Est-ce bienhonnête?
Est-cetolérable? telles sontlesquestionsquiexpriment, àun
niveau trèsfondamental,lesouciéthique danslemonde de
l’entreprise. lanotionderesponsabilitéleurestdirectementliée,
puisqu’ils’agitfinalementdesavoir oùcommencelesouci, et
jusqu’àquelpointil nousappartientdelesoutenirdans uncontexte
d’interactionetderesponsabilitépartagée.Celame
concernet-il?C’estfinalementde cettequestionque dépendle degréde
monimplicationpersonnelle, etmêmelaprise de conscience
qu’ily vaeneffetdel’éthique dans telleou tellesituation,làoù
d’autres seraient tentésd’y voirunproblèmetechnique– prise de
décision ouarbitrage d’intérêts–relevantdu seulmanagement.
laqualificationd’unesituation oud’unproblème commeéthique
n’ariend’évident: elle doit souventfaire elle-mêmel’objetd’une
définitioncollaborative etconcertée.
l’instaurationetlapromotionde«référentielséthiques»au
seindel’entreprise,laconstructiond’outilsd’évaluationadaptés,
fontl’objet, danscetouvrage, d’uneattentionparticulière.
au-delà delareconnaissance devaleurs(principes,vertus)
partagées,ils’agiteneffetde définirdeslignesde conduite et
despratiquesconcrètes,susceptiblesd’être directementmises
enœuvre danslescontexteslesplusordinaires.Ceux-cine
prennentpasnécessairementlaforme de dilemmescornéliens

17

éthique del’entreprise- réalitéouillusion?

–contrairementauxcasd’écoles(whistle-blowing, etc.) que
s’appliquentà décrirelesmanuelsd’introductionàl’éthique des
affaires–,maisilscontribuent sansdoute demanière décisive
àlaconsolidationd’uneattitudeéthique àtouslesniveauxde
l’entreprise.Cesquestions sontabordéesdanslapremièrepartie
intitulée«éthiqueindividuelleau seindel’entreprise».Elles
débouchent surd’autresinterrogations, denaturepragmatique.
Carilestclairqu’il nesuffitpas,pourqu’une entreprisepuisse
êtrequalifiée d’éthique,que desindividusensonsein optentpour
descomportementséthiques. l’éthiquerelèveégalementd’une
forme devie, etmême d’une culture : elle doitpouvoirs’appuyer
surdesleviersinternes,surunevolontécollectiveobjectivée dans
desdispositifsetdesprocédures,relayéepardesdiscours: en
somme,ily vad’unegouvernanceéthique.

Mais toutaussi importantes sontlesconditions
environnementalesquifontcommuniquer l’entrepriseavec
le dehors, ce« monde extérieur» quinel’estfinalementpas
tantqu’on le dit, bienqu’il n’obéissepasnaturellementaux
loisdumarché. l’environnementne constituepas seulement
uncontextephysique,social oupolitiqueaveclequelilfaut
compter;il neseréduitpasàunparamètre àintégrerdansla
stratégie d’entreprise : c’est,véritablement,unenvironnement
éthique,un relaisquipeutcontribuerdemanièreactive àla
prise de conscience de certainsenjeux, etdefaçongénéraleau
développementd’une culture d’entrepriseéthique. laprise en
compte desacteurs–etpas seulementdesfacteurs–extérieurs,
lareprésentationdel’entreprise comme enchâssée dans untissu
derelations,participentainsid’uneréflexiond’ensemblesur
lesconditions«écologiques»delavie del’entrepriscee :
llecis’intègre àunécosystèmequin’estpas uniquementconstitué
deforêtsetdevilles(l’«environnement»au sens strict),mais
aussibiendegroupeshumains, c’est-à-dire d’idées, de désirs,
devaleurs, deprojetsindividuelsetcollectifs. lasituation
particulière del’entreprise,acteurglobal,véritableinterface entre
lesystèmeéconomique etlasociété,implique de composer les
notionsderesponsabilitéetd’intégritéavec cellesd’interaction

18