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Gestion de l'information

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Description

Les informations sont de plus en plus considérées comme une ressource essentielle de l’entreprise, au même titre que les matières, l’argent, les personnes, les savoirs et les compétences. Dans certains cas extrêmes, les informations sont même la « matière » unique de production. Il ne devrait donc pas être étonnant que les informations fassent également l’objet d’une gestion rigoureuse. La qualité de l’information devrait être un objectif permanent des dirigeants et des managers de terrain. Dans le cas contraire, on doit s’attendre à ce que l’entreprise soit pénalisée de multiples façons, de même qu’elle serait pénalisée si elle gérait mal, ou pas du tout, ses matières ou ses finances. Pour dépasser les abstractions nous avons choisi une image et un fil directeur. L’image, c’est la maladie de l’information ; le fil directeur ce sont les diverses maladies de l’information dont peut souffrir une entreprise, ainsi que leurs conséquences sur ses performances économiques.



Cet ouvrage traite des trois familles d’informations : les informations de fonctionnement (pour les opérations courantes de gestion), les informations d’influence (dans laquelle se situent la communication interne et la communication externe) et les informations anticipatives d’évolution ou d’anticipation (lesquelles concernent la veille anticipative stratégique). Dans cet ouvrage, l’information est considérée tour à tour comme un processus et comme un produit du processus. On parlera donc des maladies de l’information en tant que produit (appelées maladies organiques de l’information) et également en tant que processus (appelées maladies circulatoires). Pour chacune des maladies sont proposés des moyens de les dépister et de les soigner.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 26
EAN13 9782847692099
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0112€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

GESTION DE L’INFORMATION

e
2 édition

L E SE S S E N T I E L S
D E L A G E S T I O N

COLLECTION DIRIGÉE PAR
G. CHARREAUX / P. JOFFRE
G. KŒNIG

GESTION DE L’INFORMATION

e
2 édition

Humbert LESCA / Elisabeth LESCA
avec la collaboration de
Nicolas LESCA / Marie-Laurence CARON-FASAN

17 rue des Métiers
14123 Cormelles-le-Royal
www.editions-ems.fr

Le logo qui figure sur la couverture de ce livre mérite une explication. Son objet est
d’alerter le lecteur sur la menace que représente pour l’avenir de l’écrit, tout
particulièrement dans le domaine du droit, d’économie et de gestion, le développement massif du
photocopillage.
er
Le Code de la propriété intellectuelle du 1juillet 1992 interdit en effet expressément la
photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit. Or, cette pratique s’est
généralisée dans les établissements d’enseignement supérieur,provoquant une baisse
brutale des achats de livres, au point que la possibilité même pour les auteurs de créer
des œuvres nouvelles et de les faire éditer correctement est aujourd’hui menacée.

© Éditions EMS, 2010

Nous rappelons donc qu’il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement sur
quelque support que ce soit le présent ouvrage sans autorisation de l’auteur,de son
éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC) 3, rue Hautefeuille,
75006 Paris (Code de la propriété intellectuelle, articles L. 122-4, L. 122-5 et L. 335-2).
ISBN : 978-2-84769-130-6

INTRODUCTION GÉNÉRALE

explorer un monde méconnu

et en mutations nombreuses

On compare souvent les entreprises à des êtres vivants. Savez-vous
que, tout comme les êtres vivants, les entreprises sont susceptibles
d’avoir des maladies ? Parmi celles-ci figurent celles que nous allons
appelerMaladies de l’informationde l’entreprise. Ces maladies peuvent
être générées par l’entreprise elle-même, en son sein, et/ou provenant
de l’environnement de celle-ci. Les maladies de l’information de
l’entreprise font l’objet de ce livre.
Lebutde cet ouvrage est de montrer qu’une entreprise (ou une
organisation en général) peut être malade de son information, et que
cette maladie peut compromettre sérieusement ses performances
économiques. Face aux maladies se pose la question :comment se
soigner ?
Mais l’ouvrage montre également que l’information de l’entreprise
représente un capital susceptible d’être volé,ou détruit délibérément,
aussi bien par des agents extérieurs que par des membres de son propre
personnel. Si la chose n’est pas totalement nouvelle, elle a pris,
désormais, des proportions qui permettent de parler de «rupture». Rupture
notamment dans les comportements, la déontologie et l’éthique. Face
aux agressions (vols, falsifications, destructions délibérées) se pose la
question : comment se protéger ?

E
6■GESTION DE L’INFORMATION - 2ÉDITION

encadré 0.1.

des pirates prennent le contrôle de 74
dans 196 pays

000 ordinateurs

Une société de sécurité informatique a révélé […] qu’une attaque
à grande échelle avait permis de prendre le contrôle de 74 000
ordinateurs dans 196 pays […] La société NetWitness a identifié 2 411
organisations visées par ces attaques depuis un an […] Le laboratoire
pharmaceutique Merck et les studios Paramount seraient parmi les
sociétés visées, selon leWall Street Journal. Certains signes laissent
penser qu’un groupe basé en Europe de l’Est est à l’origine de cette
attaque […]
(AFP)(Extraits)Le Monde,19 février 2010

encadré 0.2.

la cybercriminalité a coûté 1 000 milliards de dollars
aux entreprises en 2008

Selon une étude de la société spécialisée en sécurité informatique,
McAfee, la cybercriminalité a causé – à la suite de vols de données
informatiques aux entreprises – un préjudice estimé à 1 000 milliards
de dollars en 2008.« Ce rapport est un signal d’alerte parce que la
crise économique actuelle est sur le point de créer une débâcle
mondiale pour les informations vitales », adéclaré le PDG de McAfee
[…]« la sécurité des économies de l’information »[…]« les
entreprises sous-estiment largement leurs pertes »et, enréduisant leurs
coûts,« amoindrissent leur sécurité informatique ».

Le but de cet ouvrage est donc de montrer que l’information de
l’entreprise, sagestion (plus ou moins bonne),sa protection (plus ou moins
prise au sérieux), son usage (plus ou moins intelligent) sont des facteurs
de succès favorables aux performances économiques de l’entreprise, ou,
au contraire, des facteurs de catastrophe, selon le cas. Mais dans tous les
cas le comportement des dirigeants et des managers est déterminant.

INTRODUCTION GÉNÉRALE■7

figure 0.1
influence de la qualité, de la protection et de l’usage
de l’information sur les performances de l’entreprise

Cet ouvrage est conçu comme uneexplorationles multiples, car
exemples que rapporte tous les jours la presse (nous en donnerons de
nombreuses illustrations),montrent que la traçabilité de l’information
dans les grands groupes industriels et bancaires reste « ténébreuse ». Le
monde de l’information de l’entreprise (en son sein et dans son
environnement) est un monde vaste et, aujourd’hui encore, mal connu du public
et ses frontières sont floues. C’est pourquoi nous avons pris le parti de
construire cet ouvrage comme une exploration au cours de laquelle vont
être présentés une multitude depaysages et de situations vécues. Chaque
situation montrera un aspect différent des maladies de l’information et des
agressions de celle-ci, dont peut souffrir une entreprise. Nous espérons
que les diverses fenêtres ainsi ouvertes permettront au lecteur de
découvrir, de façon aussi agréable que possible, un monde passionnant et où

E
8■ÉDITIONGESTION DE L’INFORMATION - 2

tant de choses restent à faire pour rendre nos entreprises plus efficaces et
moins vulnérables, si toutefois leurs dirigeants le souhaitent.
Il s’adresse à la fois aux responsables d’entreprise et aux personnes
désireuses de devenir desmédecins des maladies de l’informationdes
entreprises (consultants internes ou externes, chercheurs en Sciences de
Gestion, nouveaux spécialistes de l’Intelligence Economique, etc.). Les
auteurs de ce livre explorent cette jungle et contribuent à l’émergence de
ces nouveaux métiers, depuis de nombreuses années. Ils ont une
expérience de terrain (entreprises et d’organisations publiques, en France et à
l’étranger), soit directement, soit par le canal des personnes qu’ils ont
formées et accompagnées dans leurs activités (Lesca et Kriaa, 2007).

figure 0.2

INTRODUCTION GÉNÉRALE■9

Vouloir montrer qu’une entreprise peut être malade de son
information, oubien rendue malade par les agressions de son information (y
compris les virus !!!) n’est pas chose facile. En effet, l’information est
un concept abstrait, une « chose » impalpable, et cependant multiforme
donc difficile à saisir. De plus, l’information est quelque chose de
transversal, de fugace : elle traverse sous forme de flux les différentes unités
de l’entreprise (ou d’un organisme public),mais aussi ses frontières
(plus que poreuses). Aussi avons nous choisi de donner de très
nombreuxexemples concretset d’utiliser largement des analogies et des
dessins en espérant que le lecteur pourra ainsi substituer desi
magesparlantes aux abstractions des mots et à la furtivité du concept.
Les maladies de l’information, qui tiennent aussi bien à la qualité de
l’information qu’à l’usage qui en est fait, sont la plupart du temps
diffuses, difficiles à appréhender et à rendre visibles. Il en est de même des
agressions que peut subir l’information : souvent elles ne sont connues
qu’après coup,et encore… pas toujours. Les spécialistes parlent
d’ailleurs de problèmes « peu structurés » pour les désigner. Souvent on
peut avoir l’impression de les connaître tout en ne parvenant pas à les
saisir ainsi qu’en témoigne ce dirigeant d’entreprise.

encadré 0.3.

Témoignage.«J’ai l’impression que ça communique mal chez
nous. Au sein de chaque Direction, je crois que ça va à peu près ;
mais c’est entre les Directions et les Services que se pose le
problème selon moi. J’aimerais bien que soit fait un diagnostic et que
l’on mette “le doigt là où ça va faire mal” ; que l’on mette à jour
tous les dysfonctionnements de la communication latérale. »
(Un responsable d’entreprise de taille moyenne)

En d’autres termes,ce livre vise à montrer que les maladies et les
agressions que peut subir l’information de l’entreprise :
– «Ça existe ». Nous donnerons de nombreux exemples pour
visualiser ces maladies et nous montrerons qu’il existe des instruments ou,
du moins,des méthodes pour les dépister et les diagnostiquer.
Comment savoir sivotre entreprise souffre de son information ? Ou si

E
10■ÉDITIONGESTION DE L’INFORMATION - 2

son information souffre d’agressions ? Nous donnerons des exemples de
symptômes et nous proposerons des « bonnes questions » à se poser
pour faire son propre check-up. Chaque symptôme de la maladie de
l’information sera illustré par des cas concrets issus d’entreprises très
diverses (ou autres organismes). Car aucune organisation n’est à l’abri
de la maladie et de la vulnérabilité de l’information, quels que soient sa
taille et son secteur d’activité.
– «Ça pénalise l’entreprise». Bien que difficiles à appréhender, ces
maladies et agressions sont très pénalisantes. Elles dégradent les
performances économiques de l’entreprise (qu’il s’agisse d’efficience ou bien
d’efficacité), mais de façon insidieuse. Rien n’est plus facile que de ne
pas voir une maladie de l’information si on ne veut pas la voir. Nous
montrerons comment s’effectue la dégradation des performances
économiques de l’entreprise.
– «Ça se soigne… si on le veut». Comment se soigner ? Nous
donnerons despistes pour agiret suggérerons des voies à approfondir.
Nous donnerons également desexemples de réalisationprovenant de
diverses entreprises, ou autres organismes, qui ont décidé d’augmenter
leurs performances économiques par tous les moyens et donc y compris
celui d’une meilleure utilisation de l’information et une meilleure
protection de celle-ci.
Un turbo plutôt qu’une impasse. Cet ouvrage ne vise pas à être
exhaustif et définitif. Il vise plutôt à susciter l’envie de comprendre et
d’amorcer le passage à l’action. C’est pourquoi certains chapitres se
termineront sur des thèmes de réflexion ouverts. Nous invitons le lecteur
à méditer ces thèmes, à s’approprier les concepts et à les appliquer à ses
propres cas, en prenant pour exemple sa propre entreprise ou sa propre
administration.
Plan de l’ouvrage
– Première partie : Objectifs, concepts et méthode, premiers cas
concrets.
– Deuxième partie : Les maladies organiques et les agressions de/par
l’information (information = « produit »).
– Troisième partie : Les maladies circulatoires de l’information et les
détournements de flux (information = « processus »).

PREMIÈRE PARTIE

OBJECTIFS,
CONCEPTS
ET MÉTHODE

chapitre 1

l’information
de l’entreprise,
c’est-à-dire ?

E
14■GESTION DE L’INFORMATION - 2ÉDITION

Cas introductif :Le chaos là où on ne l’attendait pas,ou les
mésaventures d’un consultant devant des dirigeants d’entreprises
(témoignage).
«Je revois encore l’expression de profonde perplexité de ce
dirigeant d’entreprise à qui je déclarais, sûr de moi : “ L’information peut
constituer un atout stratégique pour l’entreprise ”. Je pensais que cela
allait de soi vu que tous les journalistes répètent la même chose dans
tous nos chers magazines économiques. L’horreur lorsque je
m’aperçus qu’il ne comprenait rien et que les autres chefs d’entreprise réunis
autour de la table ne comprenaient pas plus ! Tel un navire contre
l’iceberg, mon enthousiasme débordant se brisa net sur le silence
glacial de l’assistance.
Mais alors me dis-je, ces gens utilisent un double langage : dans les
salons feutrés des chambres de commerce, ou dans les cocktails de la
préfecture, ou lors de la réception du ministre de passage, ils
acquiescent et applaudissent aux discours :“ l’information c’est vital pour
l’entreprise, qu’elle soit grande ou petite ”. Mais ils n’en pensent pas
un mot.
Devant cette situation imprévue, j’abandonnai le ton affirmatif pour
revêtir un habit de convivialité aux couleurs de la bonne volonté.
M’adressant à un autre participant : “ Je suppose que vous serez
d’accord avec moi pour admettre que vos produits et vos services intègrent
de plus en plus d’informations à mesure qu’ils évoluent, qu’ils
deviennent plus sophistiqués ou qu’ils s’adaptent à un segment de
marché ? ”. “ Je ne vois pas du tout ce que vous voulez me dire ”,me
répondit-il froidement. Cependant c’était manifestement un brave
homme, désireux de venir en aide au consultant-expert que j’étais. “ Je
pense que vous voulez parler de l’information commerciale pour
vendre le produit ou le service ”,dit-il. Ce n’était pas ce que je voulais
exprimer. L’information commerciale pour vendre le produit n’était
qu’un petit aspect de ce que je voulais dire.
“ Ce qui est important,c’est la communication,pas
l’information ! ”, s’exclama un autre participant. Mon Dieu, me dis-je, où nous
embarquons-nous ? Ce n’est pas du tout le sujet que je veux
développer. Et puis,de quelle communication veut-il lui-même parler :de la
communication interne dans l’entreprise ? De la soi-disant
communication avec l’extérieur, qui n’est souvent rien d’autre que de la
publicité ? “ Cela c’est du social ”trancha quelqu’un. “ Je ne pense pas

L’INFORMATION DE L’ENTREPRISE, C’EST-À-DIRE ?■15

que notre sujet d’aujourd’hui soit de parler du social, ou bien alors je
n’ai pas compris l’ordre du jour ”. Cette déclaration catégorique
venait encore obscurcir le paysage :existerait-il deux planètes
éloignées l’une de l’autre : l’information/communication pour le social et
l’information/communication pour autre chose ? Bizarre ! “ Pourquoi
ne pas parler de flux ” proposa quelqu’un se sentant certainement une
âme de médiateur. “ Chez nous nous parlons souvent de flux
d’information, ça a le mérite de ne pas préjuger du contenu ”.
“ Eh bien chez nous, il s’agit plutôt de débordements que de flux. De
l’information il y en a partout dans l’entreprise. Nous nous noyons
dedans. Mais toutes les informations ne sont pas également
intéressantes. Il faudrait pouvoir les trier ”intervint un autre participant qui
ajouta pour faire bon poids : “ Les informations c’est comme de la
mauvaise graisse pour nos structures et nos services ”. Cette remarque
m’apparut comme une bouée de sauvetage. “ Mais alors,dis-je, vous
voulez dire que dans votre entreprise il y a des informations malgré
vous. Des informations dont personne ne semble vouloir mais qui sont
cependant là, qui vous encombrent, vous empâtent et... ”. “ Et qui
représentent un coût non négligeable ”,m’interrompit quelqu’un dans la
salle. “ C’est bien le signe que l’information doit être managée,
c’est-àdire... ” dis-je. “ Si vous ne la managez pas, c’est elle qui vous
engloutira, et ce n’est pas parce que les coûts occasionnés par l’information
sont diffus dans de multiples tâches qu’ils n’en existent pas moins ”.
Beaucoup de participants approuvèrent d’un grave hochement de tête.
“ Quelle est donc cette information qui vous noie ? ”demandais-je.
“ Toute sorte d’informations ”, me répondirent en chœur plusieurs
dirigeants. Mais encore ? “ L’information comptable, financière, de contrôle
de gestion ” dit l’un d’eux, “ Commerciale, pour les achats et
approvisionnements, pourla gestion du personnel... ”dit un autre. “ Ce n’est
pas le seul type d’information ” ajouta un troisième. “ Nous, nous
sommes abonnés à de nombreux journaux et revues professionnelles, un peu
par la force des choses. Pour le service Marketing, mais aussi pour notre
équipe de Recherche et Développement. Là aussi nous sommes noyés,
c’est fou ce qu’il faudrait lire... ”. Il n’eut pas le temps de terminer sa
phrase. “ Mais vous mélangez tout, s’exclama un autre participant, vous
ne parlez pas de la même information que nous ! ”. “ Peut-être, je ne sais
pas. En tout cas cette information-là est indispensable pour notre
entreprise tout en nous faisant courir le risque d’être submergés ”.

E
16■ÉDITIONGESTION DE L’INFORMATION - 2

Pour canaliser nos débats, l’idée me vint de proposer une typologie
qui permettrait de s’orienter dans la jungle de l’information de
l’entreprise avec un peu plus de méthode. Je leur dis : “ En vous écoutant, il
me semble que l’on pourrait répartir l’information de l’entreprise en
trois types seulement, et aucun de vos points de vue ne serait cependant
oublié. Voulez-vous que nous essayions ? Nous verrons ensuite
l’influence que peut exercer l’information sur les performances de
l’entreprise”. D’un commun accord la réponse fut positive. C’est ainsi
qu’émergea la typologie que nous présentons dans les pages qui suivent.

section I
trois types d’information
(en fonction de la finalité)

Expérience.Faites l’expérience suivante et observez les résultats,
vous serez très étonné. Demandez à dix personnes ce qu’évoque pour
elles l’expressioninformation de l’entreprise.
Réponses.Voici quelques exemples de réponses que nous avons
nousmêmes obtenues :












encadré 1.1.

’est le marketing,

c’est l’information commerciale, c
c’est la communication interne,
l’information aux actionnaires,
la publicité,
la comptabilité,
le contrôle de gestion,
l’information des consommateurs,
l’informatique,
la documentation,
les média,
l’espionnage industriel,
les brevets des concurrents,

L’INFORMATION DE L’ENTREPRISE, C’EST-À-DIRE ?■17

– le juridique,
– etc. Car la liste est encore longue.

Un résultat étonnant.Le résultat de cette expérience est que le mot
information, même limité au contexte de l’entreprise, est insaisissable
en soi. Dans le cas d’un organisme public, voire d’un Ministère, c’est
encore bien pire (nous parlons d’expérience). C’est même un comble :
le mot « information » semble incommunicable ! En résumé,le mot
information est omniprésent :tout le monde en parle constamment.
Mais chacun l’utilise, à un moment donné, dans une acception très
parcellaire, très réductrice au point que ce mot génère l’incompréhension.
Que dire alors lorsque tel responsable déclare :«La transversalité…
c’est très important !» ?
Comment sortir de cette situation d’incommunication interne ?
Cette constatation nous a conduits à proposer une typologie de
l’information qui soit aussi globale que possible tout en étant le plus
clarificatrice possible. Cette gageure nous a amenés à distinguer les trois
types suivants,fondés sur lafinalité de l’information. Ainsi
distinguerons-nous lorsque ce sera utile dans cet ouvrage, les trois types
suivants, que nous allons commenter ensuite :
– information de fonctionnement (commande et contrôle) ;
– information d’influence ;
– information d’anticipation.

§ 1. – information de fonctionnement

encadré 1.2.

Exemples.La commande du client, la commande au fournisseur,
la fiche de stock, le bilan de l’entreprise, le bulletin de salaire de
l’employé, le relevé bancaire, le bon de travail, la fiche de contrôle,
lereportingdu contrôle de gestion, etc.

E
18■ÉDITIONGESTION DE L’INFORMATION - 2

A.- définition
C’est l’ensemble des informations qui sont (à peu près) indispensables
au fonctionnement « mécanique » quotidien de l’entreprise :
l’information de fonctionnement c’est « l’information pour faire fonctionner ».
Elle est liée à destâches répétitives. Sans ces informations les tâches
courantes de l’entreprise ne pourraient pas être réalisées et contrôlées. La
production de ces informations est continue. De façon plus fine, on peut
subdiviser ce type d’informations en deux sous-types :
– les informations de commande,c’est-à-dire pour commander,
déclencher ou réaliser une opération (ou tâche) proprement dite ;
– les informations de contrôle,pour contrôler les résultats issus de
l’opération (ou tâche).

B. - caractéristiques et constatations
1 - L’information de fonctionnement de l’entreprise est nécessairement
répétitive. Aussi est-elle très formalisée. Par exemple,c’est la première
à être informatisée même dans une entreprise à peine constituée.
Cependant, alorsque l’information de commande est le résultat de la
nécessitéincontournable, l’informationde contrôle s’impose moins
immédiatement d’elle-même. Elle est davantage le résultat d’une
volonté. On peut très bien faire une action sans en évaluer les résultats
(C’est le cas dans bien des administrations). La presse,au cours des
années 2007-2010,a fait état de nombreuses « affaires » mettant en
lumière le faible suivi des circuits d’information interne et la faible
fiabilité/traçabilité de l’information opérationnelle de fonctionnement dans
de nombreux groupes industriels, commerciaux ainsi que financiers.
2 - L’information de fonctionnement fait l’objet souvent d’une
gestion par « compartiments d’attention » dirions-nous en terme imagé.
Car s’il est vrai que chaque utilisateur veille à la qualité de
l’information vue « avec ses yeux », il est vrai aussi que, généralement personne
ne s’occupe de l’information vue par les autres. C’est duchacun pour
soi et personne pour tous. Très rares sont les entreprises qui ont des
responsables de flux d’information, et cette mission n’est pas non plus
mentionnée et identifiée dans la nomenclature des emplois-métiers du SI
1
proposée par le Cigref .

1
Cigref, « Nomenclature 2009, les emplois-métiers du SI dans les grandes
entreprises », octobre 2009 (disponible sur www.cigref.fr).

L’INFORMATION DE L’ENTREPRISE, C’EST-À-DIRE ?■19

C. - déductions
1 - Nous devons nous attendre à une large gamme de problèmes
(maladies de l’information) situés aux articulations des équipes, des services,
des unités qui constituent l’entreprise :perte d’information,rétention,
déformation, incompréhension, redondance, etc. Les problèmes de
langage, les difficultés de se comprendre d’un service à un autre, sont
généralement grands mais ignorés.

encadré 1.3.

Exemple.Nous avons connu (et publié) le cas, dans une grande
entreprise (cependant localement située) où l’expression «Quantité
sortie matière» s’est révélée avoir des interprétations tout à fait
différentes selon le lieu où se trouvait le lecteur. Les nombres écrits dans
cette case de l’imprimé étaient donc compris différemment par les uns
et par les autres. Les conséquences en étaient considérables pour la
gestion des stocks et pour la gestion de la production en usine. En
fait, les informations étaient fausses non en raison de calcul, mais du
fait d’interprétations différentes. Le coût de ces conséquences était
considérable également… et répétitif. Cela a produit un scandale
lorsque nous les avons calculés. Le directeur général a dit : «Et ceci
dure depuis des années et personnes ne s’en doutait ! Et il a fallu que
ce soit un universitaire qui soulève ce lièvre. C’est un comble !».

2 - Les maladies de l’information de contrôle devraient être plus
nombreuses que les maladies de l’information de commande. Les scandales
dans les « institutions financières » des années 2008-2010 ont mis en
lumière les énormes défaillances des pratiques du contrôle.
3 - Dans certains cas ces maladies de l’information entraînent une
dégradation considérable des performances économiques de l’entreprise.
4 - Certaines de ses maladies résultent de la surabondance de
l’information (trop de graisse !). On parle alors de surcharge d’information
2
information overload / data overload2000).(Edmunds et Morris,
Nous y reviendrons en parlant de l’information d’anticipation.

2
Nous mentionnons les mots en anglais de telle façon que le lecteur puisse faire le lien
avec la bibliographie.

E
20■ÉDITIONGESTION DE L’INFORMATION - 2

5 - D’autres maladies de l’information sont plutôt des maladies
circulatoires. Parce qu’elles se situent surtout aux passages entre individus,
groupes et unités, ces maladies ont de fortes chances de passer
inaperçues, chacun étant persuadé de bonne foi que sa façon de voir est
partagée par tous… mais sans le vérifier. En revanche leurs effets, bien que
diffus et plus ou moins indirects, sont fortement pénalisants pour
l’entreprise. Le but de cet ouvrage est d’aider le lecteur à découvrir les
maladies de l’information de l’entreprise ainsi que certains de leurs remèdes.

L’information de fonctionnement est l’outil le plus basique de la
gouvernance d’une organisation. A lui seul, il ne saurait suffire.

§ 2. – information d’influence

encadré 1.4.

Exemples :
– pourles membres de l’entreprise,l’information d’influence
peut prendre la forme de bruits de couloirs, de notes de service, de
communication interne, de journal interne, de réunions, etc. ;
– pour les personnes extérieures, l’information d’influence peut
prendre la forme de publicité, de plaquettes pour les actionnaires, de
sponsoring, d’un catalogue produits destiné aux clients, de
démarche auprès d’une personnalité politique, etc.

A. – définition
L’information d’influence est celle dont la finalité est d’influer sur le
comportement des acteurs pertinents pour l’entreprise, que ces acteurs
soient internes (le personnel) ou externes (clients, concurrents…), afin
de les rendre aussi « coopérants » que possible. L’information
d’influence est également un outil de lagouvernance(Lesca, 2008).
L’influence peut être exercée vis-à-vis de l’intérieur de l’entreprise (ou
organisme), et/ouvis-à-vis de l’extérieur. Mais l’inverse existe aussi :
l’influence exercée, par les acteurs extérieurs, sur l’entreprise.

L’INFORMATION DE L’ENTREPRISE, C’EST-À-DIRE ?■21

Le mot « influence » doit être compris de deux façons, toutes deux
existant dans la pratique :
– Un sens positif et pas péjoratif : influer sur un acteur pour le
placer dans de bonnes conditions et faire en sorte que tout se passe au
mieux dans les relations de travail (avec le personnel) et d’affaires (avec
les clients).
– Un sens négatif et peu conforme à la morale,à l’éthique et à la
déontologie. Induire en erreur l’acteur visé et le tromper. Les exemples
sont de plus en plus nombreux depuis l’année 2007, ce que semblerait
illustrer des articles de presse telle que celui ci-dessous.

encadré 1.5.
Informations trompeuses ? Mensongères ? Fraudes ?

Dans les journaux on a pu lire notamment :

ODDO AM assigné pour information trompeuse
Marnier-Lapostolle a assigné le 16 septembre la société ODDO
Asset Management et sa maison mère ODDO & Cie pour
information trompeuse sur un fonds monétaire dynamique. En mai 2007, le
liquoriste a placé 1 million d’euros dans le FCP Cash Arbitrages,
qui lui avait été présenté, dit-il, comme peu risqué et investi dans
les obligations à court terme de la zone euro. Deux mois plus tard,
le fonds était dissous à la suite de la crise de liquidité sur le marché
de la titrisation américaine. Marnier-Lapostolle apprenait alors que,
«contrairement aux informations fournies par ODDO AM lors que
la souscription,l’actif était très fortement composé de produits
américains à risque». La société a donc introduit une assignation
pourdol(information trompeuse) devant le tribunal de commerce
de Paris afin d’obtenir la restitution du solde de son investissement
et la réparation du préjudice subi. L’autorité des marchés financiers
(AMF) a récemment transmis à ODDO le résultat des contrôles
qu’elle a menés dans cet établissement…
Marina Alcaraz, Philippe Guillaume et Nessim Aït-Kacimi,
Les Échos, 08/10/2008, p. 39.

E
22■ÉDITIONGESTION DE L’INFORMATION - 2

Goldmann Sachs attaqué pour fraude par la SEC…
[…] la (SEC)Securities and Exchange Commission[…]
Reproche à Goldmann Sachs d’avoirtrompé ses clientsau
bénéfice du fonds d’investissement Paulson and Co qui a fait sa récente
fortune en jouant sur la baisse des valeurs immobilières…
Virginie Robert,Les Échos, 19/04/2010, p. 28.

C’est la première fois que la SEC s’attaque à une banque
d’affaires de cette réputation (Goldmann Sachs) au prétexte qu’elle a
caché la dangerositéde certains instruments financiers à ses
clients […]
Mathieu Rosemain,Les Échos, 19/04/2010, p. 28.

Le scandale Goldmann Sachs arrive à point nommé pour la
réforme des marchés voulus par M. Obama.
Le dépôt d’une plainte pourfraudeà l’encontre de Goldmann
Sachs par la SEC,vendredi 16 avril 2010 […] L’accusation de
manipulation de ses clients pour les amener à investir dans des
titres dont Goldmann Sachs misait parallèlement sur leur
effondrement n’est pas neuve. La nouveauté est que cette conviction est
devenue plainte de l’État au pénal […] Si une transaction
intervient avec l’État c’est que Goldmann Sachs aura dû implicitement
reconnaître une faute […]
Sylvain Cypel,Le Monde, 20/04/2010, p. 13

Quand elle est tournée vers l’intérieur, vers les acteurs internes (les
personnels), l’information d’influence fait que l’entreprise n’est pas une
simple juxtaposition d’individus. L’information d’influence est le
ciment de la cohésion de l’entreprise et la source de cohérence de leurs
actions au travail. Par conséquent il est hors de question d’assimiler, le
mot « influence »,au « harcèlement moral ». Ce serait un contresens
total. Ici le mot signifie plutôt animation,stimulation, motivation,
coordination. Ainsi un chef d’entreprise utilisait une expression imagée
en déclarant :