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La fabrique de la finance

216 pages

Mobilisant une variété de cadres théoriques issus des sciences sociales, les auteurs, membres de l'Association des Études Sociales de la Finance, font le point sur quinze années de recherches interdisciplinaires. Ils proposent une perspective critique des représentations portées par le paradigme dominant de la finance contemporaine, en les confrontant aux réalités financières. À travers une étude fine de ses instruments, du fonctionnement de ses intermédiaires financiers et de ses institutions, ils analysent la fabrique de la finance : la structuration des dispositifs bancaires et financiers, leur capacité à prescrire l'action et à la contrôler, les modes et les pratiques de régulation mis en œuvre et, plus globalement, le processus de financiarisation. Ils s’adressent ainsi à toutes celles et tous ceux qui souhaitent mieux comprendre cet étrange et si puissant univers.


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Couverture

La fabrique de la finance

Pour une approche interdisciplinaire

Isabelle Chambost, Marc Lenglet et Yamina Tadjeddine (dir.)
  • Éditeur : Presses universitaires du Septentrion
  • Lieu d'édition : Villeneuve d'Ascq
  • Année d'édition : 2016
  • Date de mise en ligne : 8 août 2016
  • Collection : Capitalismes – éthique – institutions
  • ISBN électronique : 9782757414606

OpenEdition Books

http://books.openedition.org

Édition imprimée
  • ISBN : 9782757412701
  • Nombre de pages : 216
 
Référence électronique

CHAMBOST, Isabelle (dir.) ; LENGLET, Marc (dir.) ; et TADJEDDINE, Yamina (dir.). La fabrique de la finance : Pour une approche interdisciplinaire. Nouvelle édition [en ligne]. Villeneuve d'Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 2016 (généré le 16 août 2016). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/septentrion/8673>. ISBN : 9782757414606.

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© Presses universitaires du Septentrion, 2016

Conditions d’utilisation :
http://www.openedition.org/6540

Mobilisant une variété de cadres théoriques issus des sciences sociales, les auteurs, membres de l'Association des Études Sociales de la Finance, font le point sur quinze années de recherches interdisciplinaires. Ils proposent une perspective critique des représentations portées par le paradigme dominant de la finance contemporaine, en les confrontant aux réalités financières.
À travers une étude fine de ses instruments, du fonctionnement de ses intermédiaires financiers et de ses institutions, ils analysent la fabrique de la finance : la structuration des dispositifs bancaires et financiers, leur capacité à prescrire l'action et à la contrôler, les modes et les pratiques de régulation mis en œuvre et, plus globalement, le processus de financiarisation. Ils s’adressent ainsi à toutes celles et tous ceux qui souhaitent mieux comprendre cet étrange et si puissant univers.

Sommaire
  1. Remerciements

  2. Avant-propos. Pour une approche interdisciplinaire de la finance

    Isabelle Chambost, Marc Lenglet et Yamina Tadjeddine
  3. Introduction. Ce que la finance fabrique

    Olivier Godechot
    1. Approcher la financiarisation
    2. Une politique dépolitisante : l’institution des marchés
    3. Un nouveau régime de connaissance
    4. La systématisation de l’âpreté au gain
    5. Conclusion : l’avance de la finance
  4. Partie 1. Remise en cause du paradigme classique dominant

    1. Chapitre 1. Domestication sociologique d’un produit financier. Le cas des dérivés

      David Martin
      1. Reconquête sociologique de la finance par ses produits
      2. La domestication sociétale
      3. La domestication ethnographique
      4. Conclusion : la sociologie dans le miroir du produit financier
    1. Chapitre 2. Comment maîtriser le risque porté par les produits financiers ?

      Pierre de Larminat
      1. Les risques financiers, risques sociaux
      2. La maîtrise du risque dans un cadre stochastique
      3. Encastrement social des pratiques de réduction du risque
    2. Chapitre 3. Le service financier, un bien singulièrement social

      Yamina Tadjeddine
      1. La relation client institutionnel/société de gestion
      2. La qualité d’un service financier
      3. Des dispositifs non marchands nécessaire à l’échange et légitimer le service financier
    3. Chapitre 4. Imaginaires politiques et moraux des pratiques financières

      Horacio Ortiz
      1. Imaginaires politiques et moraux des méthodologies financières
      2. Légitimités et sens de la pratique financière professionnelle
      3. Conclusion : le quotidien de la pratique dans un espace global
  1. Partie 2. Analyse des dispositifs bancaires et financiers

    1. Chapitre 5. Les marchés boursiers juniors et les PME : une relation idyllique ? Le cas de l’Alternative Investment Market

      Valérie Revest
      1. Le modèle de l’Alternative Investment Market (AIM)
      2. Quelques indicateurs (relatifs) du succès de l’AIM
      3. Un premier bilan de l’impact de l’AIM sur les entreprises cotées
      4. Rôle(s) des marchés boursiers dédiés aux PME
      5. Une réflexion sur l’évolution des marchés boursiers juniors
    2. Chapitre 6. Travail institutionnel de justification dans la notation de crédit : la réaffirmation du pouvoir des agences

    1. Benjamin Taupin
      1. La paradoxale réaffirmation du pouvoir des agences de notation lors des crises
      2. Trois types de travail de maintien institutionnel
    2. Chapitre 7. Le rôle des analystes financiers dans la construction sociale de la valeur financière

      Isabelle Chambost
      1. Les analystes financiers institués garants de l’efficience informationnelle des marchés
      2. Une construction de la valeur, institutionnellement encadrée
    3. Chapitre 8. Force de travail et formation professionnelle dans les banques

      Marnix Dressen
      1. Introduction : un système atypique
      2. Une histoire particulière
      3. De la formation sur le tas aux business schools
      4. Conclusion : la recomposition
    4. Chapitre 9. Banques coopératives : une place sociale dans la finance ?

      Pascale Moulévrier
      1. Les banques coopératives dans le marché bancaire
      2. Des banquiers « coopératifs » ?
  1. Partie 3. Analyse des modes et des pratiques de régulation

    1. Chapitre 10. Structures et dispositifs de la finance responsable

      Élise Penalva-Icher
      1. Quelles pratiques pour l’ISR ?
      2. Interdépendances des acteurs hétérogènes de l’ISR : faire exister et fonctionner le marché
      3. La convention de l’ISR « vers la financiarisation de la responsabilité » : la construction sociale d’une qualité
    2. Chapitre 11. Déontologie financière et régulation des pratiques : un paradoxe redoublé

    1. Marc Lenglet
      1. Le paradoxe de la règle
      2. Dire la conformité des pratiques bancaires et financières
      3. Qualifier l’implicite
    2. Chapitre 12. La régulation financière : questions de point de vue

      Jacques-Olivier Charron
      1. Le bas de laine, horizon indépassable ?
      2. Trop puissants pour perdre
      3. Remettre l’objet dans le tableau
  1. Partie 4. Processus de financiarisation

    1. Chapitre 13. Les territoires de la finance, le cas parisien

      Yamina Tadjeddine
      1. La concentration ancestrale de la finance au cœur de la cité
      2. Financiarisation et envahissement de l’espace parisien
      3. La localisation des non-humains
    2. Chapitre 14. Les partenariats public-privé (PPP) : des justifications scientifiques et vulgaires entre besoin de financement et gouvernance microéconomique

      Géry Deffontaines
      1. Propriétés et fonctionnement d’un PPP : foncièrement, du financement sur projet d’actifs publics
      2. Le besoin de financement, versant politiquement vendeur du recours aux PPP
      3. Les justifications micro-économiques du recours à la finance : l’argument du contrôle
      4. Conclusion : de l’exigence de recourir à la finance, aux exigences de la finance
    3. Chapitre 15. Le tissage de notre vie quotidienne et de la finance

      Jeanne Lazarus
      1. La monétarisation
      2. La financiarisation de la vie quotidienne
      3. L’exclusion bancaire
      4. Le partage du risque
    4. Chapitre 16. Les ressorts de la domination financière. Le cas des LBO

    1. Isabelle Chambost
      1. De la sphère de la régulation à la sphère productive : les caractéristiques de cette domination
      2. Au cœur de la construction des dispositifs financiers : le champ de l’industrie financière du private equity
    2. Chapitre 17. Penser la finance comme rapport social : la gestion d’actifs, nouvelle arène du conflit capital-travail

      Sabine Montagne
      1. Une mise à distance structurelle
      2. Le projet politique : faire de la protection sociale grâce à l’accumulation financière
      3. L’épreuve de la vague d’OPA des années 1980
      4. Un pouvoir patronal très présent
  1. Postface

    Michel Aglietta
  2. Bibliographie générale

  3. Notices biographiques

Remerciements

L’étude des activités bancaires et financières est restée durant des décennies l’apanage des sciences économiques et de leurs déclinaisons gestionnaires. Ces activités ont ainsi été essentiellement analysées au prisme du paradigme dominant de la finance moderne. Construit à partir du postulat de rationalité prôné par la décision en univers risqué ainsi que de celui de concurrence pure et parfaite, ce paradigme sous-tend l’existence d’un équilibre unique sur les marchés financiers. L’efficience informationnelle et allocative de ces marchés est alors assurée par une modélisation des prix suivant une marche aléatoire (Fama, 1965) ainsi que par une modélisation du comportement optimal de sélection des titres financiers – le modèle d’évaluation des actifs financiers (Markowitz, 1952 ; Sharpe, 1964). Le prix donne ainsi la « vraie » valeur d’un titre financier, d’une entreprise ou d’un État et assure une répartition optimale des ressources.

Avant-propos. Pour une approche interdisciplinaire de la finance

Isabelle Chambost, Marc Lenglet et Yamina Tadjeddine

L’étude des activités bancaires et financières est restée durant des décennies l’apanage des sciences économiques et de leurs déclinaisons gestionnaires. Ces activités ont ainsi été essentiellement analysées au prisme du paradigme dominant de la finance moderne. Construit à partir du postulat de rationalité prôné par la décision en univers risqué ainsi que de celui de concurrence pure et parfaite, ce paradigme sous-tend l’existence d’un équilibre unique sur les marchés financiers. L’efficience informationnelle et allocative de ces marchés est alors assurée par une modélisation des prix suivant une marche aléatoire (Fama, 1965) ainsi que par une modélisation du comportement optimal de sélection des titres financiers – le modèle d’évaluation des actifs financiers (Markowitz, 1952 ; Sharpe, 1964). Le prix donne ainsi la « vraie » valeur d’un titre financier, d’une entreprise ou d’un État et assure une répartition optimale des ressources.

Lorsque les Études Sociales de la Finance virent le jour à la fin des années quatre-vingt-dix, les modèles décrits ci-dessus étaient les principaux référents dans les domaines académiques (notamment en termes d’enseignement) et professionnels. En France, seule l’économie hétérodoxe propose une lecture différente, en soulignant le rôle fondamental et récurrent des crises financières. À l’échelle macro-économique, l’École de la Régulation, notamment les travaux fondateurs de Michel Aglietta [1976] – que nous remercions d’avoir accepté de postfacer cet ouvrage – appréhende la finance comme une des formes institutionnelles du capitalisme qui s’insère dans des structures sociales et politiques fondant des régimes de régulation. Elle considère ainsi que la dynamique financière ne saurait être réduite à un équilibre issu de l’agrégation de comportements individuels et que les crises lui sont inhérentes. L’Économie des conventions avec les travaux d’André Orléan (1988), pointe à partir d’une lecture plus micro-économique la nature autoréférentielle de la valeur financière.

Les autres sciences sociales semblent, au XXe siècle, avoir déserté l’analyse des activités financières. La bourse fut pourtant un objet d’étude pour les humanités dès 1720, Montesquieu dénonçant déjà dans les Lettres persanes les agissements de John Law et ses dérives spéculatives. Au XIXsiècle, le développement des activités bancaires et financières et la récurrence des crises imposent la finance comme un objet d’étude incontournable pour les sciences sociales. Certains auteurs, notamment Marx, l’analysent au regard des structures sociales et politiques, alors que d’autres centrent leur analyse sur le comportement des acteurs financiers. Pierre-Joseph Proudhon publie en 1857 un Manuel du spéculateur à la Bourse dans lequel il décrit les comportements financiers. Max Weber écrit en 1894 deux textes devenus célèbres, regroupés dans le recueil Die Börse. En dévoilant le fonctionnement de la Bourse, il cherche à expliquer les comportements effectifs des banquiers et autres acteurs financiers, soulignant le rôle incontournable des marchés dans une économie capitaliste tout en pointant les dysfonctionnements afférents. Enfin, les travaux de Gustave Le Bon [1895] et de Gabriel Tarde [1901] prennent appui sur les paniques boursières pour appréhender le comportement des foules.

En France, cet intérêt ne se poursuivra pourtant pas au cours du XXsiècle, à l’exception de quelques travaux emblématiques. Ainsi, en 1963, Bourdieu, Boltanksi et Chamboredon analysent la relation nouée entre un banquier et son client, révélant la nature sociale du rapport des individus au crédit. Jean Labasse (1974) met en exergue l’influence des flux monétaires et financiers sur la structuration des territoires, tandis que Fernand Braudel (1979) souligne l’importance des structures financières et monétaires pour la compréhension des échanges marchands et le développement du capitalisme. Si les sciences sociales semblent déserter la finance, c’est non seulement parce que les objets d’étude privilégiés sont autres, mais aussi parce que les activités financières et bancaires sont encadrées par les autorités publiques et influencent moins les sphères économiques et sociales.

La donne va changer avec le processus de financiarisation qui débute dans les années soixante-dix et s’installe dans les années quatre-vingt-dix avec la construction de l’union monétaire européenne et l’explosion des marchés de produits dérivés. La finance est désormais durablement installée dans le monde économique mais également dans le quotidien des ménages. À cette date, pourtant, aucun programme de recherche en sciences sociales ne se met en place pour étudier ce processus. Le paradigme classique de la finance irrigue plus que jamais les choix en matière de politique économique et se fait dominant dans le monde académique, à l’exception des travaux de quelques économistes hétérodoxes.

Un ouvrage précurseur, The social dynamics of financial markets, coordonné par Adler et Adler, paru aux États-Unis en 1984 et s’inscrivant dans la sociologie économique, préfigure cependant, dans ce contexte de carence scientifique, les recherches pouvant être menées dans le champ de la finance. À la fin des années quatre-vingt-dix, de jeunes doctorants en sciences sociales – anthropologues, sociologues, économistes, gestionnaires, historiens, politistes, conscients de l’importance d’étudier la finance en tant que construction sociale – vont alors se réunir régulièrement dans le cadre d’un séminaire interdisciplinaire, puis créer l’Association des Études Sociales de la Finance (Social Studies of Finance Association, SSFA)1. Le présent ouvrage, qui réunit les contributions de certains de ses membres, témoigne de la manière dont se noue au sein de SSFA un dialogue interdisciplinaire (Grawitz, 2000 ; Lahire, 2012 ; Piaget, 1965) autour d’un objet circonscrit, permettant l’élaboration d’une pensée scientifique originale.

L’interdisciplinarité développée au sein de SSFA s’est construite à l’encontre de représentations quasi naturalisées de la finance et/ou autour d’un impensé consistant à appréhender la réalité de la finance dans son unité économique, sociale et politique. Cette volonté partagée de comprendre le fait financier s’est traduite par le recours à des démarches empiriques à même de déconstruire l’objet d’étude en s’affranchissant des présupposés le concernant (Haag et Lemieux, 2012). Elles permettent de penser autrement les pratiques, les interactions sociales et les structures qui font la finance : de la sorte, la finance ne se trouve plus abordée selon la perspective dominante de l’échange – ce que propose l’économie orthodoxe – mais bien davantage en faisant place à une vision de la finance comme véritable lieu, champ et système de production.

En tant que terrain d’étude, la finance rebute à juste titre le chercheur de sciences sociales. Si l’on appréhende relativement facilement ce que fabrique un constructeur automobile ou la manière dont fonctionne un hôpital, les productions de la finance et les moyens qui y sont mis en œuvre apparaissent de prime abord difficiles à cerner. La finance s’affiche, par ailleurs, comme un espace technique mobilisant un langage indigène difficilement compréhensible pour le profane. La finance fait enfin partie des cercles du pouvoir et de l’argent où la confidentialité voire le secret priment, et où l’observateur n’est pas a priori le bienvenu. Et pourtant, la finance peut constituer un terrain accessible, voire même accueillant et intelligible. Au même titre que les autres secteurs économiques, l’industrie financière est structurée autour d’une double division du travail (intra- et inter-organisationnelle), d’une hiérarchie professionnelle et sociale, et de nombreuses institutions. Elle est structurante dans sa capacité à façonner la vie sociale et économique, investissant des espaces matériels et suscitant des imaginaires partagés.

À ce titre, la fabrique de la finance peut être observée à travers différentes modalités – étude de documents statistiques, juridiques, articles de presse, réalisation d’entretiens, immersion dans des contextes professionnels, etc. Elle est également observable à différentes échelles, des algorithmes utilisés par les traders au phénomène de régulation, en passant par les pratiques quotidiennes ou les relations interindividuelles. Les auteurs ayant contribué à cet ouvrage ont ainsi étudié des terrains représentatifs de la réalité financière dans sa diversité : auprès des salariés (les traders, les sales, les gérants de portefeuille, les brokers, les analystes financiers, les conseillers clientèle des banques, les cotisants à la retraite par capitalisation), à travers l’étude d’instruments (des contrats, des montages financiers, des produits dérivés, des règles de marchés, des produits d’Investissement Socialement Responsables), dans les organisations en charge du placement de l’argent (société de gestion d’actifs, private equity, banques) ou produisant une information financière (les sociétés d’analyse financière, de brokerage, les agences de notation) et auprès d’institutions produisant des règles (État, collectivités territoriales, Autorité des Marchés Financiers).

Le séminaire SSFA permet que s’opère un passage des connaissances et des concepts entre les disciplines, obligeant le chercheur à poser des problèmes et à formuler des explications dans des termes accessibles à tous les participants. Depuis sa création en 1998, il rend possible la confrontation, l’échange de méthodes, la discussion de théories et de points de vue. Ainsi, la variété des cadres théoriques – sociologie économique, économie des conventions, anthropologie économique, sociologie néo-institutionnelle, sociologie du travail, géographie de la finance, sociologie du droit, école de la régulation, sociologie pragmatique, économie institutionnelle, philosophie des normes – a permis de nouer un dialogue, voire de provoquer des débats contradictoires autour d’un objet partagé par les participants de l’association. L’expérience de socialisation que constitue par ailleurs la participation au séminaire est à l’origine de la diffusion de concepts d’une discipline à l’autre, en soumettant ces derniers à une explicitation de leurs fondements épistémiques et leur appropriation par la critique. Elle a également conduit à la modification des intérêts de connaissance des participants.

L’interdisciplinarité a contribué à un renouvellement de l’analyse scientifique des marchés financiers et a proposé une posture critique de la finance présentée dans cet ouvrage. Cette posture se décline dans la remise en cause du paradigme classique dominant, et se traduit par un dévoilement du fonctionnement des dispositifs bancaires et financiers, de leurs modes de régulation, ainsi que du processus de domination financière. Penser autrement la finance nous a permis de construire un espace d’analyse et d’initier un débat public, bien avant celui ouvert par la crise financière de 2007. En 2015, les enjeux suscités par cette dernière ont largement participé à une certaine diffusion de la critique de la finance dans la société et dans les institutions académiques. Les membres fondateurs de SSFA ont aujourd’hui acquis une légitimité scientifique : les Études Sociales de la Finance s’inscrivent dans le paysage académique et différentes disciplines en sciences sociales commencent à appréhender ce domaine. À titre d’exemple, la géographie, l’anthropologie, la sociologie, notamment à travers le courant de la sociologie économique2 et le renouveau de la sociologie de l’argent, se sont ouvertes à l’étude de la finance et la gestion tend à l’aborder par un autre prisme que celui de la finance canonique. La critique de la finance n’en est qu’à ses débuts et a besoin de cette diffusion et de cette interdisciplinarité, si elle entend remettre la finance au service de l’économie.

L’ouvrage, introduit par Olivier Godechot et postfacé par Michel Aglietta, est structuré en dix-sept chapitres (ci-après : c. n°). Ces derniers sont regroupés dans des parties reprenant les quatre orientations critiques précédemment présentées :

  • La première partie, Remise en cause du paradigme classique dominant, confronte les réalités financières observées avec les représentations qu’en forgent les théories financières canoniques.
  • La deuxième partie, Analyse des dispositifs bancaires et financiers, étudie les modalités politiques de leur structuration, mais également la capacité de ces dispositifs à prescrire l’action et à la contrôler.
  • La troisième partie, Analyse des modes et pratiques de régulation, interroge la production des règles et la manière dont celles-ci infusent les institutions.
  • La quatrième partie, Processus de financiarisation, s’intéresse à la manière dont la finance assoit sa domination sur les différentes composantes de la société.

Cette partition a été construite sur la base de ce qui nous semble être la critique principale portée par chacun des contributeurs. Certains chapitres embrassent différentes critiques : par exemple, on trouvera une critique du paradigme de l’efficience des marchés dans d’autres parties que celle ayant nommément trait à cette question (Isabelle Chambost, c. 7 ; Jacques-Olivier Charron, c. 12 ; Sabine Montagne, c. 17). De même, l’analyse des modes et pratiques de régulation peut être utilement complétée par la lecture des chapitres de Benjamin Taupin (c. 6), Valérie Revest (c. 5), ou Sabine Montagne (c. 17). Ces quatre parties, et les chapitres qui les nourrissent, peuvent également être lus séparément.

Tableau n° 1 : Structuration théorique et analytique des chapitres•