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La responsabilité sociale de l'entreprise

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Description

L'entreprise a-t-elle des responsabilités autres que celle de faire du profit ? Dans la doctrine libérale, la réponse est clairement négative : l'entreprise ne peut se voir confier d'autres objectifs que la réalisation d'un profit maximum, ce qui, par la magie de " la main invisible du marché ", assure un optimum de prospérité économique et, donc, le meilleur bien-être possible de l'ensemble de la société.

Les scandales financiers récents remettent en cause cette doctrine libérale. Alors que les Etats tendent à s'effacer en tant qu'acteurs économiques, tous les regards se tournent actuellement vers l'entreprise, pour lui demander d'être socialement plus responsable. C'est à cette nouvelle obligation socio-économique de l'entreprise que cet ouvrage est consacré, sous forme d'hommage au professeur Roland Pérez.

De multiples aspects de la responsabilité sociale de l'entreprise sont abordés et discutés dans les quatre parties consacrées, pour la première, aux représentations financières et comptables de la responsabilité sociale de l'entreprise, pour la deuxième, à la responsabilité sociale de l'entreprise dans son environnement, pour la troisième, à la responsabilité sociale de l'entreprise comme mythe de l'entreprise-providence, et, pour la dernière, à de nouvelles approches théoriques de la responsabilité sociale de l'entreprise.

L'objectif général de l'ouvrage est de rendre compte des principaux débats qui portent à la fois sur les pratiques, les méthodes, les outils de la responsabilité sociale ainsi que sur le renouvellement des cadres théoriques et conceptuels qu'implique cette nouvelle conception de l'entreprise.

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Nombre de lectures 17
EAN13 9782847692419
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0150€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 1
LA RESPONSABILITÉ
SOCIALE DE L’ENTREPRISEla responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 2la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 3
LA RESPONSABILITÉ
SOCIALE DE L’ENTREPRISE
Mélanges en l’honneur du
professeur Roland Pérez
Sous la direction de
Frédéric Le Roy
Michel Marchesnay
Préface
Alain BURLAUD
3, chemin de Mondeville
14460 COLOMBELLESla responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 4
Le logo qui figure sur la couverture de ce livre mérite une explication. Son objet est d’alerter
le lecteur sur la menace que représente pour l’avenir de l’écrit, tout particulièrement dans le
domaine du droit, d’économie et de gestion, le développement massif du photocopillage.
erLe Code de la propriété intellectuelle du 1 juillet 1992 interdit en effet expressément la
photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit. Or, cette pratique s’est
généralisée dans les établissements d’enseignement supérieur, provoquant une baisse brutale
des achats de livres, au point que la possibilité même pour les auteurs de créer des œuvres
nouvelles et de les faire éditer correctement est aujourd’hui menacée.
© Éditions EMS, 2005
Nous rappelons donc qu’il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement sur
quelque support que ce soit le présent ouvrage sans autorisation de l’auteur, de son éditeur ou du
Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC) 3, rue Hautefeuille, 75006 Paris (Code de
la propriété intellectuelle, articles L. 122-4, L. 122-5 et L. 335-2).
ISBN : 2-84769-041-7la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 5
SOMMAIRE
Préface, Alain Burlaud ..................................................................................... 9
Avant-propos : L’apport de Roland Pérez aux
disciplines de gestion, Michel Marchesnay ....................................................... 13
Introduction générale, Frédéric Le Roy ......................................................... 19
Première partie
Les représentations financières et comptables de la
responsabilité sociale de l’entreprise
Introduction, Monique Lacroix .......................................................................... 25
Chapitre 1
Des principes comptables en
quête de leur principe, Yves Dupuy ............................................................... 29
Chapitre 2
Responsabilité sociale et reporting de la performance,
Serge Evraert et Monique Lacroix 37
Chapitre 3
Information financière et responsabilité sociale des entreprises,
Christian Hoarau et Robert Teller ................................................................ 47
Chapitre 4
Responsabilité sociale de l’entreprise et pilotage des performances,
Gérald Naro .................................................................................................. 59
Chapitre 5
La mesure de performance sociétale à l’aune de l’instrumentation
comptable et financière, Françoise Quairel ................................................. 73
Deuxième partie
La responsabilité sociale de l’entreprise dans son environnement
Introduction, Frédéric Le Roy ........................................................................... 91
Chapitre 6
La création de valeur par l’université :
une perspective partenariale, Gérard Charreaux .......................................... 95
Chapitre 7
Et si le marketing était éthique par définition ?
Jean-Pierre Helfer ........................................................................................ 107
Chapitre 8
Coopération, confiance et responsabilité vis-à-vis
du partenaire, Hervé Fenneteau .................................................................... 119
Chapitre 9
Gouvernance territoriale et responsabilité sociale, Colette Fourcade .......... 131la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 6
Chapitre 10
Entrepreneuriat endogène et milieu :
la construction sociale du marché, Pierre-André Julien ............................... 139
Chapitre 11
Les nouvelles approches de la concurrence et la responsabilité
sociale de l’entreprise, Frédéric Le Roy ....................................................... 149
Chapitre 12
Un système alimentaire socialement responsable
est-il un oxymore ?, Jean-Louis Rastoin ...................................................... 157
Troisième partie
La responsabilité sociale de l’entreprise
ou le mythe de l’entreprise-providence
Introduction, Florence Palpacuer et Amélie Seignour ...................................... 171
Chapitre 13
La responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) : discours lénifiant
et intériorisation libérale, une nouvelle pression institutionnelle,
José Allouche, Isabelle Huault et Géraldine Schmidt .................................. 177
Chapitre 14
Gouvernance : la faillite d’une approche, Laurent Batsch ........................... 189
Chapitre 15
Quelle gouvernance pour des entreprises
acteurs du développement durable ?, Julienne Brabet ................................. 197
Chapitre 16
Histoire, gouvernement d’entreprise et responsabilité
sociale de l’entreprise, Éric Godelier ........................................................... 205
Chapitre 17
L’horreur gestionnaire ? La schizophrénie du
discours entrepreneurial, Philippe Lorino .................................................... 219
Chapitre 18
Globalisation, firme-réseau et responsabilité sociale:
vers de nouvelles formes de régulation?, Florence Palpacuer .................... 233
Chapitre 19
Entreprises, arrêtez de vous dire
responsables… de tout !, Bernard Ramanantsoa ......................................... 243la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 7
Quatrième partie
De nouvelles approches théoriques de la
responsabilité sociale de l’entreprise
Introduction : de nouvelles approches théoriques de la
responsabilité sociale de l’entreprise, Claude Jameux ...................................... 251
Chapitre 20
Le chercheur, la gouvernance et le management de projet :
plaidoyer pour une réconciliation entre rêve et responsabilité sociale,
Jean-Pierre Claveranne, Didier Vinot .......................................................... 255
Chapitre 21
Sun Tzu et le gouvernement d’entreprise : un éclairage
précurseur sur le développement du capital humain et durable,
Gérard Hirigoyen .......................................................................................... 261
Chapitre 22
Responsabilité sociale de l’entreprise : retour en territoire
économique ou enjeu gestionnaire ?, Claude Jameux .................................. 271
Chapitre 23
La petite entreprise est-elle socialement
responsable ?, Michel Marchesnay ............................................................... 277
Chapitre 24
Gouvernement de l’entreprise : civilité et tolérance,
Yvon Pesqueux ............................................................................................... 291
Chapitre 25
La Gestion des Ressources Humaines peut-elle être
socialement responsable ?, Jean-Michel Plane ............................................ 297
Chapitre 26
Approche endogène : vers une responsabilité sociale
durable, supportable par l’entreprise ?,
Henri Savall et Véronique Zardet ................................................................. 305
Conclusion générale : des pistes pour l’avenir de la recherche
sur la « responsabilité sociale des entreprises », Michel Capron ..................... 315
Annexe 1 : Note biographique du professeur Roland Pérez ............................ 323
Annexe 2 : Biographie détaillée du professeur Roland Pérez .......................... 325
Annexe 3 : Les publications et principaux travaux
du professeur Roland Pérez (1962-2004) .......................................................... 331
Les auteurs ....................................................................................................... 345la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 8la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 9
Préface
Alain Burlaud
Roland prend sa retraite! Invraisemblable. Autant annoncer un
changement des lois de la physique. C’est comme si la loi de la
conservation de l’énergie, dont tous ont pu observer la réalité sur le cas de
Roland, allait ne plus s’appliquer à partir de l’été 2003 ! Et pourtant…
Ses amis se sont tout de même réunis pour fêter un retrait, une retraite
qu’ils regrettent.
1Lorsque Michel M. , l’ami de toujours de Roland, m’a proposé de
faire l’avant-propos des « Mélanges Pérez », car lui se chargeait de
l’illustration, j’ai accepté tout en redoutant la difficulté de l’exercice.
C’est plus personnel qu’un article ; en parlant d’un ami de trente ans,
on le juge, même si c’est de façon implicite, et on lui donne à juger
l’auteur de ces lignes à travers le jugement ou le regard que ce dernier
porte sur lui. Il y a là le germe d’une zizanie ! Mais nous savons tous,
dans la petite tribu des enseignants de gestion, qu’il n’y a pas matière
à dire beaucoup de mal de Roland, même si la médisance est un de nos
plaisirs les plus prisés. Le risque était donc limité. En revanche,
encenser un collègue, est-ce bien crédible ? Cela présente-t-il un intérêt pour
le lecteur issu de la tribu ? Non, évidemment !
Finalement, j’ai pensé qu’il serait plus utile d’écrire pour les
petitsenfants de Roland, Anna, Marie et Antoine, pour l’instant, et en
attendant les autres. Tous seront sûrement heureux qu’on leur parle de leur
grand-père maternel, tel qu’il était avant d’être grand-père à plein
temps. Les collègues sont priés de ne pas poursuivre la lecture de cet
avant-propos qui ne leur apprendra rien.
Chers enfants, qui était donc ce grand-père Roland avant qu’il ne
soit grand-père ? Tout d’abord, il faut que vous réalisiez qu’il a eu une
autre vie avant votre naissance. C’était déjà un homme de petite taille,
1. Sans lien connu avec Catherine M. ! Cette dernière a connu des succès littéraires que Michel M.
pourrait lui envier mais elle n’a jamais écrit en sciences de gestion.la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 10
10 LA RESPONSABILITÉ SOCIALE DE L’ENTREPRISE
qui parlait toujours très vite, pas très fort et qui bougeait tout le temps.
Il restait rarement plus de dix minutes au même endroit, car il avait une
nouvelle idée et un nouveau projet toutes les deux minutes. En restant
dix minutes, il en perdait donc déjà quatre et non cinq comme on serait
tenté de le penser un peu rapidement. Pour lui, c’était terrible ! Cette
activité débordante conduisait parfois à des échecs, mais rien n’altérait
l’optimisme et l’enthousiasme de Roland. Il fallait qu’il concilie
constamment le bouillonnement de son sang méditerranéen avec la rigueur
germanique de Helga, votre grand-mère maternelle, qui s’est tant
dépensée pour bien l’élever. Sur ce point, les thèses des fixistes et des
évolutionnistes s’opposent. Certains pensent que l’attrait pour la
rigueur germanique préexistait et a contribué à le faire succomber aux
charmes d’Helga alors que d’autres pensent que Helga lui a fait
découvrir la rigueur germanique et aurait ainsi contribué à son éducation. Je
vous laisse le soin de trancher.
Pendant environ quarante ans, votre grand-père a été professeur. Il
n’avait aucune trace de sévérité mais avait déjà toutes les
caractéristiques d’un très jeune grand-père pour ses élèves et ses jeunes
collègues. Son plus grand plaisir était de les voir réussir. Il leur enseignait
la comptabilité, la finance d’entreprise, la stratégie et, vers la fin de sa
2carrière, il s’intéressait aux relations de pouvoir dans les entreprises .
Pour en savoir plus sur tous ces aspects, vous pouvez feuilleter ou
même lire les livres et articles de votre grand-père. Si vous les lui
demandez, il sera certainement très ému car il aura la modestie de ne
pas vous les proposer de lui-même. Ce sera d’ailleurs également
l’occasion pour lui de ranger un peu ses nombreux papiers, ce qui fera
aussi plaisir à Helga. Au total, c’était donc un professeur très respecté
et très sérieux mais… qui ne se prenait pas au sérieux.
Votre grand-père a toujours aimé diriger sans commander. Et c’est
ainsi qu’il arrivait en douceur à ses fins. Quand il est devenu
professeur des universités et qu’il a été nommé à Amiens, il fut rapidement
élu directeur de l’Institut d’Administration des Entreprises (IAE) puis,
président de l’Université d’Amiens (le plus jeune président
d’université de France, à l’époque). Là, je m’arrête un moment pour vous dire
qu’il a connu une gloire nationale. Il fut une sorte d’Astérix en lutte
contre la secrétaire d’État aux Universités, une certaine Alice
Sauniere2. Ce que vers la fin du XX siècle on s’est mis à appeler la « gouvernance ». Roland en a d’ailleurs
fait le titre de son dernier ouvrage. Mais, pour ma part, je trouve que le mot est disgracieux et pourrait
etomber en disgrâce à force d’être galvaudé par les politiciens du début du XXI siècle, qui n’ont plus que
ce mot pour désigner à tous les maux. Tout ce qui ne va pas est dû à une mauvaise « comprenance » des
problèmes de « gouvernance »…la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 11
PRÉFACE 11
Seïté. Bien sûr, c’est Roland qui a gagné ce combat politique ! Puis il
a été directeur adjoint du cabinet d’un secrétaire d’État aux
enseignements technologiques, Roland Carraz, directeur de l’Institut
Agronomique Méditerranéen à Montpellier, conseiller de nombreux
ministres de l’Éducation Nationale, président du Groupe technique
disciplinaire chargé de refondre les programmes scolaires en économie et
gestion, etc. Ce qui est étonnant, c’est qu’il ait eu autant de pouvoir
sans jamais l’avoir cherché et sans jamais en abuser.
Chers enfants, je ne voudrais pas être trop long mais il faut que vous
sachiez que si votre grand-père fut plus qu’un fonctionnaire, fut un
grand serviteur de l’État, c’est qu’il était inflexible sur quelques
principes fondamentaux et qu’il le sera toujours. Je dois donc m’exprimer
au présent. Votre grand-père est un humaniste, c’est-à-dire quelqu’un
qui place l’Homme au-dessus de tout. C’est aussi un vrai républicain
car il place la chose publique (res publica) au cœur de ses
préoccupations. Il a totalement fait sienne la devise de la République en
défendant la ou les libertés, en luttant pour l’égalité des droits et en se
montrant toujours fraternel. Tout ça, vous avez pu le constater vous-mêmes
mais, maintenant, vous savez que ça ne date pas d’hier et cela vous est
confirmé par un étranger à la famille, ce qui donne plus de crédibilité
au propos. J’espère que ces valeurs vous paraîtront toujours banales et
évidentes. Ce sera le signe que vous vivez dans un monde en équilibre
et en paix. Mais, votre grand-père, né en 1941 près d’Oran, a vécu des
moments où elles étaient menacées. Il n’a pas connu les années
terribles de la guerre d’Espagne (1936-1939) et, à ma connaissance, pas
vraiment non plus celles de la Seconde Guerre mondiale ; mais leur
souvenir a évidemment baigné son enfance. Il s’en est fallu de peu
qu’il ne « fasse » la guerre d’Algérie lorsqu’il devint un jeune homme.
Il a donc eu une conscience aiguë de la fragilité des valeurs
républicaines, ce qui explique qu’elles aient été si chères à son cœur.
Pour terminer, chers enfants, il faut que je vous avoue que, mes
collègues et moi, vous nous privez du grand plaisir de continuer à voir
votre grand-père Roland évoluer comme un poisson dans l’eau dans son
milieu professionnel. Je ne sais pas si vous mesurez la force de votre
pouvoir. À part vous, je ne crois pas que quelqu’un ou quelque chose
aurait pu mettre un terme avant terme à la vie professionnelle de votre
grand-père, car il aurait pu attendre encore un peu avant de prendre sa
retraite. Il a fait son dernier cours en janvier 2003, sans regret, et s’est
payé le luxe de demander de février 2003 à juin de la même année un
« congé de conversion thématique ». On aurait pu penser qu’il allait
abandonner la gestion pour se lancer dans l’étude de quelque autre
discipline ou préparer un énième article. Eh bien, non ! Dès les premiersla responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 12
12 LA RESPONSABILITÉ SOCIALE DE L’ENTREPRISE
jours de février 2003, il m’a envoyé un message pour me dire qu’il était
allé voir Anna à Mulhouse. Puisque tel est son choix, tous ses collègues
et amis lui souhaitent la plus belle des retraites et n’excluent pas de se
faire pistonner auprès de vous, les petits-enfants, pour que vous nous
l’envoyiez de temps en temps parler du bon vieux temps.la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 13
Avant-propos :
L’apport de Roland Pérez aux disciplines de gestion
Michel Marchesnay
Alain Burlaud nous a présenté le côté humain de Roland Pérez ; je
vais pour ma part m’attacher, non au côté inhumain (!), mais à
l’universitaire qui a contribué, non seulement à la défense, mais au
développement des disciplines de gestion.
Je vais tout d’abord évoquer un temps que, pour paraphraser la
chanson « les moins de... ans ne peuvent pas connaître ». « En ce temps
là », comme dit la parabole, c’est-à-dire au début des années 1960,
l’Université n’avait pas encore accouché des sciences de gestion.
L’Alma Mater en était encore à sevrer les sciences économiques, et, il
faut bien l’avouer, les économistes (on pourrait dire: déjà!) ne
voyaient pas d’un bon œil cette nouvelle discipline « qui formait des
comptables et des vendeurs ». Le côtoiement avec l’ENSET (qui ne
s’appelait pas encore ENS de Cachan) et l’agrégation des TEG qui
venait d’être créée (et qui ne s’appelait pas encore agrégation
d’Économie & Gestion) s’avérait quasi-conflictuel: passer «l’agrèg du
secondaire », c’était, dans ces temps primitifs, faire une croix sur une
carrière universitaire (j’en fus personnellement dissuadé... y compris
de faire une thèse « gestionnaire »). De son côté, Cachan se révélait
aussi rigide en ne favorisant pas les doubles cursus.
C’est à l’honneur de Roland de s’être libéré de ces anathèmes
(lui-même expliquerait comment) en menant en parallèle plusieurs
cursus. Ainsi en une seule année (1965) il passait avec succès
l’agrégation des TEG, le DES de sciences économiques, le CAAE et un
certificat supérieur de l’expertise comptable. Le bagage technique et
scientifique du personnage est impressionnant. Cela l’a amené, dans la
foulée de sa thèse de doctorat (soutenue en 1970) à l’agrégation de
Sciences Économiques et de Gestion (où l’option sentait encore le
soufre...), étant ainsi le premier collègue à passer successivement
l’agrégation des TEG, puis celle de l’enseignement supérieur,
itinéraire qui sera ensuite suivi par nombre de nos éminents collègues.la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 14
14 LA RESPONSABILITÉ SOCIALE DE L’ENTREPRISE
Avant d’aborder l’apport de Roland à la recherche, faut-il rappeler
qu’il a été, à plusieurs reprises, un gestionnaire de terrain : présider
une université (celle d’Amiens de 1973-78 ; il était à l’époque le plus
jeune président d’université de France), diriger un centre
international (l’Institut Agronomique Méditerranéen, de 1986 à 1996), cela
exige des qualités de manager qu’envieraient bien des entreprises
privées !
Je passerai également sur sa connaissance intime des milieux
académiques, des institutions qui les composent et des acteurs qui les
animent. En particulier pour l’enseignement de nos disciplines pour
lesquelles, à plusieurs reprises, il a joué un rôle majeur (ainsi en
définissant un programme de développement, via notamment la création
d’écoles universitaires de gestion, en 1984 ou, plus récemment, en
animant la mission ministérielle sur ces disciplines) : son rapport,
remis en 1999 à la Direction de l’Enseignement Supérieur, est
incontournable.
Venons-en à son apport scientifique, dont je trouve personnellement
que Roland ne le met pas assez en relief, sans doute par excès de
modestie.
Ses « travaux de jeunesse », au cours des années 1960, portent sur des
thèmes variés (contrôle budgétaire, analyse des investissements, fonds
de roulement, etc.) ; ils marquent déjà un double souci de rigueur
d’analyse et d’opérationalité qui caractérise les sciences de gestion. Ainsi,
dans ses travaux précurseurs sur le fonds de roulement dynamique,
effectués à l’occasion d’un stage d’expertise comptable, il montre la
filiation avec la théorie du bilan dynamique de Schmalenbach.
Un des apports importants de Roland est constitué par son analyse
de l’endettement des firmes, à la fois dans sa thèse (soutenue en 1970),
et dans ses recherches menées pour le Commissariat au Plan dans
l’équipe du professeur Tabatoni, au Centre d’Économie Industrielle de
l’ISEA. Roland a le grand mérite d’y marier les techniques d’analyse
financière avec les apports (à l’époque peu connus) de la « finance
moderne » et avec l’étude concrète des comportements d’endettement.
Dès cette période (fin des années 1960), il marque ses distances avec
les approches trop axées sur la finance de marché, réfutant les
hypothèses de Modigliani & Miller (un autre MM) sur la neutralité des
structures financières.
Comme bien souvent, la thèse complémentaire, Grande entreprise,
secteurs et allocation du capital, soutenue début 1971, est encore plus
personnelle. Roland y montre comment les grandes firmes, constituées
en groupes, procèdent à des allocations internes de financement, se
substituant au marché financier : est-il besoin de souligner l’actualitéla responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 15
AVANT-PROPOS 15
de ce problème et la continuité de vue de l’auteur, puisque, au travers
de la gouvernance, il revient, trente ans plus tard sur le sujet ?
L’apport qui nous est le plus proche, car il est parti d’une initiative
commune, a résidé dans le développement de la recherche en
économie industrielle et d’entreprise, avec l’aventure de l’ADEFI, créée en
1975, à partir d’une rencontre avec Yves Morvan qui partageait nos
préoccupations. On aura, pour les plus jeunes, quelque difficulté à se
rendre compte de l’effet de levier sur la recherche en gestion
occasionné par une association, libre de toute contrainte institutionnelle ou
idéologique (si ce n’est par contraste avec des courants plus
conservateurs), seulement préoccupée de la promotion de la recherche et des
chercheurs, multipliant les rencontres (dont les « fameuses » journées
nationales de Chantilly de 1975 à 1981) et les publications. L’ADEFI
fut à la base des analyses de groupes, de filières, de régions, en un mot,
de la mésoanalyse, instituant un paradigme d’analyse industrielle « à la
française », largement libéré du carcan nord-américain.
Par la suite, l’ADEFI contribua à la création de la Revue
d’Économie Industrielle et encouragea également la création de la série
« Sciences de gestion » par Henri Savall, proche de François Perroux,
comme l’a été également Roland. Mais peu savent ou se souviennent
que nombre d’associations disciplinaires furent créées avec l’appui de
l’ADEFI, notamment l’AFFI dont Roland fut l’un des fondateurs (en
1978, avec Richard Zisswiller et Michel Levasseur) à partir du groupe
« finances » qu’il animait à l’ADEFI.
On sait que Roland ne s’est pas contenté de se cantonner dans la
Raison pure ; il s’est frotté, non seulement à la Raison pratique, mais
aussi à la Praxis des groupes industriels ; ainsi, il a participé à la
restructuration d’un site de machines-outils en 1982 et a été plusieurs
années membre du conseil d’administration de Péchiney, à l’époque
nationalisée. Il en a tiré un élargissement de ses centres d’intérêt,
notamment sur l’articulation entre technologies et gestion (comme en
témoigne l’atelier « productique et gestion » qu’il a créé et animé de
1984 à 1989) et sur l’analyse des stratégies de compétitivité dans leurs
diverses dimensions, notamment sociales, thème qui reste l’une de ses
préoccupations majeures.
Avec son entrée dans le monde de l’agroalimentaire, son intérêt pour
l’étude des groupes a pris une spécificité sectorielle et une dimension
internationale. À partir de la base de données AGRODATA de l’Institut
Agronomique Méditerranéen et du réseau «Agropolis Stratégies»
qu’il anime avec Jean-Louis Rastoin, il va procéder à des analyses
stratégiques et financières sur les multinationales alimentaires et, tout spé-la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 16
16 LA RESPONSABILITÉ SOCIALE DE L’ENTREPRISE
cialement, sur le groupe Danone, dont il peut être considéré comme
«le» spécialiste. Il dirige par ailleurs plusieurs programmes sur les
industries, les firmes et les cultures d’entreprises en région
méditerranéenne (notamment sur la Turquie et la Méditerranée orientale). Ses
travaux lui valent d’être docteur honoris causa ou membre
d’institutions académiques de plusieurs pays de la Région.
Depuis son retour à l’Université, Roland, tout en restant très
impliqué au plan institutionnel, tant au niveau national (comme chargé de
mission pour les disciplines de gestion à la direction de l’enseignement
supérieur) qu’au plan local (à la direction de l’École doctorale «
Économie & Gestion ») a monté et animé, au sein de l’ERFI, un groupe de
recherches sur « les stratégies industrielles et financières ». Ce groupe
ERFI-SIF a développé deux programmes complémentaires, l’un sur
« management de la compétitivité et emploi » (conçu avec Julienne
Brabet), l’autre sur « la gouvernance ». Sur le premier thème, Roland,
fidèle à ses principes de travail, a conduit plusieurs études de terrain
(Perrier, Danone, etc.) et achève actuellement un ouvrage collectif de
synthèse. Sur le second thème, il a été à l’origine de plusieurs actions :
création d’un réseau-forum (au plan national avec Michel Capron et
Françoise Quairel, sur le thème: «gouvernance, performances et
développement durable »), conduite d’une recherche collective dans le
cadre d’un appel d’offres du Plan, organisation d’une Université
européenne d’été, etc.
Ces activités diverses et variées, dont chacune occuperait à elle seule
bien d’entre nous, se sont, par ailleurs, toujours accompagnées
d’actions de formation, au-delà de l’enseignement proprement dit, aussi
bien des enseignants du secondaire (dont il a réformé le concours
d’agrégation d’Économie & Gestion et présidé le jury en son temps)
que des universitaires, puisqu’il a aussi bien réformé le concours
d’agrégation « externe » en Sciences de Gestion, que fait créer celui dit interne ».
Faut-il ajouter que, tout au long de cette « Guerre de Trente ans »,
depuis qu’il est professeur d’Université, il a encadré plusieurs dizaines
de thèses de doctorats et autant de thèses de master of science à
l’IAM. : nombre de ses anciens élèves sévissent aussi bien dans le
monde universitaire que dans l’économique, en France et à l’étranger.
Désormais allégé de ses charges institutionnelles et pédagogiques,
Roland va certainement trouver de nouvelles occasions de manifester
son hyperactivité. Au plan scientifique, cela s’est déjà traduit par
plusieurs publications nouvelles : un ouvrage à la Découverte, des
contributions dans la RFG, dans l’encyclopédie de la GRH, dans diversla responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 17
AVANT-PROPOS 17
ouvrages collectifs, etc., voilà des indices annonciateurs d’une «
fausse sortie » à la Maurice Chevalier. On sait que le philosophe Gadamer
a publié, à 65 ans, un ouvrage considéré comme fondamental. Cela
laisse le temps à Roland pour, à la fois, s’occuper de ses proches (ainsi
que l’y incite Alain Burlaud) et nous faire bénéficier de son expérience
de bâtisseur d’une science de gestion au service de l’homme.la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 18la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 19
Introduction générale
Frédéric Le Roy
L’observateur attentif des pratiques et des discours managériaux ne
peut se départir d’un sentiment de « déjà vu » quand il interroge le
concept de responsabilité sociale de l’entreprise. Taylor se présentait
déjà, dès le début du siècle dernier, comme un humaniste, animé par
l’idée de satisfaire à la fois les ouvriers, les dirigeants et les
actionnaires, grâce à la mise en place des nouvelles techniques de production.
De la même façon, plus ou moins volontairement, Ford assurait à la
fois sa satisfaction, celle de ses salariés et celle de ses clients en
mettant en place le travail à la chaîne. Il permettait à la fois
l’enrichissement matériel de ses ouvriers et la démocratisation de la
consommation de ses produits par l’abaissement continu des coûts de revient.
Dans cette perspective, l’entreprise privée est, depuis la première
révolution industrielle, l’institution fondamentale du capitalisme, celle
qui permet l’accroissement continu des richesses et l’élévation générale
des niveaux de vie dans les pays développés. L’effondrement du
communisme a, semble-t-il, fait disparaître toute alternative à cette
institution, au point que remettre en cause le capitalisme et l’entreprise
privée ne figure plus que dans des programmes politiques marginaux.
Le paradoxe est que ce triomphe de l’entreprise privée a augmenté
de façon considérable les attentes à son égard. Renoncer à organiser
une économie de façon centralisée et planifiée, reconnaître que la
« main invisible » du marché est le meilleur mode d’allocation des
ressources pour développer les économies, va de pair avec une plus
grande attention portée aux comportements des entreprises et à
l’impact de ces comportements sur la société.
Reconnue comme l’institution fondamentale du capitalisme,
l’entreprise ne peut plus uniquement se vivre et se penser relativement à la
sphère restreinte de l’économique. Elle devient l’objet d’une attente
croissante, tout d’abord, des acteurs présents en son sein, soit de ses
salariés, puis des acteurs avec lesquels elle est en relation directe, soitla responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 20
20 LA RESPONSABILITÉ SOCIALE DE L’ENTREPRISE
les « parties prenantes » et, enfin, de l’ensemble des acteurs de la
société. Dans cette perspective, elle doit à la fois satisfaire des besoins
de nature économique, soit assurer la prospérité matérielle de ses
membres, des parties prenantes et de la Société, satisfaire des besoins
de nature psychologique, soit permettre aux individus qui la
composent de satisfaire leurs besoins supérieurs, comme la réalisation de soi,
et satisfaire des besoins de nature sociologique, soit participer de la vie
des différents groupes sociaux qui sont en relation directe et indirecte
avec elle.
Les critiques contemporaines à l’encontre des entreprises sont donc à
la mesure des attentes qu’elles suscitent. Ces attentes et critiques se
concrétisent par des concepts différents selon les époques. Dans les
années 1980, le management à la japonaise promettait la réconciliation
des salariés et de l’entreprise à travers des programmes comme la
Qualité Totale ou le Juste à Temps. L’échec du management participatif
conduisait à tenter de définir, dans les années 1990, une éthique de
l’entreprise, puis le concept de l’entreprise citoyenne, en passant par la
définition d’un nouveau contrat social centré sur « l’employabilité ».
Le concept de responsabilité sociale est donc l’expression
contemporaine, et sans doute éphémère, d’une attente qui elle ne l’est pas : la
satisfaction des aspirations de toutes les parties prenantes de
l’entreprise. Le débat porte sur la façon d’obtenir cette satisfaction. La
« découverte », par les économistes et, plus particulièrement par Stuart
Mill, de l’homme économique est le point de départ de ce débat. Pour
les Classiques, l’homme économique n’est pas l’homme social.
Contrairement à cet homme social qui ne peut se penser
indépendamment des autres, qui doit maintenir un équilibre volontaire entre ses
intérêts et ceux des groupes auxquels il appartient, l’homme
économique a pour principale vertu son égoïsme.
C’est son égoïsme, son absence délibérée de prise en compte des
intérêts d’autrui, qui le conduit aux meilleurs choix d’allocation de
ressources, qu’il soit consommateur ou producteur. Grâce à ces
meilleurs choix individuels et par la magie de la « main invisible », la
prospérité des membres de la Société économique, et par extension, de
l’ensemble de la société, est supérieure à celle qui serait obtenue si
l’homme économique faisait preuve d’altruisme. La responsabilité
sociale d’un homme économique est donc d’être égoïste. A contrario,
un altruiste, dans le domaine économique, est un irresponsable.
C’est cette conception qui est régulièrement réaffirmée à la fois par
les économistes et les politiques qui font du libéralisme économique le
fondement de la prospérité des nations. C’est également cette concep-la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 21
INTRODUCTION GÉNÉRALE 21
tion qui est régulièrement critiquée par les partisans d’une autre voie.
Cette autre voie peut être complètement radicale et reposer sur la
dénonciation de l’égoïsme de l’homme économique, pour proposer de
fonder l’activité économique sur l’altruisme. Il s’agit, comme
l’affirmait notamment Lénine, de « tuer le petit capitaliste en chacun d’entre
nous » et, sur cette base, de construire un système économique
complètement collectif.
L’échec patent de cette critique radicale conduit à proposer une
troisième voie, intermédiaire entre l’égoïsme total et assumé, et l’altruisme
tout aussi total et assumé. Cette troisième voie revient à ne plus
dénoncer l’égoïsme en tant que tel, mais à considérer qu’il ne peut plus être
le seul critère de décision économique. Précisément, une entreprise
socialement responsable est celle qui, au moment de ses décisions,
intègre à la fois ses intérêts et ceux de la Société dans laquelle elle évolue.
C’est à cette troisième voie qu’est consacré cet ouvrage, dans la
perspective de rendre hommage à l’un de ses principaux promoteurs et
défenseurs dans le domaine des Sciences de Gestion, le Professeur
Roland Pérez. La particularité du Professeur Pérez est non seulement
d’avoir affirmé avec force la validité de cette prise en compte
d’intérêts d’acteurs différents lors de la prise de décision, mais de l’avoir
pratiquée lui-même dans le cadre des multiples responsabilités qu’il a
pu exercer. À l’heure de la retraite, au-delà des actions spécifiques
qu’il a pu mener, c’est sans doute le principal héritage qu’il lègue à la
génération suivante, soit l’exemple d’un décideur capable
effectivement d’accorder des points de vue différents, sans négliger le sien,
pour aboutir à des décisions collectivement constructives. En cela, le
Professeur Pérez a appliqué une conception des rapports humains
antérieure à celle du capitalisme, qui était notamment celle des bâtisseurs
de cathédrales, fondée sur une fraternité qui ne néglige aucun de ses
membres. Peut-on transposer cette conception dans le monde de
l’entreprise moderne ? C’est à cette question que tentent de répondre
les différentes contributions présentées dans cet ouvrage.
Dans cette perspective, les réflexions des différents auteurs qui ont
souhaité contribuer à ces mélanges sont regroupées en quatre parties. La
première partie est composée d’articles qui portent sur les
représentations comptables et financières de la responsabilité sociale de
l’entreprise. Il y est notamment montré la difficulté de quantifier ce concept et
ses implications pour l’ensemble du système de contrôle de l’entreprise.
La deuxième partie est composée d’articles qui portent sur la
responsabilité sociale de l’entreprise par rapport à l’ensemble des acteurs de son
environnement, que ce soit les clients, les concurrents, le territoire, le
milieu dans lequel elle s’insère, etc. Dans la troisième partie, la ques-la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 22
22 LA RESPONSABILITÉ SOCIALE DE L’ENTREPRISE
tion de la responsabilité sociale de l’entreprise est mise en relation avec
la crise du capitalisme, ce qui conduit à tenter de redéfinir à la fois les
règles de gouvernement et les attentes vis-à-vis de l’entreprise. Enfin,
les contributions de la quatrième partie tentent de proposer de
nouvelles voies de recherche pour développer des analyses innovantes sur ce
problème de la responsabilité sociale de l’entreprise.la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 23
PREMIÈRE PARTIE
Les represéntations financières et comptables
de la responsabilité sociale de l’entreprisela responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 24la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 25
Introduction
Monique Lacroix
L’information sur la responsabilité sociale de l’entreprise par la
publication d’indicateurs sociaux et environnementaux ne répond pas,
pour l’instant, aux propriétés de pertinence et de fiabilité nécessaires à
la reconnaissance d’une information comptable. L’absence de
garanties concernant la comparabilité et le caractère significatif de
l’information constitue à l’heure actuelle leur point faible. Ceci reflète les
difficultés d’apprentissage d’un nouveau reporting, celles des
instances de normalisation, mais aussi celles des entreprises qui peuvent
s’interroger sur l’utilité et la compréhension de ces informations par
les analystes et l’ensemble des partenaires sociaux. Même si des
orga1nismes tel que le GRI ont déjà suggéré des principes et pratiques pour
la production de rapports sur le développement durable et des
recommandations de contenu, une certaine confusion semble caractériser
l’élaboration de ces données.
Par ailleurs, le malaise endogène des systèmes d’information
comptable, lié à la dualité permanente de la mission conférée aux
nombres comptables (informations des tiers vs indicateurs de pilotage)
compliquent encore le champ d’investigation dans le domaine de la
mesure de la performance sociétale des entreprises. Derrière des
indicateurs sophistiqués de mesure de la responsabilité sociale se cachent
des choix théoriques et idéologiques.
On ne peut fournir aux marchés (financiers) des données de type
sociétal sans un retour à l’essence même de la création de valeur par
les entreprises. Les contributions présentées se situent bien dans ce
débat fondamental des Sciences de Gestion. Cette nécessité d’une
vision globale du phénomène et le problème générique de la
représen1. GRI : la Global Reporting Initiative est une institution internationale privée, dont la mission est la
diffusion de lignes directrices pour la publication des rapports environnementaux et sociaux, afin de
trouver « un niveau de comparabilité, de rigueur et de vérifiabilité comparable à celui du reporting financier ».la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 26
26 LA RESPONSABILITÉ SOCIALE DE L’ENTREPRISE
tation de la responsabilité sociale des entreprises émergent des cinq
réflexions présentées ci-après.
Yves Dupuy rappelle que l’ancrage des représentations comptables
réside dans la mesure monétaire des transactions marchandes et dans
l’enregistrement de leurs conséquences supposées sur la création et le
stockage de valeur par les organisations ; mais au vu des dérives de
comptabilité créative dont la presse s’est fait écho ces quelque
dernières années, il s’interroge sur l’opacité et/ou l’ambiguïté de
représentations pourtant établies selon des principes aussi vertueux que la
régularité, la sincérité, voire la fidélité.
L’édifice vacille aujourd’hui, par l’effet conjugué de la
mondialisation et de la perte de confiance dans la sécurité financière des
informations publiées. Le respect des règles et l’élargissement de l’information
produite à destination d’un nombre croissant de partenaires posent
simultanément un problème de pertinence et de fiabilité. Serge Evraert
et Monique Lacroix évoquent les risques de conflits entre des sources
distinctes de reporting de la performance et les difficultés rencontrées
pour rendre fiable une information aussi diverse que spécifique.
Problème d’adaptation de l’image convoyée aux utilisateurs, crise
de confiance dans l’information financière, Christian Hoarau et
Robert Teller soulignent également le problème de la régulation de
l’information financière et comptable et de l’efficacité des mesures
envisagées essentiellement destinées aux acteurs des marchés
financiers, mais aussi celui de sa pertinence dans une Société de plus en
plus assujettie à des logiques purement financières qui relèguent au
second plan la prise en compte des autres parties prenantes aux
activités économiques.
Limite de l’autorégulation par le marché, aspect mythique de
l’efficience des marchés financiers, le décor d’une remise en cause
profonde d’un système d’information comptable dédié aux investisseurs
est posé. Pour Gérald Naro, l’élargissement des parties prenantes
audelà des seuls actionnaires et la prise en compte de la responsabilité
sociale de l’entreprise envers l’ensemble de ses partenaires,
s’inscrivent en réaction contre les excès et les externalités sociales et
environnementales de cette focalisation sur des logiques financières à
court terme. Dans sa contribution, il positionne la question des
critères de performances sociétales en termes managériaux et de leur
traduction, dans les systèmes de mesure, de pilotage des
performances et de contrôle de gestion.
Françoise Quairel, quant à elle, propose une réflexion sur
l’instrumentation comptable et financière dans la compréhension des enjeux,la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 27
INTRODUCTION 27
des apports et des limites des nouveaux dispositifs de mesure de
performances sociétales. Le propos de l’auteur est centré sur deux
dispositifs qui revendiquent l’héritage comptable et financier (la
diffusion d’informations sociétales et environnementales dans un rapport
annuel et la notation sociétale) et sur une lecture sociologique de
l’institutionnalisation de la responsabilité sociétale de l’entreprise par
mimétisme, qui conduit de plus en plus de sociétés à publier des
rapports environnementaux ou sociaux. la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 28la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 29
Chapitre 1.
Des principes comptables en quête de leur principe
Yves Dupuy
Parti de la comptabilité générale, Roland Pérez déclare volontiers y
revenir de plus en plus fermement, dans la maturité de sa réflexion
scientifique et pédagogique. Comme beaucoup d’autres
enseignantschercheurs, il estime en effet que la représentation comptable définit
un ancrage à la fois solide et fécond à une réflexion gestionnaire
clairement délimitée et ordonnée. Cette position quasi épistémologique
peut surprendre, à l’heure de la transversalité managériale et de
l’interdisciplinarité en science des organisations. Elle reflète pourtant une
trajectoire scientifique en quelque sorte récursive, au sens d’E. Morin,
ou de C. Riveline, et par là représentative des débats qui animent, sur
la base des représentations comptables et financières, les réflexions
pratiques et théoriques en matière de gouvernance des organisations,
qu’elles soient d’ailleurs marchandes ou non marchandes.
La meilleure preuve en est que la comptabilité générale, discipline
longtemps réputée subalterne et triviale auprès des universitaires et des
dirigeants, ne cesse de surprendre et d’interroger les enseignants, les
chercheurs, les acteurs économiques, y compris les comptables
euxmêmes. C’est que l’actualité révèle sous un jour nouveau l’opacité, ou
l’ambiguïté, de représentations pourtant établies en fonction de
principes aussi vertueux que la régularité, la sincérité, voire la fidélité. Les
autorités publiques appellent alors naturellement à un renforcement
des contrôles du respect des principes, donc des normes, tandis que les
professionnels invoquent, au contraire, leur propre conscience (de ces
principes) et donc la confiance qui leur est due. C’est dire que, et en
jouant avec les mots, certains pourraient avancer à ce propos
l’émergence d’une véritable question de principe, et, en tout cas, d’arbitrage
entre un « plus » et un « moins » de normes comptables.
Au plan de la méthode, la recherche ainsi suggérée d’un compromis
entre la multiplication des normes et des règles et le respect d’espaces
de créativité risque en effet de développer l’ambiguïté comptable plutôtla responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 30
30 LA RESPONSABILITÉ SOCIALE DE L’ENTREPRISE
que de la réduire. Prétendre, par exemple, maîtriser cette ambiguïté en
imposant des normes aux ambitions de complétude conduit presque
nécessairement à l’impasse, puisque les entités comptables évoluent
sans cesse. Mais, à l’opposé, s’en remettre exclusivement à
l’application de principes généraux revient à admettre, par hypothèse en quelque
sorte, l’apparition de représentations aux formes imprévisibles et à la
signification incertaine. L’évocation (l’invocation?) du principe
d’image fidèle peut alors prétendre tenir lieu de guide méthodologique
général. Mais le flou même de ce principe ne constitue-t-il pas,
paradoxalement, une sorte d’aveu de l’incapacité qu’auraient les
comptables de maîtriser le rapport entre le créatif et le normatif ?
L’idée même d’une « image fidèle » repose en effet implicitement
sur l’hypothèse d’existence, ou du moins de recherche possible, d’une
comptabilité « vraie », au demeurant signalée dans le discours
gestionnaire par le concept de « fair value ». Mais encore convient-il, d’un
point de vue théorique, voire épistémologique, de délimiter les
contours spatiaux et temporels de cette vérité comptable. Idéalement,
ne devrait-elle pas être comprise comme le reflet (fidèle !) de la
capacité que détient l’organisation de participer durablement au
développement des productions matérielles et immatérielles, de manière à
contribuer à la cohésion et au bien-être de la société ? Mais se pose alors de
nouveau la question des bases conceptuelles et pratiques permettant de
construire les représentations répondant à de telles exigences, tout en
satisfaisant l’impératif de communication, donc de définition de
significations socialement partageables.
Or, l’ancrage des représentations comptables réside dans la mesure
monétaire des transactions marchandes, et dans l’enregistrement de
leurs conséquences supposées sur la création et le stockage de valeur
par l’organisation. Cette référence aux principes de monétarisme et de
nominalisme produit des données certes réputées objectives et
contrôlables (tout part de la comptabilité de trésorerie, et tout y revient,
soulignent volontiers auteurs et praticiens) mais porteuses d’une
signification trop pauvre, au regard de la recherche d’une image « vraie » de
la situation et de la performance organisationnelles. Par suite, les
représentations issues de l’enregistrement des seules transactions sont
corrigées, sur la base de divers calculs plus au moins conventionnels.
Or, si de tels calculs ne pouvaient se référer à aucun principe de
cohérence, ils ouvriraient inévitablement la voie à des démarches
subjectivistes, voire opportunistes, renvoyant par suite à la question
initiale de la confiance vis-à-vis des représentations comptables.
C’est à un débat relatif à l’existence même d’un tel principe, et en
tout cas à la possibilité de le définir, que renvoie ainsi la réflexion surla responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 31
DES PRINCIPES COMPTABLES EN QUÊTE DE LEUR PRINCIPE 31
le rôle social de la comptabilité et des comptables. Dans ce sens, il
paraît logique d’amorcer la réflexion sur la base des principes
comptables qui entourent l’analyse, des transactions comptables, considérées
à la fois dans l’espace et dans le temps.
1. Des transactions en quête d’entités
Le recours au paradigme de la transaction suppose implicitement
l’identification d’une frontière non ambiguë et stable de l’organisation.
Réciproquement, le repérage d’un type donné de transaction devrait
alors permettre de délimiter les contours de cette organisation, voire
d’en décrire et d’en comprendre certaines transformations. Cette
hypothèse, ou ce principe de l’entité comptable conduit en particulier à
associer étroitement les effets des transactions et les variations de valeur, les
unes étant supposées réductibles aux autres. Ainsi, la comptabilité part
en quête de l’organisation (l’entité) cependant que l’organisation
s’identifie en retour dans et par son image comptable. La circularité de
l’approche comporte évidemment le risque, ou la tentation, de définir la
frontière en fonction de l’image recherchée plutôt que l’inverse, ce que
peut faciliter, sinon légitimer, l’ambiguïté du concept même d’entité.
Les conséquences possibles d’un tel manque de principe sont, par
exemple, illustrées par le cas des groupes de sociétés, pour lesquels
n’existe aucun principe d’identification homogène, et pour lesquels les
normes de consolidation définies sur la base de seuils d’appropriation
du capital de signification sont pour le moins incertaines et, en tout cas,
variables dans le temps et dans l’espace. En outre, cette ambiguïté est
renforcée par la diversité des techniques d’agrégation des données
comptables, et par les multiples conventions et retraitements associés.
À la limite, l’application du principe de régularité (le respect de la
norme) entre ici finalement en contradiction avec celui de sincérité : il
est peu vraisemblable, en effet, que le « périmètre » normatif de
consolidation coïncide avec la « vraie » organisation, réputée définir et
développer durablement des actions cohérentes, dans le cadre d’une
stratégie continue et permanente.
De même, et sur un plan peut-être encore plus fondamental, les
principes comptables se trouvent désormais soumis à rude épreuve par
l’émergence (on pourrait suggérer par le besoin de prise en compte) des
organisations en réseau. Si, en effet, les réseaux constituent
effectivement des organisations, ils devraient définir implicitement des entités
comptables. La référence aux principes de fidélité et de sincérité
imposerait alors de déclarer et de représenter l’appartenance à un ou plu-la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 32
32 LA RESPONSABILITÉ SOCIALE DE L’ENTREPRISE
sieurs réseaux, puis de proposer une image de ce ou ces réseaux dans
leur ensemble. L’exposé comptable de ce type de « vérité » suppose
donc de réinterpréter la signification des transactions, ne serait-ce que
pour identifier et figurer celles qui correspondent à l’appartenance au
réseau. Mais la transaction reste le plus souvent discrète, et même
muette, sur les relations économiques, voire sociologiques qui la
soustendent, jusqu’à suggérer la référence, tacite à un principe de… secret !
Les comptables et la comptabilité peinent, par conséquent, pour
reconnaître les organisations qu’ils décrivent autrement que par
l’application de normes purement conventionnelles. Il ne paraît donc
pas surprenant qu’à l’inverse les organisations paraissent souvent
hésiter à définir et accepter leur propre image comptable et, par là, à
prendre conscience et à faire prendre conscience de leur « vraie » valeur
actuelle et future. En particulier, l’importance désormais accordée à
« l’immatériel » témoigne de l’ambiguïté croissante objectivement et
subjectivement associée à l’enregistrement des transactions. Tout se
passe comme si « l’activation » de ces dernières ne présentait plus
guère de sens, du point de vue de l’analyse de la valeur et de ses
variations. Au total, cette valeur semble donc perdre chaque jour un peu
plus son identité économique et matérielle, donc juridique et
organisationnelle, mettant en question le principe même de l’entité.
Les variations chaotiques des marchés financiers peuvent sans doute
être en partie comprises comme un signe de cette perte de repères
socioéconomiques. De manière connexe, les entreprises paraissent souvent
ne plus parvenir à diffuser l’image de la permanence et de la continuité
de leur existence, donc de leur rôle social. Elles confessent finalement
cette forme de renoncement à leurs responsabilités, donc cette
incapacité à maîtriser l’avenir, en multipliant les provisions, et par suite en
signalant des pertes. Or, du point de vue comptable, ces provisions et
ces pertes reconnaissent que, faute de sens, l’enregistrement des
transactions et de leurs conséquences a échappé ou va échapper à tout
principe créateur de confiance. Finalement, les comptables se trouvent
confrontés à la recherche d’un « nouveau » principe d’expression de la
cohésion économico-sociale, donc à une très lourde responsabilité.
2. Des entités en quête de continuité
Or, dans la poursuite de cette ambition, les comptables se trouvent,
en quelque sorte, prisonniers de l’histoire et de leur histoire, héritée de
celle des sociétés marchandes. L’histoire comptable de toute entité est
en effet supposée pouvoir se construire et se décrire sur la seule base dela responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 33
DES PRINCIPES COMPTABLES EN QUÊTE DE LEUR PRINCIPE 33
celle de ses transactions marchandes, et de leurs traces patrimoniales et
économiques. Le montant historique nominal de la transaction
représente alors par hypothèse la « vraie » valeur de l’échange, valeur en
outre implicitement supposée pérenne. Sur ce plan, le marché constitue
le principe de garantie de la vérité et de la sincérité du montant des
transactions. Les partenaires ne sauraient en effet y surestimer, non plus
qu’y sous-estimer, la valeur de ce qu’ils achètent et de ce qu’ils
vendent. À défaut, ils seraient de toute façon rapidement exclus du jeu
économique et social et deviendraient ainsi sans valeur car sans principe.
Dans ces conditions, le nominal de la transaction exprime idéalement
la juste valeur échangée. Il est, par conséquent, inscrit en toute sincérité
et en toute légitimité dans les comptes respectifs des organisations
concernées, puis soigneusement conservé. Indiscutable dans son
montant historique, il fonde en outre, par la suite, la construction de l’image
fidèle de la situation et du résultat des organisations en question. Et
pourtant, en maintes circonstances, la valeur de ce montant cesse d’être
« juste » à l’instant même où elle est comptabilisée. Le comptable
sincère et fidèle se doit donc d’apporter des rectifications en constatant
notamment des dépréciations, voire des appréciations. Mais, ce faisant,
il prend le risque de perdre la référence à l’histoire, à la mémoire de
l’entité, même si la conservation de la « valeur d’origine » peut limiter
cet inconvénient. En même temps, il accepte d’introduire dans la
construction de l’image la subjectivité ou les intersubjectivités de divers
acteurs : comptables, auditeurs, dirigeants, normalisateurs, etc.
Or, si l’expression de la permanence suggère la stabilité régulière
des images, celle de la continuité appelle au contraire la prise en
compte des incertitudes, c’est-à-dire du changement. Elle implique
donc, particulièrement en matière de provisionnement, une liberté
d’appréciation et de représentations suffisantes. Dans ces conditions, il
convient de ménager une interdépendance en quelque sorte active,
dynamique, entre normes, pratiques et validations de ces pratiques. Le
seul principe de référence risque alors de devenir, par la force des
choses, celui de l’élaboration de conventions acceptables au cœur de
cénacles limités d’experts et de professionnels. Mais ces acteurs,
quoique proches par définition des instances professionnelles et de
celles chargées de la normalisation, ne peuvent demeurer insensibles aux
injonctions du marché, relayées par leurs employeurs et donneurs
d’ordre. C’est par conséquent l’expression d’un principe de continuité
à courte vue qui risque de s’imposer, au moins dans certains cas.
La possibilité d’une application intègre et consciencieuse des
principes comptables ne s’en trouve pas pour autant mise en question. Les
transactions auront en effet été régulièrement enregistrées, les comptesla responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 34
34 LA RESPONSABILITÉ SOCIALE DE L’ENTREPRISE
de l’exercice annuel dûment établis, synthétisés, régularisés et justifiés
au regard des principes de permanence, d’indépendance et de
continuité notamment (mais l’apparition de provisions colossales
n’exprime-t-elle pas une évidente contradiction entre l’image de
l’indépendance et celle de la continuité ?). Dans le même temps, des
organisations publiques auront appliqué des procédures et règles
identiques, prétendant au passage abandonner la référence à la
comptabilité élémentaire de trésorerie. Mais le moindre des paradoxes n’est pas
qu’elles y parviennent formellement, sans tenter un instant de
comptabiliser leur « véritable » création de valeur, autrement que sous forme
de subventions, ni même d’éventuels stockages de cette valeur, en
l’absence fréquente de toute comptabilité patrimoniale sérieuse.
Et c’est peut-être ce type d’exemple qui exprime le plus clairement
le caractère paradoxal de la transaction comptable : irremplaçable base
de la représentation chiffrée des processus économiques, elle permet
d’engager et de clarifier maints débats sur la base de repères
quantitatifs. Mais elle ne saurait signifier davantage que ce que voulaient et
pouvaient lui faire dire les marchands qui, à l’origine, l’inscrivent dans
leurs livres. Ces marchands, et leurs comptables, ne se voulaient
socialement responsables que de leurs seules activités, et de la
représentation qu’ils en diffusaient. Avancer qu’ils pourraient désormais devenir
les porteurs du principe général de la cohésion sociale, et de son image,
pose pour le moins un problème de principe !
Conclusion
Le pari est risqué, il est à la mesure de l’enjeu : ferment d’une
réflexion renouvelée ou feu de paille. Pari nourri et porté par cette
réflexion de Maurice Allais : « Ce n’est que par la constante remise en
cause des vérités établies et par la floraison d’idées nouvelles
suggérées par l’intuition créatrice que la science peut progresser. Mais tout
progrès scientifique réel se heurte à la tyrannie des idées dominantes
des establishments dont elles émanent. Plus les idées dominantes sont
répandues, plus elles se trouvent en quelque sorte enracinées dans la
psychologie des hommes et plus il est difficile de faire admettre une
conception nouvelle, si féconde qu’elle puisse se révéler
ultérieurement.» Notre maître, collègue et ami, Roland Pérez, nous a aidés au
cours de nos échanges, à faire nôtre cette citation.la responsabilite sociale.qxd 20/6/05 7:04 PM Page 35
DES PRINCIPES COMPTABLES EN QUÊTE DE LEUR PRINCIPE 35
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