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Histoire de révolution technologique

De
216 pages
Dès le début du 18e siècle, l'Angleterre, pays pilote de l'industrialisation, connaît de grands bouleversements techniques. Le continent européen et la France entrent plus tardivement dans ce mouvement. A l'échelle des charbonnages, le passage d'une multitude de petites fouilles dirigées par des gouverneurs à de grandes exploitations confiées à des ingénieurs a été long et poussif. L'auteur analyse ici cette révolution de 1700 à 1854, qui amena le bassin houiller de Saint-Étienne de l'artisanat aux portes de la modernité.
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HISTOIRE DE RÉVOLUTION TECHNOLOGIQUE
De l'exploitation artisanale à la grande industrie houillère de la Loire

Collection « L'esprit économique»
fondée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis en 1996 dirigée par Sophie Boutillier, Blandine Laperche, Dimitri Uzunidis Si l'apparence des choses se confondait avec leur réalité, toute réflexion, toute Science, toute recherche serait superflue. La collection « L'esprit économique» soulève le débat, textes et images à l'appui, sur la face cachée économique des faits sociaux: rapports de pouvoir, de production et d'échange, innovations organisationnelles, technologiques et financières, espaces globaux et microéconomiques de valorisation et de profit, pensées critiques et novatrices sur le monde en mouvement... Ces ouvrages s'adressent aux étudiants, aux enseignants, aux chercheurs en sciences économiques, politiques, sociales, juridiques et de gestion, ainsi qu'aux experts d'entreprise et d'administration des institutions. La collection est divisée en cinq séries: Economie et Innovation, Monde en Questions, Krisis, Clichés et Cours Principaux. Le

Dans la série Economie et Innovation sont publiés des ouvrages d'économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l'accent sur les transformations économiques et sociales suite à l'introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L'innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles. Dans la série Le Monde en Questions sont publiés des ouvrages d'économie politique traitant des problèmes internationaux. Les économies nationales, le développement, les espaces élargis, ainsi que l'étude des ressorts fondamentaux de l'économie mondiale sont les sujets de prédilection dans le choix des publications. La série Krisis a été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes économiques et sociaux d'aujourd'hui liés aux métamorphoses de l'organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition d'ouvrages anciens, de compilations de textes autour des mêmes questions et des ouvrages d'histoire de la pensée et des faits économiques. La série Clichés a été créée pour fixer les impressions du monde économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d'une situation donnée. Le premier thème directeur est: mémoire et actualité du travail et de l'industrie; le second: histoire et impacts économiques et sociaux des innovations. La série Cours Principaux comprend des ouvrages simples, fondamentaux et/ou spécialisés qui s'adressent aux étudiants en licence et en master en économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est l'application du vieil adage chinois: « le plus long voyage commence par le premier pas ».

Luc ROJAS

HISTOIRE DE RÉVOLUTION TECHNOLOGIQUE De l'exploitation artisanale à la grande industrie houillère de la Loire

L'HARMATTAN

L'HARMATTAN,2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

@

75005 Paris

http://www.Iibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1(a),wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04981-9 EAN : 9782296049819

AVANT-PROPOS
Durant le XIXe siècle le charbon de terre est la principale source d'énergie avec l'eau. Contrairement à cette dernière, il permet un essor important de nombreuses industries notamment dans le domaine sidérurgique. A l'aube du XXe siècle, le système technique des pays industrialisés est placé sous l'étroite dépendance de l'usage du charbon source d'énergie primaire très largement majoritaire. Dès 1870, il fournit le tiers de la consommation mondiale d'énergie, et les trois-quarts en 1913. Un tel constat place l'industrie houillère au centre du mouvement d'industrialisation qui voit le jour avec le XIXe siècle. Au cours de cette première période industrielle, les houillères françaises décuplent presque leur production, sextuplent leur effectif ouvrier, renforcent considérablement le potentiel de leurs vieilles régions minières et débutent l'exploitation de bassins nouveaux, inconnus sous l'Ancien Régime. En un mot, elles s'engagent, après les charbonnages britanniques, dans le grand mouvement d'industrialisation qui suppose, pour cette industrie la concentration des capitaux, de la main d'œuvre et l'usage de techniques d'exploitation intensives, bien différentes de celles mises en pratique durant la période précédente. Ce basculement technique au sein des vieux bassins houillers s'effectue en l'espace de plusieurs dizaines d'années. Ainsi le bassin charbonnier de la Loire, l'un des plus anciens de France et l'un des plus importants, voit son complexe technique totalement modifié entre 1800 et 1860. Les solutions techniques mises en place au sein de ce territoire durant ces années-là constituent une rupture importante, qui fait passer l'extraction du charbon du stade pré-industriel au stade industriel. Décrire et analyser la mise en place de ce basculement technique constitue l'essentiel de ce texte, dont l'ambition est de mettre en avant une évolution technique et ses causes au sein du premier bassin industriel français du premier XIXe siècle. Si le fait technique est central son analyse, si elle se veut pertinente, ne peut être dénuée d'autres prismes. Ainsi le contexte économique, la volonté politique, la géologie peuvent expliquer à certains égards bien des décisions techniques. Néanmoins, il est certains que ces facteurs, même si chacun est conscient de leurs rôles moteurs, doivent s'effacer, par moment, devant des faits moins connus, moins explicités, relevant de la

logique de l'ingénieur et constituant sa réponse aux exigences des administrateurs des compagnies. La trame globale de cet ouvrage est induite par l'impératif premier d'analyse et de description d'une évolution technique. Ainsi elle obéit à la chronologie. Ce découpage temporel met en exergue trois périodes au sein desquelles l'état technique du bassin houiller et les causes ayant engendré cette situation sont analysés et décrits.
Tout chercheur s'étant déjà frotté à la littérature technique de l'époque voit dans les sources imprimées une documentation vitale quant à l'écriture d'un tel ouvrage. Néanmoins il convient de ne pas tomber dans le piège dressé par ces écrits. Si le Journal des Mines, les Annales des Mines et les multiples cours et traités d'exploitation des Mines sont d'un intérêt avéré, ils nous poussent à nous interroger sur l'aspect quantitatif des mutations décrites. Les articles des revues envisagent bien souvent des évolutions de pointe, concernant des exploitations techniquement avancées mais pouvant être marginales par rapport à la réalité de l'industrie. Les Annales des Mines, particulièrement, transmettent une vision qui n'est pas forcement celle de l'exploitant, mais celle des ingénieurs de l'Etat chargés de les encadrer. Les cours n'enseignent que la bonne exploitation. Ils mettent en avant la mine idéale de leur temps. Baser une recherche exclusivement sur de tels documents peut entraîner l'historien à établir un catalogue de faits décalé de la réalité.

Outre ces critiques, il est évident que quantifier les mutations techniques de l'industrie houillère ligérienne, en un mot d'accéder à sa connaissance intime n'est envisageable que par le recours aux sources archivistiques. C'est pourquoi ce travail se nourrit abondamment des papiers conservés aux Archives Départementales de la Loire et aux Archives Municipales de Saint-Etienne. Pourquoi enfin avoir choisi l'espace ligérien? Si l'importance des mines dans le basculement du système technique de l'âge classique à la civilisation industrielle et n'est plus à démontrer, il n'existait, à notre connaissance, aucun ouvrage d'histoire des techniques sur ce basculement 8

concernant le bassin pilote de l'industrialisation savoir le bassin houiller de la Loire.

française,

à

Avant de disserter plus en amont de cette évolution technique et industrielle, il convient de présenter plus amplement l'aire géographique dont il est question: le bassin houiller de la Loire. Ce dépôt houiller occupe une dépression à peu près triangulaire, limitée au sud sud-est par la chaîne du Pilat, au nord nord-ouest par la chaîne paralJèle de Riverie, à l'ouest par les derniers contreforts de la chaîne du Forez. Le bassin houiller s'étend donc depuis le Rhône à Givors, jusqu'à la Loire au-delà de Firminy. Il suit les deux vallées qui longent le pied de la chaîne du Pilat: d'une part, celle de Janon et du Gier, allant de Terrenoire au Rhône, de l'autre, la vallée de l'Ondaine qui va de la Croix-de-l'Orme à la Loire. La correspondance entre les deux vallées et le bord du bassin houiller n'est pourtant pas complète. Depuis Givors jusqu'à Rive-de-Gier, le dépôt houiller occupe le flanc gauche de la vallée et même plutôt le plateau que le talweg proprement dit. A partir de Rive-de-Gier, par contre, le bassin houiller coincide bien avec la vallée actuelle, si ce n'est qu'au sud, il s'arrête au pied même de la chaîne du Pilat, tandis qu'au nord il monte assez haut contre le flanc de la chaîne de Riverie. A SaintChamond il atteint même le sommet du premier chaînon, le mont Crépon culminant à 82 I mètres I.
Au-delà de Saint-Chamond, le bassin houiller s'élargit notablement. Il se partage entre deux vallées parallèles, celle du Janon, prolongement direct de celle du Gier, au pied du Pilat, et celle du Langonan, qui monte, le long de la chaîne de Riverie, depuis Saint-Chamond vers Sorbiers. Entre les deux vallées s'élève d'ailleurs une assez haute crête houillère, de 671 mètres de haut, le Crêt-du-Ronzy ou de Saint-Jean-Bonnefonds.

A la naissance de ces deux vallées on arrive aux cols de Terrenoire, haut de 537 mètres, et de Sorbiers, 502 mètres, qui tous deux appartiennent à la ligne de partage des eaux de l'Océan et de la Méditemll1ée. Au-delà vient le plateau de Saint-Etienne, le centre même du dépôt houiller. Jusque-là, les deux vallées houillères du Janon et du Langonan, avec le CrêtI

GrUner

(J 882) p. 7.

9

"

travailler dans les mines rend les aquitains très aptes à l'attaque et à la défense des places fortes ». Le nom de « gagats » aurait été donné en 500 avant J. C. aux habitants de Saint-Etienne. Ce mot d'origine grecque signifie «extracteurs de charbon ». Néanmoins, selon Louis-Joseph Gras, Sauzéa oncle et neveu ne sont pas des autorités historiques. Il faut donc considérer ces affirmations comme de pures hypothèses sans consistance. Sans doute les Gaulois apprennent à exploiter les richesses de leur sol, mais d'une manière très insuffisante. Les Romains emploient des procédés plus perfectionnés. Mais les seules exploitations certaines de cette époque, dans le pays des Ségusiaves, concernent les gisements métalliques: l'or, alors très abondants, l'argent, le cuivre et le plomb. Il est probable, d'après Brossard, que les Romains rencontrent le charbon en construisant l'aqueduc de la vallée du Gier et de son affluent le Janon mais ils ne paraissent pas l'avoir employé.1

Si il faut en croire Alléon-Dulac, depuis Charles VI, les rois n'ont cessé de veiller sur les mines ligériennes. Les souverains promulguent tous, sans interruption des édits, ordonnances et règlements sur le fait, l'ordre et la police des mines du royaume. Les exploitations du «lyonnois» sont toujours nommées au sein de ces textes réglementaires, preuve incontestable de leur ancienneté.2 Une charte du prieuré de Saint-Sauveur-en-Rue, dans le Forez, fait mention, dès 1095 de charbon de terre. Il est possible qu'on exploite des affleurements sans foncer de puits et c'est certainement aux xœ et Xlœ siècles, au moment du grand essor du commerce médiéval, que se développe l'extraction du nouveau combustible. D'après un terrier du xnr siècle, cité par AlIéon-Dulac, des carrières de charbon de terre forment les limites d'une propriété. Un acte datant du 18 février 1321, l'un des plus anciens titres relatifs à l'extraction du charbon en France, passé entre le seigneur de Roche-la-Molière, Giraud le vieux, écuyer et Martin Chaignon fixe les conditions d'exploitation d'une houillère située dans le fief du seigneur de Roche-la-Molière. Cet acte officialise, en quelque sorte, l'entrée de la province de Forez dans la liste des bassins houillers français. Dès cet instant, les exploitations à ciel ouvert se
I Gras (1922) p. 17/36. 2 Alléon-Dulac (1765) p. 233/234. 14

multiplient ainsi que les galeries. Néanmoins, les affleurements sont si nombreux que la préférence va de loin à l'exploitation à flanc de coteau par de simples fendues, celles-ci prolifèrent en

des lieux tels que la Ricamarie,Polignais,Le Clapier, Treuil... 1
A Saint-Etienne, l'importance de l'extraction est révélée indirectement par le grand nombre d'armuriers et de quincailliers, cités dans les terriers de 1515 et de 1540, qui emploient la houille comme seul combustible. A la même date, les mines du Jarez à Saint-Genis-Terrenoire et à Rive-de-Gier sont en pleine activité:
«A Saint-Genis-Terrenoire écrit Guillaume Paradin, près de SaintChamond, sont des mines de charbon de terre.. si sont aussi à Rive-de-GiCl~ mais non en telle quantité. C'est merveille de voir les habitants de ce pays qui en sont tous noircis et pmfumés par l'usage qu'ils enfant pour leur chauffage au lieu de bois. Mais le principal profit qui en vient est des forges, au moyen de quoi est le Jarez fort fréquenté de certaines races de pauvres étrangers forgerons lesquels ne demeurent guère en un lieu, mais vont et viennent autant qu'oiseaux passagers, même pour raison du voisinage de Saint-Etienne-de-Furan-enForez. »2

L'extraction de la houille se développe donc au XIVe et au Xye siècles, car la région stéphanoise s'approvisionne à Lyon pour les fers bruts et expédie en retour les articles de ferronnerie fabriqués par ses forgerons. Cependant, ce commerce n'engendre pas une production très importante de charbon. L'extraction de ce combustible et son négoce restent à l'état primitif, sans se développer et sans pourvoir à d'autres besoins qu'à ceux de la consommation locale. Les méthodes d'exploitation employées, ainsi que les techniques minières ne semblent pas très évoluées et vont à l'encontre totale de la
I

2

Leseure (J 90 I) p. 23.
Trénard L (J 966) p. 53/ JO I.

15

rationalité et de la gestion inteIligente du gisement. Un article paru en brumaire an IV dans le Journal des mines fait d'ai1leurs allusion à ]' exploitation passée:
«Ces montagnes contiennent des mines de houille et des mines de métaux qui sont exploitées ou qui l'ont été, les unes, dans les temps antérieurs aux monuments historiques, et avant l'usage de la poudre, les autres, aux XII", XII! et XIV siècles: quelques unes aujourd'hui abandonnées, étaient encore en pleine activité, il y a deux cents ans. Il paraît qu'on en peut attribuer l' aballdon moins encore à la peste et à la guerre, qui ont à d(fférentes époques ravagé ce pays, qu'à l'état d'impeifection où se trouvaient les d(fférentes connaissances dont l'art du mineur se compose. »'

,

Anonyme, (bmmaire An IV) JM.

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PREMIÈRE PARTIE LES MINES DE LA LOIRE À L'AUBE DU XIXe SIÈCLE

CHAPITRE I UN TERRITOIRE ANODIN POUR L'INDUSTRIE FRAN,ÇAISE AUX XVIIe XVIIr SIECLES

CHARBON DE TERRE ET SYSTÈME TECHNIQUE CLASSIQUE

Ce système technique est fondé sur ces deux éléments fondamentaux que sont l'eau et le bois, respectivement matériau constructif et combustible d'un côté, source d'énergie et moyen de communication de l'autre. Les civilisations d'avant l'industrialisation sont des civilisations du bois et du charbon de bois, comme celles du XIXe siècle le seront du charbon de terre. Le bois en bûches, fagots ou charbon, est, au moins jusqu'au premier tiers du XIX" siècle, le combustible de tous ]es foyers d'industrie. Pour fabriquer du fer, du verre ou des briques, pour obtenir du sel ou de l'alcool, pour teindre des tissus, il faut entretenir des milliers de fours et de chaudières. La sidérurgie est, de loin, la principale consommatrice. Une usine complète, haut-fourneau et forges, exige 15 000 stères par an dans la Normandie du XVI" siècle. Deux siècles plus tard, de très grandes entreprises, comme Rothau en Lorraine, en absorbent 40000. A l'échelle d'une région comme la Franche-Comté, le tiers au moins du bois de feu passe dans les usines à fer. PierreClément Grignon estime en 1775 que l'alimentation de la sidérurgie mobilise 1,5 million d'hectares de forêts sur un total de 8 à 10 millions. Ajoutons à l'usage industrielles besoins en

chauffage domestique qui sont de loin les plus importants puisque ce poste absorbe environ 60% du bois de feu au XVIIIe siècle. Les villes surtout réclament des quantités croissantes de ce combustiblel.

L'emploi massif du bois comme combustible industriel a un effet sur la physionomie et l'abondance des forêts. La prolifération des forges entraîne la multiplication d'un certain type de forêt. Ainsi, sous prétexte de donner un meilleur charbon de bois, le sapin est éliminé des zones de montagne où la sidémrgie est forte, comme en Ariège, et le chêne est favorisé au détriment du hêtre, en Champagne. En mobilisant des ressources laissées en jachère, les industries du feu accroissent sensiblement la récolte de bois. Mais cette nouvelle forêt se constmit contre la paysannerie et ne peut répondre à l'essor simultané des demandes de combustible. La houille n'est pas un combustible nouveau. Dès le Moyen Age des forgerons de villages, des serruriers, des couteliers apprennent, notamment en Flandres, à s'en servir. Malgré un usage qui se répand durant le XVIIIe siècle, l'emploi industriel ou domestique du charbon de terre reste marginal. Premier consommateur industriel, la sidérurgie n'est pas prête à mettre de la houille dans ses hauts-fourneaux ni dans ses forges. Toutefois, en aval du processus, la transformation des barres de fer en verges ou en tôles se fait désormais à la houille dans beaucoup d'ateliers du Nord et de la Lorraine. Deuxième industrie du feu, par son importance, la verrerie commence à se convertir au charbon minéral là où le charbon est présent. S'il se répand dans l'industrie le charbon ne joue pas le rÔle que l'on attend de lui. Son prix est le premier obstacle à cette généralisation. Le transport constitue le facteur qui fait tripler le prix de la houille. L'autre obstacle majeur à cette généralisation vient de la méfiance même du consommateur. L'usage du charbon est ambigu. 11est à la fois signe de modernité et risque de régression. La chaux noircie, la porcelaine gâtée, le fer cassant lui sont imputés. De ce fait le retour au bois, après une tentative de houille, n'est pas rare. Tous ces obstacles ne sont pas propres aux foyers industriels. Le chauffage domestique à la houille, connu dans les bassins houillers et dans les grandes
I Woronoff (1998) p. III/! 13. 20

villes, comme Rouen et Paris, se heurtent à des difficultés analogues. Encore à la fin du XVIIIe siècle, abandonner le chauffage au bois pour le chauffage à la houille exige une véritable révolution culturellel. Il n'est pas anormal que dans un tel contexte le bassin houiller stéphanois ne soit pas une priorité absolue pour l'Etat français. Malgré cela les autorités tentent de rétablir la situation notamment par le biais de l'arrêt du 14 janvier 1744 qui fonde une politique moderne du charbon, texte largement motivé par l'état déplorable des mines du Royaume. L'application de cet arrêt est lent voire comme dans la Loire inexistant, l'Etat cédant devant les pressions des propriétaires et des exploitants locaux retardant ainsi la mise en valeur rationnelle de ce gisement houiller. Certes les méthodes d'exploitation de cette période découlent de la place du charbon de terre dans le système technique mais également de la facilité à extraire la houille. En effet extraire les substances minérales exige des moyens techniques lourds donc coûteux. Depuis plusieurs siècles l'industrie minérale est demanderesse de capitaux qu'un seul homme ne peut généralement apporter, d'où un recours à l'association quasi automatique. Si une telle équation est la règle dans l'univers minier ceIJe-ci ne s'applique pas dans le
étant extrêmement favorable à l'exploitant individuel comme nous le décrit Gruner dans son Cours d'exploitation des mines: « La formation houillère affleure à Saint-Etienne, ainsi qu'en divers endroits du bassin. Elle repose sur un mur de gneiss stérile, dit brèche de base, d'une épaisseur de 150 mètres et elle est recouverte au toit, en certains points, par une assise stérile argileuse et quartzeuse. »2

bassin ..stéphanois, la situation géologique

Ces affleurements permettent aux extracteurs d'utiliser des moyens de fortune nécessitant un investissement minimal qui se
I Woronoff (1998) p. 1201121. 2 GrUner (1921) p. 36.

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