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L'Afrique forme ses élites

De
291 pages
Cet ouvrage, sur fond de crise de l'enseignement supérieur, raconte l'aventure d'une renaissance qui ouvre un espoir pour la formation des élites en Afrique. Il montre que l'Afrique est faite d'hommes et de femmes qui ont les mêmes rêves, les mêmes besoins et les mêmes comportements économiques que les habitants des autres continents. Ces affirmations sont à la source de la vision qui a conduit à la réforme de 2iE : faire d'une école d'ingénieurs moribonde il y a 5 ans une institution réellement internationale.
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L’AFRIQUE FORME SES ÉLITES

Paul Ginies & Jean Mazurelle

L’AFRIQUE FORME SES ÉLITES
Histoire d’une réussite

L’HARMATTAN

© L'HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12727-2 EAN : 9782296127272

La réforme réussie de l’Institut International d’Ingénierie de l’Eau et de l’Environnement (2IE) de Ouagadougou au Burkina Faso

Un succès en Afrique et pour le reste du Monde dans le renforcement des Capacités ou comment transformer les opportunités ?

Un merci à Nicole, mon épouse, qui sans son amour, sa persévérance et même son obstination à me suivre et à me guider dans cette aventure dont les lendemains n’étaient pas au départ des plus sereins, a su me convaincre de lever les yeux du guidon pour laisser une trace sur le papier. Ce n’était pas si simple. Je reculais sans cesse l’échéance pour milles « bonnes raisons » Merci ensuite à Nicole et Jean qui ont joué de leur complicité pour me faire parler… Merci Jean d’avoir commencé à écrire. L’un et l’autre, aviez compris que je ne résisterai pas à la tentation de mettre mon grain de sel. Vous aviez raison. Je garde un souvenir ému de vacances studieuses où, sous l’œil tout à la fois bienveillant, attentif et presque sévère de Nicole, Jean et moi avons écrit ce témoignage pour simplement partager notre foi en une Afrique qui, nous en sommes convaincus, étonnera le monde. Jean, merci, je crois que je sais aujourd’hui ce qu’est l’amitié. Nicole, merci, grâce à toi je sais ce qu’est l’amour. Paul GINIES

REMERCIEMENTS

CET OUVRAGE se veut d’abord le témoignage du dynamisme et de la compétence d’une Afrique faite d’hommes et de femmes qui ont les mêmes rêves, les mêmes besoins, les mêmes comportements économiques que les habitants des autres continents. C’est pour cela qu’il raconte l’aventure d’une renaissance, l’aventure d’un groupe d’hommes et de femmes qui ont su briser le cercle vicieux de « l’aide » pour se poser en acteurs de leur propre destin. L’aventure d’africains et de non africains qui ont su échapper à la malédiction de ce que l’on appelle sur le continent « l’Assistance technique », et qui se traduit trop souvent par de l’assistanat sans réelle plus value technique. L’aventure de ceux qui veulent expérimenter une autre voie vers le développement. Non celle qui divise le monde en « donneurs » d’aide et « récipiendaires » d’aide, mais celle de partenaires cherchant à atteindre des objectifs communs dans un dialogue équilibré et contractuel. C’est dire combien il nous est difficile de lister tous ceux et celles sans qui cette aventure n’aurait jamais eu lieu. Que ceux que nous aurions omis nous pardonnent. Nos remerciements vont d’abord aux autorités du Burkina Faso qui, animés de la plus haute ambition pour leur pays, ont cru à cette entreprise, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle a nécessité de leur part une très grande confiance pour voir le jour. Au premier d’entre eux, le Président du Faso, Son Excellence Monsieur Blaise Compaoré, qui a su voir dans 2iE un outil au service de sa vision pour l’avenir du Burkina Faso et de l’Afrique, et qui depuis le début apporte un soutien déterminant à la construction de 2IE.

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Merci, aux membres du Gouvernement qui ont fait preuve du même engagement au service de cette vision. Citons leurs Excellences Monsieur Roch Kabore, Président de l’Assemblée Nationale, Messieurs les Premiers Ministres Tertius Zongo et Paramonga Ernest Yonli, et leurs excellences Messieurs le Ministre d’Etat Salif Diallo, et Messieurs les Ministres Djibril Bassolé, Jean Baptiste Compaore, Joseph Pare et Salif Sawadogo. Avec beaucoup de gratitude pour leur courage, leur détermination, leur hauteur de vue et la confiance qu’ils ont témoignés, merci à nos présidents de conseil d’administration successifs, sa Majesté Aboubakary Abdoulaye, Madame le Docteur Frannie Léautier et Son Excellence Amara Essy. Nos remerciements vont avec chaleur à celles et ceux qui sont les acteurs quotidiens de la réussite de 2iE, et qui par leur enthousiasme, leur énergie, leur compétence prouvent tous les jours à quel point l’Afrique contient des trésors de ressources humaines. Il s’agit d’Amadou Hama Maîga, Kouassi Kouamé, Razak Sanoussi, Francis Semporé, Bertrand Ficini, Patrick Duval, Philippe Girard, Hamma Yacouba, Eva Kabore, Youssouf Guindo, Yezouma Coulibaly, Harouna Karambiri, Yao Azoumah, Joël Blin, Joseph Wethe…. et tous ceux et celles qui travaillent tous les jours avec enthousiasme et qui sont fier(e)s aujourd’hui d’être, comme on dit à Ouagadougou, « des 2iE » . Enfin le processus de réforme a été soutenu de bout en bout par des responsables éclairés, déterminants dans leurs conseils et leur soutien, sans lesquels les conservatismes et les corporatismes auraient certainement pris le dessus. Merci à : Jean-Pierre Bajon-Arnal, Gilles Barbier, Laurent Basque, Francis Blondet, Monique Bauer, Sylvain Clément, Cheikh Daff, Lassiné Diawara, Hélène Duchêne, Capucine Edou, Ehouan Etienne Ehile, Philippe Etienne, William Experton, Michèle Gendreau-Massaloux, François Goldblatt, Antoine Grassin, Bernard Grau, Jacqueline Guibal, Michel Kahn, Jean Koulidiaty, Bonaventure Mve Ondo, Jacques Pages, Jérôme Pasquier, Patricia Pol, Isabelle Pouliquen, Sophie Rivière, Bernardin Sagnon, Benoît Sawadogo, André Siganos, Patrice Tranchant, Paul André Wiltzer…. « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent »

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SOMMAIRE

Avant-propos .....................................................................................................................................17 Préambule ...........................................................................................................................................19 État de l’enseignement supérieur en Afrique .................................................................25 I. L’Afrique dans l’économie de la connaissance...................................................................27 II. L’Afrique est-elle condamnée à la fuite des cerveaux ? ..............................................41 1. L’Afrique : ses défis, sa chance ..........................................................................................41 2. L’Afrique ne retient pas son élite intellectuelle ...........................................................44 3. Une approche des besoins et de la demande .............................................................48 4. L’état des ressources humaines en Afrique Francophone.......................................49 5. Dans le domaine de la formation, c’est l’inaction qui coûte cher.......................51 La formation des élites en Afrique.......................................................................................53 III. La dynamique de l’Institut Africain des Sciences et de la Technologie (IAST)...........................................................................................................55 IV. 2iE : Chronique d’un désastre annoncé…. Et une crise salutaire…. ........................65 1. Lente descente aux enfers (1998-2004).........................................................................68 2. Une réforme avortée.............................................................................................................71 3. Nomination d’un nouveau Directeur Général .............................................................72 4. La sortie de crise et le changement de paradigme ...................................................79 2iE, cas d’école ................................................................................................................................85 V. La Gouvernance de 2iE, La clef de voûte de la réforme..............................................87 1. Problématique.........................................................................................................................87

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2. Récit et chronologie de la nouvelle Gouvernance .....................................................89 3. Une nouvelle architecture institutionnelle ....................................................................96 Conclusion.................................................................................................................................. 100 VI. L’Innovation au service de l’ambition............................................................................ 103 1. La Formation Ouverte et à Distance (FOAD) : L’Enseignement à distance ................................................................................................... 103 2. Le partenariat avec les entreprises ............................................................................... 108 3. La recherche au 2iE............................................................................................................. 111 4. La démarche qualité........................................................................................................... 114 VII. Susciter l’adhésion et construire le consensus autour d’une culture de résultat ........................................................................................................................................ 117 1. Première étape – le « Benchmarking » : ..................................................................... 119 2. Après comparaison : .......................................................................................................... 124 3. Les objectifs du POS 2005-2010 (tels qu’évalués en 2008) ................................. 124 4. L’architecture académique nécessaire pour atteindre les objectifs................. 131 VIII. Vision ou chimère ? ............................................................................................................ 137 1. La justification fondamentale de 2iE ............................................................................ 137 2. Le moment décisif de la réforme 2iE et ses éléments clés................................... 140 3. L’importance du leadership............................................................................................. 143 4. Évaluation de la Gouvernance ........................................................................................ 147 5. Influence - Rôle des bailleurs de Fonds ...................................................................... 148 6. Les atouts et les risques.................................................................................................... 149 7. La capacité d’adaptation au service de l’anticipation ............................................ 153 8. L’exemplarité de 2iE ........................................................................................................... 160 IX. La Crédibilisation du Projet et la poursuite de la pérennité ................................ 163 1. Les objectifs fixés à 2iE sont-ils hors d’atteinte ? .................................................... 163 2. Le financement de 2iE garantit-il l’avenir ?................................................................ 174 Conclusion. 2iE un modèle ? Une chimère ? Ou Comment transformer les obstacles en opportunités ? ......................................... 179 Annexes.............................................................................................................................................203

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« La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent » ALBERT CAMUS

AVANT-PROPOS

Pourquoi faire l’histoire du 2iE ?
Après des décennies, les efforts de renforcement des capacités en Afrique ont illustré avant tout l’inefficacité de l’aide extérieure. Renforcer les capacités signifie encore trop souvent augmenter les moyens, sans avoir mesuré combien les tendances lourdes qui vouaient ces moyens à l’impuissance étaient toujours présentes. Dans ce contexte grisâtre, l’épanouissement de 2IE, sur fond de décisions et de réformes courageuses, prouve qu’en Afrique on peut faire parfois mieux et plus vite que dans les pays industrialisés. Mais quels sont les pré-requis de ce succès. Est-il « duplicable » et à quel prix, telle est aujourd’hui la question centrale ? Cette étude de cas se veut différente des études classiques. Celleci ne se limite pas à l’analyse des éléments purement organisationnels qui n’en feraient qu’un rapport de science administrative de plus. En parlant des acteurs du changement, de leurs comportements, de tous les obstacles rencontrés, des crises et des conflits, de l’environnement politique, des qualités et défauts du leadership, son ambition est de décrire, à partir du sauvetage d’une institution promise à la disparition et sa transformation en organisation performante et financièrement viable, les conditions fondamentales sans lesquelles toute réforme institutionnelle est vouée à l’échec.

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PRÉAMBULE

« JE SUIS FIER de participer au développement d’une institution qui a une vision pour l’Afrique, où Noirs comme Blancs travaillent ensemble pour le continent. Ici, on s’est rendu compte que travailler uniquement avec les Etats conduisait à l’échec. Le 2iE a eu l’audace et l’intelligence de créer des partenariats avec d’autres structures : entreprises, universités et autres institutions prestigieuses. Ainsi le 2iE est devenu une référence en matière de recherche et une œuvre en matière d’intégration en Afrique. Le 2iE est une réponse et un modèle à suivre en termes d’insertion professionnelle des jeunes diplômés. Contrairement à la tendance générale d’augmentation du chômage des jeunes en Afrique, les étudiants du 2iE trouvent un emploi moins de six mois après l’obtention de leur diplôme. Le 2iE œuvre pour le développement de l’Afrique en rassemblant ses cerveaux autour d’un pôle d’excellence en Afrique Subsaharienne. Le 2iE rapproche étudiants, enseignants, chercheurs et entrepreneurs de toute l’Afrique et même au-delà leur apprenant à travailler efficacement ensemble. Pour la rentrée 2010, des candidats de plus de cinquante pays différents, essentiellement du continent africain mais également d’Europe, d’Amérique, d’Asie ou encore du Moyen-Orient ont voulu intégrer le 2iE. Il est important d’avoir des centres de formation où les Africains peuvent se rencontrer et travailler. Le 2iE a réussi et continue à s’affirmer sur la scène internationale tout en restant africain.

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Grâce à de telles institutions qui parviennent à regrouper des Africains issus de tout le continent au sein d’un même pôle d’excellence, le grand rêve de Kwame N’Krumah d’unification politique africaine devient possible. En rapprochant ainsi les citoyens africains, le 2iE crée des réseaux de compétences qui pourront participer à l’émergence des Etats Unis d’Afrique. Je crois en effet à l’émergence d’une nouvelle Afrique, d’ « une Afrique qui refuse le misérabilisme et qui croit en ses atouts sur tous les plans, une Afrique consciente de ses défis mais déterminée à les relever » et je partage en ce sens la vision de l’Union Africaine. Le 2iE participe à la construction de cette Afrique en offrant une vision à long terme et constitue un modèle à suivre en termes d’enseignement et de recherche. De plus, la création d’instituts de formation et de recherche de niveau international comme le 2iE favorise le retour de diaspora africaine sur le continent en leur offrant des structures de qualité égale à celles du Nord. » Son Excellence M. Amara ESSY, Président du Conseil d’Administration de la Fondation 2iE

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L’Afrique dispose actuellement d’un très grand potentiel de croissance. En voie de développement, ce continent peut devenir un véritable acteur économique mondial à l'horizon 2030. Pour construire cette Afrique de demain, il est nécessaire de mobiliser dès aujourd’hui chacune de ses ressources et tout spécialement son potentiel humain. La formation d’élites africaines conditionnera directement l’émergence du continent sur l’échiquier international. En 2009, la population africaine a dépassé le milliard d’habitants et 1 atteindra le milliard et demi d’ici 2030 . Cet accroissement démographique combiné à d’autres phénomènes tels que la raréfaction des ressources, la dégradation de l’environnement ou encore l’insécurité alimentaire risque d’engendrer de graves tensions sociales. Ces dynamiques internes, associées aux pressions externes exercées par le système économique mondial, sont susceptibles d'étendre ces tensions au reste du monde et de générer des risques majeurs pour l'ensemble des biens publics mondiaux. Le développement du continent africain permettrait d’atténuer les conséquences de tels changements. Contribuer au développement du continent africain, c’est soutenir et accompagner sa croissance économique et démographique en investissant dans la formation de futurs ingénieurs et entrepreneurs ainsi que dans la recherche. Les activités de recherche sont, en effet, actuellement quasi inexistantes en Afrique, les rares travaux produits concernant le continent s’effectuant dans les pays du nord. Investir aujourd’hui dans le savoir et la recherche au Sud pour le Sud permettra de lutter contre la fuite des cerveaux en offrant aux Africains la possibilité d’étudier dans les mêmes conditions qu’au Nord. La croissance du continent est également corrélée aux capacités d’innovation et entrepreneuriales de ses citoyens. La création d’entreprise stimule directement l’économie et crée de la richesse. Il est primordial de former dès aujourd’hui de futurs entrepreneurs africains d’excellence, qui accompagneront leur continent dans la compétition économique mondiale.
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Source : World Population Prospects, ONU / OIM / OCDE 21

Pendant des décennies, les efforts de renforcement des capacités en Afrique ont illustré avant tout l’inefficacité de l’aide extérieure. Renforcer les capacités signifie encore trop souvent augmenter les moyens, sans avoir mesuré combien les tendances lourdes qui vouaient ces moyens à l’impuissance étaient toujours présentes. Dans ce contexte, qui nourrit tous les jours l’afro-pessimisme, l’épanouissement de l’Institut International d’Ingénierie de l’Eau et de l’Environnement de Ouagadougou (2IE), sur fond de décisions et de réformes courageuses, prouve qu’en Afrique on peut parfois faire mieux et plus vite que dans les pays industrialisés. Mais quels sont les pré-requis de ce succès ? Est-il « replicable » et à quel prix ? Telle nous parait être la question centrale à laquelle nous avons l’ambition de répondre. Cette étude de cas se veut différente des études classiques. Celleci ne se limite pas à l’analyse des éléments purement organisationnels qui n’en feraient qu’un rapport de science administrative de plus. En parlant des acteurs du changement, de leurs comportements, de tous les obstacles rencontrés, des crises et des conflits, de l’environnement politique, des qualités et défauts du leadership, son objectif est de décrire, à partir du sauvetage d’une institution promise à la disparition, sa transformation en organisation performante et financièrement viable, les conditions fondamentales sans lesquelles toute réforme institutionnelle est vouée à l’échec. Faire l’histoire de la réforme de 2iE, c’est d’abord rappeler que toute réforme réussie doit d’abord s’appuyer sur un constat de la réalité « telle qu’elle est » et non pas telle que l’on voudrait qu’elle soit. C’est ensuite une affaire de stratégie institutionnelle, de modèle économique et financier et de management compatible avec la vision initiale pour passer en cinq années d’une catastrophe annoncée à une réussite reconnue. Aujourd’hui, plus de quatre-vingt pourcent des étudiants trouvent un premier emploi au plus tard trois mois après l’obtention de leur diplôme et plus de quatre-vingt-quinze pourcent dans les six mois. 2iE s’affirme sur la scène internationale comme un grand centre de formation et de recherche. Il est membre associé de la Conférence française des Grandes Écoles (CGE) et a reçu l’habilitation de la
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Commission des Titres d’Ingénieur (CTI) le 14 avril 2009. Grâce à cette reconnaissance, 2iE est la première « école d’ingénieurs » du continent africain à obtenir le label EUR ACE (European Accreditation) qui regroupe les meilleures institutions de formations d’ingénieurs en Europe. Grâce à ses nombreux partenariats scientifiques dans le monde entier, 2iE allie transfert de compétences du Nord vers le Sud et innovation technique en axant ses activités de recherche vers « l’après pétrole ». L’énergie solaire, les biocarburants, les éco-matériaux, la gestion de l’eau et de l’environnement constitueront les énergies, les principales préoccupations mais aussi le socle de l’économie de demain. 2iE se projette dans ce proche avenir en développant des plateformes de recherche fonctionnelles, spécialisées dans ces thématiques. La qualité des activités de recherche ainsi que les moyens qui lui sont consacrés offrent donc une opportunité à la diaspora scientifique africaine de revenir travailler et étudier sur le continent dans les mêmes conditions qu’au Nord. En offrant à ses chercheurs et à ses partenaires une plateforme de standard international ouverte aux professeurs et étudiants du Nord et du Sud, 2iE constitue ainsi un levier efficace de lutte contre la fuite des cerveaux africains. La Fondation 2iE, association internationale d’utilité publique est un véritable partenariat Public-Privé disposant d’un accord de siège au Burkina Faso. Sa gouvernance moderne et originale regroupe au sein du Conseil d’Administration les Etats africains, les partenaires institutionnels et financiers, les partenaires scientifiques et universitaires et les entreprises privées. En Europe, et en France en particulier, les établissements d’enseignements supérieurs sont très largement subventionnés par la puissance publique. Aux États-Unis, les grandes universités en Science et Technologie (Princeton, MIT, etc.) reçoivent chaque année de très importantes donations d’individus ou d’entreprises du secteur privé. Aucun des deux modèles n’est envisageable en Afrique, et la principale puissance financière disponible reste l’aide publique au développement.

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2iE rassemble des Bailleurs de fonds, des politiques, des chercheurs et des entreprises grâce au lien entre objet social et objet scientifique. Le cœur des métiers de 2iE – l’eau, l’environnement, l’énergie et le génie civil - est indiscutablement le moteur du développement en Afrique avec un lien clair entre les niveaux « Macro » et « Micro », entre recherche/formation et développement, entre économique et social. Ce lien est aussi la justification fondamentale de l’implication des bailleurs multilatéraux et bilatéraux : Banque Mondiale, Banque Africaine de Développement, Union Européenne, France (Ministère Français des Affaires Etrangères et Européennes et Agence Française de Développement), Suisse, Danemark, Japon, Etats Unis, Canada, …pour ne citer que les principaux. 2iE rassemble aussi, au niveau régional en Afrique, des pays francophones et anglophones. Etablissement bilingue d’enseignement et de recherche, 2iE est pôle d’excellence de la Commission Économique Des États d’Afrique de l’Ouest, (CEDEAO) et de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). S’appuyant sur un socle budgétaire sain qui l’oblige à couvrir ses dépenses courantes à plus de quatre-vingt-quinze pourcent par ses propres ressources, 2iE fait la preuve que la gestion responsable est possible en Afrique tout assumant des missions de service public et en permettant l’accès des classes moyennes à des formations de haut niveau.

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ÉTAT DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR EN AFRIQUE

L’AFRIQUE DANS L’ÉCONOMIE

I.

DE LA CONNAISSANCE

"Vous trouvez que le savoir coûte cher ? Essayez l'ignorance !" ABRAHAM LINCOLN Comme le suggère Koïchiro Matsuura, Directeur Général de l'Unesco, ne faut-il pas tirer les leçons du succès tangible obtenu par nombre de pays du monde ? Les uns ont investi massivement pendant plusieurs décennies dans l'éducation et dans la recherche scientifique et ont pu réduire ainsi considérablement la pauvreté absolue. L’Inde et plus globalement l’Asie en sont l’exemple. Certains ont d'ores et déjà dépassé nombre de pays riches en termes de PIB par habitant. D'autres pays, qui étaient déjà parmi les plus avancés, ont encore accru leurs positions à l'échelle mondiale, tout en améliorant leur niveau de développement humain et durable. Dans les années soixante, la Chine (Taiwan) avait, comme le Burkina Faso en 2009, 85 % de sa population active dans le secteur agricole. Aujourd’hui Taiwan compte moins de 3% d’actifs agricoles. L’investissement dans l’éducation et dans la science et la technologie

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ont été les moteurs de cette transformation radicale. Lin2 a montré qu’une augmentation de 1% du capital d’enseignement supérieur à Taiwan a augmenté la production industrielle de 3,5 %. Ce qui est à comparer avec une augmentation équivalente de diplômés en sciences et techniques agricoles qui a entrainé une augmentation de la production agricole de seulement 0,15%. Rappelons, qu’entre 1973 et 1990, la croissance de la productivité dans les pays d’Afrique Subsaharienne était négative, chutant de 1,16% par an.

Corrélation entre l’investissement dans l’économie du savoir et le PNB/habitant

Lin, P. (2004), Process and Product R&D by a Multiproduct Monopolist, Oxford Economic Papers, 56, 735-743.
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Croissance du PNB par habitant comparaison Ghana/Corée

Knowledge makes the Difference between Poverty and Wealth...
14 12 10 8 6 4 2 0 1960 1965 1970 1975 1980 1985

Thousands of constant 1995 US dollars

Rep. of Korea Difference attributed to knowledge Difference due to physical and human capital
2000

Ghana
1990 1995

Au cours des 200 dernières années, les théories économiques néoclassiques n'ont reconnu que deux facteurs de production: main d'œuvre et capital. Cela est en train de changer. Information et savoir remplacent capital et énergie en tant qu'actifs principaux créateurs de richesse, de la même manière que ceux-ci avaient remplacé main d'œuvre et propriété agraire deux siècles auparavant. De plus, les progrès technologiques du 20ème siècle ont transformé la majeure partie du travail créateur de richesses d'une base "physique" à une base "connaissance". Technologie et savoir sont maintenant les facteurs clés de production. Mais l’on observe que la concentration du savoir, et notamment des savoirs de pointe, ainsi que des investissements scientifiques et éducatifs majeurs, sur des aires géographiques restreintes, entraîne l'aggravation de la fuite des cerveaux, du Sud vers le Nord, et aussi entre pays du Nord. Pour surmonter ces obstacles, les nations du monde vont devoir investir massivement dans l'éducation, la
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