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L'Argentine Terre d'Investissement?

De
298 pages
Après la crise de décembre 2001, l'Argentine a renoué avec une croissance soutenue. Néanmoins, le pays réunit-il les conditions d'une croissance durable ? La qualité de son développement est-elle homogène ? Qu'en est-il de sa compétitivité ? Quels sont ses atouts dans le concert régional et international ? Quelles opportunités le pays offre-t-il aux investisseurs ?
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L'Argentine,
terre d'investissement ? © L'Harmattan, 2008
5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion. harmattan@wanadoo. fr
hannattanl@wanadoo. fr
ISBN : 978-2-296-06802-5
EAN : 9782296068025 Armando Bertagnini, Jorge Forteza,
Diego Lépez, Félix Pella,
Florence Pinot de Villechenon,
Carlos Quenan, Jorge Walter
L'Argentine,
terre d'investissement ?
Traductions de Thomas de Kayser
L'Harmattan Horizons Amériques latines
Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin
La collection Horizons Amériques latines publie des synthèses
thématiques sur l'espace s'étendant du Mexique à la Terre de feu. Les
meilleurs spécialistes mettent à la disposition d'un large public des
connaissances jusqu'alors souvent réduites, sur ce sous-continent, à
quelques stéréotypes.
Dernières parutions
HOWLET-MARTIN Patrick, Le Brésil du Nord-Est. Richesses
culturelles et disparités sociales, 2008.
CHASSIN J. et ROLLAND D. (coord.), Pour comprendre la
Bolivie d'Evo Morales, 2007.
VIGNAL Robert, Lexique amoureux de Sâo Paulo, 2007.
DIAS Esther, L'esprit de Buenos Aires. Une ville et ses démons,
Traduction de Laure et Philippe Pigallet, 2007.
TREUILLER-SCHLACHTER Xavier, David Alfaro Siqueiros,
2006.
DURAND A. et PINET N. (éditeurs), L'Amérique latine en
mouvement. Situations et enjeux, 2006.
GAY-SYLVESTRE D., Être femme à Cuba : des premières
militantes féministes aux militantes révolutionnaires, 2006.
LAPOINTE M., Histoire du Yucatan. XLY — XXl e s., L'Amérique en
perspective. Chroniques et Analyses, 2005.
CHASSIN J. et ROLLAND D. (coord.), Pour comprendre le
Brésil de Lula, 2004.
DURAND A., éditeur et PINET N. (éditeurs), Amériques
latines. Chroniques 2004, 2004.
KONDER COMPARATO Bruno, L'action politique des Sans-
Terre au Brésil, 2004.
TEITELBOIM Volodia, Gabriela Mistral, 2003.
SALLERON D., Tingo Maria au Pérou. Comment j'ai failli
devenir péruvien !, 2003.
ROLLAND D. et CHASSIN J. (dir.), Pour comprendre la crise
argentine, 2003.
COMBLIN J., Où en est la théologie de la libération, 2003. Le CERALE, reconnaissant, dédie cet ouvrage
à la mémoire de son premier président,
François-Xavier Ortoli, disparu en 2007 L'Argentine, terre d'investissement ?
Sommaire
Introduction
par Florence Pinot de Villechenon
L'Argentine et l'environnement économique international :
quelles opportunités pour les investisseurs internationaux
par forge Forteza
Après la crise du « campo », quelles perspectives pour le risque
argentin ?
par Carlos Quenan
L'évolution du management international et la probable
convergence argentine : implications pour les décisions
d' investissement
par Armando Bertagnini
Le Mercosur reste-t-il un cadre de référence valable pour les
décisions d'investissement étranger direct dans les pays qui le
composent ?
par Félix Perta
La perception des investisseurs français de l'environnement
économique en Argentine
par Diego Lôpez, Florence Pinot de Villechenon et forge
Walter Introduction
L'idée de mener une étude sur la perception de l'Argentine de
l'après crise auprès des investisseurs français est née à la
Universidad de San Andrés et à ESCP-EAP au courant de
l'année 2006. Le CERALE s'était penché auparavant, fin 2005,
sur l'investissement européen, et plus particulièrement français,
au Brésil. Lors d'un séminaire qui venait clore « l'année du
Brésil en France », des professeurs-chercheurs de la Fundaçâo
Getulio Vargas / EBAPE et de ESCP-EAP avaient abordé
différents aspects des stratégies d'internationalisation au Brésil.
Compte tenu du fait que, en grande partie, ce sont les mêmes
investisseurs qui opèrent dans les autres grands pays de la
région, cette étude avait vocation à être déclinée sur l'Argentine
voisine, au Chili et au Mexique.
Il semble difficile, en effet, d'aborder l'Argentine en faisant
abstraction de l'ensemble latino-américain : le pays partage avec
les autres membres de ce vaste espace régional un bagage
historique et culturel qui a contribué à façonner son profil
économique et politique. Troisième économie latino-américaine,
derrière le Brésil et le Mexique et devançant, en termes de PIB,
le Chili et la Colombie 2, ce pays constitue une destination si non
incontournable du moins importante pour toute entreprise qui,
confrontée aux défis posés par la mondialisation, s'intéresse à la
région.
En 2006, l'activité économique en Argentine poursuivait son
développement, la croissance du PIB se confirmait et de
nombreuses entreprises françaises présentes dans le pays
Voir l'ouvrage Le développement des entreprises à l'international : regards
sur le Brésil, CERALE, 2007.
2 Pour l'année 2007, le PIB de l'Argentine atteignait 250 milliards de dollars,
celui du Brésil 1000 milliards, celui du Mexique 893,6 milliards tandis que
celui du Chili se situait à 135,6 milliards et celui de la Colombie à 124,8
milliards, selon Amérique latine — Marchés et Affaires, juillet 2008, n°132.
9 L'Argentine, terre d'investissement ?
affichaient une bonne santé économique. Dans un même temps,
les relations entre la France et l'Argentine restaient, au niveau
gouvernemental, entachées par des crispations nées autour du
processus de renégociation des contrats entre l'Etat argentin et
les entreprises, européennes pour la plupart, en charge des
services publics privatisés depuis les années 90.
Pourtant, d'un côté comme de l'autre, on s'accordait déjà pour
dire que la relation entre les deux pays ne pouvait se laisser
enfermer dans les tensions générées par une poignée de dossiers
épineux, alors que depuis plus d'un siècle elle empruntait les
canaux multiples creusés par des flux réguliers d'immigrants,
d'intellectuels, d'artistes et d'investisseurs.
Certes, l'Argentine présente, en ce début de siècle, un visage
bien différent de celui des années 90. Si la crise est passée par
là, laissant dans son sillage son lot de blessures et de
frustrations', le pays fit preuve, dès 2003, d'une remarquable
capacité de récupération : son économie renoua avec la
croissance affichant des taux de 8% jusqu'en 2007, le chômage
recula et l'on assista à une résorption de l'extrême pauvreté.
L'environnement s'avérait donc porteur pour bon nombre
d'acteurs économiques, nationaux et étrangers. Si quelques
investisseurs décidèrent de quitter l'Argentine, d'autres
arrivèrent pour investir de nouveaux secteurs que la politique
économique rendit attractifs. Et parmi ceux précédemment
installés dans le pays d'aucuns purent renouer avec la croissance
et la rentabilité.
La politique économique changea radicalement de cap : d'une
économie fortement privatisée et ouverte aux capitaux étrangers
on passa au renforcement de la présence de l'Etat et à une
préférence pour les capitaux argentins, d'un peso arrimé au
dollar avec une parité fixe (un peso pour un dollar) on passa à
un taux de change flottant privilégiant un peso sous-évalué.
Récupération du pouvoir d'achat et de la consommation, forte
hausse des cours des matières premières, renationalisation des
services publics, intervention étatique sur les prix de certains
biens et services, retour de certaines entreprises dans le giron
Voir à ce sujet Pour comprendre la crise argentine, sous la direction de
Denis Rolland, Editions L'Harmattan, 2002.
10 Introduction
public, enfin, la « crise du campo »... l'environnement s'avère
pour le moins complexe pour qui tente de décrypter cette
Argentine au développement syncopé, fait de bonds et de reculs,
ce pays où jaillissent de nouvelles opportunités et où d'autres
sont enterrées à la suite d'une décision de politique économique,
mais qui reste riche en ressources et en hommes.
Dans cet esprit, le CERALE décida, en mars 2007, d'organiser
un séminaire autour du thème « Quels investissements dans
l'Argentine de l'après crise ? » en mobilisant l'expertise de
professeurs chercheurs établis en France et en Argentine. Dans
ces mois précédant les élections présidentielles d'octobre 2007,
les acteurs économiques campaient dans un certain attentisme.
Depuis, le climat économique, politique et social est loin de
s'être clarifié pour les investisseurs étrangers. Certes, la décision
du gouvernement argentin, rendue publique début septembre, de
rembourser sa dette au Club de Paris, devrait contribuer à
rassurer les créanciers et les bailleurs de fonds. Mais la crise
internationale pourrait conduire le gouvernement à reporter,
voire à reconsidérer, cette décision.
C'est l'essentiel des réflexions menées en 2007 que trace le
présent ouvrage. En effet, il semble toujours aussi légitime de
s'interroger sur le développement économique argentin. Pour ce
faire, le double regard s'imposait : celui des experts basés sur
place, frottés à l'exercice difficile de penser et d'enseigner au
quotidien le management dans un environnement instable et
turbulent ; celui de Français regardant l'Argentine depuis
l'Europe, sous le prisme de la stratégie régionale, voire globale,
de leur entreprise.
Le lecteur recueillera dans ces pages, nous l'espérons, des
éléments de réponse à la question posée : l'Argentine se dirige-
t-elle vers une croissance durable ? La qualité de son
développement, ses opportunités d'investissement, ses atouts
dans le concert régional et international, ses faiblesses aussi,
sont analysés.
La réflexion s'ouvre avec le texte intitulé « L'Argentine et
l'environnement économique international : quelles
opportunités pour les investisseurs internationaux ? ». L'auteur,
Jorge Forteza, pondère les forces et les faiblesses de l'Argentine
en tenant compte des évolutions du commerce et de
11 L'Argentine, terre d'investissement ?
l'investissement internationaux ainsi que des dernières
tendances en matière d'internationalisation des affaires.
Moyennant une approche comparée basée sur l'observation des
principales économies émergentes de la planète, il dresse un
tableau des secteurs porteurs dans les années à venir. Les
nouvelles tendances en matière de consommation et de
comportement managérial et leurs effets sur les stratégies
d'internationalisation et sur la chaîne de valeur étaient l'étude
qui débouche sur une analyse lucide des défis que le pays doit
relever.
Le chapitre élaboré par Carlos Quenan, est consacré à la crise du
secteur rural et son incidence sur le risque argentin. Dans ce
cadre, il analyse les dernières tournures prises par la politique
économique argentine et pose le dilemme de la croissance en
tenant compte des évolutions du premier semestre 2008.
Armando Bertagnini, dans « L'évolution du management
international et la probable convergence argentine : implications
pour les décisions d'investissement », se penche, après avoir
dressé un état des lieux de la pensée en matière de management
stratégique et conduite du changement, sur l'évolution récente
du management des entreprises, dans le monde et en Argentine.
Compétitivité, innovation, leadership sont appréhendés dans la
perspective de la durabilité ; l'auteur explore les modalités
d'investissement en Argentine pour tracer, à l'attention des
investisseurs étrangers, les contours d'une stratégie
d'internationalisation réussie dans ce pays.
A l'heure où se conforment dans le monde de grands blocs sous
la conduite de quelques leaders régionaux, la question du
Mercosur méritait d'être posée. Le périmètre mercosurien
s'avère-t-il adapté, nécessaire, voire incontournable pour les
investisseurs étrangers ? Le « chantier Mercosur » est-il de
nature à offrir aujourd'hui, aux acteurs économiques, un cadre
stable et prometteur ? C'est ce que développe Félix Pella dans
« Le Mercosur reste-t-il un cadre de référence valable pour les
décisions d'investissement étranger direct dans les pays qui le
composent ? ».
Enfin, nous nous devions de donner la parole aux acteurs
français. Une large place est faite à la perception qu'ont les
investisseurs français de l'environnement des affaires en
12 Introduction
Argentine. Divers facteurs d'ordre macroéconomique et
microéconomique sont analysés de façon à dresser un tableau
aussi fidèle que possible de la vision qu'ont du pays, de ses
difficultés et de ses défis, les entreprises françaises y opérant de
nos jours. Chapitre I
L'Argentine et l'environnement économique
international : opportunités pour les investisseurs
internationaux
Par Jorge H. Forteza
Universidad de San Andrés
1. Cadre général : performances et transformations de
l'économie mondiale
Pour pouvoir analyser les possibilités qui s'offrent à l'Argentine
aujourd'hui, il convient de commencer par une évaluation des
perspectives de l'économie mondiale.
L'économie argentine est de taille moyenne, fortement intégrée
aux flux mondiaux du commerce et des capitaux, dont la grande
dépendance vis-à-vis de l'environnement international n'est plus
à démontrer, et qui a profité des conditions de l'environnement
extérieur (ou les a subies, dans le cas de crises internationales)
en fonction de la bonne ou de la mauvaise qualité de sa politique
nationale.
Les premières années du XXIe siècle offrent un panorama
international tel que l'Argentine n'en a pas connu depuis de
nombreuses décennies. Pour évaluer cet environnement, nous
nous proposons d'analyser quatre aspects des performances et
des transformations en cours dans l'économie mondiale qui
offrent de nouveaux champs de possibilités à tous les pays
émergents en général et à l'Argentine en particulier :
La croissance de l'économie, du commerce et des
investissements mondiaux, ainsi que leurs perspectives à
court et à moyen terme.
15 L'Argentine, terre d'investissement ?
L'apparition de nouveaux acteurs dont l'impact est
considérable sur l'économie mondiale : la Chine, l'Inde et
autres pays émergents.
La transformation des chaînes de valeur internationales et
la croissance du commerce de tâches et de services, avec
la possibilité pour les entreprises de créer de nouveaux
modèles d'insertion sur le marché mondial.
L'évolution des modes de consommation dans les pays
développés et émergents, avec les transformations qu'elle
induit sur la demande faite aux pays émergents tels que
l'Argentine.
Pour terminer, nous présenterons quelques exemples de la
manière dont les pays développés représentatifs, confrontés aux
possibilités et défis de cet environnement international, adoptent
des réponses stratégiques et institutionnelles variées afin de
profiter des opportunités offertes et de défendre leur actuel
niveau de vie.
Performances de l'économie mondiale et perspectives
d'évolution à moyen terme
Après la récession de 2001-2002, l'économie mondiale a connu
une franche accélération de la croissance. Comme le montre le
l'économie mondiale, qui a présenté une croissance tableau 1,
de 3,2 % par an durant la période 1989-1998, est passée à des
taux de 4,9 % en 2005 et de 5,4 % en 2006, témoignant ainsi
d'un dynamisme que l'on n'avait pas connu depuis les années
1970. Ce processus de croissance présente différentes
nouveautés encourageantes :
Pour la première fois depuis de nombreuses années, les
trois blocs de pays économiquement développés (États-
Unis, Europe et Japon) croissent simultanément. Le Japon
a surmonté une décennie de stagnation et de déflation, et
l'Europe présente un dynamisme qui surprend bien des
analystes de la « sclérose européenne ».
Les économies émergentes présentent un fort taux de
croissance, atteignant 7,9 % de moyenne en 2006. Le
groupe des pays émergents a accéléré le sien, passant de
16
L'Argentine et l'environnement international
3,8 % par an (durant la période 1989-1998) à 6,4 % au
cours de ces dernières années.
Presque toutes les économies émergentes croissent
rapidement ; il faut toutefois signaler les taux de
croissance très élevés de la Chine (10,7 % en 2006 et une
moyenne de plus de 9 % par an, durant les vingt dernières
années) et de l'Inde (9,2 % en 2006, avec une moyenne de
7 % au cours de la dernière décennie).
Cette croissance présente certaines propriétés vertueuses : la
productivité croît fortement dans les pays développés et
émergents, l'inflation semble être contrôlée et les taux d'intérêts
se maintiennent à un bas niveau.
Cette intéressante performance de croissance semble devoir se
poursuivre dans les prochaines années, si la récente crise de
l'immobilier et des marchés financiers ne s'aggrave pas et
n'affecte pas l'économie réelle. Dans son World Economic
Outlook', le Fonds Monétaire International présente un
panorama encourageant pour les deux prochaines années. Au
cours de ces dernières semaines, on a assisté à de nouvelles
mises en garde du FMI et de l'OCDE 2, qui signalent une
probabilité accrue de ralentissement aux États-Unis et en
Europe, ce qui pourrait amener à réduire en partie les
perspectives de croissance à court terme. La plupart des
analystes estiment toutefois que l'économie mondiale
poursuivra sa croissance à des taux voisins de 4,5 et 5 % en
2007 et 2008, les économies développées connaissant un taux de
2,7 % et les émergentes, un taux de plus de 7 %. Concernant
l'Amérique latine, on peut s'attendre à des taux voisins de 5 %
pour 2007 et de 4,5 % pour 2008, même si l'on perçoit une
certaine inquiétude pour ce qui est des perspectives de quelques
pays de la région dont les politiques présentent davantage de
faiblesses.
Fonds Monétaire International : World Economic Outlook, août 2007
2 Organisation de Coopération et de Développement Économiques : What is
the economic outlook for OECD countries ?, septembre 2007
17 L 'A rgentine , terre d'investissement ?

Tableau I :
Évolution récente et projections à court terme de l'économie mondiale
9
7.9 7.5 7.6 8
0
Tu 7.1 - cn 7
Économies émergentes z Œs 6.4 Économies émergentes
6 5.4 E .;2_:s_.__ 4.9 8
4 .4 ÉCONOMIE MONDIALE FN ÉCONOMIE MONDIALE —
°' 2 4
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3 _____,----, -------______ i , 412 2 .6 Économies développées ----._.., 2.7
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m 0- 2.5 2.7 2 2.5 z
1-- -0 Économies développées
1
0
2005 2006 Projection 2007 Projection 2008 Moyenne 1989- Moyenne 1999-
1998 2008
Source FM1 World Economic Outlook, août 2007
L'Argentine et l'environnement international
Une récente étude de la Banque Mondiale' évalue les
perspectives de l'économie mondiale à l'horizon 2030 : nous
nous proposons d'adopter ces estimations comme base de
discussion.
Pour la période 2008-2030, on prévoit une croissance de
l'économie mondiale de 2,9 % par an, ce qui signifie un
doublement de son activité. Les pays développés
connaîtront une croissance de 2,5 % en moyenne et les
pays émergents des taux de 4 % annuels (avec des
extrêmes de 5 % en Asie et de 3 % en Amérique latine).
Les pays émergents verront augmenter leur participation à
l'économie mondiale, celle-ci passant de 23 % en 2005 à
33 % du produit mondial brut en 2030.
On assistera à une croissance rapide du commerce
mondial ; les exportations tripleront, le commerce
mondial passant de 25 à 34 % du produit mondial brut.
Les exportations émanant des pays émergents atteindront
40 % du total mondial.
On assistera à une convergence des niveaux de revenu par
tête dans les pays émergents, passant des 16 % actuels des
revenus des pays développés à 23 % en 2030.La Banque
Mondiale prévoit en particulier que « des pays comme la
Chine, le Mexique et la Turquie atteindront un niveau de
vie semblable à celui de l'Espagne d'aujourd'hui ». Ces
tendances auront pour résultat la croissance significative
d'une « classe moyenne mondiale » (avec un revenu par
tête de 4 000 à 17 000 dollars), comptant 1,2 milliard de
personnes, c'est-à-dire environ 15 % de la population
mondiale. Cette croissance impliquera une forte
augmentation de la consommation d'aliments, de biens
durables et de services (incluant le tourisme) de la part de
cette nouvelle « classe moyenne » mondiale.
Cette étude comporte un point préoccupant : ses
prévisions sont assez pessimistes pour l'Amérique latine
car elle estime que la « convergence » des revenus ne se
réalisera pas sur ce continent, qui stagnera donc à des
Banque Mondiale : Global Economic Prospects. Managing the Nexi Wave of
Globalization, Washington, 2007
19
L'Argentine, terre d'investissement ?
niveaux de revenus de l'ordre de 25 % de ceux des pays
développés et sera ainsi dépassé par les pays d'Asie et
d'Europe de l'Est (cette performance décevante aurait
pour résultat de voir augmenter la part de l'Amérique
latine dans le dernier décile de la distribution du revenu
mondial, c'est-à-dire dans le segment le plus pauvre du
monde).
La Banque mondiale prévoit que cette croissance vertueuse de
l'économie mondiale se propagera grâce à ce que l'on appelle
les quatre canaux de la mondialisation : l'accélération du
commerce international, les migrations, l'intégration croissante
des marchés financiers et la diffusion des connaissances et des
technologies de l'information.
Ce scénario de l'économie mondiale influera sur la dynamique
de l'investissement direct étranger, en particulier sur les formes
qu'il adoptera ainsi que sur les pays vers lesquels il se dirigera.
Une étude récemment publiée par l'université de Columbia,
World Investment Prospects' présente un tableau
raisonnablement optimiste de la croissance de l'investissement
direct étranger à l'horizon 2011, malgré la tendance de plus en
plus forte au protectionnisme que l'on observe tant aux États-
Unis que dans divers pays émergents. L'investissement direct
étranger mondial devrait croître de plus de 4 % par an, 37 % de
son total étant destiné à des pays émergents. Avec plus de 6 %
du total mondial et 16 % du montant allant à des pays
émergents, la Chine continuera d'en être la principale
destination.
Dans un tel cadre, il convient de souligner l'érosion progressive
de la position de l'Amérique latine comme destinataire de
l'investissement direct étranger. Le tableau II présente
l'évolution de ces dix dernières années et les perspectives
jusqu'en 2011 ; il montre que notre région a reçu entre 31 et 35
% des investissements mondiaux jusqu'en 2000, pour tomber à
23 % en 2006 mais que cette proportion pourrait remonter un
Université de Columbia, Economist Intelligence Unit World Investment
Prospects, septembre 2007.
20 L A rgentine et l'environnement international
Tableau II :
Participation de l'Amérique latine et de ses principaux pays en matière d'investissement direct étranger (IDE)
(évolution 1996-2006 et projection jusqu'en 2011)
40 -
t73 35
IDE EN AMÉRIQUE LATINE COMME
POURCENTAGE
DU TOTAL DESTINÉ À DES PAYS
ÉMERGENTS
Brésil
' Mexique
Comme % de l'IDE
destiné à l'Amérique
Chili
cc
Argentine
5-
0
2000 2006 2011 1996
Source Université de Columbia,Worfd lnvestment Prospects, 2007
L Argentine, terre d 'investissement ?
peu sans toutefois dépasser les 26 % : une prévision à la baisse
que les analystes pensent inéluctable. Dans notre région, la part
de l'investissement au Mexique et au Brésil augmentera et celle
de l'Argentine pourrait connaître une certaine amélioration,
avec 5,7 % des investissements de la région en 2011 (équivalant
à 6,5 milliards de dollars de moyenne annuelle pour la période
2007-2011).
L'analyse des perspectives des investissements internationaux
combinée avec l'évaluation de la qualité de l'environnement
économique nous permet de tirer deux conclusions sur
lesquelles nous reviendrons plus loin :
Les grands pays (en particulier les BRIC, à savoir Brésil,
Russie, Inde et Chine) peuvent se permettre d'avoir un
environnement des affaires médiocre car ce point faible
est compensé par leur attractivité comme bases de
production ou comme marchés de consommation : aucun
des BRIC ne se situe toutefois parmi les 45 meilleures
destinations d'investissement (le Brésil est 46 e, la Chine
53e, l'Inde se et la Russie 63 e).
Les petits pays (comme le Chili, 20 e) et ceux de taille
moyenne (comme la Turquie, 30 e, ou la Pologne, 52')
doivent présenter un net atout géographique (en tant que
base de production pour un grand marché de
consommation, tel que l'Europe ou l'Asie) ou offrir un
attrait particulier (en termes de qualité de l'environnement
pour l'investissement) pour aspirer à recevoir des flux
importants d'investissements étrangers.
On peut donc en conclure que les pays petits et moyens
disposant d'un environnement médiocre pour
l'investissement vont perdre peu à peu leur position dans
les flux internationaux de l'IDE.
Outre les cas de la Chine et de l'Inde, la croissance rapide des
pays émergents génère un intérêt accru pour la « prochaine
génération » de pays émergents destinés au succès. En 2003
déjà, Goldman Sachs avait imaginé le terme de BRIC (Brésil,
Russie, Inde et Chine) pour désigner ce noyau de pays de plus
en plus importants pour la production et l'économie mondiales.
22
L'Argentine et l'environnement international
Au-delà des études connues sur ce groupe, il nous paraît plus
important de nous focaliser sur les pays considérés comme la
« prochaine vague de développement ». Pour ce faire, nous
avons combiné la liste élaborée par Goldman Sachs dans son
étude sur les « Next 11 » (les 11 prochains) et celle du Boston
Consulting Group, dans son analyse des économies à croissance
rapide'. L'éventail couvert par ces deux études comporte quinze
pays (en plus des BRIC), que nous présentons dans le
tableau III (avec leur rang dans le classement de compétitivité
mondiale du World Economic Forum) : Corée, Malaisie,
Tchéquie, Thaïlande, Hongrie, Pologne, Indonésie, Mexique,
Turquie, Égypte, Philippines, Viêt-nam, Pakistan et Bangladesh.
Tableau III :
Quels sont les pays considérés comme capables de
profiter de l'environnement international pour
progresser sur la voie du développement ?
r Corée 24
Malaisie 26
r Chili 27
Tchéquie 29
Thaïlande 35
Hongrie 41
Pologne 47
Indonésie 50
Mexique 58
Turquie 59
r Égypte 63
Philippines 71
Viét-Nam 77
Pakistan 91
r Bangladesh 99
Source World Economic Forum, Goldman Sachs,
Boston Consulting Group, analyse personnelle
Goldman Sachs, Dreaming with BRICs: The Path to 2050, 2003 ; Boston
Consulting Group, The New Global Challengers, 2006.
23
L'Argentine, terre d'investissement ?
L'examen de ces chiffres, nous permet de tirer quelques
conclusions importantes pour notre analyse. L'environnement
mondial favorable offre des possibilités pour les pays
émergents : les analystes du monde entier tendent à s'accorder
pour établir une liste de 15 à 20 pays qui semblent les plus aptes
à profiter de ces possibilités. En Amérique latine, on considère
le Brésil et le Mexique comme les plus prometteurs (malgré ses
classements excellents, le Chili n'apparaît pas sur cette liste,
peut-être à cause de la taille réduite de son économie) ; la
plupart d'entre eux se classent au-dessus du 60e rang de l'indice
de compétitivité mondiale. Nous approfondirons dans les
chapitres à venir l'analyse comparative de l'Argentine (qui se
situe au 69e rang de cet indice) avec les pays émergents très
performants.
La transformation des chaînes de valeur internationales et la
croissance du commerce de tâches et de services
Nous avons analysé ci-dessus le panorama d'une économie
mondiale en croissance rapide, qui renforce sa mondialisation et
fait apparaître deux grands acteurs (la Chine et l'Inde), mais qui,
en même temps, offre des possibilités pour le développement de
quelque 15 à 20 pays émergents. Ce paysage stratégique se
combine avec les risques croissants de désagrégation et de
délocalisation des activités de production et de services.
Débutant dans les années 1970 avec la migration des activités de
production manufacturière vers des pays à bas coûts salariaux,
ce phénomène s'est aggravé vers le milieu des années 1990 avec
une nouvelle vague de migration des activités de services.
En effet, depuis le milieu des années 1990, l'expansion de la
couverture de 'Internet et des réseaux internationaux de
données, ajoutée aux progrès dans les capacités de
l'informatique et à l'adoption généralisée de progiciels de
gestion intégrée dans les entreprises (les fameux ERP), a créé
les conditions d'un changement de modèle spectaculaire dans la
manière de concevoir l'entreprise. Les entreprises ont pu, en
effet, commencer à sous-traiter non seulement leurs activités de
production, mais aussi des activités de services ou de gestion
des systèmes dans des sites de plus en plus éloignés. Au cours
24 L Argentine et l'environnement international
de ce processus, que les économistes et les analystes ont appelé
la « troisième révolution industrielle », la « grande
désagrégation » ou l'avènement d'un « monde plat I », nous nous
trouvons devant un nombre de plus en plus grand de tâches de
services réalisées à distance, en Inde, au Mexique ou en
Irlande ; celles-ci modifient du tout au tout le modèle même des
études économiques sur le commerce mondial, et déplacent les
frontières séparant les activités transférables des non-
transférables. Prenant conscience de ces phénomènes, les
économistes s'y intéressent de plus en plus ; on parle déjà du
« commerce d'activités » par opposition au commerce de
produits et on établit de nouveaux modes d'analyse à propos des
activités transférables et de celles que l'on pourra conserver
dans les pays à salaires élevés. L'OCDE a consacré à ce sujet
plusieurs études, devant permettre de concevoir de nouvelles
politiques du travail et de la formation en Europe 2 .
Pour des pays émergents comme l'Argentine ce processus de
reconfiguration des chaînes de valeur offre des possibilités de
deux sortes :
Les pays bénéficiant d'un environnement des affaires
favorable et d'une bonne qualité de ressources humaines
et d'infrastructures peuvent rivaliser pour accueillir
certaines des activités qui s'effectuaient auparavant dans
les seuls pays développés : comme exemples, nous avons
le développement en Irlande des centres de services, au
Costa Rica l'essor d'une industrie technologique et de
l'information, et aussi le leadership de l'Inde en matière
de services Tl et de process, deux secteurs générant des
exportations pour un montant de 18 milliards de dollars
par an et 1,5 million d'emplois (résultat atteint en
seulement 15 ans).
Les entreprises des pays émergents voient aussi apparaître
de nouveaux modèles d'intégration à la concurrence
internationale. Afin d'analyser ce concept, nous nous
proposons de recourir à celui d'« entreprise modulaire »,
Thomas Friedman, The World is Flat, Picador, 2007.
2 Richard Baldwin, Globalization, The Great Unbundling, Conseil
économique de Finlande, 2006.
25
L'Argentine, terre d'investissement ?
développé à l'origine par les chercheurs du MIT', et de
voir dans l'entreprise l'addition de cinq types d'activités :
celles de direction stratégique, un cycle d'innovation et de
cycle de production et construction de la marque, un
livraison, le cycle de mise sur le marché, et les activités
de soutien et de gestion de la chaîne logistique. Cette
vision conceptuelle de l'entreprise est présentée au
tableau IV.
Les nouvelles possibilités offertes par les progrès de la
technologie et des processus permettent de « repenser »
l'entreprise autour de trois grands axes : une possibilité accrue
de décomposer des tâches et de se spécialiser dans celles qui
sont essentielles ou qui peuvent s'effectuer avec davantage
d'efficacité, les coûts moindres de coordination des tâches
réalisées au loin et la réduction des coûts. Par conséquent, une
entreprise d'un pays émergent qui, auparavant, ne pouvait
accéder au marché international qu'en tant qu'entreprise
intégrée peut désormais s'internationaliser selon trois modèles
différents, que nous définirons de la manière suivante : (voir
tableau V)
L'organisateur ou gestionnaire d'une chaîne logistique
internationale mondiale.
L'entreprise modulaire qui contrôle l'innovation, la
marque et, parfois, l'interface avec le client, mais sous-
traite la plupart des activités de production et de soutien.
Le spécialiste en prestations d'activités de fabrication
pour d'autres entreprises (les fameux OEM ou ODM) ou
de services de soutien (les spécialistes en BPO ou en
KPO).
l Suzanne Berger, flow we Compete, Doubleday, 2005.
26
L'A rgentine et l'environnement international
Tableau IV :
Une vision « modulaire » de l'entreprise avec deux décisions clés : qui effectue chaque
activité et où ?
Stratégie etleadership
Innovation / branding
R & D
Nouvelle —s Idées Prototype
offre
Branding
Production / livraison
Composants —s Modules Assemblage Gestion chaîne
final
Mise sur le marché
Service
Distribution —0. Vente —0. après-
vente
Soutien
I Relations Ressources I
Finances I Systèmes
humaines clients
L'Argentine, terre d'investissement ?
Tableau V :
Les nouvelles stratégies ouvertes pour créer des entreprises mondiales
De:
► L'entreprise « complète »
A
► L'organisateur et
gestionnaire d'une chaîne
logistique
► L'entreprise modulaire
► Le spécialiste
De cette manière, on peut remarquer, avec une note
d'optimisme, qu'il n'existe déjà plus de « modèle unique » pour
opérer sur le marché mondial ; pour citer encore une fois
l'excellente analyse de Suzanne Berger sur l'industrie mondiale,
il y a davantage de manières de jouer avec succès sur la base des
ressources et des capacités des différents pays et de leurs
entreprises. La démonstration pratique du potentiel créé par ce
phénomène nous est offert par l'exemple de croissance
accélérée des entreprises asiatiques qui ont opté pour certains de
ces modèles : Li & Fung (un spécialiste de Hong Kong dans
l'organisation des processus de production qui ne détient aucun
actif productif), TSMC (le leader mondial taiwanais dans la
fabrication de circuits intégrés), Flextronics (le leader taiwanais
dans la fabrication d'ordinateurs portables destinés aux
entreprises ayant leur propre marque), CIMC (le leader chinois
de la fabrication des conteneurs maritimes), Infosys (une des
trois grandes entreprises indiennes de services informatiques) et
Ranbaxy (entreprise pharmaceutique spécialisée dans la
fabrication de produits génériques). En fait, les entreprises
asiatiques opèrent aussi de plus en plus comme des entreprises
intégrées en produisant des biens très différenciés, comme par
exemple les Coréens Samsung et LG ou le Chinois Haier.
28 L'Argentine et l'environnement international
Les entreprises asiatiques sont celles qui ont su profiter le plus
vite des possibilités de créer des entités mondiales ; les études
réalisées sur les « multinationales émergentes » relèvent toutes
que 40 à 70 % des nouvelles entreprises mondiales sont
originaires d'Asie, la part de la Chine et de l'Inde augmentant
rapidement. L'Amérique latine souffre de retard dans ce
processus : moins de 20 % des nouvelles entreprises mondiales
proviennent de cette région, avec quelques exemples de succès
surtout au Mexique (Cemex, FEMSA, Grupo Modelo, etc.) et au
Brésil (CVRD, Gerdau, Embraco, Sadia, Perdigâo et Natura).
Dans un autre chapitre, nous analyserons la présence
d'entreprises argentines dans ce groupe'.
2. Opportunités pour les pays émergents : dans quelle
mesure l'Argentine peut-elle en profiter aujourd'hui?
Au premier chapitre, nous avons analysé quatre grandes
tendances de l'économie mondiale (la croissance accélérée et la
mondialisation grandissante, l'apparition de nouveaux acteurs
comme la Chine, l'Inde et les pays émergents, la désagrégation
des chaînes de valeur et les possibilités offertes aux nouvelles
stratégies de concurrence mondiale et enfin, l'évolution des
modes de consommation dans les pays développés et
émergents). Dans celui-ci, nous proposons une réflexion sur la
manière dont ce nouveau paysage stratégique génère de
nouvelles possibilités de croissance pour les pays émergents en
général et pour l'Argentine en particulier. Mais auparavant il est
utile de tracer un cadre d'étude à partir des derniers
développements académiques et des politiques publiques en
matière de compétitivité qui conduit à la question suivante :
Comment les pays (et leurs entreprises) rivalisent-ils sur la
nouvelle scène internationale ?
Donald Sull, Made in China, Harvard, 2005 ; Suzanne Berger et Richard
Lester, Global Taiwan, East Gate, 2005 ; BCG, Global Challengers, 2006 ;
Internalizaçâo das Empresas Brasileiras, Fundaçao Dom Cabral, 2006.
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