L'économie du bien et du mal

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Qu'est-ce que l'économie ? Pourquoi est-elle trop souvent considérée comme une science exacte ? Pourquoi sommes-nous si dépendants de la croissance permanente ? D'où vient l'idée du progrès économique et où nous conduit-elle ?


Qu'est-ce que l'économie ? Pourquoi est-elle trop souvent considérée comme une science exacte ? Pourquoi sommes-nous si dépendants de la croissance permanente ? D'où vient l'idée du progrès économique et où nous conduit-elle ?



Tomás Sedlácek se pose ces questions fondamentales et y répond en envisageant l'économie non pas comme une science, mais comme un phénomène culturel et un produit de notre civilisation étroitement liés à la philosophie, aux mythes, à la religion, à l'anthropologie et aux arts.



En soutenant une thèse simple, presque hérétique, selon laquelle l'économie relève en définitive d'un choix constant entre le bien et le mal, il bouleverse radicalement l'approche actuelle, comme personne avant lui.



Afin d'étayer son propos, l'auteur invite le lecteur à un voyage passionnant dans l'histoire de l'économie à travers les civilisations et les penseurs majeurs : épopée de Gilgamesh, Ancien Testament, christianisme, Descartes, Adam Smith, en passant par des films comme Fight Club et The Matrix.



Face aux inquiétudes présentes, il se fait l'ardent promoteur d'une économie à visage humain.




  • Préface de Vaclav Havel


  • Introduction : l'histoire de l'économie : de la poésie à la science


  • Première partie : L'économie antique et au-delà


    • L'Epopée de Gilgamesh : de l'efficacité, de l'immortalité et de l'économie de l'amitié


    • L'Ancien Testament : pragmatisme et bonté


    • La Grèce antique


    • Le christianisme : la spiritualité dans le monde matériel


    • Descartes le mécanicien


    • Bernard Mandeville et la ruche du vice


    • Adam Smith, forgeron de l'économie




  • Deuxième partie : Pensées blasphématoires


    • Indispensable cupidité : histoire du besoin


    • Progrès, nouvel Adam et économie du sabbat


    • L'axe du bien et du mal et les Bibles de l'économie


    • Histoire de la main invisible du marché et de l'Homo economicus


    • Histoire des esprits animaux : le rêve ne dort jamais


    • Métamathématiques


    • Les maîtres de la vérité : science, mythes et foi


    • Conclusion : Hic sunt leones



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Date de parution 18 avril 2013
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EAN13 9782212213942
Langue Français

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QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIE ? Pourquoi est-elle trop souvent considérée comme une science exacte ? Pourquoi sommes-nous si dépendants de la croissance permanente ? D’où vient l’idée du progrès économique et où nous conduit-elle ? Tomáš Sedláček se pose ces questions fondamentales et y répond en envisageant l’économie non pas comme une science, mais comme un phénomène culturel et un produit de notre civilisation étroitement liés à la philosophie, aux mythes, à la religion, à l’anthropologie et aux arts. En soutenant une thèse simple, presque hérétique, selon laquelle l’économie relève en définitive d’un choix constant entre le bien et le mal, il bouleverse radicalement l’approche actuelle, comme personne avant lui. Afin d’étayer son propos, l’auteur invite le lecteur à un voyage passionnant dans l’histoire de l’économie à travers les civilisations et les penseurs majeurs : épopée de Gilgamesh, Ancien Testament, christianisme, Descartes, Adam Smith, en passant par des films commeFight Clubet The Matrix. Face aux inquiétudes présentes, il se fait l’ardent promoteur d’une économie à visage humain.
TOMAS SEDLACEKest économiste, conférencier et professeur d’université en République tchèque. Il fut conseiller économique, à 24 ans, de l’ancien président Václav Havel. En 2006, laEconomic Review Yale l’a classé parmi les jeunes économistes les plus talentueux du moment. Il est aujourd’hui conseiller économique à la banque ČSOB à Prague.
Tomáš Sedláček
ÉconomIe du bIen et du mal La quête du sens économique
TraduIt par MIchel e Séach
Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05 www.editions-eyrolles.com
Titre original :Ekonomie dobra a zlae,, publié en tchèque en 2009 par les éditions 65.Pol Koněvova 141, Prague, République tchèque. © Tomáš Sedláček, 2009.
La traduction du présent ouvrage a été entreprise à partir de l’édition anglaise parue en 2011 sous le titreEconomics of Good and Evil chez Oxford University Press NY, avec l’autorisation de l’auteur.
Ouvrage publié sous la direction de Geoff Staines.
Du même auteur : Le Crépuscule de l’Homo œconomicus(avec David Orrell), Exils Éditeur, 2012.
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris. © Groupe Eyrolles, 2013 ISBN : 978-2-212-55543-1
Je dédie ce livre à mon jeune fils, Chris, qui je crois comprend plus de choses que je n’en comprendrai jamais, comme moi peut-être il y a longtemps. En tout cas, puisses-tu un jour écrire un livre meilleur.
Connois-toi, laisse à Dieu les secrets qu’il veut taire ; L’homme est la seule étude à l’homme nécessaire. L’homme entre deux pouvoirs vit toujours partagé, Tel que l’isthme orageux par deux mers assiégé ; Trop foible pour s’armer du courage stoïque, Trop instruit pour flotter dans le doute sceptique, Du corps ou de l’esprit doit-il suivre le vœu, Commander ou servir, s’appeler brute ou Dieu ? Maître et sujet de tout, unissant chaque extrême, Esclave de la mort, héritier du ciel même, Il voit également sa raison s’éclipser, Quand il pense trop peu, quand il veut trop penser ; Chaos tumultueux de passions contraires, Vil jusqu’en ses grandeurs, grand jusqu’en ses misères, Amoureux de soi-même, à soi-même en horreur, Fait pour la vérité, n’embrassant que l’erreur, Vide de biens réels, en faux biens il abonde, La gloire, le jouet, et l’énigme du monde. Alexander Pope,L’Essai sur l’Homme
Préface de Václav Havel Remerciements
SOMMAIRE
Introduction L’histoire de l’économie : de la poésie à la science
Premiére partieL’ÉCONOMIE ANTIQUE ET AU-DELÀ 1. L’Épopée de Gilgamesh De l’efficacité, de l’immortalité et de l’économie de l’amitié 2. L’Ancien Testament Pragmatisme et bonté 3. La Grèce antique 4. Le christianisme La spiritualité dans le monde matériel 5. Descartes le mécanicien 6. Bernard Mandeville et la ruche du vice 7. Adam Smith, forgeron de l’économie
Deuxiéme partiePENSÉES BLASPHÉMATOIRES 8. Indispensable cupidité L’histoire du besoin 9. Progrès, nouvel Adam et économie du sabbat 10. L’axe du bien et du mal et les « bibles » de l’économie 11. Histoire de la main invisible du marché et de l’homo economicus 12. Histoire des esprits animaux Le rêve ne dort jamais 13. Les métamathématiques 14. Les maîtres de la vérité Science, mythes et foi
Conclusion Hic sunt leones
Bibliographie Index
PRÉFACE DEVÁCLAVHAVEL(1936-2011)
J’ai eu l’occasion de lire le livre de Tomáš Sedláč ek avant sa publication en République tchèque sous le même titre en 2009. À l’évidence, i l posait un regard non conformiste sur une discipline scientifique en général considérée comme très ennuyeuse. J’ai trouvé ce livre captivant et je me suis demandé si les autres lecteurs seraient du même avis. Or, il a tout de suite rencontré dans notre pays un succès qui a surpris aussi bien l’auteur que l’éditeur. En quelques semaines, il est devenu unbestseller, objet de débats parmi les experts et dans le grand public. Il se trouve que Tomáš Sedláček était alors membre du Conseil économique national du gouvernement tchèque, bien éloigné, par ses comportements comme par sa vision à long terme, des querelles d’un milieu politique surtout préoccupé par la prochaine échéance électorale. Loin d’afficher des certitudes et de proposer des réponses autocentrées, l’auteur se pose modestement des questions fondamentales : Qu’est-ce que l’économie ? Que signifie-t-elle ? D’où vient ce qui apparaît parfois comme une nouvel le religion ? Quelles sont ses possibilités, ses limites et ses frontières, s’il en est ? Pourquoi sommes-nous si dépendants de la croissance permanente, et de la croissance de la croissance ? D’où vient l’idée du progrès et où nous conduit-elle ? Pourquoi constate-t-on tant d’obsessions et de fanatisme dans les débats économiques ? Toute personne réfléchie doit se poser ces questions, auxquelles les économistes eux-mêmes fournissent rarement des réponses. Dans leurs programmes, la majorité de nos partis politiques placent en premier l’économie et la finance, affichant ainsi des priorités étroitement matérialistes ; vers la fin seulement, on y trouve la culture, comme une sorte de copié/collé ou de libation à l’intention de quelques originaux. De droite comme de gauche, la plupart d’ entre eux – consciemment ou non – acceptent et répandent la thèse marxiste selon laquelle l’économique serait la base de tout et le spirituel une simple superstructure. Peut-être cela tient-il à une fréquente confusion entre la simple comptabilité et l’économie en tant que discipline scientifique. Mais à quoi sert la comptabilité si ce qui donne un sens à la vie est pour une grande part difficile à chiffre r, voire totalement incalculable ? Je me demande ce que ferait un économiste-comptable chargé d’optimiser le travail d’un orchestre symphonique. J’imagine qu’il éliminerait tous les silences des symphonies de Beethoven. Ils ne servent à rien, ils ne font que retarder les cho ses sérieuses et l’on ne va tout de même pas payer les musiciens pour « jouer » des silences. Par ses questionnements, l’auteur brise les stéréot ypes. Il tente d’échapper aux spécialisations étroites et d’ouvrir les frontières entre disciplines scientifiques. Ses incursions au-delà des confins de l’économie et les passerelles qu’il jette en direction de l’histoire, de la philosophie, de la psychologie et des mythes antiqu es ne sont pas seulement originales, elles e sont indispensables à la compréhension du monde du XXI siècle. Ce livre est néanmoins très lisible et accessible aux non-spécialistes, il fait de l’économie un sentier vers l’aventure. On n’y trouve pas une réponse précise à la recherche permanente d’une finalité mais des raisons supplémentaires de s’interroger encore davantage sur le monde et le rôle que l’homme y joue. Au sein de mon équipe présidentielle, Tomáš Sedláček appartenait à cette génération de jeunes collègues qui, après quatre décennies de régime communiste totalitaire, s’apprêtait à renouveler la façon de voir le monde contemporain et ses problèmes. J’ai le sentiment que ce livre répond à mes attentes et j’espère que, vous aussi, vous l’aimerez.
REMERCIEMENTS
La gestation de ce livre a demandé de nombreuses années, d’innombrables conversations, des centaines de lectures, des myriades de livres lus jusqu’au bout de la nuit. Je dois ce livre à mes deux maîtres, le professeur Milan Sojka (qui m’a dirigé dans ce travail) et S. E. Milan « Mike » Miskovsky (qui m’a inspiré son sujet même, il y a des années de cela). Ce livre est un hommage à leur mémoire. Tous deux nous ont aujourd’hui quittés. J’exprime ma reconnaissance au professeur Mlčoch, enseignant remarquable d’Éthique des affaires, dont j’ai eu l’honneur d’être l’assistant . Un grand remerciement au professeur Kouba, au professeur Mejstřík et au professeur Žák pour leur rôle de guide. Merci aux étudiants de mon cours de Philosophie de l’économie en 2010 pour leurs commentaires et leurs réflexions. J’aimerais remercier le professeur Catherine Langlo is et Stanley Nollen, de Georgetown University, qui m’ont appris à rédiger, et le professeur Husock, de Harvard University. Je voudrais exprimer ma gratitude à l’Université de Yale pour m’avoir aimablement offert un fellowshipau cours duquel j’ai écrit une part substantielle de ce livre. Merci aux Yale World Fellows et à tous ceux de Betts House. Un grand merci aux personnes exceptionnelles que so nt Jerry Root, pour nous avoir permis de travailler à ce livre pendant un mois dans la tranquillité de son sous-sol, David Sween, qui a permis que tout cela se réalise, et James Halteman pour tous les livres. Merci à Dušan Drabina pour son soutien aux moments les plus difficiles. Nombreux sont les philosophes et les penseurs que j e me sens honoré de remercier : professeur Jan Švejnar, professeur Tomáš Halík, pro fesseur Jan Sokol, professeur Erazim Kohák, professeur Milan Machovec, professeur Zdeněk Neubauer, David Bartoň, Mirek Zámečník et mon jeune frère Lukáš, un grand penseur. Vers vous vont mes remerciements et mon admiration. Je ne pourrai jamais assez remercier le reste de ma famille, en particulier mon père et ma mère. Cependant le plus grand merci pour l’aide la plus spécifique reçue à l’occasion de ce livre va à l’équipe qui a coopéré sur les versions tchèqu e et anglaise : Tomáš Brandejs pour ses idées, sa foi et son courage, Jiří Nádoba pour les corrections et l’organisation, Betka Sočůvková pour sa patience et son endurance, Milan Starý pour ses dessins, sa créativité et sa gentillesse, Doug Arellanes pour sa traduction complète et Jeffrey Osterroth pour la lecture minutieuse des épreuves en anglais. Deux grands esprits m’ont aidé à rédiger et corriger des parties de ce livre : Martin Pospíšil et Lukáš Tóth, mes deux compagnons de réflexion. Je ne les remercierai jamais assez pour leurs idées brillantes, leurs recherches et nos débats passionnés, ainsi que pour le gros travail accompli sur certains chapitres dont ils sont coaut eurs. Je voudrais aussi remercier mes collègues du ČSOB a.s. pour m’avoir fourni leur aide et un contexte de travail propice. Markéta, ma femme, a été à mes côtés à des moments où aucune autre personne imaginable ne l’aurait pu. Merci pour ton sourire et tes réflexions (Markéta est sociologue : vous imaginez nos discussions à la table du dîner). Vraiment, ce livre lui appartient. Mais le plus grand remerciement va à celui dont en réalité je ne sais même pas le nom...
INTRODUCTION L’histoire de l’économie : de la poésie à la science Laréalité est faite d’histoires, non de matières. Zdeněk Neubauer Il n’est pas d’idée, si ancienne et absurde soit-elle, qui ne soit capable d’améliorer notre connaissance... Tout est permis...Paul Feyerabend
L’homme s’est toujours efforcé de comprendre le monde qui l’entoure. Il s’est aidé pour cela de récits qui donnaient du sens à sa réalité. Vus d’aujourd’hui, ces récits paraissent souvent farfelus – comme le seront les nôtres aux yeux des générations à venir. Mais leur pouvoir secret est immense. L’un de ces récits, commencé voici longtemps, est celui de l’économie. « Même pour un homme qui ne posséderait aucun bien, la science de l’économie existe » écrivait Xénophon 1 2 vers 400 av. J.-C. Cette science était autrefois celle de la gestion du foyer , plus tard une branche de la religion, de la théologie, de l’éthique, de la philosophie. Mais, peu à peu, elle paraît avoir beaucoup changé. On peut avoir parfois l’impression que l’économie a perdu ses nuances au profit d’un monde technocratique en noir et blanc. Pourtant, son histoire ne manque pas de couleurs. L’économie telle que nous la connaissons aujourd’hu i est un phénomène culturel, un produit de notre civilisation. Mais ce n’est pas unproduitsens où elle aurait été au intentionnellement fabriquée ou inventée à l’instar d’une montre ou un moteur d’avion. Une montre, un moteur d’avion, nous les comprenons – no us savons d’où ils viennent. Nous pouvons (presque) les décomposer entièrement puis les reconstruire. Nous savons comment 3 ils se mettent en marche et comment ils s’arrêtent . Avec l’économie, il en va autrement. Ses origines sont en grande partie inconscientes, spontanées, incontrôlées, imprévues, étrangères à la baguette de tout chef d’orchestre. Avant de devenir un champ d’étude à part entière, l’économie s’accommodait de son rattachement à des branches de la philosophie – l’éthique, par exemple – très éloignées de son concept d’aujourd’hui, celui d’une science mathématico-allocative dédaigneuse des sciences « sociales ». Mais notre « éducation » millénaire repose sur une base plus profonde, plus large et souvent plus solide, qu’il est bon de connaître.
M ythes, récits et science fière On aurait tort de croire que la réflexion économiqu e a commencé avec l’ère scientifique. Au début, pour répondre à des questions assez semblables à celles d’aujourd’hui, on expliquait le monde par les mythes et la religion ; aujourd’hui, ce rôle incombe à la science. Pour voir le lien, il faut sonder des mythes et des philosophies bien plus anciens. Ce livre vise donc à rechercher la pensée économique dans les mythes antiques, et inversement à rechercher les mythes dans l’économie d’aujourd’hui. On considère que l’économie moderne est née en 1776 avec la parution deThe Wealth of NationsRichesse des nations) d’Adam Smith. Notre âge postmoderne (nettement plus (La 4 humble, dirait-on, que l’ère scientifique moderne qui l’a précédé) est plus disposé à regarder loin en arrière, il est conscient du pouvoir de l’histoire (path dependency: effet de sentier), de la mythologie, de la religion et des fables. « La séparation entre l’histoire d’une science, sa philosophie, et cette science elle-même tend à se dissoudre, de même que la séparation entre science et non-science ; les différences entre scie ntifique et non-scientifique 5 s’évanouissent . » Il faut donc partir d’aussi loin que l’héritage écrit de notre civilisation nous le permet. Nous rechercherons les premières tr aces d’interrogation économique dans l’épopée du roi sumérien Gilgamesh et nous nous dem anderons comment les esprits juif, chrétien, classique et médiéval considéraient les questions économiques. De plus, nous examinerons avec soin les théories de ceux qui ont jeté les bases de l’économie contemporaine. Étudier l’histoire d’un domaine n’est pas, comme on le croit communément, étaler