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L'ENTREPRENEURIAT

De
271 pages
Les recherches empiriques sur l'entrepreneuriat sont nombreuses, pourtant le champ manque d'un cadre théorique solide, et particulièrement d'une définition standardisée de l'entrepreneur et de l'entrepreneuriat. La conception proposée ici, celle de l'entrepreneur " initiateur d'un processus complexe " a pour ambition de constituer ce cadre théorique général pour l'entrepreneuriat.
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L'ENTREPRENEURIAT
APPROCHE THÉORIQUE

DU MÊME AUTEUR

La Création d'entreprise en Afrique, Éditions EDICEF/ AUPELF, Vanves, 1996 (en collaboration). Le Management des entreprises africaines. Essai de management pement, Éditions L'Harmattan, Paris, 1997. du dévelop-

La Performance au travail, Éditions Gestion, Montréal, 1998 (en collaboration).
Le Processus entrepreneurial. Vers un modèle stratégique d'entrepreneuriat, Éditions L'Harmattan, Paris, 1999.

Émile-Michel HERNANDEZ Professeur Agrégé des Universités en Sciences de gestion

L'ENTREPRENEURIAT APPROCHE THÉORIQUE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Collection Alternatives rurales dirigée par Babacar SalI

Dernières parutions

J. LE MONNIER, Créer son emploi en milieu rural. T. MAMA, Crise économique et politique au Cameroun. J. BROUARD, Paroles et parcours de paysans. A.AÏT ABDELMALEK,L'Europe communautaire, l'Etat-nation et la Société rurale. B. FALAHA,Création sociale dans la réforme agraire chilienne. S. DAMIANAKOS,Le paysan grec. Défis et adaptations face à la société moderne. A. LE ROY, Les activités de service: une chance pour les économies rurales? S. Y ATERA, La Mauritanie. Immigration et développement dans la vallée du fleuve Sénégal. E. M. HERNANDEZ,Le management des entreprises africaines. S. BOUCHEMAL,Mutations agraires en Algérie. A. CORVOL, P. ARNOULD et M. HOTYAT (eds), La forêt. Perceptions et représentations. B. CARRYER, Femmes rurales dans le Mozambique contemporain. Politique et quotidien. Une émancipation manquée? M. TIESSA-FARMA MAÏGA, Le Mali: de la sécheresse à la rébellion nomade. B. J. LECOMTE, Sahel: l'aide contre les paysans? P. AUDINET, L'Etat entrepreneur en Inde et au Brésil: économie du sucre et de l'éthanol. Y. LEGRAND, A.M. HOCHET, Tradition pastorale et modernisation des systèmes de production au Sahel. lRAM, Regards du Sud Rémi MER, Le paradoxe paysan. Essai sur la communication entre l'agriculture et la société. Émile-Michel HERNANDEZ,Le processus entrepreneurial. Souga Jacob NIEMBA, Politique agricole vivrière en Afrique. Hélène Paillat-Jarousseau, Une terre pour cultiver et habiter:

anthropologie d'une localité de I 'lie de la Réunion, 2001.

Pour Micheline d'abord Pour Monique ensuite et pour Sophie

000

@L'Hannattan,2001 ISBN: 2-7475-1727-6

Au commencement était l'action. GOETHE dans Faust

Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas. C'est parce que nous n'osons pas que les choses sont difficiles.

SÉNÈQUE
Le succès consiste à aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme. Winston CHURCHILL

INTRODUCTION

L'ENTREPRENEUR COMME INITIATEUR D'UN PROCESSUS COMPLEXE

L'absence d'une définition standardisée et universellement acceptée de l'entrepreneur et de l'entrepreneuriat constitue un des principaux freins à la progression des connaissances dans ce champ et à la construction d'une théorie générale. Aussi semble-t-il indispensable au début d'un ouvrage traitant de l'entrepreneur et de l'entrepreneuriat, avant tout autre propos, de préciser les concepts qui vont être utilisés. L'entrepreneur, d'abord: ce n'est pas un personnage mythique, un démiurge agissant seul et indépendamment de tout contexte, le « rebelle isolé et créatif» décrit par Joseph Schumpeter (cf. Philippe Mustar 1994). C'est I' INITIATEUR D'UN PROCESSUS COMPLEXE agissant dans un contexte économique, historique, socioculturel et technologique donné. L'entrepreneuriat, ensuite: c'est l'ACTION DE L'ENTREPRENEUR. Elle peut s'exercer dans des contextes différents, d'où des formes diverses d'entrepreneuriat :

- Ce peut être la création ex nihilo d'une nouvelle organisation, c'est l'entrepreneuriat au sens canonique du terme. - Ou le développement d'une activité nouvelle au sein d'une organisation existante. Mais dans tous les cas c'est un « fait social total» au sens de Marcel Mauss
(1923-1924). L'entreprise, enfin: elle a une double dimension statique et dynamique. Elle est à la fois structure et mouvement. L'entrepreneuriat traitant de l'entreprise en train de se faire, elle est plus vue ici comme mise en œuvre d'un projet, comme anticipation opératoire, individuelle ou collective d'un futur désiré. Comme

l'indique Jean-Pierre Bréchet (1994 : 13) : « Définir l'entreprise comme projet
d'entreprendre conduit à délaisser l'objet entreprise pour s'intéresser, du point de vue des acteurs, aux processus de l'action collective par lesquels un projet se concrétise» .

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Deux thèmes sont abordés dans cette introduction: d'abord la présentation de l'entrepreneur comme INITIATEUR D'UN PROCESSUS COMPLEXE, puis le plan de l'ouvrage.

I. L'ENTREPRENEUR COMPLEXE:

COMME INITIATEUR

D'UN PROCESSUS

La diversité des conceptions de l'entrepreneur est d'abord présentée à travers quelques auteurs classiques et quelques approches plus récentes. Puis la définition proposée de l'entrepreneur comme Initiateur d'un Processus Complexe est justifiée à travers l'analyse des notions d'initiation, de temporalité (cf. l'approche processuelle) et, enfin, de complexité. 1°) La diversité des conceptions de l'entrepreneur: C'est l'action et la compétence de l'entrepreneur qui créent l'entreprise. L'entrepreneur est le sujet, l'acteur, et la création d'entreprise, le résultat de son action. Aussi l'entrepreneuriat ne peut-il être défini qu'en faisant référence à l'entrepreneur. Or, comme il a été indiqué, il n'y a toujours pas accord dans la littérature sur ce qu'est ou n'est pas un entrepreneur. Divers auteurs ont tracé un historique du concept d'entrepreneur ainsi Hélène Vérin (1982), Paul Laurent (1989), Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis (1995, 1999), Robert Wtterwulghe (1998), Jean-Claude Papillon (2000), etc. Les apports des principaux auteurs classiques seront d'abord brièvement évoqués avant de s'intéresser à des conceptions plus récentes de l'entrepreneur.
Le premier auteur considéré comme important est Richard Cantillon. Vers 1726, réfléchissant sur la nature du commerce, il fournit une première image de l'entrepreneur. Il oppose ceux dont les gages sont certains à ceux dont les gages sont incertains, les entrepreneurs. Il définit l'entrepreneur par son affrontement au risque. Est entrepreneur celui qui s'engage de façon ferme vis-à- vis d'un tiers, sans garantie de ce qu'il peut en attendre. Le deuxième auteur important est Jean- Baptiste Say. Pour lui l'entrepreneur est celui qui réunit et combine les facteurs de production. Son but premier est d'accroître la production, la recherche du profit est annexe, et il le définit ainsi

(1803 : 74) : « L'entrepreneur d'industrie est celui qui entreprend de créer pour
son compte, à son profit et à ses risques un produit quelconque». Sa conception est assez proche de celle d'un auteur contemporain Mark Casson (1991 : 22) pour

qui l'entrepreneur assume une fonction de coordination: « Un entrepreneur est quelqu'un de spécialisé dans la prise (intuitive) de décisions (réfléchies) relatives à la coordination de ressources rares ».

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Pour Joseph Schumpeter (1935) l'entrepreneur est celui qui introduit et conduit l'innovation. Elle peut revêtir différents aspects: fabrication d'un bien nouveau, introduction d'une méthode de production nouvelle, conquête d'un nouveau débouché, conquête d'une nouvelle source de matières premières, réalisation d'une nouvelle organisation de la production. Pour Peter Drucker (1985) également l'innovation est l'aspect essentiel de la fonction entrepreneuriale : seul mérite l'appellation d'entrepreneur celui qui bouleverse et désorganise, celui qui, pour reprendre une formule schumpeterienne, opère une « destruction créatrice ». Enfin Émile Cheysson, influencé par le paternalisme de l'école de Le Play, met en avant la dimension sociale de l'entrepreneuriat. Pour cet auteur (1897) le chef d'entreprise est investi non seulement d'un pouvoir économique mais aussi d'une fonction sociale: « Il faut donner comme fondement à la prospérité de l'entreprise le bien-être des ouvriers ». On retrouve cette conception de l'entrepreneur socialisé chez deux auteurs contemporains Sophie Boutillier et Dimitri U zunidis (1999 : 110) : « L'entrepreneur ne peut donc être compris qu'en rapport avec la

société qui lui accorde ce rôle: c'est un agent social». Si de nombreux autres auteurs se sont intéressés à l'entrepreneur et en ont proposé des définitions elles reprennent presque toutes les trois principaux axes évoqués: la notion de prise de risque, celle de coordination-organisation et celle d'innovation. Pour Michel Marchesnay (1997) c'est d'ailleurs la réunion de ces trois composantes - assomption du risque financier, esprit d'organisation, esprit d'innovation - qui constituent les bases de l'esprit d'entreprise et justifient la rémunération attendue, le profit.
Parmi les apports récents trois méritent, selon nous, de retenir plus particulièrement l'attention: l'entrepreneur comme créateur de valeur, comme combleur de vide, et, enfin, comme courtier-stratège. La notion de création de valeur a été mise en avant par Christian Bruyat qui dans sa thèse (1993) définit l'entrepreneuriat comme le dialogique individu/création de valeur et par RobertD. Hisrich etMichaëlP. Peters (1991 : Il) qui définissent le concept d'« entreprenance» comme «le processus qui consiste à créer quelque chose de différent et possédant une valeur, en lui consacrant le temps et le travail nécessaires, en assumant les risques financiers, psychologiques et sociaux correspondants et à en recevoir les fruits sous forme de satisfaction pécuniaire et personnelle». Le rôle de combleur de vide est celui que, selon Janet T. Landa (1993), joue l'entrepreneur dans les pays en développement face à l'insécurité contractuelle et à la faiblesse du dispositif juridique destiné à faire respecter les contrats. Il s'agit notamment de sa capacité à créer des réseaux d'échange personnalisés en vue de réduire le coût inhérent au respect des contrats. Ce rôle de combleur de

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vide lui permet d'arriver quand même à créer et à maintenir en activité une entreprise dans un contexte tout à fait spécifique où l'incertain est nettement plus élevé que dans les pays occidentaux (cf. Émile-Michel Hernandez 1997). La dématérialisation de l'économie a fait naître un nouveau type d'entrepreneur dont l'activité est la manipulation de symboles. Pierre-André Taguieff (2000) y voit la formation d'une nouvelle classe élitaire, transnationale, composée de
spécialistes de la manipulation de symboles abstraits qu'il qualifie d' « expertsentrepreneurs ». Robert Reich (1993) parle lui de « courtiers-stratèges» pour définir dans la nouvelle économie ceux qui dans l'ancienne étaient typiquement appelés dirigeants ou entrepreneurs. Ils ont les capacités nécessaires pour faire se rejoindre les résolveurs et les identificateurs de problèmes: «Ceux qui tiennent ce rôle doivent avoir une compréhension des technologies et des marchés spécifiques suffisante pour discerner le potentiel des nouveaux produits; ils doivent aussi trouver l'argent nécessaire pour lancer le projet, et rassembler les bons résolveurs et identificateurs de problèmes qui le mèneront à son terme» (Reich 1993 : 75). Ils manient des idées, se chargent de faciliter les choses, et ont un rôle d'entraîneur. En d'autres termes Reich propose une conception « nouvelle économie» de l'entrepreneur. Le spéculateur, le parieur prennent des risques financiers, l'alpiniste, le navigateur solitaire prennent aussi des risques, pourtant aucun n'est un entrepreneur. Un responsable universitaire, un cadre d'entreprise ont un rôle de coordination, d'organisation, ce ne sont pas non plus des entrepreneurs. Si on réserve le terme d'entrepreneur à ceux qui innovent réellement, bien peu méritent cette appellation, en France quelques dizaines par an selon Philippe Mustar (1997) un chercheur spécialisé dans l'étude des entreprises innovantes. Un cadre doit se préoccuper de créer de la valeur dans son entreprise, s'il veut lui-même avoir de la valeur pour elle et réduire le risque d'être licencié, le plus souvent cela ne suffit pas à en faire un entrepreneur, ni même un intrapreneur. La notion de combleur de vide, telle que la conçoit Janet T. Landa, correspond mieux au contexte des pays en voie de développement qu'à celui des pays occidentaux; et celle de courtier-stratège, mieux à l'entrepreneur de la nouvelle économie qu'à l'entrepreneur classique encore largement majoritaire. La conception proposée dans cet ouvrage est celle de l'entrepreneur comme INITIATEUR D'UN PROCESSUS COMPLEXE: initiateur, car il est celui qui est à l'origine, qui ouvre une voie nouvelle; processus, pour montrer l'importance du temps et le caractère organisé des phénomènes en jeu; complexe, pour faire ressortir la grande variété des éléments à considérer et leur interdépendance. On peut juger cette définition insuffisante et souhaiter la compléter de « CRÉATEUR DE VALEUR ». Nous nous en abstiendrons pour au moins trois

raisons. D'abord, l'exigence de création de valeur n'est pas spécifique à l'entrepreneuriat. Elle s'impose à toute organisation, car seule elle en assure la

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pérennité. Ensuite, toutes les initiatives entrepreneuriales ne sont pas créatrices de valeur, loin s'en faut. On en a un exemple avec les difficultés actuelles de nombreuses start-up qui détruisent plus de valeur qu'elles n'en créent. Elles relèvent pourtant incontestablement du champ de l'entrepreneuriat. Enfin, la notion de création de valeur s'entend essentiellement dans son acception financière. Cela ne constitue pas l'objectif principal de nombreux entrepreneurs, en particulier des demandeurs d'emploi, qui visent surtout à créer leur propre emploi et à s'insérer socialement. Il faudrait alors parler plutôt de « valeur sociale» que de valeur. L'entrepreneuriat recouvre des réalités très diverses qu'une théorie générale se doit d'inclure. Christian Bruyat (1994) propose une intéressante typologie faisant ressortir les divers aspects de la démarche entrepreneuriale au sens large du terme. Ce tableau montre les formes possibles de l'entrepreneuriat :

Aucune I N D É P E N D A N C E

NOUVEAUTÉ

PMIsation juridique

>
avec

Totale

Croissance interne

Essaimage ou PMlsation sous-traitance

sauvage

Filiale à 100 % Hypogroupe Grappes de PME

Création d'une entreprise franchisée
Essaimage avec transfert d'activité

Essaimage avec création d'une activité nouvelle

Acquisition

Création ex nihilo

Totale
Tableau: Les différentes logiques conduisant à la création d'entreprise (Bruyat 1994 : 89).

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1. La PMlsation juridique est le transfert à une structure juridique indépendante d'une activité préexistant dans l'entreprise. 2. La croissance interne est la création d'une filiale par un entrepreneur qui veut développer ou élargir ses activités en créant pour cela un cadre juridique nouveau. 3. Le franchisé crée une nouvelle activité commerciale, industrielle ou de service en suivant le modèle mis au point par un franchiseur et avec son appui. 4. L'essaimage consiste à aider un salarié à se lancer dans une activité indépendante. Au démarrage l'essaimé travaille souvent en sous-traitance pour son ancien employeur (l'essaimeur), puis petit à petit diversifie sa clientèle et conquiert son indépendance véritable. 5. L'acquisition ou reprise est l'achat d'une entreprise préexistante par un acheteur détenteur de capitaux. 6. La création ex nihilo est la forme la plus pure d'entrepreneuriat. Un individu, seul ou avec quelques associés, crée une entreprise indépendante ne reposant sur aucune structure préexistante. Pour certains seul ce type de création où rien ne préexiste mérite le nom d'entrepreneuriat. Le « summum» de la démarche est la création ex nihilo d'une entreprise innovante, et certains puristes s'inscrivant dans la lignée de Joseph Schumpeter et de Peter F. Drucker considèrent que seul ce créateur mérite véritablement le nom d'entrepreneur.

2°) L'initiation: Pour le dictionnaire Le Robert (1975 : 744) l'initiateur est « Celui, celle qui initie, « qui enseigne le premier aux autres une chose qu'ils ignorent ou qui ouvre

une voie nouvelle dans une des connaissances humaines »». Ici, la notion
retenue est celle d' « ouverture d'une voie nouvelle ». L'entrepreneur est celui qui ouvre une nouvelle porte, qui offre de nouvelles possibilités, qui permet ce qui serait impossible sans son initiative. Il est le premier à proposer, entreprendre, organiser quelque chose. Dans cette notion d'initiation il y a deux idées: celle du début, de commencement et celle de passage d'un état inférieur (avant) à un état supérieur (après) (cf. L'« initié» en anthropologie). Il y a deux grandes approches en matière d'entrepreneuriat. D'un côté ceux qui, comme Schumpeter, puis Drucker, privilégient l'innovation, de l'autre ceux qui, comme Gartner (1993), privilégient la création d'organisation. Un tableau résume ces deux conceptions: voir page suivante.
Pour Schumpeter et Drucker I et II sont des entrepreneurs, pour Gartner I et IV sont des entrepreneurs. Il y a donc accord sur I (entrepreneur) et sur III (pas entrepreneur) et désaccord sur II et IV. En définissant l'entrepreneur comme l'initiateur d'un processus complexe on

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CRÉATION D'ORGANISATION OUI I Créateur d'Organisation et Innovateur = Entrepreneur NON II Innovateur mais pas Créateur d'Organisation = Entrepreneur? III Ni innovateur, ni Créateur d'Organisation = pas Entrepreneur

I N N 0 V A T I 0 N

OUI

IV Création d'Organisation mais pas innovateur = Entrepreneur? NON

considère comme entrepreneurs I, II et IV. La conception proposée est donc plus large que celle de Schumpeter, de Drucker et de Gartner. Deux questions sont souvent posées aux chercheurs en entrepreneuriat : 1. Peut-on être entrepreneur sans créer d'entreprise? 2. Peut-on créer une entreprise et ne pas être entrepreneur?

La réponse à la première question est oui, par exemple avec une action d'intrapreneuriat. La réponse à la seconde question est non, car à partir du moment où il y a création d'une entreprise on est entrepreneur. 3°) La temporalité: La notion de temps est une dimension essentielle en sciences de gestion. Laurent Batsch (1997 : 3305) montre comment le temps est présent dans toutes les disciplines de la gestion, comment chacune en fait un usage particulier: « il est l'exercice en comptabilité, le cycle de rotation pour l'analyse financière, le futur quantifiable pour le choix d'investissement, l'espace d'évaluation des performances pour le contrôle de gestion, l'objet privilégié de la gestion de produit, l'âge du produit en marketing, un train d'aménagement pour la gestion des ressources humaines, une contrainte d'allocation des ressources pour la stratégie de portefeuille et un avantage compétitif en stratégie concurrentielle ». Le temps est une contrainte pour la gestion: il fixe l'horizon de la décision, c'est la notion d'urgence; il est le poids de l'expérience, c'est celle de durée; le futur prévisible, c'est l'horizon; la trajectoire singulière de l'entreprise, c'est l'histoire ;un flux d'intensité changeante, c'est le rythme; un ensemble de conditions environnantes, c'est la période.

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Pour le processus entrepreneurialle temps n'est pas qu'une contrainte: il est l'essence même du processus. Il ne s'agit pas d'une temporalité linéaire, parfaitement rationnelle et séquentielle mais d'une temporalité faite de retour en arrière, de boucles et d'itération. Bruyat qualifie le temps de «dimension incontournable dans le champ de l'entrepreneurship ». En sciences de gestion deux approches du temps dominent: soit il n'est pas pris en compte (vision statique) ; soit il l'est (vision dynamique) mais reste extérieur à l'action, il n'est que le cadre séquentiel dans lequel elle s'inscrit et peut devenir une contrainte. Il est beaucoup plus rarement considéré comme constituant essentiel du modèle (vision processuelle). Aujourd'hui divers travaux traduisent le souci de développer une vision processuelle de la gestion. Ainsi Sumantra Ghoshal et Christophe Bartlett (1998) proposent de remplacer le modèle classique Stratégie - Structure Systèmes par un modèle des 3 P (Projet - Processus - Personnel) à même de développer «la connaissance, l'initiative, la créativité, la réactivité» dans l'organisation. S'inspirant des travaux d'Andrew Pettigrew (1987) une équipe de chercheurs belges Brouwers, Comet, Gutierrez, Pichault, Rousseau, Wamotte (1997) propose un modèle d'analyse contextualiste des processus de changement intégrant différentes approches explicatives (de la planification rationnelle à l'interprétativisme, en passant par la contingence, la perspective politique et l'incrémentalisme) et la dimension temporelle. Ce modèle, qualifié par ses

auteurs de « modèle des cinq forces» est ainsi schématisé:
Sens attribué par l'équipe dirigeante et style de management (modèle interpré~ Nature du système d'influence et stratégies des acteurs politique) pIe

temps

V

V

processus de changement organisationnel

>

Poids des structures et des décisions passées (modèle incrémentaI)

)
20

\

Contraintes et opportunités de l'environnement (modèle contingent)

Schéma: Le modèle des cinq/orees (Pichault et Cornet 1996 : 414)

Il permet la prise en compte des temporalités différenciées caractérisant les différents niveaux d'analyse considérés et leurs interactions. Enfin, pour Jean-Pierre Bréchet (1994, 1996) c'est l'entreprise elle-même qu'il faut concevoir de façon dynamique puisqu'il la définit comme « projet d'entreprise », et la gestion stratégique comme« développement du projet d'entreprendre ». Il préconise donc de passer de l'étude de l'objet à celle de l'action. L'importance de la dimension temporelle dans l'étude de l'entrepreneuriat amène à souhaiter le développement d'études longitudinales permettant de suivre des créateurs pendant toute leur phase entrepreneuriale. L'impérieuse nécessité de publier (surtout aux États-Unis) amène souvent les chercheurs à préférer les études ponctuelles (photographie) excluant la dimension temporelle aux études longitudinales (film) la prenant en compte. Le terme «processus» a été intégré dans la définition de l'entrepreneur proposée pour deux raisons essentielles. D'une part montrer que le temps est l'essence même du processus entrepreneurial. D'autre part faire ressortir que l'entrepreneuriat n'est pas qu'un moment limité dans la vie de l'organisation, un moment encadré par deux bornes, du jour J de la création au jour J + trois ans souvent retenu par les auteurs comme fin de la phase de création. L'entrepreneuriat est mouvement, état d'esprit, chemin plus que destination. Il peut cesser bien avant la date fatidique des trois ans, ou se poursuivre bien au-delà. 4°) La complexité: Trois thèmes seront abordés: le concept d'abord, ses apports aux sciences de gestion ensuite, son intérêt pour l'étude de l'entrepreneuriat enfin. Le concept de complexité doit largement sa popularité, en France, au sociologue Edgar Morin (1990, 1995). La pensée de la complexité vise à construire des concepts et des modes de raisonnements aptes à appréhender des phénomènes où interagissent une multitude de facteurs, où se combinent des principes de régulation et de déséquilibre, où se mêlent contingence et déterminisme, création et destruction, ordre et désordre, où enfin s'échafaudent des systèmes composés de niveaux d'organisation. Elle est née à l'intersection de plusieurs théories: théorie de l'information, cybernétique, approche systémique, théorie de l'auto-organisation, du chaos. Edgar Morin (1995) oppose ce nouveau paradigme à la pensée scientifique classique édifiée sur trois piliers: l'ordre (conception déterministe et mécaniste du monde) ; la séparabilité (principe cartésien selon lequel il faut, pour comprendre un phénomène, le décomposer en éléments simples) ; la raison (logique inductive - déductive identitaire identifiée à une raison absolue). La pensée complexe vise: à mettre en dialogique l'ordre, le désordre et l'organisation; à relier (sciences systémiques) ce qui est étudié séparément par les disciplines traditionnelles; à établir une

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combinaison dialogique entre l'utilisation segment par segment de la logique inductive - déductive - identitaire et sa transgression dans les« trous noirs» où elle cesse d'être opérationnelle. Achille Weinberg (1995) qualifie cette pensée

de « nouveau paradigme en voie de constitution ». Et il ajoute aussitôt: « Y
parviendra-t-elle? Si le programme de recherche et les questions qu'elle pose semblent incontournables, si les programmes de recherche qu'elle suscite semblent prometteurs, il faut bien admettre que les applications sont encore très fragmentaires, les résultats concrets restent à venir». Qu'en est-il en sciences de gestion? En sciences humaines, les applications des théories de la complexité sont assez récentes et timides: c'est le cas pour la gestion. Divers auteurs s'y sont référés. Ainsi le thème de la complexité a inspiré entre autres Dominique Genelot (1992, 1994) et Alain-Charles Martinet (1993) ; celui du chaos David Freedman (1993), Tom Peters (1988), Hervé Serieyx (1993), Raymond-Alain Thiétart et Bernard Forgues (1993), etc. Les motivations de ces auteurs sont diverses: pour certains c'est l'occasion d'une réflexion sérieuse sur les apports éventuels d'un paradigme naissant aux sciences de gestion; pour d'autres c'est une mode à saisir avant qu'elle ne passe. La théorie du chaos, en particulier, opère une véritable fascination sur les sciences sociales. Les auteurs oublient sa nature véritable, une théorie mathématique, pour utiliser le terme de chaos dans son sens courant celui de turbulence, de désordre, pour en faire uniquement un usage métaphorique. La référence non maîtrisée à une telle théorie peut d'ailleurs donner lieu aux dérives dénoncées par Bricmont et Sokal (1997). Pour conclure sur ce point, on peut donc dire que les problématiques étudiées en sciences de gestion relèvent souvent de la pensée complexe, mais que l'intérêt suscité excède de loin les avancées réelles, les applications pratiques.

L'application du paradigme de la complexité à l'entrepreneuriat amène à distinguer cette notion de celle de complication. Une voiture ou un avion sont démontables en un ensemble fini de pièces et remontables (éventuellement avec l'aide d'une documentation technique) : ce sont des machines compliquées. Un organisme vivant, un phénomène historique ne peuvent être décomposés et reconstruits à partir d'éléments simples et indépendants: ils sont complexes. La création d'une entreprise relève-t-elle de la complexité ou de la complication? La démarche n'est pas compliquée. Tous les ans en France deux cent mille personnes environ l'entreprennent, beaucoup ont un niveau d'instruction faible ou assez faible, et les gouvernements successifs s'efforcent de la simplifier pour la rendre accessible au plus grand nombre. Les divers ouvrages traitant du sujet sont d'une compréhension aisée due au désir évident de vulgarisation des auteurs et à la relative simplicité de la démarche toujours présentée de façon très

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structurée: trouver une idée; vérifier qu'elle correspond bien à un marché c'està-dire à une demande effective et solvable; choisir une option juridique, sociale et fiscale; établir des prévisions financières pour déterminer les fonds nécessaires au démarrage et l'espérance de gain; et passer à l'acte... S'il est relativement simple l'entrepreneuriat est aussi extrêmement complexe. Les divers modèles présentés par les auteurs ont fait ressortir toute la complexité de la démarche. Elle est la combinaison étroite et permanente d'une composante stratégique (le projet, l'environnement, les ressources) et d'une composante psychologique (l'entrepreneur, ses comportements, ses aptitudes, ses motivations). Elle fait interagir une multitude d'éléments, se développe dans le temps avec de nombreuses rétroactions. L'entreprise se produit en produisant et produit son créateur:

La simplicité apparente de la démarche n'est qu'illusion. Si parmi les deux cent mille créateurs annuels la plupart maîtrise suffisamment la complication de la démarche, il est probable qu'ils en sous-estiment aussi la complexité. Quant à ceux qui sont à même de l'appréhender, ils sont beaucoup plus réticents à se lancer, ainsi par exemple peu d'élèves des grandes écoles de commerce et d'ingénieur créent une entreprise. Les chercheurs en entrepreneuriat se sont aussi intéressés à la théorie du chaos: William D. Bygrave (1989, 1993) ; Raymond W. Smilor et Henry R. Feeser (1991) ;Howard Stevenson et Susan Harmeling (1990). Bygrave l'estime intéressante pour étudier l'entrepreneuriat mais reconnaît qu'au stade actuel de nos connaissances elle n'est guère utile que comme métaphore. Il rejoint donc l'avis des autres chercheurs en sciences de gestion sur cette théorie. Smilor et Feeser proposent eux un modèle d'entrepreneuriat censé utiliser la théorie du chaos. Il s'agit en fait d'un modèle statique recensant les conditions initiales à prendre en considération pour créer et développer des entreprises technologiques, sans aller plus avant dans la modélisation du processus et la prise en compte des dynamiques. Enfin si Stevenson et Harmeling estiment que l'entrepreneuriata besoin d'une théorie plus chaotique (<< a more « chaotic» theory»), il leur reste à la construire.

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Aujourd'hui le chercheur en entrepreneuriat sait qu'il étudie un phénomène complexe, où apparaît du nouveau dans un processus de changement, que la science classique ne permet pas d'appréhender correctement. La théorie de la complexité par contre permet de mieux l'appréhender mais ce nouveau paradigme n'est pas encore suffisamment développé pour être réellement opératoire. Son opérationnalisation, si elle est suffisamment rapide, nous permettra de l'utiliser pour étudier l'entrepreneuriat. L'extension d'une société de service tertiaire puis quaternaire, la diminution des coûts d'équipement informatique et par conséquent des coûts de transaction, la volonté d'autonomie des personnes, et les limites du modèle salarial d'emploi amènent, aujourd'hui, un regain d'intérêt pour la création d'entreprise. Il doit impérativement se faire en intégrant la dimension
complexe du processus. I

II. LE PLAN DE L'OUVRAGE:
Cet ouvrage comprend cinq chapitres et une conclusion. Le premier chapitre a pour objectif de montrer si l'usage des métaphores peut faire progresser la connaissance dans le champ de l'entrepreneuriat. Les sciences de gestion font depuis toujours un large usage des métaphores pour faciliter la compréhension de leur champ. C'est à un canadien, Gareth Morgan, qu'on doit le travail essentiel sur l'utilisation des métaphores en sciences de l'organisation, un ouvrage intitulé Images de l'organisation publié en 1989. Selon cet auteur l'organisation peut être vue comme une machine, un organisme, un cerveau, une culture, un système politique, une prison du psychisme, flux et transformation, un instrument de domination. L'étude d'un corpus anglais et français a permis d'identifier les métaphores utilisées en entrepreneuriat. Il en ressort une domination qui semble excessive de la métaphore biologique. Cette analyse quasi monométaphorique amène à se demander si au lieu d'être un instrument de compréhension, elle ne constitue pas plutôt un obstacle à l'approfondissement de la connaissance d'un champ dont la complexité constitue une des caractéristiques majeures comme il a été précédemment indiqué.

Comme il n'y a pas de théorie sans modèles, le deuxième chapitre traite des modèles d'entrepreneuriat. Il présente un état de la littérature sur l'entrepreneuriat. On peut discerner une évolution des interrogations sur l'entrepreneuriat. La recherche du profil du créateur qui réussit correspond à une approche fondamentaliste; la mesure de l'extrême variété des situations de création et des entités créées, à une approche contingente; les publications récentes où il n'est plus question du créateur et de ses caractéristiques mais de « formation

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d'organisation, de création d'organisation, d'émergence organisationnelle...», à l'approche processuelle. Les modèles en entrepreneuriat sont de trois types: exploratoire ou descriptif, explicatif, et prédictif. L'utilisation du paradigme positiviste ne présente pas de difficultés pour les recherches exploratoires ou descriptives. Elle est déjà plus difficile pour les recherches explicatives, et devient impossible pour les recherches prédictives (cf. Bruyat - 1993). L'extrême complexité et le caractère multidimensionnel du phénomène entrepreneurial entraînent la nécessité d'adopter le paradigme constructiviste. Le chercheur en entrepreneuriat est donc face à un dilemme: utiliser l'approche positiviste classique mais présentant des limites, utiliser l'approche constructiviste plus délicate mais aussi plus prometteuse à terme, ou enfin s'inspirer à la fois d'une approche et de l'autre. Cette interrogation méthodologique nous conduit, infine, à proposer un modèle stratégique intégrant la dimension temporelle et permettant de lier ces différents modèles et ces différents types d'explication. Ce modèle stratégique d'entrepreneuriat comprend quatre étapes: Initiation (Étape I), Maturation (Étape II), Décision (Étape III), Finalisation (Étape IV). Puis l'entrepreneuriat est étudié à la lumière de trois corpus théoriques, les théories de l'organisation d'abord (Chapitre III), la théorie post-moderne des organisations ensuite (Chapitre IV), les théories de la firme enfin (Chapitre V).

Le troisième chapitre est consacré « à la recherche de l'entrepreneuriat dans les
théories des organisations ». Les nombreuses et diverses théories des organisations se sont plus intéressées aux grandes organisations qu'aux petites, et a fortiori à celles en train de se créer, c'est-à-dire à celles qui relèvent du champ de l'entrepreneuriat. Le rapprochement des champs de la théorie des organisations et de l'entrepreneuriat n'ayant donné lieu, à notre connaissance, qu'à peu de publications, c'est l'objet de ce chapitre. Trois niveaux sont successivement abordés. Le niveau individuel, c'est-à-dire celui de l'entrepreneur, car la création d'entreprise est d'abord l'affaire d'un individu ou d'un petit groupe, le ou les créateurs. Le niveau organisationnel en partant du postulat que si toute petite entreprise n'est pas obligatoirement jeune, toute nouvelle entreprise est obligatoirement petite soit de façon pérenne, soit de façon transitoire. Le niveau environnemental, la notion de liberté de l'organisation cédant la place à celle d'interdépendance organisation-environnement. Les deux premiers niveaux privilégiant les déterminants internes à l'organisation, le troisième mettant l'accent sur les déterminants externes à l'organisation. Le quatrième chapitre établit un rapprochement qui peut, a priori, sembler audacieux entre la théorie postmoderne des organisations et le champ de l'entrepreneuriat. Cette théorie présente deux caractéristiques essentielles. La

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première est d'être souvent assez hermétique et difficile à maîtriser pour le profane qu'est, en ce domaine, le chercheur en sciences de gestion. La pensée d'auteurs comme Baudrillard ou Derrida n'étant pas, c'est le moins qu'on en puisse dire, toujours facile à saisir. La seconde est de se définir plutôt de façon négati ve que de façon positive: lapostmodernité s'oppose d'abord à la modernité; elle prône le rejet des métarécits que sont le marxisme, le freudisme et le positivisme mais se refuse à en proposer d'autres... Et pourtant, malgré ces handicaps, divers aspects de la gestion prennent progressivement, dans certaines entreprises, une dimension postmoderne. Le rapprochement des termes « postmodernité» et «gestion» ne relève donc plus aujourd'hui du seul domaine de l'utopie. Qu'en est-il en matière d'entrepreneuriat ? Un travail de terrain a consisté à recueillir des récits de vie d'entrepreneurs et à les analyser ensuite selon la dimension modernité/postmodernité. Ce rapprochement postmodernité/ entrepreneuriat se poursuit par la présentation de divers modèles d'entreprise postmoderne actuellement en cours d'édification. Là aussi, peu à peu, l'utopie s'efface devant l'avancée du réel. Le cinquième chapitre s'intéresse lui au corpus constitué par les diverses théories de la firme. Sciences de gestion et sciences économiques sont, pour un profane, deux domaines voisins dont le rapprochement ne doit, a priori, soulever aucune difficulté. Pourtant, pendant longtemps, ces deux champs sont restés assez éloignés. Les économistes ne concevant l'entreprise que comme une fonction de production se sont peu intéressés à cette « boîte noire ». Ils ne voyaient pas l'intérêt d'essayer d'en soulever le couvercle, préférant laisser cela aux gestionnaires. Aujourd'hui le regard des économistes a changé et ils sont nombreux à traiter des théories de la firme. On peut dire sans exagération qu'au trop peu d'il y a quelques années a succédé le trop d'aujourd'hui. Il a donc été choisi de ne présenter ici que les trois approches nous semblant les plus intéressantes pour un chercheur en entrepreneurial. D'abord l'approche néo-institutionnaliste de l'économie des coûts de transaction qui explique l'existence autonome des firmes par rapport aux marchés par l'internalisation des coûts liés à toutes les transactions économiques existant dans le capitalisme moderne. Puis l'approche conventionnaliste, qui constitue une alternative à l'approche contractualiste précédente, et analyse l'entreprise comme une convention d'effort et le marché comme une convention de qualification. L'entreprise conventionnaliste est d'abord un lieu de coordination entre des catégories d'acteurs distincts où le collectif n'est pas donné par le seul regroupement mais est une construction de la coordination par les règles. Et sur cette base, éventuellement, se construit un apprentissage.

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L'approche évolutionniste, enfin, pour laquelle la préoccupation principale de l'entreprise n'est pas de maximiser le profit, mais d'abord de survivre, comme tout être vivant dans la théorie darwinienne de l'évolution. L'entreprise évolutionniste, à la différence de l'entreprise conventionnaliste est, elle, d'abord un lieu d'apprentissage et secondairement un lieu de coordination. La conclusion, enfin, ne traite plus de ce qui constitue l'entrepreneuriat au sens canonique du terme à savoir la création ex nihilo d'entreprise, mais de l'organisation entrepreneuriale. L'entrepreneuriat étant conçu comme un processus peut-il perdurer plusieurs années après la création, ou ne constitue-t-il obligatoirement qu'un moment dans la vie de la firme? Un modèle est proposé, l'entreprise holomorphe, susceptible de permettre à l'organisation de rester durablement entrepreneuriale, de passer de l'entrepreneur démiurge à l'entreprise entrepreneur.
Cet ouvrage traite donc moins de l'entrepreneur, acteur économique, que de l'entrepreneuriat, processus économique complexe, dont l'entrepreneur est l'initiateur. Si l'étude de l'entrepreneur relève plutôt des sciences économiques -les principaux auteurs ayant d'ailleurs été des économistes -, l'étude de l'entrepreneuriat relève elle, pour nous, essentiellement des sciences de gestion. L'ambition est donc, ici, de contribuer à la construction d'un champ légitime et autonome des sciences de gestion, l'entrepreneuriat, comme le sont le marketing, la finance ou la gestion des ressources humaines.

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