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L'épopée de l'innovation

De
148 pages
L'incertitude ronge l'économie contemporaine. Le besoin en nouveautés marchandes devient pressant. Cet ouvrage est un traité général de l'innovation. L'auteur développe une mise en perspective théorique et historique des relations dynamiques qui existent entre la science, la technologie, l'industrie et la transformation économique. L'analyse présentée permet d'apprécier la dimension stratégique de l'innovation technologique tout en montrant son rôle dans la croissance économique et le changement social.
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~ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8015-6 EAN:9782747580151

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L'EPOPEE DE
L'lN NO VAT ION
Innovation technologique et évolution économique

Collection « L'esprit économique

»

fondée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis en 1996 dirigée par Sophie Boutillier, Blandine Laperche, Dimitri Uzunidis Si l'apparence des choses se confondait avec leur réalité, toute réflexion, toute Science, toute recherche serait superflue. La collection « L'esprit économique» soulève le débat, textes et images à l'appui, sur la face cachée économique des faits sociaux: rapports de pouvoir, de production et d'échange, innovations organisationnelles, technologiques et financières, espaces globaux et microéconomiques de valorisation et de profit, pensées critiques et novatrices sur le monde en mouvement... Ces ouvrages s'adressent aux étudiants, aux enseignants, aux chercheurs en sciences économiques, politiques, sociales, juridiques et de gestion, ainsi qu'aux experts d'entreprise et d'administration des institutions.

La collection est divisée en cinq séries:
Monde en Questions, Krisis, Clichés

Economie et Innovation,

Le

et Cours Principaux.

Dans la série Economie et Innovation sont publiés des ouvrages d'économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l'accent sur les transformations économiques et sociales suite à l'introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L'innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles.
Dans la série Le Monde en Questions sont publiés des ouvrages d'économie politique traitant des problèmes internationaux. Les économies nationales, le développement, les espaces élargis, ainsi que l'étude des ressorts fondamentaux de l'économie mondiale sont les sujets de prédilection dans le choix des publications. La série Krisis a été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes économiques et sociaux d'aujourd'hui liés aux métamorphoses de l'organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition d'ouvrages anciens, de compilations de textes autour des mêmes questions et des ouvrages d'histoire de la pensée et des faits économiques. La série Clichés a été créée pour fixer les impressions du monde économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d'une situation donnée. Le premier thème directeur est: mémoire et actualité du travail et de l'industrie; le second: histoire et impacts économiques et sociaux des innovations. La série Cours Principaux comprend des ouvrages simples, fondamentaux et/ou spécialisés qui s'adressent aux étudiants en licence et en master en économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est l'application du vieil adage chinois: « le plus long voyage commence par le premier pas ».

Jean-Louis CACCOMO

L'ÉPOPÉE

DE

L'INNOV ATION
Innovation technologique et évolution économique

INNOV AL 21, Quai de la Citadelle 59140 Dunkerque, France
L'Harmattan 5-7, nIe de l'École-Polytechnique 75005 Paris L'Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest Kossuth L. u. 14-16 HONGRIE L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

FRANCE

Du même auteur Dans la collection « Economie et Innovation» : Jean-Louis CACCOMO [1996], Les défis économiques de l'information, la Numérisation. L'Harmattan, Paris. Dans la collection « Tourisme et Sociétés» : Jean-Louis CACCOMO, Bernardin SOLONANDRASANA [2001], L'innovation dans l'industrie touristique, Enjeux et stratégies. L'Harmattan, Paris.

REMERCIEMENTS
Je remercie toutes les personnalités qui ont, depuis 20 années, inspirées ma recherche. Je remercie, en particulier, Zoltan J. Acs, Professeur Associé à l'Université de Baltimore (U.S.A.) pour ses conseils et pour ses analyses du comportement d'innovation des petites firmes; ainsi que Benigno Valdès, Professeur à Universidad Pontificia Comillas ICAI-ICADE (Espagne) pour ses avis éclairés concernant les modèles de croissance et de diffusion technologique. Je remercie aussi mes étudiants de licence et de master d'économie et management de l'Université de Perpignan Via Domitia qui m'ont permis de tester mes concepts en affinant mes réponses quand je tentai de répondre à leurs questions. Je veux également exprimer toute ma reconnaissance à mes doctorants, en particulier Elisabeth Robinot (Université Via Domitia de Perpignan), Andrès Guzman (université de Tabasco au Mexique) et Aphirom Promchanya (Prince of Songla University de Phuket en Thaïlande). Enfin, je veux remercier ma compagne Pascale pour sa patience et son dévouement, ainsi que mes trois garçons Robin, Tom et Jason qui restent à ce jour mes meilleures créations.

INTRODUCTION

Lorsque nous regardons le passé, nous avons l'impression que l'évolution technologique, qui nourrit grandement la croissance économique, est le résultat rationnel et planifié de grands programmes qui seraient le fruit de la volonté de décideurs (publics ou privés) éclairés. C'est en grande partie une pure illusion d'optique. La plupart du temps, les innovations, qui ont marqué notre époque moderne et le sort de 1'humanité, furent le résultat d'essais, d'erreurs et même d'échecs qu'il a bien fallu rattraper pour sauver les mises considérables en jeu. Il s'en suit toujours une rationalisation ex post d'un événement singulier. Cet événement singulier est lui-même le fait d'un comportement risqué pris par un acteur tout aussi singulier: l' entrepreneur. On considère généralement, dans les manuels d'économie, qu'il existe deux grands facteurs de production, le capital et le travail. Mais ces facteurs de production n'auront aucune valeur tant qu'ils ne font pas l'objet d'une demande. Ces facteurs n'ont aucune consistance tant qu'ils ne sont pas combinés à l'occasion d'un projet d'entreprise. On doit donc considérer un troisième acteur qui n'est ni le travailleur (qui apporte son travail), ni le capitaliste (qui apporte les capitaux), mais l'entrepreneur qui combine tout cela dans un processus créateur de valeur ajoutée. Ce faisant, l'entrepreneur apporte un projet d'entreprise. L'entrepreneur n'est donc pas seulement celui qui combine les facteurs, la combinaison en elle-même n'étant que l'aspect technique de l'entreprise. L'entrepreneur est caractérisé par la

croyance profonde, et quasi-obsessionnelle, dans une vision. Cette vision suppose un pari: la création d'une nouvelle entreprise. Lorsque Watt dépose le premier brevet de la machine à vapeur, il fait le pari que sa machine sera l'instrument générique de la première révolution industrielle. Lorsque Edison dépose le brevet de l'ampoule électrique, il fait le pari que les foyers, les rues et les usines seront un jour éclairés à l' électricité. Lorsque Ford décide de produire les automobiles à la chaîne, il fait le pari que ses employés viendront un jour en automobile à l'usine. Plus proche de nous, Bill Gates a su convaincre ses premiers collaborateurs en leur promettant un avenir dans lequel chacun de nous serait équipé d'un micro-ordinateur. De ce point de vue, l'entrepreneur est un parieur. C'est un acteur caractérisé par une psychologie de «joueur ». A chaque fois, le visionnaire dérange quand il n'est pas simplement pris pour un original un peu fantaisiste. Car comment justifier une telle vision et une telle foi en sa réalisation? A chaque fois qu'il se tournera vers des partenaires financiers ou des représentants de l'autorité publique, on lui répondra que la société n'est pas prête aux changements qu'il pronostique. D'ailleurs, les décideurs publics ainsi que les circuits financiers traditionnels - qui n'ont pas vocation à risquer l'épargne que leurs clients leur confient - restent le plus souvent hermétiques aux sollicitations de ces créateurs incompris. Il est vrai qu'il y a parmi ces visionnaires nombres de charlatans dont I'histoire ne retiendra pas le nom car leurs innovations avortées resteront de pures lubies. C'est pourquoi chaque révolution technologique nourrit ainsi sa bulle spéculative dont le destin est d'éclater à grand fracas pour éliminer tous les charlatans qui cru pouvoir gagner facilement de l'argent en surfant sur la nouvelle vague technologique. On ne sait jamais par avance quel avenir est en train de s'écrire dans le présent. Pourtant, certains, parmi ces visionnaires enthousiastes, le façonnent déjà. L'entrepreneur visionnaire a beaucoup à perdre s'il se trompe. Mais parfois, il n'a justement plus rien à perdre ce qui l'oblige à parvenir à son résultat quoiqu'il en coûte de sa réputation ou de son prestige. Par contre, et c'est la contrepartie de sa prise de risque, il devient rapidement riche si sa vision se confirme dans les faits. Ainsi fonctionne l'économie: ce n'est ni un équilibre mécanique, ni une évolution planifiée. L'économie obéit à un processus incessant d'évolution résultant de la décision d'acteurs singuliers prêts à parier beaucoup sur une vision de l'avenir. De ce fait, on comprendra pourquoi 13 000 nouveaux produits sont 10

lancés chaque année dans le secteur alimentaire français. Mais sept sur dix s'avèreront des échecs au bout de deux ans. De même, 555 nouveaux modèles d'automobiles sont lancés dans le monde chaque annéel. Le pari de l'innovation ne concerne pas uniquement les secteurs très pointus de la haute-technologie ou le domaine privilégié de l'information. Il s'inscrit dans la nature même de toutes activités économiques. Une activité économique est une activité de création de richesses, donc une activité de création. L'innovation, parce qu'elle crée des nouvelles connaissances qui s'additionnent aux connaissances existantes, est par essence une activité économique comme l'activité de création de richesses est par essence une activité d'innovation. La technologie est le vecteur de l'innovation et intervient comme un outil de mise en œuvre du changement; elle ne peut être ni la finalité, ni le ressort lui-même de l'innovation. Dans une économie ouverte à la compétition, dans laquelle la consommation de « quantité» basée sur l'équipement des ménages a laissé la place à une consommation de « qualité» basée sur le renouvellement périodique de leurs standards de consommation, l'innovation est donc au cœur des préoccupations et des stratégies des entreprises. Cette prise de conscience est concomitante d'un retour en force des théories de l'innovation et des anal~ses des stratégies technologiques dans la science économique. Cette évolution dans les théories reflète une évolution dans les pratiques des entreprises. Mais, pour les industriels, l'innovation est moins un enjeu académique qu'une nécessité pour survivre sur des marchés évolutifs et ouverts. Pour le Groupement des Fédérations industrielles, innover, c'est «transformer une idée en produit qui trouve une demande sur le marché »3. C'est dire si l'innovation est au carrefour de multiples univers: l'univers de la science et des technique qui fabrique les idées et nourrit le champ des connaissances; l'univers de l'entreprise qui permet l'exploitation des connaissances à des fins productives; l'univers des institutions publiques qui assure la formation, l'éducation et le respect de la propriété intellectuelle. Le décloisonnement de chacun de ces univers est alors devenu un défi majeur de notre temps dans un contexte d'inno1 Auckenthaler, Ducatte et Huz [1997 : 6] 2 Silverberg et Soete [1994]; Stoneman [1995]; HelmsHidter et Perlman

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1996] Les Echos, 27 juin 1996. Il

vations permanentes où les phénomènes de réseaux viennent mettre en cause les constructions trop pyramidales. La compétition technologique invite à multiplier les interactions entre universités et entreprises, à favoriser l'émergence de passerelles entre le monde de la science et le monde des affaires. La compétition se vit aussi paradoxalement dans la coopération. L'entreprise est sans cesse remise en cause dans son fonctionnement car la tentation du cloisonnement y est forte à l'intérieur même de ses propres structures. La compétition technologique invite ici aussi à multiplier les interactions au sein même de son organisation, entre le département technique et le service commercial, ou entre le service financier et les laboratoires de recherche internes. L'entreprise ne doit pas perdre de vue que le véritable pouvoir économique n'est détenu infine ni par les actionnaires, ni par les managers mais par le consommateur. Le consommateur détient un pouvoir que l'on appelle le « pouvoir d'achat». Dans une économie concurrentielle, c'est toujours le consommateur qui a le pouvoir de décider d'acheter ou non tel produit. C'est lui qui sanctionnera la valeur économique de tel ou tel produit, quelque soit son coût intrinsèque de production. C'est donc bien lui qu'il s'agit de convaincre, et des actionnaires judicieusement informés suivront: «Le roi du chocolat - ou de l'acier, ou de l'auto, ou de quelque autre industrie d'aujourd'hui - dépend de l'industrie où il travaille et de la
clientèle qu'il fournit. Ce 'roi' doit rester en faveur auprès de ses sujets, les consommateurs,. il perd sa 'royauté' dès qu'il n'est plus en mesure d'assurer à ses clients de meilleurs services, et de les fournir à moindre coût que les autres industriels 1 . avec lesquels il est en concurrence»

Notre ouvrage analyse les liens profonds qui unissent le marché, la dynamique de croissance économique et les innovations. Dans une première partie, nous porterons l'accent sur la relation entre compétition et stratégies d'innovation. Cette partie montre l'importance des structures économiques dans la dynamique du changement. L'existence de rythmes nous invite à considérer la nature fluctuante du changement technologique et son rôle dans le développement économique. Dans la seconde partie, il sera question d'explorer la dimension humaine de l'innovation. La tentation est grande en effet d'une part, de réduire l'innovation à une question de pure technique;
1 Van Mises [1933: 1] 12

d'autre part, d'assimiler l'évolution technologique à un trend mécanique sans prendre en compte les décisions des acteurs qui font ou ne font pas le succès de l'innovation et de sa diffusion. Le rôle des organisations et des modèles organisationnels, ainsi que la place des individus dans ces collectifs organisés, sont des aspects essentiels du processus d'innovation. Cette analyse nous conduira, enfin, à réfléchir sur le fameux « paradoxe français» qui n'est qu'une autre façon de caractériser notre exception culturelle dans le domaine de la production des innovations. En effet, notre pays s'est longtemps distingué par la qualité de sa production scientifique tout en souffrant de décalages technologiques et industriels chroniques. Ce diagnostic nous aidera à exposer les modalités de gestion des innovations qui permettent de tirer parti, sur le plan économique et social, des potentialités de développement et de création de richesses que contient l'innovation.

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