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La dynamique des organisations

De
172 pages
Cet ouvrage explique les transformations des entreprises et des services publics. Il montre les fortes potentialités que possèdent les modes d'organisation non hiérarchiques, qui se construisent selon la logique de l'apprentissage démocratique. Cette logique considère que la démocratie résulte d'un effort continu de tous les membres pour résoudre les problèmes d'organisation qui se posent à eux quotidiennement, en mettant en pratique les valeurs démocratiques.
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Une société peut-elle être démocratique lorsque les organisations qui la composent ne le sont pas ? Cette interrogation a été posée au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Elle a suscité un programme d’études et de recherche-action qui a montré que l’existence d’organisations démo-cratiques est une voie de la rénovation de la démocratie. Ce programme a mis en évidence que pour construire ces formes démocratiques il était nécessaire de comprendre comment se créent, comment fonc-tionnent et comment se développent les organisations. Il s’agissait donc de découvrir la dynamique des organisations à l’instar de la dynamique des groupes restreints qui a été réalisée il y a quelques décennies. Cet ouvrage explique les transformations des entreprises et des services publics, en se basant sur les données empiriques de leur évolution depuis plus d’un siècle. Il rend intelligibles les changements qui se déroulent sous nos yeux et anticipe les options qui sont ouvertes à court et à moyen terme pour leur évolution. Il montre les fortes potentialités que possèdent les modes d’organisation non hiérarchiques, découverts et expérimentés depuis plus de soixante ans, qui se construisent selon la logique de l’apprentissage démocratique. Cette logique considère que la démocratie n’est pas donnée une fois pour toutes, mais résulte d’un effort continu de tous les membres pour résoudre les problèmes d’organisation qui se posent à eux quotidiennement, en mettant en pratique les valeurs démocratiques.
Michel Liuest docteur ès sciences et docteur ès lettres et sciences humaines. Il a enseigné et effectué des recherches successivement à l’École centrale de Paris et à l’université Paris IX Dauphine, dont il est professeur émérite. Il a dirigé des études internationales en sociologie des organisations et conduit des recherche-action pour expérimenter les modes d’organisation démocratiques dans les entreprises, dans les administrations et dans les services publics.
Collection « Logiques Sociales » dirigée par Bruno Péquignot
18ISBN: 978-2-296-99349-5
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Michel LIU
LA DYNAMIQUE DES ORGANISATIONS
L’émergence des formes démocratiques
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LA DYNAMIQUE DES ORGANISATIONS L’émergence des formes démocratiques
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Thomas SEGUIN,La politique postmoderne. Généalogie du contemporain, 2012. Emilie HENNEQUIN (dir.),La Recherche à l’épreuve des terrains sensibles : approches en Sciences Sociales, 2012. Joseph AOUN,Les identités multiples, 2012. Henry TORGUE,Le sonore, l’imaginaire et la ville. De la fabrique artistique aux ambiances urbaines, 2012. Marie-Christine ZELEM,Mondes paysans. Innovations, progrès technique et développement. Témoignage de Pierre Brugel, 2012. Hugues CUNEGATTI,Passer son permis. Sociologie d’une formation déniée, 2012. Gilles VIEILLE MARCHISET et Anne TATU-COLASSEAU, Sociologie(s) du sport, 2012. Olivier SERVAIS,L’Épistémologie pratique de Pierre Bourdieu, 2012.Rahma BOURQIA (dir.), Territoires, localité et globalité. Faits et effets de la mondialisation, volume 2. 2012. Rahma BOURQIA (dir.), La sociologie et ses frontières. Faits et effets de la mondialisation, volume 1. 2012. Hugues CUNEGATTI, Charles SUAUD (dir.),La sécurité routière : enjeux publics et société civile, 2012. Catherine ESPINASSE, Eloi LE MOUEL (dir.),Des liens qui créent des lieux,Tome 2, 2012. Catherine ESPINASSE, Eloi LE MOUEL (dir.),Des lieux qui créent des liens,Tome 1, 2012. Sabrina DAHACHE,Féminisation de l’enseignement agricole, 2012.
Michel LIU
LA DYNAMIQUE DES ORGANISATIONS L’émergence des formes démocratiques
© L'Harmattan, 20135-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99349-5 EAN:9782296993495
INTRODUCTION
La dynamique des organisations cherche à comprendre quels sont les processus qui sont à l'origine de la constitution et de la pérennisation des organisations, elle étudie leur fonctionnement et leur évolution. Elle s'interroge sur les causes et les modalités de leurs transformations. Pour dépasser le stade d'une étude descriptive, elle prend pour point de départ le questionnement suivant : quels sont les éléments moteurs de la création, du maintien et des transformations des organisations ? Quelle est leur nature ? Comment agissent-ils ? La dynamique des organisations diffère de ce point de vue de la plupart des études statiques qui décrivent le fonctionnement des organisations et le déroulement de leurs changements sans en chercher les causes efficientes. Elle veut en comprendre les raisons en mettant en évidence les forces qui suscitent ou qui modifient tel fonctionnement ou telle évolution, et les freins qui les ralentissent ou les arrêtent. Elle s'inspire du programme d'étude de la dynamique des groupes restreints qui a été mis en oeuvre au cours des années 1940 et qui se poursuit encore de nos jours. On constate aujourd'hui que ce programme a apporté plus de connaissances fondamentales sur le phénomène social que toutes les autres recherches et qu'il en a bouleversé les méthodes. La dynamique des organisations repose sur un programme qui paraissait hors d'atteinte jusqu'à une date récente, ce qui explique qu'il n'ait pas été entrepris jusqu’alors. La principale des difficultés de cette étude était due au fait que l'on ne disposait pas d'une méthodologie permettant d'atteindre les sources motrices de la transformation des organisations. Cette méthodologie est devenue disponible avec l'invention de la e 1 recherche-action qui a eu lieu vers le milieu du XX siècle.Nous observons quotidiennement une autre difficulté majeure pour mener à bien ce programme : il n'existe pas deux entreprises qui fonctionnent de manière identique. Ce fonctionnement dépend en effet, de la nature du produit ou du service que l'entreprise réalise, de l'environnement dans lequel elle est plongée, et des caractéristiques de la population de ses membres, pour ne citer que ces trois sources de différences, parmi une multitude d'autres. De plus, nous savons que deux organisations qui fabriquent le même produit dans la même économie et avec des populations de salariés semblables peuvent ne pas fonctionner de la même manière, ce qui introduit une spécificité liée aux idiosyncrasies des membres qui les composent. La diversité est la même, sinon plus grande pour les évolutions des organisations. 1 Voir sur ce point notre ouvrage : LIU M.« Fondements et pratiques de la recherche-action», L'Harmattan, Paris, 1997
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Si l'on s'en tenait à ce constat, on serait forcé d'admettre que chaque organisation fonctionne et évolue de manière singulière et l’on ne pourrait alors étudier que des cas particuliers. Dans cet ouvrage, nous n'adoptons pas ce point de vue, mais essayons de trouver sous la diversité apparente de ces évolutions, des caractéristiques plus cachées, mais plus fondamentales, qui sont communes à toutes, ou du moins à de grandes catégories d'organisations. Pour le faire, nous allons partir de l'expérience personnelle que chacun de nous, auteur et lecteurs de cet ouvrage, possède de la vie en organisation. Nous chercherons notamment à rendre intelligibles les raisons et les motivations qui sont à l'origine de notre participation à la vie organisationnelle. Puis nous confronterons ces résultats aux observations et aux connaissances accumulées par les nombreuses sciences sociales qui se sont intéressées pour une raison ou une autre aux organisations. Cela nous conduira dans un premier temps à élaborer un certain nombre de concepts utiles pour observer les régularités et les différences dans la création, le fonctionnement et l'évolution des organisations. Nous examinerons ensuite les résultats des recherche-action qui ont eu lieu depuis la fin des années 1940 et qui avaient pour but d’obtenir des connaissances fondamentales sur les organisations. Certains chercheurs ont considéré que les projets de transformation que les membres d’une organisation concevaient et réalisaient pouvaient être une expérimentation non de laboratoire, mais réalisée dans la vie quotidienne dans la mesure où ils y étaient associés et où il leur était possible d’y déployer leurs dispositifs d’étude. Cette association a permis aux chercheurs d’atteindre les éléments moteurs, de les faire varier au cours de ces expérimentations et constater les résultats de ces variations. L’accumulation et la théorisation de ces résultats ont permis d'élaborer un modèle qui explique et décrit le fonctionnement des organisations ainsi que leur évolution. Nous vérifierons par la suite que les observations concernant les organisations obtenues au cours de recherches descriptives dans différentes disciplines des sciences sociales confirment les effets prévus par le modèle. Nos deux premiers chapitres sont consacrés à la création et au fonctionnement des organisations. Ils répondent aux questions : « pourquoi les hommes créent-ils des organisations ? » et « comment fonctionne une organisation ? ». Le troisième chapitre examine les phases de développement et de mutation des organisations et le quatrième expose leurs différents modes d'évolution. Enfin, le cinquième chapitre traite d'un type d'organisations récent : les organisations démocratiques.
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CHAPITRE 1
LA CREATION D'UNE ORGANISATION : le choix du lien social
1. L'ORGANISATION ET LE TRAVAIL
1.1. L'organisation en tant qu'entité sociale
Nous percevons le phénomène social d'abord et avant tout à travers les regroupements d'individus. Il est courant d'observer que des individus, toujours les mêmes, se rassemblent régulièrement pour interagir ou agir conjointement. Lorsque des individus se rassemblent ainsi avec régularité, ils ont tendance au bout d'un certain temps à établir une distinction entre eux-mêmes et les autres individus, ils deviennent sélectifs dans l'admission de nouveaux individus à leurs rassemblements. Nous appellerons ces rassemblements d'individus : des entités sociales, et les individus qui se rassemblent : les membres de l'entité sociale. Ces membres développent un sentiment d’appartenance plus ou moins intense vis-à-vis de leur entité sociale. Nous observons également que les entités sociales ne restent pas toujours identiques à elles-mêmes, elles évoluent et peuvent se transformer, parfois rapidement. Dans la vie courante, on identifie et l'on observe les entités sociales sous la forme d'une suite de rencontres entre les mêmes individus. La sociologie distingue différents types d'entités sociales : famille, groupe, bande, organisation, société pour ne citer que les plus courants. Elle dont la raison principale est de réaliser durablement un but. Ce but se traduit le plus souvent par l'élaboration d'un produit ou d'un service, ou par l'accomplissement d'une mission. La définition d'une organisation est donc liée aux activités répétées de la réalisation d'un but. Nous désignerons par le nom de « tâche globale », l'ensemble des activités nécessaires pour cette réalisation, et par le terme « travail », les actions accomplies par les membres au cours de ces activités orientées vers l'obtention d'un but. Les sciences de l'organisation et celles du travail distinguent trois niveaux d'activités dans la réalisation de la tâche globale : le niveau opération, ce sont les activités liées directement à la réalisation du but de l'organisation. le niveau gestion, ces activités sont orientées vers la pérennisation et le renouvellement des conditions et des ressources qui permettent la réalisation des activités opérationnelles.
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