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La question énergétique en Europe de l'Est

De
256 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1992
Lecture(s) : 247
EAN13 : 9782296264885
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La question énergétique en Europe de l'Est

Catherine LOCATELLI

La Question Energétique en Europe de l'Est

Publiéavec

le concours

de l'Agence Française pour la Maîtrise de l'Energie, du Ministère de l'Industrie (DGEMP) et du Conseil Scientifique de l'Université Pierre Mendès France de Grenoble

Edition L'Harmattan
...

7, rue de l'Ecole Polytechnique
75005 PARIS

Collection "Pays de l'Est" dirigée par Bernard Chavance

Gérard Roland, Economie politique du système soviétique, 1989. Wladimir Andreff (ed.), Réforme et échanges extérieurs dans les pays de l'Est, 1990. Pierre Dubois, Jeno Koltay, Csaba Mako, Xavier Richet (eds.), Innovation et emploi à l'Est et à l'Ouest: les entreprises hongroises etfrançaises face à la modernisation, 1990. Jacques Sapir (ed.), L'URSS au tournant. Une économie en transition, 1990. François Bafoil, Entreprises et syndicats en RDA : une histoire de l'émulation socialiste, 1991. Commission des Communautés Européennes, La situation économique et les réformes en Union Soviétique: Stabilisation, libéralisation et dévolution de compétences, 1991.

6

Remerciements

Nous souhaitons particulièrement remercier MM.W. Andreff, directeur du R.O.S.E.S. et D. Finon, directeur de l'LE.P.E. pour le suivi scientifique de cet ouvrage, ainsi que les Etudes Economiques générales d'EDF particulièrement M. F. Velten pour l'analyse des problèmes de l'Electricité en Union soviétique. La publication de cet ouvrage n'aurait pas été possible sans la collaboration de Mme C. Morel pour la coordination de la rédaction, Mme B. Robert pour la composition et le traitement des textes, Mme M.-C. Quidoz pour l'élaboration des tableaux, MM. L. Langlois et D. Locatelli de la société New Deal pour la conception et l'élaboration du travail de cartographie, que nous remercions.
Catherine LOCATELLI.

7

8

Sommaire

Introduction ..

...

......

... .......
.......

11 15 17 45

Partie I - Economie planifiée et schémas énergétiques

1. Les schémas énergétiques des pays du CAEM ..................... 2. Le modèle de l'économie de pénurie et les schémas de consommation énergétique .,. ... ..........

Partie II - Energie et déséquilibres macro-économiques: l'offre énergétique soviétique......................................... 3. L'énergie dans l'économie soviétique: l'exemple des hydrocarbures ......................... 4. L'énergie et la planification: le cas de l'électricité...............

67 69 135

Partie III - Les enjeux énergétiques en Europe centrale et orientale. ... ... ...........
5. La fin du modèle d'échange intra-CAEM : quelles implications énergétiques? ................................................... 6. Les schémas énergétiques face aux réformes économiques..

171 173 209

Annexes Bibliographie sélective
Tableau des équivalences

.............................
énergétiques.......................................

233 239 241 245

Liste des tableaux ....................................................................... Liste des encadrés .......................................................................

Liste des cartes
Index thématique

... ...... 9

...

...... ....

246 247 253

et géographique..............................................

Table des matières

10

'ntroduction

Mille neuf cent quatre-vingt-neuf, le vent de démocratisation qui a soufflé sur l'Europe de l'Est a vu s'effondrer le bloc communiste avec comme point d'orgue la désintégration actuelle de l'Union soviétique. Il reste aujourd'hui des économies façonnées par le système de l'économie planifiée et qui découvrent à tour de rôle le désir ou l'urgence d'un "retour au marché". Période de transition, pour beaucoup d'entre eux, entre un ancien et un nouveau système économique, l'heure est pourtant encore à l'analyse et à la réflexion sur l'héritage laissé par le modèle de l'économie planifiée et ce afin de comprendre ce qui se joue aujourd'hui et se jouera demain dans cette partie de l'Europe, désormais dénommée Europe centrale et orientale. L'heure est donc au bilan avant de se tourner définitivement vers les avenirs possibles. Nombreuses sont les difficultés actuelles venant de ce passé, aujourd'hui largement exacerbées par l'effondrement du Conseil d'Assistance Economique Mutuel (CAEM) officiellement consacré en juin 1991. L'énergie en est une illustration d'autant plus importante qu'elle a été au coeur de l'intégration intra-CAEM et qu'elle a toujours été jugée prioritaire. Elle a été le symbole de la réussite du modèle de développement de type soviétique avec des niveaux de productions énergétiques les plus élevés du monde. Mais ce succès a un coût très important tout particulièrement en termes d'investissements, coût qui apparaît de moins en moins soutenable pour des économies en pleine mutation et confrontées à d'énormes besoins financiers. La question est désormais posée: ces économies ont-elles encore les "moyens" de leur usage extensif des ressources? La réponse est malheureusement largement négative. Les schémas énergétiques, à la fois les modes de consommation et de production, devront évoluer sous peine de voir l'énergie constituer un facteur de blocage de toute réforme et de toute croissance économiques. Les économies d'Europe centrale et orientale engagées dans de profondes réformes économiques ne peuvent plus consacrer autant de ressources pour satisfaire une demande énergétique sans cesse croissante. L'offre énergétique doit se stabiliser grâce à la rationalisation des comportements 11

ments en matière de production mais aussi de consommation, et à l'adoption d'une croissance économique beaucoup moins énergivore, si celle-ci ne veut pas en retour buter sur la contrainte énergétique. L'intégration à l'économie mondiale recherchée par ces pays, l'effondrement du CAEM et ses conditions particulières d'approvisionnement énergétique, imposent de toute façon cette évolution, ne serait-ce que pour des questions de compétitivité. L'économie planifiée a incontestablement engendré un "modèle énergétique" particulier, observable dans l'ensemble de l'ex -CAEM européen, sur lequel sera centré notre champ d'étude et qui, jusqu'en 1990, recouvre la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la République démocratique allemande, la Roumanie, la Tchécoslovaquie et l'Union soviétique. Un schéma de consommation énergétique s'est imposé, issu d'une gestion par les quantités, schéma qui rencontre des difficultés persistantes à trouver le chemin d'une croissance moins intensive en énergie (Partie I).

Les caractéristiques de ce modèle ont imposé de faire croître rapidement l'offre énergétique selon un mode de gestion extensive des ressources impulsée par la logique de fonctionnement de type soviétique. L'incitation est d'autant plus forte que l'énergie apparaît comme une source majeure de devises faute de pouvoir disposer de biens d'équipements compétitifs sur le marché international. L'Union soviétique en est l'exemple le plus illustratif, de par l'abondance de ses ressources énergétiques, justifiant largement qu'on se limite à son analyse pour tenter d'appréhender les logiques de l'offre énergétique (pétrole, électricité notamment) en économie planifiée (Partie II). Si l'on voit bien à partir de l'analyse menée quels devraient être les objectifs des politiques énergétiques en Europe centrale et orientale, beaucoup plus difficile est de définir et de mettre en oeuvre les moyens d'y arriver. Ceux-ci dépendent des profonds bouleversements qui seront issus des réformes radicales et toucheront au processus même d'allocation des ressources économiques. Mais quelle réforme mettre en oeuvre dans le domaine énergétique? Du côté de la demande comme de l'offre, les facteurs susceptibles de modifier la gestion et les comportements énergétiques sont facilement identifiables: modernisation de l'industrie et donc nouveaux modes de choix d'investissement, sensibilisation des agents économiques aux coûts et aux prix, ce qui suppose pour les entreprises de devoir désormais supporter une "contrainte budgétaire dure". Reste que ces variables nécessitent des réformes économiques majeures tant du côté du mode de fixation des prix que de l'autonomie complète de l'entreprise. Les problèmes que rencontre le secteur énergétique ne sont pas par nature éloignés de ceux du reste de l'économie. Mais 12

ils prennent une ampleur accrue dans la mesure où le secteur énergétique demande des investissements considérables et donc des financements que les Etats ne sont plus en mesure d'assurer. La question du financement est sans doute l'enjeu central de toute réforme du secteur énergétiques. Elle implique d'assurer l'autonomie des entreprises et donc d'élaborer un nouveau cadre de relations entre l'Etat et les entreprises énergétiques touchant à l'organisation même du secteur (Partie III). Si les enjeux économiques internes sont essentiels pour ces pays, les conséquences internationales des changements en cours ne doivent pas être pour autant négligées. Pour la stabilité du marché international des hydrocarbures, pour l'approvisionnement énergétique de l'Europe dans son ensemble, le maintien ou non de la position exportatrice de l'Union soviétique ou demain de la Russie apparaît fondamental. Dans ce domaine, les incertitudes sont immenses notamment celles concernant les relations qui émergeront entre les "républiques souveraines" de l'exUnion soviétique. Désormais, face à un gros producteur et exportateur d'énergie (la Russie), qui ne pourra faire l'économie d'une réforme de son système énergétique, se trouvent les autres républiques qui sont plus ou moins importatrices d'énergie: verra-t-on alors émerger de nouveaux courants d'échanges énergétiques? De plus, l'éclatement de l'Union ne résout aucune des questions qui se posaient jadis à l'Union soviétique en matière énergétique; tout au plus sont-elles reportées au niveau de chaque république.
Dans ce contexte mouvant, on en est réduit à préciser les problèmes et les interrogations qui se posent sans pouvoir apporter de réponses. Mais ce n'est qu'en ayant cerné les problèmes issus de l'héritage de l'économie planifiée que l'on peut tenter d'explorer les images du futur énergétique des pays d'Europe centrale et orientale.

13

14

Rrtie I - Economie
schémas énergétiques

planifiée

et

L'économie centralement planifiée a largement façonné les schémas énergétiques des pays qui ont constitué le CAEM européen. Une simple lecture des bilans énergétiques le confirme; les schémas diffèrent profondément de ceux que l'on peut repérer dans les pays d'Europe de l'Ouest, ce qui est manifeste tant du côté de l'offre énergétique que de la demande. Il existe bien sûr des spécificités nationales, fonction des dotations en ressources naturelles de chacun d'eux ou des politiques économiques suivies. Mais elles n'empêchent pas, loin s'en faut, de définir un "schéma énergétique Est-européen". On peut ainsi associer un type de schéma énergétique à l' "économie de pénurie" telle qu'elle a pu être caractérisée par le célèbre économiste hongrois J. KomaL Ceci est au fond peu surprenant. Les schémas énergétiques sont avant tout la résultante de déterminants technologiques (équipements, technologie utilisée...) et surtout de comportements qui se sont constitués dans le cadre d'une économie marquée par une gestion par les quantités plutôt que par les pnx. Il a longtemps été difficile, compte tenu d'un secret statistique très lourd, de définir très précisément les composantes de ce schéma énergétique et d'en suivre les évolutions. Il suffit pour cela d'évoquer les nombreuses controverses entre experts occidentaux sur l'évolution de l'intensité énergétique de l'économie soviétique! Ce secret statistique n'est d'ailleurs que partiellement levé, les informations demeurant fragmentaires pour des pays telles la Bulgarie, la Roumanie, voire l'Union soviétique dans certains domaines (réserves pétrolières, raffinage...). La situation est cependant susceptible d'évoluer rapidement. Toute étude portant sur ce thème est confrontée à ces problèmes qui définissent les limites aux analyses et conclusions que l'on peut tirer. Il est pourtant aujourd'hui essentiel de tenter de caractériser aussi précisément que possible ce "schéma énergétique" et par là même ses contraintes. Ses modifications sont incontestablement un enjeu des réformes économiques en cours dans l'ensemble des pays d'Europe centrale et orientale. Elles sont peut-être aussi une condition de leur réussite. 15

16

:1- Les schémas énergétiques des
pays du CAEM

A la veille de l'an 2000, les pays du CAEM désormais dénommés pays d"'Europe centrale et orientale" se caractérisent par des schémas énergétiques spécifiques comparés à ceux de l'Europe de l'Ouest. Ceci est manifeste tant du côté de l'offre énergétique que du côté de la demande. Résultat d'un système économique particulier, celui de l'économie centrale ment planifiée, les schémas énergétiques des sept pays de l'ex-CAEM ont en commun certains traits. Ceux-ci permettent de parler d'un "système énergétique" de l'économie planifiée. On ne saurait nier les spécificités nationales, conséquence de dotations en ressources naturelles ou de politiques économiques différenciées. Mais une même logique guide ces schémas énergétiques, celle d'une croissance volontariste des productions énergétiques pour répondre à des consommations énergétiques sans cesse en augmentation. Les consommations d'énergie résultent d'une croissance et d'un mode de développement économique particuliers. Les schémas énergétiques de ces pays demeurent toutefois mal connus, en dépit des évolutions récentes. Longtemps marquées du sceau du secret statistique, les consommations énergétiques détaillées et leurs déterminants restent mal évalués. L'incertitude est grande sur les consommations pétrolières et le transport. Des différences de méthodologie en matière de comptabilité énergétique mais aussi de comptabilité nationale rendent les analyses et les comparaisons difficiles. Longtemps considérés comme des systèmes énergétiques autonomes liés à l'Union soviétique et faisant donc peu appel aux marchés internationaux, les schémas énergétiques Est-européens ont fait l'objet de peu d'attention si ce n'est au travers du solde global des exportations-importations pétrolières du CAEM pris comme un tout. On ne peut plus, à l'évidence, en rester à une telle approche. L'unité de la zone telle qu'elle existait auparavant, tout au moins en matière énergétique, n'a plus lieu d'être.

Face aux bouleversements politiques et économiques de 1989, la logique sous-jacente à ces schémas énergétiques pose question. Ces schémas ne sont en effet plus viables face aux changements qui secouent 17

les économies d'Europe centrale et orientale. La multiplication des pénuries énergétiques et les appels pressants à l'aide européenne en matière d'approvisionnement soulignent leurs limites. Il est indispensable de caractériser ces schémas énergétiques pour pouvoir appréhender les implications des bouleversements actuels et les enjeux à venir dans le domaine énergétique.

1. L'importance des consommations énergétiques intra-CAEM
Si l'on s'en réfère aux pays de l'OCDE, trois traits suffisent à caractériser le bilan des pays d'Europe centrale et orientale. Ce sont à l'évidence de gros consommateurs d'énergie marqués à la fois par le poids des combustibles minéraux solides et le poids du secteur industriel.

1.1. Des systèmes économiques très intensifs en énergie
De tous les qualificatifs utilisés dans le domaine de l'énergie, un seul suffit à caractériser les pays de l'ex-CAEM : ce sont de gros consommateurs d'énergie. Ils représentent en 1988 environ 23 % de la consommation d'énergie primaire mondiale, soit 1 900 millions de tep [I]. L'Union soviétique, avec 1 400 millions de tep, est dominante dans ce bloc, et mérite une attention particulière. Plus significatif que des valeurs absolues, l'indicateur d'intensité énergétique (rapport de la consommation d'énergie primaire au PIB) rend compte de l'importance des consommations d'énergie (cf. tableau 1). En 1989, l'intensité énergétique du PIB de l'Union soviétique est de 922 kep/lOOO $80 contre 531 kep/lOOO $80 pour les Etats-Unis; ou bien encore l'intensité énergétique de la République démocratique allemande est de 870 kep/lOOO $80 pour seulement 278 kep/lOOO $80 pour la République fédérale allemande! Au total, pour le CAEM, cette intensité est de 820 kep/lOOO $80 et pour la CEE de 291 kep/lOOO $80. Le système économique de l'économie planifiée est incontestablement très intensif en énergie(cf. tableau 1). L'objectif du développement énergétique dans les économies planifiées a été d'assurer, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, une croissance économique soutenue fondée sur une politique d'industrialisation forcée. Comme le souligne W. Andreff [2], la croissance de la production est l'un des objectifs essentiels (si ce n'est le seul) de ces économies, objet de légitimation sociale face au système capitaliste. Il s'agit en particulier pour l' Union soviétique de rattraper, dans une première phase, le niveau de développement économique des Etats-Unis.

18

SCHEMAS

ENERGETIQUES

DU CAEM

Mais la recherche de taux de croissance économique élevés est un objectif commun à l'ensemble du "bloc de l'Est" au lendemain de la deuxième guerre mondiale [3].Il est donc peu étonnant que la phase d'industrialisation rapide qu'ont connue ces pays se soit accompagnée de consommations d'énergie élevées à l'image de beaucoup d'autres pays industrialisés durant le XIXe siècle. La permanence d'une forte intensité des consommations d'énergie est toutefois une des caractéristiques de leur système économique marqué par une croissance de type extensif. On doit, en effet, souligner l'absence de baisses significatives ou durables de l'intensité énergétique à de rares exceptions près, comme la République démocratique allemande (mais les évaluations sont toutes revues actuellement) ou la Hongrie. De manière générale, cette intensité en 1989 reste très largement supérieure à son niveau de 1980. La croissance économique de ces pays repose sur l'utilisation croissante de ressources dans la production et non pas sur des gains de productivité. La baisse continuelle des taux de croissance de la productivité du capital et du travail depuis les années soixante est d'ailleurs une constante du modèle de développement soviétique. Dans le passé, de
Tableau 1 : Intensité énergétique des pays d'Europe centrale et de l'Union soviétique de 1971 à 1989 (en kep/l000$80) Bulgarie 1971 1972 1973 19n 1975 1976 1977 1978 1979 19BO 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989
Source: Note:

Hongrie 527 530 536 ~5 552 58B 582 601 591 600 583 568 592 589 611 602 601 579 586
traitement

Pologne 663 642 624 ~2 628 660 67B 685 745 768 762 770 744 747 782 784 839 805 779

RDA 1048 1058 1035 ~6 984 996 991 1000 990 956 941 921 902 906 937 914 936 897 870

Roumanie

Tchécoslovaquie

Union

soviétique

704 691 706 721 720 725 m 791 796 861 847 850 882 871 910 879 898 859 915
AIE/OCDE,

772 765 808

m
799 779 812 836 809 845 842 827 826 779 796 765 753 748 889
(équivalence

890 871 856 852 868 887 886 900 914 895 888 873 867 876 877
871 882 849 825
production)

822 852 832 841 869 862 867 874 901 908 907 905 897 916 939 917 940 951 922
rapportée au PIS

ENERDA TA SA d'énergie primaire

[1] Il s'agit de la consommation

$80.

19

nombreux indicateurs témoignent de l'existence d'une relation étroite entre disponibilité en énergie et croissance économique. L'élasticité de la consommation d'énergie au revenu est ainsi proche de un en Union soviétique durant les années soixante-dix et quatre-vingt. La valeur la plus souvent citée, notamment par J.L. Gadon, est de 1,2 sur la période 19741982 [4]. Toutefois certaines précautions méthodologiques doivent être prises quant à l'analyse de la relation énergie-PIB dans les pays de l'Est.

1.2. Quelques problèmes méthodologiques sur le concept d'intensité énergétique: le cas de l'Union soviétique
En plus des critiques traditionnelles adressées au concept d'intensité énergétique (niveau d'analyse trop agrégé, recoupant différents phénomènes explicatifs parfois contradictoires), son analyse est rendue difficile à l' "Est" de par les incertitudes majeures qui pèsent sur l'évaluation du Produit Intérieur Brut. Relativement bien défini dans les économies occidentales, ce concept soulève une multitude de problèmes appliqué aux économies Est-européennes, car il pose implicitement le problème de l'évaluation de la croissance économique de ces pays. Le constat: la diversité des études D'un survol rapide de la littérature relative à l'évolution de l'intensité énergétique des économies de l'ex-CAEM et plus souvept de celle de l'Union soviétique, on est dans l'impossibilité de dégager des tendances claires. Les résultats des analyses sont contradictoires puisque l'on peut tout à la fois, à partir d'un même indicateur, conclure à l'amélioration ou à la détérioration de l'efficience énergétique de ces économies depuis les années soixante.
Si l'on s'en réfère à l'exemple soviétique, mais qui est aisément généralisable, on peut constater qu'il existe'deux grands types de travaux. Les calculs de l'intensité effectués à partir du Produit Matériel Net mettent en évidence l'existence de baisses significatives de l'intensité énergétique. Officiellement, l'intensité énergétique du revenu national enregistre une baisse de 8 % au cours des années quatre-vingt [5] selon notamment les travaux de la CEE-ONU de Genève et les travaux soviétiques. A l'inverse, les travaux qui prennent comme référence le Produit Intérieur Brut ou le Produit National Brut amènent à conclure à la hausse de l'intensité énergétique; c'est le cas de la plupart des études américaines
(cf. tableau 2).

Trois grands types de problèmes sont sous-jacents à ces calculs. Ils concernent l'évaluation de la consommation d'énergie primaire, le choix 20

SCHEMAS ENERGETIQUES

DU CAEM

de l'agrégat macro-économique le plus représentatif de la croissance économique, le taux de change utilisé compte tenu d'une monnaie inconvertible au moins jusqu'en 1990. De ce point de vue, une remarque doit être faite. L'utilisation d'un indicateur macro-économique évalué en monnaie nationale interdit toute comparaison, si ce n'est en indice, avec les pays occidentaux ou entre les pays du CAEM. L'évaluation de la consommation d'énergie primaire Des différences existent entre la consommation d'énergie primaire officiellement publiée et les estimations occidentales. Outre le problème des coefficients d'équivalence adoptés, la plus grande difficulté pour tous les pays de l'Est reste, sur le passé, l'évaluation correcte des exportations (ou réexportations) et des importations d'hydrocarbures. Concernant l'Union soviétique, on ne peut que rappeler la suppression des statistiques pétrolières en volume de 1976 à 1985, des statistiques d'exportations gazières en 1988. Les importations pétrolières en provenance du Moyen-Orient restent incertaines. Le brut importé serait de plus dans sa grande majorité réexporté. Ces échanges revêtent ces dernières années une certaine importance face au ralentissement de la production pétrolière soviétique. Les autres pays d'Europe centrale ne sont pas à l'abri de telles incertitudes comme en témoigne le cas exemplaire de la République démocratique allemande. Une analyse détaillée des données, publiées dans les

Tableau 2 :

DiHérentes

estimations

de l'intensité (base 100 en 19801

énergétique

en Union soviétique

1970
Données
Données

1975
89,8

1980
100,0 100,0 100,0

1982

1984

1987
93,6

1988

1990 [5] 91,0

officielles [1
ENERDATA [2]

89,6

95,0

99,3 96,3

99,3 97,6

102,9 100,2 95,9

Données

plan Econ [3]

Données de la CIA [4]
Intensité (kepi officielle

85,5
384,0

93,2

100,0
344,0

100,5

102,7

103,4
322,0

103,5
313,0

rouble)

Sources:

AIE/OCDE lopment programme.Directorate

et CEPII, traitement in the USSR".Moscou

ENERDATA SA

; Makarov assessment energy

In : International 1990; International années.

(A.). - "Scenario for energy deveof Soviet energy development Paris, p.6.; PlanEcon.CIA,

International différentes

Energy Club, 10-11

juillet 1990,

Long term energyoutlook, of Intelligence, à partir

statisticol review.- Washington:

Notes:

[1] Calculé évaluation

du revenu

national

évalué

en roubles;

[2J Calculé

à partir

d'une

du PIB en $80 ; [3] Calculé à partir d'une évaluation du PNB en $ ; [5] Estimations.

du PNB en $ ; [4] Calculé à

partir d'une évaluation

21

annuaires statistiques nationaux, relatives à la consommation d'énergie primaire totale et de combustibles minéraux solides et aux importationsexportations d'hydrocarbures, oblige à conclure à la présence d'incohérences entre ces différentes séries: soit il y a une sous-estimation de la consommation totale, soit les réexportations pétrolières ne sont pas mentionnées.
L'exemple soviétique démontre toutefois que l'incertitude portant sur la consommation n'est pas déterminante des différences constatées. Calculées à partir des données de consommation estimées ou officielles, les intensités énergétiques du PIB ainsi obtenues suivent la même évolution. Dans ces conditions, une réflexion sur la validité et l'utilisation du concept d'intensité énergétique doit porter sur l'agrégat macro-économique utilisé. Au centre du débat se trouve l'appréciation de la croissance économique.

Les indicateurs de la croissance économique: quelques problèmes méthodologiques
Le Produit Matériel Net (PMN), ou revenu national, agrégat du système de comptabilité socialiste, et le Produit Intérieur Brut (PIB), agrégat des systèmes de comptabilité nationale occidentaux, recouvrent des conceptions théoriques et donc des réalités différentes. Le système de comptabilité nationale (SCN) a pour cadre le schéma de la théorie keynésienne. Le système de comptabilité socialiste se réfère au moins implicitement au schéma de reproduction élargie de Marx. Concrètement, une des différences fondamentales (et bien connues) entre les deux agrégats réside dans la définition de ce qui est "productif'. La production dans le PMN se limite aux biens matériels, seuls considérés comme étant productifs, même si la plupart des pays d'Europe de l'Est ont adopté des définitions moins restrictives. Sont ainsi comptabilisés les transports de marchandises et plus généralement les services collectifs à la production et à la distribution des biens. Ceux-ci sont inclus dans la sphère des services matériels. Restent cependant exclus les services fournis aux ménages et aux particuliers et ceux liés aux logements. Ces divergences dans les champs de définition se retrouvent au niveau des consommations intermédiaires. Celles-ci, dans 1eSCN, ne couvrent que les consommations de biens et de services matériels. La deuxième grande différence entre les deux agrégats de comptabilité nationale porte sur les amortissements (ou consommation de capital fixe) exclus du PMN, sauf pour les secteurs non productifs où ils sont comptabilisés comme une consommation finale. Les données du PMN se réfèrent effectivement aux biens et services matériels nets de la dépréciation du

22

SCHEMAS

ENERGETIQUES

DU CAEM

capital. A l'inverse, les consommations de capital fixe sont inclues dans le PIB (ou dans le PNB). Elles apparaissent en tant que formation brute de capital fixe (FBCF). Ces différences de définition ont été synthétisées par J. Ceska de la manière suivante [6]: Consommation intermédiaire PMN

=
-

-

Consommation intermédiaire PIB Consommations matérielles dans la sphère non productive Consommations non matérielles dans la sphère productive Dépenses liées au logement Pertes de stocks liées à des phénomènes autres que

normaux
- Dépenses pour voyages

officiels
+ Consommation de capital fixe dans la sphère matérielle

L'intensité énergétique calculée à partir du PMN ou du PIB (PNB) reflète donc des réalités différentes. Si l'on s'en tient aux définitions, les intensités calculées à partir du PMN sont sans doute surévaluées. Les consommations énergétiques que l'on rapporte au PMN font référence à l'ensemble des secteurs, que ceux-ci soient "productifs" ou "non productifs". L'importance des distorsions est ainsi en grande partie fonction du poids des services dans l'économie, poids variable d'un pays à l'autre mais qui tend à croître (y compris en Union soviétique) avec le développement économique. Mais c'est la méthodologie même d'élaboration du PMN qui pose le plus de problème, notamment quant à l'évaluation de la croissance économique que l'on peut faire à partir de cet indicateur. Les problèmes d'exclusion des services ainsi que la question des amortissements ne sont pas sans effet sur l'évaluation de la croissance économique. Mais plus fondamentales sont les distorsions liées au système de prix soviétique. Les prix sont en effet des prix administrés. Ils ne reflètent pas une quelconque évaluation du coût des facteurs, compte tenu des taxes et subventions inclues dans ces prix, de la fixation des taux de profit, fortement variables d'une branche à l'autre, de l'absence de taux d'intérêt réalistes et de loyers sur les actifs. Ces prix ne reflètent pas non plus les préférences des consommateurs, compte tenu des déséquilibres existant sur les marchés des biens de consommation. Dans ces conditions, un tel système de prix pose, avant toute autre considération, le problème d'une mesure adéquate de la production et de la valeur ajoutée. De telles distorsions au niveau des prix

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ont des conséquences importantes en termes de pondération des divers secteurs de l'économie. De manière générale, les indices officiels de valeur ajoutée de l'industrie, compte tenu des taxes inclues au niveau des prix, seraient surestimés par rapport aux indices publiés pour l'agriculture, dont les prix largement subventionnés sont inférieurs aux coûts de production. Implicitement, les Soviétiques donneraient ainsi une pondération plus forte aux secteurs dont la croissance a été de fait la plus rapide. Mais au-delà de ces problèmes, c'est toute la question de la mesure de l'inflation qui se trouve posée dans des économies où les prix étaient centralement fixés. A la différence des systèmes occidentaux de comptabilité nationale qui raisonnent sur la base des prix constants, le concept central de l'analyse des indices de prix soviétiques est celui de prix comparables. Selon les définitions données par F. Kushnirsky [7],ces prix sont ceux d'une année de base, théoriquement constants jusqu'à la révision de cette base. Mais il souligne que de fait, ces prix comparables varient de par l'introduction des biens nouveaux et de par la substitution d'un prix définitif à un prix temporaire. Les prix des biens nouveaux seraient ainsi introduits dans l'indice de prix à leur prix courant supposé être le prix de l'année de base [8].Et F. Kushnirsky de conclure que "théoriquement cette méthode laisse place soit à l'inflation cachée soit à la déflation cachée..." [9], et ce compte tenu du prix des produits par rapport à leurs caractéristiques notamment en terme de qualité. Les nombreuses analyses menées sur l'Union soviétique tendent à démontrer la réalité d'une "inflation cachée" dans les indices de prix soviétiques. Les biais concernant l'évaluation des nouveaux produits sont ainsi bien connus: prix des biens surestimés par rapport à leur caractéristique, ne reflétant pas, dans un premier temps, le prix découlant d'une production en série [10].A ces facteurs s'ajoutent des augmentations de prix officiellement justifiées par une amélioration de la qualité des produits et de la technologie mais sans réel rapport avec les améliorations apportées [11].

D'autres éléments sont venus étayer l'hypothèse d'un taux d'inflation significatif non reflété par les indices de prix soviétiques. L'existence d'une pénurie, d'un pouvoir d'achat non satisfait issu d'une inadéquation croissante entre offre et demande sont une des manifestations de l'inflation dans les économies où les prix sont administrés. Les évaluations (à la baisse) de la croissance économique de certains économistes (A. Aganbeguian, B. Seljunin et G.K. Khanin) ont relancé le débat, de même que la controverse qui s'est développée sur la question des séries d'investissements soviétiques et dont rend compte la revue Soviet Studies. Les estimations occidentales de la croissance économique des pays de l'ex-CAEM, notamment de l'Union soviétique, ne sont pas une mesure 24

SCHEMAS

ENERGETIQUES

DU CAEM

plus fiable, comme le souligne W. Andreff : "Le repli vers les séries statistiques reconstruites par les experts occidentaux (...) ne diminue en rien la difficulté du "puzzle" en raison des méthodes et de données extrêmement divergentes, depuis les chiffres de la Commission Economique pour l'Europe de l'ONU (les plus proches des statistiques officielles) jusqu'à ceux de Warren Nutter (les plus éloignés), en passant par ceux de la CIA (...)" [12]. Dans ces conditions, des approches plus désagrégées sont nécessaires. Sans entrer dans une analyse détaillée, les quelques évaluations disponibles démontrent l'importance des consommations d'énergie spécifiques à l'Est, véritable indicateur de l'inefficience énergétique des systèmes industriels Est -européens. Deux produits peuvent servir d'exemple, l'acier et le ciment. En 1985, les consommations d'énergie par tonne d'acier s'élevaient à 0,6 tep par tonne pour la Hongrie et 0,96 tep par tonne pour l'Union soviétique contre seulement 0,5 tep par tonne pour la France. Autre exemple significatif, celui du ciment. Les consommations spécifiques sont dans ce domaine, en 1983, de l'ordre de 4,8 GJoules par tonne pour la Hongrie, de 4,5 GJoules par tonne pour la Tchécoslovaquie, 5,1 GJoules par tonne pour la Pologne, contre une référence internationale donnée par la Banque Mondiale de 3,7 GJoules par tonne [13].Cela ne signifie nullement que les pays de l'Est n'aient obtenu des améliorations de leur efficience énergétique, mais elles restent dans l'ensemble limitées, compte tenu des structures économiques en place. Aux consommations d'énergie élevées, on doit associer deux autres caractéristiques essentielles des schémas de consommation énergétique des pays du CAE:M, à savoir: le poids dans le bilan énergétique des combustibles minéraux solides et celui du secteur industriel.

1.3. Le poids des combustibles minéraux solides et du secteur industriel
Les pays du CAEM ont été et demeurent en 1989 des pays charbonniers ; 32 % de la consommation d'énergie primaire des "sept" est représentée par le charbon contre seulement 21 % pour l'OCDE (cf. tableau 3). La Pologne et la République démocratique allemande sont de ce point de vue des pays exemplaires avec plus de 70 % de leur consommation primaire assurée par du charbon, essentiellement du lignite à bas pouvoir calorifique dans le cas de la République démocratique allemande. La Tchécoslovaquie, avec 57 % de sa consommation primaire d'énergie d'origine charbonnière, n'échappe pas à cette caractéristique (cf. tableau 3).

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