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LA THÉORIE ÉCONOMIQUE DU XXIe SIÈCLE

De
285 pages
L’objet de ce livre est de comprendre les mécanismes qui génère la pauvreté et l’enrichissement sans cause afin de proposer des politiques crédibles capables de s’attaquer aux causes profondes conduisant à ces phénomènes dont les conséquences sociales sont néfastes et dangereuses.
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LA THÉORIE ÉCONOMIQUE DU XXIe SIÈCLE
Le Concept de mesure en économie

~L'Hannattan,2002 ISBN: 2-7475-2088-9

Dr. Lamine KEITA

LA THÉORIE ÉCONOMIQUE DU XXIe SIÈCLE
Le Concept de mesure en économie

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

A mes enfants et à tous ceux de leurs âges qui méritent qu'on leur laisse un monde en bien meilleur état.

AVERTISSEMENT

AVERTISSEMENT Le présent ouvrage n'est pas un travail de contestation, mais de conciliation entre les points de vue fondamentaux développés par les principaux fondateurs de la discipline économique au cours des siècles. Il ne s'agit pas ici d'un vœu, mais du résultat d'une démarche qui constitue la trame tissant le fil conducteur de l'ensemble de l'ouvrage. Il procède d'une démarche globale, mais qui fonde son principe sur l'individualité. Si l'individu à lui seul ne saurait suffire pour faire comprendre ou expliquer la globalité, celle-ci ne saurait non plus effacer, ni ignorer les spécificités et particularismes individuels. Il privilégie uniquement l'analyse dont le caractère est irréfutable au regard des principes logiques connus. L'irréfutabilité est associée dans ce travail à la précision qu'offre la mesure quantifiée pour établir l'existence et l'unicité d'une solution en vue. Bien que cette mesure quantifiée soit le résultat d'une pratique assez simple dans la réalité, elle est nécessairement d'une source théorique et très élaborée. Cette source détermine les conditions de sa validité qui montrent que sa finalité est de servir à la validation définitive et sans appel des conclusions théoriques fondamentales de la discipline. Donc, objet de consensus, la mesure doit permettre d'établir les bases d'un dialogue fructueux à travers toutes les écoles y compris celles existant en Economie, car l'instrument de mesure sert pour un usage précis. Nul ne saurait le pervertir: sa fonction est très précise, et son usage aussI. En effet, que l'on retrouve dans un village, un habitant utilisant le thermomètre comme un petit bâton pour donner de petites fessées à un enfant agité, cela peut bien être un fait. Que cela soit généralisé au niveau de ce village, cela peut aussi être un fait, mais il n'en demeure pas moins, qu'en matière de bâton, le thermomètre n'est ni le meilleur, ni le pire qui puisse exister. Cependant, dans le domaine de prise de température, le thermomètre est de loin le meilleur instrument indiqué pour relever cette mesure. Si cet instrument doit donc être analysé, c'est bien par rapport à sa

L'ECONOMIE DU XXlème SIECLE fonction initiale pour laquelle il a été élaboré et qu'il importe de connaître. La particularité distinctive du présent travail tient justement au rôle pédagogique et conceptuel que joue la monnaie lorsque l'on établit que celle-ci permet de servir de base pour fonder toute une discipline dont elle sert d'instrument de mesure. La question naturelle qui vient en tête est justement: quelle est cette discipline et quel en est l'objet? Aller à la découverte de cette discipline, voilà ce que permet la méthodologie fondée sur la maîtrise de la monnaie instrument de mesure ainsi que de ses différents concepts, objet de la présente publication. Un fait pour une discipline, comme en sciences économiques, est de se donner un objet. Mais qu'est-ce qui prouve que l'objet avancé est bien celui qu'il faut, et non pas un autre? Il est souhaitable d'arriver, de façon irréfutable, à trouver des réponses précises à toutes ces questions qui apparaissent fondamentales, car liées au fondement même de la science. En effet, à défaut d'arriver à un tel consensus, les écarts d'opinion finissent par s'imposer comn1e une caractéristique d'une discipline riche et souple, sans que cela ne soit susceptible d'être considéré comme un handicap majeur; ce qu'il est d'ailleurs en réalité. Le présent travail œuvre à l'établissement d'un tel consensus, et 1 représente le prolongement du travail de thèse de l'auteur. Par conséquent, dans le domaine de l'économie, en identifiant la monnaie comme l'instrument de mesure, celui-ci doit désormais servir de cadre unificateur pour les économistes comme cela est bien le cas dans les autres disciplines scientifiques quant à la place et au rôle de l'instrument de mesure.

1

Lamine KEITA, Monnaie et modélisation de l'offre agricole au
Mali, Université de Paris VIII, 1997.

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AVERTISSEMENT A cet effet, il convient de comprendre, que contrairement aux autres instruments de mesure, l'instrument monétaire n'aura pas été, au départ, conçu par une théorie à laquelle il se rapporte et qui l'aura précédé. Si cet instrument apparaît donc comme un instrument de mesure, il est un instrument empirique que la science, dont il représente l'instrument de mesure, doit chercher à apprivoiser. Par conséquent, son fonctionnement ne saurait être empirique car il cacherait des dysfonctionnements qu'une bonne théorie doit pouvoir permettre de comger. Par conséquent, de l'état d'instrument empirique il doit évoluer vers un instrument théorique réalisé. Ainsi la théorie qui sera élaborée permettra de mieux comprendre et concevoir le fonctionnement de l'instrument monétaire, qui sert aussi, par la pratique de la mesure, à valider la théorie nouvelle. Il Y a donc une interaction entre la théorie et son instrument de mesure qui se retrouve, comme l'écrit Jacques RUEFF, comme le résumé de toute la théorie qui l'aura élaboré. Ainsi, la monnaie, comme étudiée dans cet ouvrage en tant qu'objet théorique, aura des propriétés caractéristiques, fondamentales ou secondaires. Ces propriétés, contrairement aux caractères descriptifs de la monnaie tels que présentés dans ses usages quotidiens à travers des ouvrages désormais classiques, sont susceptibles de démonstration. Par conséquent, il faut être attentif pour éviter de confondre les concepts ici élaborés, avec les mots qui sont tirés du langage ordinaire au sujet de la monnaie. Si l'économie doit donc s'inspirer des autres disciplines scientifiques, la démarche qu'elle devra suivre, présente tout de même une particularité qui lui est propre: c'est par exemple celle d'avoir hérité de son instrument de mesure. Celui-ci doit lui permettre de se doter de manière exclusive de son objet propre qui doit être susceptible de démonstration car il ne semble pas tomber sous les sens de l'observateur, contrairement à bien d'autres disciplines connues. Il

L'ECONOMIE DU XXIème SIECLE

Sur le plan méthodologique, nous nous inspirons de l'esprit 1 scientifique moderne, fait de réalisme et de rationalisme et qui veut que, pour qu'une méthode pédagogique puisse convaincre, il faut qu'elle arrive à quitter son domaine d'origine: si elle commence par expérimenter, elle doit ensuite permettre de raisonner; et si on y réfléchit, il faut ensuite expérimenter, appliquer: d'où l'importance que ce travail accorde aussi bien à la théorie qu'à la pratique ainsi qu'à leur interaction complémentaire.

I

Voir Gaston Bachelard, « le Nouvel esprit scientifique », PUF, 1978

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INTRODUCTION

INTRODUCTION L'objet de la présente publication est de comprendre le mécanisme qui génère la pauvreté et l'enrichissement sans cause afin de proposer des politiques crédibles capables de s'attaquer aux causes profondes conduisant à ces phénomènes dont les conséquences sociales sont néfastes et dangereuses. Dans un premier temps, il s'agit d'observer une collectivité humaine dotée de son organisation propre et procédant en son sein à des échanges et transactions diverses, libres et volontaires. La phase d'observation donnera lieu à la mise en exergue de certaines apparences qui vont être hiérarchisées afin de dépasser les impressions immédiates qui se dégagent des manifestations observées. Ainsi, les produits et services divers vont-ils être classés et hiérarchisés en faisant apparaître deux grandes classes. Pour la première classe, les éléments sont demandés en vue de permettre d'obtenir le droit de se procurer les éléments de la deuxième classe, qui sont demandés pour eux-mêmes en vue de satisfaire un besoin direct de consommation ou de production. Chaque groupe fera l'objet d'une description de propriétés caractéristiques et secondaires, et conférera sont détenteurs des différents produits et services groupe des attributs qui détermineront leur situation pauvreté ou de la richesse. ses principales aux agents qui constituant ce vis à vis de la

La description des constituants du premier groupe permettra de mettre en lumière les concepts de la théorie de la mesure, qui portera sur la caractéristique principale des éléments du second groupe. Cette description conduit dans la première partie à la mise en place de la théorie de la mesure de la valeur. Elle est théorique et constitue le fondement de l'ensemble de l'ouvrage. La deuxième partie de l'étude est destinée, à la lumière de la théorie ainsi élaborée, à la relecture des faits historiques reconnus importants et des analyses y afférentes. Il s'agira notamment de relire le fonctionnement du système monétaire international à ses différentes étapes, de ré interpréter les expériences de fonctionnement des systèmes monétaires nationaux contemporains ou de type médiéval

L'ECONOMIE DU XXIeme SIECLE connus en Europe, d'analyser les politiques économiques ou monétaires pratiquées depuis lors, en Europe, en Amérique ou en Afrique et plus particulièrement dans les pays utilisant en commun le franc CFA et qui ont une longue expérience des manipulations monétaires. La troisième partie conduit à une réflexion visant à valider certaines théories économiques comme la théorie quantitative de la monnaie, ou la loi de Gresham, et à faire des propositions alternatives de politiques ou même de formulations théoriques nouvelles afin de corriger les imperfections, voire les incohérences contenues dans certaines théories encore en vigueur, ou même dans la définition et l'objet de la discipline économique. La conclusion générale recense les apports de l'étude et résume ce qui en constitue les avancées théoriques ou pratiques essentielles. Ensuite, elle annonce la prochaine publication qui est destinée à l'étude des biens et services relevant du second groupe et du mécanisme qui conduit à concevoir ces produits, à assurer leur production aux meilleures conditions leur permettant d'être présentés

au marché dans lequel ils seront 1.'objet d'échanges volontaires et
mutuellement avantageux. Les conditions de cette production et de la pérennité de celle-ci y seront étudiées. Les politiques économiques ou monétaires destinées à corriger les dysfonctionnements constatés ou prévisibles y seront proposées.

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PREMIERE PARTIE: THEORIE DE LA MESURE DE LA VALEUR

THEORIE DE LA MESURE EN ECONOMIE I. TRANSACTIONS ET ECHANGES VOLONTAIRES, INSTRUMENTS MONETAIRES ET EQUIVALENCE. L'objectif du présent chapitre est de présenter l'essentiel sur la monnaie, son lien avec les opérations d'échange ou de production, ainsi que sur ses formes de représentation. Sa finalité est de comprendre l'environnement monétaire dans toute sa diversité à travers tous les âges et tous les lieux, et de contribuer de la façon la plus décisive, à maîtriser les mystères d'un instrument et d'un usage aussi familiers que la monnaie. Toute affirmation devra être démontrée. Aucun avis ne sera émis sans preuve. Ainsi dans ce travail nous distinguerons entre des avis émis, souvent par des spécialistes reconnus sur le plan scientifique, et des propositions théoriques qui sont vérifiées c'est-à-dire susceptibles d'être l'objet d'une démonstration rigoureuse et complète. Les matériaux disponibles seront fondés pour ce faire sur l'observation des faits. La méthode de travail procédera, compte tenu de la nature des faits historiques qui semblent se dérouler une seule fois en se suivant de façon linéaire sans jamais revenir à l'identique, par l'abstraction, puis par la conceptualisation à travers un raisonnement déductif. Lorsqu'un système de concepts et de relations aura été mis en cohérence dans un modèle théorique et abstrait, nous procéderons alors à la confrontation du modèle ainsi conçu avec la réalité empirique. Une telle méthode d'abstraction n'est pas contradictoire avec la méthode inductive. Elle lui est complémentaire car elle apparaît mieux adaptée pour l'étude des faits qualitatifs. Dans le cas où les données d'observation historiques sont quantitatives et sommables, la méthode inductive sera utilisée, car plus pertinente. Donc, aucune méthode scientifique de traitement des données ne sera écartée a priori. Les expériences historiques connues dans les différents pays à travers le monde, seront utilisées pour illustrer la réalisation concrète

L'ECONOMIE DU XXIeme SIECLE

des concepts ou théories qui auront été établis tout au long du présent travail.

Nous ferons la différence entre les résultats fournis par les modèles théoriques et les données qui sont empiriquement observées dans le champ de l'évolution économique. C'est pourquoi, dès le départ, nous nous attacherons à la mise au point d'une véritable théorie de la mesure en économie, et dont le résultat permet de comprendre l'évolution des prix empiriques. Cependant, les prix sont des mesures relatives observées empiriquement et mettant en rapport deux mesures simples. Une telle démarche nous paraît être d'une importance capitale si nous voulons que l'Economique soit comme les sciences exactes, une véritable science. En effet, il doit être possible que l'économie théorique puisse se doter d'une théorie de la mesure qui permet sur le plan empirique de vérifier la cohérence interne à la théorie elle-même. Pour mieux exprimer ce besoin dans la précision de la mesure, prenons le cas de la chaleur et le besoin scientifique de mesurer la chaleur. Il a fallu pour ce faire, mettre au point une unité de mesure, le degré, puis un instrument de mesure de la température de la chaleur, le thermomètre. La température n'est pas la chaleur. Elle n'en est qu'une manifestation, peut-être parmi tant d'autres. A partir du résultat de la mesure de la température que fournit le thermomètre, il est possible d'établir des comparaisons, et d'effectuer différents calculs dans des situations empiriques variées. Lorsque les calculs sont terminés, il devient facile de vérifier si le résultat fourni par la théorie est conforme au résultat empirique observé. Dans un exemple plus précis, supposons que nous nous fixons pour expérience de mélanger deux quantités d'eau de températures différentes. Il devient possible expérimentalement de calculer la température du mélange puis de comparer le nombre trouvé avec la mesure de la température fournie par le mélange. Ce résultat

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THEORIE DE LA MESURE EN ECONOMIE permet de valider en même temps la cohérence d'une théorie, et de créditer sa pertinence. Une comparaison de cette expérience avec la situation qui prévaut en économie en ce qui concerne la valeur des choses, peut-être assez' intéressante à plus d'un titre. En effet, comme l'écrit le Prix Nobel M. ALLAIS, le prix n'est-il pas à la valeur ce qu'est la température pour la chaleur? Il convient d'indiquer que nous partageons entièrement les termes de cette comparaison, et espérons l'utiliser afin de mieux conduire la réflexion que nous souhaitons développer ci-dessous. A cet effet, prenons en exemple les questionnements suivants tirés du domaine des sciences exactes qui nous semblent plus familières et cherchons, dans le domaine de l'économie, à répondre à ces questionnements. Recherchons pour ce faire, l'équivalent en Economie de chacun des termes suivants:

- la chaleur, comme phénomène étudié; - la température, une manifestation de ce phénomène; - le thermomètre, un instrument de mesure de la température; - l'échelle de mesure; - le résultat de la mesure de la température; - l'unité de mesure; - la comparaison de la température de deux corps, ou
températures prises par un corps au cours du temps.

des

En ce qui concerne la démarche en économie, sur un marché: - On demande au marchand le prix. - Que représente ce prix? - Au mieux on pourrait dire que c'est le résultat d'une mesure. - Mais la mesure de quoi? - De la valeur? - Mais qu'est-ce que la valeur? En approfondissant on peut se poser les questions suivantes: - Cette mesure est prise avec quel instrument? - Comment fonctionne cet instrument? - Comment sait-on que cet instrument est détraqué ou qu'il fonctionne bien? 21

L'ECONOMIE DU XXIeme SIECLE

La mesure est prise dans quelle unité? Cette unité correspond-elle à une échelle particulière, et exjste-til une ou plusieurs échelles? - Quel lien unit ces échelles pour permettre de passer des mesures prises dans une échelle à des mesures prises dans une autre et autoriser une comparaison des chiffres relevés selon les échelles au cours du temps? Ces prix sont relevés par des statisticiens pour être utilisés directement dans des calculs comme si une entente naturelle parfaite sur chacun des points observés ci-dessus unissait les spécialistes des prix et les simples vendeurs sur le marché. Tout ne semble-t-il pas se passer comme si le domaine de l'économie est habité naturellement, comme l'écrit C. SCHMIDT l "par des quantités et des prix, et qu'il se prête d'emblée par conséquent au dénombrement sauvage et à la quantification naïve? ". Au delà de ces questionnements, il est intéressant de noter qu'une différence, certes fondamentale entre les résultats de mesure fournis à l'aide d'un thermomètre ou de la monnaie, est que le thermomètre est un instrument élaboré après une avancée scientifique et technique dont il représente un résumé fiable, puisqu'il permet, même utilisé par un non initié dans le domaine, de valider les principaux résultats des travaux effectués par les spécialistes. Donc cet instrument n'est pas purement empirique, il est la réalisation pratique d'une réflexion théorique. Par ailleurs, lorsque l'on a utilisé le thermomètre ou le mètre pour effectuer une mesure, une fois la mesure connue, on peut se passer de l'instrument, le jeter et l'oublier jusqu'à une nouvelle occasion. On utilise ces instruments pour connaître, et tant que les conditions physiques objectives n'auront pas changé, les mêmes mesures donneront les mêmes résultats indépendamment du lieu ou du temps.

-

C. Schmidt, "La sémantique économique en question" Lévy, 1985, plI. 22
I

Calmann

THEORIE DE LA MESURE EN ECONOMIE Par contre la monnaie a comme surpris les spécialistes de l'économie, qui rivalisent d'ardeur pour chercher à savoir depuis quand, pour la première fois, l'homme l'a connue et utilisée. Cela pose un problème: - L'instrument monétaire aurait-il précédé toute connaissance dans le domaine économique? - Comment cet instrument a-t-il pu être élaboré? - A-t-il été donné par la nature, à l'homme qui l'aura trouvé de façon empirique? - Comment fonctionne-t-il ? - Comment peut-on savoir qu'il est détraqué et qu'il fonctionne mal? - Comment le répare-t-on ? Autant de questions qui montrent qu'il y a beaucoup de différences entre le thermomètre et la monnaie, ou entre l'Economie et les sciences physiques. Par ailleurs, il convient de relever que la mesure de la valeur est effectuée généralement lors d'un échange, et que la quantité de monnaie nécessaire pour opérer l'échange ne peut être jetée, ni oubliée lorsque la mesure est effectuée. Le prix de l'objet est emporté en échange de l'objet cédé au cours de l'échange. La mesure n'est pas effectuée pour connaître seulement ou pour comparer. Elle permet de remplacer une propriété que l'on possédait réellement, (une maison par exemple que l'on a décidé de vendre), par la marque d'un droit sur les biens existants dans une collectivité donnée, en un moment donné. Ce droit conservé sous forme monétaire doit pouvoir être connu et reconnu à sa valeur, et protégé comme l'est toute propriété privée dans un état de droit. A cet effet, il convient de comprendre la nature des manipulations qui sont dangereuses et perverses pour l'usage de la monnaie.

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L'ECONOMIE DU XXIeme SIECLE

D'où l'intérêt relevé par tous les spécialistes de la monnaie sur la nécessité d'assurer la stabilité de la valeur de la monnaie. Cependant, comment assurer celle-ci, si la valeur de la monnaie elle-même n'est pas définie de. façon scientifique et irréfutable. Dès lors on comprend mieux cette remarque formulée par John Law, lorsqu'il écrit: "la monnaie n'est pas la valeur pour laquelle on échange les objets, mais la valeur par laquelle on vend ou achète les objets" . En résumé, une mesure prise par le thermomètre achève le rôle de celui -ci, on peut casser le thermomètre ou le brûler sans préjudice grave pour les objets mesurés. On ne peut pas brûler l'argent qu'on a reçu en échange de la chose qu'on a offerte, parce qu'il n'est pas seulement une mesure d'une chose, il est l'équivalent de cette chose. En conclusion, l'usage de la monnaie relève de la pratique empirique quotidienne aussi vieille que toute vie en collectivité. La manipulation de la monnaie a toujours relevé de la volonté du Prince, surtout dans sa forme immatérielle. Par conséquent, par cette volonté, le Prince peut être naturellement tenté d'amputer les richesses des individus entretenues sous forme de monnaie. Si l'on pense révolu l'exercice aveugle de la volonté du Prince après la Révolution de 1789, non pas pour une question de mode ou de rhétorique, mais par référence aux pires souvenirs des révoltes sanglantes qui ont marqué le moyen âge en Occident, et principalement en France, par suite des manipulations monétaires qui ont occasionné révoltes et répressions, misères des individus et décadences des empires, il convient de bien repenser les institutions monétaires nationales ou régionales afin d'éviter de faire subir à la population les mêmes souffrances d'un autre âge connues sous d'autres cieux. Pour la majorité des économistes, à défaut de savoir ce qu'est la valeur de la monnaie, ils supposent que si la monnaie n'est pas stable, c'est à cause de l'inflation, et le taux d'inflation détermine la valeur de la déstabilisation de la valeur de la monnaie. L'inverse de l'indice des

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THEORIE DE LA MESURE EN ECONOMIE prix, représentant le pouvoir d'achat de la monnaie, sera ainsi considéré par eux comme la mesure de la valeur de la monnaie. En termes très simples, cela ne signifie-t-il pas la mesure de l'instrument de mesure, c'est-à-dire, par exemple la température du thermomètre? Ainsi, la monnaie, de l'état d'instrument de mesure, ne se retrouve-t-elle pas être mesurée par les prix? Mais qu'est-ce que le prix? N'est-ce pas la mesure fournie par la monnaie? D'où une tautologie grave qui montre toute l'insuffisance de la connaissance actuelle sur la monnaie. Par conséquent, même s'il reste vrai que" l'économique est habité par des quantités et des prix, et qu'il se prête d'emblée Rar 2 conséquent au dénombrement sauvage et à la quantification naive", il nous semble important de pouvoir dépasser l'observation empirique des phénomènes par le seul biais des manifestations que nous livrent nos sens. En effet, le prix, tout comme la température, ou les mesures qui les' représentent, apparaissent comme des manifestations de la réalité d'une substance qui existe et dont les manifestations constatées permettent de rendre compte, de façon plus ou moins exhaustive, ou plus ou moins exclusive. Il importe donc de relever le caractère peu satisfaisant que nous livre l'observation brute des faits qui doit, comme l'écrit J. RUEFF, être un prétexte à la recherche scientifique, et non point constituer un objet de connaissance. La difficulté d'approche dans l'Economique nous semble résumée par L. WALRAS 3 qui écrit:

2

C. Schmidt, "La sémantique économique en question" Calmann Lévy, 1985, plI. 3 L. Walras, "Eléments d'Economie politique pure, Tome VIII", Economica p. 555 25

L'ECONOMIE DU XXIeme SIECLE
H

Nous ne sommes nullement dans la position du physicien qui a

dans le même moment, dans le gramme, dans la seconde, des unités de longueur, de poids, de durée,. nous sommes plutôt dans celle de l'astronome qui ne sait rien des mouvements absolus des corps céles"tes, et qui ne connaît que leurs mouvements relatifs: nous ne connaîtrons, nous aussi, que des valeurs relatives ".

Cependant, sans aller jusqu'à la conclusion pessimiste de l'impossibilité de connaître les valeurs absolues tirée par L. WALRAS, il nous importe de méditer en même temps un avis 4 exprimé par A.WALRAS, le père du premier Walras, selon lequel, pour raisonner sur la richesse, il est important de connaître ce qu'elle est, et ce qui en constitue l'exacte expression. En étant donc dans l'impossibilité de connaître la valeur absolue des choses, il est donc tout à fait possible qu'un aspect important de la richesse nous échappe. Par conséquent, un effort dans le sens d'une diminution de notre ignorance dans ce domaine doit pouvoir être envisagé pour rendre en même temps possibles des tentatives visant à améliorer l'augmentation de la richesse et du bien être que cela suppose. Ce faisant, une meilleure connaissance de la valeur dans l'absolu peut permettre de mieux cerner l'évolution des prix qui représentent en fait des valeurs relatives. Une telle tentative permettra d'enrichir en même temps notre connaissance des prix à travers une théorie et non plus à travers l'observation naïve que nous livrent nos sens. Il s'agit là d'un objectif assigné au présent travail, et destiné à élargir les idées contenues dans un cadre empirique observé au Mali et ayant fait l'objet de la Thèse de l'auteur déjà citée. Cet objectif consiste à élaborer le concept de monnaie, de mesure en économie et de transactions au niveau national voire international. Dans une prochaine publication, on abordera le mécanisme de la transformation des matières brutes en matières élaborées qui sont désirées soit pour une utilisation finale soit pour une utilisation intermédiaire. A partir

4

A. Walras, "Richesse, Liberté et Société", Tome I, Economica, p 61. 26

THEORIE DE LA MESURE EN ECONOMIE de ce mécanisme, les politiques économiques et monétaires seront envisagées. Les références bibliographiques sont données en annexes. Au départ, il faut indiquer qu'aucune place privilégiée n'est réservée à un auteur, et qu'aucun auteur ne sera a priori écarté des analyses. Il sera fait appel dans ce travail, aux idées fondamentales dont la paternité scientifique est connue et qui auront été ici établies. C'est ainsi que, dans la progression des analyses menées tout au long du présent document, des auteurs apparaîtront selon la portée et la pertinence des points de vue et analyses antérieurement exprimés par ceux-ci, et les principaux d'entre eux auront pour nom: M. ALLAIS, ARISTOTE, N. COPERNIC, DEBREU, M. FRIEDMAN, HAYEK, J. M. KEYNES, K. MARX, L. MISES, PLATON, PATINKIN, D. RICARDO, J. RUEFF, J. B. SAY, J. SCHUMPETER, SISMONDI, P. SRAFFA, A. R. J. TURGOT, PIÉTRO VERRY, WICKSELL, J. HICKS. 1.1 Echanges volontaires, équivalence, numéraires. Considérons le marché des biens et services dans une collectivité donnée. Nous désignerons par marchandise, tout bien ou location de service présent sur ce marché où se rendent des agents pour faire des opérations d'échanges c'est-à-dire pour offrir une marchandise et en recevoir une autre. Chaque opération d'échange met en relation deux agents A et B, A remettant à B " quelque chose" et B remettant en retour à A "une autre chose". Cependant, il peut arriver qu'une longue discussion, un long arbitrage ait lieu avant que les deux agents ne concluent définitivement leur opération d'échange. Pour que l'échange soit rendu possible et volontairement souhaité, il aura fallu que:

- l'objet donné par A soit désiré par B, et inversement, que l'objet donné par B soit aussi désiré par A. - que les deux objets soient jugés équivalents par les deux parties.

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L'ECONOMIE DU XXIeme SIECLE Ces deux conditions sont connues sous l'appellation de double coïncidence du troc, et elles représentent une source de coût pour les opérations d'échange. Pour limiter ce coût, la collectivité doit pouvoir générer en son sein, au moins un instrument, une marchandise particulière communément acceptée par tout le monde et qui est utilisée comme intermédiaire dans les échanges. Il suffit qu'un agent A détenant une marchandise M A en quantité Q échange cette quantité contre une quantité équivalente Z 1 de la marchandise communément acceptée. Muni de cette quantité Z 1 cet agent A ' pourrait se procurer une quantité désirée détenue par l'agent B. Cette marchandise communément acceptée, jouant ainsi le rôle d'intermédiaire dans les échanges au sein de la collectivité considérée est appelée numéraire. Cette terminologie est utilisée chez D. 5 RICARDO et son origine remonterait selon J. SCHUMPETER(I) à un auteur anglais J. STEUART. Comme exemple de numéraire, on retrouve chez D. RICARDO le blé, le draf' le sel ( en Afrique), le mouton (ou la laine) chez A. R. J. TURGOT. 1.2 Echanges, prix et valeurs d'échange, monnaie Considérons le marché des biens dans une collectivité déterminée. Nous avons vu qu'il existe au moins une marchandise particulière appelée numéraire contre laquelle toute marchandise peut s'échanger pour la simple raison que cette marchandise particulière est désirée par toute personne possédant le bien que l'on souhaite acquérir. Considérons une quantité physique unitaire d'une marchandise, par exemple le kilogramme de riz. Cette quantité s'échange contre une quantité de numéraire appelée prix unitaire du riz. Ce prix est accepté
5

6

7

J. Schumpeter, "Histoire de l'Analyse Economique", Tome I, Ed Gallimard, 1983, p 414 6 D. Ricardo, "Des Principes d'Economie Politique et de l'Impôt" , Sciences Flammarion, 1971, p. 242
A. R. 1. Turgot, "Ecrits Economiques ", Calmann Lévy, 1970, pp 143-145.

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