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Le management entre civilisation et barbarie

De
206 pages
Que le management emplit désormais nos existences contemporaines est un fait, et ne saurait être remis en cause : en effet, de notre naissance à notre disparition, nous sommes désormais constamment en prise, directe ou indirecte, avec les organisations. Mais le constat du fait social total suffit-il à assimiler le management à la civilisation ? C'est tout l'enjeu de cet ouvrage collectif que de répondre à cette question en analysant les liens qui unissent ou séparent management, civilisation et barbarie.
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CollectiondirigéeparYvonPesqueuxetGillesTeneau
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Sous la direction de Sonny Perseil, Yvon Pesqueux, Yéda Christophe Banaon, Khaoula Ben Mansour,Unnouveauregardsurlatricheetlemensonge,2017. Fernando CUEVAS,Delahaineàl’amour,Lesrelationshumainesdanslavieprivéeet professionnelles, 2017. Sous la direction de Sophie Agulhon, Franck Guarnieri, Sonny Perseil& Yvon Pesqueux,La confianceenquestions,2016. Sous la direction d’Olivier CRETTE et Anne MARCHAIS-ROUBELAT,Analysecritiquede l’expertiseetdesnormes :théorieetpratique, 2015. Sous la direction de Walter AMEDZRO ST-HILAIRE,Perspectivestratégiqueetgestion opérationnelledel’économiebancaire, 2015 Sous la direction de Sonny PERSEIL et Yvon PESQUEUX,Fairel’économiedela dénonciation,2015. Gilles TENEAU,L’erreurhumaine.Modèlesetreprésentations,2014. Société de Philosophie des Sciences de Gestion (SPSG),Penserlemanagementetles sciencesdegestionavecHannahArendt, 2014. Marie-Caroline MOULIN,Lagestiondescrises« horscadre », 2014. Société de Philosophie des Sciences de Gestion (SPSG),Leprêt-à-penserenépistémologie dessciencesdegestion, 2014. Sous la direction de Sonny PERSEIL et Yvon PESQUEUX,L’organisationdelatransgression. Formaliserl’informel ?,2014. Laurent CHIOZZOTTO, Dominique FAUCONNIER, Michel RAQUIN,Règles, Métieret Processus, Troisexplorations, 2013. Gilles TENEAU & Nicolas DUFOUR,La gestion des risques, un objetfrontière, 2013. Emmanuel CASTILLE (coord.),Uneautreimagedel’organisation.Misesen perspective analytiques, 2013. Isabelle PLOND-MORAND, L’employabilité.Ambiguïtésd’unconcept, 2012. Lucile MAERTENS,Le Haut-Commissariat des Nationsunies pour les Réfugiés(HCR)face auxcatastrophesnaturelles, Cequeletsunamiachangé, 2012. Andrée PIECQ,Delapenséesystémiqueàlapratiquedel’organisation.Legiroscope, 2011. Jean BRINGER, Denis MEERT, Michel RAQUIN et Gilles TENEAU,Leconseilen organisation.Evolutionsetperspectives, 2011.
Ouvragecoordonnécollectivementparla SociétédePhilosophiedesSciencesdeGestion(SPSG) Lemanagemententre civilisationetbarbarie
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
EAN Epub : 978-2-33g-79445-7
In memoriam
Quand on rencontrait Bernard, c’est d’abord son hum our, permanent, corrosif qui frappait. Il avait ainsi un don pour mettre à l’ais e dès le premier contact avec son sourire et ses bons mots. Puis, très vite, c’est la maîtrise de ses sujets et la profondeur de sa pensée qui marquait ses interlocuteurs. Passi onné, il savait partager avec tous et travailler avec lui était un vrai plaisir en rai son de ses qualités intellectuelles mais aussi humaines, en particulier sa gentillesse. Grenoble Ecole de Management
1 Envoi : de la gestion de la barbarie à la barbarie de la gestion Baptiste Rappin (Maître de Conférences, Université de Lorraine, IAE de Metz, Membre fondateur de la SPSG)
Le présent ouvrage reprend le meilleur des communic ations du Troisième Congrès « Philosophie(s) du Management » organisé par laSociétédePhilosophiedes Sciencesde Gestion(SPSG) à l’Institutd’Administration desEntreprises (IAE) de Metz les 12 et 13 mai 2015. Le fil directeur de l’événem ent était : « Management, Civilisation et Barbarie » , trois termes que le titre du présent recueil reprend à la lettre.
Il va sans dire qu’une telle réflexion comporte une part de mode, ainsi que les dénonciations récurrentes des « actes de barbarie » par les hommes politiques, dont la sincérité n’a d’égale que l’indignation programmée, tendent à en témoigner : les événements de janvier 2015, ô combien tragiques, il lustrent bien cette propension à mettre en scène l’opposition frontale et absolue en tre civilisation et barbarie, comme si les deux concepts étaient séparés par des frontière s si imperméables qu’ils seraient voués à rester étrangers l’un à l’autre. Mais l’actualité du couple ne se restreint pas à la sphère médiatico-politique, si encline à user des m ots comme des chaussettes, c’est-à-dire de façon interchangeable ; il gagne égalemen t le champ de la philosophie, indice de sa crédibilité et, peut-être, de sa légitimité p our penser le monde, en général, et l’époque contemporaine, en particulier. Signalons, sans souci d’exhaustivité, et en nous limitant aux dernières années :Généalogiedesbarbaresde Roger-Pol Droit, paru en 2007 chez Odile Jacob ;LaPeurdesbarbares.Au-delàduchocdescivilisationsde Tzetan Todorov, sorti en 2008 au Livre de Poche ;Lesnouveauxbarbares : terrorismesreligieux, politiqueetculturel, dossier thématique du numéro 61 de la revue Cités ;Ladéfaitedelaraison, sous-titréeEssaisurlabarbariepolitico-morale contemporainepublié chezCharles-Éric de Saint Germain, daté de 2015 et  de Salvator. Ce premier tour d’horizon peut se conclur e en constatant que le champ du management n’est pas étranger aux concepts de barba rie et de civilisation ; on note ainsi les ouvrages de Jean-Pierre Le Gof f ,Labarbariedouce.Lamodernisation aveugledesentreprisesetdel’écoleCamilleDécouverte, et de , paru en 1999 à La Desmarais, pseudonyme de Rémi Jardat,Leslendemainsquimentent.Peut-on civiliserlemanagement ?,d.sorti en 2001 chez Les empêcheurs de penser en ron S’il faut toutefois citer deux philosophes qui fire nt de la barbarie une pierre sinon centrale du moins importante de leur bâtisse intell ectuelle, alors les noms de Michel Henry et de Jean-François Mattéi sortent du lot. C’ est dans la lignée de sa phénoménologie de la Vie et du Corps que le premier situe la barbarie, en soulignant qu’elle est toujours seconde par rapport à la cultu re : si cette dernière est « une action que la vie exerce sur elle-même et par laquelle ell e se transforme elle-même en tant 1 qu’elle est elle-même ce qui transforme et ce qui e st transformé » , la première résulte de la négation de l’auto-affirmation initiale de la vie. D’où la critique de la science moderne et rationaliste en ce qu’elle ne ménage pré cisément aucun espace à l’affectivité, niant paradoxalement et maladivement le lieu originaire d’où elle sourd.
Fortement influencé par la mythologie et la philoso phie grecques, Mattéi développe quant à lui une argumentation symétrique qui invers e les termes du rapport : alors que le fond de l’univers et de la vie humaine est le dé sordre, ou la barbarie en ce qu’elle équivaut à l’inarticulation primitive des choses et du langage, la civilisation consiste précisément en cet effort permanent de mise en ordr e du divers, à l’image des Olympiens qui ordonnent le monde encosmos, ou des législateurs qui dotent la cité de ses lois. On saisit alors les deux directions de pensée du ma nagement qui, pleines de promesses et riches d’analyses peu conventionnelles , émanent de ces deux philosophes : d’un côté, le propos tenu pourrait s’ atteler à montrer en quoi les dispositifs et les techniques de la gestion moderne , depuis Taylor jusqu’à aujourd’hui, déploient une rationalité qui verrouillent le champ de l’affect et contrarient voire entravent l’expression de la Vie : mais où donc, en effet, se déploie la chair du salarié et du manager dans les organisations contemporaines ? ; de l’autre, l’argumentation mettrait en exergue une rationalité technique, cell e du management, qui, s’affranchissant des exigences universelles de Véri té et de Justice, ne façonne aucun monde habitable de façon durable et favorise l’expr ession des penchants les plus irrationnels, à l’image de la cupidité qui régit le comportement des acteurs sur les marchés financiers.
Mattéi distingue à juste titre, à la suite des Roma ins, les deux formes de barbarie 2 que sont laferitaset lavanitastion, à. La première renvoie à la férocité et à la destruc la guerre et à la torture, au sang versé et répandu ; l’imagerie populaire se forge une e telle idée des Barbares qui, au IV siècle, déferlèrent sur Rome et la mirent à sac, participant à son déclin puis à sa chute, ou encore des Viking qui remontèrent la Seine e au IX siècle pour assiéger, piller et ravager Paris ; on pense également, plus proches e de nous, aux horreurs des totalitarismes que le XX siècle endura. Ce sont donc des scènes de dévastation que l’on associe à la férocit é barbare. Toutefois, sur son second versant, la barbarie ne s’offre plus comme inhumain e cruauté, mais comme vanité et vide, comme relativisme mou et profond nihilisme : plus difficilement décelable, car intérieure, lavanitasre de jouer sonune forme de stérilité qui empêche la cultu  révèle rôle de fertilisatrice de l’esprit humain. L’éducat ion, principal relais de la civilisation, se trouve bien sûr au centre de cette formesoftde barbarie quand elle n’assume plus son rôle de transmission d’un patrimoine et place l’élè ve au centre de la pédagogie au détriment du savoir. Une telle déclinaison de la barbarie, qui se scinde donc enferitas etvanitas, n’est pas sans intérêt pour l’étude du management : elle permet en tout cas de mettre en évidence la gestion de la barbarie, à l’œuvre dans les extrémismes religieux et p o l i ti q u e s , mais aussi la barbarie de la gestion, p lus insidieuse car moins s pec tac ulaire , mais régentant dans l’ombre la vie q uotidienne de milliards de personnes.
« Gestion de la barbarie » : tel est justement le t itre d’un ouvrage d’Abu Bakr Naji traduit en français en 2007. Le stratège islamiste, rattaché à l’organisation terroriste d’Al-Qaïda, affirme que « la gestion de la barbarie est la prochaine étape que l’Oumma devra franchir et qu’elle « construira un pont vers l’État islamique attendu depuis la 3 chute du califat » . L’objectif est de créer le chaos (« La gestion de la barbarie peut