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Le monde entre nos mains - Le tour du monde des solutions durables

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« Vous avez réalisé, et très concrètement, ce que je rêvais de faire en postface à La Voie. Réunir en faisceau les initiatives créatrices d’un futur nouveau, venues de toutes les parts de notre planète est l’œuvre importante que vous avez réalisée et que je souhaiterais voir diffuser au maximum, car il est plus que temps que toutes les initiatives isolées, dispersées, se connaissent, se reconnaissent, se relient pour susciter ce changement de Voie qui est vitalement souhaitable pour tous les Terriens, humains, et autres vivants. »Edgar Morin En 2012 et 2013, Marc Giraud, Sylvain Delavergne et Rémi Sierakowski, sac au dos et caméra au poing, s’embarquent pour un tour du monde des solutions durables. C’est la concrétisation d’un projet fou démarré quelques mois auparavant : WIFU (Worldw’Ideas for the FUture). Leur objectif : partir à la rencontre des entrepreneurs qui dessinent le monde de demain et essaimer les bonnes idées collectées. Leur credo : la contagion par l’exemple. Ils sillonnent ainsi le monde en tuk-tuk, en autocar, à dos d’éléphant, en train, en avion, en rickshaw ou en pirogue… Des milliers de kilomètres parcourus pour rapporter les solutions développées aujourd’hui qui feront la société de demain. Ils rencontrent notamment le chimiste mexicain qui prétend révolutionner l’agriculture mondiale avec son eau solide, le directeur d’une université indienne qui forme des grands-mères vivant avec moins de 1 dollar par jour à devenir ingénieurs solaires, le concepteur basque de planches de surf écologiques en fibre de lin, la responsable d’un club de plongée qui régénère la barrière de corail indonésienne grâce au soleil… 47 reportages d’entrepreneurs visionnaires et pragmatiques dans 17 pays sont ainsi retranscrits dans ce livre passionnant et porteur d’espoir. En lien avec cet ouvrage, les aventuriers auteurs ont réalisé un web-documentaire interactif. Les expériences présentées dans le livre sont complémentaires de reportages filmés accessibles à tous sur la toile. Bonne route dans le monde de demain… http://www.wifuproject.com/

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Publié par
Date de parution 01 janvier 2015
Nombre de lectures 5
EAN13 9782128003774
Langue Français
Poids de l'ouvrage 10 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Marc Giraud
Sylvain Delavergne
Préfaces de Nicolas Hulot Le monde entre nos mains
et Pascal Picq
Le tour du monde des solutions durables
« Vous avez réalisé, et très concrètement, ce que je rêvais de faire en postface à La Voie.
Réunir en faisceau les initiatives créatrices d’un futur nouveau, venues de toutes les parts
de notre planète est l’œuvre importante que vous avez réalisée et que je souhaiterais voir
difuser au maximum, car il est plus que temps que toutes les initiatives isolées, dispersées,
se connaissent, se reconnaissent, se relient pour susciter ce changement de Voie qui est
vitalement souhaitable pour tous les Terriens, humains, et autres vivants. » LeEdgar Morin
En 2012 et 2013, Marc Giraud, Sylvain Delavergne et Rémi Sierakowski, sac au dos et
caméra au poing, s’embarquent pour un tour du monde des solutions durables. C’est la
concrétisation d’un projet fou démarré quelques mois auparavant : WIFU (Worldw’Ideas monde
for the FUture).
− Leur objectif : partir à la rencontre des entrepreneurs qui dessinent le monde de
demain et essaimer les bonnes idées collectées. entre− Leur credo : la contagion par l’exemple.
Ils sillonnent ainsi le monde en tuk-tuk, en autocar, à dos d’éléphant, en train, en avion, en
rickshaw ou en pirogue… Des milliers de kilomètres parcourus pour rapporter les solutions
développées aujourd’hui qui feront la société de demain. Ils rencontrent notamment le nos mains
chimiste mexicain qui prétend révolutionner l’agriculture mondiale avec son eau solide,
le directeur d’une université indienne qui forme des grands-mères vivant avec moins de
1 dollar par jour à devenir ingénieures solaires, le concepteur basque de planches de surf
écologiques en fbres de lin, la responsable d’un club de plongée qui régénère la barrière
de corail indonésienne grâce au soleil… 47 reportages d’entrepreneurs visionnaires et Le tour du monde
pragmatiques dans 17 pays sont ainsi retranscrits dans ce livre passionnant et porteur
d’espoir. des solutions durables
En lien avec cet ouvrage, les aventuriers auteurs ont réalisé un Web-documentaire
interactif. Les expériences présentées dans le livre sont complémentaires de reportages
flmés accessibles à tous sur la toile.
Bonne route dans le monde de demain…
http://www.wifuproject.com/
www.afnor.org/editions
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ISBN : 978-2-12-465517-5scannez ce QR code
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M. Giraud
Le monde entre nos mains
S. DelavergneLes auteurs
Marc Giraud, « Ce tour du monde a reformaté mon disque dur interne. Cette
expérience humaine et entrepreneuriale a profondément modifé ma vision du
monde et je souhaite, à mon niveau, passer à l’action en poursuivant le travail de
tous ces hommes et de toutes ces femmes rencontrés sur la route. Je m’occupe
actuellement du développement de la start-up La Conciergerie Solidaire au sein de
l’écosystème Darwin à Bordeaux, entreprise solidaire et d’insertion…pour apporter
ma pierre à l’édifce. »
Sylvain Delavergne, « Après un volontariat au Maroc avec une mission
d’intelligence économique pour le compte de l’État français, je décide de partir
avec mes camarades défaire et refaire le monde avec des solutions porteuses
d’espoir, d’emploi et d’écologie. Depuis, je continue mon engagement de l’autre
côté de la Manche. »
© AFNOR 2015
Couverture : création AFNOR Éditions – Crédit photo © 2015 WIFU
ISBN 978-2-12-465517-5
Toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, des pages
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copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, les analyses et courtes citations
justifées par le caractère scientifque ou d’information de l’œuvre dans laquelle elles sont incorporées (loi
erdu 1  juillet 1992, art. L 122-4 et L 122-5, et Code pénal, art. 425).
AFNOR – 11, rue Francis de Pressensé, 93571 La Plaine Saint-Denis Cedex
Tél. : + 33 (0) 1 41 62 80 00 – www.afnor.org/editionsf
Sommaire
Les auteurs ........................................................................................................... IV
Homo le va-nu-pieds .......................................................................................... XIII
Des pollinisateurs d’espoir ............................................................................... XVII
La genèse du projet ............................................................................................XIX
Introduction ............................................... XXIX
e Les grands dés du XXI siècle ......................................................................XXXIII
Chapitre 1
Ressources naturelles, agriculture et biodiversité
Lutte contre la déforestation, agroécologie et autonomie des peuples .............3
Thaïlande, Collectif Pur Projet ..........................................................................5
Pour une compensation carbone « sociale » et de proximité
Sénégal, Association Nébéday ....................................................................... 13
Nébéday, l’arbre qui sauve la forêt
Équateur, Fondation Pachamama .........................21
En Équateur, nul n’est censé ignorer les droits de la nature
Cambodge, ONG GERES
(Groupe énergies renouvelables, environnement et solidarités) ................. 27
De quel bois se chaufent les Khmers ?
Mexique, Entreprise Silos de Agua ................................................................. 33
L’eau solide qui prétend révolutionner l’agriculture mondiale
Alimentation ........................................................................................................39
Inde, Trust Annadana Soil and Seed Savers ...................................................41
La banque spécialisée dans les transactions… de semences biologiques
Thaïlande, Entreprise EnerGaia ...................................................................... 47
Des algues nutritives sur les toits de Bangkok
France, Fédération Les Paniers de la mer ............... 53
Le poisson de la deuxième chance
France, Entreprise La Ruche qui dit Oui ! ........................................................57
Quand la consommation collaborative court-circuite le modèle
agricole dominantLe monde entre nos mains
Biodiversité et écotourisme .................................................................................63
Sénégal, Aire marine protégée communautaire Keur Bamboung ................65
La première Aire marine protégée communautaire d’Afrique de l’Ouest
Indonésie, Association Gili Eco Trust ..............................................................71
Le soleil au secours de la barrière de corail
États-Unis, Parc national de Yosemite ........................................................... 75
Un écotourisme de masse ?
Chapitre 2
Urbanisme, habitat, énergie, économie circulaire
et consommation collaborative
Propriété, urbanisme, éco-logis ..........................................................................81
Brésil, Entreprise Terra Nova ..........................................................................83
Un médiateur des favelas
Brésil, Municipalité de Curitiba ...................................................................... 89
La ville durable pionnière
Pays-Bas, Écoquartier Lanxmeer ...........................93
Le participatif, ça marche
Énergie ................................................................................................................. 99
France, Société coopérative (SCOP) Enercoop ............................................101
En France, on n’a pas de pétrole mais on a Enercoop !
Sénégal, Entreprise Station Energy .............................................................109
Apporter la lumière dans la brousse africaine
Cambodge, Entreprise SGFE ......................................................................... 115
Le charbon au parfum de coco
Mexique, Entreprise Sistema Biobolsa.........................................................119
Un sac d’excréments plein de ressources
Économie circulaire ............................................................................................ 125
France, Entreprise Notox ............................................................................. 127
Surfer sur la vague écolo, oui ! Mais avec la planche adéquate…
France, Entreprise Pocheco ...................................................... ..................... 133
L’écolonomie appliquée à la lettre
Pays-Bas, Entreprise Desso ..................................139
Ils n’ont pas « fumé la moquette », ils l’ont éco-conçue
Consommation collaborative.............................................................................143
États-Unis et France, Mouvement citoyen Carrotmob ................................145
La carotte plutôt que le bâton

VISommaire
France, Entreprise Buzzcar ...........................................................................149
Posséder ou partager ?
France, Réseau des Accorderies ............................ 153
Troquons nos compétences
Chapitre 3
Finance solidaire, micro-entrepreneuriat et commerce équitable
Finance solidaire .................................................................................................159
Belgique, ONG Finance Watch ......................................................................161
Et si la fnance servait l’intérêt général ?
France et Belgique, Banques coopératives la NEF et le Crédal .............. ......167
Banquer ou placer intelligemment, à vous de choisir
France, Entreprise Herrikoa .......................................................................... 175
La société de capital-risque dont les actionnaires refusent
de toucher leurs dividendes
France, Monnaie citoyenne Sol Violette.......................................................181
La monnaie anticrise
France, Entreprise Babyloan .........................................................................189
Loin des yeux, prêt du cœur
Micro-entrepreneuriat et insertion professionnelle .........................................195
Pérou, Groupe Ciudad Saludable .........................197
De l’ombre à la lumière en collectant les déchets
France, Groupe Chênelet ............................................................................... 203
L’éco-logis au service de l’emploi et des mal-logés
Mexique, Entreprise sociale Prospera ..........................................................209
La gasolina (le carburant) des micro-entreprises mexicaines
Cambodge, ONG 1 001 fontaines ................................................................. 215
Pas le grand soir, juste de l’eau pour boire… qui relance l’économie
France, Société d’économie mixte Triselec ..................................................219
Triselec trie les déchets, pas les hommes
Commerce équitable .......................................................................................... 223
France et Brésil, Entreprise Tudo Bom ......................................................... 225
Le business tendance équitable
Cambodge, Entreprise Samatoa ................................................................... 233
Le lotus vert
Inde, Entreprise et ONG Conserve India ...................................................... .239
Le plastique éthique

VIILe monde entre nos mains
Costa Rica, Coopérative Coocafé ..................................................................245
Une tasse de café à l’arôme équitable... What else ?
Sénégal, Entreprise La Laiterie du Berger ....................................................249
Le lait des nomades
Chapitre 4
Société civile et mouvements citoyens
Éducation, formation et droits ..........................................................................259
Inde, L’université des va-nu-pieds ................................................................261
L’université internationale des va-nu-pieds
Inde, ONG Sulabh Academy ..........................................................................267
Les toilettes qui émancipent
États-Unis, Fondation Playing For Change .................................................. 273
Rejoins le concert des nations !
Cambodge, ONG International Bridges to Justice (IBJ) ...............................279
Le droit à un avocat pour chaque Khmer
Santé ...................................................................................................................283
Inde, Hôpital Aravind Eye Care System ........................................................285
Quand les pauvres sont soignés à l’œil grâce aux riches
France, Association La maison des Babayagas ............................................289
La force tranquille du troisième âge
Mouvements citoyens ........................................................................................295
France, Mouvement Colibris .........................................................................297
La coopération plutôt que la compétition
Conclusion ....................................................305
100 arbres au Pérou : notre compensation carbone sociale ............................. 311
Remerciements .................................................................................................. 315
Pour en savoir plus sur les structures interviewées .......................................... 317
Bibliographie ...................................................................................................... 321
Ouvrages ........................................................................................................ 321
Articles ............................................................................................. 322

VIII« À ma femme,
mes parents,
ma sœur,
ma nièce,
Remac,
À mes deux acolytes de voyage… »
Marc
«Aux Castelroussins, aux Lyonnais, aux Chilangos, aux Rochelais, aux Casaouis,
aux Brightonians.. et à tous les autres. Aux faiseurs d’espoir
et à tous ceux qui n’ont pas renoncé à y croire.»
Sylvain« Toi qui chemines, il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant. »
Antonio Machado, poète espagnol
« Il faut construire, construire, construire, créer des réseaux,
s’organiser pour être prêt, car quand survient le chaos,
il faut déjà avoir des solutions. »
Michel BauwensHomo le va-nu-pieds
Nous connaissons tous ce premier vers d’un poème de Joachim Du Bellay :
« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un grand voyage. » L’auteur séjourne
pour un temps à Rome, s’émeut devant les ruines de ce qu’a été l’Empire
romain et exprime sa mélancolie à l’idée de son retour dans la douceur de la
terre de ses aïeuls en pays angevin. Notre poète écrit Les Regrets au cœur de
la Renaissance, une période au cours de laquelle on découvre qu’il a existé un
passé et d’autres peuples grâce aux « grands voyages ». Cette découverte voit
s’éveiller une véritable passion pour l’Antiquité. C’est ainsi qu’apparaissent
le premier humanisme et la condition de son édifcation : tout commence
par un grand voyage à la rencontre d’altérités insoupçonnées. Une fois de
retour, il s’agira de vivre comme un honnête homme.
Trois siècles après Du Bellay, un jeune homme embarque sur un voilier de
taille modeste, le HMS Beagle, pour un voyage dont il ignore la durée et qui
reste incertaine du début à la fn. C’est Charles Darwin. À l’instar de leur
modèle, l’immense Alexander Von Humboldt, de nombreux jeunes hommes
de cette époque rêvent de faire un grand voyage. Tous découvrent l’ampleur
des diversités naturelles et culturelles et, chemin faisant – à la voile, à la
rame, à la dérive, à pied, à cheval… –, Charles Darwin, Russel Wallace,
Thomas Huxley, John Hooker et d’autres édifent les fondements de grandes
disciplines scientifques : l’écologie, la climatologie, la biogéographie, les
théories de l’évolution et l’anthropologie… Évidemment, nous n’oublions pas
les grands explorateurs français, comme Charles Marie de La Condamine
ou Jean-François de La Pérouse, tous cités par Darwin dans le Voyage d’un
enaturaliste autour du monde. Mais en cette moitié du XIX siècle qui s’engage
sur le chemin du progrès, se dessine l’expansion de la culture occidentale, de
ses moyens d’exploitation et de production. Et, déjà, Darwin s’interroge sur
(1)les conséquences à venir sur les diversités naturelles et culturelles .
Hélas, ô combien hélas, qu’avons-nous fait de toutes ces diversités ?
Les contempteurs des scientifques et des personnes inquiètes des
changements écologiques, climatiques et anthropologiques en cours et qui
1 Picq Pascal, De Darwin à Lévi-Strauss – L’homme et la diversité en danger, Odile Jacob, 2013.Le monde entre nos mains
sont décrits depuis plusieurs décennies ignorent une chose fondamentale :
tous préféreraient se tromper. Car voilà ce qui se joue depuis la fn du
eXIX siècle : une opposition irréconciliable entre, d’un côté, celles et ceux
qui sont enfermés dans leurs dogmes progressistes portés par une idée de
l’évolution forgée par une loi d’airain du progrès qui postule que les autres
peuples comme les autres espèces sont les reliques d’une histoire universelle
dominée par la société occidentale et, d’un autre côté, celles et ceux qui
pensent que l’évolution à venir repose sur la « diversité des diversités »
comme pourrait l’écrire Edgar Morin. D’un côté ce que Lévi-Strauss dénonce
comme « l’humanisme bourgeois » et, de l’autre, un humanisme enrichi de
toutes les expériences de l’évolution de la lignée humaine, ce qu’il appelle
une Nouvelle Histoire de l’Homme qui, pour lui, doit s’enrichir de l’ethnologie
(2)à laquelle s’ajoute la paléoanthropologie . La culture occidentale n’a pas
tout faux, mais tout n’est pas juste, surtout si persiste une attitude postulant
qu’elle est seule en mesure de résoudre les problèmes issus de ses excès.
Celles et ceux qui pensent ainsi n’ont jamais fait de grand voyage.
Au cours des deux dernières décennies, de nombreux voyageurs nous ont
rapporté des témoignages puissants des désastres en cours et, terrible
paradoxe, avec des livres magnifques et des flms d’une beauté exceptionnelle
qui décrivent la plus grande catastrophe jamais engendrée – avec une rapidité
et une brutalité inouïes – par une seule espèce : l’homme. Aujourd’hui, le
temps du constat est dépassé, même si ce dernier a été si difcile à faire
admettre et même si encore trop de personnes persistent à le nier. Car ce que
ne comprennent pas les hussards du progrès aveuglés par leur certitudes, c’est
que, comme le disait Albert Einstein : « On ne résout pas un problème avec le
système qui l’a produit. » Telle est la logique délétère de cette conception du
monde : on se prétend les seuls tenant du progrès et on croit être les seuls à
en avoir la solution. Faux ! Car, comme en témoigne le présent ouvrage, les
solutions proviennent de toutes les parties du monde, et en particulier chez
celles et ceux qui sont les plus afectés dans leur culture et leur environnement.
Nos trois auteurs ont entrepris un grand voyage et en ont rapporté les
témoignages d’une évolution en train de se faire. Ils ne sont pas partis vers
des terres inconnues comme le jeune Darwin. Aujourd’hui, les réseaux
et les nuages placent le monde dans notre main et un périple se prépare
à coup de « petite poucette » selon la belle expression de Michel Serres.
2 Picq Pascal, Nouvelle Histoire de l’Homme, Perrin, 2005.

XIVHomo le va-nu-pieds
Pour autant, on ne peut pas faire l’économie du voyage et des rencontres.
Voyez comme le monde a changé en moins de deux siècles. Charles Darwin
part à la découverte des diversités naturelles et culturelles des continents
austraux et les révèle au monde. Ce faisant, il comprend que tout cela vient
d’une seule et même grande histoire, l’évolution. Aujourd’hui, trois jeunes
hommes arpentent une Terre meurtrie par l’expansion de notre espèce
tout en ayant compris que c’est dans la diversité des actions solidaires et
créatrices des femmes et des hommes, partout dans le monde, que se
trouvent les solutions pour le monde de demain.
Darwin n’aimait pas le terme « évolution » car trop biaisé par les idées
de progrès et de fnalité. Il parlait de « descendance avec modifcation »
sachant que les possibilités de cette descendance reposaient sur les
diversités. Voici donc les darwiniens des temps modernes, voyageant sur
les réseaux et les chemins de la créativité des femmes et des hommes de la
Terre pour les générations futures. Un nouvel humanisme émerge à l’échelle
mondiale où, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, tout le
monde est connecté. Le rêve cosmique de Teilhard de Chardin à propos
d’une noosphère, d’une conscience commune, se réalise, pas pour aller
au ciel, mais pour freiner une évolution destructrice menée par l’homme
« maître et possesseur de la nature ». Le temps pour une évolution vraiment
créatrice est devenu possible car, comme toute évolution, elle repose sur les
variations et ce livre en fourmille. Les conditions nécessaires sont réunies ;
à nous d’évoluer.
Pascal Picq
Paléoanthropologue au Collège de France

XVDes pollinisateurs d’espoir
À chaque ancrage de terrain qu’il m’est donné de vivre, je ne doute
pas que, par petites touches, un petit groupe d’individus conscients et
engagés puisse changer le monde. Historiquement, c’est toujours de cette
façon que le changement s’est produit, comme l’évoque l’anthropologue
Margaret Mead.
La meilleure preuve nous en est donnée ici par Marc, Sylvain et Rémi qui,
soucieux de l’idée de partage et refusant la résignation ou le fatalisme
ambiants, nous dévoilent avec Le monde entre nos mains que là où des
problèmes se posent, s’inventent également des solutions.
Aux côtés de ces trois jeunes baroudeurs, qui pendant un an ont traversé
22 pays sur 4 continents et rencontré 65 acteurs du changement, j’invite
tous les passionnés de voyage et d’innovation sociétale à s’immerger dans le
monde des pionniers qui dessinent le monde de demain dans des domaines
aussi variés que l’agroécologie, la consommation collaborative, l’économie
circulaire, la fnance solidaire ou les énergies renouvelables.
Avec leur « Le monde entre nos mains », ces reporters d’espoir ont mis en
œuvre une idée qui m’est chère : contribuer à créer les conditions pour faire
émerger un nouveau modèle de société à impact positif, où les bonnes idées
de quelques-uns deviennent la chance de tous.
Découvrir et partager, tel est le parti pris parfaitement réussi des auteurs au
travers du présent ouvrage et du Web-documentaire WiFU qui l’accompagne.
À ce tour du monde des solutions durables j’aimerais associer Théodore
Monod, un autre grand voyageur et scientifque de terrain qui disait :
« L’utopie n’est pas l’irréalisable, mais l’irréalisé. »
Sur le chemin de la construction d’une société basée sur l’épanouissement
humain et le respect de la biosphère, bonne route à tous !
Nicolas Hulot
Président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme
www.fnh.org – www.mypositiveimpact.orgNote des auteurs : afn de profter au mieux des diférents
Webdocumentaires WiFU dont les liens fgurent dans cet ouvrage, nous vous
recommandons l’utilisation du navigateur Chrome. D’autre part, un mode
d’emploi est disponible à la rubrique « Avant d’embarquer » via ce lien :
http://goo.gl/4qGtiu.
La genèse du projet
(Marc)
Reportage vidéo correspondant : http://goo.gl/yo0CuX
Quand nous nous asseyons sur les bancs de l’école de commerce de
La Rochelle en septembre 2009, qui, entre Sylvain, Rémi et moi se doute
(3)qu’il va parcourir plusieurs milliers de kilomètres en tuk-tuk , en autocar, à
(4)dos d’éléphant, en train, en avion, en rickshaw ou en pirogue ? Qu’il perdra
10 kg, victime d’une dysenterie fulgurante au Pérou ou qu’il dépècera une
chèvre avec des nomades peuls dans la savane sénégalaise ? Que c’est ici,
enfn, qu’il va rencontrer ses coéquipiers de tour du monde ? Aucun d’entre
nous, assurément. Et pourtant…
Pourtant, 35 mois plus tard, nous sommes partis tous les trois pour un tour du
monde qui allait nous mener dans 17 pays sur 4 continents. Un tour du monde
qui allait durer un an. Un tour du monde des gens qui réinventent le monde. Qui
ont déjà commencé à le changer, à leur échelle, entre utopie et pragmatisme.
Oui, le monde traverse une crise fnancière, économique, sociale, écologique
et de valeurs. Mais, comme ces inventeurs d’avenir, nous refusons de verser
dans le fatalisme. Des solutions existent, des solutions durables. Ils les ont
cherchées. Ils les ont trouvées. Nous sommes partis à leur rencontre.
Les pièces de ce puzzle de l’espoir sont réunies dans ce livre et dans le
Webdocumentaire interactif complémentaire.
3 Le tuk-tuk est un tricycle motorisé thaïlandais servant généralement de taxi.
4 Un rickshaw est un véhicule tricycle utilisé pour le transport, que ce soit de personnes ou de
marchandises.Le monde entre nos mains
Qui sommes-nous ?
Rémi Sierakowski, l’Alsacien, roi du système D et passionné d’agriculture
biologique :
« Rémi est un condensé d’énergie renouvelable à l’infni ! Binômes durant notre
dernière année d’études, nous nous sommes choisis pour le meilleur et pour le
pire ! J’ai vu sa conscience alternative en sommeil s’éveiller à l’avant-première
(5)du documentaire Solutions locales pour un désordre global . Puis, je l’ai vu
prendre en main son destin en choisissant d’accompagner des communautés
péruviennes en les formant à l’emploi de solutions renouvelables (douches
solaires, ferme écopédagogique, etc.). Ses principaux atouts sur ce tour du
monde : un tempérament de fonceur et un pragmatisme légendaire. »
Sylvain
Sylvain Delavergne, le Castelroussin écologiste et féru d’actualité
internationale :
« Nous avons tout de suite accroché. Passionné de voyages et d’actualité
internationale, Sylvain est quelqu’un de très cultivé. Il a acquis une ouverture
d’esprit et une excellente adaptabilité lors de son volontariat pour une ONG
(Organisation non gouvernementale) en Équateur et de son VIE (Volontariat
international en entreprise) au Maroc. Ses domaines de prédilection sont les
énergies renouvelables, l’économie sociale et solidaire ainsi que l’intelligence
économique. Pour fnir, son vrai point fort est qu’il fourmille de bonnes idées. »
Marc
Marc Giraud, le Parisien bâtisseur de projets (surtout s’ils sont fous) et votre
guide dans cet ouvrage :
« Marc est l’instigateur et, on peut le dire, le manager du WiFU Project. Il
en a pensé les grandes lignes, s’est démené pour qu’il se concrétise et a su
fédérer et mobiliser l’équipe. Son optimisme contagieux et son tempérament
déterminé sont une aubaine pour ce rêve commun qui, dans le contexte
actuel, semblait utopique. Son atout majeur : la force de conviction ! Pour
réaliser ce projet autour du monde, il a aussi deux qualités indispensables : la
curiosité et l’ouverture d’esprit. »
Rémi
5 Solutions locales pour un désordre global, Coline Serreau, 2010.

XXLa genèse du projet
Le déclic, une nuit aux cascades d’Ouzoud
À La Rochelle, nous étudions de nombreux cas concrets de structures
responsables d’un point de vue social et environnemental. Cette nouvelle
façon d’entreprendre, d’appréhender l’économie tranche radicalement avec
les enseignements que nous avons reçus par le passé. Diplôme en poche,
nous entrons dans le moule de la vie active. Rémi l’Alsacien reste sur ses terres
et ofcie en tant que responsable Qualité Environnement dans le secteur
de l’eau au sein d’une multinationale française. Sylvain le Castelroussin
s’engage dans un VIE à Casablanca, où il travaille sur deux missions :
l’une dans le domaine de l’intelligence économique, l’autre dans celui de
l’assainissement. Quant à moi (Marc), je quitte Paris et m’expatrie au Pays
Basque dans l’industrie de l’ameublement, en tant que responsable du
Développement durable.
Le courant est passé entre nous au cours de nos études. Les échanges
perdurent. En août 2011, nous nous retrouvons tous les trois au Maroc. Nous
rendons visite à Sylvain pour dix jours de road trip, sac au dos, qui se révéleront
décisifs pour le projet. Un soir, alors que nous sommes assis à admirer l’eau
qui coule en contrebas des cascades d’Ouzoud, une longue discussion à
la belle étoile s’engage. D’un côté, nos emplois respectifs nous stimulent
intellectuellement et rassurent notre raison. Et nos parents… De l’autre, nous
ressentons tous une soif d’aventure que nous souhaitons étancher. Nous
craignons de nous précipiter dans le schéma classique « CDI/mariage/emprunt/
maison/enfants ». Nous avons envie de nous frotter à l’entrepreneuriat. Le
confort attendra ! En outre, nous en avons assez de la sinistrose ambiante qui
règne sur un fond de crises écologique, sociale, économique et fnancière. Ces
diférentes crises qui nous poussent à l’immobilisme et nous empêchent d’agir
dans un monde qui ne tourne pas rond.
(6)Nous reparlons du livre 80 hommes pour changer le monde , qui nous a
grandement inspirés : ce périple de deux jeunes qui, dix ans avant nous,
se sont lancés à la recherche d’initiatives porteuses d’espoir, de bien-vivre
ensemble et d’écologie. Mais entre-temps, la crise a touché l’Europe. Avec
elle, de nombreux espoirs se sont évanouis, les inégalités se sont creusées
et l’écologie a été reléguée au rang de cinquième roue du carrosse, si l’on
6 Darnil Sylvain et Le Roux Mathieu, 80 hommes pour changer le monde – Entreprendre pour la
planète, Jean-Claude Lattès, 2005.

XXILe monde entre nos mains
en croit la musique un brin répétitive de certains médias. Pour d’autres,
cette crise d’un modèle de société tout entier, modèle basé sur une illusoire
croissance infnie (alors même que les ressources qu’elle suppose sont
fnies), est une formidable opportunité de résilience. Une résilience qui
sous-tend une réappropriation citoyenne de tous les pans de la société. Pour
nous, il est plus que jamais nécessaire de mettre en lumière ces initiatives
majoritairement citoyennes pour redonner de l’espoir. Alors pourquoi ne
pas nous improviser journalistes de solutions à impact positif au service de
cette nouvelle société qui se dessine ?
(7) (8)Nous venons tous les trois de visionner la vidéo TED de Bunker Roy . Cet
entrepreneur Indien a créé il y a plus de quarante ans l’université internationale
des va-nu-pieds, école atypique au cœur de la campagne indienne destinée
aux pauvres du monde rural vivant avec moins de 1 dollar par jour. Guidé par
les préceptes de Gandhi, il est convaincu que les solutions aux problèmes
ruraux – l’accès à l’eau, à l’électricité, à l’éducation, aux soins – se trouvent
dans les communautés elles-mêmes, dans leur savoir ancestral et dans la
technologie moderne qu’elles doivent se réapproprier. « Où est-il écrit
que, parce que tu ne sais ni lire ni écrire, tu ne peux pas devenir architecte,
ingénieur solaire, communicant ou dentiste ? L’université internationale des
va-nu-pieds a été conçue par douze architectes analphabètes pour 1 dollar 50
par mètre carré, or elle tient toujours debout », martèle Bunker Roy. Grâce à
une pédagogie ingénieuse, l’université forme notamment des grands-mères
africaines, sud-américaines et asiatiques, majoritairement analphabètes, à
devenir ingénieurs solaires. Elles peuvent ainsi rentrer dans leurs villages
« avec la lumière » et se hisser au rang de notables. L’université a formé des
ingénieures solaires issues de 64 pays. Ces dernières ont permis d’électrifer
1 160 villages isolés à travers le monde. Grâce au travail de ces femmes,
450 000 personnes supplémentaires ont désormais accès à la lumière. Nous
sommes tous les trois épatés par cet Indien et par son université. Épatés et
surtout convaincus qu’il existe des dizaines de Bunker Roy dans tous les pays
du monde qui développent des solutions innovantes et durables. Pourquoi
ne pas partir à leur rencontre et faire connaître au plus grand nombre les
solutions qu’ils développent ? Comme le disait Gandhi : « Montrer l’exemple
n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul. »
7 Les conférences TED (Technology, entertainment and design) sont une série internationale
de organisées par la fondation à but non lucratif Sapling foundation. Cette
fondation a été créée pour difuser des « idées qui valent la peine d’ être difusées ».
8 Lien : http://www.ted.com/talks/bunker_roy?language=fr#t-119772.

XXIILa genèse du projet
Est-ce la nuit étoilée et l’univers paisible des cascades d’Ouzoud qui nous
poussent à cet optimisme contagieux ? En cette soirée d’août 2011, nous
décidons de partir tous les trois à la rencontre des hommes et des femmes
equi répondent à leur échelle aux défs du XXI siècle et dessinent le monde de
demain. Tous ces utopistes pragmatiques pour qui l’économie est le moyen,
l’environnement et le social, les conditions. Tous ces entrepreneurs qui
laissent de côté les grands discours et développent en silence des solutions
concrètes qui réinventent et réenchantent le monde.
La construction du projet
L’idée du nom WiFU est venue de mon père, journaliste et amoureux des
mots. WiFU pour Worldw’Ideas for the FUture, c’est-à-dire les solutions
développées aujourd’hui à travers le monde qui dessinent la société de
demain. Ces solutions durables, que nous découvrirons sur le terrain, sont
des solutions alternatives de produits, de services ou de procédés mises en
place par des entrepreneurs visionnaires mais pragmatiques. Nous nous
sommes attachés à rencontrer des acteurs variés. Des entreprises, bien sûr,
mais également des ONG, des associations, des collectivités, des fondations,
des hommes politiques et des philosophes. En somme, nous avons cherché
à comprendre l’écosystème qui converge à la co-construction d’un monde
plus équitable et plus durable.
Pendant les six mois qui ont précédé notre départ, nous avons sélectionné
plus de 300 solutions durables à travers le monde, telles que l’université
internationale des va-nu-pieds. Diférents outils de veille nous ont permis
de les identifer : des cas pratiques étudiés pendant nos études, des sites
Internet qui recensent les innovations sociales et environnementales, la
presse spécialisée dans le Développement durable, nos réseaux respectifs
et nos amis expatriés sensibles à ces sujets qui étaient nos yeux sur place.
Nous les avons sélectionnés selon sept critères :
1. L’impact social/environnemental : en quoi cette solution durable
permetelle de résoudre un problème social et/ou environnemental ?
2. Le caractère innovant : cette solution sort-elle réellement des sentiers
battus ?
3. La pérennité : cette solution est-elle viable d’un point de vue économique ?

XXIIILe monde entre nos mains
4. L’échelle de l’impact social : combien d’individus bénéfcient-ils de cette
solution durable ?
5. La duplicabilité : cette solution est-elle transposable dans une autre
région, dans un autre pays ou dans un autre contexte ?
6. La capacité à nous faire rêver : ce critère, plus subjectif, nous a pourtant
paru essentiel. Quelle capacité l’entrepreneur ou la solution durable qu’il
a développée ont-ils à nous faire rêver ?
7. La validation par des ONG locales : dans la mesure du possible, nous
avons essayé de vérifer le bien-fondé et l’impact social de ces solutions
durables sur le terrain auprès d’ONG locales.
Parmi ces 300 solutions durables identifées, nous avons réalisé
65 reportages de terrain dans 17 pays sur 4 continents. Pour des raisons
éditoriales, nous avons décidé de conserver dans ce livre les 47 témoignages
les plus pertinents à nos yeux, ce qui n’enlève pour autant rien aux autres.
Bien qu’il soit structuré et minutieux, ce travail de sélection reste subjectif
et n’engage que nous. En efet, comment être certain d’avoir cerné tous les
impacts sociaux et environnementaux de chaque organisation rencontrée à
une cadence d’un reportage tous les cinq jours ? Cependant, nous sommes
restés vigilants vis-à-vis des « fausses bonnes idées ».
Une belle illustration de « fausse bonne idée » est le stade de football
inauguré par le « roi » Pelé en septembre 2014 dans une favela de
Rio de Janeiro. Ce stade est le premier au monde à être illuminé grâce
à l’énergie générée par les déplacements des joueurs. 200 plaques
confectionnées à 80 % en matériaux recyclés ont été installées sous la
pelouse du terrain de foot pour capter l’énergie cinétique générée par les
courses des joueurs. De nuit, le stade est éclairé à 100 % par la lumière
produite par cette énergie cinétique, rapporte une dépêche de l’AFP.
Cependant, bien que le projet ait été approuvé par les habitants de la
favela lors d’un vote public, le stade est désert depuis son inauguration.
En efet, les joueurs n’ont pas les moyens de payer la participation qui est
demandée pour utiliser le terrain et doivent désormais jouer en dehors
de leur communauté. Ce projet comporte une innovation technologique
environnementale certaine mais son impact social est plus que discutable,
c’est pourquoi nous le classons dans la catégorie des « fausses bonnes
idées », à proscrire.

XXIVLa genèse du projet
Nous avons également banni les greenwashers : ces entreprises qui agissent
en totale contradiction avec le concept de développement durable qu’elles
utilisent pourtant abondamment dans leurs discours afn de bénéfcier de
retombées positives en termes d’image auprès de leurs actionnaires, de
leurs clients et de l’opinion publique. Nous avons donc veillé à discerner les
(9)distorsions entre la communication green/RSE des organisations et leur
impact réel sur le terrain. Mais comment être sûrs que tel ou tel entrepreneur
ne nous a pas guidés sur les sujets qui le mettaient en valeur en laissant de
côté les points plus délicats ? Nous en sommes conscients, cela fait partie
de la règle du jeu « journaliste-interviewé ». Et nous acceptons d’autant plus
cette situation qu’elle est cohérente avec la philosophie de notre projet :
valoriser les démarches globales innovantes et positives plutôt que d’en
dénoncer les éventuels détails négatifs.
Notre investigation s’est déroulée en trois étapes. La première étape a
été celle de la préparation du reportage, avant le départ, durant laquelle
nous avons étudié la solution durable grâce aux informations présentes sur
Internet et dans la presse spécialisée. La deuxième étape s’est déroulée sur
le terrain. C’est la phase durant laquelle nous avons rencontré, interviewé
et flmé les entrepreneurs, leurs collaborateurs ainsi que les bénéfciaires
de la solution durable. N’étant ni journalistes, ni cameramen de formation,
nous avons afné au fl des reportages notre technique d’interview, les
astuces pour mettre en confance nos interlocuteurs et les inviter à se
livrer plus personnellement. Nous avons également apprivoisé peu à peu
le matériel audio et vidéo pour la réalisation des reportages vidéo. Enfn,
nous avons procédé à une dernière étape de validation des reportages à
(10)notre retour en France, au travers d’échanges par e-mail ou par Skype
avec les entrepreneurs pour étayer certains points et lever d’éventuelles
zones d’ombre.
Parallèlement à la phase de sélection des reportages, nous nous
sommes entourés de partenaires avant le départ. Nous avons fait appel
à des partenaires privés (Sokoa, Coface Maroc, Newmanity, Kakoa,
Shiva Communication) et publiques (le programme européen Jeunesse en
action et le Conseil Général de l’Essonne). Nous avons également eu recours
9 Responsabilité sociétale des entreprises.
10 Skype est un logiciel gratuit qui permet aux utilisateurs de passer des appels téléphoniques
et vidéo via Internet.

XXVLe monde entre nos mains
au crowdfunding (levée de fonds participative sur Internet). Nous avons
privilégié plusieurs petits partenariats afn de conserver l’indépendance de
notre plume. La levée de fonds est la tâche la plus difcile, surtout en période
de crise. Une chose est sûre, dès que le premier partenaire est convaincu,
les autres suivent. Nous avons ainsi pu lever un budget de 60 000 euros :
45 000 euros pour les frais logistiques (le transport, l’hébergement et la
nourriture) de trois personnes pendant un an et 15 000 euros pour l’achat de
matériel vidéo et la postproduction du Web-documentaire avec nos amis de
(11)la société FrapaDoc Productions et son fdèle monteur Gaspard d’Ornano.
Le projet était autofnancé à hauteur de 40 % grâce aux économies que nous
avions pu réaliser grâce à nos emplois précédents. Le reste a été pris en
charge par nos partenaires.
Pour trois jeunes, voyager avec 45 000 euros en poche, peut se révéler
dangereux et une certaine rigueur est nécessaire pour gérer les dépenses
quotidiennes. Heureusement Rémi, de nature économe, nous rappelait à
l’ordre en cas de dérapage. Pour être cohérents avec notre projet et notre
budget, nous avons principalement emprunté les transports locaux, le meilleur
moyen de prendre la température du pays et d’entrer en contact avec les gens.
Et nous ne le regrettons pour rien au monde. En efet, comment oublier les
interminables heures d’autocar dans la cordillère des Andes péruviennes à
surveiller le ravin d’un œil tout en tentant de communiquer avec des indiens
Quechua, ou le regard insistant mais simplement curieux d’un paysan indien
qui vous fxe pendant les huit heures de trajet en train, ou encore les frasques
sonores de rappeurs californiens bien décidés à mettre de l’ambiance dans le
bus de nuit ? Côté hébergement, nous avons désormais notre carte « VIP »
dans bon nombre d’auberges de jeunesse et de petits hôtels à travers le
monde. Une nuit sur quatre, nous avons dormi dans les transports pour
économiser une nuit d’hébergement et gagner une journée de découverte ou
de travail. Les cantines ambulantes et les restaurants bon marché nous ont
permis de parfaire notre culture culinaire (des insectes du Laos aux cochons
d’Inde du Pérou) et parfois de faire travailler notre système immunitaire. Bien
que chaque journée soit parsemée de multiples surprises, une certaine routine
s’installe dans les voyages de longue durée. En efet, tel l’éleveur nomade peul
sénégalais qui, dès qu’il transhume, cherche en premier un point d’eau et du
pâturage pour son bétail avant de construire sa case de fortune, nous avons
pris nos habitudes dès que nous arrivions dans un nouveau lieu. Trouver un toit
11 Lien : http://frapadoc.com/.

XXVILa genèse du projet
abordable, déposer nos sacs, repérer une cantine, puis, notre moment favori,
partir nez au vent à la rencontre des habitants. Au début du périple, les guides
de voyage étaient de précieux alliés, puis, faisant confance à notre fair, nous
nous en sommes progressivement afranchis pour ne plus les utiliser que pour
en consulter les plans et les cartes.
Le choix des pays n’a pas été aisé. Nous en avions sélectionné une soixantaine
au départ. Ce nombre a été réduit à dix-sept. Quatre critères majeurs nous
ont permis de les sélectionner. Le nombre et la qualité des reportages dans
le pays en question, son accessibilité par rapport à notre trajet d’ensemble,
le coût de la vie sur place et sa pertinence pour la représentativité générale
de nos reportages. Nos reportages ont lieu aussi bien dans des pays du Nord
que du Sud. Leurs destins sont liés mais leurs défs sont diférents. Les pays
du Sud doivent avant tout répondre aux besoins de base des populations
dans les secteurs de l’alimentation, de l’eau, de l’assainissement, de
l’éducation et de la santé, tout en limitant leur empreinte écologique. Pour
reprendre les termes du réalisateur Philippe Borrel, les pays du Nord sont
(12)quant à eux dans « L’urgence de ralentir » et doivent tenter de maintenir
leur niveau de vie tout en diminuant leur impact global sur l’environnement.
Nous avons fnalement réalisé 20 reportages en Europe, 19 sur le continent
américain, 16 en Asie et 5 en Afrique.
Au total, dix mois auront été nécessaires à la préparation de ce tour du monde.
Ayant décidé de me consacrer à temps plein sur le projet, j’en ai coordonné
l’élaboration à distance, pendant que Rémi et Sylvain poursuivaient leur
activité professionnelle respective. Plusieurs fois par semaine, des appels
Skype Paris/Casablanca/Mulhouse nous permettaient de faire un point
sur l’avancée du travail. Des réunions « physiques » bimestrielles nous
permettaient d’acter les décisions importantes. Deux mois avant le grand
départ, Sylvain et Rémi ont quitté leur emploi et le travail s’est encore
intensifé. Fin juillet 2012, après avoir obtenu nos derniers visas et reçus
notre batterie de vaccins obligatoires, nous faisions nos au revoir à nos
amis et à nos familles sur les quais de Seine, face à la Bibliothèque nationale
François Mitterrand. Le 8 août, nous prenions l’Eurostar pour Londres,
première étape du tour du monde retranscrit dans ce livre et dans le
Webdocumentaire qui l’accompagne.
12 L’urgence de ralentir, réalisé par Philippe Borrel (lien :
http://www.arte.tv/guide/fr/048763000/l-urgence-de-ralentir).

XXVIIIntroduction
WiFU se veut avant tout un projet de sensibilisation et d’éducation au
développement soutenable pour inciter à l’action, avec pour credo « la
contagion par l’exemple ». Il a vocation à démocratiser et à démystifer ce
concept souvent galvaudé par des exemples concrets. Notre livre et notre
Web-documentaire s’adressent à la fois à ceux qui sont déjà initiés à ce
concept ainsi qu’aux novices à l’esprit curieux. En efet, nous proposons des
supports accessibles, qui invitent au développement soutenable avec pour
porte d’entrée le voyage. Ils s’adressent au grand public, aux entreprises,
aux ONG, aux organismes publics, aux médias, aux étudiants ainsi qu’aux
futurs entrepreneurs.
Notre livre et notre Web-documentaire sont également conçus par des jeunes
et essentiellement pour des jeunes. Nous sommes la première génération à
vivre moins bien que nos parents. L’éducation au développement soutenable
doit commencer dès la jeunesse. Les jeunes générations seront de plus en
plus exposées aux multiples crises. Elles ont conscience qu’elles doivent
réagir pour construire une société plus écologique et plus humaine. Pour
répondre aux enjeux globaux de développement soutenable, les politiques
de régulation, les instruments fnanciers et les solutions techniques, seules,
ne sont pas sufsantes. Le développement soutenable ne sera pas atteint
sans les générations futures, c’est pourquoi ce livre et ceWe b-documentaire
s’adressent principalement à elles. En efet, les jeunes sont les futurs
consommateurs et la façon dont ils achètent déterminera les politiques
commerciales des entreprises. Ils sont aussi de futurs entrepreneurs et, au
travers de leurs activités, ils peuvent inventer de nouveaux modèles pour Le monde entre nos mains
cultiver, produire, commercer, échanger, etc. Ils sont de futurs leaders
d’opinion et acteurs politiques et ils peuvent inféchir les futures orientations
politiques pour les mettre au service de l’intérêt général. Les jeunes sont de
futurs parents et la façon dont ils éduqueront leurs enfants aura un impact
déterminant sur la « Terre Mère » et sur les générations futures.
Ce livre n’est pas construit dans l’ordre chronologique de nos reportages
mais il est organisé par thématiques. Plusieurs options de lecture s’ofrent
à vous. Chapitre après chapitre, dans l’ordre que nous vous proposons, vous
évoluerez ainsi au fl des quatre univers. Vous avez également la possibilité
de vous arrêter sur tel ou tel reportage en fonction de votre intérêt du jour.
Quel que soit votre choix, nous vous invitons à visionner gratuitement les
reportages vidéo correspondants, présents dans notre Web-documentaire
interactif. En scannant les QR codes ou en vous connectant grâce aux
liens proposés au fl des pages, vous serez directement propulsés dans le
Web-documentaire. De manière pédagogique et interactive, ce dernier
vous invite à faire votre propre tour du monde en images, en partant à la
recherche de solutions durables. Si vous répondez correctement au quiz,
vous débloquez la vidéo suivante et vous vous envolez pour une nouvelle
destination. Complémentaire au livre, ce Web-documentaire illustre,
grâce à 25 reportages vidéo, les solutions durables dans douze pays, sur
quatre continents. Il vous permet de mettre un visage sur les entrepreneurs
que vous découvrirez au fl des pages du livre. Réalisé par Marc en partenariat
avec Gaspard d’Ornano de la société de production FrapaDoc Productions,
il comptabilisait déjà plus de 50 000 vues en juillet 2015 (en comptant
les re-visionnages) et a participé au Green Up Festival 2014 ainsi qu’à
l’édition 2014 du Festival international du flm sur l’environnement, où il a
été difusé en salle au cinéma des Cinéastes à Paris.
Voici un aperçu des quatre univers qui structurent ce livre et dans lesquels
vous allez être plongés :
– Chapitre 1 – Ressources naturelles, agriculture et biodiversité : au
cours de ce chapitre, vous allez découvrir un monde de biotechnologies,
de semences bio libres de droit, d’algues comestibles, d’aires marines
protégées communautaires, de coraux régénérés grâce à l’énergie solaire,
d’innovations agroécologiques, d’aventure et d’écotourisme.

XXXIntroduction
– Chapitre 2 – Urbanisme, habitat, énergie, économie circulaire et
consommation collaborative : cette thématique vous plongera dans un
univers d’innovations énergétiques, d’industries qui utilisent leurs déchets
comme matières premières, de logements et de quartiers écoconçus et
de villes pionnières en matière de planifcation urbaine durable. Vous
découvrirez également un réseau social qui permet à des voisins d’échanger
leur voiture et des citoyens adeptes du « buycott », un concept inverse
du boycott qui permet de faire évoluer positivement les commerces de
proximité.
– Chapitre 3 – Finance solidaire, micro-entrepreneuriat et commerce
équitable : ici, vous rencontrerez notamment un entrepreneur qui fait du
Web un outil efcace pour lutter contre la pauvreté, une société de
capitalrisque dont les actionnaires refusent de toucher leurs dividendes, des
collecteurs de déchets reconvertis en chefs d’entreprises, du café et du lotus
produits de manière équitable.
– Chapitre 4 – Société civile et mouvements citoyens : ce chapitre vous
mènera, entre autres, à la rencontre de grands-mères devenues ingénieures
solaires, de l’inventeur des toilettes indiennes, d’un hôpital qui soigne les
patients pauvres grâce aux patients riches et d’une maison de retraite
autogérée qui redonne de la dignité aux femmes.
Bonne route dans le monde de demain !

XXXIe Les grands défs du XXI siècle
Au moment de la construction du projet, à respectivement 24, 25 et 26 ans, la
paternité est encore un concept lointain pour nous. Mais nous réféchissons
déjà au monde que nous voulons laisser à nos enfants et aux nombreux défs
auxquels ils devront faire face. Soyez rassurés, ce livre ne se résume pas à
une succession de problèmes mais plutôt de solutions…
Est-ce un monde où les inégalités sont choquantes ? Une personne
sur quatre dans le monde vit sous le seuil d’extrême pauvreté, soit avec
(13)moins de 1 dollar 25 par jour . En parallèle, « près de la moitié des richesses
mondiales sont détenues par seulement 1 % de la population. La moitié la
moins riche de la population mondiale possède la même richesse que les
(14)85 personnes les plus riches du monde ». Quels sont les leviers concrets
pour permettre aux populations les plus démunies de se faire une place dans
nos sociétés ?
Est-ce un monde en situation de dette écologique ? Actuellement, l’humanité
consomme les ressources et rejette les déchets de l’équivalent de 1,3 planète.
Pourtant, notre planète est unique. Si tout le monde adoptait le mode de vie
d’un Américain, nous aurions besoin de 6 planètes. Avec le mode de vie d’un
Européen, il en faudrait 3. L’ONG Global Footprint Network fournit un bilan
comptable qui met en regard la demande de l’humanité en ressources et en
services naturels avec la capacité de la planète à les fournir. Selon l’ONG, le
13 Source : http://www.inegalites.fr/spip.php?article381.
14 : .oxfamfrance.org/sites/default/fles/fle_attachments/rapport_oxfam_
inegalites_extremes.pdf.Le monde entre nos mains
20 août 2014, « l’humanité a consommé la totalité du budget écologique
annuel de la Terre ». En 1993, ce jour de dépassement était le 21 octobre.
(15)En 2003, c’était le 22 septembre . L’évolution est claire : chaque année,
le jour de dépassement arrive plus tôt. Quelles solutions existent pour
contrebalancer l’empreinte écologique de l’Homme ?
Est-ce un monde dans lequel, toutes les quatre secondes, une personne
meurt de la faim ? La Terre Mère peut nourrir tous les habitants de la planète.
Néanmoins, en raison du gaspillage – 30 % de la nourriture mondiale produite
(16)est perdue dans le circuit du champ au consommateur – et de la mauvaise
répartition des denrées alimentaires (selon les estimations de l’ONU pour la
(17)période 2011-2013 ) « une personne sur huit dans le monde a probablement
soufert de faim chronique, ne disposant pas d’assez de nourriture pour
mener une vie active et saine ». Quelles solutions permettront de nourrir
l’ensemble de l’humanité ?
Est-ce un monde où nous nous battrons pour les dernières gouttes de
pétrole ? L’ère du pétrole bon marché est derrière nous. En près de 25 ans, le
(18)prix du baril de pétrole brut a quintuplé . La seconde révolution industrielle
est basée sur l’or noir bon marché. C’est grâce à lui que nous avons construit
nos sociétés basées sur une croissance matérielle illimitée. Quelles sont les
alternatives crédibles au pétrole ?
Est-ce un monde dans lequel les villes seront de plus en plus invivables ?
Plus d’une personne sur deux dans le monde vit actuellement en zone
(19)urbaine . En 2050, 75 % de la population mondiale sera citadine, selon une
étude de Navigant Research. Les défs en matière d’énergie, d’urbanisme,
d’environnement, de transports et de sécurité sont colossaux. Comment
redonner aux villes une dimension humaine et soutenable ?
15 Lien : http://www.footprintnetwork.org/fr/index.php/GFN/page/earth_overshoot_day/.
16 Source : .bdm.insee.fr/bdm2/afchageSeries.action?recherche=idbank&idba
nk=000455743.
17 Sources :
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/219220-comment-pourra-t-on-nourrir9-milliards-d-etres-humains-en-2050.html

http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/la-planete-peut-elle-nourrir-tout-lemonde_1368728.html

http://www.lefgaro.fr/sciences/2011/12/16/01008-20111216ARTFIG00572-la-terre-pourrat-elle-nourrir-tous-ses-habitants-en-2050.php
18 Source : http://www.fao.org/docrep/018/i3458f/i3458f.pdf.
19 : http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SP.URB.TOTL.IN.ZS/countries/1
W?display=graph.

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