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Le stress des cadres

De
192 pages
Les cadres ont cette image d'Epinal de privilégiés parmi les salariés. Cependant, à la lumière des travaux de l'observatoire du stress, il ressort nettement que cette image appartient au passé : bien au contraire, ils sont sur la ligne de front et en présentent tous les stigmates ! En effet, les cadres le disent clairement : ils n'ont pas assez de temps, pas assez de reconnaissance ni de visibilité et le sentiment d'être au début de l'industrialisation du tertiaire. Un cocktail explosif responsable de mauvaise productivité, de mauvaise santé et d'un climat social détestable.
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LE STRESS DES CADRES

www.librairieharmattan.com diffus ion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9649-4 EAN : 9782747596497

Bernard SALENGRO

LE STRESS DES CADRES

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie

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Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

- RDC

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B.PéquignotetD.Rolland
Chômage, exclusion, globalisation.. . Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions Dominique GARRIGUES, Manuel des réformateurs de terrain, 2005. Jean-Baptiste RUDELLE, Vous avez dit progrès ?, 2005. Bernard L. BAL THAZARD, Le développement durable face à la puissance publique, 2005. Laurent SALIN, Vers une Europe vaticane ?, 2005. David MATHEWS, Politique par les citoyens, 2005. Bernard LA V ARINI, La grande muraille du Ille Millénaire, 2005 Patrick BRAIBANT, Lettres aux «anticapitalistes» (et aux autres) sur la démocratie, 2005. Marion PEYRE (Sous la dir.), Le livre noir de l'animation socioculturelle, 2005. Catherine LEGUA Y, Respecter la vie, disposer de sa mort! Pour une loi Vincent Humbert, 2005. Iviu BOURDIEC, L'aliénation corse, 2005. Gérard PLUMIER, Chômage senior, abécédaire de l'indifférence, 2005. Max FERRERO, Nicole CLERC, L'école et les nouvelles technologies en question, 2005. Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET, En marche vers un idéal social. Homme, Individu, Citoyen, 2005. Richard GAUDET, Etre patron aujourd'hui en France, 2005. Christian SIMEON, Faire face à la pauvreté et à l'uniformisation mondialiste, 2005. Gérard NAMER, D'un socialisme de redistribution à un

socialisme de création, 2005.

A Pascale Salengro-Trouillez

Remerciements Je tiens à en remercier chaleureusement les adhérents de la CFE-CGC qui ont bien voulu répondre aux différentes enquêtes. Cet ouvrage n'aurait pas été possible sans leurs témoignages et sans l'amicale pression pour obtenir un rendu écrit. Pour être complet il faut que je mentionne tout particulièrement le professeur Vincent Bloch qui m'a fait découvrir la psychophysiologie que j'étudiais à Lille à côté de mes études de médecine qui me paraissaient incomplètes sur ce sujet, le Dr Cazamian, M. Hubault et leur équipe qui m'ont enseigné une approche ergonomique des situations de travail beaucoup plus profonde et plus proche du vécu, Mme le professeur Ancelin-Schutzenberger qui m'a révélé les richesses de la sociométrie et du sociogramme, à l'occasion de son enseignement de la psychosociologie à Nice. De très nombreux auteurs m'ont influencé dans la production de cet écrit en particulier les docteurs Cyrulnik, Goleman, Servan-Scmeiber, Boitel, Demogeot, Davezies, Huez, Carré, Pemoud, Truchot, Albert, Emery, Legeron, Dejours, Hirigoyen, Debout, Damazio, Delbrouck, Salbreux, Abgrall, Lasfargue, I<arasek, Vezina, Dolan, Freudenberger, Bouffartigues, Ettighoffer, Blanc, Mintzberg, Hammer, Sperrandio, Morris, Boltanski, Leyman, Beauvois,Joule, Desaunay, Le Goff, Breton, Gadea, Blondel, Mucchielli, Mattelart, Osty, AncelinSchutzenberger, Halimi, Watzlavick, Bateson, Castel, Mucchielli et en particulier les équipes spécialisées de l'INRS, Cnockaert, Mouze-Amady, Neboit, Elias, Francois, Trontin, Banyasz, Chouaniere. J'ai pu tirer parti de leurs approches et de leurs travaux et en ai repris certaines références, je les remercie pour le travail qu'ils ont réalisé, quant aux idées exprimées, surtout celles avec lesquelles ils ne seraient pas d'accord, elles sont de ma présentation et de ma responsabilité. Je tiens à remercier J.Gourmelin pour son aimable autorisation pour le dessin de couverture. J'ai été particulièrement aidé par les équipes de la CFE-CGC sous l'impulsion bienveillante de Jean Luc Cazettes que je tiens à remercier ici. Enf1t1 je veux dire toute ma reconnaissance à deux consœurs qui m'ont soutenue de leur affection et de leurs attentives relectures mon épouse et ma sœur, les docteurs Pascale Salengro- Trouillez et Véronique Riche-Salengro.

INTRODUCTION

« Bon;our Docteur». Je me retournai pour voir qui m'interpellait ainsi. Cette voix ne m'était pas inconnue, mais sur cette piste de montagne, au milieu des vacanciers en randonnée comme nous dans l'arrière-pays niçois, sa tonalité joyeuse sonnait faux. C'était lui pourtant et, pendant qu'il me saluait des images, me revenaient pêlemêle. Des escarmouches pendant les réunions du comité d'hygiène et de sécurité, des incompréhensions lorsque je défendais quelque salarié. Il était là, devant moi, bronzé, en short et chapeau de paille, m'exprimant le plaisir qu'il avait à me rencontrer. Cela lui rappelait le bon temps! Interloqué, je l'écoutais sans mot dire. Comment avait-il pu oublier nos âpres discussions, le visage fermé qu'il opposait à nos arguments et son attitude hautaine rehaussée d'un costume toujours impeccable? M. Delachaux semblait retrouver une vieille connaissance, un compagnon de partie de chasse. Cela faisait maintenant deux ans qu'il avait quitté son poste de directeur de relations humaines des établissements Lefebvre, en profitant du plan de préretraite. Je n'avais pas compris son départ car il semblait obtenir ce qu'il voulait. Nous nous étions côtoyés pendant une dizaine d'années dans l'entreprise: lui le gardien de l'ordre dans la maison et moi essayant de mettre de l'huile dans les rouages grâce à ma fonction de médecin du travail. Après son départ en préretraite, et une brève absence, il avait réapparu comme membre actif de l'association des anciens salariés de la construction, dont il avait pris le poste de secrétaire. Ce qui m'étonnait, c'était le bonheur qu'il manifestait à ne plus y être: « c'estqueJOe
l'attendais ce départ! Aussi quandJo'ai pu, vous comprenez n'est cepas. Vous y étiez. »

Certes, j'y étais et j'y suis toujours. Depuis, je me suis rapproché de cette association d'anciens, on y entend un discours qui m'étonne, fait de bonheur de profiter de la retraite et de volonté de revivre le temps passé. J'ai eu même l'occasion d'être invité chez lui quelquefois car il voulait me montrer des photos datant de son époque. Quelle surprise de retrouver, chez lui, son bureau agencé comme le sien à l'usine de préfabrication, à l'identique: même disposition, même téléphone, même tapisserie et même obj ets de décoration. Je suis resté quelque temps en relation avec lui, je voulais comprendre. Petit à petit, je le laissais se raconter, on ne pouvait l'arrêter et je découvrais une autre face du personnage avec ses angoisses, ses craintes et ses espoirs déçus. Il évoquait ses débuts, ses conflits avec M. Pierre, le flls de la maison, qui l'appelait M. le docteur à cause de son doctorat en droit, mais c'était sans déférence, et comment il avait digéré ces difficultés en se créant ce personnage qui ne laissait pas prendre le contact.

Cette rencontre avait créé un choc en moi. Je quittais mes classifications manichéennes des bons et des mauvais. En les entendant tous, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il y avait là quelque chose qui ne fonctionnait pas bien. Dans ce groupe de retraités, certains s'en étaient sortis beaucoup moins facilement. Pierre Lanson, ayant appris le matin même son départ, avait dû ramasser ses affaires personnelles et avait été prié de ne plus revenir. Deux directeurs d'une grande compagnie nationale, qui les avaient rejoints dans cette association: eux avaient souffert d'un départ gâché par un pot d'adieu particulier. Leur DRH, un ancien technicien délégué syndical, promu pour la signature d'un accord défavorable à l'encadrement, avait insisté sur l'avantage pour l'entreprise de leur départ du fait de leurs salaires élevés qui plombaient l'entreprise et de leur attachement à un service de qualité, qualifié pour l'occasion d'attachement aux valeurs du passé. Certes, ce n'était plus de mise dans le nouveau fonctionnement de cette grande compagnie appelée à rentrer sur le marché dit concurrentiel. Mais il y a d'autres façons de faire et de le dire, et surtout à d'autres moments! Des détails sont parfois impressionnants: ainsi, ce directeur de travaux qui venait nous rejoindre dans un restaurant proche de mon bureau médical, alors qu'il était à la retraite depuis quelques années. Un joyeux drille, le style du commercial ayant toujours une petite histoire à raconter. Bref, on passait des moments agréables avec André. Cela s'était répété et nous nous y prêtions volontiers avec mon assistante. Mais l'étonnement naissait au moment de notre retour au travail: il nous quittait en vue de l'immeuble après nous avoir un jour avoué que, depuis sa retraite deux ans auparavant, il ne s'était plus approché d'un bureau qui aurait pu lui rappeler son ancien emploi: c'était plus fort que lui! Le premier coup de tonnerre vint, il y a une quinzaine d'années, à l'occasion de « visites de reprisedu travail», de ces visites effectuées rapidement car il n'y a en général aucun problème! Marie reprenait le travail après s'être tailladé les veines. Elle paraissait ne pas être dans son assiette. A ma demande, elle me raconta l'histoire de son travail. Je me suis alors souvenu de Jeanne, du même service, venue en visite, également de reprise, après un curieux accident de voiture, qui ressemblait à une tentative de suicide. Je reçus ensuite Thérèse au début d'un alcoolisme qui devait l'entraîner vers une cirrhose mortelle dix ans plus tard puis Anne qui fit une dépression nerveuse. Elles furent cinq, avec un agent de maîtrise, et leur récit montra que tous les facteurs de stress étaient réunis pour un clash violent: modification intempestive des relations dans le groupe, bouleversement de l'outil de travail, perte de ce petit pouvoir du groupe d'employées alors les seules à savoir utiliser le vieux logiciel dans la société, et harcèlement pendant un an. Je n'avais rien vu et n'ai compris tout cela que plus tard. Tous les ingrédients y étaient. Les intéressées, quinze années après, en parlent toujours avec une grande émotion! Plusieurs cas de ce genre, mais ceux-là particulièrement, m'ont incité à me montrer plus attentif à l'environnement psychique et moins au respect des données légales, formelles et réglementaires puis à compléter ma formation 12

d'ergonomie Nice.

à la faculté de la Sorbonne et celle de psychologie à la faculté de

Parallèlement, je progressais dans la démarche syndicale, d'abord pour avoir les moyens de défendre ma position vis-à-vis de mon employeur, mais aussi, peu à peu, pour défendre de façon plus générale une certaine conception humaniste de l'homme au travail. C'est ainsi qu'après m'être investi dans la défense du rôle de médecin du travail, j'ai été repéré par Jean-Luc Cazettes qui m'a fait accéder au niveau confédéral de la CFE-CGC. Le débat des médecins du travail autour du stress dans le milieu professionnel, prenait de plus en plus d'importance. En même temps les cadres s'exprimaient de plus en plus sur le sujet, parfois honteux, car piégés par une situation de culpabilité. Progressivement, ce thème du «stress» devint sujet des médias confortés par de nombreux écrits, études et sondages. On est étonné de la force et la prégnance de ces situations sur le vécu des cadres au point que, eux, les privilégiés du régime, cherchent à fuir leur vie professionnelle, par tous les systèmes de préretraite. Comportement qui est, numériquement, le premier symptôme de stress! Je m'intéressais de plus en plus à ce nouveau champ des conditions de travail, les conditions non physiques! C'est-à-dire ce qui relève du psychisme, de la psychologie, de la sociologie, de la communication, de l'organisation et du management. Profitant de ce poste d'observation et de relais d'informations à la Confédération, j'ai lancé en 2000 l'idée d'un Observatoiredu stress qui a montré l'importance des souffrances à ce niveau. Je me propose de vous relater ici ces multiples témoignages et de tirer quelques conclusions sur le monde du travail, au travers de la vision d'un médecin du travail syndicaliste. C'est un paradoxe que les cadres, investis dans leur travail, ayant souvent fait des études supérieures et ayant dû se battre pour obtenir leur poste et leur statut, se retrouvent dans une proportion écrasante, plus de 70%, à se plaindre du stress! Quoi! Eux, les enfants chéris de l'entreprise, qui ont le plus d'avantages, se plaindre du travail et le fuir. Pourtant ils savaient bien travailler auparavant et leurs études n'ont pas toujours été des parties de plaisir! Pourtant ils ne sont pas nés « cadres» ou « professionnels» par la volonté de « je ne sais qui» mais bien par leur travail et leur détermination qui leur a permis de réussir leurs études et gagner la confiance dans l'entreprise. Toutes les grandes institutions internationales pour confirmer l'importance du phénomène. Que se passe-t-il donc? ont publié à ce sujet et toujours

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Comment comprendre que ces salariés qui ont tant investi leur carrière se précipitent dans une énorme fuite vers tout ce qui ressemble à un plan de préretraite? C'est ce qui a été conftrmé par les enquêtes réalisées avec l'Observatoiredu stress mais aussi toutes les autres, celles des revues, des institutions et des assurances privées voire même les récentes constatations de la sécurité sociale découvrant que les arrêts de travail explosent! Au cours des nombreuses interventions de formation syndicale réalisées sur ce sujet j'ai eu à entendre les récits du terrain qui tous conftrment que ces dix dernières années ont vu une aggravation considérable des conditions de travail pour l'encadrement et plus généralement pour tous ceux qui s'investissent dans leur travail. Une étude à paraître sur les consultations de pathologie professionnelle spécialisées sur le harcèlement moral, montre d'ailleurs la forte prédominance statistique de l'encadrement dans cette population. De nombreux participants à ces sessions m'ont demandé des écrits afm de pouvoir réfléchir et travailler à construire des propositions, c'est ce que j'ai essayé de faire ici, non pas d'apporter des solutions toutes faites, cela n'existe pas, mais de rassembler ce que je connais et ce que j'ai entendu pour apporter ma contribution. Pour comprendre, il faut d'abord faire un retour en arrière, pour se rappeler comment cette «classe de salariés» s'est développée et comment sa déstabilisation a commencé. Il faut également situer le contexte actuel du statut des cadres et comprendre certains aspects de la situation comme la pression du chômage, la déstabilisation qu'entraînent les nouveaux outils technologiques, les effets pervers de la dite réduction du temps de travail, la pression continue qu'entraînent les exigences financières de plus en plus immédiates, l'insécurité sociale, le management par la manipulation mentale et enfm un environnement de perte de confiance et surtout de perte de sens. Les idées que j'expose ici proviennent de l'écoute des témoignages des adhérents de la CFE-CGC qui ont bien voulu exposer leur situation ou répondre aux différentes enquêtes, des nombreux entretiens au cours de séances de formation sur le sujet pendant lesquelles j'apprenais autant que j'apportais. L'objectif de ce travail est: de donner des outils aux nombreux militants qui me le demandent au cours des diverses formations, de permettre à tous ceux qui s'intéressent au sujet d'avoir un point de vue présentant autre chose que « des effortsàfaire pour prendre sur soi », de permettre à ceux qui veulent s'investir dans ce domaine de ne pas tomber dans certains pièges, de s'apercevoir qu'ils ne sont pas les seuls dans la nasse et qu'il faut déculpabiliser, ils ne sont pas fautifs! 14

Enfin apporter ma pierre au mouvement appelant à une prise en compte officielle de ces conditions de travail au même titre que les conditions de travail concernant la manutention, le bruit ou le taux d'empoussièrement. L'étude comparative des réglementations européennes réalisée par I<.ompier en 1994, citée dans l'encyclopédie du BIT, montre que si certains pays comme la Suède, les Pays-Bas et l'Angleterre reconnaissent les troubles mentaux d'origine professionnelle comme des problèmes de sécurité et de santé importants, ce n'est pas le cas pour d'autres comme la France! Mais il est toujours possible de modifier la situation. Ce même auteur qui, un des premiers, en 1995, publia une étude avec Hautman, mettant en évidence la forte exposition des cadres à ce nsque. Ceci pour aller plus loin dans la recherche que l'habituelle mise en cause des personnes, et réfléchir sur les effets des structures ou circonstances qui ont amené à l'état dit de « stress ». L'analogie avec le sport peut ici être tout à fait illustrative: le fait de jouer au rugby à treize est connu pour donner un jeu très différent du jeu à quinze, en particulier pour provoquer statistiquement plus de lésions traumatiques, c'est bien l'organisation, la règle du jeu et le nombre de joueurs qui sont à incriminer d'abord! Et non le caractère ou les dispositions des différents joueurs. Le défi relevé est d'amener les partenaires (l'entreprise et les salariés) à quitter une démarche «perdant - perdant» actuelle pour une démarche «gagnant gagnant ». En changeant quelques règles du jeu.

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I. L'Observatoire A. La première démarche de l'Observatoire

du stress

du stress

C'est par un petit article dans la Lettre confédérale 10 mars 1999 que se fit le du premier acte de l'Observatoiredu stresssous forme d'appel à témoignages. La Lettre, adressée à tous les adhérents CFE-CGC, est diffusée à 200 000 exemplaires. Le résultat fut impressionnant: 1517 témoignages les deux premières semaines! De nombreux professionnels, ergonomes, psychologues, psychosociologues, médecins du travail, psychiatres, avocats expliquaient qu'ils étaient volontaires pour travailler sur ce sujet. De nombreuses structures syndicales, unions départementales, régionales et professionnelles se manifestèrent et le font toujours pour obtenir une session de formation sur le sujet qui intéressait beaucoup leurs troupes. De nombreux remerciements exprimaient une attente longtemps contenue et un soulagement: enfm la confédération, leur confédération se préoccupe même un petit peu de ce qui les étreignait et leur faisait si mal. C'était aussi un début de honte qui s'évanouissait, on les autorisait à parler et on montrait que c'était un problème collectif et non individuel. La parole avait été libérée et le flot des témoignages engageait à continuer. jean-Luc. H.
Il est bien que la CFE-CGC se saisisse de ce véritable problème de société. j'ai d'ailleurs eu le privilège de participer à une formation CRAM en Bour;gogne sur ce thème, or;ganisée par notre président d'union régionale, Stéphane Bernoud

j'ai remarqué votre article dans la dernière Lettre confédérale concernant le stress des cadres etJ.e ne peux rester insensible à votre appel, ayant moi-même vécu une situation classique en 1999 qui m'a coûté mon emploi de cadre suPérieur (membre du comité de direction) dans une PMI de 450 personnes. Pascal]. je lis tOUJ.ours vec intérêt la Lettre confédérale. a Votre appel à témoignage m'a interpellé. A ceJour J.e ne suis tOUJ.ours cadre mais assimilé pas et V3. Il y a 12 ansj'ai pris un poste d'encadrement. j'étais jeune. Pierre B. Salariée dans un or;ganismefinancier, en tant que (( commerciale)) depuis 15 ans, J.e suis concernéepar votre article et appel à témoignages. je ne suis plus aujourd'hui dans le nouveau profil des commerciaux recherchéspar la direction générale: lesJ.eunes (( mercenaires )) ont leurplace dans notre entreprise, mais les commerciaux de 50 ans, qui sont par ailleurs la mémoire vive de l'entreprise, ne sont plus (( dans leprofil )). Jeanne T. je lis avec attention tes interventions sur le sujet cité en objet. j'ai moi-même était victime de

surmenage il Y a deux ans de cela et heureusement grâce à mon entourage familial et proftssionnel, j"'ai réussi à remonter la pente. Si j"e t'écris aUJourd'hui c'est pour une autre personne, mon frère aîné victime d'un véritable harcèlement moral.

Antoine H.
En réponse à votre appel à témoignage sur la Lettre confédérale du 10 mars sur le stress des cadres: A l'approche de la cinquantaine et à la faveur d'une fusion, j"e me suis retrouvé responsable d'un service administratif et comptable, moi qui n'avais jamais ajusté un compte, ni vu une table informatique :j"'avais passé ma vieproftssionnelle au commercial, et à la formation. j'en ai bavé ! je dormais avec un bloc sur ma table de nuit, pour y noter les idées (penser à vérifier ceci;nepas oublier cela...j.

Claude B.
Merci pour votre prise de position sur un sUJ"etaussi délicat. Ma situation: directeur de supermarché depuis une vingtaine d'années. Représentant .ryndical au CE et CCE, délégué .ryndical CFE-CGC. Le stressfait partie intégrante de notre mode defonctionnement.

Jean-François

P.

Bravo pour cette initiative. l'état de stress est déjà assez bien défini et caractérisable dans sa description du DSM III R j'espère que vous rencontrerez un écho trèsfavorable. DrG.
Cher Monsieur,

je suis le docteur Anne F, p.rychiatre, praticien hospitalier plein-temps.

j'ai reçu ce matin la Lettre de la CFE-CGC dans laquelle vous évoquez (( le stress des
cadres )). j'ai un témoignage de premier ordre à vous apporter: le mien...

Le traitementdes réponsesdesadhérentsde la CFE-CGC Nous avons procédé à un traitement statistique des premiers témoignages. Un dépouillement fut institué mais il rencontra vite deux écueils insurmontables: - le manque de technicité et de moyens pour faire face à l'afflux et aux exigences d'une rigueur épidémiologique, - la complexité des témoignages qui décrivaient d'abord un problème de charge ou de temps de travail doublé d'une situation quasi assimilable à du harcèlement! Une analyse multivariée avait même été tentée et abandonnée, pour les raisons émises précédemment. Je m'attendais à certaines réponses mais je fus surpris par le nombre de témoignages sur la manipulation mentale, dont le harcèlement est un cas particulier. Cela touchait près de 40 % des témoignages! La gestion par le stress est une réalité très tangible!

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Devant ce constat, je pris deux attitudes: demander un sondage pour conforter cette première impression de phénomène important mais mal défini puis repérer les grands thèmes récurrents. J'avais comme objectif de mettre en lumière ce phénomène assimilable à une maladie professionnelle. L'intérêt étant de le faire reconnaître pour indemniser ceux qui en souffrent, mais aussi, par le mécanisme économique installé par cette procédure, d'inciter à la prévention. B. Un phénomène à la fois nouveau et ancien

Certes le problème des personnes qui travaillent dans le tertiaire n'est pas nouveau. Ainsi l'abbé Tissot, en 1760, conseillait-il dans son ouvrage La santé des gens de lettresde faire un peu plus de sport et des pauses dans le travail. De nombreux articles montraient depuis quelques années la prégnance de plus en plus forte du stress et des effets de l'organisation du travail. Du travail princeps de Hans Selye en 19511 à l'étude sur le harcèlement de MF.Hirigoyen en 19982 et au syndrome de chronos3 en passant par quelques traités et articles sur le sujet, y compris La lettre ur;gente aux cadresqui en ont ras le bol de C. Cumunel4, des interpellations existaient, mais elles n'étaient pas nombreuses, surtout en France. Dans une revue de presse sur le sujet, réalisée par l'INRS, on relate que la majorité des publications est nord-américaine (57% des auteurs) ou européenne
(31 %) la part des auteurs français étant seulement de 4%!

.

Les premières

études réalisées par des médecins du travail

Les premières études sur le stress ont souvent été des rapports de médecins du travail consternés de ce qu'ils constataient et qui éprouvaient le besoin d'en faire part à la société afm qu'elle en soit consciente. En 1988, l'Express5 relatait le rapport de douze médecins du travail de la région parisienne sur les troubles psychologiques et psychopathologiques dont ils étaient témoins chez les salariés. Le docteur Bernard Seitz y raconte alors que la situation s'est terriblement dégradée depuis cinq ans, avec une épidémie de dépressions nerveuses et de tentatives de suicide, hélas parfois réussies, avec l'accusé principal: le stress. Ils racontent la compétition meurtrière, l'anxiété lancinante des salariés face aux menaces de licenciement, aux rumeurs usantes. Ils dénoncent les surcharges de travail, les mutations mal préparées, l'absence d'information. Ils disent aussi l'impuissance de certains dirigeants, tenus de réduire leurs effectifs et d'augmenter la productivité de leur entreprise. Ils signalent la forte prévalence des troubles du sommeil: près de la moitié!

1 Ù stress de la lie. H.Selye, Gallimard, 1956. 2 La lio/ence pen1erse au quotidien. M.F. Hirigoyen, Syros, 1998. 3 Ù syndrome de Chronos. D.Ertighoffer et G.Blanc, Dunod, 1998. oJùttre urgente aux cadres qui en ont ras le bo/. C. Cumunel, Mav...aman 1993. 5 L'E>..press, 1988. n° 1942, septembre

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