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Les cantonniers des routes

De
370 pages
Les cantonniers des routes sont apparus au milieu du XVIIIe siècle et remplacèrent les serfs et paysans auparavant contraints d'assurer cette corvée. Leur rôle est de maintenir en bon état les routes en cassant notamment des cailloux à mettre sous le passage des roues. Souvent brimés et moqués, parfois aidés, ils prennent la parole au début du XXe siècle à travers les journaux professionnels à grand tirage et s'émancipent progressivement.
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Denis Glasson
Les cantonniers des routes
Une histoire d’émancipaon
Préface d’André Guillerme
Les cantonniers des routes
Denis Glasson Les cantonniers des routes Une histoire d’émancipation Préface d’André Guillerme Professeur d’histoire des techniques auConservatoire national des arts et métiers
© L’HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02373-1 EAN : 9782343023731
en souvenir de René Simon
Sigles et abréviations utilisés CGT:confédérationgénéraledutravailCGTU : confédération générale du travail unitaire UGFF-CGT:uniongénéraledesfédérationsdefonctionnairesCGTFO : confédération générale du travailforce ouvrière CFTC:confédérationfrançaisedestravailleurschrétiensSTO : service du travail obligatoire FFI: forces françaises de l’intérieurPTT : poste, télégraphe, téléphone
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Préface 40 ou 50 ans à gratter, boucher, rouler, faucher, tailler, biner, le cantonnier connaît, dans son linéaire de besogne, la vie de chaque caillou, de chaque pavé, de chaque orme planté en alignement. Il entend les pierres pleurer quand elles saignent, les sources frémir quand elles se tarissent. Il fait de sa route un lieu de mémoire: une route longue à raison du quinze kilomètres parcourus quotidiennement, vingt mille pas, un million dans une vie, cinq fois le tour de la terre. Un homme immense qui de fait a sa légende, modelée par l’histoire industrielle, celle de l’exploitation de la force anonyme. Vêtu pauvrement et simplement, taiseux, courbé, le regard fixé au sol, attaché à la route, le cantonnier est au vagabond, ce que le chien est au loup de la fable. Denis Glasson montre comment cet homme sans histoire, engendré dansl’anonymat de la masse, collé à la glèbe caillouteuse, s’en extrait, se dresse, prend nom, s’associe, s’unit, revendique, se mécanise, se cultive pour devenir au milieu du XXe siècle agent d’exploitation, conducteur, technicien d’équipement, d‘aménagement… Ils sont trois cents en1780, dix fois plus cinquante ans plus tard. Ils décuplent presqu’encore durant le siècle pour être plus de vingt mille en 1950 : une grande puissance routière qui entretient le réseau viaire le plus dense du monde et qu’envient les nations autophiles. Selonl’Encyclopédie des Arts et MétiersdeDiderot et D’Alembert, point de cantonnier. Le canton désigne au milieu du XVIIIe siècle, « un quartier d’une ville que l’on considère comme séparé de tous les autres et…plus communément, désigne une petite contrée ou district, sous un gouvernement séparé ».Cantonner des troupesc’est «les disperser en différents corps qu’on place dans un pays, pour leur donner plus de facilité pour les subsistances». C’est un terroir, un pays doté d’une certaine autonomie, une unité qui dépasse la paroisse. Il forme un paysage c’est-à-dire une étendue dotée d’une certaine unité dialectale, sociale et géophysique, de coutumes et d’usages: trois ou quatre heures de marche pour la traverser. Le canton est une unité administrative qu’élabore le Service des Ponts et Chaussées, une unitéde labeur quotidien, de maintenance, sous la surveillance d’un piqueur ou d’un conducteur dont le supérieur hiérarchique dirige les travaux routiers 9