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Manifeste pour un nouveau contrat social

De
236 pages
Il faut cesser de réduire le travail à "l'emploi capitaliste". Il faut partir de ce que le travail est réellement, à savoir la faculté de faire humaine. En se substituant au travail, le capital s'attribue tous les mérites de la production sociale et nous réduit toutes et tous à un élément mécanique. Lorsque nous libérons nos esprits du capital, notre vision du monde change. Comment produirons-nous ? Comment coopérerons-nous ? Comment échangerons-nous ? C'est cette discussion qu'il faut mener.
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Christian Tirefort
MANIFESTE POURUNNOUVEAUCONTRATSOCIAL
Réhabiliter le travail, c’est le libérer de l’emploi capitaliste
Manifeste pour un nouveau contrat social
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www. harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01491-3 EAN : 9782343014913
Christian Tirefort Manifeste pour un nouveau contrat social Réhabiliter le travail, c’est le libérer de l’emploi capitaliste Avec le suivi, les conseils et les corrections de Laurent Tettamanti
Avertissement
Certains termes employés dans ce texte correspondent à des notions précises ; parfois ils ont aussi une orthographe peu usitée qui recouvre des concepts nouveaux impossibles à rendre avec le sens que l’usage en constante évolution leur a attribué. C’est pourquoi nous en explicitons quelques-uns dans un petit glossaire que vous trouverez à la fin de ce Manifeste. Il est ordonnancé par ordre alphabétique et non par ordre d’importance.
Féminisation
Nous sommes aussi conscients que la féminisation du texte aurait été souhaitable. Après de longues discussions et en constatant que tout ce qui est proposé dans ce Manifeste mène à l’égalité entre les femmes et les hommes non seulement formelle et théorique mais aussi réelle, nous avons conclu qu’il fallait avant tout faciliter la lecture.
Remerciements
Un grand merci est adressé à Eric Decarro, Antonin Girard, Thierry Pellat et Gérard Scheller pour leur précieux travail de relecture du texte et les judicieux conseils qui ont permis de le finaliser. Claude Reymond est également associé à ces remercie-ments pour son travail de lecteur, de correcteur et la mise en page.
Préface
On nous dit que ce sera toujours comme ça : le monde est fait de gagnants et de perdants, la société, divisée entre une classe bour-geoise dominante et une classe prolétaire dominée, est vouée à une bataille sociale toujours plus féroce. La «démocratie »,ce serait ça ; elle permettrait parfois de redistribuer les rôles. C’est contre ce monde de plus en plus destructeur, cette guerre permanente de tous contre tous, que nous, les communistes et les démocrates conséquents, proposons une autre société: d’autres rapports entre les gens, la coopération entre travailleurs plutôt que la compétition entre les capitalistes, la production pour les besoins plutôt que pour la course au profit, un autre rapport au travail qui permette aux hommes et aux femmes de se réaliser en tant que producteurs sociaux, plutôt que le rapport réduisant le travail à « l’emploicapitaliste »,à une marchandise que l’on prend pour lexploiterouquelonignorecommeunesaucissesursonéta-lage. Dans le contexte actuel de crise économique, financière, sociale et écologique – selon nous une véritable crise de civilisa-tion – qui, via la prolifération d’armes de destruction massive et la dévastation de notre environnement naturel, menace l’existence même de l’humanité, ce manifeste tente d’esquisser les fonde-ments d’une autre société.
* * * Aujourd’hui, les esprits sont fascinés par l’image des gagnants se pavanant à la télévision, à la radio, dans les journaux et dans les publicités. Ils sont tellement obnubilés qu’ils ne voient plus l’autre côté de la même médaille : les perdants et leur misère. Dans cette société, chacun se débat comme il le peut, tout le monde tente de rester à flot, ne pas déchoir, rester parmi ceux et celles qu’on croit
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Manifeste pour un nouveau contrat social
en haut. Perdre est perçu comme une loi quasi naturelle qui ne s’imposerait qu’aux déméritants. Les bons, ce sont les gagnants, les méritants ; les mauvais, ce sont les perdants, les déméritants. Ceux-ci, malgré leur lutte et leurs efforts pour ne pas sombrer, malgré ou plutôt à cause de la guerre sociale sans relâche qu’on leur impose, sont de plus en plus nombreux. La compétition capitaliste les fabrique à la chaine, elle aboutit à de nombreux perdants, pour un seul vainqueur… Et celui-ci aussi, un jour, sera happé par la défaite. En effet, les pail-lettes dorées de la solitude du vainqueur cachent de plus en plus mal la barbarie sans limite. Finalement, c’est elle la seule gagnante.
* * * Ce monde a un visage concret: la toute-puissance du capital; et il a une organisation: la bourgeoisie constituée en classe accro-chée à ses privilèges. Dans ses représentations fantasmatiques, la bourgeoisie voit le capital comme la seule forme possible de la richesse, et elle se représente elle-même comme la seule catégorie sociale capable de diriger la société. Mais le capital est-il la richesse ?Celle-ci doit-elle vraiment n’exister que sous cette forme, comme trophée dérobé aux travailleurs et présenté comme le prix à payer pour avoir le droit à l’emploi ? Nous disons non ! Sous forme de capital, la richesse n’est rien d’autre qu’un boulet toujours plus lourd à tirer, une sorte de veau d’or insatiable, « qu’il faut » en permanence nourrir en profit. Tous ceux qui n’entrent pas dans ce cadre, produire le profit destiné à nourrir le monstre, sont ignorés; ils ne sont, paraît-il, pas fonc-tionnels. Le monstre est de plus en plus insatiable, il finit par dévorer ceux-là même qui le nourrissent. Cela hante les esprits des bour-geois : leur système est rongé de l’intérieur, il est mu par sa propre pesanteur, celle-ci les asservit et elle mène à des crises toujours plus profondes, finalement à une crise de tout le système. Ces crises qu’on prétend toujours évitables, qu’à chaque fois on présente comme la dernière, ressurgissent, toujours plus des-e tructrices. Au XXsiècle, elles ont abouti à deux guerres dites « mondiales ». Sera-ce la même chose, en pire, avec celle que nous vivons aujourd’hui ?
* * *
Préface
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Face au capital, il y a le travail. Celui-ci a évolué avec la lutte des hommes, tout d’abord contre la précarité, puis, depuis que le tra-vail toujours plus productif est capable de générer un surplus constant, non plus contre quelque chose, mais pour une autre société. Le capital se dresse aujourd’hui sur sa route, il s’accroche à sa notion de la richesse et représente le travail comme son anti-thèse, un coût. Si, du point de vue du capital, le travail est évidemment un coût, qu’en est-il du point de vue du travail ? Le miroir s’inverse. Le capital devient un coût, et plus il s’accumule, plus le coût s’élève: des petites quantités de travail doivent alors alimenter des masses de plus en plus énormes de capital. Cela signifie une exploitation de plus en plus féroce. Le capital escamote ce qu’est réellement la richesse, intimement liée au travail, cette faculté que tout homme et femme portent. C’est cette faculté qui, avec le développement du savoir, devient de plus en plus féconde, productive, tandis que le capital devient de plus en plus vorace. Dans ce miroir inversé, la productivité croissante du travail, qui devrait déboucher sur la fin de la précarité, est pervertie. Pra-tiquement, des personnes dont les facultés de faire sont disponi-bles alors que la satisfaction des besoins élémentaires de tous et toutes n’est pas assurée, sont soit socialement ignorées, soit asser-vies à des tâches parasitaires telles que la gestion financière du capital, l’industrie du luxe, de la guerre, ou des fonctions réga-liennes dont le but est le maintien de l’ordre systémique. L’angle de vue sur la richesse change selon la place que l’on occupe. Selon le capital, elle est ce qui est accumulé, ce qui a échappé à la consommation de ceux qu’il asservit et qu’il exploite. Selon le travail, elle est une faculté que les hommes portent en eux de modifier leur environnement vital, de le rendre plus hos-pitalier, et ce faisant d’évoluer à leur tour. C’est ce mouvement vers la victoire contre la précarité que le capital veut arrêter, figer. Pour lui on est à la fin de l’histoire. Pour nous ce mouvement n’en est qu’à son début, avec lui commence l’ère d’une humanité affranchie de la précarité. Pour les travailleurs, se libérer de l’emprise du capital, c’est reconquérir le contrôle de ce qui changera le monde, se réappro-prier la mise en œuvre de leur faculté de faire. * * *