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Sagesse chinoise - Mettez du chat dans votre management

De
222 pages
La présence des entreprises chinoises sur la scène mondiale est aujourd'hui incontournable. Et pourtant, nous ne les avons pas vu venir... Comme le chat, elles ont cette aptitude à bouger très vite, à sauter et à retomber sur leurs pattes, quelle que soit la hauteur de la chute. D'où tirent-elles leur force ? Pouvons-nous nous en inspirer ?


À travers des allers-retours continus entre Chine et Occident, entre pensée chinoise et philosophie occidentale, l'auteur développe la métaphore féline. Les qualités indispensables à cultiver dans l'environnement actuel, marqué par l'ambiguïté, l'incertitude et la complexité, sont justement celles qui définissent le mieux les entreprises chinoises. Loin des considérations habituelles sur le "péril jaune" ou le "miracle chinois", ce livre nous invite à nous interroger sur chacune d'elles :



  • l'audace,

  • la persévérance,

  • la fluidité,

  • l'intelligence mouvante,

  • le lâcher prise,

  • la perspicacité,

  • le sens de l'équilibre,

  • le discernement...


Toute personne désireuse de mieux manager trouvera ici des clés précieuses pour explorer d'autres voies, en changeant de regard et en osant une pensée plus mobile, plus adaptable.


Sophie Faure rencontre la Chine pour la première fois en 1985. Elle est l'auteur de Manager à l'école de Confucius et a traduit Enseignements d'un dirigeant asiatique de Korsak Chairasmisak, chez le même éditeur. Elle est membre du comité scientifique du magazine de management Business Digest. Ses chroniques sur la saga des entreprises chinoises sont diffusées dans l'émission Chine hebdo sur BFM. Elles ont servi à alimenter ce livre.



  • Introduction - les mouvements du chat

  • Guide de lecture

  • Le saut du chat et l'entrepreneur chinois

    • Sauter

    • Atterrir et se rétablir, se relever et repartir

    • Bouger

    • S'inspirer du chat chinois


  • Oser le mouvement

    • Chat et entrepreneuriat chinois : circonstanciel ou culturel ?

    • Le mouvement, au coeur de la culture chinoise

    • Du rapport à l'incertain et à l'inconnu

    • Vivre en anamorphose : bouger, bouger encore, toujours bouger

    • Donner de la vie à l'intelligence politico-économique

    • Insuffler l'esprit : "peindre un "chat" et ajouter l'oeil"


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150 x 225 — 13,2 mm
Sophie Faure
Oser le mouvement Préface d’Alain Weill
La présence des entreprises chinoises sur la scène mondiale
Sag esse chinoiseest aujourd’hui incontournable. Et pourtant, nous ne les
avons pas vu venir… Comme le chat, elles ont cette aptitude
à bouger très vite, à sauter et à retomber sur leurs pattes,
quelle que soit la hauteur de la chute. D’où tirent-elles leur
force ? Pouvons-nous nous en inspirer ? Mettez du chat
À travers des allers-retours continus entre Chine et Occident, entre
pensée chinoise et philosophie occidentale, l’auteur développe
la métaphore féline. Les qualités indispensables à cultiver dans dans votre
l’environnement actuel, marqué par l’ambiguïté, l’incertitude et
la complexité, sont justement celles qui définissent le mieux les
entreprises chinoises. Loin des considérations habituelles sur le
« péril jaune » ou le « miracle chinois », ce livre nous invite à nous
interroger sur chacune d’elles : management
G l’audace, G le lâcher prise,
G la persévérance, G la perspicacité,
G la fl uidité, G le sens de l’équilibre,
G l’intelligence mouvante, G le discernement…
Toute personne désireuse de mieux manager trouvera ici des clés
précieuses pour explorer d’autres voies, en changeant de regard et
en osant une pensée plus mobile, plus adaptable.
Sophie Faure rencontre la Chine pour la première
fois en 1985. Elle est l’auteur de Manager à l’école de
Confucius et a traduit Enseignements d’un dirigeant
asiatique de Korsak Chairasmisak, chez le même Savoir bouger, sauter r,,
éditeur. Elle est membre du comité scientifi que du
atterrir et se relevermagazine de management Business Digest. Ses
chroniques sur la saga des entreprises chinoises sont
diffusées dans l’émission Chine hebdo sur BFM.
Elles ont servi à alimenter ce livre.
20 €
53966_faure_132.indd 1 15/10/07 12:05:20
Code éditeur : G53966
ISBN : 978-2-212-53966-0
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barbary-courte.com
Sophie Faure
Mettez du chat dans votre managementSagesse chinoise
Mettez du chat
dans votre management
Savoir bouger, sauter, atterrir et se releverÉditions d’Organisation
Groupe Eyrolles
61, bd Saint-Germain
75240 Paris cedex 05
www.editions-organisation.com
www.editions-eyrolles.com
Illustrations des chats pp. 25, 51, 53, 63, 87, 94, 100-107, 117 :
Cao Dan et Zhong Xin, tous droits réservés
Calligraphie p. 193 : Shang Tao, tous droits réservés
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autorisation de l’Éditeur ou du Centre Français d’Exploitation du Droit de copie, 20, rue
des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2008
ISBN : 978-2-212-53966-0Sophie FAURE
Sagesse chinoise
Mettez du chat
dans votre management
Savoir bouger, sauter, atterrir et se releverÀ Cao Dan, Renée Monfer et Michel Bloch,
pour la générosité de leur présence.TABLE DES MATIÈRES
Avertissement................................................................................1
Préface ............................................................................................5
Introduction
Les mouvements du chat.............................................................7
Guide de lecture..........................................................................13
Première partie
Le saut du chat
et l’entrepreneuriat chinois
Chapitre 1
Sauter ............................................................................................25
« Regarder vers l’avant, regarder vers l’argent »...........................26
Les ambitions politiques du gouvernement chinois ..............................26
Tous entrepreneurs ?....................................................................28
Des matelas de sécurité ...............................................................38
Investir en capitaux (touzi,p?) ou
dans l’opportunité (touji,p|) ? .................................................43
Incertitude et risques ..................................................................46
© Groupe Eyrolles VIIMETTEZ DU CHAT DANS VOTRE MANAGEMENT
Chapitre 2
Atterrir et se rétablir, se relever et repartir ...........................51
« Darwin » et le business chinois ..................................................52
Être ren (e) : de la résilience au « fil du couteau qui ne
blesse pas le cœur ».....................................................................57
Chapitre 3
Bouger...........................................................................................63
Plasticité mentale........................................................................64
Vélocité organisationnelle ...........................................................66
Fluidité ? ....................................................................................69
Intelligence politique et ligne de moindre résistance.............................70
La « flexibilité » bureaucratique ..................................................73
Trouver la portance des marchés ..................................................79
Souplesse et charnières ................................................................82
Chapitre 4
S’inspirer du chat chinois..........................................................87
Chat et entrepreneuriat chinois : synthèse des enseignements ......87
Une difficile évaluation du fonctionnement chinois.....................90
Ordre ou désordre ?.....................................................................90
Subjectivité et conditionnement culturel............................................92
Vivre chat en Chine ? ..................................................................94
Comment utiliser cet autodiagnostic................................................95
Exemple d’autodiagnostic.............................................................99
Vivre chat aujourd’hui ? ............................................................110
Ne pas se limiter au benchmarking............................................111
Analogie, dissémination et pollinisation........................................112
VIII © Groupe EyrollesTABLE DES MATIÈRES
Seconde partie
Oser le mouvement
Chapitre 1
Chat et entrepreneuriat chinois :
circonstanciel ou culturel ? .....................................................121
Une dimension circonstancielle .................................................122
Un questionnement essentiel.....................................................123
Des qualités culturelles .............................................................124
Chapitre 2
Le mouvement, au cœur de la culture chinoise..................129
Vérité ou vérités ? .....................................................................130
De l’intelligence fixante à l’intelligence mouvante.....................136
De la précision des mots à la force agissante des idéogrammes .............136
Zheng – direct, qi – indirect, shi – propension et ji – amorce :
quatre idéogrammes, symboles du mouvement chinois ........................139
Efficacité taoïste : la force de l’eau ...............................................141
Fixant et mouvant : une complémentarité à faire naître .............144
Chapitre 3
Du rapport à l’incertain et à l’inconnu .................................147
Les illusions du savoir ...............................................................147
De la peur du risque à l’aubaine ................................................154
Chapitre 4
Vivre en anamorphose : bouger, bouger encore,
toujours bouger.........................................................................157
Mettre du qi dans son vin et du shi dans son cheminement ........159
Les métamorphoses du qi............................................................161
Cheminer shi ..........................................................................163
Qi et shi sont-ils osés ? Faut-il oser ?..........................................165
Des idéogrammes à l’action, de la maîtrise au lâcher prise .........168
© Groupe Eyrolles IXMETTEZ DU CHAT DANS VOTRE MANAGEMENT
Chapitre 5
Donner de la vie à l’intelligence politico-économique ......173
Perspicacité : détecter l’infiniment petit (ji,- ), amorce
et moment opportun .................................................................175
Discernement : démêler trame et mouvement,
jinglun et fenceng ........................................................................177
Penser le film et non la photo : du statique au dynamique.........180
Chapitre 6
Insuffler l’esprit :« peindre un “chat”et ajouter l’œil ».....185
Les dangers de l’expansion yang à outrance ................................187
Vide, harmonie et création ........................................................188
Conclusion..................................................................................195
Remerciements..........................................................................199
Bibliographie .............................................................................203
X © Groupe EyrollesAVERTISSEMENT
Le syndrome de la grenouille ou les dangers d’une
vision parcellaire
Il se peut que votre expérience de la Chine ne corresponde pas à celle
décrite dans cet ouvrage. Nous voici en effet confrontés à une diversité
extrême avec le risque d’assimiler notre propre expérience à cette
même réalité. À titre d’exemples, et pour ne citer que ceux-ci, les
éléments suivants représentent autant de sources d’hétérogénéité forte :
• la dimension ethnique et la grandeur du territoire ;
• la sédimentation des cultures, car le débat est loin d’être clos sur
l’impact de cinquante ans de socialisme aux caractéristiques
chinoises et de bientôt trente ans d’ouverture sur un fond culturel
ancestral très dense et réputé résister au temps ;
• le pragmatisme de la politique d’ouverture : le gouvernement a
commencé par des zones et des secteurs tests, aboutissant à des
niveaux de développement, d’internationalisation et de maturité
managériales très disparates… N’oublions pas non plus la nature de
l’investissement étranger : selon qu’il est le fait de multinationales
occidentales ou d’entreprises de Hong Kong ou de Taïwan, le
résultat est différent.
Cette hétérogénéité se retrouve dans le système productif chinois,
beaucoup plus que dans d’autres économies émergentes :
conglomé© Groupe Eyrolles 1METTEZ DU CHAT DANS VOTRE MANAGEMENT
rats similaires aux chaebols coréens, entreprises privées comparables
aux PME taïwanaises, entreprises familiales de Hong Kong,
entreprises singapouriennes à capitaux étrangers et, enfin, entreprises
d’État et entreprises collectives dont seule la Chine est dotée.
La densité du réel et la diversité du fait chinois impliquent donc la
diversité des avis. Il n’en reste pas moins que nous souhaitons
généralement que la réalité chinoise colle à notre propre vision. Celui qui
co-investit avec des entreprises d’État pensera que la question chinoise
se résume à la sortie du socialisme ; celui qui est dans le luxe à
Shanghai sera plongé dans la bulle de la globalisation ; celui qui travaille
avec les entreprises familiales sentira l’influence confucéenne.
Connaissez-vous l’histoire de la grenouille qui, du fond de son puits,
pense que le ciel est partout de la couleur de ce qu’elle entrevoit, alors
qu’elle n’en a qu’un aperçu assez limité ? Zuo jing guan tian
(littéralement « assis – puits – regarder – ciel »), dit-on en Chine. Nous
avons tous un puits au fond duquel nous asseoir ; et s’il est difficile
de ne pas être parcellaire, nous pouvons néanmoins rester lucides et
nuancés.
Shishiqiushi,T?y : être réaliste
Être réaliste, c’est « aimer » paradoxes et oxymores. Ainsi, pour
celui de la flexibilité bureaucratique, je suis partie du postulat que dans
un pays où la bureaucratie était omniprésente, l’émergence d’une
nouvelle réalité ne pouvait s’être faite malgré elle. La bureaucratie,
contrairement à ce que le mot laisse sous-entendre, ne peut être
seulement bureaucrate. À nous de trouver le chemin de sa flexibilité. La
Chine demande d’être capable de penser le multiple et ses
contradictions. La réalité chinoise est suffisamment dense pour que tout puisse
être vrai.
Être réaliste, c’est prendre les faits dans leur continuité, au-delà
des crises, même sérieuses. Nous avons cédé à la tentation pendant
la crise asiatique en 1997. Il en est de même pour les entreprises. La
société Galanz est devenue numéro un mondial du micro-onde en
moins de dix ans, mais elle n’a pas réussi à reproduire cet « exploit »
2 © Groupe EyrollesAVERTISSEMENT
dans la climatisation malgré ses ambitions. Or, il arrive souvent que
les difficultés de Galanz dans la climatisation déprécient aux yeux des
observateurs les résultats antérieurs.
Être réaliste, c’est aussi procéder à la sélection des exemples sur
la base de leur représentativité même quand ils semblent dater. La
téléphonie mobile est caractéristique d’une façon particulière de
trouver la portance des marchés. Wahaha, le turbulent partenaire de
Danone, a adopté sensiblement la même approche pour conquérir les
campagnes sans avoir à affronter une concurrence frontale avec les
deux géants du secteur. L’automobile va connaître sans doute le même
type de mouvements. Les difficultés actuelles des joint-ventures
sinoétrangères sont en grande partie identiques à celles rencontrées par
Shanghai Volkswagen dans les années 1980.
Enfin, premier paradoxe, être réaliste, c’est aussi éviter une
information qui ne date parfois que de six mois. Les changements
sont en effet parfois si rapides, les émergences si soudaines que la
vigilance est de mise. Par exemple dans l’énergie solaire, un article du
Wall Street Journal évoquait en avril 2007 « ces entreprises sorties de
nulle part » à propos des Suntech, Trinasolar ou Solarfun, introduites
au Nasdaq ou à la Bourse de New York quelques années à peine après
leur création.
Facile, difficile ?
Je ne défends l’idée ni d’un miracle, ni d’un désastre chinois à venir.
Il n’empêche qu’il existe un questionnement récurrent à propos des
entreprises chinoises : il aurait été facile pour elles d’émerger pour un
faisceau de raisons convergentes, allant de l’opportunité des marchés
à la protection de l’État. Je préfère penser que cela leur a été
différemment facile et difficile, suivant la période considérée ou le type
d’entreprise. Peut-être aussi, est-ce tout simplement différemment perçu.
Dans ce cas, le questionnement ne renvoie plus aux Chinois, mais
nous renvoie à nous-mêmes : « Miroir, joli miroir, dis-moi que je suis
la plus belle ».
© Groupe Eyrolles 3METTEZ DU CHAT DANS VOTRE MANAGEMENT
Le parti pris des idéogrammes
Ce dernier avertissement porte sur un parti pris de style : l’emploi de
la transcription en pinyin des idéogrammes en lieu et place de leur
traduction, notamment dans certains titres comme « Les dangers de
l’expansion yang à outrance ». Le yang () se réfère certes au principe
masculin, au soleil, au mouvement d’extériorisation, à l’élan créatif,
mais il a besoin de son complément le yin (Ò), principe féminin,
lune, intériorisation, élan réceptif – pour prendre tout son sens.
Plu1sieurs lectures du Yi Jing, Le livre des changements ne suffiront pas.
Je suis consciente de l’effort que cela représente pour les non-sinisants,
à la fois de compréhension immédiate et de mémorisation, mais cet
effort s’avérera payant. En effet, la traduction prive l’idéogramme de
toute la richesse de son sens, et peut même aller jusqu’à induire une
telle distorsion du message que l’ensemble risque de perdre tout son
sens. De plus, internaliser le sens de l’idéogramme et le faire vivre au
rythme des idées qui l’animent élargit le champ des possibles dans
des proportions insoupçonnées.
1. Javary C., Faure P. Yi Jing. Le livre des changements, Albin Michel, 2002.
4 © Groupe EyrollesPRÉFACE
Lorsque nous avons décidé de consacrer, sur BFM, une émission
hebdomadaire à la Chine, certains me demandaient à l’époque si, de
semaine en semaine, les sujets n’allaient pas s’assécher. Nous étions alors
en 2004… Erik Israelewicz découvrait au pied de son sapin, un Noël
made in China et entamait sa propre réflexion : le plus grand marché
du monde bouleverserait nos habitudes, changerait la donne de notre
capitalisme, quelquefois languissant.
Rapidement s’est imposée une seconde nécessité : le manichéisme des
propos sur la Chine faussait jour après jour notre vision. Semblables
à la fameuse grenouille chinoise au fond du puits qui n’aperçoit qu’un
morceau du ciel, nous avions oublié qu’il n’existe pas une seule Chine,
mais bien plutôt trente, comme aiment à le dire les Taïwanais.
C’est donc pour offrir une vision « au plus près » à nos auditeurs, que
Sophie Faure vient, chaque semaine, nous conter la saga des
entreprises chinoises, telles qu’elles apparaissent dans leur crudité, et leur
diversité : tycoons et usines à sueur, start-up familiales ou groupes
pachydermiques gérés par l’État… Une leçon de management, déjà,
sans jamais renier les qualités de notre vieille Europe mais qui incite
à porter son regard, vers un horizon qu’il n’est plus possible
d’ignorer.
D’aucuns trouveront la métaphore du chat chinois un brin
iconoclaste. Il me semble qu’elle nous permet justement de renverser le
miroir, et d’interroger nos propres modes de fonctionnement. Pour
filer un brin la métaphore, les chats baudelairiens à la fourrure
luxu© Groupe Eyrolles 5METTEZ DU CHAT DANS VOTRE MANAGEMENT
riante que nous sommes devenus, ne peuvent qu’être interpellés par
le chat chinois affamé et véloce tel qu’il est décrit ici, dans ses
différentes stratégies à l’assaut du Vieux Monde.
Je n’oublie pas, cependant, que beaucoup voient déjà la prochaine
crise se lever à l’Est. Certes, il n’y a pas loin du Colisée à la roche
Tarpéienne, quand les soubassements du miracle économique chinois
sont faits du matériau dont naissent les meilleures révolutions :
corruption et inégalités sociales. Mais la Chine nous suprend jour après
jour, avance bien plus vite que nos stéréotypes et nos clichés, sur cet
« Autre » économique, dans toute son altérité.
Comment ignorer cette richesse foisonnante, qui vient enrichir nos
propres valeurs : ne sommes-nous pas, pour les Chinois, le pays de la
méthode… référence au trop oublié René Descartes ?
Deviendronsnous des chats cartésiens ?
Alain Weill
PDG fondateur du groupe NextRadioTV
(BFMTV, BFM, RMC)
6 © Groupe EyrollesIntroduction
Les mouvements du chat
Il y a quelque chose de fascinant dans l’allure du chat. Félin, il se
faufile partout et on ne l’entend guère arriver. Véloce et agile, pourvu
d’un sens de l’équilibre et d’une extraordinaire capacité à mouvoir
son corps, quand il saute, il se rétablit sur ses pattes et survit à presque
toute chute, même de grande hauteur.
Regardons maintenant les Chinois évoluer : l’image du chat s’impose
à l’esprit. Leur présence sur la scène mondiale est un fait aujourd’hui,
mais tout se passe comme si nous ne les avions pas vraiment vus
arriver. Quant à leurs attitudes en matière de business, elles nous
surprennent aussi : les entreprises chinoises bougent, vite, très vite, trop
parfois à notre goût, voire « sautent »… et se relèvent.
Examinons les impératifs du business d’aujourd’hui et ses exigences.
L’image du chat qui saute, de grande hauteur, se retourne et (on
l’espère) rebondit contre toute attente semble tout à fait pertinente.
Chat, Chine, monde, les trois axes du raisonnement sont posés.
Le chat possède certaines qualités que nous pouvons d’autant plus lui
envier que le monde d’aujourd’hui – fait d’incertitudes, d’instabilité,
de non-linéarité voire de ruptures, d’accélération du temps, de
concurrence multiforme et émergente, de complexité – nous impose de
sauter (malgré les nombreux comités de management ou de maîtrise des
risques), sans savoir bien où (ni d’où d’ailleurs, malgré les business
© Groupe Eyrolles 7METTEZ DU CHAT DANS VOTRE MANAGEMENT
plans les plus détaillés), de bouger sans repos, de nous relever des
difficultés (qui ne manquent pas) et de continuer à avancer.
Les Chinois, en la matière, semblent posséder quelques-unes de ces
qualités du chat indispensables dans le monde d’aujourd’hui.
Du chat à la Chine, de la Chine au monde
1L’analyse de l’un des aspects du comportement des acteurs
économiques chinois permettra, face à la compétition chinoise actuelle, de
mieux comprendre, au-delà des stéréotypes, certaines des forces et
faiblesses de ceux qui sont devenus des concurrents-partenaires
incontournables. J’étudierai en particulier les attitudes liées à la capacité
féline décrite ci-dessus, ce qui nous permettra de mieux nous
positionner en regard de nos propres forces et faiblesses.
Plus généralement, et au-delà du cas chinois, nous revisiterons nos
réactions face à l’incertitude, à l’inconnu ou aux infinies variabilités
du réel. La métaphore du chat servira ainsi de base à une réflexion sur
les compétences nécessaires imposées par les évolutions de
l’environnement des affaires, aujourd’hui et demain, pour revenir à quelques
attitudes simples et utiles dans le monde actuel, dans lequel il est
préférable de se comporter en chat plutôt qu’en éléphant…
Aux trois axes du raisonnement correspondent ainsi trois objectifs :
mieux comprendre l’entrepreneuriat chinois au travers de la
métaphore du chat et, en corollaire, revisiter notre façon de vivre chat, en
Chine comme dans le monde d’aujourd’hui.
La première partie « Saut du chat et entrepreneuriat chinois » décrira
ainsi de façon factuelle et analytique les spécificités de
l’entrepreneuriat chinois au travers de la métaphore du chat, autour des trois
grandes entrées clés. Nous verrons ainsi le chat chinois sauter, parfois
de très haut ; atterrir, parfois en se blessant, puis, contre toute attente,
se rétablir, se relever et avancer ; bouger, beaucoup.
1. Cf. l’avertissement sur l’hétérogénéité chinoise et la gestion des paradoxes.
8 © Groupe EyrollesLES MOUVEMENTS DU CHAT
CHAT CHINE
Sauter
Atterir et se rétablir,
Se relever et avancer
Bouger
MONDE
• Sauter : cette dimension nous renverra à nos motivations
profondes ainsi qu’à notre rapport à l’inconnu et aux réactions que ce
même inconnu déclenche : avoir peur (du vide, de la hauteur, de
mourir) ou ressentir une certaine excitation, hésiter ou se lancer,
reculer ou sauter, sans ou sous conditions (après un savant calcul
entre la vitesse des vents, le poids de celui qui saute, etc., un
comité de pilotage pour la décision et la nomination des désignés
volontaires et des parachutes achetés après appel d’offres) ;
maîtriser les zones d’incertitude, manager les risques, donner de la liberté
au système ou encore s’autoriser plus de liberté.
• Atterrir et se rétablir, se relever et repartir : « L’expérience, ce
n’est pas ce qui arrive à quelqu’un, mais ce que fait quelqu’un avec
ce qui lui arrive » affirme Aldous Huxley. En tout état de cause,
et partant de l’hypothèse que la vie est loin d’être un long fleuve
tranquille, ce dernier axe de réflexion correspond à une compétence
des plus utiles. Savoir amortir le choc et développer un sens de
l’équilibre ; regarder devant au lieu de s’attarder sur ce qui aurait
dû ou pu être ; surmonter l’épreuve ou la laisser nous entraîner au
fond de la piscine.
© Groupe Eyrolles 9METTEZ DU CHAT DANS VOTRE MANAGEMENT
• Bouger : c’est notamment parce que le chat se retourne pendant
la chute qu’il retombe sur ses pattes, tandis que l’homme, en
général, chute de façon désordonnée et incontrôlée, sans parler de la
différence de chute entre un homme jeune et un plus âgé. Seront
donc visées plasticité mentale, flexibilité et agilité
organisationnelle et vélocité du tout, hommes – organisation – environnement.
Cet aspect sera au cœur de l’ouvrage.
Par souci de simplicité et pour éviter les redondances, j’ai procédé à
des choix de répartition des éléments de la métaphore dans des
chapitres distincts. Dans cette partie, les informations seront denses.
Dans « Bouger », par exemple, se côtoieront les idées de fluidité, de
souplesse, d’agilité, de vélocité, de plasticité, de flexibilité, de
synchronie. Ces idées, à la fois proches et éloignées, contribuent par les
nuances qu’elles apportent à faire sentir « la densité d’un pays sous la
poussée de ces dix mille ans », pour reprendre les mots de Segalen.
Pour chacun des trois chapitres, elles seront donc rassemblées en
nuage sur la page de garde. La Chine comme le monde d’aujourd’hui
ne s’accommode pas de visions simplificatrices et demande de la
nuance.
En cohérence avec les objectifs de l’ouvrage, je proposerai alors une
trame d’autodiagnostic de nos propres modes de fonctionnement à la
lumière de ceux des entrepreneurs chinois. Que veut dire par exemple
sauter pour un entrepreneur chinois ? Sur ce thème, auront été abordés
le rapport au risque, le sens du jeu et l’instinct chasseur.
Sommesnous déstabilisés ou non ? Saurions-nous adapter nos modes de
fonctionnement pour que la rencontre soit plus fluide ? D’objectif, la
Chine passe en réalité progressivement prétexte à la réflexion.
Ce livre repose sur le présupposé que nous pouvons apprendre de la
Chine. S’inspirer du chat chinois pour le monde d’aujourd’hui
conduira à réaliser un focus sur le mouvement, objet de la seconde
partie « Oser le mouvement ». J’émets en effet la double hypothèse
suivante :
• La dynamique du mouvement est déterminante dans l’issue
positive du saut.
10 © Groupe EyrollesLES MOUVEMENTS DU CHAT
• Elle représente un élément différenciant majeur de la culture
chinoise, conférant à ce jour, un avantage compétitif potentiel
important aux entrepreneurs chinois, indépendamment du monde
chinois.
Il ne s’agira donc bien sûr pas de n’importe quel mouvement : la
culture chinoise et le comportement des acteurs économiques chinois
ouvrent des perspectives intéressantes, sources de renouvellement,
dans leurs aspects positifs comme négatifs.
L’observation du chat chinois dans ses côtés parfois excessifs et
chaotiques, en décalage avec la métaphore du chat dans toute sa fluidité
et la culture chinoise dans sa puissante sagesse, m’amènera à souligner
deux enseignements clés de cet ouvrage qui dépassent le seul cas
chinois :
• Aucun mouvement ne peut s’envisager seulement dans le sens
d’une expansion. Il y a du danger à ne concevoir la vie de
l’entreprise que sous cet angle.
• Harmonie et calme dans le mouvement peuvent contribuer à une
efficacité supérieure.
« Oser le mouvement », le titre de cette partie peut paraître un peu
provocateur. Sous-entendrait-il que nous n’osons pas, ou plus ?
Peutêtre, mais la provocation n’est pas son principal objet. Il est formulé
comme tel pour nous rappeler combien nous risquons de sous-estimer
le « saut » que demande ce mouvement inspiré d’un autre fonds
philosophique que celui dont est issu le management. Cette partie
s’articule autour d’idées en porte-à-faux total avec certains présupposés
d’efficacité, ce qui pourrait nous conduire à un changement profond
de paradigme.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce livre porte à la fois sur une clarification de certaines spécificités du
management chinois, et sur le management de soi-même ; il
intéressera donc toute personne en relation avec la Chine, désirant mieux
comprendre cet aspect de la culture des entrepreneurs chinois.
© Groupe Eyrolles 11