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Sociologie du camion

De
161 pages
Le camion est un aspect essentiel de la vie sociale du Nordeste brésilien. Cet essai parfaitement documenté étudie le véhicule (mais aussi son chauffeur), les inscriptions sur les pare-chocs et sur la carrosserie, son importance pour des usages variés : liaison entre les villes et villages isolés du Sertao, transport des pèlerins, de l'eau...L'ouvrage analyse des problèmes économiques liés au véhicule, du transport des travailleurs dépendants à celui des migrants vers le mirage d'un Brésil moins pauvre.
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SOCIOLOGIE DU CAMION

Le camion et son chauffeur au Brésil

Collection Recherches -Amériques latines dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin
Dernières parutions
HERZOG Tamar, Rendre la justice à Quito, 1650-1750, 200l. HOSSARD Nicolas, Aimé Bonpland, 1773-1858, médecin, naturaliste, explorataur en Amérique du Sud, 2001. FERNANDES Carla, Augusto Roa Bastos Écriture et oralité, 2001. DUROUSSET Éric, À qui profitent les actions de développement? La parole confisquée des petits paysans (Nordeste, Brésil), 2001. GRUNBERG Bernard, Dictionnaire des Conquistadores de Mexico, 2001. ODGERS Olga, 1dentités frontalières, immigrés mexicains aux Etats-Unis, 200 1. SALAZAR-SOLER Carmen, Anthropologie des mineurs des Andes, 2002. PERISSA T Karine, Lima fête ses rois, 2002. ROUJOL-PEREZ Guylaine, Journal d'une adoption en Colombie, 2002 DEBS Sylvie, Cinéma et littérature au Brésil, 2002. LAMMEL Annamaria et Jesus RUV ALCA MERCADO, Adaptation, violence et révolte au Mexique, 2002. MINGUET Charles, Alexandre de Humboldt, 2003. PEREZ-SILLER Javier, L'hégémonie des financiers au Mexique sous le Porfiriat, 2003. DEL POZO-VERGNES Ethel, Société, bergers et changements au Pérou. De l'hacienda à la mondialisation, 2003. PEUZIA T Ingrid, Chili: les gitans de la mer. Pêche nomade et colonisation en Patagonie insulaire, 2003. ROLLAND D., MA TTOSO K., MUZART L, Le Noir et la culture africaine au Brésil, 2003. W AL TER Doris, La domestication de la nature dans les Andes péruviennes, 2003. Michèle GUICHARNAUD-TOLLIS (éd.), Caraïbes. Eléments pour une histoire de ports, 2003 (ouvrage en espagnol). Michèle GUICHARNAUD-TOLLIS (éd.), Les ports dans l'espace caraibe, réalités et imaginaire, 2003. Pierre RAGON, Les saints et les images du Mexique (XVI-XVIIIe siècle), 2003.

MARCOS VINICIOS VILAÇA

SOCIOLOGIE DU CAMION
Le camion et son chauffeur au Brésil

Traduit du portugais (Brésil) par Monique Le Moing

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5205-5

Pour Maria do Carma, avec mon attachement indéfectible

À la mémoire de : Marcantonio, man fils, Vytoria, ma petite-fille Gilberta Freyre, man ami
Bienvenue à Otaviano Vilaça, mon petit-fils cadet

En honneur des estimés:
José Sarney Maurice Druon Monique Le Moing Paulo Meirelles Paulo Uchoa Ribeiro Filho Roberto Cavalcanti de Albuquerque Avec mes remerciements

à Sergio Almeida et à son équipe admirable

L'auteur remercie, pour leur collaboration à cette édition:

Ivanildo Sampaio, Luiz Henrique Pochyly da Costa, Roberto Cavalcanti de Albuquerque, Ricardo André Silva, Sérgio Borges, Wanessa Campos.

Le long des longues routes je demeure et parfois je pleure (légende de camion)

«J'ai libéré mon cheval J'ai quitté la plantation J'ai même été soldat Aujourd'huij'ai d'la séduction Je suis chauffeur de camion. Amour pour une belle fille Respect pour le sens unique Je prends toujours le bon chemin En ville et dans le sertao Rire franc, cœur sur la main Je suis chauffeur de camion.

Geraldo Vandré et Hilton Accioli

Préface

Le carnion, la circulation des idées et le pouvoir des coronéis au Nordeste Aftânio GARCIA Jrt.

I

- Le camion,

vecteur du changement social?

La parution en français de ce livre, sur la sociologie du camion au Nordeste du Brésil, suscitera un intérêt certain chez tous ceux qui, à l'heure actuelle, se doutent bien que la compréhension des processus désignés par le mot de "mondialisation", en particulier en Asie, en Afrique ou en Amérique Latine, exige que l'étude de la transformation des pouvoirs traditionnels ne soit pas limitée au constat de l'expansion de l'économie de marché et de l'imposition de constitutions républicaines calquées sur les paradigmes européens ou nord-américains. L'évolution vers l'organisation démocratique de l'espace public suppose toujours le jeu de forces présentes au sein des pouvoirs traditionnels. Cette édition fait suite à la publication de Pouvoir et domination au Nordeste du Brésil l'année dernière; ces deux titres complémentaires ont marqué les débuts de la carrière de Marcos Vinicios Vilaça en tant que sociologue, rédigés en
I Anthropologue, maître de conférences à l'EHESS Centre de Recherches sur le Brésil Contemporain. et co-directeur du

tant

que

chercheur

de l'Institut

Joaquim Nabuco

de

Recherches Sociales (IJNPS), créé par Gilberto Freyre - à qui ce livre est dédié - à Recife. Ils témoignent de la vigueur et de
la fécondité des débats intellectuels et scientifiques dans cette sorte de "capitale du Nordeste" au début des années 602, quand le Brésil cherchait sa voie comme puissance émergeante en Amérique du Sud. L'ordre de parution en langue :fTançaiseinverse la chronologie originale: Sociologie du camion a été publié en 1961, tandis que l'original brésilien de Pouvoir et domination (Coronel, Coronéis) date de 1965, ce dernier travail ayant été rédigé en collaboration avec l'économiste Roberto Cavalcanti de Albuquerque. Ces deux écrits sont les résultats des enquêtes menées avant le coup d'État militaire d'avril 1964 visant à comprendre les profondes transformations en cours au Nordeste du Brésil, notamment celles liées aux bouleversements des structures de pouvoir traditionnelles et des catégories de pensées qui fondent leur existence (ou les modifications des attitudes et des mentalités, pour garder la terminologie de cette époque). Les deux ouvrages portent la marque des débats à propos de l'avenir de la Nation, quand
2 Les livres autobiographiques de Celso Furtado (C. Furtado, 1985 et 1989), économiste responsable de la création de l'agence de promotion de l'industrialisation régionale - la SUDENE - et du premier plan de développement national, montrent bien comment la ville de Recife était devenue un des principaux pôles du débat intellectuel et politique brésilien entre 1959 et 1964. À cette époque, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir privilégièrent cette ville comme un des lieux de discussion de leur pensée en Amérique du Sud. Furtado fait remarquer encore, basé sur les données d'un auteur américain, que Recife a connu la plus grande concentration de fonctionnaires et de jeunes coopérants des États-Unis d'Amérique de tout l'hémisphère sud. Après les affiontements à Cuba, le Nordeste du sucre nourrissait bien des phantasmes dans un espace international marqué par la guerre ttoide. Sur la créativité des stratégies mises en route par la SUDENE, voir encore le livre d'Albert Hirschman, Journeys Toward Progress: Studies of Economics Policy-Making in Latin America, Twentieth Century Fund, 1963. 12

les mots de "développement" ou de "modernisation" polarisaient les tenants du développement auto centré dans un cadre démocratique (cf. Celso Furtado, 1962 ;1964) et ceux prônant la modernisation sous l'hégémonie américaine, parmi lesquels on comptait les apôtres de l'implantation d'un régime autoritaire où l'Armée s'est arrogée la condition de gardien unique du sacré nationa13. La diversité des espoirs dans les modifications en cours, les fortes tensions entre les différents personnages sociaux et politiques, se lisent à chaque chapitre. Les analyses sociologiques non déterministes sont le pendant d'un temps où l'espace de futurs possibles semblait particulièrement ouvert. Il faut remarquer que les deux écrits affichent d'une façon résolue l'option pour une sociologie empirique, où les analyses proposées se fondent sur l'examen des documents, sur l'observation des situations décrites, sur des entretiens, des statistiques, des recueils de lois et des dossiers de presse.
3

Le politologue uruguayen René Dreyfuss (1981) a réalisé la meilleure

étude sociologique sur les acteurs cherchant à écarter le président Joao Goulart, sous la menace d'un déclenchement d'une guerre civile, à l'initiative de généraux et des gradés des Forces Armées. Il démontre, à travers le dépouillement des archives d'un institut (IPES) financé par le

gouvernement nord-américain, que les différents acteurs

~

officiers

militaires, haut clergé catholique, juristes, magistrats, économistes, industriels, grands propriétaires terriens, banquiers, commerçants,

journalistes - n'ont fait bloc que face à l'évolution du champ politique au
moment du débat sur les réformes de l'État comme la réforme agraire, la loi de contrôle de la circulation des flux de capitaux étrangers, la réforme du système bancaire, etc. La diversité des agents, ayant joué un rôle décisif dans le succès du putsch militaire, tenait autant à la différence des modes d'acquisition et au volume des capitaux possédés (capitaux économiques, politiques, intellectuels, notoriété sociale) par les individus qu'à la variation des perspectives idéologiques et à la filiation partisane. Quinze

re ans après la chasse aux sorcières,Celso Furtado (1985 [1 édition 1979])a rédigé le témoignage de son étonnement lorsqu'il a appris - toujours à Recife - que son nom figurait dans la liste des dix premières personnes qui

ont été déchues de leurs droits politiques. 13

Barbosa Lima Sobrinho, homme politique et écrivain originaire de Pernambuco, à juste titre érigé en réserve morale de la Nation4, auteur de la préface de l'édition brésilienne de 1969, souligne l'inspiration commune des deux livres présentés comme des monographies qualifiées de : «modèles d'observation et de réalisme, dotés d'un sens de vérité qui résiste à d'autres pressions, pour demeurer sincères et exactes comme un témoignage qui honore et dignifie ses auteurs» (p. 12). Néanmoins le lecteur des deux ouvrages vérifiera que Pouvoir et domination est basé sur un spectre plus large d'instruments d'enquête sociologique comme des entretiens approfondis, des descriptions ethnographiques des espaces de pouvoir, l'inscription précise des individus dans l'espace social, tandis que Sociologie du camion fait une large place à l'observation des objets, au recueil des lois, aux statistiques et dossiers de presse. Sans doute la succession des enquêtes dans le temps aide à comprendre l'exhibition plus complète des outils du métier de sociologue dans l'ouvrage consacré aux "coronéis", où des êtres en chair et en os permettent de mieux saisir l'étude des actions politiques et des visions du monde qui les informent. En effet, la condition de chercheur de l'Institut Joaquim Nabuco de Recherches Sociales (IJNPS) n'est
4

La restauration des libertés démocratiques, après 21 ans de dictature militaire (1964-1985), a exigé le combat tenace de certains hommes politiques et journalistes à côté de mobilisations des différents secteurs des classes populaires et d'intellectuels. Barbosa Lima Sobrinho autant comme président de l'ABI (Association Brésilienne de Presse), de 1978 jusqu'à la fin du régime militaire que comme candidat d'opposition à la viceprésidence de la République sous la dictature, ou encore par l'usage de son passé comme gage de son opinion courageuse pour ouvrir les débats, est devenu un symbole d'une carrière marquée par la dignité et l'ouverture d'esprit dans J'espace politique. Lorsque la mobilisation populaire exigea le départ du président Fernando Co11orde Mello soupçonné de corruption (1992), premier mandataire élu par le vote direct après les militaires, seulement deux signatures furent apposées sur la pétition demandant l'impeachment. L'une d'entre elles fut celle de Barbosa Lima Sobrinho. 14

sûrement pas étrangère à l'importance accordée au matériel empirique et aux problématiques considérées comme pertinentes. La publication de Maîtres et esclaves par Gilberto Freyre en 1933 a certainement contribué à l'abandon progressif de la question de l'infériorité d'un peuple de métis au profit de l'image d'une nation jeune, marquée par un lourd passé associé à l'esclavage, mais porteuse d'avenir; ceci lui a assuré une position dominante au sein de la sociologie brésilienne jusqu'aux années 50, quand la sociologie pratiquée à l'Université de Sào Paulo est venue lui faire concurrence. L'apport principal de Freyre, est lié à l'étude de la matrice sociale du métissage au Brésil, à l'examen de la polygamie des patriarches blancs qui avaient de nombreux enfants issus non seulement de leurs mariages avec des épouses blanches, mais aussi de leurs liaisons avec des femmes noires, amérindiennes ou métisses, placées dans des conditions subalternes par les liens de l'esclavage. La recréation de la hiérarchie sociale dans l'univers des plantations s'inscrivait dans l'exercice de la sexualité sous l'esclavage, et les modalités d'alliance et de filiation établies par les patriarches blancs donnaient un profil spécifique à l'organisation sociale de la colonie et de l'Empire brésiliens et à la "psychologie intime" des populations ainsi engendrées. L'idée centrale de la monographie de Marcos Vilaça sur le camion, comme agent du changement social, ne fait pas référence explicite à la position intermédiaire des chauffeurs vis-à-vis des descendants des maîtres et des descendants d'esclaves. Cependant les camionneurs sont analysés comme des éléments externes aux sociétés rurales et porteurs de nouveautés; cette hypothèse est parfaitement compatible avec la tendance à la recréation de la hiérarchie issue de la matrice patriarcale étudiée par Freyre en l'absence de facteurs exogènes. À noter que le texte de Marcos Vilaça privilégie la circulation des personnes et la circulation des idées, ce qui l'écarte du paradigme marxiste conférant la primauté aux rapports de production, mais aussi d'un certain 15

« écononnClsme» des apôtres de l'économie de marché qui n'ont de regards que pour la circulation de marchandises. Sa méthode lui ouvre bien des perspectives pour tenter de rendre raison d'interactions sociales très diverses; mais la focalisation de l'enquête sur l'objet, le camion en tant que nouveauté, le rend parfois tributaire d'un biais de la sociologie de l'innovation technique: l'intérêt presque exclusif porté à tout ce qu'on peut dire au sujet de l'objet novateur. L'objet qui introduit la nouveauté technologique attire une telle attention que les relations sociales construites

ou recréées, grâce à l'usage de cet objet - comme le camion-,
risquent de disparaître du champ analytique. Si ce danger est minimisé dans cette analyse c'est que Marcos Vilaça hérite encore des problématiques et traditions de travail de terrain forgées dans l'IJNPS par les monographies de géographie régionale, comme les remarquables études de 1957 dirigées par Gilberto Osorio de Andrade, Manoel Correia de Andrade et Mârio Lacerda de Melos. L'attention fIxée sur les moyens de transport sur lesquels s'échafaudent tous les réseaux commerciaux permet de démontrer le rôle central des "fleuves du sucre" pour assurer les communications entre les moulins à sucre de l'intérieur et Olinda et Recife comme ports d'exportation. Les divers changements des voies navigables ou des routes et chemins permettant d'y accéder sont directement liés à l'essor ou au déclin de certaines plantations, à la croissance des hameaux, des villages ou des villes, ou bien à leur dépeuplement. La sociologie du camion fIgure donc comme une des modalités de l'interrogation sur la portée des moyens de transport et de communication pour les dynamiques d'expansion ou de rétraction des formations sociales.
5

Il s'agit des quatre publications,éditéespar l'Institut JoaquimNabuco de

Pesquisas Sociais, intitulées Os Rios-de-açucar do Nordeste Oriental, de 1957, à la suite des travaux de terrain promus par l'Association des Géographes de Pernambuco. 16