//img.uscri.be/pth/21470c9e27fd1d1161390ffe8a2485e99097b334
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,50 €

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Tourisme durable : utopie ou réalité ?

De
220 pages
Le tourisme durable, prolongement du développement durable, appliqué au secteur touristique, est devenu un concept florissant au même titre que l'écotourisme, les tourismes solidaire, équitable, éthique ou responsable. Mais que cache ce vocable, auquel commencent à s'intéresser certains médias s'adressant au grand public ? Cet ouvrage constitue une première réflexion globale sur l'implication de tout acte d'achat relatif au tourisme et propose une nouvelle façon de voyager.
Voir plus Voir moins

TOURISME DURABLE: UTOPIE OU RÉALITÉ?
Comment identifier les voyageurset voyagisteséco-responsables?

Tourismes et Sociétés

Collection dirigée par Franck Michel
Déjà parus

D. FASQUELLE et H. DEPERNE (dir.), Le tourisme durable, 2007. J.-M. FURT & F. MICHEL (dir.), L'identité au cœur du voyage (Tourismes & identités 2), 2007. KIBICHO W., Tourisme en pays maasaï (Kenya): de la destruction sociale au développement durable? ,2007. CACCOMO J.-L. et SOLONANDRASANA B., L'innovation dans l'industrie touristique, 2006. J.-M. FURT & F. MICHEL (dir.), Tourismes & identités, 2006. J.-M. DEW AILL Y, Tourisme et géographie, entre pérégrinité et chaos?, 2006. R.AMIROU, P. BACHIMON, J.-M. DEW AILL Y, J. MALEZIEUX (dir.), Tourisme et souci de l'autre. En hommage à Georges CAZES, 2005. A. VOLLE, Quand les Mapuche optent pour le tourisme, 2005. O. GUILLARD, Le risque voyage, 2005. J.SPINDLER (dir.) avec la collaboration de H. DURAND, Le tourisme au U siècle, 2003. J. CHAUVIN, Le tourisme social et associatif en France, 2002. F. MICHEL, En route pour l'Asie. Le rêve oriental chez les colonisateurs, les aventuriers et les touristes occidentaux, 2001. J .L. CACCOMO, B. SOLONANDRASANA, L'innovation dans l'industrie touristique, 2001. N. RAYMOND, Le tourisme au Pérou, 2001. GIREST (Groupement Interdisciplinaire de Recherche En Sport et Tourisme), Le tourisme industriel: le tourisme du savoirfaire ?, 2001. R. AMIROU, P. BACHIMON (ed.), Le tourisme local, 2000. G. CAZES et F. POTIER, Le tourisme et la ville: expériences européennes, 1998. P. CUVELIER, Anciennes et nouvelles formes de tourisme. Une approche socio-économique, 1998. G. CLASTRES, Tourismes ethnique en ombres chinoises. La

province du Guizhou, 1998.

Jean

-

Pierre LAM! C

TOURISME
Comment

DURABLE:

UTOPIE OU RÉALITÉ?

identifier les voyageurs et voyagistes éco-responsables ?

L'Harmattan

cg L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05415-8 EAN : 9782296054158

REMERCIEMENTS

Je tiens à témoigner de ma gratitude à l'égard de tous ceux, qui d'une manière ou d'une autre, par l'information, la réflexion, ou leur aide, m'ont permis de conduire ce travail jusqu'à son terme, et ce, depuis 25 ans! La liste ne pourra donc être exhaustive, d'aucune manière. Beaucoup d'anonymes du monde entier y ont largement contribué, et parmi eux, plus particulièrement: Armando, Pedro, Ruben, Yquira, Mireya, Teresa, Jesus (Cuba), Tomas, Sergio, Moïses (Mexique), Fasil, Arif, Mustafa, et Selatin, mon ami syrien (Turquie), Mohammed (Maroc), Francesco, Natale, Ugo et Tizziana (Italie), Giovanni, Fabbio, et Eduardo (Sicile), Elena et Yannis (Grèce).. . J'ai oublié les noms au fil des ans de mes amis corses, crétois, croates, slovènes, kurdes, berbères, toradjas, huaoranis, otavaleiios, zapotèques, ou colombiens. . . avec qui nous avons partagé pourtant des moments ayant marqué ma mémoire à tout jamais. Qu'ils me pardonnent, et sachent que le temps n'effacera pas le plus important: ma reconnaissance à l'égard de leur magnifique hospitalité. Ce livre repose pour partie sur les réflexions des personnes citées dans la rubrique publications,véritables pionniers de la problématique traitée. La mienne s'est nourrie de leur travail auquel je tiens à rendre hommage. Je tiens à remercier Carole, Adrien et Lucas, qui m'ont donné l'énergie de me lancer dans ce projet, même si leur soutien m'a véritablement fait défaut en fin de parcours. . . Mes chaleureux remerciements s'adressent également à tous cru en la faisabilité du projet souvent plus fort que particulièrement Corinne, et Grégorie et ceux, nombreux, qui Que ces derniers soient assurés de ma reconnaissance, même pour diverses raisons, tous les citer ici. mes amis qui ont moi-même, plus l'ont soutenu. si je ne peux pas,

Enfin, ce livre n'aurait jamais existé sans l'aide précieuse d'Hélène

Streiff.

PRÉFACE Aujourd'hui, nous disposons de théories relatives au tourisme durable ou responsable, mais ce qui manque le plus cruellement est une réflexion de référence autour de laquelle articuler un voyage se voulant respectueux de l'environnement, des territoires utilisés et des populations locales, avec toutes les implications que cela suppose. De cette constatation est née ce livre. Ce qui manque encore plus est une réelle volonté de privilégier le résultat (la durabilité) à toute autre forme de considération, particulièrement celle qui relève d'une économie vue sur le court terme. Seule une entente entre tous les acteurs peut mener au résultat escompté. Il sera impossible de rendre le tourisme durable tant que les voyagistes se livreront une concurrence acharnée abaissant les prix au détriment de la qualité et que le consommateur sera à la recherche perpétuelle du meilleur coût par exemple. Le consommateur est lui aussi un acteur et pour le moment il est de loin le moins impliqué par le tourisme durable, principalement en raison du manque d'informations objectives dont il dispose et non par absence d'envie. Cet ouvrage a donc pour objet de montrer où sont les véritables enjeux et tenter ce faisant d'impliquer un plus grand nombre de consommateurs et de voyageurs dans une démarche responsable. il s'agit de donner les clefs d'une réflexion à ceux des voyageurs qui souhaitent participer par leur acte d'achat, non seulement à un voyage inoubliable, mais également à une démarche éthique dans la conception et la réalisation de ce dernier. En réveillant la conscience de tout un chacun, nous pourrons transformer un consommateur de voyages non averti en éco-voyageur, responsable de ses actes et heureux d'avoir réconcilié son envie d'exotisme et une pratique maîtrisée de son voyage. De l'autre côté de la barrière, des tour-opérateurs importants continuent à vendre les mêmes produits, notamment des voyages incentive(de stimulation) et du aIl inclusive(tout compris) depuis des années, sans se poser la question des implications de leurs actes sur le long terme, tandis que l'e-tourisme(vente de voyages sur Internet) et les low-costaffichent des bénéfices et taux de croissance records. Pourtant, tout comme un jour il faudra bien que l'on prenne les problèmes relatifs aux transports à bras le corps, ces voyagistes de l'économie à court terme devront inévitablement revoir leur mode de fonctionnement irresponsable voire suicidaire. À l'inverse d'autres voyagistes œuvrent sur le terrain du tourisme solidaire ou équitable en toute méconnaissance du grand public, confinés qu'ils sont dans un micromarché à peine rémunérateur. Entre ces deux dernières catégories se trouve un groupement de touropérateurs se proclamant ouvertement responsables, ce qui reste à démontrer à

ceuxqui comme moi ont vécu dans leurs entrailles, mais aussi et surtout au voyageur désireux de voyager autrement. Certains adoptent la mode du tourisme éthique, responsable ou durable, comme un nouveau moyen de vendre toujours plus des voyages à peine adaptés à cette nouvelle tendance. Qui sont les véritables voyagistes éco-responsables devient une question essentielle pour qui souhaite réellement devenir un voyageur éco-responsable. Il est par conséquent évident que tout voyageur motivé par le tourisme durable a en premier lieu le droit de déte.rminer ce qu'il achète. Pour ce faire, savoir identifier les différentes formes de tourisme permettra de mieux cerner les implications de terrain de chacune d'entre elles. Ceci relève tout simplement du devoir d'information. Il n'existe en effet pas un tourisme de masse, mais des tourismes de masse (une part se situe au cœur du voyage-aventure), répondant chacun à des attentes particulières de voyageurs, dont certaines ne peuvent être compatibles avec un tourisme se voulant durable. C'est pourquoi toute assertion concernant le tourismeou les touristesne peut être juste. Cette activité est l'une des plus complexes, comme l'est une typologie des voyageurs. Savoir reconnaître cette complexité serait déjà un énorme pas en direction d'un tourisme durable. Comprendre que le tourisme est composé de différents maillons reliés pour constituer une chaîne d'éléments dont chacun d'entre eux doit être pensé de manière responsable constituerait une autre avancée singulière. Aucun de ces maillons ne devrait s'appréhender de manière superficielle. Nous lisons souvent que le tourisme durable se doit de respecter les populations locales. Personne ne pourra dire le contraire. Mais qu'y a-t-il derrière cette assertion? Est-elle si simple pour se suffire à ellemême? Quelles sont les conséquences socioculturelles d'une rencontre impliquant un nanti et un démuni ? Quels sont les effets en retour sur le nanti lui-même? De la même manière on nous parle de respect de l'environnement. Certes. Mais l'écotourisme ne respecte-t-il pas déjà l'environnement depuis des décennies? Quant aux Parcs nationaux, ne sont-ils pas en pointe sur ces questions, notamment celle de l'accueil du public dans des espaces protégés? Des réintroductions d'espèces en voie de disparition telles que le bouquetin, la marmotte, le castor, le vautour fauve, le gypaète barbu, n'ont-elles pas été tentées et réussies pour le plus grand plaisir du touriste avide de beautés naturelles? Comment réduire les surfréquentations avérées, aussi bien au cœur de ces espaces protégés que dans la plupart des sites touristiques connus de la planète? Pourquoi n'entend-on jamais parler de capacité de charge d'un lieu, notion pourtant fondamentale à un tourisme éco-responsable ? 8

Et le tourisme d'aventure. Est-il devenu la panacée en matière de tourisme durable? Que signifient ces tennes employés à tour de bras sans que l'on sache précisément ce qu'ils dissimulent de réalités de terrain ou de dose de marketing: éthique, responsable, équitable, solidaire... ? Le tourisme durable représente-t-il un leurre ou une réalité viable d'un point de vue économique ? Voici présentées quelques-unes des questions dont certaines auront le goût du poil à gratter, qu'il conviendra de traiter dès lors que l'on parlera de tourisme durable. Enfin savoir quels sont les différents enjeux autour d'une labellisation des voyagistes éco-responsables est l'une des questions primordiales qu'il ne faudra pas galvauder si l'on veut qu'un jour de réelles pratiques responsables se généralisent au sein des tour-opérateurs. Cependant, n'oublions jamais que les deux tiers des déplacements existants sont le fait de voyageurs non encadrés et que bon nombre de dégradations passées leur sont dues. Cet ouvrage a donc modestement vocation à faire réfléchir tout un chacun sur ses propres actes et pratiques au seul bénéfice final de la santé de notre planète.

9

1ère

PARTIE COMPLEXE

LE TOURISME,

UNE ACTIVITÉ CHAPITRE l

PROBLÉMATIQUE

DU TOURISME ET DES LOISIRS

1 - Les loisirs Malgré les nombreuses disparités sociales révélées par un nombre important et croissant d'exclus, la France, cinquième pays le plus riche du monde (valeur absolue de son PNB global), se trouve depuis plusieurs années à un niveau où les besoins de subsistance sont couverts pour une large majorité de ses habitants. Cette assertion est corroborée par les chiffres suivants: 13 0/0 du revenu des ménages seulement est alloué à la nourriture (30 % dans les années 70).

Ce même pourcentage représente la part dévolue aux transports.
Les besoins relatifs à l'avoir et au confort, sont quasi saturés à l'exception du logement et des télécommunications pour lesquelles les firmes s'ingénient à créer sans cesse de nouveaux besoins, réels ou factices, et à les faire vendre au moyen d'une publicité de plus en plus agressive. Pour cette raison, la société française s'oriente davantage vers une demande de santé, de loisir, de culture; le mieux-être succède progressivement au plus-avoir; le mode de vie, la qualité de vie prennent un ascendant sur le niveau de vie. Les notions de confortet de bonheurn'ont jamais été aussi subjectives, chacun les définissant selon ses propres règles. On assiste à une mutation des valeurs sociales, notamment chez les jeunes. La priorité est donnée au loisir, aux rencontres, le travail devient de plus en plus secondaire. Cela repose parfois sur une certaine précarité de l'emploi, choisie ou non (travail à temps partiel, à durée déterminée, intermittent, intérimaire, saisonnier etc.). Les 35 heures ont donné du temps libre à une frange de la population, et une part de ce dernier est capitalisée pour multiplier les voyages à courte durée, ou s'octroyer des mini-vacances. Dorénavant une large part de citoyens se dégage pour la préférence d'une augmentation du temps libre plutôt qu'un accroissement des revenus (même si les résultats des dernières élections ont semblé démontrer le contraire). Il convient avant tout de profiter de la vie. Cependant cette évolution n'a été permise que par la réduction rapide au cours du XXe siècle de la durée du temps de travail. Le temps qui s'est trouvé ainsi libéré peut être employé aux activités de loisir et de tourisme même si une bonne part est, en fait, consacrée aux contraintes familiales et aux transports.

66 % des Français sont partis en vacances en 20041(pour des séjour d'au moins
quatre nuitées pour motif personnel), ce qui signifie que deux sur trois ont accès à une certaine fonne de vacances. Roger Sue2, distingue les fonctions p.rychologiques, ocialeset économiquesdu s loisir qui s'appliquent également au tourisme. Les fonctions psychologiques qu'il met en évidence sont: la détente, le divertissement, et le développement. La détente constitue souvent la principale composante du loisir moderne, mais n'est pas la plus épanouissante. C'est ici que se trouve principalement l'attrait pour la mer et la plage, glorifié par Ie célèbre sea, sex and sun. Le divertissement se caractérise par une recherche du plaisir, du bien-être, et rejoint la morale hédoniste. Activités culturelles et pratiques de loisirs sportifs se rejoignent pour être fréquemment associées. Le développement représente la plus ambitieuse et la plus compensatrice de ces trois fonctions par rapport au travail. Il se définit comme l'élargissement du champ d'intérêt d'un individu pour ce qui l'entoure et une recherche intellectuelle ou artistique. On trouvera ici les motivations pour des voyages à thèmes. C'est au sein de cette fonction développement et autour de la satisfaction intellectuelle que se crée actuellement une prise de conscience pour «voyager intelligent ou utile ». Le développement du tourisme durable doit donc s'appuyer largement sur cette fonction psychologique. Voyager éthique ou de manière responsable ne constitue pas seulement un bienfait pour les populations concernées. On le voit, il s'agit également de satisfaire son propre développement personnel, essentiellement intellectuel. Parmi les fonctions sociales du loisir, Roger Sue distingue les fonctions de socialisation symbolique et thérapeutique. Le loisir agit en effet comme moyen de reconnaissance, notamment par l'appartenance à un groupe d'individus ayant les mêmes centres d'intérêts. Contrairement au travail, qui n'intègre pas nécessairement les personnes au milieu dans lequel il se déroule, le loisir joue à plein ce facteur d'intégration. De ce fait son rôle est essentiel à nos sociétés, puisqu'il prend le relais des valeurs traditionnelles et religieuses quelque peu délitées. Quant à la fonction thérapeutique, il n'aura échappé à personne que les activités ayant valeur d'anti-stress ou de relaxation dominent largement le champ du loisir d'aujourd'hui. La fonction économique est particulièrement mise en évidence par les dépenses de transports et de télécommunications qui seraient imputables à 60 % aux
l Source: J\1inistère du tourisme, site Internet 2005 2 SUE Roger, Le loisir, Paris, PUF, Collection «Que sais-je? », janvier 1993, n018?1, p.55- ?6

12

seules activités de loisir. Roger Sue affirme même que l'industrie des loisirs est une de celles qui se portent le mieux en France. il définit par ailleurs quatre grandes catégories d'activités de loisirs: les loisirs physiques (les activités sportives, la marche etc.), les loisirs pratiques (les activités manuelles, le jardinage, le bricolage), les activités culturelles (la musique, la danse, les visites), les loisirs sociaux (les rencontres, les jeux, la vie associative). Panni les loisirs physiques il détermine le loisir sportif comme étant un stade intermédiaire entre la simple détente procurée par une promenade et le sport proprement dit. Il se caractérise par la recherche d'un bien-être physique au travers d'activités sportives informelles et n'est bien souvent qu'un prétexte au contact avec la nature et à la découverte. Ce type de loisirs est celui qui a subi la plus forte évolution au cours des dernières années. Roger Sue prédit que les randonnées pédestres ou les loisirs actifs sous toute autre forme prendront encore plus d'essor qu'aujourd'hui. Difficile en effet de parler de loisirs sans mentionner la randonnée. Véritable phénomène de société, elle concerne environ sept millions de français (tous randonneurs confondus - un français sur dix), quatre millions de randonneurs réguliers, et douze millions de marcheurs occasionnels. Cette activité douce,longtemps peu considérée par les jeunes, tout comme la raquette à neige, est devenue très tendance. La randonnée pédestre Définitions: La petite randonnée: d'une durée de 2 à 8 heures, elle est désignée par les initiales PR qui signifient également promenade et randonnée. Certains itinéraires ne dépassent pas 2 à 3 heures de marche. . La moyenne randonnée: randonnées tendant à s'étaler sur la journée (5 à 8 heures de marche). La grande randonnée: elle suppose l'utilisation d'un mode d'hébergement et emprunte un itinéraire comportant plusieurs étapes, pour suivre un sentier parcourant une région, un massif montagneux, un ou plusieurs pays. (les itinéraires sont appelés GR et numérotés: exemple, le GR 20 en Corse). La randonnée pédestre, par le poids croissant qu'elle ne cesse de prendre, occulte bien souvent les autres formes de randonnée (à cheval, à vélo, à skis...) ; d'autant que l'esprit qui anime ces différentes pratiques demeure relativement s~e. Il peut se définir par une recherche avant tout de l'évasion, de l'authentique,et un attrait pour une découverte du monde rural. C'est une démarche autant culturelle que sportive et un moyen d'affirmer sa différence; il s'agit de pratiquer un tourisme intelligent et actif, loin des sites envahis par le plus grand nombre. L'effort n'en constitue pas l'élément essentiel, il est doux, non compétitif, mais participe au bien-être physique.

.

.

.

13

La randonnée

est traditionnellement

l'apanage des enseignants, cadres moyens

et supérieurs, (20 % d'entre eux randonnent). Mais ces dernières années, on
assiste à une évolution rapide de la typologie des randonneurs qui tend vers la démocratisation et la féminisation. Par l'influence que les femmes exercent dans le choix des activités et des lieux de loisirs, elles représentent l'un des principaux moteurs du développement de cette pratique. Elles composent, parfois à plus de 70 0/0,les effectifs des associations ou clubs de randonnée. D'autre part, la randonnée gagne des adeptes chez les jeunes (15 - 25 ans) et les personnes âgées de plus de 50 ans. Les randonneurs exclusifs sont peu nombreux, la plupart pratiquent d'autres

sports (30 % le ski alpin, 20 % le tennis).
Depuis le début des années 90, on assiste à un engouement pour les randonnées à thèmes (nature, faune, flore, géologie, météo, forêts.. .). Plus que la région elle-même, c'est l'itinéraire qui suscite la venue de randonneurs à l'image du tour du Mont Blanc (30 000 randonneurs par an) et du GR 20 en Corse (10 000 personnes par an). Les itinéraires constituent par conséquent une richesse patrimoniale du territoire français qui compte 180 000 km de sentiers (40 000 de plus qu'il y a dix ans). Ce patrimoine est entretenu par 6 000 bénévoles parmi les 170 000 licenciés que regroupe la Fédération Française de Randonnée Pédestre qui fédère par ailleurs 3 050 associations3. La randonnée, sous toutes ses fonnes, bénéficie d'une infrastructure d'hébergements composée de 1 550 gîtes d'étape et 440 refuges (110 sont gérés par le Club Alpin Français). La FFRP s'attend à une double évolution: la poursuite de l'augmentation des pratiquants car le marché semble loin d'être saturé et la diversification de plus en plus forte des activités de loisirs et des fonnes de pratique de la randonnée. Cependant une étude réalisée par COFREMCA4 concernant l'offre montagne, soulignait ses lacunes et préconisait une prise en compte beaucoup plus importante des besoins de sens, et d'enrichissement personnel exprimés par la clientèle potentielle. Marcher pour marcher, pédaler pour pédaler, grimper pour grimper comme voyager pour voyager ne suffit plus à satisfaire les sportifs d'aujourd'hui. TIs'agit d'une évolution nette et rapide. Certains organismes se prévalaient il y a dix ans encore de ce concept, comme «Terres d'Aventure» qui ouvrait sa brochure sur cette citation de Stevenson « en vérité, je ne voyage pas, moi, pour atteindre un endroit précis, mais pour marcher: pour le pur plaisir de voyager ».

3 www.f&andonnee.& 4 Étude COFREMCA,«

Pour un repositionnement françaises» réalisée en 1993

de l'of&e tourisme-loisirs des Alpes

14

Aujourd'hui ce concept ne rencontre plus beaucoup d'adeptes, l'offre touristique s'est logiquement recentrée sur l'approche plus épicurienne des activités de pleine nature. 2 - Le tourisme Ces pratiques remises au goût du jour sont génératrices d'un développement local intéressant de nombreuses régions et participent à l'émergence de nouvelles activités économiques délocalisées. L'un des aspects non négligeables, concernant le tourisme, est donc que ce secteur continuera à créer des emplois même si ceux-ci sont souvent faiblement % des rémunérés ou saisonniers et s'adressent à du personnel peu qualifié salariés du tourisme ont un diplôme supérieur au baccalauréat). Il fournit aujourd'hui environ 10 % des emplois nationaux, sans prendre en compte les emplois induits, notamment dans le commerce, les transports, l'alimentation, et tous les secteurs d'activité des zones à forts flux touristiques. Le tourisme est généralement défini comme étant «l'ensemble des phénomènes de déplacement temporaire et volontaire lié au changement du milieu et du rythme de vie. TIdevrait être associé à la prise de contact personnel avec le milieu visité: naturel, culturel et social, et répond à une très grande variété de motivations sociales, familiales ou tribales. De nos jours, il est devenu une réalité économique, sociale et politique pour l'ensemble des pays de notre planète ». Première branche d'activité du secteur tertiaire, son rôle économique devrait s'amplifier encore au cours des vingt prochaines années durant lesquelles le nombre de voyageurs pourrait, selon l'Organisation mondiale du tourisme (l'OMI), doubler. De 846 millions de touristes en 2006, ce chiffre pourrait atteindre 1,5 milliard en 2020 ! D'où l'importance des enjeux que nous allons définir dans cet ouvrage. Aujourd'hui, l'ensemble des mouvements de personnes s'élèverait de par le monde à quatre milliards par an. L'ampleur de tels flux ne va pas sans poser d'importants problèmes ni créer d'indiscutables effets pervers: Problème géopolitique, par les conséquences sur le plan de la dépendance des pays en voie de développement vis-à-vis des pays développés (cette dépendance est exacerbée chaque fois qu'une crise se déclenche). Effets sociologiques provenant:

r

- d'une

rencontre

entre

touristes

et autochtones

beaucoup

trop

fugace,

souvent

liée à l'argent et révélant une disparité de revenus criante. - de structures d'accueil mal intégrées au niveau local qui engendrent l'incompréhension mutuelle. Avec près de soixante-dix-neuf millions de touristes par an, la France se situe depuis 1989 au premier rang mondial des pays d'accueil. Ce chiffre colossal est à comparer avec les huit millions de touristes qui fréquentent un pays éminemment touristique comme l'Égypte chaque année. 15

Rapporté au nombre d'habitants, cela signifie qu'il faudrait plus de cent millions de touristes par an à l'Égypte pour obtenir les mêmes implications économiques par habitant! Alors que les ressources du tourisme représentent déjà les principales rentrées de devises de ce pays! Les touristes recherchent avant tout la découverte de curiosités naturelles, de paysages préservés, un certain dépaysement, des possibilités de pratiques sportives et de visites de monuments ou de musées. Ils sont, en outre, de plus en plus sensibles au rapport qualité/prix de leurs vacances. Une large part organisent par eux-mêmes leurs séjours (environ les deux tiers). Certaines tendances se dégagent assez nettement quant à l'évolution du tourisme en France. L'allongement des congés (de quatre à cinq semaines en moyenne et de plus en plus souvent six semaines, sans parler des R.T.]) a abouti au fractionnement des vacances, ce qui a ouvert la voie aux séjours d'hiver dans un premier temps et favorise dorénavant les courts séjours: week-ends prolongés, semaines hors satson. La durée moyenne des séjours d'été est aujourd'hui de quatorze jours. Un calcul simple montre qu'il reste alors à tout salarié près de trois semaines de congés à répartir entre les vacances d'hiver et de courts séjours, sans compter l'adjonction inégale des R.T.T. Ces nouvelles habitudes influent sur le type même de séjours demandés: moyennement éloignés du lieu de résidence avec comme thème majeur, la promenade, un hébergement plutôt rural mais de qualité, la découverte de monuments. . . Les tendances concernant l'été sont un attrait pour l'itinérance, et les tout compris offrant différents services, un maximum d'activités incluses, et un rapport qualité/ prix le meilleur possible. On comprend alors que la demande pour des produits dits d'aventure ne cesse de croître. 2.1 - Une activité parsemée d'embûches Certains paramètres influent tout particulièrement sur le secteur du tourisme: la répartition du temps libre, des vacances scolaires, le climat, les fluctuations de l'économie et du pouvott d'achat des populations, les effets de mode, les cataclysmes naturels ou géopolitiques. Ils constituent autant d'éléments, qui par leurs variations, peuvent occasionner une alternance de situations favorables ou difficiles au sein de ce secteur d'activités parsemé d'embûches. L'ensemble de ces paramètres doit particulièrement être pris en compte si l'on parle de tourisme durable. Chacun d'entre eux représentant un frein important contre lequel il va fallott agir et lutter. Nous verrons que certains relèvent d'un mode de pensée sociétal, des habitudes, de la publicité, des médias, et surtout du comportement de chacun d'entre nous. 16

Tel est bien l'enjeu. Énoncer l'ensemble de ces paramètres pour mieux les connaître et donc au final pouvoir combattre les effets pervers du tourisme sur les sociétés. 2.1.1 - Une saisonnalité très marquée avec des périodes saturées Avant l'instauration des 35 heures et des R.T.T, seulement 20 % des journées-vacances de la population française s'effectuaient en dehors de l'été. Ce chiffre illustre parfaitement la saisonnalité très marquée de l'activité touristique et la concentration dans le temps qui en découle. L'observation de la répartition des journées-vacances en France, montre que le mois de juin ne représente qu'une très faible part du total annuel des départs en vacances. Sans la clientèle étrangère, ce serait même une période totalement creuse. Les mois de juillet et d'août (environ 40 % pour le seul mois d'août)

s'accaparent pas moins de 65 % de ce total annuel.
Parmi les pays de niveau économique comparable, seuls, la Belgique et l'Italie disposent d'une concentration temporelle encore plus forte. Gares et trains bondés, aéroports saturés, embouteillages routiers et autoroutiers, constituent les incidences les plus notoires. En outre durant cette période de grandes migrations, les prix des transports, notamment aériens, augmentent fortement tout en offrant un service de moins bonne qualité. Cette concentration entraîne par ailleurs des conséquences au sein des régions d'accueil : Suroccupation des structures d'hébergement. . Inflation des prix des infrastructures qu'il faut rentabiliser sur deux mois et de ceux des produits de première nécessité, pénalisant ainsi les habitants, notamment ceux des zones économiquement faibles. Ce non-étalement des vacances génère également une perte de production nuisible au niveau national par le fait que près de 50 % des salariés sont libérés pour partir en congé durant le mois d'août. Curieusement, 60 % des familles françaises n'auraient pourtant pas de contraintes scolaires. Une enquête conjointe du CREDOC et de la SOFRES a même révélé que seuls

. .

Saturation des équipements.

22,5 % des Français se voient imposer leurs dates de vacances, les autres
disposant d'une latitude totale (21 0/0)ou partielle (56,6 0/0)dans leur choix. La querelle sur l'étalement des vacances scolaires rebondit inexorablement chaque année. Elle confronte les psychologues scolaires, les professionnels du tourisme, les représentants des enseignants et des parents d'élèves, chacun défendant son point de vue en fonction de ses propres intérêts. Il s'agit là d'un trait bien français. Faire passer des intérêts particuliers, notamment au moyen de revendications corporatistes, avant l'intérêt général qui, dans ce cas précis, serait un meilleur étalement des flux touristiques dans le temps.

17

Une solution vue à une échelle globale, préservant l'intérêt des enfants ne semble pas relever de l'utopie. En fin de compte le poids des habitudes, la force de la routine, les raisons climatiques, la peur de l'isolement et de l'ennui, la recherche de contacts sociaux, sont autant de raisons qui œuvrent en faveur d'un certain statu quo. Ceci est particulièrement visible s'agissant des sports d'hiver. Même si l'on dispose de peu d'informations statistiques, il est tout à fait évident que les vacances de février correspondent à la période de quarante jours d'hyper-concenttation touristique de l'été. Ni la qualité de la neige, souvent meilleure en début et fin de saison, ni le climat plus favorable à Pâques, ni les prix beaucoup plus abordables hors vacances scolaires, raisons pourtant objectives, n'incitent les amoureux des sports d'hiver à modifier leurs comportements. On assiste même à des réactions du type « si les sports d'hiver, c'est faire la queue tout le temps, je n'irai plus au ski », sans que soit remise en cause cette concentration temporelle en grande partie injustifiée, si ce n'est par le poids des habitudes: Noël, se passe en famille, février au ski, et à Pâques, on est déjà passé aux £raises et à l'été. C'est donc vers le soleil que l'on va se tourner en prenuer. Le rôle joué par les médias et la communication effectuée par certains professionnels du tourisme eux-mêmes vont également à l'encontre d'un étalement des vacances d'hiver. Lorsque la neige retombe en avril, comme ce fut le cas en 2004, ce n'est plus une chance pour les stations, mais un aléa météorologique dont le pays se serait bien passé. Lorsqu'il fait beau et chaud comme au printemps 2007, plus personne ne pense au ski, pourtant de très bonne qualité, voire exceptionnel en altitude avec de telles conditions. Cette concentration dans le temps constitue un frein à une plus grande diversité de l'offre touristique et encourage la dégradation de l'environnement social, naturel et humain. Il s'agit d'un premier aspect primordial pour un tourisme plus responsable et durable. 2.1.2 - Des périodes délaissées et sous-exploitées Les données énoncées précédemment mettent en évidence un phénomène de suroccupation des lieux de séjour à certaines périodes, qui engendre son contraire: des périodes délaissées et sous-exploitées. Le fort contraste qui existe entre celles-ci génère chez les commerçants et exploitants des lieux concernés, une démotivation qui entraîne au fil des années les fermetures pures et simples de leurs magasins ou infrastructures durant la basse saison, jadis ouverts à pareille époque de l'année. Ces fermetures contribuent elles-mêmes au raccourcissement de la saison, car s'il n'y a plus de services, le touriste ne vient plus.

18

La difficulté majeure pour les professionnels du tourisn~e consiste par conséquent à vivre toute l'année d'une activité qui a tendance à ne se répartir que sur quatre à cinq mois, parfois moins. Le développement des courts séjours constitue donc une aubaine pour ces derniers, mais il leur faut attirer la clientèle individuelle qui ne réfléchit que très peu à l'ensemble de ces facteurs, et n'agit pas toujours de manière rationnelle. 2.1.3 - Le temps: facteur de concentration L'étude effectuée par COFREMCA5 pour l'offre montagne faisait ressortir que l'obligation de réservations très anticipées constitue un frein important en hiver. Elle se trouve en décalage avec la versatilité de la population concernée qui souhaite pouvoir venir à l'improviste et composer en fonction des circonstances, notamment de la météorologie. Elle s'oppose également au manque de temps qui fait que l'on repousse sans cesse les échéances. L'absence d'interlocuteur unique, dans la plupart des cas, conduit le client potentiel à multiplier les démarches, pour se rendre sur place, louer un appartement, le matériel de ski, acheter un forfait, s'inscrire à l'école de ski... C'est bien souvent afin d'échapper à ces tracasseries et pertes de temps que certains choisissent les fonnules en tout compris proposées par les villages de vacances. Mais ces dernières ne conviennent pas à tout le monde. Les études prospectives montrent que le sur-mesure,qui respecte le besoin grandissant d'autonomie de la clientèle en supprimant le temps alloué à la préparation et les soucis de l'organisation du voyage, représente l'une des solutions d'avenir. Toutefois, pour l'organisateur, cette activité suppose une parfaite connaissance du terrain, et nécessite la présence de représentants locaux multiples. Dans nos sociétés dites développées, le manque de temps devient un mal chronique, au même titre que le stress. Un de mes professeurs d'université allait même jusqu'à dire que disposer de temps choisi devenait l'un des principaux luxes d'aujourd'hui. À l'opposé le manque de temps représente un frein énorme dans le secteur du tourisme, à la fois pour les aspects quantitatif et qualitatif. Une personne qui dispose de plus de temps prépare mieux son voyage, en jouit plus, et en profite davantage après son retour. Avoir du temps pennet également de dépenser moins, et de moins polluer en utilisant par exemple des moyens de transport plus lents, mais plus respectueux de l'environnement (le train en lieu et place de l'avion).

5 Étude COFREMCA,« Pour un repositionnement françaises» réalisée en 1993,

de l'offre tourisme-loisirs des Alpes

19

2.1.4 - La concentration dans l'espace Comme le fait fort justement remarquer Roger Sue, «Un aménagement irrationnel du temps provoque un aménagement irrationnel de l'espace »6. En France, «Le tiers du flux total des séjours se concentre dans huit départements )}7,tous littoraux, où 25 millions de personnes par an viennent passer leurs vacances sur 4 % du territoire national (la Savoie se place au neuvième rang). En Égypte la quasi-totalité du tourisme se développe dans la vallée du Nil qui

représente elle-même 4 % du territoire national.
Les régions françaises les plus attractives (Bretagne, Pays Basque, Languedoc, Côte d'azur), au 15 août de chaque année enregistrent un doublement de leur population. Panni 880 communes littorales, 50 concentrent plus de 40 % de la capacité totale d'accueil. Sept des treize plus grandes stations de sports d'hiver se trouvent en Tarentaise et disposent chacune de plus de 30 000 lits. Celles-ci jouent le rôle de véritables pôles. Leur notoriété attire sans cesse plus de monde, au détriment bien souvent de lieux de villégiature moins réputés, mais pourtant plus conviviaux. La principale conséquence d'une telle concentration dans l'espace concerne l'urbanisation avec des constructions surdimensionnées conçues pour accueillir un flot massif de vacanciers en un même lieu. Des problèmes d'ordre environnemental en découlent: production des eaux usées, de déchets parfois dans des lieux difficiles d'accès, consommation d'eau sans rapport avec les possibilités d'approvisionnement, épandage de sel sur les routes... Les organismes de séjours doivent pourtant se résigner le plus souvent à proposer les grandes stations de sports d'hiver qui sont les seules à pouvoir garantir un hébergement adapté aux groupes, en même temps qu'une offre d'activités suffisamment diversifiée. Ceci est moins vrai en été, car à contrario certaines infrastructures bien remplies pour les sports d'hiver demeurent vacantes. Cette fois encore le poids des habitudes et du conformisme limite leur pleine utilisation. Seule une communication appropriée pourrait lutter contre ces phénomènes de concentration dans l'espace nuisibles à un tourisme doux, respectueux de l'environnement et des populations locales. 2.1.5 - L?mpact des crises économiques, climatiques et politiques sur les activités du tourisme et du loisir Une enquête B.B.A. de janvier 1992, effectuée, juste après la première guerre du Golfe, pour le SNA V révélait qu'en cas d'augmentation de leur
6 SUE Roger, Le loisir, Paris, PUF, Collection «Que sais-je? », janvier 1993, n01871, P. 109 7 CAZES Georges, Le tourisme en France, Paris, PUF, Collection «Que sais-je? », décembre 1993, n02147, P. 59

20

budget, 83 % des Français privilégient en premier l'accroissement des dépenses
du poste des vacances. À l'opposé lorsque celui-ci se réduit en cas de crise, ils restreignent les dépenses de leurs sorties [15 0/0), de l'équipement du foyer, des autres loisirs, avant de diminuer celles relatives aux vacances (58,40/0). Ces données, bien que positives pour le secteur du tourisme, ne doivent pas occulter l'impact énorme qu'ont les crises économiques et politiques sur cette branche d'activité. il est particulièrement mis en évidence par la présentation qu'effectuait l'Écho Touristique du 10 janvier 1992 pour sa rétrospective de l'année 1991 : «Noire, morose, sinistre: pour les professionnels du tourisme, 1991 aura été l'année de toutes les déprimes. Après la guerre du Golfe qui a vidé les agences de voyages pour de longs mois, la crise économique s'installe durablement. La légendaire PanAm quitte définitivement les tarmacs. Même le Club Med y laisse des plumes (...) la Yougoslavie et l'Union Soviétique se déchirent »8. Ce sombre tableau n'est éclairé que par cette bonne nouvelle pour d'autres professionnels du tourisme: «Le solde de la balance touristique française bat des records» ; ce qui est une conséquence des événements cités précédemment. En effet la crainte de l'insécurité conduit à se réfugier dans des pays réputés politiquement stables. Les Français redécouvrent leur patrimoine et les Européens, plutôt que de s'envoler pour des destinations lointaines, viennent profiter des richesses qu'offre notre pays, par ailleurs premier réceptif de touristes au monde. Le résultat de ces bouleversements est aussi ample que rapide: selon l'ARC (Airlines Reporting Corp) le nombre d'agences de voyages ayant mis la clef sous la porte a augmenté aux États-Unis de 768 % entre les mois de décembre 1989 et 19909. En janvier 1991, en pleine guerre du Golfe, la conférence de presse du début d'année du SNA V révélait que:

.
.

60 % des tour-opérateurs et agences de voyages pensaient devoir licencier
du personnel ou avoir recours au chômage partiel. Les autocaristes et certains organismes devaient faire face à l'annulation de tous les voyages scolaires en France ou à l'étranger décidée par l'Éducation nationale. De grandes entreprises internationales et nationales stoppèrent net tout déplacement professionnel de leurs cadres. Les destinations de substitution éventuelles telles que: l'Espagne, le Portugal ou les Antilles françaises subissaient une augmentation des prix de certains prestataires de l'ordre de 50 0/0.

. .

8 LÉcho Touristique,« les échos de l'Écho », n02094 du 8 février 1991 p. 3 9 L Écho Touristique,« les échos de l'Écho », n °2094 du 8 février 1991 p 3

21

Le président du SNA V (Syndicat National des Agents de Voyages) de l'époque, Jean Perrin constatait: «TI y a un côté complètement irrationnel qui nous échappe totalement ». Il déplorait la force de &appe des médias sur le comportement des consommateursl0. Du côté des pays récepteurs de clientèle, cet impact est tout autant important. En septembre 1991 Catherine Ronchi 11dressait le bilan de la dernière année en cours au Maroc: les marchés britannique (60 %), &ançais (58,7 0/0)et allemand (37%) s'étaient littéralement effondrés.

Le taux de remplissage des hôtels variait selon les mois de 5 à 26 %.
Sans atteindre fort heureusement ces extrêmes, chaque crise, qu'elle soit d'ordre économique ou politique, agit sur les marchés touristiques qui se trouvent en perpétuelle évolution. Ces dernières années ont été particulièrement chaotiques, et certaines destinations considérées jusqu'alors comme sûres ont souffert de leur alliance avec les États-Unis dans leur guerre contre le terrorisme. Des pays continuent à se fermer à l'arrivée des touristes: l'Argentine et l'Uruguay avec la crise économique de 2001, le Yémen et l'Iran depuis l'intervention des États-Unis en Ir~ l'Égypte après plusieurs attentats, l'Indonésie avec une conjonction particulièrement néfaste de troubles politiques, des attentats à Bali et du tsunami de 2004, le Niger, la Mauritanie et le Kenya début 2008, pour des faits graves de rebellions ou d'attentats... Ces conséquences de faits géopolitiques, climatiques ou économiques récents font suite à une longue liste établie depuis 1989 avec les événements relatifs à la chute du mur de Berlin et du bloc de l'Est, à la montée des intégrismes religieux au Maghreb et au Moyen-Orient, et à la misère récurrente de certaines zones en Afrique. En revanche, d'autres destinations s'ouvrent et se positionnent comme territoires de substitution: Vietnam, Laos, Afrique du Sud, Namibie, Costa Rica, Cuba et plus récemment la Croatie... Depuis la seconde guerre du Golfe, la répétition des cataclysmes géopolitiques, y compris dans des pays jugés comme sûrs, génère une réactivité moins forte et moins durable que celle décrite ci-dessus. On oublie plus vite que par le passé ces faits, submergés qu'ils sont par d'autres événements marquants. La tempête de 1999, les attentats des tours jumelles, de Madrid et Londres ont montré à beaucoup de voyageurs potentiels qu'ils n'étaient pas plus en sécurité près de chez eux ou dans des contrées proches du point de vue des modes de Vie.

10L'Écho Touristique,« les échos de l'Écho », n02094 du 8 février 1991 p 4 11 RONCH! Catherine, l'Écho Touristique, « Maroc: toujours rien ! », n02121 du 27 septembre 1991 p 54

22