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Travailler, produire, créer

242 pages
Peut-on être professeur de musique et se sentir pleinement "musicien" ? Comment le designer conjugue-t-il liberté créatrice et contrainte industrielle ? Ainsi, ces questions sont abordées à partir d'enquêtes de terrain dans des zones frontalières aux marges des mondes de l'art et d'autres univers (commercial, sportif, industriel, etc.). Voici proposée une sociologie vivante des espaces ambigus du travail artistique, créateur ou " créatif ".
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TRAVAILLER, PRODUIRE, CRÉER
Série sociologie des Arts
TRAVAILLER,PRODUIRE,CRÉER
Collection Logiques Sociales Série Sociologie des Arts Dirigée par Bruno Péquignot Comme phénomène social, les arts se caractérisent par des processus de production et de diffusion qui leurs sont propres. Dans la diversité des démarches théoriques et empiriques, cette série publie des recherches et des études qui présentent les mondes des arts dans la multiplicité des agents sociaux, des institutions et des objets qui les définissent. Elle reprend à son compte le programme proposé par Jean-Claude Passeron: être à la fois pleinement sociologie et pleinement des arts. De nombreux titres déjà publiés dans la Collection Logiques Sociales auraient pu trouver leur place dans cette série parmi lesquels on peut rappeler : GIREL Sylvia,La mort et le corps dans les arts aujourd’hui, 2013. VILLAGORDO Eric,L’artiste en action. Vers une sociologie de la pratique artistique, 2012. BRANDL Emmanuel, Cécile PREVOST-THOMAS, Hyacinthe RAVET (sous la dir.),25 ans de sociologie de la musique en France. Tome 1 : Réflexivité, écoutes, goûts, 2012. BRANDL Emmanuel, Cécile PREVOST-THOMAS, Hyacinthe RAVET (sous la dir.),25 ans de sociologie de la musique en France. Tome 2 : Pratiques, œuvres, interdisciplinarité, 2012. GUIGOU Muriel,La danse intégrée. Danser avec un handicap, 2010. PAPIEAU Isabelle,L’art déco : une esthétique émancipatrice, 2009.THÉVENIN Olivier,Sociologie d’une institution cinématographique, 2009. BORGES Vera,Les comédiens et les troupes de théâtre au Portugal, 2009. BRANDL Emmanuel,L’ambivalence du rock: entre subversion et subvention. Une enquête sur l’institutionnalisation des musiques populaires, 2009. BARACCA Pierre, ROUSSEL Geneviève, TRAN VAN-NORY Marie-Claire,Arman un entretien d’artiste (2004). Le texte et ses conditions de production, 2008. GAUDEZ Florent (sous la dir.),Les arts moyens aujourd’hui, 2 volumes, 2008. PÉQUIGNOT Bruno,Recherches sociologiques sur les images, 2008. ROLLAND Juliette,Art catholique et politique, 2007.
Sous la direction de Marc Perrenoud
TRAVAILLER,PRODUIRE,CRÉER
Entre l’art et le métier
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00658-1 EAN : 9782343006581
Introduction
Marc Perrenoud Université de Lausanne - ISS
La sociologie du travail artistique constitue aujourd'hui un domaine bien balisé par un important corpus d'enquêtes très diverses à l'appui d'une grande variété de propositions théoriques. On peut évoquer un ensemble qui va des travaux canoniques de Pierre Bourdieu, Raymonde Moulin ou Howard S. Becker jusqu'au foisonnement des productions les plus récentes. Parmi les nombreux apports majeurs des deux dernières décennies dans l’espace francophone, faute de pouvoir tous les citer on peut notamment de mentionner les 1 2 recherches d’Antoine Hennion, de Nathalie Heinich, ou de 3 Pierre-Michel Menger , ou encore les travaux de Luc Boltanski et Eve Chiapello et à nouveau de Menger sur l'évolution des formes de rapport au travail, de « l’esprit du capitalisme » et de la figure du travailleur dans un contexte d'extension quasi
1  HennionA.,La Passion musicale. Une sociologie de la médiation, Paris, Métailié, 1993et Hennion A., Maisonneuve S. et Gomart E.,Figures de l'amateur. Formes objets et pratiques de l'amour de la musique aujourd'hui, Paris, La Documentation française/DEP-Ministère de la Culture, 2000. 2 Heinich N., La Gloire de Van Gogh. Essai d'anthropologie de l'admiration, Paris, Éditions de Minuit, 1991;Du peintre à l'artiste. Artisans et académiciens à l'âge classique, Paris, Éditions de Minuit, 1993 etL'Élite artiste. Excellence et singularité en régime démocratique, Paris, Gallimard, 2005. 3  MengerP.-M.,Le paradoxe du musicien, Paris, Flammarion, 1992;La profession de comédien, La Documentation française/DEP-Ministère de la Culture, 1997 etLe travail créateur, Paris, EHESS/Seuil/Gallimard, 2009.
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4 illimitée du domaine de la « création » . Ces différents travaux ont contribué à montrer le caractère de plus en plus poreux des mondes de «l’art »et du «travail »et ils peuvent donc à bien des égards nous conduire à considérer le travail à dimension artistique dans son sens le plus large, le travail «créatif », comme un objet sociologique en expansion constante et c’est bien ce point de vue qui a en quelque sorte déterminé la thématique de cet ouvrage collectif. 5 On s'intéressera donc icià des groupes professionnels « défiant l’analyse sociologique» au sein desquels coexistent et souvent s'opposent plus ou moins explicitement les régimes de 6 l'artet dumétier, de la «àproduction »et de la «création » travers des façons de dire de faire renvoyant à des types de rapport au travail et des inscriptions sociales très diversifiées. On a voulu regrouper des recherches sur des espaces professionnels « créatifs » aux marges des mondes de l’art, mais en se gardant bien de poser un regard béat sur les «petits 7 entrepreneurs de leur propre vie» quel’on y retrouve régulièrement. Le discours émanant des grands médias est familier et friand de ces formules sur la «créativité »de ces hommes et femmes qui « réinventent le travail », et l’on a bien sûr voulu éviter cette vision enchantée pour prendre au sérieux
4  Voirnotamment :Boltanski L. et Chiapello E.,Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999 et Menger P.-M.,Portrait de l’artiste en travailleur, Paris, Seuil, 2002. 5 Cet ouvrage paraît parallèlement à un dossier thématique intitulé « entre l’art et le métier» dans le numéro 21 de la revueSociologie de l’art, les deux publications étant issues du même projet éditorial et ayant bénéficié de l’expertise du même comité de lecture. Qu’il me soit permis de remercier ici les pairs qui ont expertisé les articles reçus : Martine Azam (Univ. Toulouse 2), Pierre Bataille (UNIL), Howard Saul Becker, Natalie Benelli (UNIL), Emmanuel Brandl (UPMF Grenoble), Marie Buscatto (Univ. Paris 1), André Ducret (UNIGE), Karim Hammou (EHESS), Morgan Jouvenet (CNRS), Morgane Kuehni (UNIL), Olivier Moeschler (UNIL), Laura Morend (UNIL), Arthur Poget (UNIFR), Olivier Roueff (CNRS), Roberta Shapiro (CEE) et Isabelle Zinn (UNIL). 6 Bourdieu P., « L’économies des biens symboliques », inRaisons pratiques, Paris, Seuil, 1994. 7  EhrenbergA.,La fatigue d’être soi. Dépression et société,Paris, Odile Jacob, 1998.
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les difficultés imposées par les injonctions paradoxales auxquelles sont soumis ceux et celles qui combinent les nécessités contradictoires de la singularité créative et des contraintes de la production efficace. Dans les pages qui suivent on rencontrera d’abord des « artistes ordinaires» (première partie) peuplant les degrés inférieurs de la pyramide professionnelle. Qu’il s’agisse des écrivains peu reconnus enquêtés par Géraldine Bois ou des chorégraphes instables étudiés par Sophie Le Coq, mais aussi des musiciens havanais (Marc Villetelle), toulousains (Marc Perrenoud) ou des enseignants en musique (Laurent Messina et Adrien Pégourdie), on trouvera à chaque fois des artistes conduits à diversifier leur activité et confrontés à la difficulté de construire ou maintenir une identité professionnelle (« écrivain »,« chorégraphe »,« musicien »)tant celle-ci est fragilisée par la démultiplication de l’activité. Les différentes façons de «faire le métier» que l’on doit combiner et la 8 diversité du «faisceau de faisceau de tâches» àaccomplir viennent en quelque sorte saper de l’intérieur l’identification à une figure professionnelle idéale, celle de l’artiste vivant à la fois pour son art et par son art. La deuxième partie de l’ouvrage nous conduira vers le vaste ensemble amphibologique du «créatif »et des métiers de la création. Dans cet ensemble dont les limites semblent chaque jour plus lointaines et où se conjuguent intrinsèquement création et contrainte extérieure (technique, commerciale etc.) on peut penser aux arts appliqués et métiers d'art, mais aussi à la cuisine ou à la publicité, voire au patinage artistique puisque là aussi on doit puiser dans les ressources de la compétence
8 On sait que pour E. C. Hughes un métier est un faisceau de tâches (Hughes, 1996). La diversification de l’activité consiste bien souvent, du moins dans les cas de pluriactivité, à exercer différents métiers dans le même champ/monde (écrivain et journaliste; musicien et technicien du son etc.), on peut donc considérer que la pluriactivté renvoie à un faisceau de faisceaux de tâches. Pour un approfondissement de ces questions, voir Bureau M.-C., Perrenoud M. et Shapiro R. (dir.),L’artiste pluriel. Démultiplier l’activité pour vivre de son art, Lille, P.U. du Septentrion, 2009.
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technique objectivableetde l'expression créatrice pour tenter d'opérer ce que l'on serait tenté d’appeler une émulsion symbolique. C’est dans cette partie que l’on retrouvera les figures professionnelles de l’architecte urbaniste (Géraldine Molina) et du designer (Kimia Ferdows), mais aussi de manière peut-être moins attendue celle du créateur de parfums (Sara Nechtschein) ou encore du compositeur pour natation synchronisée (Irina Kirchberg). Enfin on trouvera dans la dernière partie trois métiers aussi différents que possible mais qui ont tous en commun le fait d’être largement renouvelés dans leur contenu, leur composition (faisceau de tâches), ainsi que dans leur inscription sociale. On rencontrera dans cette partie des forgerons (Olivier Crasset) et des artistes de cirque (Marine Cordier) renouvelant totalement les figures habituelles de leurs groupes professionnels respectifs ainsi que des vidéastes et musiciens (Marie-Christine Bureau et Martin Thibault) expérimentant de nouvelles façons de faire et donc d’être, et l’on verra à chaque fois comment la conjonction des évolutions sociales, économiques et techniques a contribué à redéfinir ces espaces professionnels en même temps que ceux qui les peuplent. Si les objets des contributions présentées ici sont extrêmement divers, le cadre théorique et l’arsenal méthodologique mobilisés par les auteurs restent relativement homogènes. Il ne s’agit pas d’un choix éditorial ni d’une injonction faite aux auteurs, mais de fait les contributions passionnantes présentées ici s’attachent régulièrement à conjuguer les traditions critique et interactionniste, faisant preuve d’un œcuménisme difficilement envisageable il y a une vingtaine d’années, quand les œuvres respectives de Bourdieu et de Becker étaient perçues comme totalement contradictoires. En combinant ces références fondamentales avec les nouveaux classiques (Menger, Heinich ou Hennion), les auteurs du présent ouvrage montrent toute la richesse de la recherche contemporaine francophone à la croisée des sociologies de l’art et du travail, et leurs textes témoignent de manière éclatante du dynamisme de ces perspectives théoriques et thématiques.
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Première partie
Artistes ordinaires