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Une monnaie unique pour l'Afrique de l'Ouest

De
131 pages
Les auteurs tentent d'éclairer le débat sur la monnaie unique en Afrique de l'Ouest en procédant à un réexamen de l'opportunité, du rythme et des modalités souhaitables de l'intégration monétaire ouest-africaine. L'ouvrage examine aussi l'économie politique d'un tel projet et formule des recommandations à l'attention des parties prenantes.
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Collection « Études africaines »
dirigée par Denis Pryen et son équipe

Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection « Études africaines » fait
peau neuve. Elle présentera toujours les essais généraux qui ont fait son succès, mais
se déclinera désormais également par séries thématiques : droit, économie, politique,
sociologie, etc.

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pouponnière d’Adjamé (Abidjan, Côte d’Ivoire), 2017.
Patrice MOUNDZA, Le quotidien des artères urbaines du Congo, 2017.
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sociabilités, 2017.
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2017.
Guy MVELLE et Laurent ZANG (Dir.), L’Union africaine quinze ans après, Tome 1,
2017.
Joachim Emmanuel GOMA-THETHET, Marcel IPARI, Raymond Timothée MACKITHA,
Introduction à l’histoire et aux civilisations des peuples de la Lékoumou (Congo), 2017.
Alhousseini MOULOUL, L’intégration économique et juridique en Afrique, 2017.
Martial JEUGUE DOUNGUE, La garantie des droits fondamentaux au Cameroun, 2017.
Mamadou Billo BARRY, Gouvernance et coopération internationale en éducation, Le
cas de la Guinée, 2017.
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2017.
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préservation des écosystèmes naturels, 2017.
Christelle BELPORO, La responsabilité des entreprises multina-tionales pour les
violations des droits de l’homme en Afrique, 2017.Ferdinand BAKOUP
Daniel NDOYE




Une monnaie unique pour
l’Afrique de l’Ouest

Pourquoi, comment et quand ?



Préface de Mohamed Ben Omar Ndiaye










Des mêmes auteurs
BAKOUP Ferdinand, L’Afrique peut-elle gagner sa place dans la mondialisation ? Pour
une politique économique systémique, Paris, L’Harmattan, 2009.

BAKOUP Ferdinand, Africa and Economic Policy : Developing a Framework for
Policymakers, London, Anthem Press, 2014.





© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

EAN Epub : 978-2-336-79446-4AVANT-PROPOS DES AUTEURS
La quête pour une intégration économique régionale forte et pour une monnaie
unique, est un objectif de longue date des pays de la Communauté économique des
États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO). L’intégration régionale est indispensable si
l’Afrique veut réaliser pleinement son potentiel de croissance et profiter des avantages
qu’offre un marché mondial de plus en plus interconnecté. Le Président du Groupe de
la Banque africaine de développement, Akinwumi A. Adesina, affirmait récemment :
« J’ai la conviction que nous devons intégrer l’Afrique – grandir ensemble, et nous
développer ensemble. Notre destin commun est lié à l’enlèvement des barrières qui
1
nous séparent . » C’est fort de ce constat que la Banque africaine de développement
fait de l’intégration de l’Afrique l’une de ses cinq hautes priorités pour la transformation
du continent africain. Dans cette perspective, nous ne pouvons que saluer les
initiatives en cours sur le continent, tant au niveau de l’Union africaine, qu’au niveau
des communautés économiques régionales, pour renforcer le processus d’intégration
économique en Afrique.
L’intégration monétaire est un aspect très important de cette intégration économique
régionale. C’est pour cette raison que la CEDEAO a adopté une feuille de route visant
l’instauration d’une monnaie unique, commune à ses quinze États membres, d’ici à
l’horizon 2020. Des progrès importants vers cet objectif ont déjà été réalisés au cours
des deux dernières décennies. Mais, beaucoup reste encore à faire.
C’est pour contribuer à cette œuvre commune de construction monétaire du
continent que nous avons écrit ce livre sur la monnaie unique de la CEDEAO. Notre
objectif dans cet ouvrage est ambitieux : Eclairer le débat sur la monnaie unique de la
CEDEAO, en procédant à un réexamen de l’opportunité, du rythme et des formes
souhaitables d’une intégration monétaire Ouest-africaine. Il s’agit pour nous de trouver
une nouvelle rationalité économique au projet de monnaie unique de la CEDEAO.
Notre but est aussi de fournir des conseils aux décideurs sur cet important projet. Bien
que le sujet soit complexe et la tâche immense, nous pensons y parvenir
remarquablement bien. L’ouvrage combine habilement, dans une analyse économique
fine, concepts théoriques et données empiriques issues de l’espace CEDEAO.
L’ouvrage commence par une évaluation exhaustive des problèmes monétaires
auxquels les pays membres de la CEDEAO sont actuellement confrontés. Sur la base
de cette évaluation, l’ouvrage procède à un examen rigoureux des diverses options qui
permettraient à ces pays de remédier à ces problèmes monétaires et, au terme de
cette analyse, conclue qu’un renforcement et un approfondissement de l’intégration
monétaire, notamment par l’instauration d’une monnaie unique, offrent le meilleur
cadre de recherche des solutions à ces problèmes monétaires. L’ouvrage examine
aussi les avantages économiques qui découleront de l’instauration de la monnaie
unique, les questions liées à la convergence des économies et, formule des
propositions visant à renforcer la feuille de route pour une mise œuvre efficiente du
projet de monnaie unique de la CEDEAO.
Quelques messages clés se dégagent de l’ouvrage : (i) l’instauration de la monnaie
unique au sein de la CEDEAO demeure un projet économiquement pertinent et
opportun, en dépit des incertitudes nées de l’évolution récente de l’environnement
économique régional et mondial, notamment le report de certaines étapes clés du
processus devant aboutir, en 2020, comme prévu dans la feuille de route, àl’instauration de la monnaie unique de la CEDEAO, la crise dans la zone euro, les
chocs externes, et plus récemment le Brexit ; (ii) dans l’environnement monétaire
international actuel, la CEDEAO fait face à des problèmes monétaires importants, dont
certains sont d’origine externe, et qu’aucun de ses pays membres ou sous-ensemble
de pays, n’est en mesure de résoudre seul. La monnaie unique offre donc aux pays
membres de la CEDEAO une opportunité de mutualiser leurs moyens monétaires en
vue de poursuivre plus efficacement leurs objectifs monétaires individuels et collectifs ;
(iii) la monnaie unique offre aussi à la CEDEAO une opportunité de résoudre
collectivement d’autres problèmes monétaires d’origine interne qu’aucun de ses pays
membres ou sous-ensemble de pays n’est en mesure de résoudre seul efficacement
dans la situation actuelle ; et (iv) les autorités ouest-africaines ont adopté une feuille de
route prévoyant l’introduction de la monnaie unique dans la CEDEAO en 2020. Sur la
base des progrès déjà accomplis depuis le lancement du projet et des perspectives de
convergence macroéconomique, cette échéance semble tenable.
En réaffirmant clairement la rationalité économique de la monnaie unique au sein de
la CEDEAO, l’ouvrage renforce et rassure les décideurs sur cet important projet. Ce
faisant, l’ouvrage apporte une contribution majeure à la mise en œuvre du projet de
monnaie unique de la CEDEAO. L’ouvrage est aussi une contribution à la mise en
œuvre de quatre des cinq grandes priorités que la BAD vient de se fixer pour
promouvoir la transformation économique du continent à l’horizon 2025, notamment
intégrer l’Afrique, industrialiser l’Afrique, nourrir l’Afrique et améliorer les conditions de
vie des populations africaines. En effet, la monnaie unique offre des perspectives
favorables en matière de renforcement de l’intégration économique, de réduction
substantielle des coûts de transactions, d’intensification des échanges, et
d’amélioration de l’environnement monétaire et macroéconomique en général, pour
une croissance plus forte, plus inclusive et créatrice d’emplois dans les secteurs
productifs, notamment agricole et industriel.
Nous voudrions aussi noter la contribution de l’ouvrage au débat sur le système
monétaire international du point de vue de l’Afrique. En effet, l’ouvrage pose la
question de savoir quel système monétaire international conviendrait le mieux à
l’Afrique dans le contexte économique actuel. L’intention des auteurs ici semble être de
relancer la réflexion sur la place de l’Afrique dans les mutations en cours du système
monétaire international. En effet, il est nécessaire, au regard des progrès accomplis
par les pays africains dans la consolidation de la stabilité macroéconomique, mais
aussi de leurs performances économiques récentes, que la voix de ces pays soit plus
entendue dans les débats sur la gouvernance monétaire et financière mondiale.
Dans le cadre de la préparation de cet ouvrage, nous avons bénéficié de soutiens
sous diverses formes de plusieurs personnes que nous nous devons de remercier
vivement. Leurs diverses contributions ont aidé à l’aboutissement de cette œuvre.
Nous ne pourrons pas tous les citer ici car la liste serait longue. Qu’ils trouvent ici
l’expression de toute notre reconnaissance et de nos sincères remerciements.
Nos remerciements vont aussi à tous nos collègues de la Banque Africaine de
développement pour les échanges continus que nous avons eus tout au long de la
préparation de cet ouvrage. Leurs observations et suggestions, et les très riches
discussions que nous avons eues nous ont permis de préciser notre pensée sur
certains points.
Nous sommes également reconnaissants envers plusieurs collègues dans les
différentes institutions africaines et hors d’Afrique, en particulier les institutions
d’intégration régionale en Afrique de l’Ouest, pour les informations et la documentationmises à notre disposition, et pour les échanges que nous avons eus. Ces interactions
nous ont beaucoup édifiés. Nous remercions aussi les participants à divers séminaires
de recherche organisés à la Banque africaine de développement au cours desquels les
idées émises dans cet ouvrage ont été testées et discutées.
Bien entendu, en dépit de l’importance de toutes ces contributions, les opinions
exprimées dans cet ouvrage sont celles des auteurs, et ne reflètent en aucun cas, le
point de vue de notre employeur, la Banque africaine de développement, ni celui des
personnes avec qui nous avons échangé.
Nous remercions aussi notre maison d’édition l’Harmattan pour la qualité du
partenariat et les efforts déployés, sans relâche, pour la publication et la diffusion de
l’ouvrage.
Nous tenons à adresser des remerciements tout particuliers au Professeur
Mohamed Ben Omar Ndiaye, Professeur titulaire d’économie à l’Université Cheikh Anta
Diop de Dakar, qui a accepté de nous faire l’insigne honneur de rédiger la préface de
notre ouvrage.
Enfin, nous ne saurions terminer sans témoigner notre infinie gratitude aux membres
de nos familles respectives, en particulier nos épouses et nos enfants, pour leurs
conseils avisés, leur patience et pour leur accompagnement dans tous nos projets. Cet
ouvrage n’aurait pas vu le jour sans leur soutien indéfectible.

Ferdinand Bakoup
Daniel Ndoye
Abidjan, 13 août 2016
1 Akinwumi A. Adesina (2016) : Voir citation sur le site :
https://www.afdb.org/fr/the-high5/integrate-africa/. https://www.afdb.org/fr/the-high-5/integrate-africa/.P R E F A C E
Mohamed Ben Omar NDIAYE

Ce livre vient apporter une riche contribution au débat et élargit la réflexion sur les
opportunités et la faisabilité de la monnaie unique de la CEDEAO. En effet, les auteurs
démontrent que, loin de la ralentir, l’expérience récente de la monnaie unique
européenne montre plutôt l’intérêt d’accélérer l’introduction de la monnaie unique
ouest-africaine. Celle-ci offrirait aux pays membres de la région une opportunité de
résoudre plus efficacement les nombreux problèmes monétaires auxquels ils sont
actuellement confrontés. Cela passera nécessairement par une adhésion forte mais
aussi par une appropriation soutenue de ce projet de monnaie unique par toutes les
parties prenantes. Ainsi, en faisant une démonstration de la rationalité économique
d’une monnaie unique pour l’espace CEDEAO, ce livre présente d’abord les
perspectives et l’efficacité d’intégration économique et monétaire dans un contexte de
coopération monétaire international et ensuite, apporte une réponse aux questions
fondamentales que sont : Pourquoi, Comment et Quand instaurer une monnaie unique
dans la CEDEAO ? Enfin, ce livre fait un examen approfondi des questions d’économie
politique que ne manque pas de soulever le projet de monnaie unique de la CEDEAO
dont l’échéance est fixée en 2020 par les autorités de politique économique.
L’ouvrage s’adresse en premier lieu aux décideurs ouest-africains comme public
cible, mais aussi à toutes les parties prenantes de l’intégration régionale africaine,
notamment le secteur privé, la société civile, les partenaires au développement, les
enseignants et les étudiants en économie. À vrai dire, tous ceux qui travaillent en
général pour le développement économique et le progrès social en Afrique, trouveront
en cet ouvrage un intérêt certain.
Les auteurs Ferdinand Bakoup et Daniel Ndoye ont écrit un livre d’une grande portée
sur l’intégration économique et monétaire en Afrique. Je souhaite plein succès à ce
livre.

Mohamed Ben Omar NDIAYE,
Professeur titulaire d’Economie, Maître de Conférences agrégé,
Université Cheikh Anta DIOP (UCAD) de Dakar, Sénégal.INTRODUCTION GENERALE
Dans le cadre de l’intégration monétaire ouest-africaine, une monnaie unique, l’Eco,
devait être lancée en janvier 2015 dans les six pays membres de la zone monétaire de
2
l’Afrique de l’Ouest (ZMAO) , première étape d’un processus devant conduire à
l’horizon 2020, à une monnaie unique pour l’ensemble des quinze pays membres de la
3Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) . Mais en juillet
2014, arguant du niveau insuffisant des préparatifs et de convergence économique
entre les États membres, la CEDEAO a renoncé à l’objectif de lancer l’Eco en janvier
2015. Bien que l’objectif d’introduire, en 2020, une monnaie unique pour l’ensemble de
la CEDEAO ait été maintenu, ce nouveau rendez-vous manqué avec l’Eco, après les
trois précédents reports en 2003, 2005 et 2009 respectivement, ne peut manquer
d’alimenter le débat sur l’opportunité de la monnaie unique de la CEDEAO et sur la
question de savoir si cette monnaie unique verra le jour. Ce débat a été en outre
renforcé par l’expérience récente de la monnaie unique européenne, notamment la
crise des dettes souveraines en Europe et leur impact sur l’euro.
Dans cet ouvrage, nous tentons d’éclairer le débat sur la monnaie unique en Afrique
de l’Ouest en procédant à un réexamen de l’opportunité, du rythme et des formes
souhaitables de l’intégration monétaire ouest-africaine. Nous concluons que, loin de la
ralentir, l’expérience récente de la monnaie unique européenne montre plutôt l’intérêt
d’accélérer l’introduction de la monnaie unique ouest-africaine. En effet, les pays
d’Afrique de l’Ouest connaissent des problèmes monétaires d’origine extérieure très
importants qu’aucun de ces pays, pas même le Nigéria, devenu la première économie
du continent par la taille de son produit intérieur brut, n’est en mesure, seul, de
résoudre. L’on note par ailleurs que les mécanismes de la coopération monétaire
internationale ne fonctionnent que de façon imparfaite. Dans un tel contexte, une
monnaie unique à l’échelle de la CEDEAO offrirait, pour les pays d’Afrique de l’Ouest,
une opportunité de mutualiser leurs moyens monétaires, indispensable à la poursuite
de leurs objectifs monétaires individuels et collectifs.
Il est cependant bien connu que l’introduction d’une monnaie unique commune à
plusieurs États est presque toujours autant une décision de politique économique
qu’une décision d’économie politique. Le défi majeur pour les pays d’Afrique de l’Ouest
est donc de promouvoir l’appropriation de ce projet de monnaie unique par les parties
prenantes. L’appui de la Côte d’Ivoire, du Ghana, de la Guinée, du Nigéria et du
Sénégal, qui, tous, jouent un rôle moteur dans la dynamique ouest-africaine, nous
paraît à cet égard important. En outre, tenant compte des considérations d’économie
politique, l’appropriation des partenaires internationaux, notamment la France, mérite
une attention particulière. C’est en effet dans l’appropriation du projet par ces parties
prenantes clés que se trouvent l’imagination et la créativité des politiques attendues
des décideurs ouest-africains dans cet important projet.
Ce livre comporte six parties. Dans la première partie, nous présentons l’Afrique de
l’Ouest dans une perspective d’intégration économique et monétaire et rappelons le
débat récent sur l’opportunité du projet d’union monétaire et de création d’une monnaie
unique dans la CEDEAO. Débat relancé par la crise de la zone euro. Dans la deuxième
partie, nous analysons les problèmes monétaires en Afrique de l’Ouest, avant d’évaluer
dans la troisième partie, l’efficacité de la coopération monétaire internationale comme
cadre de recherche de solutions aux problèmes monétaires des pays membres de laCEDEAO. Dans la quatrième partie, nous tentons de répondre à la question
fondamentale « pourquoi instaurer une monnaie unique dans la CEDEAO ? ». Dans la
cinquième partie, nous répondons à la question « quand instaurer une monnaie unique
dans la CEDEAO ? ». Et nous examinons ensuite, dans la sixième partie, les questions
d’économie politique que ne manque pas de soulever le projet de monnaie unique de
la CEDEAO. L’ouvrage se termine par une conclusion générale.
2 Les pays membres de la ZMAO sont : la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Libéria, le Nigeria
et la Sierra Leone. Bien que n’y participant pas encore, le Cabo Verde aurait exprimé le
souhait de faire partie de cette zone monétaire.
3 Les pays membres de la CEDEAO sont : le Bénin, le Burkina Faso, le Cabo Verde, la Côte
d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Libéria, le Mali, le Niger, le
Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo. Parmi ces pays, le Bénin, le Burkina Faso, la
Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal, et le Togo sont déjà dans une
union monétaire mise en place en 1962, et utilisent une monnaie unique qui est le Franc CFA.PREMIERE PARTIE
SITUATION RECENTE DU PROJET DE MONNAIE UNIQUE DE
LA CEDEAO
Dans cette première partie, notre objectif est, d’une part, d’analyser le contexte
économique de l’Afrique de l’Ouest (Chapitre 1) et, d’autre part, de comprendre le
positionnement récent du projet de monnaie unique de la CEDEAO, en particulier à la
lumière du débat que ce projet a récemment suscité suite à la crise de la zone euro
(Chapitre 2). L’analyse du contexte de l’Afrique de l’Ouest nous permettra de faire la
lumière sur le rôle de l’intégration économique dans les politiques de développement
de l’espace CEDEAO, tandis que la compréhension du sens du débat que le projet de
monnaie unique de la CEDEAO a suscité après la crise de la zone euro nous permet
de planter le décor pour réitérer la rationalité économique de ce projet, une tâche que
nous considérons comme importante dans le contexte actuel et que nous entreprenons
dès la deuxième partie.Chapitre I
La CEDEAO : Un espace économique en intégration
L’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui l’une des régions du continent africain qui contemple avec le plus d’ardeur un projet d’intégration
4monétaire dans sa forme la plus avancée, c’est-à-dire la création d’une monnaie unique commune à plusieurs États indépendants . La
création, en mai 1975, de la CEDEAO a permis de faire des progrès importants dans le processus d’intégration en Afrique de l’Ouest,
notamment grâce à l’impulsion qu’elle a donnée aux nombreuses politiques mises en place pour faciliter la mobilité des personnes et des
biens dans la région (mise en place d’une union douanière, adoption d’un tarif extérieur commun, adoption de règlementations encourageant
la libre circulation des personnes au sein de l’espace communautaire, délivrance d’un passeport CEDEAO, etc.).
Avec une population estimée à un peu plus de 300 millions d’habitants (29 % de la population du continent), l’Afrique de l’Ouest est une
région qui présente quelques traits caractéristiques qui déterminent grandement ces performances économiques. Il s’agit notamment de ces
importantes ressources humaines, énergétiques et minérales, le poids important du Nigéria, qui représente 80 et 68 % respectivement de la
population et du PIB de la région ; la taille modeste des autres marchés nationaux et l’accès limité au marché des trois pays enclavés
(Burkina Faso, Mali et Niger) ; ainsi que la fragilité politique et économique qui touche certains pays de la région.
La croissance économique réelle dans la CEDEAO a été assez soutenue au cours de la période 2010-2015, ressortant en moyenne
5
annuelle à 6,0 % contre une moyenne de 5,1 % à l’échelle du continent africain . La croissance a été la plus forte dans cette région du
continent et a été impulsée par les bonnes performances enregistrées dans la ZMAO en particulier au Ghana et au Nigéria, et plus
récemment par le redressement économique de la Côte d’Ivoire après la période d’instabilité que ce pays a connue entre 2010 et 2011. Bien
que ces taux paraissent élevés, ils demeurent cependant insuffisants pour réduire significativement la pauvreté.


D’une manière générale, l’amélioration de l’environnement macroéconomique soutenue par des réformes structurelles, la bonne
dynamique du secteur pétrolier jusqu’en 2014 et la relance de l’économie ivoirienne expliquent la croissance dans la CEDEAO. L’inflation
dans la région s’est inscrite sur une tendance baissière mais est demeurée encore au-dessus de la moyenne continentale, avec un niveau
6de 9,0 % entre 2010 et 2015 . Comparée aux autres régions du continent, l’inflation en Afrique de l’Ouest reste la plus élevée après celle de
l’Afrique de l’Est (graphiques 2 et 3). La maitrise de l’inflation dans la zone CEDEAO, à travers notamment la politique monétaire, demeure
donc un défi pour permettre une durabilité de la croissance économique. La maitrise des déficits budgétaires ressortis pour plusieurs pays
au-dessus de la norme communautaire de 4 % du PIB mérite également une attention. En outre, il est important pour assurer la viabilité
externe dans la Zone, d’accroitre et de diversifier les exportations, qui sont encore fortement concentrées sur les produits pétroliers et
agricoles, et les flux financiers extérieurs.
L’orientation de la politique monétaire au sein de la CEDEAO n’est pas uniforme et poursuit des cibles différentes d’un pays ou groupe de
pays à un autre, liées à l’inflation, au taux de change ou à la liquidité. La masse monétaire a connu une forte progression entre 2011 et 2014,
évaluée à 16 % en moyenne annuelle contre 13 % en Afrique subsaharienne (FMI). Cette évolution de la masse monétaire est en partie à
l’origine de l’inflation, en particulier dans les pays non-membres de l’UEMOA, bien que n’étant pas la seule source.