34 pastiches gays

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34 pastiches gays

Jean-Jacques Ronou




Sommaire



Littérature populaire

Carter Brown : • Pas de pitié pour les pédés

Agatha Christie : • Un placard pour Miss Marple

Raymond Queneau : • Fantaisie Zazienne

Copi : • Prince's wedding ; • Secte Foon

Alfred Döblin : • Témoignage Wiener Strasse



Le Style Classique

Flannery O’Connor : • L'Accident

Henry de Montherlant : • La Reine morte

Jean Giraudoux : • La révolte de Babylone

Les frères Grimm : • Le souhait ensorcelé

Charles Perrault : • Le fouet d'amour

Henrik Sienkiewicz : • Le pari

Isaac Asimov : • Le Cyclone



Le Surréalisme

Stéphane Mallarmé : • Le jet de dés

Robert Desnos : • Rrose Sélavy

Apollinaire : • Souvenirs des tranchées

Louis Aragon : • Jalousies ; • Résurrection

Paul Éluard : • À peine défigurée

André Breton : • Un rêve



Existentialisme

Jean-Paul Sartre : • Charles Schweitzer



Le Nouveau Roman

Samuel Beckett : • Intermède ; • Pièce pour rien

Michel Butor : • Le Modifiant

Claude Simon : • Apartheid

Robert Pinget : • L'Interrogatoire

Alain Robbe-Grillet : • Informatique ; • Nouvel Ordre économique ; • Faculté des sciences

Marguerite Duras : • L'Œuvre ; • L'Amour- limite

Nathalie Sarraute : • Léonard



L'Oulipo

Noël Arnaud : • Sémo-définitionnelle

Georges Perec : • La Clef

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EAN13 9782363079794
Langue Français

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34 pastiches Gays Jean-Jacques Ronou En hommage auxQueer Studies. « Voici l'hypothèse que je voudrais avancer ce soir, pour fixer le lieu (...) du travail que je fais : je suppose que dans toute société la production du discours est à la fois contrôlée, sélectionnée, organisée et redistribuée par un certain nombre de procédures qui ont pour rôle d'en conjurer les pouvoirs et les dangers.» L’ordre du discours.Michel Foucault. « L'histoire d'Antonio Marchedo est encore aujourd’hui l'une des plus étranges affaires du Droit pénal argentin. Avant la seconde guerre mondiale, Cet écrivain fut condamné à mort pour avoir plagié des oeuvres célèbres. On lui reprochait de publier de faux romans, infâmes et révoltants, avec le style, les personnages et les lieux, imités de Kafka, de Boccace ou de Borges. Mais le plus inquiétant, c'était que, peu à peu, il devint impossible de distinguer les originaux des copies de Marchedo. Les experts qui se penchèrent sur le dossier lors du procès, furent atteints d'atroces infirmités : trois devinrent aveugles, deux sourds muets. Et, bien que l'on soit convaincu aujourd'hui, comme le souligne le professeur Edmund Keyfelg de l'Université de Harvard dans son livre surla Vérité en Art, à la page 421, que Fictions soit non de J.L. Borges mais bien d'Antonio Marchedo, il n'en reste pas moins que l'on admire toujours dans cette oeuvre son dangereux pouvoir destructeur. » Fictions.J.L. Borges. «Les phrases veulent toujours dire mille autres choses que ce qu’elles disent et le plagiat n’est jamais que l’Art de l’anamorphose.» Apologie du plagiat.Jean-Luc Hennig.
Sommaire Littérature populaire Carter Brown: • Pas de pitié pour les pédés Agatha Christie: • Un placard pour Miss Marple Raymond Queneau: • Fantaisie Zazienne Copi: • Prince's wedding ; • Secte Foon Alfred Döblin: • Témoignage Wiener Strasse Le Style Classique Flannery O’Connor: • L'Accident Henry de Montherlant: • La Reine morte Jean Giraudoux: • La révolte de Babylone Les frères Grimm: • Le souhait ensorcelé Charles Perrault: • Le fouet d'amour Henrik Sienkiewicz: • Le pari Isaac Asimov: • Le Cyclone Le Surréalisme Stéphane Mallarmé: • Le jet de dés Robert Desnos: • Rrose Sélavy Apollinaire: • Souvenirs des tranchées Louis Aragon: • Jalousies ; • Résurrection Paul Éluard: • À peine défigurée André Breton: • Un rêve Existentialisme Jean-Paul Sartre: • Charles Schweitzer Le Nouveau Roman Samuel Beckett: • Intermède ; • Pièce pour rien Michel Butor: • Le Modifiant Claude Simon: • Apartheid Robert Pinget: • L'Interrogatoire Alain Robbe-Grillet: • Informatique ; • Nouvel Ordre économique ; • Faculté des sciences Marguerite Duras: • L'Œuvre ; • L'Amour- limite Nathalie Sarraute: • Léonard L'Oulipo
Noël Arnaud: • Sémo-définitionnelle Georges Perec: • La Clef
Littérature populaire
Carter Brown
Pas de pitié pour les pédés Comme l'inspecteur Bob Collins pataugeait depuis cinq jours dans cette affaire, cette peau de vache nous a tous ramenés dans son bureau. À peine ai-je le temps de m’appliquer un peu deRose péchésur les lèvres et quelques touches de fard, couleur pêche, sur les joues, qu’il m’agresse : — Mavis Seidlitz, vous avez intérêt à me raconter tout ce qui s'est passé ! (En souriant, Il m'étale une rangée de dents prêtes à me déchiqueter) Qu'est-ce que John Fletcher vous a avoué exactement ? Je jette un coup d’œil sur le susnommé, plus livide, pour l’instant, que jamais. Franchement, si on me proposait un autre client, je n'hésiterais pas une seconde. Seulement ça ne se fait pas de livrer en pâture, comme ça, de pauvres types innocents à des maniaques sexuels, dépravés. Bob, manquant s'étrangler, poursuit : — Quand vous étiez en tête à tête, soi-disant..., dans votre..., dans votre borde... Là, il va sortir une vacherie, je l'interromps net : — Dans mon agence de détective, Bobby (que je lance nonchalamment) filatures, poursuites, conseils. Rien d'étonnant à ce qu'un pauvre type innocent se précipite chez moi pour que je fasse votre sale boulot. — Quoi ? qu’il glapit. — Bien sûr, (Je remonte légèrement ma jupe, afin de dévoiler l'exquis bosselé que fait mon délicieux genou sous le satin), le premier imbécile venu aurait tout de suite compris que John Fletcher n'a pas tué Eddy Grown. — Ah oui ? qu’il hurle ce gros bêta. C’est pour ça qu’on le retrouve dans l'appartement de l'autre pédé avec un flingue dans la main, drogué comme une armée de G.I.'s au Vietnam ? (Qu’il est bête !) Je reprends, astucieusement persuasive : — Mais Bobby ; depuis trois ans, ils s'aimaient à la folie ces deux-là ! John ne rêvait que d'Eddy. Ils s'étaient rencontrés à San Francisco, sous legolden bridge. Ça ne vous touche pas cette belle histoire d'amour homo ? Il me regarde comme un taureau observerait une vache en chaleur. Imperturbable, je poursuis : — John est entré à cinq heures du soir et a découvert son amant mort. Il prend le revolver qui gît à côté du cadavre et fuit vers son appartement. — Sans avertir la police, ni appeler une ambulance, et le flingue encore fumant à la main ? me rétorque cette grosse potiche. — Bob, vous plaisantez ? (Son bon sens naturel m'horripile toujours). Peut-être devait-il nous attendre sur le canapé d'Eddie en sirotant une mort subite ou un gin-fizz ? Ma remarque lui a déplu. Ses dents brillent comme des lames de moissonneuse-batteuse. Devenu tout mièvre, il me sort : — Vous avez sans doute une bonne raison pour avoir caché notre suspect depuis deux jours? — Caché ? (Je joue merveilleusement bien l'étonnée). Mais Bobby, où est-ce que vous avez été chercher ça ? Ce n'est pas parce que vous l'avez arrêté chez moi que je le séquestrais, tout de même ! (Là, je prends mon air le plus ingénu, tout en frottant délicatement mes jambes contre la bordure satin de ma jupe fendue, espérant qu'il ne me coffrera pas pour atteinte à la pudeur). Il me regarde attentivement, un moment troublé, puis me lance : — Et vous pensez que je vais avaler ça ? — Bob, je parle toujours avec sérieux, de ces choses-là.
— Hum, qu'il roucoule en louchant sur mes cuisses. Alors qu'est-ce qu'il faisait avec vous, Miss Seidlitz ? — Disons... (Je lui balance un clin d’œil à enflammer un esquimau, tout en relevant ma jupe... pas trop tout de même, juste ce qu'il faut). Je susurre : nous devions fignoler certains détails. — Quel genre de détails ? qu'il me rétorque soupçonneux, en soufflant comme un phoque en direction de mon ravissant mollet. — Oh, des petites choses... Enfin, vous comprenez inspecteur. Bob Collins tapote son stylo, le gratouille et se tourne vers John. — Et vous, qu'avez-vous à ajouter ? — Je ne lui ai rien fait... rien, je le jure ! marmonne mon client totalement effondré. — À qui ? interroge cette bourrique, à Miss Seidlitz ? — Oh, Bobby, que je fais insouciante, histoire d'égayer l'atmosphère, mais vous êtes jaloux ? John, devenu tout pâle à l'idée qu'on puisse l'imaginer en train de folâtrer avec moi, rectifie: — Ah, non, ce serait trop horrible ! Un peu décontenancée, j'enchaîne : — Résumons. À quatre heures, John Fletcher sort de chez lui et se rend directement chez un ami Terry Williams qui habitePorton squaredix minutes à pieds. Une heure plus tard à (car il a fait quelques courses pendant cinquante minutes) il arrive chez Eddie et trouve son corps étalé sur la moquette du salon avec (Nous le saurons plus tard) une balle dans le cerveau et le revolver serré dans la main gauche. Il arrive à dégager l'arme des doigts recroquevillés et durcis et s'enfuit terrorisé. Je ne vois pas comment il aurait pu tuer Eddie alors que ce dernier était mort depuis une heure quand il l'a découvert ? — Vous oubliez un petit détail, miss Seidlitz. Là, je suis tout ébaubie. — Ah oui, lequel ? je questionne. — C'est qu'il n'y a pas un seul commerçant qui se rappelle l'avoir vu pendant vos cinquante minutes de courses. Ce qui lui laisse, à votre... protégé, largement le temps d'abattre son ami-amant et d'aller s'acheter une glace à la rose. — C'est ça que je rétorque choquée, et de revenir sur le lieu de son crime jouer un numéro de terreur sur le palier de son immeuble avec un magnum fumant ? — Et pourquoi pas, Miss Seidlitz ? De toute façon, je le garde au frais, votre client. Et on pourrait bien en faire autant pour vous sous le motif de complicité de crime... — Bobby, gros jaloux ! Si vous me gardez ici, vous savez bien que vous en profiteriez pour me violer, c'est inévitable. Là-dessus, avant qu'il ne change d'avis face à cette suggestion, je prends mon petit sac en strass, rose pâle, et je me dirige rapidement vers la porte de son bureau. — Ne vous inquiétez pas, (je lâche à mon client) je m'occuperai de vous, John ! Bob a l'air vraiment bête, comme ça, mais il n'est pas méchant. Sur ce… Je claque la porte.
Agatha Christie
Un placard pour Miss Marple
— Saviez-vous que contrairement à ce qu'elle prétendit, Livie Stream n'a pas été voir Midway, son médecin, pour une otite ? Lança Martha Freeman en grignotant un muffin.
Elle jeta un coup d’œil par dessus ses lunettes d'écaille, sur l'assemblée de charmantes vieilles dames qu'elle avait invitées pour le goûter. Ravie de ce coup de théâtre, l'irlandaise, aux cheveux roux, ajouta :
— C'est Greta Form, la femme de ménage du docteur, qui me l'a affirmé chez l'épicier ; en réalité ... Livie redoutait d'être enceinte.
Dans tout St Mary Mead, on ne parlait plus que de cette affaire : celle d'une innocente jeune fille qui s'était suicidée, cinq jours auparavant, dans un terrain vague.
Ses deux invitées eurent des réactions inattendues : Clarissa Woodman, grande amoureuse des fleurs et des oiseaux, toussa dans sa tasse de porcelaine de chine ramenée des colonies par le défunt mari de Martha ; mais curieusement, Miss Marple, elle, ne manifesta pas le plus léger étonnement. La vieille dame se tenait, toujours aussi droite, imperturbable, comme si elle n'avait rien entendu.
Irritée, Martha Freeman se tourna vers elle.
— Le saviez-vous chère Miss Marple ? Lui demanda t-elle, incrédule.
La vieille demoiselle, reposant un biscuit au gingembre, prit la parole d'une voix très douce :
— C'est-à-dire Martha, qu'on le chuchote un peu partout dans le village. Les nouvelles vont si vite de nos jours. Tenez... encore hier, c'est Francis Midway qui m'assurait que...
— Il n'empêche, coupa un peu sèchement l'irlandaise, quelle affaire atroce que l'assassinat de cette pauvre enfant ! Mais comment auriez-vous pu savoir avant moi qu'elle était enceinte?
—Il y a quelques jours, j'ai, simplement, vu Livie parcourir les pages d'un livre sur l'accouchement sans douleur, à la librairie du centre. Elle avait l'air si concentrée...
— Oh, vous êtes extraordinaire, lâcha Clarissa Woodman... Si je m'étais doutée...
L'idée que Clarissa Woodman faisait semblant de ne jamais se douter de rien traversa l'esprit de Miss Marple.
— Mais je crois, Martha, que la police a aussi découvert autre chose au sujet de cette consultation ? ajouta-t-elle.
— Oui, en effet, il paraît que cette jeune femme aurait avoué à Greta Form qu'elle était enceinte d'Alfred Breatam et qu'elle se marierait bientôt avec lui... Je veux dire, s’il divorçait…
Bien sûr.
Un profond silence, qui en disait long, envahit le salon victorien des Freeman.
— Je n'ai jamais vraiment beaucoup apprécié Alfred, fit Clarissa, en rompant le calme apparent. De toute façon, je ne peux l'imaginer abandonnant Flora qui est une épouse si douce et si... conciliante. Elle connaît merveilleusement bien les secrets du jardinage et les engrais naturels à utiliser pour les pétunias Rose thé, ce qui est rare par ici.
— C'est peut-être pour cela qu'est morte Livie Stream ? Proposa Miss Marple, arborant un délicieux sourire enfantin.
— Mon Dieu ! S’étrangla Martha, comme vous y allez !
Elle tourna la cuillère de son service à thé dans la jolie tasse en porcelaine, ramenée des Indes, et pour bien marquer sa réprobation, elle feignit de grignoter un biscuit au gingembre.
— Tout de même, ce crime dans notre si joli village où il ne se passe rien, souffla Clarissa, jamais je n'aurais cru qu'un jour…
— Il se passe pourtant tellement de choses à St Mary Mead, objecta tendrement Miss Marple à son amante.
Pendant quelques minutes, on n'entendit que le bruit des petites cuillères tournoyant dans les tasses. Ce fut Clarissa, à nouveau qui lança:
— Hier, il m'a semblé apercevoir John March et Flora qui se tenaient par la main, près de la rivière qui longe le bois de Stoneway.
— C'est un endroit si romantique, fit Martha, j'ai entendu dire qu'ils sont très liés.
— Des amis d'enfance, rectifia Miss Marple, ils se sont rencontrés à dix ou douze ans, à Wimbledon, et depuis ne se sont presque plus quittés.
— Quel dommage qu'Alfred Breatam ne puisse supporter la présence de John March ! Je ne comprends pas pourquoi ils se détestent autant, ajouta Clarissa.
Toutes trois se regardèrent, le message était passé.
— Certes, il y avait souvent des disputes terribles chez les Breatam, poursuivit l'irlandaise. Alfred acceptait John afin de ne pas déplaire à sa femme et selon moi, il n'avait pas tort. Flora est très éprise de John et Dieu sait ce qui aurait pu se passer...
— Eh bien, conclut Martha, voilà qui semble chose faite puisque la police a arrêté Alfred Breatam pour le meurtre de Livie.
C'est alors que deux mots très énigmatiques sortirent de...