Accompagner un parent dépendant

Accompagner un parent dépendant

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Français
128 pages

Description

L’augmentation constante de l’espérance de vie ne doit pas masquer qu’augmente aussi le nombre des personnes âgées dépendantes. En 2012, en France, 1,17 million de personnes âgées sont dépendantes au sens de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA), soit 7,8 % des 60 ans ou plus. Les chiffres de l’INSEE évoquent 40 % environ de ces personnes restant à leur domicile malgré leur dépendance avérée. À l’horizon 2060, le nombre de personnes âgées dépendantes atteindrait 2,3 millions. La société française doit faire face à cette question et l'affronter, et les autres pays européens sont également concernés parfois plus vigoureusement.

Beaucoup des personnes dépendantes sont prises en charge, totalement ou partiellement, par leurs familles. Il s’agit là d’une tâche épuisante et méconnue. Ce livre a pour objectif de rompre avec le silence qui pèse sur ce sujet, complexe et douloureux, et d'aider les aidants à y voir plus clair. Son auteur, ancien accompagnant bénévole en unité de soins palliatifs, lui-même accompagnant d’un parent, aborde tous les sujets, y compris les plus tabous : le despotisme des personnes dépendantes, les tensions au sein de la fratrie, les bouleversements psychologiques liés au fait de devenir « le parent de son parent », les délicats problèmes d’intimité, la nécessité de se ressourcer, les culpabilités, etc...

Ce livre nous montre aussi comment l’accompagnement d’un parent dépendant peut se vivre positivement, et comment cette épreuve peut devenir une véritable chance... pour mieux goûter la vie et l'amour.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 septembre 2017
Nombre de lectures 5
EAN13 9782889054206
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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JEAN-YVESREVAULT
Accompagner un parent dépendant
Pour mieux comprendre et partager
Du même auteur aux éditions Jouvence L’alphabet du bonheur, 2015 Catalogue gratuit sur simple demande Éditions Jouvence Rue François-Perréard 20 - CP 227 1225 Chêne-Bourg — Suisse Mail :info@editions-jouvence.com Site internet :www.editions-jouvence.com © Éditions Jouvence, 2015 © Édition numérique Jouvence, 2016 ISBN : 978-2-88905-420-6 Couverture : Virginie Cauchy Photographie de couverture : © Melpomene Mise en pages : Nord Compo Tous droits de reproduction, traduction et adaptation réservés pour tous pays.
Avis aux lecteurs
Tous les témoignages présentés dans ce livre sont reproduits tels que nous les avons reçus, sans corrections éventuelles. Que toutes les personnes qui ont oert leur témoignage soient ici chaleureusement remerciées. Il n’est pratiquement pas fait allusion dans ce livre à la dépendance générée par la maladie d’Alzheimer. Celle-ci touche pourtant près d’un million de personnes en France, et vraisemblablement un tiers de plus en 2020, c’est-à-dire demain. C’est que la dépendance liée à cette maladie requiert un accompagnement particulier, en raison notamment de la spéci(cité psychologique de la situation. Ce sujet mériterait un livre qui lui soit entièrement consacré. Toutefois, bon nombre des ré+exions et analyses présentées dans le présent ouvrage seront utiles aux personnes qui accompagnent leur parent atteint par la maladie d’Alzheimer.
À ma mère, À ma sœur, À mon beau-frère…
SOMMAIRE
Avant-propos 1 – comment tout a çommençé… L’accompagnement au long cours Nous ne sommes pas des saints… 2 – Le despotisme des personnes âgées « Vieux sages » ou… emmerdeurs ? Pourquoi ce despotisme de la personne âgée ? Quelle attitude avoir face à la personne despotique ? 3 – Dire qu’ils furent mes parents… Une histoire de zizi… Rien n’arrive par hasard ? En quête de sens… 4 – Les fantômes du passé Cupidité ou quête d’amour ? Un heureux rapprochement… Un peu d’auto-compassion… 5 – La toilette : tabous et interdits Un acte déstabilisant… L’insupportable intimité… Un peu de psychanalyse… 6 – Quand la fratrie se déçhire… Un sentiment d’injustice… Une situation culpabilisante… Réconcilier la fratrie ? 7 – Qu’il est diffiçile d’aimer… Un paradoxe de l’amour… Un saut dans le vide… 8 – La mort, une çhançe pour la vie ? Un fragile château de cartes… Dire que moi aussi je mourrai un jour… 9 – Et puis un jour, tout s’arrête… Fin de vie et « parler vrai »… Le salvateur pardon… Les lourds secrets de famille Le temps des regrets… 10 – Dépendançe et soçiété Quel avenir nous attend ?
Un devoir de solidarité ? Que fait donc l’État ? conçlusion À propos de l’auteur
Avant-propos
Je suis un homme de 66 ans, et, durant trois jours, je dois m’occuper à plein temps de ma mère de 91 ans. Ma mère est ce que l’on appelle « dépendante ». Elle vit chez ma sœur et mon beau-frère, absents pour quelques jours. Voilà plus de dix ans déjà que j’accompagne, à temps partiel, ma mère, et que j’organise en partie ma vie en fonction de cet accompagnement. C’est long, dix ans. À raison de deux à trois fois par semaine, je viens la voir, je prépare son repas, je lui remonte le moral, je la fais marcher, et surtout je l’écoute se plaindre. Se plaindre de sa main, surtout. Sa main droite. Suite à un accident de voiture, elle en a perdu l’usage à plus de 80 %. Il lui reste juste la possibilité de « faire la pince », comme dit le chirurgien. Ma mère n’a jamais accepté son état. Elle en veut au monde entier. Surtout ne jamais lui dire : «Alors, comment ça va ? » Elle vous fusille du regard et brandit sous vos yeux sa main handicapée : «Pauvre idiot, tu ne vois pas ce que j’ai ! »Elle pense comme ça, ma mère. Et inutile de lui dire que tout n’est pas perdu, qu’elle peut encore marcher, qu’elle a sa main gauche, ses yeux, ses oreilles, qu’elle peut lire, écouter la radio, regarder la télé… Vous ne feriez qu’aggraver votre cas. En5n, tout ça, c’était avant. Depuis deux ans, depuis qu’elle s’est cassé le col du fémur, c’est encore pire. Fini la marche. Aujourd’hui, elle regrette le temps d’avant. «Ah, c’était quand même bien quand après le repas on faisait un petit tour. »Eh oui. Sauf qu’à cette époque-là, ce n’étaient déjà que plaintes et jérémiades, et quand je lui disais : «Mais, maman, regarde, tu peux encore marcher, on passe un bon moment », elle haussait les épaules et me rétorquait : «Forcément, toi tu ne sais pas. » Pourtant, je savais quand même un peu. Pendant plusieurs années, j’ai été accompagnant bénévole de personnes en 5n de vie dans une unité de soins palliatifs. Mon livre (L’Accompagnant), publié chez Jouvence, fait référence dans les associations d’accompagnement (pardon pour cette immodestie, mais c’est vrai). J’ai également créé une pièce de théâtre sur ce sujet, pièce que j’ai moi-même interprétée pendant plusieurs années avec ma partenaire co-auteur du spectacle, dans de nombreuses villes, en France et en Suisse. En5n, je contribue toujours à la formation de nouveaux accompagnants, y compris des clowns accompagnants. Je « sais » donc, en principe, ce qu’est accompagner. Et pourtant, pourtant, s’agissant de ma propre mère, je me retrouve aussi désemparé, ou presque, que n’importe qui. Dans toutes mes activités liées à l’accompagnement, j’étais « extérieur », même si je m’impliquais beaucoup. Mais là, avec ma mère, je suis à l’intérieur. Je connais des émotions, des sentiments, des interrogations nouvelles… que je peine à gérer, qui me débordent souvent. C’est cette traversée intime de l’accompagnement d’un proche parent (et y a-t-il plus proche que sa propre mère, avec tout ce que cela implique comme intensité relationnelle ?) que je voudrais partager avec vous à travers ce livre. De nombreuses personnes sont confrontées à la même situation que moi, ou à une situation similaire. Beaucoup d’entre elles sont perdues, car elles ne possèdent aucune expérience dans ce domaine. C’est d’abord à ces personnes que je m’adresse, espérant leur être utile pour traverser ces moments diĀciles, qui peuvent être aussi, d’une
certaine manière (j’y reviendrai), initiatiques. Ce livre ne raconte pas l’histoire d’un « bon 5ls » qui accompagne sa mère en 5n de vie. Car le bon 5ls est parfois excédé, et il se met en colère. Après, il a honte. Et puis il ose aborder plusieurs sujets tabous – soigneusement évités par la plupart des « oĀciels » de l’accompagnement – comme l’intimité, le « ras-le-bol », l’exigence parfois despotique de la personne en 5n de vie, la culpabilité liée au fait de ne pas en faire assez, la solitude dont on souÇre quand on accompagne, les sales nuits quand à trois heures du matin sonne le téléphone, «j’peux pas dormir, qu’est-ce que je fais ?», les problèmes matériels, la rivalité entre frères et sœurs, l’épuisement moral, etc. Je tenterai aussi de montrer comment – comme disent les bouddhistes – pareille situation diĀcile est, à bien des égards,intéressante. Ils veulent signi5er par là, je crois, que cette épreuve d’accompagnement qu’il nous est donné (ou imposé) de vivre peut être une chance pour mieux comprendre la Vie. Au début, ça énerve d’entendre ça. Mais je crois qu’ils n’ont pas tort. J’essaierai d’expliquer pourquoi… Bon, je m’arrête là, car ma mère appelle. Trois jours, je vous ai dit. Trois jours, et… dix ans. Voulez-vous les partager avec moi ? L’auteur
Chapitre 1 Comment tout a commencé…
Une précision tout d’abord. Je ne raconte pas une h istoire personnelle par narcissisme, mais parce qu’au-delà des spécicités liées à chacun, nos aventures personnelles se rejoignent, et ce que vit l’un peut parler à l’autre, parfois même faciliter sa propre parole pour oser mettre des pensées et des mots sur ce qu’il ressent.
Juin 2004 – Il fait beau, il fait chaud. Ah oui, vraiment, une belle journée ! Vingt heures, téléphone : «Jean-Yves, Céline et maman ont eu un accident. Maman est aux urgences de Challans. » Ma sœur. Pas de détails. Je prends ma voiture immédiatement. Ce n’est pas beau à voir. Oui, il faisait chaud cette belle journée de juin. Tellement chaud en voiture que forcément on ouvre les vitres. Dans la voiture conduite par sa petite-lle, toutes vitres baissées, ma mère a passé son bras à l’extérieur. Un type qui grille un stop. La collision inévitable. Dérapage, tonneaux, la voiture sur le côté, celui de ma mère, la voiture qui surfe sur le bitume, et son bras en dessous. Cris, panique, sang, pompiers, urgences. Avant-bras et main en charpie. Ma mère sou7re terriblement. J’utilise tout ce que je sais (pensées, gestes, mots…) pour l’apaiser un peu. Ma présence la rassure. Pas sûr qu’on puisse lui conserver son avant-bras et sa main. Mon père a été amputé d’une jambe deux jours avant sa mort. Mon grand-père maternel n’avait qu’une jambe. Tout ça déle dans ma tête. Trop grave pour l’opérer à Challans. On la nettoie quand même. Souffrances, cris. Je suis là, tout le temps, près d’elle… Vingt-trois heures : on m’annonce qu’elle va être transférée à Nantes. Je suis l’ambulance. Nuit blanche. Le lendemain, opération. Ma mère a 81 ans. Elle tient le coup. Le chirurgien :« Sa main est perdue. J’ai fait ce que j’ai pu. Au mieux, elle pourra faire la pince. » Jamais elle ne voudra entendre cette limite. Au début, cet autisme convient à tout le monde. Car elle réagit « bien ». L’après-midi, on regarde le Tour de France à la télé. Tout le personnel est surpris par sa réaction positive. Ce que les soignants ne comprennent pas – et moi non plus –, c’est qu’elle est persuadée qu’elle retrouvera l’usage de sa main. Voilà pourquoi elle garde le moral. Les soins quotidiens sont douloureux. Elle manifeste un réel courage. Chaque jour je suis là. Elle me serre la main pendant les soins. J’aimerais tant faire quelque chose pour atténuer sa souffrance. Deux heures de route aller, deux heures ou plus (à cause des bouchons) pour revenir. Je commence à fatiguer. Mais c’est ma mère. « Normal » de la soutenir. Je l’ai déjà fait. Cinq ans plus tôt. Séjour en hôpital psy. Là encore, tous les jours j’allais la voir. Pour faire ce que les psychiatres ne voulaient pas faire. Pas question d’entretiens avec ® ® elle, c’est tellement plus simple de donner du Tranxène , du Xanax , du… (j’ai oublié d’autres noms). Certains de ces médicaments ont été depuis interdits. Sans