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Changer de vie 7 histoires pour vous inspirer

De
148 pages

Avez-vous lâché vos projets, abandonné vos rêves ou perdu foi en l’être humain ? Je vous invite à plonger au cœur de ces sept histoires de vie inspirantes pour retrouver confiance et changer votre vie en concrétisant vos rêves. Les personnes que vous allez découvrir dans ce livre nous démontrent de quelle manière il est possible de modifier nos mécanismes, nos pensées, notre quotidien, ainsi que notre perception de la vie. Elles nous livrent des outils afin de nous permettre d’avancer là où notre cœur nous mène véritablement.


Jusuf, coach mental & physique, nous partage ses ressources afin de ne pas se formater en fonction des autres et avoir le courage de modifier nos propres mécanismes. David, coach et expert en arts martiaux, témoigne de la puissance du mental grâce à son parcours qui ne le prédestinait pas à pouvoir remarcher et François, conférencier d’inspiration de renommée au Canada, nous révèle son changement de vie à travers le pouvoir de l’acceptation et nous dévoile où se trouve notre pleine puissance. Immergez-vous dans la vie de Virginie, étonnante comédienne, dotée d’une perception de la vie qui vous ôtera toutes les peurs qui vous empêchent d’avancer vers votre rêve. Quant à Luisa, à travers son éveil brutal, elle nous ramène à l’essentiel : le temps n’attend pas. Confrontée à la maladie, elle recréa complètement sa vie. La nomade Anna, entrepreneur hors du commun, nous fait voyager autour du monde et partage les aventures complexes de la création d’une start-up sur les routes. Le livre se termine avec l’histoire de Fred, auteur d’une trilogie, qui nous livre son parcours de vie. D’une formation de criminaliste à conférencier et auteur, il nous raconte de quelle manière vous pouvez, vous aussi, devenir le héros de votre propre histoire.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-15172-6

 

© Edilivre, 2016

À propos de l’auteure

Née dans les années quatre-vingt, Sarah est d’origine italo-hollandaise et vit en Suisse. Après une formation bancaire, elle évolue dans différentes entreprises et ressent, après plusieurs années, le besoin de revoir entièrement sa perception de la vie. C’est ce déclic qui l’amène à nourrir sa vie de voyages, de plus en plus souvent, jusqu’en 2015 où elle décide de quitter son pays pour aller « au bout de l’expérience de la liberté » et peut-être ne plus jamais revenir.

Ce grand saut dans le vide, comme pour se confronter à elle-même et « trouver ce fameux sésame du bonheur tant recherché », lui permet d’explorer la pensée créative, la modification de mécanismes profondément ancrés. Elle découvre différentes philosophies de vie et rencontre des entrepreneurs nomades. Parallèlement, elle se forme en développement personnel et se nourrit des ressources que vous trouverez dans ce livre.

Sarah considère que le savoir intellectuel ne suffit pas et que le partage n’a de résonnance que lorsqu’il est fait avec le cœur. Pour elle, l’évidence est que seule la compréhension de soi peut, petit à petit, contribuer au changement du monde.

Auteure d’un one-woman-show « De toute faç̧on, on va tous mourir ! Alors… » créé suite à son année de voyage, Sarah signe avec ce projet le début d’une vie empreinte de plus de créativité. Sur cette lancée, elle publie un ebook pour nomades novices « Départ imminent ! Un guide pour concrétiser votre vie de nomade, étape par étape ».

Aujourd’hui avec ce livre, Sarah vous invite à plonger au cœur d’histoires inspirantes afin de vous aussi, peut-être, changer votre perception de la vie.

Commencement

Tout a commencé ce jour où, après une rupture amoureuse, me sentant écrasée dans un job où je ne m’épanouissais pas, j’ai eu besoin de prendre la route. Vraiment. Pas comme ces dernières années où je m’assoiffais d’escapades ou de vacances à l’étranger, ni même comme ces quelques mois sabbatiques que j’avais pris. Vraiment prendre la route, avec ce droit de me dire : c’est peut-être pour ne jamais revenir.

Je suis alors partie à la rencontre du monde, de cultures diverses, d’un nouveau mode de vie et surtout, à la rencontre de moi-même. Pas ce « moi » que je croyais connaître ou à qui je cherchais des excuses constamment ou que je traitais mal à force d’être dans un stress inouï. Plutôt ce vrai « moi », celui que l’on regarde en face et qui nous fait comprendre qu’il est temps de modifier certains fonctionnements.

Cela passe par le nettoyage d’un passé parfois lourd, à travers le pardon à ceux qui nous ont méprisés – souvent nous-mêmes avant tout – par la gratitude quotidienne, l’émerveillement, le courage, la force de s’écouter et la motivation inébranlable de changer sa vie ou sa perception.

Les personnes que vous allez découvrir dans ce livre ont été des exemples à des moments précis de ma vie et m’inspirent toujours aujourd’hui. J’admire chez chacune d’elle une spécificité propre et raconter leur histoire est née d’une envie de transmettre des messages. Ces personnalités participent au changement de ce monde, grâce à leurs réalisations, métiers et poursuite de leur rêve, par vague de centaines, de milliers et parfois centaines de milliers de personnes.

Finalement, ce livre est né pour inspirer, ne serait-ce que quelques personnes, à ne plus jamais oublier de s’aimer, à ne plus jamais oublier à quel point, si l’on se fait confiance, si l’on croit en soi, être heureux au quotidien est véritablement possible.

Et puis, il y a aussi cette évidence : nous avons tous les jours des héros quotidiens autour de nous et, comme le dit si bien Fred Colantonio : nous sommes tous le héros de notre propre histoire.

Le bonheur n’est peut-être pas de réaliser des projets fous. Peut-être est-ce simplement considérer que les projets qui amènent la joie sont aussi simples que celui de savourer le goût du thé le matin, le rire de ses enfants, la sérénité intérieure au réveil et que ces « projets » sont plus épanouissants que n’importe quelle réussite financière ou carrière professionnelle.

En espérant vous apporter de la joie à travers cette lecture et avec toute ma bienveillance.

Sarah Zen

Chapitre 1

Malgré la période automnale, il fait une chaleur suffisante pour se retrouver sur une terrasse d’un café à Neuchâtel (Suisse). Lui, c’est Jusuf, ancien agent de sécurité avec qui j’ai travaillé il y a plus de quinze ans. Nous nous sommes perdus de vue pendant plus de dix ans jusqu’au jour où j’ai découvert sa nouvelle profession de coach et son emplacement proche de chez moi. Et je l’ai revu, en 2014, comme si nous nous étions quitté la veille. Il n’y a pas de hasard. A cette époque, je vis mal. Mon cœur et mon estime de moi sont en miettes, tous les domaines de ma vie m’apportent une insatisfaction énorme.

Suite à ces retrouvailles, je ne me doute pas de ce qui m’attend et du changement extrêmement rapide qui va s’opérer en moi.

Entre exercices musculaires, endurance et explosivité, c’est un véritable coaching mental, à travers le physique, qui s’opère. En quelques séances, je revis, j’oxygène ma vie, mon esprit et toutes les pièces du puzzle se remettent en place. Je ressors de cette expérience en réalisant les ressources insoupçonnées qui sont en moi.

Jusuf a une compréhension pointue du fonctionnement de l’être humain dans son ensemble et une capacité impressionnante à allier coaching physique et mental. A cette fameuse terrasse, un jour, j’ai enfin osé lui demander de partager son histoire.

La force tranquille se sculpte à travers les rocs de souffrances et de vécus que l’on ne soupçonne pas. La capacité à créer sa vie à travers la dureté de certaines expériences permet de faire naître la sagesse et l’humilité.

Jusuf est inspirant par l’aisance avec laquelle il réussit à ne jamais perdre son positionnement, sa valeur et à rester équilibré au milieu d’un brouhaha parfois perturbant et difficile, d’un monde où, la solidarité fait bien souvent défaut.

Peut-être, aura-t-il aussi, un effet révélateur sur votre vie.

La force tranquille

Jusuf Alic

Je viens de Vlasenica, une ville de Bosnie où je vivais avec ma mère, mon frère et mes deux sœurs, mon père était déjà en Suisse lors de ma naissance. Il est d’ailleurs l’un des premiers ex-yougoslaves à être arrivé en Suisse dans les années soixante. En 1989, je suis venu lui rendre visite pendant les vacances scolaires avec un cousin. Pendant ma visite, la guerre a éclaté en Slovénie et les tensions ont commencé à s’étendre. Mon père m’a alors encouragé à rester trois semaines de plus en Suisse et à attendre que la situation se calme. Mais le climat en Bosnie est devenu de plus en plus tendu, je suis donc resté en Suisse et mon père m’a trouvé un travail sur les chantiers.

A cette époque, l’absence de ma mère ne me pesait pas particulièrement parce que, depuis tout petit, j’avais été habitué à une vie sans mon père près de moi et avec une mère peu présente. J’ai surtout été élevé par ma grande sœur et quand on est enfant, on accepte les choses comme elles sont, on fait avec ce qu’il y a et on s’adapte. A l’époque, je ne me rendais pas vraiment compte de la situation en Bosnie, alors que c’était la guerre. Ma mère était restée au pays, mais un ami qui savait exactement ce qu’il fallait faire pour aller la chercher m’a aidé à la ramener en Suisse.

En arrivant en Suisse, j’ai dû apprendre énormément de choses et vraiment m’adapter. Je suis rapidement devenu ami avec des Portugais et des jumeaux brésiliens. Nous passions beaucoup de temps ensemble, alors la première langue que j’ai apprise à mon arrivée en Suisse ne fut pas une langue nationale, mais le portugais. Puis, j’ai travaillé sur les chantiers avec mon père et nous étions entourés d’Italiens, alors j’ai appris l’italien. A l’école, en Bosnie, j’avais appris le russe et comme je suivais l’école coranique, j’avais aussi appris l’arabe. Aujourd’hui, si nécessaire, l’allemand, l’anglais et l’espagnol m’aident aussi à me tirer d’affaire.

Il m’a fallu apprendre à gérer et canaliser mes émotions, car j’étais quelqu’un de très renfermé. Dans ma famille, nous ne montrions pas nos sentiments. Mes parents ne me disaient jamais qu’ils m’aimaient, c’était très froid. Aujourd’hui je ne peux pas dire que cela m’a manqué, c’était comme ça, dans nos habitudes. Cependant, j’ai décidé de modifier ma perception de la vie.

Mon plus grand déclic se résume en une phrase que j’évoque souvent : « Nous sommes ce que l’on a voulu que nous devenions. »

Je me suis rendu compte à quel point nous sommes formatés et nous nous forgeons en fonction des autres.

Qu’il s’agisse du travail, des parents, de la petite amie ou des copains, dans notre jeunesse notre personnalité se forge essentiellement en fonction des autres. Tenez, je suis arrivé en Suisse à l’âge de 16 ans et j’ai été rapidement intégré dans un milieu hip hop où la majorité des jeunes prenait des chemins étranges. De ce fait, je les suivais non seulement parce que je ne parlais pas la langue, mais aussi parce que si je n’avais pas suivi le courant qui m’emportait, j’aurais été exclu. Je voyais mes copains prendre la mauvaise pente : ils commençaient à voler et à mal tourner. A un moment donné, à l’âge d’environ vingt ans, un déclic s’est produit en moi et je me suis dit :

Je ne veux pas devenir ce que les autres sont
en train de devenir.

C’est à cet instant que j’ai réalisé l’importance de changer ma perception : il fallait que je devienne celui que j’avais vraiment envie d’être et ne plus vivre en fonction des autres ou de leur jugement. D’après moi, c’est ce qui m’a permis de vraiment trouver ma voie.

Evidemment, ce n’est pas toujours simple, car nous sommes sans cesse attirés dans un sens ou dans un autre, notamment au travail. Dans ma propre expérience, lorsque je travaillais dans la sécurité, je devais toujours être attentif et me positionner dans des endroits stratégiques, selon les lieux. Cela impliquait que je n’avais jamais la conscience vraiment tranquille. Même si notre nature est différente, dans cet exemple il est indispensable de suivre ce formatage – surtout dans ce domaine de la sécurité – sinon tu ne respectes pas ton contrat. C’était fortement ancré en moi et prenait énormément de place dans ma vie. Aujourd’hui, je ne suis plus du tout comme ça.

C’est après avoir exercé une dizaine de métiers différents et m’être adapté à chacun d’eux que j’ai réalisé à quel point j’étais devenu caméléon. Par la suite, il m’est apparu que je ne m’étais pas uniquement adapté dans le cadre professionnel, mais aussi adapté pour mes parents. Mon père voulait que je sois boxeur, que j’intègre ce sport de force, de puissance et que je ramène des médailles à la maison. Il me parlait de Mohammed Ali, de l’importance de savoir me protéger et de pouvoir me sortir de toutes les situations. Par conséquent, je ne montrais pas mes peurs, j’étais dominant et fort. Pour lui faire plaisir et parce que j’y étais poussé, j’ai intégré le milieu de la boxe. En fin de compte, j’ai adoré ce milieu et peut-être que si mon père ne m’y avait pas poussé, je ne l’aurais jamais découvert. Aujourd’hui je suis très heureux d’y être entré. Néanmoins, j’y suis arrivé et j’y ai persévéré non par volonté personnelle, mais parce que quelqu’un m’y a poussé.

Un déclic sur mon fonctionnement émotionnel s’est produit en 2006. Ma mère est décédée des suites d’un cancer et lorsque j’allais sur sa tombe, je ne pleurais pas. Un jour, je m’y suis rendu et la réalité m’a percuté :

C’est ta mère là. Elle est morte.
Et tu n’exprimes pas tes émotions.
Ce n’est pas humain d’être comme ça.

Etant une personne qui brise les chaînes et refuse de reproduire les mêmes schémas, je suis allé chercher les émotions au fond de moi et j’y suis arrivé. J’ai compris à quel point il était nocif de tout garder à l’intérieur. Il a vraiment fallu que je travaille beaucoup pour casser toutes ces barrières et m’octroyer le droit de vivre mes émotions.

Le décès de ma maman m’a vraiment chamboulé, je suis devenu un autre homme.

Aujourd’hui, je vis pleinement les choses, comme mon amour pour mes enfants. Ma relation avec eux est très forte et sentir la symbiose et cet amour réciproque me remplit d’une joie incroyable. J’ai besoin de vivre cet amour avec eux au quotidien maintenant et je mets tout en œuvre pour qu’ils retiennent le meilleur.

Il y a eu aussi beaucoup d’épisodes dans ma vie qui m’ont permis de grandir et m’ont chamboulé.

Un jour, alors que j’étais en train de faire un achat à un kiosque lorsque j’ai vu un homme tomber sec au sol, j’ai tout de suite pensé que quelque chose n’allait pas. Je me suis précipité à côté de lui. Il a commencé à devenir bleu, il ne respirait plus. Ayant la formation nécessaire pour avoir les bons gestes, j’ai tout de suite commencé à lui faire un massage cardiaque. A un moment donné, je me suis dit que c’était « foutu », parce que je m’essoufflais beaucoup. J’ai pourtant essayé d’être rationnel et étant persévérant par nature, je me suis dit :

C’est difficile car c’est épuisant à faire et personne ne t’aide. Continue.

Des gens s’étaient agglutinées autour de nous et certaines faisaient n’importe quoi : l’un lui soulevait les jambes, l’autre me disait que je devais lui casser le sternum… C’était vraiment pénible, j’entendais tout et n’importe quoi. J’ai même dû demander à quelqu’un d’appeler l’ambulance, personne ne l’ayant fait spontanément. Je pense que les gens étaient paniqués et voulaient aider, mais ils ne savaient pas du tout comment faire. Tout d’un coup, j’ai décidé de faire le vide, de ne plus rien écouter et de me concentrer sur les compressions suivies de deux insufflations. J’ai réussi à faire abstraction de tout ce qui se passait autour de moi. Je persévérais et attendais depuis un long moment qu’un geste se montre, que quelque chose bouge chez ce monsieur. Je n’arrêtais pas de me dire « vas-y nom de D… fais un signe, quelque chose, que je ne m’arrête pas pour rien… ». Avec tous mes efforts, je commençais sérieusement à fatiguer et, soudain, j’ai vu le thorax du monsieur se soulever et sa bouche s’ouvrir pour prendre une inspiration.

C’était un moment complètement incroyable.
Un sentiment de bien-être impressionnant
s’est emparé de moi :
je voyais ce monsieur reprendre vie, c’était comme une renaissance.

Les ambulanciers sont enfin arrivés. Ils m’ont demandé de continuer à masser puisque mon rythme était bon et ont continué à donner de l’oxygène en soufflant dans le ballon. Ils l’ont emmené et quelques jours plus tard son épouse m’a donné de ses nouvelles.

C’est assez dingue, parce que je me trouve souvent à des endroits où les gens ont besoin d’aide. Dans beaucoup de lieux où je me rends, quelque chose se produit. En même temps, je pense que nous sommes aussi sur la terre un peu pour cela, surtout si nous avons cette envie d’aider et de partager. Cependant, j’arrive tout de même à un stade de ma vie où je me demande parfois sérieusement :

Pourquoi suis-je ici à cet instant précis ?.

Parfois cela semble se présenter comme si c’était écrit : il est là et nous savons qu’il a les capacités pour sauver.

Un autre événement qui m’a marqué s’est produit pendant mes vacances en famille, durant l’été 2008, en France. En fin de journée, j’ai eu envie d’aller décharger mes batteries et je suis parti courir le long de la plage. L’air était frais, c’était vraiment agréable. Vers la fin de ma course, sentant que j’avais encore un peu d’énergie, j’ai prolongé mon parcours de trois cent mètres environ et j’ai fait un petit détour. A un moment donné, je me suis retrouvé face à deux petites filles qui semblaient jouer dans l’eau. Une femme était assise sur la plage, en train de téléphoner, j’ai pensé qu’elle était leur mère. Mon intuition m’a poussée à m’approcher, parce que quelque chose me semblait étrange. J’ai vu que les filles ne jouaient pas, elles étaient en train de se noyer. Elles criaient et frappaient fortement dans l’eau. Alors je me suis approchée de la femme et je lui ai dit :

– Madame, vos enfants, regardez !

Pour seule réponse elle m’a fait un geste agacé de la main, comme pour me dire « tu ne vois pas que je cause au téléphone, imbécile ! » et elle est partie.

A cet instant, j’ai réalisé que ces filles n’étaient pas ses enfants et qu’elle était tellement prise par sa conversation qu’il était impossible de communiquer. En quelques secondes, j’ai fait une analyse de la situation et me suis dit que ce serait suicidaire d’essayer de les aider : je venais de courir une dizaine de kilomètre, me donnant à fond sur les derniers mètres. Je n’avais plus de souffle, me jeter à l’eau serait de l’inconscience. Pourtant, encore une fois, cette phrase est venue me frapper de plein fouet :

Si tu es là, c’est qu’il y a une raison,
si les autres n’y vont pas, vas-y.

Les filles étaient à environ 20 mètres de la plage, ce n’était pas si loin. Le problème c’est qu’elles étaient dans un océan et que pour revenir, ce serait un truc de fou. L’une des filles devait avoir 12-13 ans et l’autre entre 5 et 6 ans. La petite arrivait bien flotter mais la grande avait une forte corpulence et nageait mal.

A chaque vague, le sable s’enfonçait
et tirait les filles en arrière.
Elles n’arrivaient pas à sortir de ce mouvement.

J’ai arrêté d’analyser et, sans réfléchir, j’y suis allé. J’ai accroché la petite autour de mon cou et attrapé la deuxième comme je pouvais. J’ai commencé à essayer de me rapprocher du bord.

Le cauchemar a commencé.

A chaque vague nous étions aspirés vers le fond. J’essayais de nous libérer, mais plus nous approchions de la plage, plus les vagues semblaient fortes. Elles étaient impressionnantes et vraiment hautes. Une vague nous tirait en arrière, nous tombait sur le visage, nous écrasait et j’avais les deux filles qui me tiraient vers le bas. J’essayais de sortir la tête de l’eau pour reprendre ma respiration, j’étais dans un gouffre.

Pour la première fois de ma vie, j’ai vécu intensément
la peur de tout perdre.

Ce même schéma se produisait toutes les 4-5 secondes : aspiration, écrasement, tirage vers le bas, sortie de tête, respiration et ça repartait. Aspiration, écrasement, tiré vers le bas, sortie de tête, respiration…

Ce cycle ne semblait plus vouloir s’arrêter, c’était l’enfer.

Tout ce que j’avais créé, toute ma vie, ma famille, tout est passé dans ma tête en quelques secondes. Je me suis dit : ça y est, c’est fini pour moi. Mes parents, mes enfants et ma femme qui m’attendaient à l’appartement, en une seconde j’ai cru tout perdre. Je suis maître-nageur, je connais bien l’eau et ce genre de situation, pourtant là, c’était vraiment hors de contrôle. Je sentais la puissance de l’eau et la force des vagues, c’était complètement ahurissant.

D’un seul coup, j’ai compris que je devais prendre une décision sinon nous allions tous mourir. La petite fille, agrippée à moi m’avait griffé...