Déliez vos troubles émotionnels par la kinésiologie harmonique
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Description

Parfois, nous nous sentons bridés dans notre plein épanouissement. Jean-Pierre Bourguet, avec la Kinésiologie harmonique, nous donne des clés pour délier nos troubles émotionnels.Selon l'auteur, deux émotions gouvernent le monde : l’amour et la peur. Nous venons de l’amour pour comprendre le sens de nos peurs, ce sont ces dernières qui nous aident à connaître le sens de notre « projet existentiel ». La Kinésiologie harmonique représente un moyen pour se libérer des troubles émotionnels qui entravent notre évolution. L’auteur s’appuie sur des notions telles que la constellation familiale qui nous a vu naître, la galaxie sociale qui nous aide à grandir et la nébuleuse émotionnelle dans laquelle nous essayons d’évoluer. Par la psychogénéalogie, l’auteur nous aide à identifier et surmonter nos peurs, à comprendre nos ressentis, et à vivre dans l’amour !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2008
Nombre de lectures 17
EAN13 9782840585848
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
Titre

Jean-Pierre Bourguet






DÉLIEZ VOS TROUBLES
ÉMOTIONNELS


par la Kinésiologie harmonique








Éditions Le Souffle d’Or
5 allée du Torrent – 05000 Gap (France)
Tél. 04 92 65 52 24
www.souffledor.fr
Dédicace





À mes élèves, à tous ceux qui sont venus me consulter. Ils ont contribué, sans le savoir, à l’élaboration de ce travail.
Qu’ils en soient remerciés.




On ne doit pas chercher à guérir le corps sans chercher à guérir l’âme.
Platon
Préambule
Lorsque j’ai découvert la Kinésiologie, je ne savais pas encore vers quoi je me dirigeais. J’ignorais tout le sens du changement qui allait s’opérer dans ma vie. Je le pressentais seulement. Une solide formation, l’ouverture de mon cabinet, les premiers clients et les premiers élèves, m’ont amené lentement à l’idée de créer quelque chose d’original.
C’est le jour de mon anniversaire que j’ai laissé tomber l’enveloppe contenant le manuscrit de mon premier livre avec le bon à tirer. Dès ce moment-là, il ne m’appartint plus et devint la propriété de mon éditeur. Plus rien ne put être modifié dans ce texte. Je venais d’accoucher. Cadeau superbe et merveilleux, fabuleux même, le 14 février, jour de la fête de saint Valentin, j’eus dans les mains un exemplaire, tout frais sorti de presse.
Un enfant est toujours un acte d’amour.
S’adressant à un petit garçon qui se sentait non désiré, le docteur Didier Grangeorge lui dit, en le regardant affectueusement dans les yeux :
« Tu sais, sur terre il y a deux sortes de gens. Certains sont venus car leurs parents les ont désirés, d’autres parce qu’ils ont quelque chose de très important à faire 1 ».
Ce premier livre n’était pas désiré, je ne m’en croyais pas capable. Il s’est imposé de lui-même.
Les difficultés scolaires qui émaillèrent mon enfance, mon adolescence, et me poursuivirent au-delà de la faculté, ne me permettaient pas d’imaginer que je puisse écrire un livre. Je ne me ressentais pas une vocation d’écrivain. C’est dans l’expression orale et les fantaisies gestuelles qu’elle autorise, que je me sens le plus à l’aise, mes élèves vous le confirmeront.
Je ne soupçonnais pas une seconde, en mettant ce manuscrit dans la boîte aux lettres, qu’il avait et que j’aurais avec lui tant de choses importantes à faire. Par lui, il m’a été donné, avec bonheur, de rencontrer des gens merveilleux dans les quatre grands pays francophones, à travers mes conférences et les cours que je peux y donner.
J’ai été fou d’oser… Oser est toujours une folie. Si chacun de nous pouvait se permettre d’oser, l’humanité pourrait basculer dans la folie de l’harmonie, l’utopie d’amour.
Le premier module de la formation en Kinésiologie Harmonique 2 existait déjà, un second est né plus tard, il me fallait l’attendre pour aborder ce deuxième livre. Si le premier était assez technique, j’ai voulu que celui-ci soit plus intimiste, plus philosophique. Il est la continuité du premier, c’est un des paragraphes que je reprends ici en titre principal.
Ne vous étonnez pas de rencontrer, dans la lecture des pages qui suivent, des métaphores, ce sont celles que j’utilise dans mes cours, et parfois au cours des consultations ou des conférences. L’enfant aime qu’on lui raconte des histoires, cela lui permet de mieux comprendre la sienne. Il en est de même pour les adultes. Par nos lectures romanesques, les films que nous aimons voir, nous arrivons à mieux décoder le sens de notre légende. Les métaphores sont des images qui viennent embellir, éclairer des propos qui pourraient être rébarbatifs si la poésie ne leur donnait pas une petite part de rêve possible.
La Kinésiologie nous offre cet outil fantastique qu’est le test musculaire. Sésame merveilleux, découverte de nos richesses, pour peu que nous consentions à prendre le temps de travailler sur nous-même. Nouvelle approche de la vie, ouverture aux autres et au monde, acceptation et envie d’être soi.
C’est à travers les consultations que j’ai pu aller à la rencontre de cette philosophie de la vie. J’ai envie de la partager avec vous maintenant.
Une des règles fondamentales, issues de la médecine chinoise, que nous enseignons en « Santé par le Toucher », base de toutes les Kinésiologies, c’est de chercher à renforcer, redynamiser les vides d’énergie au lieu de s’attaquer aux excès. Cette façon d’agir est fondamentale et nous ouvre un autre schéma de pensée. Ce n’est pas en cherchant à lutter contre ceux qui nous écrasent que nous changerons le cours de l’histoire. Nous risquons simplement de remplacer un pouvoir par un autre pouvoir, une dictature par une autre dictature, un fondamentalisme par un autre fondamentalisme. Si nous redonnons à chacun la possibilité de retrouver la force qui est en lui, nous lui permettons d’accéder à sa liberté.
La liberté ne se décrète pas, elle se vit, tout simplement.
Elle est une façon d’être soi et non une loi.
Un homme libre n’est plus taillable et corvéable à merci. L’esprit critique qu’il acquiert lui permet de choisir ce qui est bon, uniquement ce qui est bon, de comprendre les limites de ce qui est moins bon. De simple consommateur malléable, infantile, il devient acteur majeur, responsable. Le test musculaire utilisé en Kinésiologie Harmonique nous offre l’opportunité d’aller à la recherche de notre liberté, en identifiant les freins et blocages à notre épanouissement.
1 . Cf. L’esprit du remède homéopathique, ce que le mal a dit, Didier Grandgeorge, Edicom 1993, page 166.
2 . Ce cours se compose de trois modules. Module 1 : « Mon corps sait », module 2 : « Je me réalise », module 3 : « Je suis moi ». Voir la rubrique « Formation » dans le site : www.kinesiologie-harmonique.eu .
Pour commencer
Un petit bonhomme de cinq ans m’a donné, un soir, l’envie de me remettre à mon ordinateur.
Tous les rendez-vous s’étaient annulés les uns après les autres. J’étais resté à attendre, lisant quelques pages d’un livre, faisant un peu d’ordre dans mon bureau. Ce n’était pas du luxe. Je ne suis pas du genre très ordonné. Le téléphone me sortait, par moment, de mon apathie. Ma sérénité était, tout de même, un peu altérée par ces indélicats qui avaient omis de me prévenir de l’annulation de leur rendez-vous. En fin de soirée je reçus, pour la deuxième fois, ce garçonnet qui m’était amené pour des troubles du comportement, de l’instabilité et surtout de la difficulté à s’endormir le soir.
La séance tourna autour de ses peurs. Je pus identifier celle qu’il avait ressentie pendant la grossesse. Il ressortit en effet, qu’au troisième mois, sa maman avait été fortement paniquée. Celle-ci me confirma sans hésiter ce que je venais de découvrir par test. Je lui laissais, toutefois, la liberté de garder le silence sur les détails, afin de ne pas risquer de la mettre mal à l’aise en présence de son fils. Tranquillement, avec les mots les plus simples qui soient, j’ai alors expliqué à ce petit homme qu’un enfant perçoit les émotions vécues par sa maman quand il est dans son ventre. Je lui ai alors demandé s’il avait besoin de garder cette peur qui n’était pas la sienne. En plus c’était déjà une vieille histoire. Sa réponse fut claire et spontanée :
« Ah, non alors ! »
Je fis faire l’exercice nécessaire pour qu’il s’en libère. Nous avons en Kinésiologie Harmonique 1 plusieurs protocoles qui nous le permettent. Une fois le travail terminé, il descendit de la table et se mit à aller et venir dans la pièce. Il semblait, tout de même, encore un peu préoccupé.
Je finissais de remplir la fiche de travail. Il vint s’appuyer sur mon bureau les bras croisés. De ses petits yeux malins, il me dévisageait, le menton posé sur ses mains. Encore un peu tracassé, il souriait. Il osa cette question merveilleuse :
« Qu’est-ce que je vais faire maintenant ?
– Que veux-tu dire », lui demandais-je ?
« Et bien, maintenant que j’ai plus ma peur !
– Tu vas grandir.
– Ah ! Bon. »
Sa maman sourit et lui fit la même remarque. Il se dégagea du bureau, repris son va-et-vient dans la pièce. Souriant et heureux, il se balançait d’un pied sur l’autre, levait ses bras au ciel, alternativement. C’était Pinocchio laissant sur la moquette petits bouts de bois et morceaux de ficelles d’une marionnette à forme humaine. Il était en train, tout simplement, de devenir un vrai petit homme.
Naissance.
Cet enfant venait de m’offrir un merveilleux cadeau. Tous mes rendez-vous s’étaient annulés pour qu’il en soit ainsi. Je ne devais recevoir personne d’autre ce jour-là.
Merci.
Accepter le sens de mes peurs
En peu de temps, ce petit bonhomme avait manifesté, à sa façon, nos angoisses les plus profondes, celles que nous éprouvons à nous défaire de nos peurs. La peur de perdre nous fige. Nous avons beaucoup de mal à le reconnaître. C’est très souvent la peur que ne revienne notre peur qui nous paralyse. Lorsque c’est la peur d’avoir peur de la peur qui s’y met, c’est le bouquet, le feu d’artifice. Je ne parle pas de la panique de la peur d’avoir peur de la peur qui nous angoisse… ce serait l’apocalypse. Oui, mais ce sont bien nos peurs qui nous mènent par le bout du nez. Notre stress est une coiffe qui, le plus souvent, nous bouche les yeux. Un peu comme ces coiffures à la mode africaine faites de toutes petites tresses fines. Allez vous débrouiller les cheveux après ça, vous verrez. Je joue avec les mots stress et tresses. Le stress ne s’accompagne-t-il pas de détresse (des tresses) ? Mais vous aviez compris. Ce sont les mêmes lettres, elles ne sont pas ordonnées de la même façon.
Depuis longtemps, j’avais envie de travailler sur ces difficultés rencontrées chaque jour en consultation. Il ne se passe pas une journée sans que l’un ou l’autre des consultants ne pose, consciemment ou inconsciemment, un problème de peur sous-jacente, ou ne parle de sa difficulté à vivre une relation d’amour simple.
La rencontre de soi (équilibre corps/âme)
Au fil des années, je me suis rendu compte que bon nombre de nos « maladies » ne sont en fait que le résultat de l’étroitesse que ressent notre âme dans ce corps où elle s’est incarnée.
Quand j’étais enfant, au catéchisme, on m’a enseigné que mon corps a une âme, ce qui lui permet d’être animé, de vivre, de parler, d’agir, de penser, en fait de répondre plus ou moins bien aux aléas de la vie ordinaire. Cette enveloppe charnelle n’est pas très importante, elle ne doit pas être prise avec trop de considération, car elle vient de la poussière et elle y retournera. Elle est donc quantité négligeable. Lorsqu’elle est malade, mieux vaut la confier à quelqu’un qui sait comment faire pour la réparer. Dans mon éducation judéo-chrétienne, empreinte d’une forte connotation scientifique cartésienne, on a simplement voulu m’inculquer que mon corps appartient à la science et que mon âme appartient à Dieu et aussi, de fait, à l’Église, puisqu’elle en est la représentante sur terre.
Et moi dans tout ça ? Où suis-je ? Qui suis-je ? Où vais-je ? Dans quel état j’erre ?… Où cours-je ?
Je me suis rendu compte, en fait, qu’en inversant les données, on pouvait avoir accès à d’autres formes de compréhensions, à une connaissance de l’être et du corps qui ont une dimension nouvelle.
Ce sont à la fois, et en vrac, mes lectures, mes rencontres, les consultations et les cours que je donne qui m’ont permis d’envisager les choses et la vie, autrement.
J’en suis arrivé à cette évidence, pour moi : ce n’est pas mon corps qui a une âme, mais c’est mon âme qui habite mon corps.
Elle s’est incarnée, elle est descendue dans une enveloppe de chair. Ce corps devient alors un vêtement particulier qu’il me faut prendre en compte, écouter, respecter. C’est par lui et l’histoire qu’il est en train d’écrire dans ce présent que mon âme pourra faire toutes les expériences dont elle a besoin pour enrichir sa connaissance. Dans le long chemin qu’elle suit, entre sa création et son éternité, elle doit se vêtir d’un habit de chair afin de pouvoir passer par les expériences de la vie. Ce n’est que par ces étapes-là qu’elle pourra avoir accès à des connaissances multiples et variées dont elle doit s’enrichir pour continuer son périple.
Mais ces expériences ne sont révélées que par les difficultés rencontrées. Autant de freins, de restrictions, d’épreuves dont je dois comprendre le sens. Ce corps qui me sert de véhicule, de vêtement, de protection, engrange des informations. Elles me seront utiles au fur et à mesure.
Mon chemin est fait d’histoires, d’événements multiples et variés que j’enregistre de différentes façons, tant dans mon cerveau droit que dans mon cerveau gauche. Ces deux hémisphères n’ont pas les mêmes fonctions, en ce qui concerne la mémoire et l’ordonnancement de la mémorisation. L’un, le droit, a une fonction de globalité, il est dans l’irréel, dans l’intemporel, enregistre les émotions. L’autre, le gauche, organise le temps, rationalise et explique, s’efforçant de mettre le vécu en formules. Il oublie souvent, sous-estime ou feint d’ignorer les ressentis du premier. Les émotions ne sont pas toujours bonnes à dire, surtout lorsqu’il est question de peurs. Or les deux doivent œuvrer conjointement pour permettre à l’ensemble de l’être de se trouver en harmonie. Si l’un est subjectif, l’autre est objectif. N’en déplaise à certains penseurs orthodoxes, nous avons besoin des deux pour une pensée juste. Le corps peut être, en toute objectivité, disséqué en parties de plus en plus microscopiques ; il n’en est pas de même de l’âme, de la psyché qui, parce qu’elle est subjective, répond à d’autres modes de fonctionnement qui ne proviennent pas de la même méthode. Or l’âme habite le corps et l’Être est le tout de ces deux parties. Nous nous trouvons devant deux systèmes qui se comportent différemment et doivent cohabiter en parfait équilibre, sans qu’il puisse y avoir la moindre domination de l’un sur l’autre. Il nous a été enseigné que nous devions être, par notre volonté, notre mental, maître de notre corps. Ce rapport de domination est préjudiciable à l’équilibre de l’ensemble et lorsque la belle mécanique se donne le droit de se mettre en grève, lorsque le corps se manifeste (mal à dit), nous n’avons pas trouvé mieux que d’utiliser l’artillerie lourde. Il est préférable de tuer dans l’œuf toute tentative de rébellion. Nous avons perdu le sens du dialogue. Ne parlons pas de négociation, c’est un mot galvaudé. Par notre mental, nous sommes devenus des despotes envers notre propre corps. Il n’a pas le droit de se manifester. C’est certainement pour cette raison qu’il se rebelle souvent.
L’antibiotique, cher à la science moderne, est un mot qui sonne juste, il est anti (contre) bio (la vie). Ce n’est pas en tuant la vie qu’on favorise le « dialogue ». Or ce mot est clair, il est le moyen de (dia) traverser (logo) la parole, (dia) ce peut être également synonyme de deux. Le dialogue est le moyen qui nous est donné de permettre aux deux parties d’exprimer leurs besoins, leurs désirs, leurs craintes, leurs révoltes. Si je sais prendre le temps d’écouter mon corps lorsqu’il se manifeste, je peux comprendre pourquoi mon être a du mal à s’exprimer, pourquoi il se traîne. D’autant que « mon corps sait » 2 dire ce qui ne va pas, (un corset mal ajusté devient douloureux). Lui imposer le silence, c’est courir le risque de me couper d’un élément important dans ma quête de la connaissance.
Écrire ma légende personnelle
Dans mon premier livre, j’ai déjà indiqué à quel point notre corps est capable de nous donner de multiples informations, nous permettant d’être en meilleur équilibre. Je voudrais ici, aller plus loin. Montrer les étapes par lesquelles notre âme passe pour s’incarner, les freins qui se mettent en place. Indiquer comment une émotion mal vécue par le cerveau émotionnel va se transformer en système de protection, à l’aide du cerveau logique.
Le cerveau émotionnel enregistre un événement dans lequel il éprouve une difficulté à aller vers le succès. C’est très souvent, soit en lien avec la famille, soit en lien avec l’école.
Le cerveau logique va traduire : « je suis un échec ». La personne, dans certains domaines ressemblants fort, par certains détails, à la première fois où elle a ressenti cette émotion, se mettra dans des situations où la réussite ne sera pas vraiment au rendez-vous.
Ce n’est pas notre histoire qui nous porte, ce sont, à travers elle, nos émotions qui nous guident. Elles agissent en tant qu’information 3 .
Dans cette dichotomie entre les deux hémisphères cérébraux, notre mémoire, bien souvent, ne retrouve qu’une partie des traces de ce qu’elle croit être des événements historiques, elle les rationalise, se les explique tant bien que mal. S’ils sont un peu trop durs, ils seront, si possible, vite oubliés. Mais les émotions ressenties dans ces moments-là referont surface, par période, par cycle, comme un refrain qui ne veut pas se faire oublier, une comptine qui remonte de la plus tendre enfance, murmurée par une vieille grand-mère, aussi ridée qu’une pomme reinette en avril. Mais que cette voix est douce, pour celui qui veut bien l’écouter.
M., jeune fille de vingt ans, est accompagnée de sa maman. Elle doit partir à l’étranger pour suivre des études, elle se sent mal dans sa peau, angoisse à l’idée de ce départ, son sommeil est agité. Je cherche l’origine de cette angoisse et trouve qu’à trois jours après sa naissance, elle a vécu une panique et un chagrin. Après vérification, il ressort que ces deux émotions sont celles vécues par la mère, et que l’enfant a ressenties. La maman se met alors à me raconter cette période pendant laquelle le bébé a été ballotté, à l’hôpital, de service en service, suite à une infection dont on ne comprenait pas l’origine. Elle a même cru un instant qu’elle allait perdre sa fille.
Cette femme me racontait une histoire avec beaucoup de détails, mais rien des émotions qu’elle avait éprouvées. Je l’interrompis dans son énumération et lui demandai de bien vouloir me dire quelles avaient été les émotions les plus fortes qu’elle avait ressenties. Sa voix se fit faible, cassée, son menton trembla légèrement, des larmes coulaient sur ses joues. Pour la première fois, depuis vingt ans, quelqu’un prenait en considération, non plus une histoire maintes fois racontée, mais un ressenti non encore extériorisé. Par sa réaction, elle montrait que, même après un temps assez long, une émotion n’est pas réglée tant qu’elle n’a pas été exprimée, conscientisée, comprise. Je lui ai alors proposé de reparler de tout ça avec sa fille, qui venait de prendre conscience du sens de son angoisse. C’est, simplement, parce que ce départ la remettait dans le schéma émotionnel de cette séparation qu’elle avait eu bébé et dont elle n’avait pas compris le sens. Elle ne voulait pas risquer de se retrouver dans ce schéma. Elle n’avait simplement pas compris que, vingt ans après, il était impossible qu’il se reproduise. Tout simplement parce qu’elle n’était plus un bébé.
Retrouver le sens profond de nos émotions, telles qu’elles ont été vécues, en comprendre le sens ; être conscient de leur force, les remettre à leur place dans l’histoire, c’est retrouver le chemin de l’harmonie, de la paix, de la sérénité.
Le vécu est, souvent, le contraire du physique, de l’objectif, il est beaucoup plus émotionnel, subjectif. Il est à consommer sans modération, à condition que nous sachions en faire une bonne « cuvée 4 ». Notre aventure dans cette vie n’est pas une fantaisie. C’est à travers nos expériences émotionnelles que nous avançons, parce que c’est par elles que nous écrivons les pages les plus importantes de notre histoire.
Notre cerveau logique n’est pas fidèle dans sa recherche de ce qui est objectif, réaliste, pragmatique, car il lui arrive très souvent de confondre les périodes, de faire du mesclun 5 avec les péripéties qu’il traverse. C’est parce que ce sont les mêmes émotions ou schémas émotionnels qui ont été vécus à des moments différents. Le cerveau émotionnel, quant à lui, ressert par cycles les ressentis dont il n’a pas encore compris le sens, il peut même nous faire remonter des informations de la nuit des temps. Elles appartiennent à nos ancêtres et nous n’en avons, bien souvent, que de partielles informations. Notre patrimoine génétique est porteur de ces informations dont nous avons à prendre conscience, pour en comprendre la force. Notre corps est tout à fait disposé à nous en livrer les secrets, pour peu que nous ayons les moyens respectueux à notre disposition pour l’interroger. Les tests musculaires utilisés en Kinésiologie Harmonique nous le permettent.
Chaque information me donne le sens de mon histoire
Si nous avons accès à ces informations, c’est qu’elles ont un sens pour nous. Nous ne devons pas les sous-estimer. Nous grandissons par elles, elles sont une dynamique indispensable. C’est un moyen, parmi d’autres, qui nous est donné pour grandir. Ce serait dommage de le négliger.
Si je suis venu sur cette terre, c’est pour y recueillir un certain nombre d’informations émotionnelles dont mon âme a besoin sur le chemin qui la mène vers son éternité. Ce qui sera retenu, ce ne sont pas les historiettes vécues plus ou moins bien. Ce qui fait le bagage des connaissances, ce sont les émotions ressenties à travers les péripéties du voyage.
Encore faut-il arriver à comprendre le sens de l’incarnation, les freins qui se mettent en place, les raisons qui font que je passe par telle situation, ce que je dois en déduire. La conscience ne se construit pas autour de règles objectives. Elle se découvre, se révèle. Elle est subjective, irréelle.
Elle est une pâquerette cachée au fond de nous, chantant d’une petite voix fluette : « je t’aime, un peu, beaucoup… » . Cette fleur des champs, qu’adolescents nous avons utilisée pour flirter (compter fleurette), ressemble à un soleil, ce n’est pas un hasard. Au fond de nous se cache un astre qui ne demande qu’à briller, pour peu que la lune, qui a rendez-vous avec lui, lui en laisse la possibilité. Oui mais… « la lune attend et le soleil ne le sait pas » comme chantait ce fou chantant. Doux poète, il avait bien compris que l’harmonie de l’être se résume à un rendez-vous amoureux, au plus profond de nous-mêmes. Normal, nous sommes un merveilleux fruit de l’amour.
Mais si, regardez-vous dans la glace !
Soleil, lune, père, mère, Yin, Yang, masculin, féminin, le duel est en nous, il est une force, notre force. Ce n’est pas un affrontement chevaleresque à l’épée ou au pistolet, c’est une rencontre, une découverte. Nous sommes créés à l’image de Dieu. Nous serions, ainsi, dans l’obligation d’aller chercher au fond de nous le sens même de notre divinité essentielle, faite d’équilibre, d’harmonie entre le masculin et le féminin. En s’incarnant, mon âme est venu chercher une part de « Sa Vérité ». C’est là le sens profond de mon « Défi existentiel ».
Allez… J’ose l’écrire de cette façon : « mon défi existe en ciel » (en trois mots). Ce défi est aussi un projet ou c’est mon projet « existe-en-ciel » d’incarnation 6 qui est un défi.
Le duel peut aussi être conflit lorsqu’on oppose ce qui devrait, au contraire, se rapprocher. Bien des systèmes éducatifs, culturels, ou relevant de traditions familiales immuables sont la genèse de ce qui devient trop souvent affrontements, violences cachées inacceptables et malheureusement admises ou tolérées.
En exemple au passage
L’école, ce haut lieu éducatif, culturel et profondément patriotique, a eu dans le passé une architecture particulière, que nous pouvons encore rencontrer, partout ou presque, dans nos chères campagnes. D’un côté, l’école des filles, avec une maîtresse, et de l’autre l’école des garçons, avec un maître. L’originalité lourde de symbole c’est, qu’entre les deux, il y a toujours la mairie, avec le drapeau les jours de fêtes. Ce qui veut dire que pour aller voir les filles, il fallait passer, d’abord, devant le maire. Façon bien légale de marquer, encore plus, la dichotomie entre le masculin et le féminin, entre la droite et la gauche. À gauche les filles, côté cœur, à droite les garçons, côté rationalisme, au milieu la Loi ceinte de l’écharpe républicaine, côté ordre. Le tout, sous le regard hautain du président de la République, figé dans le bromure d’une photo encadrée, le coin barré d’un liseré tricolore. Marianne, en buste, surveille du coin de l’œil son petit monde, port de tête conquérant sous un bonnet phrygien et au-dessus de deux superbes seins. Ces mamelles-là ont pour vocation de nous suggérer, de nous rappeler, que la République est fière de pouvoir nourrir ses enfants. On n’a jamais fait un buste de la République avec des seins plats.
Fermez le ban.
Anecdote ? Pas tant que ça.
Mémoire enfouie, comportements faussés
Temps passé me direz-vous ! Oui, mais ce passé simple là est encore ancré dans nos mémoires cellulaires. Il est le passé composé, et composant, des racines profondes de bon nombre de nos vieux tabous, fonds de commerce des cabinets de bien des thérapeutes, de certains confessionnaux et malheureusement aussi de gourous en mal de pouvoir.
L’effervescence de mai 1968, en France ou ailleurs, n’a pas tout effacé définitivement. Il reste encore dans nos mémoires cellulaires les traces de brimades et de mortifications vécues par nos parents. Un texte biblique nous dit qu’une malédiction sera sur trois ou quatre générations et une bénédiction sur mille. Ceci pour nous indiquer que nous pouvons très bien porter, en nous, les traces des incompréhensions de nos ancêtres. Une malédiction, c’est ce qui est mal établi (édicter = prescrire = établir par une loi). Ainsi un groupe d’émotions vécu par un arrière-grand-père dans une situation bien particulière, le plus souvent non exprimé, peut se retrouver dans les freins ressentis par une personne de notre génération. Ce groupe d’émotions est devenu force de loi, c’est-à-dire que c’est par ce système-là que nous fonctionnons, un peu comme si une programmation s’était mise en place ou était restée active de générations en générations. Il faut un événement déclenchant pour en comprendre le sens.
S. vient me voir pour des difficultés dans son travail qui se doublent d’une relation affective pas bien vécue. Il se sent presque toujours en infériorité, n’a pas confiance en lui, doute de tout ce qu’il entreprend.
Si son chef de service lui fait une réflexion, il le prend mal. Si sa compagne lui fait une remarque, il pense qu’elle n’a plus les mêmes sentiments pour lui. Après recherche, il ressort qu’il se considère comme un échec et non comme une réussite. Cette conception négative de la vie vient de son arrière-grand-père, immigré italien qui, à la fin du XIX e siècle, est venu s’installer à Marseille. C’était un « Rital », il a souffert de la discrimination dont il était l’objet. Pour ne pas risquer de perdre sa place, ou de prendre un mauvais coup dans une bagarre, il se taisait, rongeait son frein, retenait sa révolte. Il éleva son fils en lui apprenant à ne pas faire de bruit, à rester discret et effacé, tout en faisant le mieux possible le travail qu’on lui demandait. Le grand-père et le père de S. étaient des hommes effacés qui ne lui ont pas laissé l’exemple d’une masculinité conquérante. Ils lui ont appris à ne pas riposter aux attaques, à courber le dos, à ne pas dire ses émotions, à serrer les dents. S. avait des problèmes de tensions dans les mâchoires et ses dents s’usaient anormalement à force d’être frottées les unes contre les autres, il était la quatrième génération à ronger son frein.
C’est par les tests musculaires et les questionnements propres à la Kinésiologie Harmonique, que nous sommes arrivés à cette possibilité pour lui d’arrêter ce système de croyances mal établi, en fait, cette malédiction (malédiction).
Chacun des méridiens d’acupuncture a un sens psychologique, ce que j’appelle une fonction énergétique. Pour tout remettre en ordre, il fut demandé, par tests, de tonifier le méridien de la vessie.
La formulation dynamique liée à ce méridien, c’est :
« Je prends ma vie en charge ».
L’expression restrictive, c’est :
« Je suis dirigé par des personnes et des énergies plus fortes que moi 7 ».
Dans ce contexte, on peut entendre émotions, systèmes de croyances, comme étant des formes d’énergie. Mais en fait, tout est énergie, c’est une des bases fondamentales de la physique quantique.
Son ancêtre avait pris sa vie en charge en s’expatriant. Pour se protéger et venir à bout de ce qu’il avait choisi, il avait opté pour la retenue et la discrétion. Ne voulant pas risquer des ennuis avec ceux qui le rejetaient par xénophobie, il s’était fait petit dans son coin. Ses descendants n’avaient retenu que cette partie-là parce que c’est la seule qu’ils ont connue, vue, ressentie. Toute la démarche initiale faite dans son pays d’origine n’était pas visible pour eux, inconnue, ignorée. Il avait fallu beaucoup de courage pour quitter sa famille, ses amis, ses racines. Il n’est pas bon de parler de ces choses-là, mieux vaut laisser dormir les émotions au fond de soi.
Son arrière-petit-fils ressentait comme une faiblesse ce qui était en fait une force. Il n’y avait donc plus lieu de croire à un échec, là où il y avait volonté de vivre, désir de réussite. Ce que S. voyait, c’est le côté effacé de son grand-père et de son père, il ne les sentait pas conquérants, il ne percevait pas que cette retenue pouvait être une sorte de force. C’était à lui de retrouver cette ressource intérieure, cette volonté de continuer ce que son ancêtre avait osé en s’expatriant. Il portait en lui, sans le savoir, ce courage ancestral qui ne demandait qu’à se réveiller. Cette prise de conscience et la fierté qu’il en éprouva suffirent à le libérer.
Si une malédiction est une mauvaise expression d’un programme, il suffit de retrouver le système par lequel la personne fonctionnait avant et de le remettre en place pour que tout redevienne normal. Alors le programme, qui était restrictif dans son fonctionnement, devient actif et salvateur parce qu’il rétablit une dynamique en sommeil. Nous avons à notre disposition plusieurs moyens qui nous sont donnés par la mémoire même du corps, permettant ainsi une prise de conscience salutaire. On peut alors retrouver la bénédiction, soit la « bonne édiction » (la bonne loi) qui pourra ne plus rester secrète, puisqu’elle sera une bonne diction, elle sera bien dite (béné-diction), elle sera exprimée et reconnue.
Elle peut reprendre sa vraie valeur, souligner son vrai prix (ex-primé), et de nouveau être connue comme étant bonne (re-connue).
Lorsque S. retrouva son équilibre, il se mit à dire ce qu’il ressentait, au fond de lui il trouva les ressources nécessaires pour s’affirmer comme il avait envie de le faire. Il pouvait le faire tout simplement parce qu’il avait pris conscience que le racisme anti Rital n’était plus de mise. L’être humain ayant toujours besoin de têtes de turc ayant opté pour une autre forme liée à l’Afrique du nord. Ses relations aux autres s’en trouvèrent grandement modifiées.
Il était dans sa bénédiction et ses descendants avec lui. N’ayant plus besoin d’être confronté à ce problème, son patron se mit à avoir une autre attitude avec lui, sa compagne lui montra un autre visage. Les miroirs avaient changé.
Les autres ne sont que des miroirs dans lesquels nous nous voyons. Lorsque nous avons compris une problématique, l’image tombe pour nous montrer autre chose. Certains conflits disparaissent lorsque nous avons pris conscience du pourquoi de leur existence et les personnes qui nous en renvoyaient l’image changent d’attitude ou n’ont plus de contact avec nous. Ils n’ont plus de raison d’être.
Le sens de mon projet de vie
En dehors des schémas hérités de nos ancêtres, nous pouvons aussi identifier ceux qui se sont mis en place au début de notre propre histoire. Si je suis né dans cette famille, à cette place-là dans la fratrie, dans cette époque-là, dans cette culture-là, dans ce pays-là, dans ce moment-là de l’évolution de l’humanité, ce n’est pas pour rien. Tout cela a un sens profond que je dois décoder, dont il faut que je comprenne le sens. Car c’est à partir de ces expériences-là et de leur signification que je peux comprendre ce qui fait la force de mon pourquoi existentiel. Il faut cesser de se sentir constamment en conflits avec son entourage. À force, on en devient paranoïaque. Il faut sortir de ces protections qui ne sont que des nœuds inutiles. Le « noïa » de paranoïa me fait penser à des nœuds (noua) que nous nous faisons pour (para) nous protéger. C’est un parapluie qui nous évite de revenir trempés jusqu’à l’os, si nous sommes surpris par un orage. C’est un paratonnerre qui protégera notre maison dans cette même situation. Ce sont nos nœuds, nos blocages qui nous protègent de nos peurs des autres. Para peut aussi venir de parer : protéger, préparer, embellir, orner. Ainsi, comme une femme se pare de bijoux, nous avons tendance à nous parer de nœuds. Ce qui est beau chez une femme, ce ne sont pas ses parures, c’est elle-même. Il serait facile de dire que c’est le corps qui est sous les bijoux, mais là encore ce serait faux et empreint de misogynie. Non, ce qui est beau chez une femme, c’est tout son être.
Il en est de même pour l’homme.
Nos attitudes paranos nous cachent à nous-mêmes. Ce que nous avons peur de perdre, ce sont nos parures, nos clinquants. C’est derrière l’image que nous donnons de nous que nous protégeons ce que nous ne voulons pas montrer. Ce que nous cachons, ce sont nos peurs, nos souffrances, nos peurs de souffrir. Nous nous parons de toutes les protections possibles, familiales, culturelles, religieuses, psychologiques, comportementales. Nous en ramenons certaines qui viennent de nos ancêtres.
Lâcher ces certitudes qui nous entravent
Nous sommes comme un alpiniste qui affronte une falaise, et qui, tout d’un coup, reste planté au beau milieu. Il a quatre prises à sa disposition, deux pour les mains, deux pour les pieds. Pour avancer, il faut qu’il en lâche une. Il est pris de panique, ne sait plus ce qu’il doit faire, s’il doit bouger un pied ou une main. Il n’a plus confiance dans la roche, doute de ses capacités. La peur de tomber s’empare de lui, impossible de redescendre. Planté là, il a simplement oublié qu’il est assuré. En haut de la falaise, un compagnon tient le bout de la corde à laquelle il est amarré par son baudrier. Pourtant il faut qu’il avance, il en a la possibilité, le « potentiel » (jeu de mot avec le compagnon, le pote en ciel). Ses quatre prises sont autant de certitudes auxquelles il est accroché. Celles-là il les connaît bien. Il a confiance. Lâcher l’une d’elles, c’est aller vers une accroche qui risque de ne pas avoir la même sûreté, qui n’aura peut-être pas le même confort. Cela peut me demander un effort. Je ne suis pas sûr d’en être capable. Puis-je lâcher cette confortable certitude pour une incertitude ? Tout le conflit en moi est là. Or je dois continuer mon ascension. Ma vie est un défi, ma falaise est faite d’une succession de conflits. Je dois les identifier, en prendre conscience, les résoudre, les accomplir et aller vers le suivant. Si je reste bloqué par l’un d’eux, je n’avance plus.
Essayez de rester au milieu d’une falaise en plein été. Grillé par le soleil, vous deviendrez tellement rouge qu’on pensera qu’un révolutionnaire a planté un drapeau communiste. À moins qu’on ne vous prenne pour une sardine, tellement vous serez grillé.
Plaisanterie mise à part, je ne vous le conseille pas. Nous sommes tous plantés, parce que nous refusons de lâcher ce que nous tenons. Nous couvons tranquillement nos chers petits conflits parce qu’ils nous rassurent.
Ah, ces fameux avantages acquis !
Ah, ces certitudes que nous refusons de remettre en question !
Ah, ces protections que nous ne voulons pas lâcher, ces sécurités dont nous nous entourons ! Nous en sommes devenus obèses de nos protections.
Ah, tous ces politiciens de droite et de gauche auxquels nous demandons toujours plus de garanties de sécurité.
Ah, tous ces journalistes avides du sensationnel que nous leur achetons et qui nous enfoncent, nous confortent, dans nos peurs.
Ah, ces chers privilèges que nous ne voulons pas perdre !
Ah, tous ces vieux machins que nous gardons dans nos caves et nos greniers, parce que ça peut servir !
Ah, ces petits pouvoirs de rien du tout derrière lesquels nous nous donnons l’illusion d’être quelqu’un ! Petits chefs de pacotille.
Ah, ah !… Et pendant ce temps-là, nous grillons sur nos falaises.
Si nous sommes là, c’est pour avancer, pour le faire à l’aise (fa l’aise), parce que là haut quelqu’un nous assure, il ne nous laissera pas tomber. Il suffit de le croire, d’avoir confiance. Ce chemin-là nous devons le suivre, parce que c’est le nôtre. Chaque prise a un sens, nous devons le découvrir, le comprendre… et le lâcher pour passer à autre chose.
Se dégager du passé, c’est s’ouvrir au changement, à la vie. C’est sortir de nos constipations chroniques, de nos retenues sclérosantes, à l’origine de bon nombre de pathologies dégénératives.
Rester accroché à ce dont nous n’avons plus besoin, c’est courir le risque d’aller vers la « non-vie », la sclérose, et peut être certaines formes de cancer.
Partout, se disent, se répètent les mêmes choses. Nous vivons dans un monde dirigé par l’argent et nous ne pouvons plus rien car tout est soigneusement cloisonné, pour que nous ne puissions pas intervenir. La société c… 8 n’est pas une fatalité. Un humoriste français, philosophe hélas trop tôt disparu, disait :
« Si on ne veut plus qu’ils en fabriquent, il n’y a qu’à ne plus en acheter » 9 .
Redevenons les souverains de notre propre corps et de notre être profond, notre âme, et nous retrouverons le sens de la vie, la nôtre. Nous ne risquerons plus d’être soumis aux désirs de puissance d’un petit nombre, une oligarchie financière que nous entretenons par faiblesses. Nous avons construit un tel système de protection autour de nos peurs, qu’elles sont devenues des règles fondamentales. Ce sont ces lois là auxquelles nous nous attachons. C’est pour cette raison, je pense, que nous sommes amoureux de nos peurs. Nous les choyons, les entretenons, parce que nous avons peur de ce qui pourrait se mettre en place si nous agissions autrement. L’inconnu fait peur. Accrochés à nos falaises respectives, nous ne voyons plus les raisons de notre « Ascension », ce qui pourrait donner un sens à notre devenir.
Nous allons vers l’Amour, nous en venons et nous y retournons, entre ces deux allers-retours, il nous est proposé de comprendre le sens de nos peurs. Voilà pourquoi ce livre pourrait être une aventure entre :
« La peur de l’Amour et l’amour de nos peurs, dans la nébuleuse de nos émotions ».
Les outils de la Kinésiologie Harmonique
1) Sa philosophie générale
Tout principe, quel qu'il soit, a pour base une pensée philosophique ou tout simplement un ensemble de systèmes de croyances. Or un système de croyances est une juxtaposition plus ou moins cohérente de protections diverses et variées. Nous avons peur de perdre, de ne pas y arriver, de ne pas être reconnus, d’être rejetés, de perdre les petits pouvoirs que nous nous octroyions. Cela nous pousse, insidieusement, à construire des systèmes très élaborés qui sont autant de protections pour ne pas risquer d’avoir peur. Dès lors tout ce qui est au-delà de ces limites que nous avons mises en place devient dangereux et doit être rejeté, diabolisé. Voilà, c’est dit, tout ce qui n’appartient pas au politiquement correct est dangereux et ne peut que venir du diable, ou alors c’est une secte.
Les kinésiologies, en général, n’entrant pas dans le champ d’une application scientifique avérée, n’ont aucune valeur en soi. Un tel raisonnement est issu de concepts qui ont fait leur temps.
Je ne peux pas m’empêcher de reproduire ici un texte de John Thie qu’il nous a donné en introduction d’un cours sur le traitement de la douleur que j’ai eu la chance de suivre avec lui en 1997.
« Le “ Touch For Health ” est une méthode d’équilibration qui fait partie de la nouvelle philosophie de la santé qui se développe actuellement, par contraste avec les concepts antérieurs dérivés des idées de Descartes et de Newton aux XVI e et XVII e siècles. Leurs concepts, qui ont conduit à la “révolution scientifique”, nous ont amené la civilisation technologique que nous connaissons aujourd’hui. Le concept de Newton représente un modèle de pensée, de perception, d’évaluation, de décision et d’action. Ce système affirme implicitement qu’il est objectif, il exclut les autres modèles et ne les considère pas comme scientifiques, s’imposant comme seul système de référence de notre monde. Einstein et beaucoup d’autres ont à leur tour révolutionné la science en étudiant les niveaux subatomiques de la réalité.
Ces nouveaux concepts de la physique ont modifié les modèles de pensée du public et ont pénétré toutes les cultures. “ Touch For Health ” intègre ces modèles scientifiques ».
Le travail de John Thie est la base demandée pour la formation en Kinésiologie Harmonique, je m’inscris donc, pleinement, dans cette philosophie tout en sachant très bien, sans aucune ambiguïté, que :
« Aucune recherche ne permettra jamais de trouver la “vérité absolue” pour toujours et pour tous les humains. Il ne dépend que de nous, de trouver notre but, si nous le cherchons » 10 .
Chacun a une petite parcelle de vérité. Ce sont plutôt les mises en commun de ces petits bouts de vrai qui nous donneraient une force plus grande. Deux parties mises ensemble ont plus de puissance que prises individuellement.
Le jour où la médecine osera s’ouvrir à d’autres courants de pensée, nous aurons fait, et nous pourrons faire, un grand pas vers la recherche de la santé. La santé est un simple état d’équilibre fragile, qui demande une attention quotidienne.
Je dis cela sans aucun esprit polémique ou malveillant. L’être humain est un tout, fait de chair, de sang, d’émotions, d’énergies subtiles exogènes et endogènes. Il ne peut pas être considéré par tranches ou par petites parties, dissociées les unes des autres. La santé doit retrouver une dimension holistique, dont les bases étaient, déjà, jetées par Platon. Quatre cents ans avant le début de notre ère, il a écrit :
« On ne peut guérir la partie sans soigner le tout. On ne doit pas soigner le corps séparément de l’âme, et, pour que l’esprit et le corps recouvrent la santé, il faut commencer à soigner l’âme. Car c’est une erreur fondamentale des médecins d’aujourd’hui : séparer dès l’abord l’âme et le corps. » (Platon, Les Charmides, 427-347 av. J.-C. 11 )
Qu’avons-nous fait, dans nos pays dits civilisés, depuis tout ce temps ? On ne peut que rester pantois en lisant cette pensée de Platon.
Ma formation de théologien, ma pratique quotidienne d’accompagnement de personnes désorientées par les mal-être persistants que les tranquillisants ne règlent pas, m’incite à oser dire que la Kinésiologie Harmonique pourrait être une médecine de l’âme. Je garde volontairement un conditionnel dans ma formulation, rien n’est réellement certain. La vérité n’est vraie que dans l’instant, hier elle ne l’était pas, demain elle ne le sera plus. Elle reste toujours à faire. Je dis aussi une médecine, je pense qu’il y en a d’autres et il serait souhaitable et heureux qu’il puisse en naître de nouvelles. En fait, elles le sont toutes car, en réparant le physique, on améliore aussi le bien-être de l’âme. C’est l’aspect trop technique de certaines approches qui donne le sentiment que le psychologique n’est pas pris en compte. S’il l’est, ce sera, bien souvent, par son aspect analytique et non sur la recherche des ressentis intuitifs, subjectifs.
Etymologiquement, le mot psychologie, venant du grec psyché (âme) et logos (langage), devrait être compris comme l’étude du langage de l’âme, ou des langages, car ils sont multiples et subtils.
Le champ d’exploration des manifestations psychosomatiques est vaste, nous avons du pain sur la planche. L’approche en reste encore très empirique et n’a, bien souvent, aucun fondement scientifique avéré.
Est-ce bien nécessaire ?
La médecine moderne est devenue très technique et c’est heureux, cela lui permet de grandes victoires. Or cette haute technicité est obligée, pour aller encore plus en avant dans ses recherches, de s’affranchir de contraintes gênantes à son goût. Elle a dû faire abstraction de certaines formes de psychologie ou même de spiritualité pour ne pas se laisser atteindre ou perturber par des « états d’âme ». Certes, il y a bien les psychothérapeutes et les psychiatres, mais eux aussi sont soumis à des contingences scientifiques s’ils ne veulent pas être diabolisés ou traités de charlatans. Ils sont le plus souvent sous contrôle car leur gagne-pain dépend des prescriptions des praticiens patentés.
Le jour où le monde médical acceptera de sortir de ses sacro-saints dogmes scientifiques, nous aurons fait un grand pas vers l’équilibre de santé. Il semble, malheureusement, que les freins soient plus économiques et financiers que réellement intellectuels ou même, tout simplement, philosophiques.
Nous devrions être gestionnaires de notre vie et par là-même de notre corps, nous sommes seuls responsables d’accepter ou de refuser certains dictats, à partir du moment où nous constatons qu’ils ne sont plus cohérents avec nos projets, ne correspondent plus à nos besoins, à nos souhaits. La liberté d’être soi passe par là.
Je me sens dans cette ligne philosophique platonicienne dont le projet est de faire triompher l’Esprit, c’est-à-dire ce qu’il y a de divin en l’homme. Le divin est un, unité, il est aussi duel. Il est fait de ces deux énergies qui se complètent sans s’opposer, le masculin et le féminin, le yin et le yang de la médecine chinoise. Le divin est fait des limites du bien établies par le moins bien. Ce qui est en dehors donne tout son sens à ce qui est à l’intérieur, le valorise, le transcende. Les religions monothéistes issues du judaïsme ont opposé le bien et le mal, le vrai et le faux, l’âme et le corps. Beaucoup de cultures, diverses et variées de par le monde, opposent l’homme et la femme, faisant trop souvent de l’une la soumise de l’autre. La pensée moderne oppose le scientifique et le non-scientifique, le rationnel et l’irrationnel, le pragmatisme et l’idéalisme, et fustige tout romantisme. Tout cela a fait, et fait encore, le lit de dictatures militaires, intellectuelles, syndicales, institutionnelles.
En ce qui concerne la religion, cela s’appelle Inquisition.
Sur le plan familial, il s’agit de tradition. En politique, on parlera de maintien de la cohésion nationale. Économiquement, il serait fait référence à l’équilibre et à la prospérité d’une économie de marché porteuse, hélas, d’inégalités de plus en plus détestables.
Les intégrismes, les sectarismes fondent leur hégémonie sur cette lutte du bien contre le mal qui ne peut que conduire au terrorisme. Nous avons, malheureusement, une multitude d’exemples dans le déséquilibre mondial actuel. Chacun de son côté se dit investi d’une mission divine et être la force du bien qui doit lutter contre les forces du mal. De ces croisades-là ne peuvent naître que des douleurs et des chagrins. Il faudra du temps pour passer à autre chose. Ce n’est pas impossible. Déjà des signes annonciateurs de paix sont palpables. De plus en plus de personnes, un peu partout dans le monde, cherchent à construire des parcelles de paix sans clôtures d’aucune sorte.
Une des règles fondamentales en « Santé par le Toucher » est de chercher à redonner de la force aux méridiens en vide d’énergie, plutôt que de chercher à faire une sédation de ceux en excès 12 . Cette approche vise à autonomiser l’individu, en lui permettant d’aller chercher, au plus profond de lui, des ressources présentes mais inutilisées. Tant que nous serons dans l’attente de l’application de promesses électorales, d’où qu’elles viennent, nous ne vivrons pas en équilibre.
La force est en nous, c’est notre projet de vie, son sens.
Redonner à chacun la possibilité d’aller puiser dans ses ressources les moyens dont il dispose pour retrouver SA place, voilà une mission exaltante. C’est possible, c’est notre devenir.
La médecine chinoise, quant à elle, se fonde sur la recherche de cette harmonie entre le Yin et le Yang, l’énergie féminine et l’énergie masculine. Elle a cinq millénaires derrière elle et n’a pas pris une ride. Comme Platon, elle recherche l’équilibre de l’esprit qu’elle appelle Ki. Dans notre culture judéo-chrétienne, nous l’appelons « Souffle de vie ». Pour les Grecs, c’était « Pneuma ».
La philosophie générale de la Kinésiologie Harmonique s’appuie à la fois sur la pensée de Platon à propos de la guérison, la physique quantique pour laquelle tout est énergie, et l’approche holistique de John Thie. Je ne serais pas complet si je ne faisais pas référence à Alexander Lowen. Pour lui, nos déséquilibres psychiques sont inscrits dans notre corps. Il a été, par ses livres, à l’origine de beaucoup de changements intellectuels, psychologiques, structurels, que j’ai eus à vivre, personnellement, dans la fin des années soixante-dix. La lecture de son œuvre fut pour moi un bouleversement fondamental. J’y ai puisé des idées pour élaborer ma méthode.
Dans ma courte présentation, il manque encore une approche sans laquelle je ne serais pas complet, l’écologie. Je citerais simplement deux hommes qui me semblent avoir été et être des précurseurs. J’ai assisté à un cours magistral du premier en 1968 à la faculté des sciences de Montpellier.
René Dumont 13 considérait que le développement n’était pas un problème d’argent, d’engrais ou de semences, mais plutôt la résultante d’un équilibre entre les trois. Il soutenait que les relations entre les hommes et leurs champs reposaient essentiellement sur les relations existantes entre les hommes eux-mêmes, les relations sociales constituant les bases sur lesquelles reposent une agriculture et un développement industriel de qualité. Enfin, il considérait que les piliers soutenant de bonnes relations sociales entre les hommes reposaient sur de bonnes relations entre les hommes et les femmes. Il a été un des premiers à expliquer les conséquences de ce qui ne s’appelait pas encore la mondialisation : explosion démographique, productivisme, pollution, bidonvilles, fossé grandissant entre pays du Sud et pays du Nord.
Il fut également le premier à utiliser les mots développement durable. Il a donné à l’écologie une dimension politique en se présentant lui-même à l’élection présidentielle en 1974.
Pierre Rabhi 14 est l’un des pionniers de l’agriculture écologique en France. Depuis 1981, il transmet son savoir-faire en Afrique, cherchant à redonner leur autonomie alimentaire aux plus démunis et à sauvegarder leurs patrimoines nourriciers. Auteur, philosophe et conférencier, il appelle à « l’insurrection des consciences » pour fédérer ce que l’humanité a de meilleur et cesser de faire de notre planète-paradis un enfer de souffrances et de destructions. Devant l’échec de la condition générale de l’humanité et les dommages considérables infligés à la Nature, il nous invite à sortir du mythe de la croissance indéfinie, à réaliser l’importance vitale de notre terre nourricière et à inaugurer une nouvelle éthique de vie vers une « sobriété heureuse », il propose aussi une « décroissance soutenable ».
« Nous devons sortir d’une vision antagoniste du monde pour entrer dans une vision solidaire : l’autre ne doit pas être considéré comme un concurrent potentiel mais comme un complément. » (Pierre Rabhi)
La Kinésiologie Harmonique s’inscrit pleinement dans cette démarche. Le titre que j’ai donné à ma méthode en est déjà l’affirmation. La recherche d’harmonie est la quête d’équilibre dont nous avons tous besoin. Nous ne pouvons pas en faire l’économie, c’est vital. Physiologiquement, cela s’appelle homéostasie. C’est-à-dire la capacité que nous avons à conserver l’équilibre de fonctionnement en dépit des contraintes extérieures.
Pour Claude Bernard :
« L’homéostasie est l’équilibre dynamique qui nous maintient en vie ».
Je constate régulièrement dans ma clientèle que lorsqu’un des membres d’une famille commence à faire un travail sur lui-même pour retrouver son équilibre, c’est l’ensemble de la cellule familiale qui va en profiter. D’autres personnes de son entourage vont ressentir le besoin de se pencher sur leurs mal-être respectifs.
Ce qui est vrai pour nous-même, pour notre famille, l’est aussi pour les groupes sociaux auxquels nous appartenons. Ce qui est vrai pour ces groupes sociaux l’est aussi pour une région, pour un pays, pour l’humanité tout entière.
Ainsi en recherchant l’harmonie pour nous-même et pour ceux avec qui nous vivons, nous agissons pour l’humanité.
L’homéostasie propre à chaque individu devient écologie et développement durable pour l’ensemble de la planète.
L’océan est fait de gouttelettes.
Il est heureux de constater que l’écologie, le développement durable sont des notions économiques et politiques que plus personne n’ose vraiment contester. C’est même devenu électoralement très porteur. C’est franchement tendance…
2) Son outil, « le test musculaire »
Comme toutes les kinésiologies, appliquées ou spécialisées, la Kinésiologie Harmonique utilise le test musculaire. Le principe est simple, tout muscle mis en tension se déconnecte s’il est en situation de stress, de déséquilibre. L’information ainsi manifestée sera structurelle, physiologique ou émotionnelle. C’est un outil subtil et fantastique pour peu qu’il soit bien expliqué et utilisé.
Un enfant de six ans est capable de comprendre, de ressentir qu’un muscle mis en tension tient quand il pense à quelque chose qui lui fait plaisir, et ne tient pas quand il pense à quelque chose qui ne lui fait pas plaisir, le dérange.
Ce ressenti physique est primordial car il établit une relation concrète entre le patient et le praticien 15 . En outre, il aide à prendre conscience du sens de la problématique du mal-être, de la logique de son fonctionnement, de la cause dont il est issu. Par la simplicité et la pertinence du geste, bien des situations conflictuelles ont pu trouver leur solution.
3) Le principe du circuit électrique
Pour moi un stress est une question qui n’a pas trouvé sa réponse. La solution est proche, pas encore palpable, d’où l’angoisse de risquer de ne pas y arriver. L’insécurité provoquée par cette situation vient du fait que nous ne savons pas si nous pouvons lâcher nos protections, si notre intuition n’est pas en train de nous jouer un tour, si nos systèmes de croyances sont toujours aussi fiables.
Il vaut mieux couper le circuit, plutôt que de risquer l’explosion.
En « Santé par le Toucher » et par conséquent en Kinésiologie Harmonique, nous utilisons le principe du circuit électrique.
Lorsque nous mettons un muscle en tension, s’il ne tient pas à la pression, nous estimons qu’il indique un état de stress. Nous répétons le même geste tout en mettant le doigt sur un des points permettant son équilibration. Si le muscle se renforce, c’est tout simplement que nous avons identifié le circuit permettant de rétablir l’énergie vitale.
De la même façon, si nous faisons dire à la personne une phrase type ou une émotion, cela indique le sens de la perturbation présente dans cette faiblesse musculaire.
Voici l’explication que l’on peut donner.
Dans la partie comprise entre A et B, l’intensité est normale, entre B et C la discontinuité X coupe la circulation de l’énergie.
Le point X est la matérialisation d’un problème quelconque, reste à trouver entre B et C où il se trouve.

Circuit électrique
Le stress est situé entre ces deux points. Le test musculaire va permettre de l’identifier, d’en comprendre le sens, la cause, l’origine, la nature. Le même test musculaire va permettre de trouver la solution pour que le point X se reconnecte. Une circulation énergétique continue va ainsi redonner à l’ampoule son éclat initial. Le stress a disparu. L’information à l’origine de la panne ne va pas disparaître, elle restera présente sans activité notoire, prête à provoquer, à nouveau, le même déséquilibre, la même réaction si les mêmes causes réapparaissaient.
Le point X n’est, ni plus ni moins, qu’un fusible, une protection.
Un électricien utilisera une simple ampoule baladeuse, munie de deux fils, qu’il promènera le long de la partie défectueuse du circuit pour trouver la panne. Une fois celle-ci identifiée, il essayera, parmi les fusibles dont il dispose, celui qui remettra le circuit en marche.
Tout est énergie, un mot peut blesser ou guérir. Une phrase, selon sa tournure, sa forme, le ton sur lequel elle est prononcée, agira de même. Ne négligeons pas ce qui peut être imaginé, fantasmé, supposé, réel, mal dit ou non dit.
Entre B et C, nous pouvons trouver : des secrets de famille, des barrières venant de nos ancêtres, des obstacles fabriqués ou hérités, des masques de protection pour des programmes comportementaux restrictifs, des archétypes culturels, philosophiques ou religieux.
Ce que peut nous faire apparaître le point X ressemblera à une douleur, un comportement négatif, révélera une situation d’échec récurrente ou une dévalorisation persistante.
Dans les deux cas, la liste est variée.
C’est ce même test musculaire qui va nous permettre de construire la nébuleuse de nos émotions, d’en comprendre les subtilités et de libérer ce qui doit l’être.
En Kinésiologie Harmonique, notre travail sera toujours de chercher, avec le plus de précision possible, toutes les informations dont la personne a besoin pour comprendre le sens de son mal-être. Or, ce qui est fabuleux c’est que nous avons tout en nous, les informations, mais aussi les moyens pour rétablir l’équilibre.
« Le corps connaît la solution. »
1 . Cf. La Kinésiologie Harmonique, Le corps connaît la solution , Éditions Le Souffle d’Or.
2 . Titre du premier module de mon cours de Kinésiologie Harmonique.
3 . Je reviendrai en détail sur cette notion importante de l’information au chapitre 4.
4 . Cuvé est l’inverse de vécu. Nous devons faire de notre vie une bonne cuvée, de nous seul dépend cette alchimie de la vie.
5 . Mélange de salades de différentes variétés.
6 . Incarnation, prendre corps, prendre chair, carne.
7 . Cf. « Les fonctions énergétiques » dans La Kinésiologie Harmonique , Éditions Le Souffle d’Or, p. 154. Je ferai souvent référence à mon premier livre, dans lequel j’ai expliqué les bases énergétiques de la Kinésiologie Harmonique. Vous trouverez en annexe les phrases correspondant à des fonctions.
8 . Boisson gazeuse, d’origine américaine, de couleur marron, dont je ne veux pas faire la publicité, mais qui a envahi la planète. Voir pour cela le fameux film Les dieux sont tombés sur la tête.
9 . Michel Colucci dit Coluche.
10 . John Thie en introduction du cours sur le traitement des douleurs, donné à Mai- sons-Alfort à l’école ASTM en 1997. Voir adresse de cette école en annexe. On retrouve toute sa philosophie dans son livre coécrit avec son fils Matthew : Le Touch for Heath en pratique , Éditions Le Souffle d’Or, 2005.
11 . Cité par le Dr Robert Guinée dans son ouvrage, Les maladies, mémoires de l’évolution , auto-édition en Belgique, page 6.
12 . Je fais ici encore référence à mon premier livre où j’ai largement expliqué ce qu’est la « Santé par le Toucher » ou Touch for Health. (cf. Chapitre II, page 49).
13 . Ingénieur en agronomie et sociologue français (1905-2001), connu pour son engagement écologiste.
14 . Né en Algérie en 1938, il est l’initiateur du mouvement « Terre et humanisme » et du principe d’agro-écologie.
15 . Un praticien est une personne qui possède parfaitement une technique, un métier. Personne qui pratique une activité, un métier. Les dictionnaires s’accordent pour ne pas laisser à une seule catégorie socioprofessionnelle l’exclusivité de ce terme. Ceci étant dit pour désamorcer toute velléité de polémique.
P REMIÈRE PARTIE Nous venons de l’amour, mais : – nous en doutons, – nous refusons d’y croire.
Chapitre 1.
L’harmonie de l’être
« Chaque brin d’herbe a droit à sa part de rosée ».
(Proverbe chinois)
1) La création, la décision de l’incarnation
Au début… il a bien fallu qu’une décision soit prise pour que je devienne celui que je dois être. Je peux ne pas croire à la réincarnation, je peux très bien me contenter d’un système de croyances qui limite ma venue sur terre à une seule apparition. À un moment donné, la décision de mon incarnation a été prise. J’ai dû prendre carne (chair), ce qui tout simplement veut dire que mon âme (mon être profond) est devenue être vivant dans un corps, elle s’est incarnée.
Si cette décision a été prise, c’est qu’elle a un sens et c’est ce dernier que je dois trouver ou retrouver.
Tout être humain, quel qu’il soit, a sa place dans le monde dans lequel il évolue, il a une mission à assumer et c’est pour cela qu’il s’est incarné.
Cette mission, c’est mon âme, mon être profond qui en a la responsabilité, qui doit la conduire à son terme dans les meilleures conditions qui soient. Tout m’a été donné pour que je puisse réaliser ce qui m’a été confié. J’ai en moi tout ce qui m’est nécessaire pour accomplir et donner son sens à cette mission.
Dans le temps de mon enfance, il m’est arrivé de partir en colonie de vacances. Ma mère me préparait mon sac à dos et mettait dedans tout ce dont j’avais besoin pour un long séjour sans elle. Chemises, pulls, chaussettes, chaussures, pantalons à manches courtes (c’est ainsi que j’appelais mes shorts), slips, nécessaire de toilette et puis, dans une petite poche sur le côté, quelques friandises pour les soirs de vague à l’âme. À six ans, un mois loin de sa maman, on a toujours un peu de mélancolie, le blues. Tout était soigneusement étiqueté à mon nom pour que je puisse m’y retrouver et ne rien oublier. Entre deux chandails (maintenant on dit pull), j’avais la surprise de trouver un paquet de biscuits, petite attention pour me rappeler l’amour maternel. Je partais à l’aventure avec un sac bourré d’amour, étiqueté le soir à la veillée sous une pâle lampe alimentée en 110 V. Ma mère avait fait broder en rouge des mètres et des mètres de ruban blanc avec nos noms et nos prénoms. Mes frères et sœurs avaient les leurs, j’avais le mien. Ils étaient semblables par la couleur, le prénom faisait la différence. Nous étions chacun responsable de nos propres affaires. Ce qui faisait l’originalité de nos marques à nous, c’est qu’elles portaient les noms de mon père et de ma mère, accolés par un trait d’union.
Allégorie familiale pour dire que nous avons tous dans notre sac à dos ce dont nous avons besoin pour partir à l’aventure. Ce dont nous disposons a été préparé avec amour. Nous venons avec tout ce qui nous sera nécessaire au cours de ce périple qui, à travers les méandres de notre légende personnelle, nous mène vers notre devenir. Cette longue histoire que nous avons à écrire est faite de richesses insoupçonnées qu’en secret une main affectueuse a glissé dans nos affaires.
Nous avons tous la possibilité de découvrir ce paquet de biscuit caché entre deux protections (pulls) pour nous rappeler que nos affaires ont été arrangées méticuleusement, avec amour, afin que l’aventure puisse être vécue dans les meilleures conditions. Nous avons tous en nous, dans notre sac à dos, l’information que cette marque d’amour est présente. Je ne sais pas si ce sont des biscuits, des bonbons ou une friandise quelconque. Je sais qu’il y a quelque chose. J’en ignore la forme exacte, le goût, la couleur, la quantité. Je sais qu’il y a quelque chose. Ce quelque chose est une marque d’amour. J’en suis sûr. À moi de me persuader que je suis bien digne de mes richesses. Ce qui crée les conflits et nous masque nos défis, c’est que nous ne croyons pas réellement en nos valeurs.
Au sortir d’Égypte, Moïse été chargé de conduire son peuple vers Sion, vers la terre promise, la nouvelle Jérusalem. En venant au monde, je vais vers ma terre promise, vers ma Sion (mi-sion). Je creuse mon sillon, si micro soit-il. Il a son sens, sa raison d’être. Il m’est propre, personnel, ressemble à celui de mes aînés, mais il est différent, original. Ce qui fait de moi un être original. Des Bourguet il y en a beaucoup et nous ne sommes pas tous dans le même arbre généalogique. Nous sommes cinq « Bourguet-Chabal ». Je suis le seul Jean-Pierre Bourguet-Chabal. Il n’y en pas d’autre et c’est déjà mon originalité, ma fierté. C’est ce qui me signifie, me donne mon sens.
Nous sommes tous des originaux et nous devons tous revendiquer notre singularité. Notre liberté en est la promesse. C’est le sens même de notre incarnation. Nous sommes là, dans cet espace temps donné, pour écrire notre légende personnelle et en comprendre la singulière originalité.
Tout est fait dans nos sociétés pour que justement nous ne puissions pas préserver notre différence. Il est plus facile de conduire un troupeau de moutons. Laisser l’homme accéder à la liberté, c’est courir le risque de ne plus avoir de pouvoir sur lui. Tous les gouvernants de la planète le savent et dans leur insidieuse démagogie nous laissent croire le contraire. Nous sommes tous en liberté surveillée. Nous sommes tous libres de faire ce qu’on nous demande de faire pour que l’équilibre économique fonctionne selon les principes dictés par certains intérêts privés, très privés. Si nous ne respectons pas ces règles élémentaires, alors nous sommes considérés comme faisant partie d’une secte, à moins que nous ne soyons traités d’hérétique ou de terroriste. C’est facile.
Le bureau de la sainte Inquisition n’a jamais été fermé, Benoit XVI en était le directeur avant de devenir pape. En Occident, les religieux ne sont plus seuls dans leur intransigeance inquisitrice, les scientifiques, les économistes et les financiers se sont accoquinés à eux et occupent avantageusement le terrain.
Laissez-moi oser vous proposer une allégorie bucolique, expression d’une liberté quelque peu oubliée. Mon propos n’est pas de tomber dans un passéisme béat, il est au contraire d’essayer de retrouver des valeurs écologiques perdues. Notre intuition nous dit, inlassablement, dans quelle direction nous devrions aller, et comment. Les grands groupes financiers exercent insidieusement sur nous des pressions culturelles, économiques, politiques. Ils nous mènent, à marche forcée, vers la satisfaction de leurs égoïsmes ravageurs, nous poussent vers des chemins de traverses qui nous éloignent de nos valeurs ontologiques. Conscience d’être que pourtant nous recherchons tous, inlassablement.
Achille, le laboureur, entame son sillon ; il a, d’un coup d’œil, évalué la direction à prendre. Au loin, il voit le bout du champ. Il sent, devine les difficultés qu’il va rencontrer. Les efforts nécessaires sont estimés, appréciés avant même la fin du travail. D’un geste sûr, appris de son père et de son grand-père, il plante le soc de la charrue dans le sol caillouteux. Bijou, son cheval, sait qu’il ne doit faire que deux pas, la terre doit être ouverte avec délicatesse, sur une courte distance, afin de laisser la communion s’établir. De la main, Achille prend délicatement une poignée de terre, en hume l’odeur comme il le ferait d’un grand cru. Entre ses doigts, délicatement, avec délectation, il la roule. Des yeux, il en évalue la couleur. Il en prend possession, de tous ses sens.
Ils se parlent : « Ensemble, nous allons faire une bonne récolte ».
Jamais il n’emploie le « on », c’est à la première personne du pluriel qu’ils communient. Il y a la terre, la charrue, le cheval et lui. Rien d’impersonnel.
Enfin il se lance. Tout son corps participe, guide, retient cette lame d’acier. Devant lui, la terre s’ouvre, se retourne, change de couleur, transpire, se dévoile, gémit, s’offre enfin. Fougueux, le cheval, d’un pas décidé hérité de ses ancêtres, communie avec lui, épouse ses gestes, les anticipe, les devine, les provoque. Bête et homme s’unissent dans l’effort, l’un tire, l’autre dirige, l’un écume, l’autre sue. Soudés, ils préparent ce sol que le soc révèle, qui s’offre à eux, sans retenue. Bientôt il les nourrira de grains, de farine et de pain. La paille sera litière et reviendra fumer cette terre. Avant, il faut aller au bout du champ, terminer cette partie de l’ouvrage.
La charrue se bloque dans une pierre, l’homme la dégage, la soulève, élimine l’obstacle, replante le soc, au bon endroit. De la main, il écarte sa casquette, s’essuie le front d’un revers de manche. Un claquement de langue, un ordre simple, une invitation plutôt, et le cheval, d’un coup de rein, reprend sa marche en avant. Une racine contredit la progression ? La solution est là, adaptée, il faut la trouver. Une pierre se fiche dans le sabot du cheval, le fait boîter ? D’un geste souple et sûr, son maître le délivre, le rassure d’une tape affectueuse. Un mot, une caresse, un encouragement, et le ballet continue, immuable, éternel, sensuel… sublime.
Le soir venu, le travail fini, dans le silence du plaisir de la tâche accomplie, unis dans la paix du repos comme ils l’étaient dans l’effort, ils rentrent au bercail. La terre béante et humide se laisse envahir par la fraîcheur de la nuit. Déjà féconde, elle attend ces graines qu’Achille, d’un geste circulaire, large et caressant, épandra en elle. Puis il viendra la herser. De son manteau lissé, elle protègera cette germination, le début du printemps la parera de vert tendre. À l’été seront les moissons et la fête au village qui les ponctue. Point d’orgue.
J’aurais pu prendre dans cette allégorie un tracteur de 40 cv. L’image aurait été moins poétique et de toute façon, je préfère l’odeur du crottin à celle du gasoil. Allez donc fumer un champ avec un mélange de paille et de mazout. Votre pain aura un goût bizarre, si tant est que votre champ puisse donner du blé après une telle fumure. Laissez-moi me réjouir et penser simplement que ce pain-là, celui d’Achille et de Bijou, pétri et cuit au feu de bois, n’a pas enrichi les compagnies pétrolières.
Nous avons en nous tout ce qu’il faut, nous savons la direction du sillon que nous sommes venus tracer, parallèle à celui de nos prédécesseurs. Mais les dérèglements dans lesquels nous sommes tombés entraînent des découragements stupides, dès que la moindre pierre se met en travers de notre chemin. La colère nous prend là où la patience et le calme devraient être de mise. La violence s’est installée. Que notre véhicule ne veuille plus avancer et nous le maltraitons. C’est la faute à tout le monde, aux autres, à ceux qui veulent envahir et nous prendre notre petit territoire illusoire.
Nous nous croyons perpétuellement en insécurité alors que nous sommes les propres artisans des malaises qui nous envahissent.
« Nous avons l’illusion d’être maîtres de nos outils alors que nous sommes de plus en plus à leur service. La prise de pouvoir de la technologie sur l’humanité est effrayante. » (Pierre Rabhi)
Au lieu de dégager le sillon de cette racine qui nous bloque, au lieu de prendre le temps de mesurer la difficulté et de chercher une solution adaptée, nous employons les grands moyens, ces canons destructeurs que nous ont construits nos arsenaux, qu’ils soient militaires, chimiques ou pharmaceutiques. Pour éradiquer le mal, rien ne vaut la karchérisation à outrance, l’hypocrisie, le mensonge, la diabolisation de ce qui gêne, de tout ce qui n’est pas politiquement correct ou scientifiquement avéré. Nos médecins ont adopté un langage guerrier qui parfois fait froid dans le dos.
Faut-il pour autant revenir au Moyen Âge ? Ce serait absurde et contraire à l’évolution de l’humanité.
Retrouver les valeurs simples des choses de la vie, ne pas se laisser abuser par les sirènes du tout, tout de suite, de la société de consommation, serait un moyen peu coûteux de retrouver notre liberté d’action, de parole, de pensée. Faut-il pour cela une révolution ? Non. Une dictature sera toujours remplacée par une dictature, un fondamentalisme par un autre fondamentalisme, un dogmatisme par un autre dogmatisme. Il y a toujours, dans ces cas-là, des exclus. La misère se déplace, d’un groupe à un autre, mais la misère reste. Dans un système construit sur les principes de la dichotomie, il y a toujours ceux qui profitent et ceux qui subissent.
L’homme n’est pas fait pour vivre dans des conflits, sa nature profonde le pousse plutôt à relever les défis que l’ascension de sa falaise lui propose.
Ce n’est pas par hasard que j’ai appelé le cheval de cette petite allégorie Bijou. Nous avons tous au fond de nous cet allié, ce joyau merveilleux qui n’est autre que la valeur qui nous est propre, que nous cherchons tous, alors que nous l’avons déjà.
La valeur de soi.
L’allusion à une racine qui bloque la progression de la charrue n’est pas fortuite. Notre mémoire s’est aussi construite à travers ces secrets, ces non-dits, ces querelles de familles, ces traditions, ces systèmes de croyances, ces dogmatismes illusoires, suspendus à nos arbres généalogiques ou nos mats de cocagne, comme autant de glorieuses breloques.
Nous avons perdu le sens des belles choses. La terre n’a plus de goût, ou celui qu’elle nous laisse est chimique. Nous recherchons l’harmonie en nous, mais nous ne respectons pas cette terre qui nous nourrit. Il y a conflit, nous sommes entièrement responsables de ce conflit-là entre la nature et nous.
Nous ne pourrons jamais retrouver l’harmonie en nous tant que nous ne respecterons pas la nature qui nous environne.
Nous sommes déprimés ? Et comment ne pas l’être, quand nous ne respectons même pas celle qui nous donne notre pain quotidien. Celle d’où nous venons et où nous allons retourner. Nous sommes en train de nous préparer un manteau de six pieds de haut, bourré de pesticides, de nitrates, sans saveur, dénaturé. Pour tenir le coup, nous nous gavons, également, de tous ces produits miracles que nous propose l’industrie chimique et pharmaceutique.
Nous sommes dé-primé (hors du prix). Nous sommes sortis de notre valeur, nous ne nous reconnaissons pas de valeur. Le conflit de dévalorisation ? C’est trop facile de rejeter le problème sur les autres. Nous nous sommes dévalorisés tout seuls.
C’est à moi et moi seul qu’il appartient de découvrir la valeur qui est la mienne, d’en évaluer le prix, de l’exprimer et de la vivre. Mais comment ne pas être dans la dévalorisation, dans la déprime, lorsque nous acceptons de manger des produits qui viennent d’une terre dénaturée ? Nous mangeons des légumes qui poussent hors sol. Nos ancêtres nous ont laissé une terre que nous avons pourrie, et dont nous ne nous servons même plus pour faire pousser des végétaux. C’est de la folie pure. Nous sommes repus 1 de cette folie, cette folie fait peur. Nous apprenons à nos enfants à manger des produits industrialisés, falsifiés, dégénérés (qui n’ont plus de gènes), qui sont mêmes modifiés génétiquement. Et nous nous étonnons de leur mal-être, de leur « dé-prime » ? Comment voulez-vous qu’ils aient un esprit sain dans un corps nourri de produits mal sains ? Comment voulez-vous qu’ils ne soient pas en difficultés scolaires, s’ils mangent mal ? Comment voulez-vous qu’ils ne deviennent pas obèses ?
S’il y a beaucoup plus de dépressions nerveuses maintenant, c’est que nous faisons et mangeons n’importe quoi dans un environnement dénaturé.
Pourtant, tout autour de nous se lèvent depuis les années trente (!) des hommes et des femmes qui, chacun dans leurs compétences, nous interpellent. La terre, notre terre est en danger.
« Les problèmes fondamentaux sont en réalité les relations de l’humain avec lui-même, les relations de l’humain à l’autre et à la nature. L’écologie doit commencer par nous. Tant que nous ne changerons pas de logique, rien ne changera. Le seul projet durable consiste à développer la compassion et l’amour entre les hommes. » (Pierre Rabhi)
Ah ! Heureux Achille qui connaît encore le goût, le parfum, la texture sensuelle de cette terre avec laquelle il sait communier. Il ne cherche pas à tirer le maximum de profit, à grands renforts d’artifices, d’un sol détruit par la chimie. Il s’unit à la terre, la respecte, lui parle, l’écoute. Ensemble, ils se proposent de se nourrir. Il lui donne du fumier, la fait respirer, l’aère, lui redonne vigueur et force. Elle portera lentement à maturité ce blé dont il fera la base de sa nourriture.
Il trace son sillon, il est guidé. Au bout du champ, sous un arbre près de la source, au petit jour, en arrivant, il a déposé là sa musette. Dedans un morceau de ce fameux pain, du fromage du lait de ses chèvres, de la saucisse sèche. Sous l’eau fraîche libérée de la roche, la chopine est prête à le désaltérer, le moment venu.
Fermez les yeux. Écoutez le crissement de la lame du couteau. Il ouvre ce pain croustillant pétri et cuit à la maison, il le tranche. Sentez l’odeur de ce fromage affiné dans la cave, sur un lit de paille, dans des clayettes en châtaignier. Sentez l’odeur légèrement fumée de cette saucisse séchée dans la cuisine, accrochée sous une poutre. Écoutez le bruit du bouchon que l’on tourne et tire doucement. Il chante. Allez, une rasade, juste pour goûter. Faites claquer la langue légèrement, suivi d’un « ah… » de bonheur.
Là, sous un arbre, assis à même la terre, le dos contre l’écorce, la chemise ouverte, la casquette en arrière… la mission est accomplie, il est dans sa valeur.
Alors, vous y allez à la rencontre de vos valeurs, de votre prix ?
Je vous en prie 2 , n’attendez pas que la situation ne devienne pire.
Dès qu’il est conçu, l’homme sait qu’il va vers le bonheur. Déjà in utero, il a cette perspective, cette information, ancrée en lui. C’est son devenir, son Dieu-venir, le retour vers le divin, la rencontre avec son Dieu. Ce qu’il ne sait pas, c’est ce qu’il va rencontrer en traçant son sillon, ce qu’il ignore, c’est qu’il aura toujours en lui la solution. Dès la première émotion ressentie, même si c’est celle vécue par sa mère, pendant la grossesse, il va entrer dans le doute, l’angoisse de ne pas y arriver.
Il y eut un temps où nous avons accepté de nous incarner afin de mener à bien notre mission. Nous avons acquiescé et décidé que ce sillon-là était le nôtre. Nous savions dès le commencement que tout était à notre disposition pour que ce soit une réussite. Les doutes sont venus, les freins, les blocages, les obstacles, les barrières se sont mis en travers de notre chemin et nous avons perdu confiance. Dans le mot confiance il y a « foi ». Nous sommes sans foi en notre mission et dans le soutien, les forces, que nous avons en nous, à notre disposition.
Mais qui a pourri la terre, qui a détruit l’équilibre écologique dans lequel nous pataugeons ? Nous sommes tous responsables de la disharmonie dans laquelle nous vivons. Nous sommes les artisans de nos propres conflits.
À nous d’accepter et de relever les défis pour en sortir.
C’est aussi ce que nous propose notre falaise.
Quand un bébé vient au monde, il sait tout, toute l’histoire de l’humanité, celle de sa famille. Au moment où il va tout dire, un ange arrive et lui fait : « chut ! » . Là, le bébé oublie tout. Il devra tout réapprendre, tout redécouvrir par lui-même, libérer ce qu’il doit libérer. Il est venu pour ça. La preuve que c’est vrai, c’est que nous portons tous sous le nez, au-dessus de la lèvre supérieure un petit sillon en creux, la marque du doigt de l’ange. Notre ange, c’est notre « pote en ciel », notre messager, notre Moi Supérieur. Celui qui nous dit le sens de notre sillon, par les manifestations de notre intuition. Il est celui qui m’assure dans l’escalade de ma falaise.
Il me la « fait à l’aise ».
Ce n’est qu’une allégorie, elle me plaît. Et si c’était vrai ?
Oui, mais c’est moi qui transpire, qui gagne le bout de mon sillon et le pain qui s’en suit, à la sueur de mon front. Je laboure en transpirant. Je sème et moissonne en transpirant. Je bats le blé en transpirant. Le transporter sur mon dos au moulin me fait transpirer, ramener la farine chez moi, la pétrir, la cuire provoquent de la transpiration.
De prises en prises, ce sont mes doigts qui saignent, les crampes me gagnent, je transpire au soleil, mais c’est moi qui me la fais ma falaise.
« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. »
On nous a fait croire, et des théories fumeuses ont été développées autour de l’idée, qu’il y avait là une punition. Non, au contraire, c’est un constat, une information pour nous préparer à la réalité de notre quotidien. Nous avons oublié ce qui nous a été dit au début de l’humanité. Seulement voilà, nous ne voulons plus nous faire suer. Alors nous employons la ruse. Mais la ruse n’est pas toujours sûre. Et si elle est sure c’est qu’elle n’a plus bon goût 3 , elle est aigre.
Du pain, un morceau de fromage moulé et affiné dans ma cave, un verre de rouge, celui de mon tonneau. Rien que du bonheur. Laissez-moi savourer. Ce moment de plaisir, je me le suis construit, j’ai sué pour ça 4 . Moment suprême, je ne dois rien à personne. Je suis libre. Ce privilège-là, nous y avons tous droit. Il faut le souhaiter, le vouloir, le désirer fortement, en être responsable.
Un rêve ?
« Il ne t’est pas donné de rêve sans le pouvoir de le réaliser. » Richard Bach (Illusions)
Alors osons rêver.
2) L’être dans son devenir
Chaque sillon est parallèle au précédent, la direction est la même, il est semblable et pourtant différent. Ce que je vais rencontrer en le traçant ne sera pas identique à ce que j’ai côtoyé auparavant. Il en est ainsi pour chacun de nous. Nous jouxtons le chemin de nos parents, nos expériences sont semblables, nouvelles, originales et pour les affronter, nous devons utiliser d’autres ressources, tout en nous appuyant sur les acquis anciens.
Nos apprentissages sont autant d’épreuves (des preuves) qui sont là pour nous indiquer (nous donner les preuves) que nous allons dans le bon sens vers la fin de ce sillon qu’est la rencontre avec notre devenir. Notre Dieu-venir, devrais-je dire. Nous sommes là pour aller à la rencontre de ce Dieu qui vient vers nous, à la recherche de ce spirituel qui nous interpelle. Tout a été préparé pour que, dans notre sac à dos et notre musette, nous trouvions ce dont nous avons besoin sur le chemin de cette rencontre du divin. Je ne suis pas le seul à avancer, à tracer le sillon. Pour qu’il y ait rencontre, il faut un mouvement de l’un et de l’autre, de l’un vers l’autre. Divin pourrait se comprendre « Dieu vient » vers moi, je vais vers lui. Il me dit viens (dit viens) et s’approche, se fait proche, se rend proche. Ce ne sont que les dogmes et les règles qui l’éloignent de nous ou nous le rendent inaccessible. Plus nous construisons de préceptes, de lois pour nous expliquer et nous protéger de la peur des mystères du divin, plus nous l’éloignons de nous. Pourtant il est là.
Je suis seul responsable de l’état de mon cheval, de ma charrue, du niveau physique et psychique dont je dispose pour aller jusqu’au bout de mon champ. Personne ne peut me donner d’ordres, de directives quelles qu’elles soient. Tout dogmatisme est donc exclu pour me dire comment faire pour réussir « cette rencontre ». Et pourquoi parler de réussite, par rapport à quoi, à qui ?
Les rituels quasi phobiques que nous nous créons pour mieux nous protéger de nos peurs, tuent le sacré. En devenant superstitions, ils nous éloignent des rituels d’élévation, porteurs de grâce et d’amour.
L’échec des communautés, églises, sectes, mouvements philosophiques, systèmes de pensées politiquement corrects, systèmes éducatifs, c’est de vouloir édicter des règles communes aux plus grands nombres. C’est une autre façon de constituer un troupeau de moutons. Chacun d’eux pourra ainsi être malléable, taillable et corvéable à merci. Les sillons ne sont plus parallèles, ils se croisent et se déchirent. Ce qui aurait dû rester beau, porteur d’harmonie pour chacun, devient chaos.
Tout système éducatif, quel qu’il soit, devrait permettre à chacun d’apprendre à développer un esprit critique ouvert, afin de construire sa liberté, mais une liberté solidaire. Promulguer des techniques, des méthodes, des protocoles d’application, des dogmes et des rituels, c’est scléroser toute évolution de l’être vers son devenir.
Le développement des cancers ne pourrait-il pas être lié à ces pertes d’autonomie ? C’est une question que je pose, je n’ai pas de réponse.
La perte de liberté crée un conflit.
Une opposition inévitable s’installe entre celui qui a autorité, celui qui dit la loi, le dogme, la règle et ceux qui subissent. Et si ces formes de conflits avaient un sens ? Nous y reviendrons.
3) Tentative de bilan
Prends 5 une feuille de papier et note tout ce qui te préoccupe actuellement. Essaye d’identifier les croyances, les habitudes qui te dérangent. Recherche ce qui t’appartient et ce que tu as appris de tes parents, des instructeurs, éducateurs et professeurs divers, ce qui vient de la culture dans laquelle tu as évolué. Tout ce qui te semble contraire à toi-même, essaye de t’en débarrasser. Il est toujours bon de vider ses greniers, de faire de l’ordre dans sa cave. Déposer ses ordures au coin de la rue, dans le container prévu à cet effet, c’est prendre la responsabilité de rester propre. Nous devons agir de même pour tout ce qui concerne nos toxines physiologiques, émotionnelles, passées et présentes. Prends le temps dévaluer l’environnement dans lequel tu vis. Vas à la campagne, ressens la terre, essaye d’en découvrir le goût, l’odeur, la texture entre tes doigts. Elle est sale ? Qui est le plus sale des deux à l’intérieur ?
Vas-y, pose-toi toutes ces questions.
Es-tu encore déprimé ? Si tu l’es encore, demande-toi et cherche ce que tu peux faire pour retrouver cette harmonie entre toi et la nature, ta nature.
4) Lier la gerbe
Continuons l’histoire de ce cher Achille. Il a semé. L’hiver a laissé les graines germer lentement, la chaleur du printemps a réchauffé la terre, le blé a poussé. Voilà venu le temps de la moisson. La musette est à la même place près de la source, suspendue à une branche. Dans le creux de la roche, sous la source, la chopine prend le frais. Son chien roulé en boule se prépare pour la sieste. Il attend le repas.
Achille a serré sa ceinture de flanelle grise. D’un geste lent et précis, il donne un dernier coup de fil à la lame de sa faux. Hier soir, à la fraîcheur, il l’a longuement tapée de petits coups de marteaux précis et réguliers, afin de lui redonner son tranchant. Affûtée à la meule de grès, elle a repris son fil, enfin il l’a soigneusement calée sur son manche.
Le moissonneur évalue la distance et la direction, d’un geste précis, mécanique, tout son corps en rotation balance l’outil et couche le blé. Bientôt il reviendra en arrière lier la gerbe qu’il ordonnera en meules.
« L’âme est un faisceau des forces de vie. »
Lorsqu’il vient sur terre, l’homme lie la gerbe. Le geste est simple et rapide. Mais avant de battre le blé, il faut séparer le bon grain de l’ivraie, cette graminée est toxique et gêne le développement de la céréale. Chaque fois que, dans sa gerbe, le moissonneur identifie un brin d’ivraie, il l’élimine et se rapproche de sa vérité. Il se sépare du brin « dit-vrai », celui qui, une fois retiré, donne son sens à ce qui est bon.
C’est ce qui est moins bon qui donne tout son sens à ce qui est bon. Le mal me permet de comprendre tout le sens du bien. En me séparant du brin « dit-vrai », je me rapproche de ma vérité.
L’enfant est toujours à la recherche du pareil et du pas pareil. Ce qui est différent lui permet de comprendre ce qui est juste pour lui. Devenu adulte, il continue à chercher le faux du vrai. Il a fallu « la faux » du moissonneur pour qu’apparaissent les brins qui « disent ce qui est vrai ». Ce qui est vrai varie, et cela me ravit 6 .
Que tes rêves t’aident à comprendre ce qui est vrai pour toi et que cela te ravisse.
Va jusqu’au bout de tes rêves.
Tout au long de sa vie, l’homme passe son temps à apprendre à travers les expériences, les échecs, les épreuves, les douleurs, les maladies, les rencontres, les événements, ce qui est vrai pour lui. Il doit laisser ce que l’ange lui a dit de taire lorsqu’il est sorti de terre. Il a laissé dans la terre de ses ancêtres ce qui doit être tu. Il doit découvrir en lui ce qu’il ne doit plus taire. Un jour viendra où il devra aller y chercher les informations qui lui seront devenues utiles.
Avant il doit grandir.
Il faut qu’il se relève de sa chute 7 (son chut de l’ange). C’est au fond de la terre du sillon qu’il trace, qu’il trouve le sens de son vrai à lui, et à lui seul. Unique, il « comme-unique » avec ce silence qu’il trouve au bout de son sillon, sa terre promise. Ils sont seuls ensemble.
Alors il pourra enfin dire : « Me voici. Je suis moi » 8 .
En escaladant ma falaise, en traçant mon sillon, je rencontre des difficultés, ce sont les moyens qui me sont donnés pour aller à la rencontre de ce qui est vrai pour moi. Je suis seul avec mon cheval dans mon champ. Je suis seul avec le compagnon qui m’assure sur cette voie rocheuse. Je suis seul à identifier mes brins « dit-vrai ». Chaque fois que je rencontre quelque chose qui ne me convient plus, dont je dois me séparer, je m’ouvre à la perspective de découvrir une autre vérité, une autre certitude qui deviendra bientôt caduque. Elle devient brin d’ivraie, je dois m’en séparer. La vérité d’hier n’est pas celle de demain, c’est aujourd’hui que je dois en prendre conscience, m’en séparer. Si je ne le fais pas, je cours le risque qu’elle ne devienne un jour pathologie.
Tes certitudes sont des références au passé, à un savoir que tu viens d’acquérir en faisant l’expérience que cette prise là est solide et rassurante. Elle est déjà du passé. Tu viens de faire la découverte de l’originalité de tes possibilités. Si tu veux rester créatif, inventif, tu dois déjà te préparer à la folie du lâcher-prise de tes certitudes et aller sans tarder vers les incertitudes qui te font avancer vers le sommet de TA falaise.
Ton pote en ciel assure, vas-y.
Si ta folie est pure, elle épure ce qui est devenu inutile. Alors accepte, un seul instant, pour voir ce que ça donne d’être un peu fou. Le fol, c’est aussi le ravi dans la crèche provençale, le ravi celui qui est vrai 9 ? Celui qui a les bras en l’air, le simple qui communique entre le ciel et la terre, celui qui n’a pas à baisser les bras et peut rester ouvert à tout. Rien ne le dérange, tout l’émerveille, il est le simplet, il est simple. Parce qu’il est simple, il est vrai, juste, authentique. Ce sont les autres qui ont peur de lui. Dans sa simplicité, il est libre, il n’a pas de retenues. Les conventions, les convenances sociales ne le préoccupent pas. Il sait vivre sans « savoir vivre ». Il est ce fou du Roi qui peut se moquer sans se poser de questions, sans chercher à faire plaisir, à flatter. Être fou, c’est vivre hors des normes établies. Être fol c’est oser se permettre de dire :
« Majesté, vos habits n’ont rien de seyant, ce jour. Vous êtes attifé et non vêtu. »
Ose aller dire ça à ton chef de service !
5) La conception cosmique
Autour de mes vingt ans, j’ai passé plusieurs étés sur les plages du Languedoc et dans l’arrière-pays cévenol, à monter des spectacles avec des copains. Nous avions un meneur de jeux qui nous donnait un fil conducteur, une trame à partir de laquelle, chaque soir, nous improvisions les dialogues. Les scènettes pouvaient durer vingt minutes et le lendemain une demi-heure, c’était selon notre inspiration du moment. L’histoire globale était toujours respectée. Chaque personnage avait sa raison d’être, sa place dans le jeu. Il devait entrer en scène à des moments précis, définis à l’avance et pour cela nous avions des phrases clés du genre : « Ah !… mais, mon cher monsieur, n’est-ce point là votre épouse que j’aperçois ? La rapidité de son pas, ses gestes saccadés, les petits cris qu’elle s’autorise à pousser, ne laissent rien présager de bon. Il semble, même, que la colère l’agite. » Le lendemain cela pouvait devenir :
« Dis donc vieux, ce n’est pas ta bourgeoise qui se pointe là au coin de la rue ? Elle a l’air en pétard, ça fume par les oreilles et par le nez. Si c’est après toi qu’elle en a, ça va chauffer pour ton matricule. »
Tout dépendait de l’option prise en entrant sur scène, soit de manière pédante, soit de façon populaire. C’était selon notre idée du moment. Les déguisements étaient choisis en conséquence. Il y avait un seul impératif dans notre jeu, c’était celui d’annoncer l’entrée en scène de la femme en question qui, suivant les cas, devait également se connecter au sens du dialogue mis en place. Nous inventions aussi des mots, parfois dans le seul objectif de désorienter notre partenaire. Déclencher le fou rire de l’autre, faisait aussi partie du jeu.
La vie est une « commedia dell’arte », une pantomime.
Notre meneur de jeu nous a donné les règles de base et nous en écrivons les dialogues. Il nous a fixé notre mission, le bout de notre champ, le haut de notre falaise. C’est nous qui effectuons le parcours. Il a placé çà et là des jalons, des mots (des maux), des expériences, des émotions afin que nous ne perdions pas le fil. À nous de les identifier, de les reconnaître, de les comprendre, de les transformer, d’en faire une force et non une calamité, de discerner ce qui nous dit notre vérité, de trouver ces mauvais brins qui nous disent notre vrai.
Un soir, lors d’une de nos pantomimes, mon camarade de jeu avait dû se perdre et j’avais beau redire et redire le mot clé (couverture), il ne réagissait pas.