L'employabilité : ambiguïtés d'un concept

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L'employabilité, soit la "possibilité que quelqu'un a d'être affecté à un nouvel emploi", devient un enjeu majeur. Cette capacité à conserver ou à retrouver un emploi concerne tout le monde, partout : l'individu, l'entreprise, mais aussi l'Etat. Elle est l'antidote au chômage et constitue une valeur sociétale. L'analyse menée ici repose sur l'observation du "management de l'employabilité" par des dirigeants d'entreprises d'insertion.

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Date de parution 01 septembre 2012
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EAN13 9782296503489
Langue Français

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L’employabilité Ambiguïtés d’un concept
Perspectives organisationnelles Collection dirigée par Yvon Pesqueux et Gilles Teneau C’est depuis l’apparition de la grande organisation comme phénomène social suffisamment important que se pose la question de la construction d’un champ de savoir qui lui soit spécifique, celui des sciences des organisations, la grande entreprise en étant la manifestation concrète majeure. C’est l’action organisée dans cet endroit spécifique qui constitue le matériau empirique et conceptuel et l’enjeu de la création de savoir, ceci venant justifier l’existence de la collection « Perspectives organisationnelles ». L’organisation est à la fois organisée et organisante c’est-à-dire qu’elle cherche à maintenir la socialisation qui lui est inhérente ce qui lui permet en même temps de se maintenir ; elle cherche à relier les agents organisationnels et à se relier, c’est-à-dire à relier les agents organisationnels avec les autres ; elle cherche à produire des biens et des liens ce qui lui vaut d’assurer sa pérennité. L’organisation matérialise l’existence d’un « équilibre » entre des logiques structurelles et celles des agents qui les animent. L’organisation est donc une construction sociale contingente qui prend en compte des objectifs, des conditions d’environnement et la mentalité des agents qui s’y trouvent. Dernières parutions Andrée PIECQ,De la pensée systémique à la pratique de l’organisation. Le giroscope, 2011. Jean BRINGER, Denis MEERT, Michel RAQUIN et Gilles TENEAU,Le conseil en organisation. Evolutions et perspectives, 2011.
Isabelle PLOND-MORAND L’employabilité
Ambiguïtés d’un concept Le cas des entreprises d’insertion de Bourgogne et Franche-Comté Préface dePierre Maclouf
© L’HARMATTAN, 2012 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99477-5 EAN : 9782296994775
Remerciements Je tiens d’abord à exprimer ma reconnaissance à monsieur Pierre Maclouf, pour avoir dirigé ma recherche avec exigence et bienveillance. Il a su m’écouter, m’encourager dans les voies que je prenais, et faire rebondir et avancer mon projet. Je souhaite aussi remercier chaleureusement monsieur Yvon Pesqueux, pour la lecture attentive de mon travail, et ses encouragements. Son soutien me touche d’autant plus que je suisadmirative de son enseignement et de ses recherches. Je serais très honorée que ce travail puisse modestement apporter une certaine vision de notre société à travers cette observation particulière, et en même temps, faire connaître l’entreprise d’insertion en tant qu’acteur sociétal, par le prisme de ses dirigeants. Cette étude-action n’aurait d’ailleurs pu se réaliser sans la générosité des dix personnes qui ont constitué le corpus de mon enquête, qui se sont livrées à un exercice difficile et intime avec beaucoup de recul et d’enthousiasme, dans un échange, sincère et riche.Qu’ils soient tous remerciés ici. Je n’oublieévidemment pas madame Sylvaine Trinh, directrice du master Déve-loppement durable et organisations de l’université Paris-Dauphine, qui m’a offert la chance de participer à cette aventure. Au-delà de la qualité des ensei-gnements qu’elle dirige, elle aapporté une ouverture pluridisciplinaire, non réductrice, me permettant de construire une vision analytique transversale. J’exprime également ma vive gratitude àtoute ma promotion, avec laquellej’aieu le plaisir de partager ma curiosité etd’avoir des échanges fructueux sur la complexité des enjeux du « nouveau monde » qui se dessine. Merci enfin à mon mari, et mes trois enfants, qui ont eu à accepter mon absence de dix-huit mois.
Préface
L’“EMPLOYABILITÉ”, ARRIÈRE-PLANS D’UN CONCEPTIl n’est pas de science sociale sans la combinaison de l’exploration em-pirique et de la rigueur conceptuelle. Ayant étudié les représentations et les valeurs d’un ensemble de dirigeants d’entreprises d’insertion de la région Bour-gogne et Franche-Comté, madame Plond-Morand met en question un concept qui présente la redoutable qualité d’être tout à la fois analytique -c’est-à-dire servant à saisir, par l’abstraction, des phénomènes d’expéet opératoire,rience - c’est-à-dire utilisé comme instrument de référence de politiques sociales.  Quel que soit son statut, la circulation de ce concept depuis un demi-1 sièclese déroule au sein d’un champ empirique et réflexif, défini comme le «marché du travail». La compréhension de cette expression peut sembler simple 2 (la relation qui s’établit, si l’on suit A- ensemble de. Smith , entre le travail «pouvoirs productifs» dont la qualité détermine la valeur du produit -, d’une part, et l’usage qui en est son emploi -fait - , d’autre part). Pourtant, peu de notions des sciences sociales et des politiques du travail, charriant autant d’éléments divergents que celle de «marché du travail»- ou celle, souvent em-ployée, à tort, indifféremment, de «marchéde l’emploi»-, appellent autant l’effort, voulu par Durkheim comme condition de la science sociale, de mise à l’écart des prénotions. Selon en effet que l’on mobilise l’un ou l’autre terme, les demandeurs et les offreurs - ces deux acteurs élémentaires de tout marché concret - ne sont pas identiques :les offreurs de travail sont aussi les demandeurs d’emploi- et c’est bien au«labour supply»que s’intéressent tant A. Smith que ses succes-seurs néo-classiques, tel A. Marshall qui y consacre presque tout le livre IV de 3 sesPrinciples. On peut ajouter à la complexité, en considérant la manière dont la langue allemande distingue les «preneurs de travail» (Arbeitnehmer) des «donneurs» (Arbeitgeber). Si on devine que ce sont des objets différents qui s’échangent derrière la différenciation terminologique, on peut en outre se de-mander si -pour ne rien dire encore des «intermédiations» qui l’organisent-, ce 1 Gazier Bernard, «L’employabilité : brève radiographie d’un concept en mutation»,Sociologie du travail, 4/1990. 2 Smith Adam,An Inquiry into the nature and causes of the wealth of nations: W. Pick-. London ère ering, 1995 (1 éd. 1776). 3 ère Marshall Alfred,Principles of Economicséd. 1890)., London : Macmillan, 1891 (1
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«marché» est un lieu de circulation des offres et des demandes, ou bien si la pseudo «topographie sociale» qu’il implique n’est pas, comme le suggère P. 4 François , tout simplement «égarante».  On perçoit que la disjonction terminologique implique, contrairement à ce que postulait l’économie classique et sa loi de l’équilibre automatique, un désajustement structurel entre demande et offre, mutuellement placées en rela-tion non linéaire : toute offre de travail ne rencontre pas nécessairement une offre d’emploi.  Sont en jeu des phénomènes distincts :d’un côté, ce qui était envisagé comme allant de soi pour les économistes classiques, à savoir la rencontre entre des demandes de ressources et des offres en«skill, dexterity and judgment» 5 pour reprendre la formule de Smith ;c’est le«labour market», où se joue le 6 problème de l’«extraction» tel que Marx l’a envisagé: la question est celle de la mobilisation.D’un autre côté, l’ajustement d’une offre de positions et d’une demande de places, la«job allocation» :c’est un problème de distribution. L’«emploi» se distingue de l’usage (l’«employment»au sens de Smith). C. 7 Dubar souligne cette disjonction : tandis que les mutations du travail obligent les travailleurs à des transformations identitaires, l’emploi- devenu une denrée rare - conditionne la construction des identités sociales elles-mêmes ; il est un amont du travail. A. Banerjee et E. Duflo développent, à propos des plus pauvres, une approche similaire : «le rêve le plus courant des pauvres est que leurs enfants deviennent fonctionnaires» ; par ailleurs, «un travail stable et bien 8 payé» permet d’avoir un autre «espace mental». La donne se complique encore si l’on considère que ces deux phéno-mènes ne sont pas indépendants d’un troisième, à savoir que l’emploi comme le travail sont - cela avait été envisagé par Smith lui-même - encadrés par des institutions,c’est-à-dire des ensembles de règles. De même que la grande firme industrielle capitaliste est un ensemble non pas spontané mais organisé, l’emploi et le travail sont des phénomènes que la régulation concourt à trans-former, non pas ensimples expressions concrètes d’un modèle du «vrai mar-
4 François Pierre,Sociologie des marchés, Paris : Armand Colin, 2008. 5 Smith Adam,op. cit.6 New Palgrave Dictionary of Economicséd. 1994, art. «labour markets», «segmented (the), labour markets», éd. 2008, articles «labour market search» ; «primary and secondary labour markets» ; «labour market institutions», Houndmill : Macmillan, 2008. 7  Dubar Claude,La socialisation : construction des identités sociales et professionnelles, Paris : ère Armand Colin, 2010 (1 éd. 1991). 8 ère Banerjeee Abhijit, Duflo Esther,Repenser la pauvreté, Paris : Seuil, 2012 (1 éd. 2011).
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