Travail et TIC

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Ce numéro vise à poser un regard sur la relation que l'on peut établir entre les technologies et les conditions de travail dans des domaines variés : le secteur agricole en Aquitaine, les enjeux de la numérisation et de l'ouverture d'archives, le réseau personnel de gestion des connaissances, la fabrication des diapositives numériques...

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Date de parution 01 avril 2012
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EAN13 9782296488502
Langue Français

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EDITO Cyber-révolutions
DOSSIER TRAVAIL ETTIC Introduction Représentations et usages des TIC dans le secteur agricole en Aquitaine
Les enjeux de la numérisation et de louverture darchives : le point de vue des professionnels. Lexemple de la production et la diffusion dun patrimoine local
Le réseau personnel de gestion des connaissances et la redéfinition du travail.
Fabrication des diapositives numériques et mise en scène des collectifs de projet
Regards sur le travail et les TIC. Entretien avec Jean-Pierre Durand
Regards sur les conditions de travail et les TIC. Entretien avec Yves Lasfargue
LES LIBERTES A LEPREUVE DE LINFORMATIQUE La privacy à lère du numérique
Nanotechnologies, économie et société
Les nouveaux sésames de la biométrie
REPERES A propos des TIC à lécole
Linformatique,discipline scolaire, un long et tortueux cheminement
Pour un module Informatique et Société numérique au lycée. Proposition du CREIS
Appel à contributions:« Les TIC à lécole »
BLOC-NOTES :nouvelles parutions Bulletin dabonnement
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terminalest édité par lassociation Creis-terminal
© Copyright : terminal / LHarmattan. Directeur de publication: Jacques Vétois.Comité de rédaction: Michel Burnier, Dominique Desbois, Mélanie Dulong de Rosnay, Cédric Gossart, Nicolas Jullien, Guy Lacroix, Thomas Lamarche, Daniel Naulleau, Robert Panico, Jacques Prades, Bernard Prince, Chantal Richard, Jacques Vétois, Jean-Benoît Zimmermann
Conseil scientifique: Michel Armatte (Maître de Conférences en économie à l'Université Paris 9), Danièle Bourcier (Professeur de Droit à l'Uni versité Paris 2), Philippe Breton (Chercheur CNRS en sociologie et infocom à l'Université de Strasbourg et à l'Université Paris 1), Dominique Carré (Professeur en infocom à lUniversité Paris 13), Michèle Descolonges (Sociologue à l'Université Paris X), Jean-Gabriel Ganascia (Professeur d'informatique à l'Université de Paris 6), Jean-Paul Haton (Professeur d'informatique à l'Université de Nancy 1), Blandine Laperche (Maître de Conférence en économie à l'Université du Littoral), Bernard Miège (Professeur émérite en infocom à l'Université de Grenoble 3), Pierre Musso (Professeur en sciences politiques et infocom à l'Université de Rennes 2), Alain Rallet (Professeur d'économie à l'Université de Paris-Sud), Gérard Valenduc (Maître de Conférences en Informatique et Société à l'Université FUNDP de Namur), André Vitalis (Professeur en infocom à l'Université de Bordeaux 3).
Relecture, mise en page: Léa Martin Maquette originale: Michel Raby
Photo de couverture : Intervoice Open Space Terminal
La revueTerminalest publiée avec le concours du Centre national du Livre
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Adresse de la rédaction: 24, rue de la Chine – 75020 Paris
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Site Web: www.revue-terminal.org
ISSN : 0997-5551 Imprimé en CEE
© LHarmattan, hiver 2012 ISBN :
Édito
Cyber-révolutions
ous les observateurs ont souligné le rôle d’Internet dans les révolutions desTtout le monde jugeait, il y a un an à peine en Occident, êtredictatures que arabes, particulièrement en Tunisie et en Égypte. Mais leur interpréta-tion diverge sur les raisons profondes des mobilisations sociales contre un moindre mal face à la menace des intégrismes islamistes. Ces dictatures gouvernaient principalement par la surveillance policière et faisaient régner la peur au sein des populations. Même la jeunesse, qui en représente entre 30 % et 40 %, n’arrivait pas à la surmonter et le contrôle qu’exerçait le pouvoir sur les médias de masse (presse, TV) semblait incontournable. C’est l’arrivée des TIC, Internet et téléphonie mobile qui a brisé l’iso-lement de la frange la plus révoltée de cette jeunesse. Les autorités ont alors découvert que l’on pouvait surveiller un certain nombre de réseaux, mais que le contrôle d’Internet, de par sa structure est impossible sauf à isoler complè-tement le pays du reste du monde. Des tentatives ont pourtant été réalisées dans ce sens en Égypte. Les révolutionnaires égyptiens ont alors reçu le ren-1 fort de groupes hacktivistes . Ceux-ci jouent un rôle important sur Internet en y défendant la liberté d’expression contre tous ceux, gouvernements ou mul-tinationales, qui veulent accaparer les ressources du réseau et y contrôler la circulation des informations. À cela s’ajoute une connaissance approfondie des techniques et des logiciels utilisés mise à profit pour venir au secours des contestataires du mouvement lorsque le gouvernement Moubarak essaya de couper les réseaux de communication du pays (Internet, réseaux téléphoni-ques) des liaisons internationales. Dans toutes les révolutions arabes, les TIC ont servi de caisse de réso-nance des idéaux démocratiques. On ne dira jamais assez l’importance des 2 blogs dans la période précédant la révolution , et lors des affrontements avec la police et l’armée, elles ont fait fonction d’organisateur collectif, établissant 3 des liens entre les mouvements sociaux qui se développaient . Les réseaux
1. Anonymous, Frédéric Bardeau, Nicolas Danet, FYP Editions, 2011. 2. « Le phénomène des blogs dans le monde arabe », Khadija El Bouchikhi,Terminal103-104, 2009. 3. Voir la conférence de Manuel Castells du 28 juin 2011 « Ni dieu, ni maître : les réseaux » dans le cadre de sa chaire « Analyse interdisciplinaire de la société en réseaux » au sein du Collège d'études mon-diales créé au sein de la MSH visible en ligne sur : www.archivesaudiovisuelles.fr/2142/home.asp
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sociaux (principalement Facebook et Twitter) ont permis de surmonter l’iso-lement des individus et leur peur devant les risques de répression, et d’am-plifier l’expression des citoyens dans un espace public numérique difficile-ment maîtrisable. À ce jour, seul le gouvernement chinois a réussi lors des 4 révoltes tibétaines et ouïghours de 2008 à isoler les révoltes locales et à les réprimer en empêchant leur diffusion au reste de la société chinoise. Cette autocommunication de masse, comme la nomme Manuel Castells est le grain de sable inattendu dans les mécaniques instituées par des pouvoirs qui avaient le soutien de la communauté internationale. Évidemment, les causes profondes de ces révolutions sont à chercher avant tout dans le chômage et la misère qui frappent une partie importante de ces sociétés, en particulier dans la jeunesse. À cela s’ajoutait la corruption étalée au grand jour d’une partie des élites et leur volonté d’accaparer toutes les richesses du pays à l’exemple des familles Ben Ali-Trabelsi et Moubarak. Le relais des réseaux sociaux par certaines chaînes de télévision comme Al Jazeera qui reste encore la source d’informations privilégiée de la majorité a contribué également à mobiliser l’opinion en publiant des images et des vidéos censurées par les gouvernements. Pour l’instant, ces mobilisations sociales n’ont abouti qu’à l’installation d’un gouvernement islamiste modéré en Tunisie et le triomphe de ces mêmes islamistes aux élections en Égypte lié à une montée de l’intolérance et une régression sans précédent des libertés publiques pour les femmes et les mino-rités. Mais, nous savons que ces processus révolutionnaires n’en sont qu’à leur début. Là aussi, les TIC peuvent jouer leur rôle de trouble-fête dans le débat politique.
Jacques Vétois
4. Émeutes au Xinjiang et guerre de l’information chinoise, Daniel Ventre dansCyberguerre et guerre de l'information, Hermes Sciences, 2010.
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Dossier
TRAVAIL
ET
TIC
Coordination Nicolas Jullien, Jorge Muñoz, Michel Burnier
Introduction Jorge Muñoz*
e numéro spécial deTerminalvise à poser un regard sur la relation que l’on peut établir entre les technologies et les conditions de tra-pasCaussi univoque que l’on peut penser.« Toute technologie offre aussi des vail. En partant de l’idée que le déterminisme technologique n’est opportunités pour l’organisation »,nous explique E. Alsène [Alsène, 1990]. Si les salariés, qui utilisent les nouvelles technologies, peuvent voir leurs conditions de travail s’intensifier, celles-ci peuvent donner lieu également à l’émergence d’un rapport différent au travail.
Le développement des nouvelles technologies a donné lieu à une série de travaux et enquêtes durant les dernières décennies dans le domaine du tra-vail. Cependant, les objets techniques ont toujours été présents sur le lieu du travail et, dès le départ, les sociologues du travail, notamment, se sont inter-rogés sur la manière d’étudier leur place et le rôle qu’ils jouent dans la défi-1 nition du travail . L’informatique est un bon exemple d’une évolution tech-nique-travail. Ainsi dans les années 1960-1970 seules les industries de pointe (pro-cess) et les grandes administrations avaient mis en place une informatique lourde centrée sur le productivisme. Plus tard, dans les années 1980, le déve-loppement et la diffusion de la micro-informatique ainsi que les diverses applications afférentes (traitement de texte, fax, feuilles de calculs, etc.) ont
* Maître de conférences, directeur de l’Atelier de Recherche Sociologique EA 3149/UBO 1. Voir les débats de Friedmann et Naville autour de l’automation.
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accentué leur présence sur le lieu du travail. Les années 1990 ont donné lieu sur le lieu du travail à la convergence entre la micro-informatique, les télé-communications, l’audiovisuel, bref l’ensemble de dispositifs avant épars va se retrouver réuni autour d’une même plateforme ou objet technique, les « NTIC » [Greenan, Hamon-Cholet et Walkowiak, 2003]. En même temps que technologiquement on assiste à un rapprochement des différents objets, l’organisation du travail subit également des transformations accompagnant, voire parfois s’articulant à ces nouvelles technologies. Les travaux n’ont pas manqué de souligner les influences qu’une telle évolution et convergence pourrait avoir sur les conditions de travail. Dans le cas de NTIC, les travaux ont fluctué entre les approches déterministes des objets technologiques [Vendramin, 2006, Rubery et Grimshaw, 2001] et d’autres travaux que considèrent les nouvelles technologies comme la source principale, sinon unique, de l’intensification du travail [Burchel, Day, Hudson et Al, 1999, Elger et Smith, 1994].
Dans le présent numéro, les quatre articles abordent cette question à partir des transformations d’une profession et de l’activité (Boutete t Roudaut, SoubialeetLe Deuff) et un article nous propose une analyse « orientée documents » (Gérald GaglioetMichel Marcoccia) pour interro-ger le collectif de travail. Ils reflètent ainsi les différentes facettes de la rela-tion non univoque entre nouvelles technologies et conditions de travail.
L’article deSoubialesur l’évolution des conditions de travail dans le secteur agricole, montre que l’image stéréotypée de l’activité agricole est en décalage avec la réalité. L’introduction des nouvelles technologies participe à la transformation de cette activité. Toutefois, cette transformation est très dépendante de la forme organisationnelle et du type d’exploitation. Elle fait écho ainsi à l’article de Nathalie Colombier, Ludivine Martin et Thierry Pénard paru en 2007, où les auteurs montraient l’avantage à démêler les effets de NTIC et de l’organisation du travail.
Le texte deBoutetetRoudautillustre, à travers la mise à disposition des contenus numériques publics et ouverts, comment cela s’accompagne d’une transformation de la pratique, des représentations et de la manière d’organiser le travail dans le cadre de l’informatisation des archives munici-pales. Remettant en cause par là, les frontières entre les sphères civiques, marchandes et professionnelles. Ainsi les nouvelles technologies, en rendant plus visible le travail d’archivage, peuvent servir aussi à contrôler l’activité d’indexation effectuée par les archivistes tout en favorisant un travail colla-boratif entre professionnels et profanes. Les nouvelles technologies manifes-tent ainsi un fort pouvoir d’ambivalence. La question duKnowledge Managementémerge en arrière-plan de ces deux premiers textes, et est directement examinée par l’article d’Olivier Le 6] terminal n° 110 [
Deuff. Sur la base d’une enquête quantitative auprès des professionnels tra-vaillant directement sur des supports Web 2.0, l’objectif premier du question-naire était de mesurer l’impact de ces supports sur la division travail/loisir et évaluer les modifications sur la définition du travail. Si les résultats d’Olivier Le Deuff accréditent toujours le brouillage de la frontière travail/loisir, ils questionnent également les politiques internes des entreprises en termes d’or-ganisation du travail. Ainsi pour l’auteur une perspective basée sur leperson-nal knowledge managementpeut mieux répondre au nouveau rapport intro-duit par les objets techniques dans un contexte informationnel et communi-cationnel.
Ce nouveau contexte est examiné à partir des réalités matérielles par Gérald GaglioetMichel Marcoccia. Ils prennent au sérieux les supports-objets non pas comme un élément du paysage de la situation sociale, mais comme une approche permettant d’aborder la question du collectif de travail. Selon ces auteurs « cela revient à faire l’analyse sémio-linguistique du docu-ment final non pas pour lui-même, mais pour analyser son processus d’éla-boration, ou, plus précisément, d’analyser le document final à travers son processus d’élaboration ». En analysant le cas spécifique de production des diaporamas (diapositives numériques), ils montrent comment dans ces nou-veaux processus le travail n’est plus séquentiel mais simultané, et donc typi-que des collectifs par projet [Boltanski et Chiapello, 1999]. Les collectifs flous, précédant ces modes d’organisation, s’incarnent à travers le processus de fabrication des diapositives, mais de manière totalement ponctuelle. De cette façon, l’analyse de l’élaboration d’un diaporama montre comment la syntaxe ppt. s’impose, effaçant les différentes interventions [Frommer, 2010].
Les deux entretiens complétant ce numéro (deJean-Pierre Durandet Yves Lasfargue) convergent sur l’analyse de l’émergence des nouvelles technologies dans l’activité de travail. Elles cristallisent une nouvelle organi-sation, mais ne sont pas « La cause » d’une dégradation des conditions de tra-vail. Comme l’illustrent les quatre textes publiés, les profils des salariés tou-chés par les nouvelles technologies sont essentiellement plus qualifiés. Sans que cette caractéristique occulte de changements dans d’autres domaines tels que l’agriculture. Enfin, ces mutations et transformations dévoilent les paradoxes et ambi-valences des nouvelles organisations du travail. L’activité de travail devient plus complexe, et tout en étant davantage plébiscité par une partie des sala-riés, l’exemple du télétravail est assez paradigmatique à ce propos. Finalement, si l’introduction des nouvelles technologies a un effet sur les conditions de travail, cet effet doit se lire à l’aune des organisations du tra-vail. À travers cette évolution se manifeste une remise en cause de la mesure du travail, tant d’un point de vue économique que social.
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RÉFÉRENCES
ALSÈNE E., 1990, « Les impacts de la technologie sur l'organisation », InSociologie du travail, n°3/90, pp 321-337. BOLTANSKI L. ET CHIAPELLO E., 1999,Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, éd; Gallimard, Coll. Essai, 843 p. BURCHELL, B.J., DAY, D., HUDSON, M., LADIPO, D., MANKELOW, R., NOLAN, J., REED, H., WICHERT, I. AND WILKINSON, F., 1999, Job Insecurity and work intensification; flexibility and the changing boundaries of work, York: York publishing. ELGER T. ET SMITH C., 1994,Global Japonization ?, London, Ed. Routledge. FROMMER F., 2010,La pensée PowerPoint. Enquête sur ce logiciel qui rend stupide, Paris, Ed. La découverte, 259 p. GREENAN N. HAMON-CHOLET S. ET WALKOWIAK E. 2003, « Autonomie et communication dans le travail : les effets des nouvelles technologies »,Premières Synthèsesde la Dares, n°20.1, mai. GREENAN N. ET WALKOWIAK E., 2005, « Informatique, organisation du travail et interactions sociales »,Travail et emploi, N°387, pp.35-63. RUBERY J. ET GRIMSHAW D., 2001, « Les TIC, l'emploi et la qualité de l'emploi »,Revue internationale du travail, N°2, pp. 207-237. VENDRAMIN P., 2006, « Les TIC, complices de l'intensification du travail », InOrganisation et intensité du travail, (Sous la Dir. Askenazy P., Cartron D., De Coninck F et Gollac M.), Toulouse, Ed. Octares, pp. 129-135.
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Représentations et usages des TIC dans le secteur agricole en Aquitaine
Nadège Soubiale*
Résumé L’informatisation des exploitations agricoles amorcée dans les années 1980 affecte leurs modes de gestion, de production et de commercialisation. En dehors de l’ordinateur et de l’Internet, organisations professionnelles comme vendeurs de solutions informatiques offrent aux agriculteurs une gamme d’outils numériques spécifiquement dédiés à la gestion comptable, à la production, à la communication professionnelle et avec la clientèle L’équipement des exploitations en technologies de l’information et de la communication (TIC), tout comme les usages qu’en font les exploitants, sont néanmoins très variables selon les caractéristiques économiques et organisationnelles des structures agricoles et les caractéristiques sociodé-mographiques des agriculteurs. De même, les représentations des TIC dans le travail en agriculture diffèrent chez les agriculteurs en fonction de leur profil professionnel. Ces diverses dimensions des TIC en agriculture dans le cadre de la pro-fessionnalisation du métier ont été appréhendées chez des agriculteurs aqui-tains, dans une enquête quantitative et une enquête qualitative.
Introduction
La professionnalisation du métier d’agriculteur epuis la fin des années 1950, l’agriculture française s’est modernisée D en empruntant les voies de la spécialisation et du progrès technique. Grignon [1982] a analysé ce processus en termes de professionnali-sation. Cette dernière se traduit par l’adoption des principes de l’économie capitaliste dans le système de production, associée à l’introduction de dispo-sitifs techniques de plus en plus sophistiqués pour accompagner les modes de gestion et de production des exploitations. Cette évolution a durablement et profondément transformé l’agricul-ture. Elle s’est notamment traduite par une redéfinition de l’identité « pay-
* Laboratoire MICA, EA 4426, Université Bordeaux 3.
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sanne » et traditionnelle. Une élite d’agriculteurs « professionnels » est appa-rue, désormais distincte de la catégorie des exploitants plus en retrait de l’in-novation. La première, dotée d’un capital culturel et intellectuel le plus sou-1 vent transmis par sa famille , occupe une position sociale qui lui donne accès au capital économique et technique indispensable à la modernisation. La seconde, moins bien pourvue sur ces dimensions, résiste difficilement à une forme de marginalisation à la fois sociale et matérielle. Mais comment définir les agriculteurs « professionnels » ? Sur ce point, Grignon prévient des risques de confusion entre « modernisme », « progrès technique » et « professionnalisme » :« L’agriculteur professionnel n’est pas seulement - et à la limite pas nécessairement - celui qui se tient à l’avant-garde du progrès technique (...) ; c’est d’abord celui qui fait partie de la pro-fession, qui accepte de dépendre des organisations professionnelles et de 2 leurs représentants »(p. 63). De même, il met en garde contre les interprétations déterministes de la modernisation. A savoir que ce qu’il nomme lui-même « la dépaysannisation » n’est pas simplement une conséquence directe de la professionnalisation, mais est également produite et entretenue de l’intérieur par les agriculteurs eux-mêmes : « (...) il faut aussi faire voir que la professionnalisation dépaysannise parce qu’elle va de pair avec une véritable symbiose entre l’élite des « professionnels » et « l’appareil » de représentation et d’encadrement de la profession »(p. 65). L’agriculteur professionnel des années 1970-1980 est ainsi plus proche des conseillers et techniciens du domaine para-agricole que du ‘producteur de terrain’.
Professionnalisation et spécificités du système économique agroalimentaire
Qu’en est-il aujourd’hui de ces recompositions de l’identité profession-nelle liées à la professionnalisation du métier ? On peut noter à ce propos que l’agriculture, et l’agriculteur, ne sont désormais plus considérés comme les figu-res dominantes de la ruralité. Candau et Rémy [2009] notent ainsi que les tra-vaux de sociologie rurale sur les transformations du « monde paysan », depuis la fin des années 1950, ont été fortement imprégnés par l’idéologie de leurs 3 auteurs . Celle-ci les prédisposant à ne voir dans les campagnes, et plus encore dans les « communautés » paysannes, que des univers clos assimilables à des « sociétés précapitalistes » [Eizner, 1974, citée in Candau et Rémy, 2008, p. 89].
1. Pour avoir un exemple de l’importance de la transmission générationnelle du capital social et culturel dans le monde agricole, le lecteur intéressé peut se reporter à l’étude de cas portant sur des agricul-teurs finistériens, développée par Grignon (1982, p. 64). 2. Par organisations professionnelles et ses représentants, rappelons qu’il s’agit-là de l’ensemble des organis-mes de tutelle (chambres d’agriculture...) et des organismes issus, pour la plupart, des syndicats agricoles, tels que structures coopératives, mutualistes, de crédit... et également, des organismes en charge du conseil auprès des exploitants. 3. Candau et Rémy citent, entre autres, un article de Pierre Bourdieu, paru en 1962, « Célibat et condition paysanne », ou encore les travaux de Placide Rambaud (1963), et bien entendu l’ouvrage de Mendras, La fin des paysans, 1964.
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