Les autoroutes de la transcendance

Les autoroutes de la transcendance

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Français
160 pages

Description

Au cours du XXe siècle, la science a soudain pénétré ce qui était auparavant le royaume des poètes, des philosophes et des romanciers. Ainsi notre compréhension même du mot « amour » a-t-elle été transformée. Tel était le thème de L’amour scientifié que Michel Odent a publié en 2001. Aujourd’hui, dans un contexte scientifique en pleine évolution, l’auteur complète et actualise son argumentation en nous proposant une étude approfondie des états extatiques/orgasmiques associés aux différents épisodes de la vie sexuelle.

Il met en exergue les similarités entre accouchement, allaitement et accouplement et invite le lecteur à réaliser que l’ingéniosité humaine est sur le point de rendre les hormones de l’amour... inutiles. Ce tournant dans l’histoire de l’humanité oblige à poser des questions fondamentales en termes de civilisation.

L’amour est-il réductible au fonctionnement hormonal ? Ce livre fait le point sur la question !

« En raison de la technique améliorée de conception médicalement assistée, des césariennes, des progrès de l’anesthésie et de la pharmacologie, ainsi que du développement de l’industrie alimentaire, les femmes peuvent désormais concevoir un bébé, lui donner naissance et le nourrir sans compter sur la sécrétion de l’hormone de l’amour, l’ocytocine. L’intelligence humaine et l’ingéniosité ont fait des hormones de l’amour quelque chose de superflu.

Et de ce fait, il est à penser que, à long terme, cela aura une répercussion sur la civilisation... »

Dr Michel Odent

Michel Odent a été responsable des services de chirurgie et de maternité de l’hôpital de Pithiviers et a fondé le Primal Health Research Center à Londres. Au cours des années 1970, il a introduit les concepts de « salles de naissance comme à la maison » et de piscines d’accouchement en milieu hospitalier. Scientifique,

il est aussi l’auteur de 12 livres

publiés en 22 langues.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 juin 2015
Nombre de lectures 6
EAN13 9782889052783
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Dr Michel Odent
Les autoroutes de la transcendance
Du même auteur aux Éditions Jouvence L’amour scientifié, 2001
Catalogue gratuit sur simple demande ÉDITIONS JOUVENCE Avenue Adrien-Jeandin 1 1226 Thonex — Suisse Mail :info@editions-jouvence.com Site internet :www.editions-jouvence.com © Version originale :The Functions of the Orgasms – The Highways to transcendance by Michel Odent, Pinter & Martin Ltd, 2009 © Version française : Éditions Jouvence, 2010 © Édition numérique Jouvence, 2015 ISBN : 978-2-88905-278-3 Maquette de couverture : Dynamic 19, Thonon-les-Bains (74) Illustration de couverture : Istockphoto, © danishkhan Mise en pages : Nelly Irniger, Fillinges (74) Tous droits de reproduction, traduction et adaptation réservés pour tous pays.
Introduction
Sommaire
La préparation à la nuit de noces I • Au sommet des échelles II • Accouchement : les ultimes barreaux de l’échelle L’émergence de nouvelles perspectives Le réflexe d’éjection du fœtus Gravir les derniers barreaux Le moment crucial Un puissant flux hormonal Le véritable sommet III • Le grand tournant des années 1970 Un tournant personnel La socialisation de l’accouchement Quand l’institution médicale prend le contrôle Des initiatives locales dispersées Le contexte scientifique des années 1970 IV • Les hommes aussi ont des orgasmes De la simplicité à la complexité Le sexe uni-orgasmique Sensations transmises par les nerfs génitaux Messages transmis par l’ocytocine Les morphines naturelles La famille de l’adrénaline Les autres messagers À l’ère de l’imagerie cérébrale e V • De Gilgamesh à la prise de conscience du XXI siècle Des documents miraculeusement préservés Le contrôle culturel des états orgasmiques La sortie du tunnel Est-ce vraiment pathologique de tomber amoureux ? VI • La Voie lactée La fin des tabous Interprétations scientifiques Le bébé peut-il être extatique, voire orgasmique ? Comment les milieux culturels s’immiscent dans « la Voie lactée » Quand l’institution médicale prend le contrôle VII • L’inégalité entre les sexes
De la physiologie à la mythologie et aux proverbes Les liens étroits entre ocytocine et hormones femelles Les liens étroits entre vasopressine et hormones mâles
VIII • Les autoroutes de la transcendance La fuite de la réalité espace-temps États émotionnels transcendants États émotionnels inscrits dans la nature humaine(hardwired) IX • Les bonobos, les dauphins et les humains Au-delà des idées reçues Une nouvelle vision de la nature humaine X • Les avantages évolutifs de l’orgasmophobie La honte et la peur Le contrôle culturel de la sexualité génitale Le contrôle culturel de la naissance Le contrôle culturel de l’accès à la transcendance XI • Des orgasmes légendaires XII • L’amour et son avenir : un scénario pessimiste Un chapitre de la scientification de l’amour Deux sortes de naissances XIII • L’amour et son avenir : un scénario optimiste Nouveaux critères pour évaluer les pratiques de l’obstétrique L’inversion des conditionnements culturels En attendant Notes
Introduction
La préparation à la nuit de noces Iquelques dicultés à comprendre certains paragraphes de ce livre. Tout le monde, l est probable que les lecteurspas de formation scientique auront n’ayant par contre, saisira aisément le sens du message envoyé par Brigitte à son ancé Jacques. Cher Jacques, Nous serons donc dans un mois mari et femme. On m’a présentée à Valérie, une merveilleuse « préparatrice à la nuit de noces ». Nous sommes déjà si avancées dans notre programme de préparation à la nuit de noces qu’au cours de notre dernière séance j’ai été en mesure de rédiger mon « plan de nuit de noces » (voir pièce jointe). Lis attentivement le paragraphe sur les positions. Je mentionne celles dont je voudrais que tu t’abstiennes. Évite en particulier la position 3b. Selon Valérie, cette position n’est pas naturelle puisqu’elle a été inventée par les missionnaires en Afrique. Comme tu le sais, je veux que ce soit aussi naturel que possible. Lis aussi le paragraphe sur la gestion du temps. Je souhaite que les travaux d’approche durent au moins vingt minutes, mais pas plus de quarante minutes. Valérie dispose de données suggérant que des préalables trop courts, ou trop longs, ne sont pas naturels. Je veux que ce soit aussi naturel que possible. Il nous faut aussi choisir un lieu pour notre nuit de noces. Comme tu le sais, nos familles insistent pour un hôtel spécialisé bien équipé. Après avoir discuté le pour et le contre avec Valérie, j’ai opté pour la nuit de noces à la maison. Je veux que ce soit aussi naturel que possible. N’oublie pas que tu es invité à participer à la prochaine séance de préparation. L’anatomie et la physiologie sont au programme. Selon Valérie, il est essentiel que tu comprennes le ré/exe qui provoque les contractions des vésicules séminales pendant l’éjection du sperme. Tu dois aussi comprendre comment les nerfs honteux font de mon clitoris une zone éminemment érogène, tandis que la sensibilité de mon col est le fait des nerfs hypogastriques. Nous devons comprendre les lois de la nature si nous voulons que ce soit aussi naturel que possible. Je suis contente que tu aies l’occasion de rencontrer Valérie. Elle est si chaleureuse, si maternelle, si pleine de sagesse et en même temps si érudite. Je suis contente qu’elle ait accepté d’être près de nous pour notre nuit de noces. Je me sentirai plus en sécurité. Elle m’a mise en garde contre le risque de respirer trop vite dès les travaux d’approche. Si elle est à proximité, elle saura m’apporter discrètement son soutien et m’aider à respirer d’une façon plus naturelle. Je veux que ce soit aussi naturel que possible. Je veux que notre nuit de noces soit une expérience inoubliable. De plus, je pense que les préparatrices à la nuit de noces doivent disposer de documentaires 6lmés. C’est pourquoi j’ai invité aussi mon amie intime, Arlette. Elle viendra avec sa caméra à infrarouges qui fonctionne dans l’obscurité. Dans une séance sur la physiologie, Valérie a expliqué pourquoi l’obscurité est plus naturelle en de telles circonstances. Je veux que ce soit aussi naturel que possible. Mon cher Jacques, j’attends tes commentaires. Fais-moi savoir comment tu te prépares pour cet événement si important. Je t’aime. Brigitte
I
Au sommet des échelles Tcomprendre ce terme utilisé dans une grande diversité de langues, il convient de out épisode de la vie sexuelle humainepeut aboutir à un « climax ». Pour bien souligner qu’à l’origine le mot grec climax signie « échelle ». Toute échelle a un point culminant. Dans ce livre, nous nous intéresserons au sommet des échelles. Nous porterons notre attention sur trois situations particulières, en nous intéressant d’abord au « ré$exe d’éjection du fœtus », puis aux orgasmes de la vie génitale masculine et féminine, et enn au ré$exe d’éjection du lait. Notre objectif est d’aller au-delà des rôles bien connus et faciles à expliquer de ces di*érents points culminants, pendant lesquels ou bien les spermatozoïdes sont transportés vers l’ovule au moment de la conception, ou bien le bébé est poussé à travers les voies génitales maternelles pendant l’accouchement, ou bien le lait est éjecté pendant la lactation. Nous nous intéresserons à ces di*érents climax en tant que réponses intenses à tous les niveaux du système neuroendocrinien, en tant que changements d’état de conscience, en tant que façons de s’échapper éventuellement de la réalité espace-temps et d’atteindre des états émotionnels que l’on peut qualifier de transcendants. Nous n’hésiterons pas à utiliser le mot « orgasme ». C’est une façon de faire allusion à ce pionnier que fut Wilhelm Reich, assez audacieux pour publierLa Fonction dEs 1 orgasmEs dans le contexte scientique des années 1940 . À cette époque, un tel mot était encore tabou, bien qu’Aphra Behn – considérée comme la première britannique qui ait jamais gagné sa vie en écrivant – l’ait introduit dès 1684 dans la langue anglaise : dansThE DisappointmEnt, elle décrit l’état émotionnel d’une femme qui n’avait pas pu atteindre l’orgasme. Notre objectif est, dans une certaine mesure, de réécrire « la fonction de l’orgasme » dans un contexte scientique di*érent. Cela nous conduira à élargir le sujet. Wilhelm Reich a surtout porté son attention sur la sexualité génitale, tout en étant au courant de l’œuvre d’Helen Deutsch – la première femme médecin diplômée de la Faculté de Vienne et membre de la société psychanalytique de Vienne. Helen Deutsch, qui avait une expérience de l’accouchement et de l’allaitement, considérait l’acte sexuel et l’accouchement comme les deux phases d’un même processus séparées seulement par un certain laps de temps : « De même que le premier acte contient un élément du second, de même le second est imprégné des mécanismes qui mènent au plaisir dans le premier. Je pense même que la mise au monde d’un bébé représente l’acmé du plaisir sexuel… ». Bien plus, selon Helen Deutsch, l’allaitement est 2 un « acte de jouissance sexuelle, la glande mammaire jouant le rôle de zone érogène ». Nous élargirons aussi le sujet par des allusions occasionnelles aux similarités entre les états orgasmiques et d’autres états extatiques. Jusqu’à une époque récente, de telles similarités sont restées ignorées dans nos sociétés, bien qu’elles allaient de soi dans certains milieux culturels orientaux au temps des femmes maîtres tantriques, et ailleurs 3 au temps des prostituées sacrées . Una Kroll est l’une de celles qui ont éloquemment souligné les liens entre une grande diversité d’états extatiques. Ayant été religieuse, médecin, prêtresse et mère de quatre enfants, elle pouvait écrire avec autorité : « Les moments d’extase sont apparus dans ma vie comme des bénédictions… L’extase de 4 l’union sexuelle est de la même nature que la prière extatique… » Aphra Behn, Helen Deutsch et Una Kroll ont au moins un point commun : elles sont toutes des femmes. Il en est de même de Niles Newton qui, alors qu’elle était déjà mère, fut la première scientique à pressentir, dans les années 1950, que l’ocytocine avait des 5 e*ets comportementaux . Seuls les e*ets mécaniques de cette hormone avaient jusque-
là été pris en considération, en particulier les e*ets sur les contractions utérines permettant la naissance du bébé et la délivrance du placenta, et les e*ets sur des cellules spécialisées du sein permettant le ré$exe d’éjection du lait. Aujourd’hui, il semble que le rôle de l’ocytocine soit essentiel dans tous les états orgasmiques et extatiques. Ce commentaire sur le rôle crucial des femmes dans notre compréhension des états orgasmiques nous conduit à rappeler comment Candace Pert démontra, en 1973, l’existence de récepteurs aux substances opiacées dans le cerveau : elle avait ouvert la voie à la découverte des opiacés naturels communément appelés 6 endorphines . Cela fut une étape importante dans notre interprétation des états extatiques en général. C’est aussi au cours des années 1970 que Regina Lederman publia ses études au sujet des e*ets inhibiteurs des hormones de la famille de 7 l’adrénaline pendant l’accouchement . Dans cette liste de pionnières, nous devons inclure Kerstin Uvnas Moberg, mère de quatre enfants. Son équipe de l’institut Karolinska, à Stockholm, est probablement la plus active et la plus productive au monde en ce qui concerne les propriétés de l’ocytocine. Cette équipe est unique en ce sens qu’elle est exclusivement constituée de mères. Ann-Marie Widstrom, Eva Nissen, Anna Berit Ransjo-Arvidson, Ksenia Bystrova, Wibke Jonas, Ingela Wiklund, Marianne Welandria, Anne So Matthiesen, Berit Sjogren et Maria Pettersson ont toutes une expérience personnelle de l’accouchement. Il semble évident que beaucoup de femmes perçoivent spontanément l’importance de questions qui n’ont pas traditionnellement attiré l’attention des milieux scientiques dominés par l’homme. Tout se passe comme s’il y avait des façons féminines d’évaluer l’importance relative de di*érentes perspectives permettant l’exploration de la nature humaine. Toutes les hypothèses scientiques reposent plus ou moins sur des connaissances intuitives qui sont elles-mêmes liées au sexe. Jusqu’à une date récente le monde scientifique était dominé par les hommes. Nous entrons dans une ère nouvelle avec des apports plus équilibrés de la part des hommes d’une part, et des femmes, d’autre part. Cette ère nouvelle va de pair avec 8 l’avènement de « La scientication de l’amour ». L’amour était traditionnellement le domaine des poètes, des romanciers et des philosophes. Aujourd’hui c’est un sujet abordé par de nombreuses disciplines scientiques. Dans un tel contexte, il devient impossible de faire référence à l’amour et de soulever des questions relatives au développement de la capacité d’aimer sans avoir à l’esprit l’importance de la période qui entoure la naissance. Toutes les disciplines impliquées dans la scientication de l’amour suggèrent que l’amour maternel est le prototype de toutes les facettes de l’amour. La condition préalable pour le développement de cet aspect vital de la révolution scientique est une complémentarité et une collaboration plus équilibrées entre les deux sexes.
Pour de multiples raisons, nous nous intéresserons d’abord au ré$exe d’éjection du fœtus. La première raison est qu’après des millénaires d’accouchements contrôlés par les milieux culturels, très peu nombreux sont ceux – y compris parmi les promoteurs de l’accouchement naturel – qui peuvent imaginer de quoi il s’agit. Une autre raison est que, lorsque le ré$exe d’éjection est compris, il devient facile dans le contexte scientique actuel d’étudier les autres états orgasmiques/extatiques. Nous devons ajouter que ce climax correspond probablement à la plus haute des échelles que les êtres humains peuvent avoir l’occasion de gravir. De plus, c’est habituellement la facette du pouvoir orgasmique humain la plus profondément perturbée et réprimée. Nous devons garder aussi à l’esprit que notre objectif initial est de réécrire « La fonction de e l’orgasme » dans le contexte scientique du XXI siècle. C’est pourquoi, nous choisissons de commencer par ce que Wilhelm Reich ne pouvait pas aisément percevoir au cours des années 1940, à savoir les similarités entre la mise au monde d’un bébé et les orgasmes de la sexualité génitale. Cette étude des fonctions des orgasmes à l’ère de « la scientication de l’amour » nous
conduira inévitablement à faire référence à de récentes avancées techniques qui ont pour e*et de rendre les « hormones de l’amour » inutiles. Par exemple, la césarienne est devenue une opération plus rapide, plus facile et plus sûre que jamais. Ajoutons que des substituts pharmacologiques ables peuvent aujourd’hui remplacer les hormones que les femmes sont censées libérer quand elles accouchent. C’est pourquoi, l’humanité est dans une situation sans précédent. Jusqu’à une époque récente, bien que toutes les cultures aient profondément perturbé les processus physiologiques impliqués dans la naissance, une femme était obligée de compter sur la libération d’un véritable cocktail d’hormones de l’amour pour avoir des bébés. Aujourd’hui le nombre de mères qui comptent sur leurs propres hormones pour mettre au monde bébés et placentas est de plus en plus réduit. À un tel tournant dans l’histoire de l’humanité, quiconque s’intéresse à l’avenir de notre espèce comprend l’importance d’une simple question : « Combien de temps l’espèce humaine pourra-t-elle survivre sans amour ? »
II
Accouchement : les ultimes barreaux de l’échelle Cmettre au monde son premier bébé. L’atmosphère était calme, voire sacrée. Alors ela s’est passé dans un hôpital de Londres. Une femme était sur le point de même que cette mère se tenait debout, dans un état quasi extatique, et disait : « Quel plaisir ! », « c’est comme faire l’amour ! », « le bébé arrive », au moment précis où le périnée commençait à bomber, la porte, soudain, s’ouvrit. Une femme médecin entra en hurlant : « Allongez-vous, il faut que je vous examine. » La femme en travail la supplia en vain de ne pas la déranger. Quelques heures plus tard, une perfusion d’ocytocine synthétique devint nécessaire… Il est facile d’interrompre un orgasme. Beaucoup de professionnels de la santé n’ont aucune idée de ce que peut être une naissance. À la n de l’année 1953 et au début de l’année 1954, j’ai passé un semestre en tant qu’externe à la maternité de l’hôpital Boucicaut, à Paris. Mes collègues et moi avions l’occasion de temps à autre de nous réunir dans le bureau du patron, en présence de la sage-femme chef. Pendant cette rencontre, nous pouvions poser des questions relatives à la grossesse et à l’accouchement. J’imagine la réaction du médecin et de la sage-femme si j’avais posé des questions telles que : « Est-ce qu’accoucher peut être une expérience extatique ? », ou bien : « Le lieu de naissance peut-il devenir un endroit sacré ? » Il est probable que j’aurais été immédiatement présenté au psychiatre de service.
L’émergence de nouvelles perspectives
Aujourd’hui, de plus en plus d’articles, de conférences, de documentaires et de livres font allusion aux concepts d’accouchements extatiques ou orgasmiques et au caractère sacré de la naissance. En 1982, alors que j’exerçais à l’hôpital de Pithiviers, une équipe de la BBC est venue faire un reportage. Pendant cette visite, une jeune femme a mis au monde son premier bébé, qui se présentait par le siège. Une heure ou deux après l’événement, Esther Rantzen, la célèbre présentatrice de la BBC, demanda à la mère ce qu’elle avait ressentí au moment de l’arrivée du bébé. La jeune mère ouvrit de grands yeux expressifs et répondit simplement : « C’était comme un orgasme ! » Un jour, une mère m’a coné : « Quand j’ai croisé pour la première fois le regard de mon bébé, juste après la naissance, j’ai cru voir tout l’univers dans ses yeux. » Sarah Buckley, femme médecin australienne qui a mis au monde ses quatre enfants, chez elle, a associé de telles 9 anecdotes et son expérience personnelle pour populariser le concept deecstatic birth. Il convient d’interpréter cette émergence soudaine de perspectives nouvelles. Il convient aussi de réaliser que toutes les sociétés connues ont profondément perturbé, pendant des millénaires, les processus physiologiques pendant la période qui entoure la naissance : les milieux culturels interfèrent en transmettant, de génération en génération, des croyances, des rituels et des théories. Nous devons, de plus, prendre conscience de l’importance du tournant des années 1970 et nous interroger sur le moment où ce tournant a eu lieu.
Le langage et la perspective des physiologistes modernes représentent une première étape importante vers l’élaboration d’interprétations plausibles. Ce qui est physiologique est une référence indépendante de la culture (par opposition au concept de normalité qui inclut une forte connotation culturelle). Il est impossible d’explorer les