Les portes du son
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Description

Paul, étudiant à l’institut des études supérieures du son de Paris, décide de faire un tour du monde pour aller à la rencontre de pratiques rituelles basées sur l’utilisation de certaines sonorités. À partir des différentes expériences dont il sera témoin, il va comprendre que le son a un réel pouvoir physique qui peut mener l’être humain à expérimenter des états de conscience peu ordinaires. Il reviendra alors transformé par son voyage au cours duquel il rencontrera une femme, Akilina, qui marquera à jamais sa vie et qui l’aidera à comprendre la signification d’un rêve récurrent.

Avec elle, il va constituer une équipe d’explorateurs de la conscience après avoir réussi à modéliser un système sonore, basé sur l’utilisation des sons binauraux, capable d’ouvrir à volonté la porte du « 2e Lieu », qui n’est rien d’autre que la porte de l’au-delà. À travers ces voyages d’un nouveau genre, cette équipe va réussir à rapporter des informations précises sur l’organisation du 2e Lieu qui iront à l’encontre des idées religieuses établies. Mais ce dont elle ne se doutait pas, c’est qu’elle allait devoir se heurter à la violence de l’intolérance et de l’intégrisme.



Et si une simple fréquence sonore pouvait être à l’origine d’un bouleversement sociétal majeur ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9791034811380
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les portes du son
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Max Donhem
 
 
Les portes du son
 
 
Couverture : Maïka
 
 
Publié dans la Collection Samsara
 
 

 
 
© Evidence Editi ons  2019

 
Note de l’éditeur
 
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À Krystel
 
 
 
 
 
 
 
Avant-propos
 
 
 
Paul, étudiant à l’institut des études supérieures du son de Paris, décide de faire un tour du monde pour aller à la rencontre de pratiques rituelles basées sur l’utilisation de certaines sonorités. À partir des différentes expériences dont il sera témoin, il va comprendre que le son a un réel pouvoir physique qui peut mener l’être humain à expérimenter des états de conscience peu ordinaires. Il reviendra alors transformé par son voyage au cours duquel il rencontrera une femme, Akilina, qui marquera à jamais sa vie et qui l’aidera à comprendre la signification d’un rêve récurrent. Avec elle, il va constituer une équipe d’explorateurs de la conscience après avoir réussi à modéliser un système sonore, basé sur l’utilisation des sons binauraux, capable d’ouvrir à volonté la porte du « 2 e  Lieu », qui n’est rien d’autre que la porte de l’au-delà. À travers ces voyages d’un nouveau genre, cette équipe va réussir à rapporter des informations précises sur l’organisation du 2 e  Lieu qui iront à l’encontre des idées religieuses établies. Mais ce dont elle ne se doutait pas, c’est qu’elle allait devoir se heurter à la violence de l’intolérance et de l’intégrisme. Leurs concepts seront si révolutionnaires qu’ils entraîneront un bouleversement sociétal majeur et insoupçonné.
 
Ce roman n’est qu’une fiction et l’auteur n’invite personne à tenter de reproduire ce qui est écrit dans ces pages. Cependant, il s’inspire de rites ancestraux bien réels pratiqués dans différentes régions du monde, de certaines découvertes scientifiques dans le domaine des neurosciences depuis la moitié du XX e  siècle et des expériences de Robert A. Monroe (1915-1995). Ce dernier, qui était un homme d’affaires américain à la tête de plusieurs médias et ingénieur du son de formation, essaya à la fin des années 50 de mettre au point des méthodes d’apprentissage accéléré pendant le sommeil, basées sur des techniques sonores et l’utilisation de suggestions. Sa vie bascula peu de temps après qu’il eut expérimenté ces techniques sur lui-même. Il s’aperçut que certains sons écoutés selon un procédé particulier (synchronisation hémisphérique résultant de l’écoute de sons binauraux découverts avant lui par Heinrich Wilhelm en 1839 puis remis en lumière 134 ans plus tard par Gerald Oster en 1973) pouvaient amener l’être humain à expérimenter des états de conscience peu accessibles en temps ordinaire. Ces techniques semblent avoir été connues des Russes et des Américains qui les utilisèrent à des fins militaires pendant la guerre froide. Aujourd’hui, des sons binauraux sont commercialisés à travers le monde. Des logiciels de création de sons binauraux ont même fait leur apparition.
 
Le son est la vibration mécanique d’un fluide (liquide, gaz ou plasma) qui se propage sous forme d’ondes. Lorsque l’on fait vibrer deux cordes qui génèrent un son de fréquence très proche, il se produit un battement (ou fréquence sonore) qui correspond à la différence des deux sons. C’est grâce à ce phénomène que le musicien accorde son instrument de musique. Ce principe physique est applicable au cerveau humain. Lorsqu’on écoute un son différent dans chaque oreille, mais presque identique 1 , le cerveau adopte dans sa globalité (synchronisation hémisphérique) un train d’ondes cérébrales qui correspond à la différence des deux sons écoutés. Ce train d’ondes cérébrales est appelé battement binaural. En faisant varier l’écart de fréquence qui existe entre les deux sons écoutés, il devient alors possible de contraindre le cerveau à adopter un train d’ondes cérébrales donné.
 
La population mondiale compte aujourd’hui un peu plus de 7 milliards d’êtres humains. Sur ces 7 milliards d’êtres humains, environ 6,4 milliards ont intégré une religion alors que 684 millions sont agnostiques et 136 millions sont athées. Ce qui fait que 90 % de la population mondiale est croyante et religieuse. À ce jour, l’existence de l’âme et sa pérennité après la mort physique n’ont jamais été démontrées scientifiquement. Ceci met en avant le fait que les croyances prospèrent encore aujourd’hui même en l’absence de vérité scientifique établie. Qu’adviendrait-il des religions si la science arrivait à prouver l’existence de Dieu et à décrire l’au-delà ? Et si une simple fréquence sonore pouvait changer notre vision du monde ?
 
Prologue
 
If you want to find the secrets of the universe, think in terms of energy, frequency and vibration.
Nicolas Tesla, 1942.
 
 
 
 
La première vague
 
 
 
Université d’Iéna en Thuringe (Allemagne), 6 juillet 1924
 
Hans Berger 2 arriva dans le hall d’entrée de l’université d’Iéna et salua le gardien. Il venait d’avoir 51 ans. Il entra dans son bureau et enleva sa veste qu’il déposa sur le portemanteau. Il attrapa sa blouse blanche qu’il endossa rapidement. Il sortit de la pièce pour rejoindre la salle d’expérimentation où ses assistants l’attendaient ainsi que le patient sur lequel allait se dérouler l’expérience. Ils se saluèrent. La salle présentait une grande paillasse sur laquelle on pouvait voir différents instruments scientifiques. Les murs étaient recouverts de carreaux de faïence blancs. À côté de la paillasse se trouvait un homme assis sur un fauteuil.
— Bonjour. Vous allez bien ? demanda-t-il au patient.
— Oui, professeur, merci.
— Nous allons pouvoir commencer.
Hans Berger apposa sur le crâne de cet homme deux électrodes fabriquées avec des feuilles d’argent, qu’il fixa avec un bandage en caoutchouc. Il les positionna à deux endroits différents : l’une fut placée à l’avant de la boîte crânienne, dans la région frontale, l’autre à l’arrière, dans la région occipitale. L’espace d’un instant, Berger repensa à son premier essai d’enregistrement qu’il avait fait auparavant sur un patient trépané atteint d’une tumeur cérébrale. Celui-là s’était soldé par un échec.
 
Il prit un tabouret et s’assit. Les électrodes, qui étaient désormais bien fixées sur le crâne du patient épileptique, étaient reliées au galvanomètre à corde qui était posé sur la paillasse. Cet appareil, initialement utilisé pour la communication télégraphique sous-marine, avait été adapté à la cardiologie par l’ingénieur et électricien Clément Ader en 1897, également pionnier dans le domaine de l’aviation. Quelques années plus tard, c’était Willem Einthoven, physiologiste néerlandais, qui réussissait en perfectionnant le galvanomètre à corde, à créer le premier électrocardiographe. C’est grâce à son électrocardiographe qu’il put commencer à capter et à analyser les faibles signaux électriques produits par le cœur humain. Einthoven reçut pour ses travaux le prix Nobel en 1924. La même année, à la suite des travaux d’Einthoven, Hans Berger eut l’idée d’utiliser le galvanomètre à corde pour tenter de voir si le cerveau produisait également des signaux électriques. Il espérait ainsi enfin matérialiser ce qu’il cherchait depuis des années à mettre en évidence : « l’énergie psychique ». Après plusieurs années de recherches infructueuses qu’il mena sur le cerveau avant la Première Guerre mondiale, cette voie lui semblait être plus prometteuse.
 
Son galvanomètre reposait sur un socle en fonte qui possédait quatre pieds en caoutchouc. Sur ce socle, perpendiculairement, était fixée une colonne métallique soutenant un volumineux électroaimant constitué de deux grosses bobines. Cet électroaimant générait un puissant champ magnétique. Dans l’entrefer des prolongements polaires de l’électroaimant était placé un support vertical à l’intérieur duquel était tendu un fil très fin en quartz argenté, large de seulement quelques microns. Lorsqu’un courant électrique, même de très faible intensité, passait dans ce fil métallique, ce dernier se déplaçait perpendiculairement au champ magnétique, d’un côté ou de l’autre, selon le sens du courant. Le champ magnétique étant extrêmement puissant et le fil très fin, des courants électriques très faibles pouvaient être mesurés. Dans l’axe de la bobine, deux sortes de microscopes étaient installés perpendiculairement au fil. D’un côté, le microscope d’éclairage qui concentrait un faisceau lumineux sur le fil afin de l’éclairer. De l’autre, un microscope de lecture permettant de lire la déviation du fil correspondant à l’intensité du signal électrique. La déviation du fil pouvait s’observer soit directement dans le microscope de lecture à l’aide d’un micromètre oculaire soit par projection sur un papier photographique. Pour obtenir un enregistrement permanent en temps réel, avec des marqueurs de temps, un miroir était disposé à la partie inférieure du fil de quartz. Celui-ci reflétait les infimes déplacements du fil qui venaient s’imprimer sur un papier photographique qui défilait à une vitesse constante dans une petite chambre étanche à la lumière de la pièce.
— Je vais commencer l’enregistrement, dit Hans Berger au patient.
— D’accord. Allons-y.
Berger mit alors le galvanomètre en marche. Seul se faisait entendre dans la pièce le bruit du papier photographique qui défilait. L’enregistrement ne dura que quelques dizaines de secondes tout au plus. Il s’empara du papier photographique qui s’était accumulé. Il ne parlait plus. Son regard resta figé sur le papier et son souffle coupé, comme si sa vie en dépendait. La chose imprégnée était si infime… Et pourtant, il semblait observer quelque chose de miraculeux. Sur le papier s’était imprégnée une minuscule vague, une sorte d’oscillation continue. Le miroir avait transmis les minuscules mouvements du fil de quartz sur le papier photographique constituant ainsi une onde. Ce minuscule bout de papier avait pour lui plus de valeur qu’un titre de propriété ou qu’un billet de banque. Sur ce papier, cette onde reflétait l’activité électrique du cerveau. Il avait réussi à saisir, presque à matérialiser, ce qu’il cherchait depuis des années à mesurer : l’énergie du cerveau représentée sous la forme d’un potentiel électrique ! Caton avait déjà mesuré des potentiels électriques sur le cortex d’animaux de laboratoire en 1875, mais ceci n’avait jamais été réalisé sur l’homme et il n’était pas en mesure de le représenter graphiquement. Pour la première fois dans l’histoire de la médecine, l’activité électrique du cerveau avait pu être mesurée, enregistrée et visualisée. Berger sentit monter en lui une grande excitation.
— L’électroencéphalogramme est né ! dit-il.
 
 
 
 
Publication
 
 
 
Allemagne, 1929, université d’Iéna
 
Hans Berger, habillé de sa blouse blanche, était assis devant son bureau un stylo à la main. Sur sa droite se trouvait une bibliothèque remplie de livres médicaux. Un petit carnet noir dépassait de la poche de sa blouse blanche qu’il avait sur lui. Sous sa blouse, il portait une chemise blanche et une cravate noire. Âgé de 56 ans, il avait les cheveux courts et grisonnants. Son front était complètement dégarni. Il était en train de prendre des notes qui allaient lui servir à rédiger son premier article faisant référence à sa découverte de 1924 : « Je voudrais proposer, en analogie à la dénomination électrocardiogramme, le nom d’électroencéphalogramme concernant la courbe que j’ai obtenue moi-même pour la première fois sur l’être humain. Par souci de simplification, je vais ensuite désigner les ondes de premier ordre que j’appellerai alpha (α) 3 et les ondes de second ordre que j’appellerai bêta (β) 4 , tout comme je vais utiliser “EEG” comme abréviation de l’électroencéphalogramme et “ECG” comme abréviation de l’électrocardiogramme. »
 
 
 
 
Fin
 
 
 
Université d’Iéna, Allemagne, 1 er  juin 1941
 
Hans Berger traversa la rue et arriva devant la façade de l’université d’Iéna. Ses yeux se portèrent sur la plaque où était inscrit le nom de l’université d’Iéna : Friedrich Schiller Universitat. Il se rappela la date à laquelle elle reçut ce nom :
— 1934. C’est Fritz. Fritz Sauckel qui lui a donné ce nom ! Cette université, créée en 1558, avait reçu le nom de Friedrich Schiller Universitat en 1934 à l’initiative de Fritz Sauckel, membre du régime nazi, qui voulait rendre hommage à ce médecin militaire et poète allemand, Friedrich Schiller, qui enseigna l’histoire et la philosophie à l’université d’Iéna.
Cela faisait désormais trois ans que Hans Berger avait pris sa retraite officielle de l’université, mais il lui arrivait fréquemment d’y retourner. Ce jour-là, le 1 er  juin, il traversa le bâtiment pour se rendre à l’aile sud de la clinique d’Iéna. Il entra dans une pièce et sortit une corde qu’il avait apportée. Il l’attacha solidement sur une poutre du plafond. Il enroula l’autre extrémité de la corde autour de son cou.
Puis il se pendit.
 
 
 
 
Continuité
 
 
 
Année 1950, bloc opératoire, Institut neurologique de Montréal
 
Wilder Penfield 5 était assis derrière son patient. Il avait une vue directe sur son crâne que l’infirmière avait intégralement rasé la veille. Il prit une seringue remplie d’un liquide transparent qui était posée à ses côtés sur une table métallique roulante. Il enfonça l’aiguille à plusieurs reprises dans le scalp du patient en prenant soin d’injecter à chaque fois une portion du liquide. Puis il attendit quelques minutes.
— Vous sentez quand je touche la peau ?
— Non, je ne sens rien.
Il venait de réaliser une anesthésie locale. Son scalp était désormais intégralement anesthésié.
— C’est bon. Nous allons pouvoir poursuivre.
— D’accord. J’ai confiance en vous, Professeur.
Wilder était un éminent neurochirurgien très respecté au Canada. Il prit jadis la décision de faire des études de médecine comme son père et son grand-père alors qu’il préparait son baccalauréat à l’université de Princeton aux États-Unis. Il avait cette ambition de vouloir changer le monde et pour lui la meilleure voie pour y parvenir était celle de la médecine. Ce fut en 1928 qu’il fut sensibilisé à la neurochirurgie par Otfried Foerster 6 , le médecin qui soigna Lénine à la fin de sa vie alors qu’il avait fait plusieurs accidents vasculaires cérébraux. Foerster fut le précurseur de l’analyse cérébrale et de la prise en charge de l’épilepsie sévère et rebelle. Celui-ci deviendra quelque part le « maître » de Wilder. C’était cette même année 1928 qu’il partit finalement s’installer au Canada avec la conviction qu’il fallait, pour faire progresser la connaissance sur le cerveau humain, réaliser un centre de recherche pluridisciplinaire regroupant des neurologues, des neurophysiologistes et des neurochirurgiens. En 1934, Wilder obtint la citoyenneté canadienne. Cette année-là, grâce à un don important de la fondation Rockefeller, au soutien du gouvernement du Québec et de la ville de Montréal, il réussit à réaliser son rêve en fondant l’Institut neurologique de Montréal qui devint rapidement un centre international d’enseignement, de recherche et de traitement des maladies liées au système nerveux. Un an plus tard, en 1935, son maître Foerster réalisera les premières études sur l’électroencéphalographie intracrânienne, procédé qu’il appellera par la suite électrocorticographie. Cette technique s’inspirait de l’électroencéphalographie que Hans Berger mit au point quelques années plus tôt, en 1929, à la différence près que les électrodes étaient positionnées à l’intérieur même de la boîte crânienne, directement au contact du cerveau. Cette approche fut révolutionnaire dans le sens où le patient restait entièrement conscient, car seule une anesthésie locale était pratiquée au niveau de son scalp. Elle lui permettait de rester éveillé et de décrire ses réactions sensorielles pendant que le chirurgien stimulait, à l’aide d’une sonde électrique, différentes zones de son cerveau jusqu’à ce qu’il trouve la zone épileptogène à détruire. Cette technique, qui fut les débuts du repérage stéréotaxique, était d’une aide précieuse pour le diagnostic préchirurgical du foyer épileptique que le chirurgien pouvait alors réséquer en préservant le cortex sain. Les nombreuses interventions que Penfield réalisa, basées sur la stimulation intracrânienne, lui permirent d’approfondir ce qu’avait commencé Foerster : l’élaboration d’une cartographie du cortex cérébral avec les différentes aires des fonctions sensitivo-motrices du cerveau. À l’aide de ses collaborateurs, c’est donc dans cet institut neurologique de Montréal que Wilder perfectionna et répandit la technique audacieuse de la détection préchirurgicale d’un foyer épileptique apprise auprès de son maître allemand Foerster, à tel point qu’on appela cette technique la technique « de Montréal ». Il opérait de cette façon plus souvent que tout autre neurochirurgien au monde. Plus de la moitié des patients traités de cette façon étaient débarrassés de leurs crises. La bonne nouvelle se répandit rapidement et des patients du monde entier se rendirent à Montréal pour se faire soigner.
 
C’est ce que Wilder était en train de faire : opérer un patient atteint d’épilepsie sévère rebelle aux traitements médicamenteux per os habituels. Un bruit strident retentit dans le bloc opératoire. Wilder Penfield était en train de scier le crâne du malade. Une fois le travail de découpe terminé, il retira la boîte crânienne ainsi qu’une partie des méninges, qui n’était rien d’autre que l’enveloppe protectrice du cerveau. Il tenait cet os coupé par sa base comme s’il tenait une coupole retournée. Il la posa sur la table métallique où reposaient déjà différents instruments chirurgicaux. Il prit ensuite quelques minutes pour rabattre l’autre partie des méninges qui était restée au contact du cerveau.
— Voilà, nous y sommes, dit Wilder.
La cervelle, d’un blanc laiteux, était parcourue par une multitude de vaisseaux sanguins rouge foncé, apparaissant à l’air libre.
— Comment ça va ? demanda Wilder à son patient pour s’assurer que tout allait bien.
— Ça va toujours bien, docteur… Je ne sens toujours rien.
Wilder avait cette faculté extraordinaire qu’ont les chirurgiens de pouvoir observer l’intérieur du corps humain sans ressentir d’affect. Mais ceci ne le rendait pas moins humain. Il était certes reconnu pour ses compétences médicochirurgicales, mais aussi pour ses qualités humaines : il était perçu par ses patients et ses collègues comme un être intègre d’une profonde humanité.
— Bon, je vais stimuler à nouveau la région du cerveau que j’avais partiellement réséquée la dernière fois et vous pourrez me signaler tout ce que vous ressentirez. Vous connaissez maintenant le procédé.
Le patient avait déjà été opéré par Wilder quelques mois plus tôt, mais l’opération n’avait pas porté ses fruits. De nouvelles crises d’épilepsie étaient survenues et une nouvelle intervention chirurgicale était nécessaire. Wilder prit sa sonde électrique et commença à toucher certaines zones du cerveau.
— Vous ne ressentez rien ?
— Non.
— Et là ?
— Toujours rien…
Il y avait quelque chose d’irréel dans cette scène. Le patient avait le cerveau à l’air et pourtant il pouvait parler comme si de rien n’était… Wilder enfonça la sonde électrique dans la vallée sylvienne du cerveau à deux centimètres de profondeur puis la positionna sur le gyrus temporal supérieur droit 7 , à proximité immédiate de l’insula. Il rejoignit ainsi la zone du cerveau qu’il avait déjà opérée. Il tourna une molette pour régler l’intensité électrique de la sonde sur 3,5 mA.
— Vous sentez quelque chose cette fois-ci ?
— Oui, j’ai un goût désagréable dans la bouche et je ressens le besoin de déglutir.
Le patient se mit à parler dans un jargon incompréhensible, mais la confusion mentale ne dura que quelques secondes. Puis il se mit à nouveau à parler de façon distinctive :
— Oh, mon Dieu, je quitte mon corps !
— Comment ça ? demanda Wilder.
— Je quitte mon corps ! répondit-il à nouveau.
Wilder regarda le tracé de l’électrocorticogramme. Celui-ci était en train d’indiquer que le cerveau de son patient produisait des ondes cérébrales de quatre hertz 8 .
 
 
 
 
Pionnier
 
 
 
1977, États-Unis
 
Robert Monroe venait de s’allonger sur un lit. Sans aucune aide extérieure, avec les années, il avait acquis la capacité de sortir facilement de son corps. Le Dr Fowler Jones et le Dr Stuart W. Twemlow l’observaient derrière une vitre. L’expérience devait durer une trentaine de minutes 9 . Ils venaient d’implanter une électrode droite et une électrode gauche d’un électroencéphalogramme dans sa région occipitale. Robert Monroe venait de les prévenir qu’il allait bientôt sortir de son corps.
— Il a une drôle de respiration. Tu ne trouves pas ? demanda le Dr Fowler à son collègue.
— Oui. Il a une respiration spasmodique. Et maintenant il est en apnée.
Puis les deux hommes se tournèrent simultanément l’un vers l’autre et se regardèrent. On pouvait lire un grand étonnement dans leur regard.
— Tu as vu la même chose que moi ?
— Oui. C’est incroyable. Qu’est-ce que ça peut être ?
Une sorte de distorsion de l’atmosphère en forme de vague était apparue au-dessus du corps de Monroe, comme si de la chaleur sortait de son organisme. La partie supérieure de son corps devenait moins nette à cause de ce phénomène. Monroe venait de sortir de son corps.
— Regarde ses yeux.
— Ah oui. Il présente des mouvements oculaires rapides.
— Regardons l’électroencéphalogramme !
— Des modifications sont apparues brutalement. Il y a un changement de grande amplitude dans l’hémisphère droit alors qu’il y a une activité de faible amplitude dans l’hémisphère gauche. Sa fréquence cérébrale a nettement diminué. Les deux hémisphères ont tous les deux adopté un train d’ondes de 4 à 5 Hz. Monroe se situe dans la zone transitionnelle thêta-gamma, c’est-à-dire entre la veille et le sommeil.
 
 
 
 
PARTIE 1
 
« Un bon voyageur ne doit pas se produire, s’affirmer, s’expliquer, mais se taire, écouter et comprendre. »
 
Paul Morand.
 



Les toupies d’Istanbul



Istanbul, 13 juillet 2020

Paul commanda un thé à la menthe au restaurant-café aménagé au dernier étage de la tour de Galata située dans le district de Beyoğlu à Istanbul. De là, il prit le temps de profiter de la vue panoramique exceptionnelle qu’offrait cet édifice construit au Moyen Âge par les Génois. Son regard se porta d’abord sur la vieille ville qui s’étendait au-delà de l’estuaire de la Corne d’Or et s’arrêta enfin sur le Bosphore, détroit qui reliait la mer Noire et la mer de Marmara et qui marquait la limite méridionale entre le continent asiatique et européen. Le soleil qui était si lumineux et si brûlant l’après-midi commençait à décliner. Il termina son thé puis sortit de la tour pour rejoindre la rue Galip Dede Caddesi, connue pour ses boutiques d’instruments de musique. Il s’arrêta à plusieurs reprises pour observer leurs vitrines remplies d’instruments à cordes. Après quelques minutes de marche, il aperçut enfin la loge des mevlevis. Loin du tumulte de la ville et de ses quatorze millions d’habitants, il s’engagea dans la cour intérieure, véritable havre de paix arboré, puis pénétra dans la salle de culte octogonale, le semâhâne , où la cérémonie allait bientôt commencer. Il s’installa sur l’une des chaises dans l’espace destiné aux spectateurs situé en périphérie de la pièce. Son regard se posa d’abord sur un motif en forme de cercle dessiné sur le sol avec du parquet puis sur les murs où étaient accrochés des tableaux, des tissus ainsi que des calligraphies. Il régnait ici un silence religieux, mais l’attente allait bientôt prendre fin, le Semâ , véritable concert mystique, allait bientôt commencer.

Lentement, les derviches firent leur apparition et s’avancèrent au centre de la pièce, les bras croisés sur la poitrine, suivis par leur maître spirituel. Ils étaient tous vêtus d’un long manteau noir et sur leur tête, on pouvait voir une toque brune de forme tronconique rappelant les stèles funéraires des cimetières musulmans. Chacun se plaça à gauche du maître. L’un des derviches tourneurs déroula un petit tapis rouge sur le sol, symbolisant le destin. Il s’inclina devant avant de rejoindre les autres danseurs. Puis tous les derviches s’inclinèrent à leur tour, en guise de salutation rituelle, et se mirent à genoux. Ce prélude prit fin avec la récitation de la sourate d’ouverture du Coran, la Fatiha. Lorsque celle-ci fut terminée, les derviches se placèrent successivement devant leur maître pour faire une profonde révérence qui se termina par un baiser de main en guise d’obéissance absolue. Puis une procession circulaire se forma sur un fond musical dans laquelle chaque derviche avançait à pas lents et s’interrompit à certains moments pour saluer les spectateurs. C’est après avoir fait trois tours de salle que la déambulation solennelle prit fin, chaque derviche reprenant sa position initiale. À ce moment précis, les derviches laissèrent tomber leur manteau noir, en le faisant simplement glisser au sol, ce qui fit apparaître la longue tunique blanche traditionnelle qu’ils portaient au-dessous. Le passage de la couleur noire à la couleur blanche semblait vouloir symboliser le bien qui l’emportait sur le mal et la résurrection qui succédait à la mort physique.

Au signal du maître, le son apaisant et plaintif d’une flûte commençait à se faire entendre. Puis la voix d’un chanteur ainsi que le son des cordes d’un oud et d’un rebâb se mêlèrent progressivement à celui de la flûte. On entendait aussi en arrière-fond celui des timbales et des cymbales. Un par un, au rythme lent de la musique, les danseurs commencèrent à tourner sur leur pied gauche en décrivant un cercle parfait. On devinait les mouvements du pied droit servant de force propulsive au pied gauche. La tête légèrement penchée en arrière, ils se mirent à tourner plus rapidement, de gauche à droite, les bras croisés sur leur poitrine. Leurs bras s’élevèrent au-dessus de leur tête, puis redescendirent lentement pour se stabiliser perpendiculairement à leur corps. Alors que la paume de la main droite se tourna vers le ciel, la paume de la main gauche s’inclina vers la terre, comme s’ils cherchaient à capter la grâce de leur Dieu, Allah, pour la répandre sur terre. Alors que la musique devenait plus rapide et plus forte, en formant un crescendo continuel, les derviches tournèrent de plus en plus vite, laissant leur longue tunique blanche prendre la forme d’une campanule. Les danseurs semblaient alors entrer dans une sorte de transe mystique. Comme les atomes et les planètes, leurs rotations incessantes sur un point de l’espace rappelaient les mouvements de l’Univers comme s’ils cherchaient à ne faire qu’un avec la Création, comme s’ils voulaient symboliser l’union sacrée entre l’homme et la nature, entre l’homme et son créateur. Le point du cercle n’était autre qu’une représentation du point divin, de l’unicité divine, de l’origine du tout. Les derviches restèrent ainsi pendant plusieurs dizaines de minutes, effectuant quatre cycles de tournoiements, telles des toupies ne se touchant jamais et tournant sans fin autour de leur axe. Malgré la répétition de ce mouvement, aucun derviche ne chuta ni ne s’évanouit. Quant aux spectateurs, ils semblaient être comme hypnotisés…

***

La représentation terminée, Paul sortit du monastère. Il faisait déjà nuit. Il traversa une rue animée et en profita pour s’acheter un sandwich qu’il mangea en marchant. D’un geste de la main, il fit signe à un taxi de s’arrêter. Il traversa à nouveau la Corne d’or en taxi par le pont de Galata et demanda au chauffeur de le déposer à l’entrée de la vieille ville, car il souhaitait marcher un peu avant de rentrer au riad où il avait réservé une chambre. Il rejoignit une grande avenue où circulait un tramway que beaucoup de personnes empruntaient. De grands immeubles de différentes couleurs s’érigeaient de part et d’autre de cette rue très fréquentée. On y trouvait des boutiques hétéroclites, des commerces d’alimentation, des restaurants et de nombreux hôtels. Les fils électriques d’alimentation du tramway, qui étaient suspendus de part et d’autre des immeubles, formaient un maillage qui ressemblait à une toile d’araignée. Après une demi-heure de marche, Paul reconnut la rue qu’il devait emprunter pour rejoindre son riad . Il passa sous un porche qui menait à une ruelle sombre et arriva enfin devant une imposante porte d’entrée en bois massif. Il sonna et le veilleur de nuit vint immédiatement lui ouvrir. Il rejoignit le patio du riad qui avait une forme carrée traditionnelle avec un sol entièrement recouvert d’un carrelage blanc et noir, disposé comme un jeu de dames, et une fontaine centrale. Il y avait à côté de cette dernière une petite table circulaire recouverte d’une mosaïque multicolore avec ses quatre chaises. Au pied de la table, un petit chaton buvait tranquillement du lait dans une gamelle. Aux quatre coins de la cour se trouvaient de volumineuses jarres contenant tantôt un olivier, tantôt un palmier. Derrière les arcades qui délimitaient la cour, on pouvait apercevoir un canapé avec des coussins de couleur rouge orangé. Des bougies, qui avaient été allumées çà et là, conféraient à l’endroit un caractère paisible et féerique. Seul l’écoulement de l’eau de la fontaine venait perturber le silence de cette chaude nuit d’été. Paul traversa cette pièce à ciel ouvert et rejoignit sa chambre. Il attrapa le stylo et le bloc-notes qu’il avait posés la veille sur la table de nuit. Il ressortit de la chambre, rejoignit à nouveau la cour intérieure et s’assit sur le canapé. Il commença à rédiger quelques notes pour ne rien perdre du spectacle auquel il venait d’assister. Il commença à écrire :

« Sema » en turc (ou « sama » en arabe) est une cérémonie séculaire créée à Konya en Turquie par Mevlânâ Celâleddîn Rûmî. Ce poète et philosophe mystique musulman du XIII e siècle, né à Balkh en Afghanistan, créa l’ordre des derviches tourneurs autrement appelé confrérie mevleviyye. Cet ordre est une des principales branches du soufisme qui est un des grands courants spirituels, ésotériques et mystiques de l’islam. Le soufisme repose sur une philosophie de l’amour, de l’ouverture, de la tolérance et de l’éveil à la spiritualité. Le semâ en turc provient de l’arabe samâ signifiant « audition », « écoute » (dans le sens d’écoute de la parole de Dieu). La cérémonie du Semâ , qui s’exécute dans le semahâne (salle de danse du monastère), fait appel à un répertoire particulier appelé Ayin , mêlant composition vocale et instrumentale dans le but de provoquer chez les danseurs des états modifiés de conscience, autrement dit des états de transe. Ce répertoire utilise des cycles rythmiques contrastés associant la voix d’un chanteur et le son d’instruments à corde ( oud et rebâb ), à vent (flûte) et à percussion (timbale et cymbale). Après l’arrivée au pouvoir de Kemal Atatürk, la République de Turquie inaugura une phase de rupture avec les anciennes traditions de l’époque ottomane. La confrérie des derviches tourneurs était aussi bien hiérarchisée et aussi bien organisée qu’un parti politique et devenait donc un danger pour le nouveau père de la patrie. En 1925, toutes les confréries soufies furent bannies par une loi provenant de l’Assemblée nationale de Turquie, à l’instigation d’Atatürk lui-même, qui avait déclaré que ces organisations, même si elles avaient contribué à la libération de la Turquie, étaient incompatibles avec les principes d’une république. Cette loi interdisait donc toute forme de soufisme et toute forme d’organisation hiérarchique au sein de cette confrérie. Le centre historique des mevlevis situé à Konya fut fermé en 1925, cependant rouvert quelques années plus tard comme musée. Pendant 30 ans, les soufis subirent répressions et persécutions. Certains derviches quittèrent même le pays et d’autres changèrent de statut. Les musiques des cérémonies derviches, qui s’étaient transmises par voie orale jusqu’au XX e siècle, avaient dû être écrites pour éviter d’être perdues pour toujours. Les mevlevis ont cependant réussi à conserver leur tradition dans la clandestinité grâce à la réalisation de cérémonies privées et dissimulées. Ce n’est que dans les années 50 que les derviches purent à nouveau exercer leur art. De très rares groupes mevlevis tentent encore aujourd’hui de mettre en avant et de préserver le caractère originel et spirituel du Semâ .

Après avoir terminé ses notes manuscrites, Paul décida d’aller se coucher, car il devait se lever tôt le lendemain pour se rendre à l’aéroport. Il devait rejoindre Paris.
 
 
 
Les poupées russes
 
 
 
Paul terminait la préparation du sapin dans le salon. Il devait avoir 11 ans.
— À quelle heure rentre Papa ? demanda-t-il à sa mère.
— Il ne va pas tarder, Paul. Sois patient ! Ça fait déjà deux fois que tu me poses la question. Il doit être retardé par les embouteillages.
Son père lui avait promis de rentrer plus tôt que d’habitude du travail, car c’était le soir du réveillon de Noël. Après quelques minutes d’attente, il entendit enfin retentir la sonnette d’entrée. Il se précipita en criant :
— Papa ! Tu es en retard. Dépêche-toi !
La porte s’ouvrit. Alors que son père le prit dans ses bras, Paul sentit la froideur de l’extérieur imprégnée sur sa veste. Ils s’embrassèrent.
— Excuse-moi, mon fils ! Je suis rentré plus tard que prévu, mais tout de même plus tôt que d’habitude…
— Dépêche-toi, Papa ! Nous devons manger ! C’est le réveillon.
Le réveillon de Noël se déroula dans la chaleureuse ambiance d’un feu de cheminée avec un repas dignement préparé qui dura plus longtemps qu’à l’accoutumée.
— Il est tard, Paul. Il est temps que tu ailles te coucher, lui dit sa mère.
Paul acquiesça sans rechigner. Il savait que lorsqu’il se réveillerait le lendemain matin, il trouverait des cadeaux au pied du sapin. Plus vite la nuit passerait, plus vite il les aurait.
 
À l’aube, alors que ses parents dormaient encore, Paul s’assit sur son lit, mit ses chaussons, sortit de sa chambre, puis posa sa main droite sur la rampe du large escalier en bois massif avant de descendre lentement jusqu’à l’entrée de la maison, tout en cherchant à camoufler ses pas. De là, il ouvrit la porte du séjour et progressa jusqu’au sapin qu’il avait pris soin de décorer la veille. Au pied du sapin se trouvait un cadeau sur lequel était inscrit son nom. Il s’accroupit, le prit dans ses mains et commença à déchirer le papier d’emballage sous lequel se trouvait une boîte rouge. Il ouvrit la boîte et découvrit qu’elle renfermait une poupée russe. Il ouvrit la première poupée, ce qui en fit apparaître une seconde. Tel un oignon dont on enlève les couches une à une, il ouvrit la deuxième poupée, puis la troisième, la quatrième, la cinquième et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il en ait ouvert une dizaine. Son cœur se mit à battre plus vite et de la sueur coulait sur son visage. Le regard inquiet et crispé, il continua à ouvrir les poupées russes les unes après les autres, de plus en plus vite jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il y en avait à l’infini et que ses efforts resteraient vains. Un peu comme la Danaïde cherchant désespérément à remplir sans fin un tonneau sans fond. Il se leva, laissa tomber la dernière poupée ouverte puis se mit à crier…
 
 
 
 
Le Petit Tibet
 
 
 
Paris, 21 juillet 2020
 
Il était exactement 6 h du matin lorsque Paul sortit en sursaut de son cauchemar. Il essaya de se remémorer les détails de ce rêve qu’il venait de faire et qui venait de plus en plus souvent perturber ses nuits. D’où provenait-il ? D’un traumatisme de l’enfance ? Que traduisaient ces poupées russes emboîtées les unes dans les autres à l’infini ? Il n’en avait aucune idée. Il se dit qu’il serait peut-être bien qu’il voit un jour un psychologue. Il avait sans doute besoin d’une bonne psychothérapie, comme la majorité des gens d’ailleurs, se disait-il. Pourtant, il ne rencontrait pas de difficulté majeure dans sa vie, rien qui pouvait expliquer la récurrence de ce rêve. Il avait eu une enfance plutôt heureuse et ne se souvenait pas avoir subi de quelconque psychotraumatisme. À...