//img.uscri.be/pth/6a63c82a55b15e98280608b0bc07fcb93c39cc76
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 15,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Le sang et le SIDA

De
224 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1994
Lecture(s) : 289
EAN13 : 9782296299771
Signaler un abus

JEAN

SANITAS

LE SANG ET LE SIDA
Une enquête critique sur l'affaire du sang contaminé et le scandale des transfusions sanguines
Préface du Dr MICHELLIMOUSIN

Collection

K

Médecine et Santé en question»

LES EDmONS DU PAVIllON 5, rue Rollin, 75005 PARIS EDITIONS L'HARMATfAN 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

DU MÊME AUTEUR
Romans aux Editeurs Français Réunis
Aimez-vous Wagner? Deux roses blanches pour un noir. Un jour et une nuit Coup de toit

Essai aux Editions Sociales
La liberté a la parole.

Enquêtes
Où va la médecine en Union Soviétique (aux Nouvelles Editions du Pavillon).
Des hommes du ciel (aux Editions APN).

Le Birobidjan, une terre juive en Union soviétique (aux Editions
Robert Laffont) avec le Dr Braun

Bandes dessinées aux Editions Dargaud
Lénine en octobre. La bataille de la Neretva. Les Pâques sanglantes. Le sel et le coton. Le Maraudeur. La nuit des castors (aux Editions VMS).

Disque au Chant du Monde Le Tour du monde en 80 minutes.

@ Les Editions du Pavillon, 1994 @ Editions L'Hannattan, 1994 ISBN:2-7384-3085-6

SOMMAIRE

Préface
Introduction ,.

.....
,.....

7 13

PREMIERE PARTIE

Des explications pour comprendre ,...... La transfusion sanguine en France: bénévolat et mercantilisme .. Les transfusés: des hémophiles et quelques autres.................. L'organisation des services de santé en France: la pieuvre. ..... "

15 15 24 26

DEUXIEME PARTIE

Quand tout a commencé , ........ Sida: les cousins de France et d'Amérique ........................... Quand il est urgent de ne pas se presser...............................

31 34 35

TROISIEME PARTIE

La tragédie. , .......... Réunion d'experts: bien dire et ne rien faire ............ Fléau et vœux pieux , ,.. , .......... Où il est question de tests et de gros sous............................. Aux grands maux les demi-remèdes. ...........

39 42 46 49 51

QUATRIEME

PARTIE

La continuité dans le changement.........................................
La montagne accouche d'une souris ...................................

La Croix d'Honneur

..............

55 57 61

CINQUIEME PARTIE

Les trois saisons du scandale...............................................

65

SIXIEME PARTIE

Si Mérieux m'était contaminé En retard d'une seringue

.............................................. ..............

Trois morts, monsieur le médecin

...............

75 76 77

SEPTIEME PARTIE

Un box et quatre accusés Un fleuve en crue..
Les absents n'ont pas toujours tort

...............
.................

L'ombre des absents
Appât du gain

..................................... ......... ............
PARTIE

79 80 82 83 89

HUITIEME

La science et le droit

..........................................................

Le glaive et la balance. ..... Les faits sont aussi têtus que les chiffres.............................. Le pouvoir de décision n'appartient qu'au pouvoir ..................

91 95 97 106

NEUVIE:ME PARTIE

Le sang carcéral
« Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage}) Sept dates révélatrices Quatre traits de plume
"

109
110 113 114

Les ministres jouent les prolongations Des coUectes inexcusables

118 121

DIXIEME PARTIE

Gouverner c'est savoir....................................................... TIsse font tirer l'oreille ......... Douze longuesannées .............. De la basse-courà la Haute cour....................................... L'omission de porter secours............................................ Magistratsen piste........................................................

123 124 127 128 137 138

ONZIEME PARTIE

Bérégovoy, Badinter, Banach et les autres .............................. 141 Des responsabilitéssignificatives ........ 142 Quelquesautres à qui s'intéresser...................................... 145

DOUZIEME PARTIE

Debout les morts!

.............................................................
.;.

Resterdebout

149 151

TREIZIEME PARTIE

L'éthique elle aussi contaminée

....

Le pire ennemi de l'éthique .............................................

153 155

QUATORZIEME

PARTIE

Les confirmations du temps ...... Deux ou trois considérations et quelques vœux ....................... Mise au point ...... La responsabilité des ministres réaffirmée ............................ Pouvoir sans honneur et justice docile................................. L'ombre des ministres .............

159 160 164 167 169 170

Le verdict.. .......... Les réactions ...... Selon que vous serez puissant ou misérable..........................

173 175 177

QUINZIEME PARTIE

La grande braderie

...............

Adjugé n y a de quoi frémir ...................................................... Le sida-business

179 .. 182 182 .... 184

SEIZIEME PARTIE

Une nouvelle définition du sida............................................ A doses homéopathiques .............

187 188 Des démarches contestables et contestées. . . .. . . . . .. . . .. . . .. . . . .. 190 Une majorité de médecins contre la grâce .... 195 Une prérogative monarchique ................. 195 Oui, mais .... 196 199 Pétition, proposition et manifestations................................. Insuffisant .. 200

DIX-SEPTIEME PARTIE

Rebondissements

...........................................

Garretta et Allainà nouveau sur la sellette ... ................. Valse hésitation... ............ Les ministresjugés? ..... La ville parjure ..................... Un avis autorisé ............ En guise de conclusion .................... La liste des médias cités. ... ....

205 205 208 210 218 219 221 223

Préface

La lutte pour la vie, la peur de la mort, le sexe, l'argent, la crise économique, la misère qu'elle engendre, la situation sanitaire, sociale et environnementale dramatique du Tiers-Monde, le comportement de requin des entités économiques, les limites de la presse et de la justice, la veulerie des hommes de pouvoir, les insuffisances de la médecine: le SJ.D.A. et l'affaire du sang contaminé, c'est tout cela à la fois. Le S.I.D.A. est en quelque sorte une véritable image en abîme de notre civilisation en crise. Une chose est sûre, l'affaire du sang contaminé aura servi de révélateur de l'état de notre société en cette fin de vingtième siècle. Bref, j'ai rencontré chez les gens l'espoir déçu de voir le monde s'améliorer grâce au progrès scientifique et technique. La déception était au rendez-vous face à une médecine moderne impuissante non seulement à trouver rapidement une solution aux nouveaux fléaux que distille la nature, mais encore à prévenir, à informer et à réagir vite. Finalement ce qui m'a le plus marqué, c'est la prééminence absolue de l'économique dans le champ du sanitaire: le poids de l'argent étrangle tout. La vie a du mal à lutter dans ces conditions. Un journal médical citait récemment cette phrase de Schopenhauer: La vie est une affaire qui ne couvre pas ses jrais. Que vaut la vie d'un homme face au commerce de son propre corps? Que vaut la vie d'un hémophile transfusé face à une gestion de stock? Nous attendions tous de la révolution scientifique et technique en cours l'émergence des progrès sociaux décisifs: nous avons eu le chômage parce que seulement quelques-uns contrôlent l'essentiel des gains de productivité réalisés. Les inégalités se creusent aussi bien à 7

l'échelle de la société européenne entre les différentes couches sociales qu'à l'échelle internationale entre les différents pays. L'exclusion gagne du terrain. En 1981, les Français avaient opté pour le changement. Après quelques moments d'embellie, ils ont eu les années d'exaltation de la réussite par l'argent. « Gagner» était devenu le nouveau slogan du pouvoir et les fmanciers étaient devenus les hommes de référence. La littérature elle-même encensait le veau d'or et les médias ouvraient grandes leurs portes aux spécialistes de la bulle financière qui ne cessait de s'hypertrophier. Comment dans ces conditions certains hommes comme le Docteur Garretta n'auraient-ils pas pris pour « argent comptant» ces nouvelles valeurs? Gérer le service public comme une entreprise rentable qui dégage des profits immédiats, n'était-ce pas la nouvelle règle imposée par les pouvoirs publics eux-mêmes? Pour dégager des profits ne fallait-il pas « dégraisser» d'abord selon l'expression qui faisait fureur à l'époque? La boucle est alors bouclée: la vie est perdante dans cette histoire puisqu'elle ne couvre pas ses frais. Cette idéologie libérale dominante trouve ici, dans ce drame, ses limites: elle écrase l'être humain. Malheureusement, sur le plan strictement économique et comptable, elle ne réussit pas non plus puisque la crise s'aggrave dangereusement... Sans I'homme, il n'y a pas de production de richesses. Il ne faut donc pas renoncer au bénéfice des progrès de toute nature qui sont en cours de développement. Mais ne faut-il pas plutôt repenser un système de distribution des richesses qui montre des signes de faillite? Habituellement lorsqu'on réfléchit au mode de financement de la santé, on aborde toujours la question en termes de charges, jamais en termes de contribution à la création de richesses. Mais on le voit bien, cette méthode de réduction continue des « dépenses », cette austérité sanitaire et sociale infligée à presque tous, nous conduit sur le chemin d'un déclin. Ce n'était pas d'ailleurs la façon de faire qu'avaient adoptée le Conseil National de la Résistance pendant la guerre puis le Gouvernement à la Libération, en optant franchement pour le développement et l'investissement dans l'homme avec la mise en place de la Sécurité sociale. La création de la protection sociale généralisée pour tous avait été une mesure audacieuse à une époque où le pays était infiniment moins riche qu'aujourd'hui. C'est à peu près à la même époque (1952) qu'avait été créé le système français de transfusion sanguine. Cette initiative originale alliant la générosité associative, le bénévolat du don et la compétence 8

scientifique avait contribué à sa façon au redressement du pays. Il faut donc aujourd'hui revenir à cette source historique et méthodologique et enfin reconsidérer les dépenses de santé comme de véritables investissements. En temps de crise, on recommande partout d'investir dans l'outil de production. On présente ces dépenses comme une nécessité pour un développement à venir. L'investissement dans I'homme producteur et créateur est aussi important que l'investissement dans l'outil de production. Il me semble qu'on ne peut rien comprendre à cette triste « affaire de la transfusion sanguine» si on perd de vue ce contexte social, économique et idéologique. Dernier détail... pour ce qui est du contexte: au moment même où se révélait ce scandale, la Communauté européenne rédigeait une directive assimilant les produits dérivés du sang à des médicaments. L'habillage médiatique aura consisté à dire que le sang devait être traité avec les mêmes normes de sécurité que les médicaments euxmêmes. Bravo! L'intention aurait pu être louable si elle n'avait été hypocrite et manipulatrice d'opinion. L'occasion était belle en effet de montrer les insuffisances du système transfusionnel français même si on oubliait de signaler que l'industrie pharmaceutique privée avait aussi ses propres échecs et si on oubliait de dire que tous les pays ont connu à des degrés divers les problèmes de contamination quel que soit le mode d'organisation. Le cas de l'Allemagne l'a dramatiquement confirmé depuis. Mais en fait, il s'agissait bien de considérer ces produits humains comme de véritables produits industriels, c'est-à-dire des marchandises susceptibles d'être source de profits. La transfusion devenait transaction. Certes, il a été décidé de maintenir en France la gratuité du don du sang. Mais ceci ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt: les grandes sociétés privées internationales ont accès à un marché en or, solvabilisé par le système de protection sociale, industrialisé et rentabilisé grâce aux formidables progrès bioindustriels et à la révolution des transports et pour lequell' accumulation primaire des moyens de production et de distribution est déjà constituée. Il n'y avait plus qu'à racheter à bas prix les outils et les hommes, et l'affaire devenait juteuse! C'est ce qui s'est passé depuis. C'est peut-être là que gît le plus grand scandale de cette affaire: le pouvoir économique a eu le dernier mot alors même qu'il était à découvert dans une zone d'activité où il montrait clairement le caractère inhumain de ses méthodes de gestion
,

et donc son inadéquation.
9

En un mot comme en mille, la responsabilité du pouvoir politique dans cette affaire est lourde. L'émotion était grande dans le pays. Tous voulaient Justice et Réparation. On le comprend. D'autant que le S.LD.A., qui touchait jusqu'alors uniquement les populations dites « marginales» et donc implicitement « coupables» (drogue, homosexualité), s'attaquait à des « innocents» : les transfusés, c'està-dire potentiellement tout le monde ou encore pire... chacun d'entre nous! A ce moment la conscience collective a basculé dans une angoisse formidable. Tout le monde s'est senti concerné et c'est toute la population qui est devenue « à risques ». L'indifférence face à la souffrance de personnes que la maladie stigmatisait, s'est effacée devant la peur et la colère. Le sentiment d'être trahi par ceux-là mêmes -les médecins, les professeurs, les chercheurs, le système de transfusion si populaire encore - à qui on faisait confiance, dominait. Le pouvoir politique a donc organisé un procès où ont été mêlés coupables et innocents. Pour ce qui est de Jacques Roux, il y avait de surcroît une dimension politique à cette inculpation: il avait été nommé Directeur général de la Santé par le ministre communiste Jack Ralite et il était le dernier de cette « espèce» à occuper un poste de responsabilité dans un ministère à l'époque. Le mécanisme de la victime émissaire dont parle si bien René Girard dans son beau livre La violence et le Sacré (1978) était encore une fois à l'œuvre. Pour moi, tous les malades sont innocents et je crois que tous doivent être traités de la même façon tant sur le plan humain que sur le plan social, qu'ils aient le SJ.D.A. pour quelques raisons que ce soit ou toute autre maladie grave. Et justice doit leur être rendue. Médecin, je ne supporte pas la maladie, la souffrance, l'angoisse des malades. La mort m'est insupportable comme à tous. Mais je ne supporte pas non plus l'injustice. Je tenais et je tiens encore le Professeur Roux pour innocent: j'ai donc pris l'initiative avec mon collègue le Docteur Marcel Touati et avec quelques autres de constituer un comité de soutien à Jacques Roux. Chacun le sait, l'isolement est la pire des choses qui puisse arriver quand on est dans cette situation aussi injuste que complexe. Nous attendions quelques dizaines de signatures; nous en avons eu des milliers. Des universitaires de renom, des chercheurs connaissant bien l'œuvre scientifique de J. Roux, des médecins se sont mobilisés au-delà des clivages politiques et idéologiques. Je pense en particulier à Monsieur le Professeur Solasol, Doyen de la Faculté de Médecine de Montpellier qui a présidé une manifestation de soutien émouvante 10

rassemblant plus de cinq cents personnes en Languedoc. Plus je travaillais sur ce dossier, plus l'innocence des Docteurs Roux et Netter m'apparaissait évidente. Mais aussi, plus j'avais le sentiment que le pouvoir politique userait de toutes les ficelles pour échapper à ses responsabilités. Il est peut-être encore trop tôt pour tirer toutes les leçons de ce drame mais l'histoire jugera. Je suis sûr que ce livre de Jean Sanitas écrit avec passion et dans le style vif qu'on lui conmu1 aidera le lecteur à se faire une idée de l'ampleur du scandale. C'est un travail de synthèse remarquable qui donne les pièces maîtresses du dossier. Les historiens y trouveront matière à travailler. Pour ma part, j'ai appris plusieurs choses dans ce drame. La France est en dessous de ses possibilités et de ses devoirs en matière de santé publique. Qu'attendons-nous pour nous doter d'un véritable outil de connaissance épidémiologique de l'état de santé de la population? En particulier, pourquoi par exemple n'avons-nous pas encore de registre national généralisé des cancers? Qui peut nous garantir que si demain une nouvelle épidémie démarre, nous serons en mesure de l'identifier rapidement comme l'ont fait en leur temps les américains du C.D.C. d'Atlanta pour le SJ.D.A. ? La santé est encore insuffisamment prise en compte dans les choix politiques d'aujourd'hui! Lorsqu'on propose de fenner massivement des lits d'hôpitaux, de limiter l'accès aux soins par réduction du Tiers-Payant et de confier la gestion de fonds de la protection sociale aux groupes privés, est-ce qu'on ne prend pas des risques incroyables? Je ne développerai pas plus ce sujet de santé publique tant il y a à dire. Concernant la presse, je me demande si elle a fait complètement son travail dans ce drame. Elle a bien fait de défendre la cause des malades. Mais est-ce qu'elle n'était pas un peu trop absente lorsqu'ils s'agissait de prévenir les risques en infonnant mieux? Est-ce qu'elle suit bien maintenant les travaux des médecins et des scientifiques qui se préoccupent de la Santé publique? Le seul reproche fait à Jacques Roux a été de n'avoir pas fait assez entendre sa voix lorsqu'il prônait les mesures de prudence que le ministère ne voulait pas entendre. Est-ce qu'il serait mieux entendu aujourd'hui grâce à une presse plus attentive? Les sidéens, victimes d'un virus qui les a contaminés par quelque voie que ce soit, n'attendent pas seulement de la compassion et des gestes de solidarité sociale. Ils attendent des mesures concrètes qui éviteront demain le renouvellement de tels drames. Ils attendent aussi que les moyens soient mis en place pour une politique de prévention 11

du S.I.D.A. à la hauteur des enjeux, une politique d'accompagnement social et une politique d'assistance médicale et humanitaire envers le Tiers-Monde.
Dr Michel Limousin.

12

Introduction
L'affaire du sang contaminé par le virus du sida a fait couler beaucoup d'encre. Et bien des larmes. Elle en fera - hélas! - couler encore. Responsable mais pas coupable, affirment Laurent Fabius, Edmond Hervé et Georgina Dufoix par la voix de cette dernière. Curieuse façon de voir les choses de la justice. Etre responsable d'un acte répréhensible, ayant en l'occurrence entraîné mort d'homme, n'est-ce pas, en fait, être coupable de cet acte ? En tout état de cause, la justice doit, sous quelque fonne que ce soit, être saisie et en décider. Les Français ne comprendraient pas que des ministres, refusant, une fois encore, d'assumer leurs responsabilités, échappent par un quelconque artifice aux éventuelles sanctions qu'elles impliquent. D'autres, dont on ne parle jamais, ou si peu, ont, pour les uns, des responsabilités plus ou moins directes dans le drame, pour les autres, des explications à fournir sur leur comportement, ne serait-ce qu'au cours de l'instruction de l'affaire. MM. Bérégovoy, Chirac, Charasse, Badinter, Séguin, Mérieux et quelques autres, dont on découvrira les noms au fil de ce livre, Mmes Barzach et Ezratty sont sur la liste. Les Drs Garretta et Allain, les Prs Netter et Roux ont-ils été bien jugés? On peut en douter. Trois citations latines résument la philosophie de mon enquête sur cette affaire qui figurera dans les annales comme un des plus grands scandales de l'histoire de la médecine dans notre pays.

13

Redde Caesari quae sunt Caesaris, et quae sunt Dei Deo. « Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. » Je me suis efforcé, tout au long de mes recherches, d'approcher au plus près la vérité dans les arcanes de l'affaire, faite de méandres, de recoins, de clairs-obscurs, de trous noirs, et de rendre ainsi à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu, lisez de rendre aux médecins, aux fonctionnaires, aux conseillers des ministres, aux ministres, aux premiers ministres ( ceux qui se sont succédés à l'époque des faits, celui qui le devient ensuite) et au Président de la République, ce dernier n'étant pas blanc-bleu en la circonstance, ce qui appartient à chacun d'eux au plan des responsabilités dans le drame. Quod erat demonstrandum. « Ce qu'il fallait démontrer. » Des années de révélations parfois contradictoires, d'accusations plus ou moins fondées, de calomnies, de mensonges, d'interminables polémiques, d'aveux et de rétractations, palinodies sans poésie, réclament quelques mises au point. J'espère, au terme de cet ouvrage, avoir démontré ce qu'il fallait démontrer ne serait-ce en tout cas, que le procès du sang contaminé reste à faire, qu'il est encore devant le juge.
Adhuc sub judice lis est.
«

Le procès est encore devant les juges. » J.S.

14

PREMIERE

PARTIE

Deux explications pour comprendre
Le baron Friedrich von Hardenberg, poète de son état, plus connu sous le nom de Novalis, l'a dit: « Comment l'homme peut-il avoir l'idée d'une chose s'il n'en porte pas le genne en soi? Ce que je vais comprendre doit se développer en moi organiquement; et ce que j'ai

l'air d'apprendre n'est que nourriture, excitation de l'organisme. »
Ce chapitre a précisément pour but de déposer dans la tête du lecteur le germe qui lui permettra, en découvrant ce que les mots veulent dire dans les domaines de la science, de la médecine, de l'administration ou de la politique, d'appréhender l'affaire dans la multiplicité de ses aspects et de sortir de la lecture de ce qui va suivre avec des idées claires sur ses racines, ses mécanismes, ses développements, son devenir, ses retombées, ses protagonistes, sur ce qu'il faut en retenir pour l'édification et la gouverne de tout un chacun. Et puis, il n'est pas inutile de rafrafchir la mémoire de ceux qui savent. « Tant de choses nous ont passé devant les yeux que nos yeux n'ont rien vu, mais plus loin et en arrière flotte la mémoire », écrivait dans Mythologie le grec Georges Séfèris. Une mémoire bien remplie est d'une aide précieuse lorsqu'il s'agit de juger.

La transfusion mercantilisme

sanguine

en France:

bénévolat

et

Avant d'aborder le sujet, sans doute est-il nécessaire de rappeler à quoi servent les quatre à cinq litres de sang - 7 à 9 % du poids total 15

de notre corps - qui coulent dans nos anères et nos veines et de quoi ce sang est fait. Le sang joue un rôle (les mécanismes en sont aussi complexes qu'essentiels) dans les domaines de la respiration et de la nutrition, il intervient dans la régulation de diverses fonctions de notre organisme, de son épuration et de ses défenses immunitaires. n se compose de plasma, de leucocytes et de plaquettes. Le plasma (un peu plus de la moitié de son volume), c'est 95 % d'eau et de protéines - albumine, globulines, fibrinogène - de lipides, de glucides, de potassium, de sodium, de calcium, de bicarbonates, d'acides aminés, d'hormones. Le fleuve plasmatique charrie des milliards de milliards de cellules sanguines peu stables; leur durée d'existence étant relativement coune, elles doivent être renouvelées fréquemment. Appelées hématies, érythrocytes ou globules rouges, elles ont pour tâche principale de transporter l'oxygène. Les leucocytes, ou globules blancs, concourent à la défense de l'organisme contre les agents infectieux et les invasions étrangères. Les plaquettes agissent sur la coagulation du sang et permettent l'hémostase, l'arrêt spontané d'une hémorragie. Ceci précisé, comment collecte-t-on, traite-t-on, conserve-t-on, stocke-t-on, distribue-t-on en France le sang devant servir aux transfusions sanguines? Cent quatre-vingt centres, centre national, centres régionaux et centres dépanementaux, procèdent à sa collecte sur place ou dans les entreprises, les bureaux, les commerces, les prisons, les casernes, les lieux publics, au moyen de véhicules équipés à cet effet. Ces établissements, bien qu'ayant des statuts divers découlant des conditions - elles aussi variées - dans lesquelles ils ont été créés (par des associations type loi de 1901, des centres hospitaliers, des collectivités locales, des mutuelles), appartiennent tous au domaine public. L'harmonisation annoncée de leurs statuts ne changera rien à la chose, dans l'immédiat tout au moins, quelles que soient les formes qu'ils prendront. Les centres de transfusion sanguine sont tenus de s'autofinancer et la vente des produits sanguins s'effectue à prix coûtant selon un tarif établi chaque année par décret législatif. Une loi, celle du 21 juillet 1952, stipule que le don du sang est un acte volontaire, bénévole et anonyme, ayant la valeur d'un acte de 16

solidarité humaine, que les donneurs doivent avoir plus de dix-huit ans et moins de soixante ans, que le nombre des dons ne peut excéder cinq par an pour les hommes et trois pour les femmes, que la quantité de sang prélevé au cours de chacune de ces prises ne saurait dépasser 7 millilitres par kilogramme de poids corporel et 450 millilitres au cours de l'année. Sont exclus du don du sang les sujets auxquels de tels prélèvements seraient préjudiciables: ceux souffrant par exemple d'une hypotension, d'une cardiopathie ou d'anémie. La collecte du sang permet de récolter du plasma qui peut être ensuite utilisé « en entier », lyophilisé ou congelé, ce qui permet de le conserver par lots provenant de plusieurs milliers de donneurs, ou « fractionné », ses constituants essentiels ayant été séparés par centrifugation: l'albumine prescrite contre les troubles circulatoires, le fibrogène, pour stopper les hémorragies, les facteurs antihémophiliques comme le facteur VIII, les immoglobulines qui jouent un rôle protecteur d'anticorps, la fraction PPSB aux vertus coagulantes et même le sérum antitétanique. Dès lors, les transfusions deviennent sélectives: les malades reçoivent uniquement le ou les éléments dont ils ont besoin pour faire face à leur maladie. Cette énumération montre combien sont nombreux ceux qui, hormis les hémophiles, les accidentés ou les opérés, souffrant d'affections diverses, doivent recourir aux transfusions sanguines pour se soigner et risquent de ce fait la contamination par un des virus que recèle parfois le sang. En France, le plasma est fractionné - on dit « craqué» en langage de spécialiste - dans sept centres, à Montpellier, Bordeaux, Paris-les-Ulis, Lyon, Lille et Marseille. Le centre de Nancy a cessé son activité au début de 1992. Plusieurs de ses laboratoires, sinon tous, doivent être remplacés, dans un délai indéterminé, par un laboratoire unique qui prendra la forme d'un groupement d'intérêt public et fera appel à des partenaires industriels: le Laboratoire français de fractionnement du sang. La voie à la privatisation - ne serait-ce que partielle - de ce secteur de la transfusion sanguine est ouverte. La mise en place d'un Haut Comité de santé publique chargé d'introspecter le système sanitaire français et de faire des propositions pour pallier ses insuffisances, celle plus récente d'un Comité de la sécurité transfusionnelle, la création d'une Agence Française du sang, mise en place pour contrôler le Laboratoire 17

Français de fractionnement en même temps que les centres de transfusion sanguine, ne changent rien à la tendance: l'air du temps est à la privatisation. fi faut dire - ceci explique cela - que l'exploitation du plasma peut être particulièrement juteuse contrairement à celle des globules et des plaquettes (les produits labiles), d'une commercialisation peu rentable. Aussi, les industriels, abandonnant sans regret cette dernière aux organismes de santé publique et aux institutions à but non lucratif, telles que la Croix-Rouge, lorgnent-ils en direction de la première (le chiffre d'affaires de l'industrie mondiale du plasma dépasse les 16 milliards de francs). Les industriels français qu'intéressent la « fabrication» et la vente du plasma ne sont pas les seuls à subodorer les gros bénéfices: la firme autrichienne lmmuno, déjà présente aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, au Japon et en Allemagne, frappe à la porte: elle a proposé au Centre de transfusion sanguine de Bordeaux de former avec lui une société, dans laquelle elle serait majoritaire à 60 %, qui traiterait le plasma issu des collectes effectuées dans la région et, aussi, du plasma importé du Maghreb et d'Afrique noire (dans des conditions, il faut le souligner, qui sentent le trafic à plein nez). L'actuel ministère de la Santé, des Affaires sociales et de la Ville n'a plus la possibilité de s'y opposer, les accords de Maastricht, qui instaurent le Marché Unique, abolissant le monopole des Etats en matière de transfusion sanguine. Le ferait-il s'il en était autrement? On peut en douter, Simone Veil étant une farouche partisane de la société ultralibérale. Parlant de la création du grand marché unique européen, Jean Michel Bader écrivait, en 1991, dans Science et vie: « Tout va bouger. Mais comment? A la place du monopole des centres de transfusion sanguine, on aurait, selon certains professionnels, la cohabitation de deux systèmes: un secteur bénévole, anonyme et gratuit, sans but lucratif, perpétuant l' " éthique à la française ", géré par l'Etat, et un secteur commercial regroupant les industriels de la pharmacie et les fractionneurs du plasma, qui ferait appel à des donneurs rémunérés. D'autres en doutent et prédisent la fin pure et

simple du système actuel. »
La privatisation, même partielle, de la transfusion sanguine en France mettrait fin aux principes de volontariat, de bénévolat et d'anonymat qui en sont les fondements. Principes au demeurant déjà sérieusement mis à mal par les importations annuelles de plasma 18

qu'effectuent les autorités sanitaires françaises avec l'autorisation du ministre de la Santé, prérogative que la loi lui accorde. Ces importations se sont élevées à 100 000 litres en 1990. Acheter du plasma à l'étranger, dans les pays où la collecte du sang relève du commerce, notamment aux Etats-Unis que l'on peut considérer comme étant à eux seuls l'OPEP du plasma, qui saignent ou font saigner ailleurs à l'intention du monde entier, n'est pas sans danger pour les candidats à une transfusion sanguine. Rémunérer les donneurs attire évidemment vers les centres de transfusion sanguine un grand nombre de toxicomanes, souvent porteurs du virus de l'hépatite virale ou du sida, en quête de l'argent qui leur permettra d'acheter la drogue dont ils ont besoin. Le Journal of the American Medical Association en témoigne: 793 toxicomanes de la région de Baltimore ont pu, de 1978 à 1988, vendre quelques millilitres de leur sang plusieurs fois par semaine malgré la présence décelée du HIV dans leur plasma. A ce risque s'ajoutent ceux inhérents à la collecte du sang à travers le monde. Un marché sans loi, si ce n'est celle de la jungle, livré à des « courtiers» en « or rouge» que n'étouffent pas les scrupules et dont les activités relèvent parfois beaucoup plus de la contrebande que du commerce. Ces gens-là travaillent pour le compte des géants mondiaux du plasma, Wolf: Brandenberg et Serum-Institut, en Suisse, Hemocaribean, Armour, Pharmaceuticals, Cutter Labs, Dow Chemicals, aux Etats-Unis, Biotest, Behring, une filiale de Hoechst,en Allemagne, Immuno, déjà cité, en Autriche. Depuis quinze ans, une entreprise de collectage du sang installée au Belize, ex-Honduras britannique, dirigée par un ancien ami du dictateur nicaraguayen Somoza, le Dr Pedro Ramos, médecin véreux chassé de Cuba, expédie chaque année 250 000 litres de plasma aux Etats-Unis. Où la Belize Plasmaceuticals - nom de l'entreprise du Dr Ramostrouve-t-elle autant de sang à traiter? Certainement pas dans un pays peuplé de 178 000 habitants dont 200 seulement sont vendeurs de sang officiellement répertoriés? La réponse vient de l'organisation tiers-mondiste allemande Buko. Le Belize, affirme-t-elle, sert de «laiterie collective» au plasma de contrebande collecté dans d'autres pays d'Amérique latine. Au Brésil, sur 6 millions de prélèvements sanguins payants, 200 000 sont pratiqués sur des indigènes atteints de syphilis, de malaria, d'hépatite virale ou d'une parasitose connue sous le nom de Chagas, toutes affections transmissibles aux receveurs. Nombre d'Etats africains interdisent l'exportation du plasma humain. Qu'à cela ne tienne, les contrebandiers de « l'or 19

rouge» savent faire preuve d'imagination, à l'instar des marchands de drogue, lorsqu'il s'agit de véhiculer clandestinement à travers les frontières le produit de leur trafic; c'est ainsi que des containers de plasma humain, en provenance du Zaïre et de la Namibie, sont arrivés à l'aéroport de Bruxelles accompagnés de bordereaux d'expédition spécifiant qu'il s'agissait de sang de bœuf. Qu'il soit collecté au grand jour ou dans l'ombre, une grande partie du plasma traité dans les pays dotés d'une industrie phannaceutique commerciale provient des régions pauvres du globe où vendre son sang, le plus souvent possible, quelquefois à vil prix et au détriment de sa santé, représente un revenu non négligeable (des prélèvements de sang répétés sont susceptibles d'entamer gravement le capital en protéines plasmatiques et en anticorps des donneurs assidus, les rendant ainsi plus sensibles aux agressions infectieuses et les exposant à des troubles rénaux gravissimes). Mais le sang veineux n'est plus la seule source de dérivés sanguins à usage thérapeutique. Il est désonnais possible de fabriquer des produits sanguins en recourant à la biotechnologie: asservissement des cellules, clonage de l'albumine à partir de bactéries, production d 'hémo globine, de facteurs de coagulation et d'anticorps monoclonaux par génie génétique. De nombreux laboratoires s'y intéressent qui commercialiseront ces produits lorsque leur fabrication sera devenue rentable. Il y a aussi le placenta. Cette précieuse masse tissulaire qui assure les échanges entre la mère et l'embryon, collectée dans les maternités, est devenue une matière première très recherchée, le sang placentaire contribuant à la production d'albumine, de gamma-globulines et de facteur VIn antihémophilique. Et c'est là que l'industrie privée entre dans la collecte du sang destiné à la sélection des produits transfusionnels, intrusion qui fait pièce elle aussi de l'idée reçue selon laquelle cette collecte échappe totalement en France au mercantilisme. En une vingtaine d'années, l'Institut Mérieux de Lyon, ayant obtenu les autorisations nécessaires du ministère de la Santé, a mis sur pied une gigantesque organisation qui lui pennet de collecter le placenta dans les maternités de l'Europe de l'Est, dans l'ex-URSS et même en Chine, de le conserver sur place à l'aide de réfrigérateurs spéciaux, de le transporter en France par bateaux et camions frigorifiques, et enfin d'en extraire l'albumine. 20

Ce n'est pas facile, mais ça rapporte gros. On peut se demander pourquoi l'Etat ne s'est pas livré lui-même à une aussi fructueuse activité. Je terminerai ce chapitre en me livrant à une étonnante constatation: depuis fort longtemps les médicaments ne peuvent être mis sur le marché qu'après avoir subi des tests draconiens et leur emploi est soumis à une stricte surveillance; le sang et les dérivés du sang n'étaient, par contre, jusqu'en octobre 1992, l'objet d'aucun contrôle quant à leur fiabilité et aux effets indésirables qu'ils pouvaient avoir sur les transfusés. Les raisons de cette carence: le sang et ses dérivés n'étaient pas, jusqu'alors, à l'encontre des médicaments, considérés comme des produits commercialisés. Un Centre national d 'hémovigilance a été créé; fonctionnant dans le cadre de l'Université de Bordeaux II, il a pour mission de coordonner les activités d'un réseau d'hémocliniciens opérant dans les établissements hospitaliers. Cela serait satisfaisant s'il n'y avait pas un mais. Profitant de la création du Laboratoire français de fractionnement et du Centre national d 'hémovigilance, M. Bernard Kouchner a, en effet, lorsqu'il était Ministre de la Santé, attenté à la règle d'or de la transfusion sanguine à la française aux termes de laquelle le sang et ses dérivés ne sauraient en aucun cas être considérés comme des produits négociables. Un passage du texte portant création du Laboratoire français de fractionnement ne fait-il pas allusion « aux médicaments dérivés du sang» que produira ce laboratoire? L'introduction du terme de « médicaments» dans le texte en question - le libellé des textes législatifs ne laissant aucune place à l'approximation - n'est pas un effet du hasard: elle répond à une injonction de la directive européenne du 14 juin 1989 qui soumet les produits dérivés du sang humain au même régime que les médicaments dont la vente, avec profit à la clé, est autOrisée. Le commerce du sang est ainsi institué. Le Comité national d'éthique, que présidait le Professeur Jean Bernard, a condamné cette circulaire en son temps. En vain. C'est clair, le Laboratoire français de fractionnement et ses partenaires, industriels de la plasmaceutique, pourront, à plus ou moins brève échéance, faire commerce du plasma et de ses dérivés désormais considérés comme étant des médicaments. L'Europe existe, a pu affirmer en substance Bernard Kouchner lorsqu'il présidait aux destinées du ministère de la Santé, elle organise le 21

Marché Unique dans lequel l'exploitation des médicaments sera libre(l) ; ces médicaments étant fabriqués et mis en vente pour les besoins des malades, leur commercialisation ne relève d'aucune logique capitaliste et il n'y a rien de pervers à ce qu'il en soit ainsi. Quoi de plus naturel - n'est-ce pas? - puisqu'il y a des malades à soigner et des médicaments fabriqués pour ce faire, que de créer un marché et gagner quelqu'argent en vendant ces médicaments à ces malades. Faut-il avoir l'esprit mal tourné pour voir de la logique capitaliste dans cette démarche? Le 12 février 1993, le journal L' Humanité publiait les extraits d'un rapport secret (dont il avait pu se procurer un exemplaire) confirmant les intentions du pouvoir d'aller vers la privatisation de la transfusion sanguine en France. Intitulé « Rapport à M. le ministre de la Santé et de l'Action humanitaire sur la réorganisation du dispositif français de fractionnement des dérivés sanguins », le rapport en question a été élaboré par Jacques Biot à la demande de Bernard Kouchner. Le rapport (de 54 pages) a été remis en octobre 1992 et n'a fait l'objet entre cette date et les révélations de L' Humanité, d'aucune communication publique. Pourtant, selon mes informations, prises à bonne source, il sert de base de travail aux principaux acteurs de la refonte du système français de la transfusion sanguine. Le rapport Biot comporte trois grandes parties. La première partie du rapport procède à un audit de l'organisation spécifique des fractionnements des dérivés sanguins: il rappelle que cette activité, qui permet la fabrication de produits utilisés en particulier contre l'anémie, les hémorragies et l 'hémophilie, est actuellement organisée en France sur des bases non commerciales, le sang n'étant pas considéré comme une matière première mais comme un produit du corps humain. « Dans cette première partie, écrivent Bernard Duraut et Gilles Smadja, les signataires de l'article-révélation de L' Humanité, le rapport reconnaît que la plupart des centres de transfusion, en particulier celui des Ulis, dans l'Essonne, constituent des atouts technologiques de premier plan. Le document évalue à 1,4 milliard de francs" le chiffre d'affaires consolidé du fractionnement français ". Portant un jugement sur les orientations de ces centres, le
(1) Y compris donc les dérivés du sang puisqu'ils médicaments, répétons-le. 22 seront assimilés à des