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Lettre à Monsieur J. M. M. contre la médecine curative de Le Roy

De
70 pages

Montréjeau, 21 septembre 1825.

MONSIEUR,

J’AI reçu, il y a déjà quelques jours, la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser, ainsi que l’ouvrage dont elle était accompagnée. D’après les circonstances qui avaient précédé cet envoi, j’ai dû sans doute le considérer comme une invitation de votre part, pour me forcer à remplir l’engagement que j’avais contracté envers vous, dans la chaleur d’une discussion médicale. Il m’aurait été bien agréable que vous eussiez voulu me dispenser d’un travail aussi fastidieux ; je vous avoue que j’ai une répugnance extrême à m’occuper d’un écrit de ce genre ; une anatomie des plus défectueuses, une physiologie des temps les plus barbares, une pathologie, une étiologie assorties à cet ensemble, n’ont guère de charmes pour quelqu’un qui connaît l’état actuel de la science.

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Léonard Cazaugran
Lettre à Monsieur J. M. M. contre la médecine curative de Le Roy
LETTRE
A Monsieur I.M.M
Montréjeau, 21 septembre 1825.
MONSIEUR, J’AI reçu, il y a déjà quelques jours, la lettre qu e vous m’avez fait l’honneur de m’adresser, ainsi que l’ouvrage dont elle était acc ompagnée. D’après les circonstances qui avaient précédé cet envoi, j’ai d û sans doute le considérer comme une invitation de votre part, pour me forcer à remp lir l’engagement que j’avais contracté envers vous, dans la chaleur d’une discus sion médicale. Il m’aurait été bien agréable que vous eussiez voulu me dispenser d’un t ravail aussi fastidieux ; je vous avoue que j’ai une répugnance extrême à m’occuper d ’un écrit de ce genre ; une anatomie des plus défectueuses, une physiologie des temps les plus barbares, une pathologie, une étiologie assorties à cet ensemble, n’ont guère de charmes pour quelqu’un qui connaît l’état actuel de la science. N’est-il pas déplorable, en effet, qu’après les travaux immortels opérés de nos jours sur l’anatomie pathologique, la persévérance inouie qu’ont apportée des hommes célè bres à explorer dans les ouvertures cadavériques les lésions des différens a ppareils, des organes, des tissus divers ; après les comparaisons innombrables qu’ils ont faites de ces lésions, avec les symptômes qui avaient coïncidé sur le vivant, et qu i, pour le dire en passant, ont jeté sur le diagnostic médical, une lumière si vive, qu’ elle ne peut plus désormais être méconnue que par des médicastres ; n’est-il pas dép lorable, dis-je, que nous soyons forcés à combattre, une théorie exhumée de la pouss ière des écoles, et dont le fouet satirique de Molière semblait avoir relégué le jarg on ridicule, dans la bouche des Purgon et des Diafoirus ? Cependant, Monsieur, vous insistez ; vous venez réclamer l’exécution d’une promesse que vous voulez considér er comme un devoir. Hé bien ! puisqu’il en est ainsi, je vais m’exécuter franchem ent. Toutefois, j’ai l’honneur de vous prévenir qu’en parcourant les divers volumes que vo us m’avez transmis, je me suis aperçu qu’ils sont presque entièrement couverts de notes marginales écrites de votre main. Or, je me suis engagé, comme vous le savez, à réfuter un seul écrivain ; vous ne trouverez donc pas mauvais que je laisse de côté tout ce qui vous appartient, pour m’attacher uniquement à votre auteur. Au reste, si je suis assez heureux pour me faire entendre de vous, peut-être trouverez-vous la réfut ation indirecte de vos notes dans celle de l’ouvrage lui-même. Un auteur qui prend la plume pour fronder des adver saires, et qui écrit sur un sujet d’une aussi haute importance que la médecine spécul ative, ne saurait être assez avisé dans le cours de son livre, et sur-tout aux p remières pages, pour ne point laisser échapper des erreurs. Toute l’attention de l’écriva in et de ceux qui le. lisent se porte ordinairement sur le préambule, parce que c’est là qu’on établit les principes ; c’est là aussi qu’on doit trouver de la méthode, du savoir e t du jugement. Le livre de la Médecine curative pèche contre ces trois chefs prin cipaux c’est un dédale ténébreux où le fil conducteur ne se montre jamais. En le lis ant, on contracte l’obligation de suivre l’auteur à travers des sentiers tortueux, do nt il ne prend pas seulement la peine de préparer les communications et les issues. On er re avec lui comme le pilote au milieu des mers, sans boussole et sans voiles. Enco re s’il avait classé ses matériaux
dans un ordre quelconque d’affinité, serait-il poss ible de le suivre ; mais on les voit épars çà et là, et souvent les plus disparates sont à côté les uns des autres : ce serait donc perdre un temps précieux, que d’exposer ici ce t informe assemblage. Votre auteur entre en matière en nous parlant, de p rime abord, du principe de l’animation, et du principe moteur de la vie ; comm e si le premier ne renfermait point en soi la cause du second. Etrange abus de mots, qu i manque rarement de produire la confusion et l’obcurité des idées ! Il faut arriver à la page 23, pour apprendre enfin que le sang est, selon lui, le principe moteur de la vi e. Cela ne l’a pas empêché d’énoncer, dans l’intervalle, d’autres propositions, dont nous discuterons plus tard la validité. Me voilà donc contraint d’intervertir la marche de son ouvrage, et de commencer la discussion comme il eût dû lui-même entreprendre so n travail. « Le principe de l’animation est, sans contredit, u n des plus impénétrables secrets du Créateur ; mais, dans son ineffable bonté, il a permis à l’homme de connaître le principe moteur de la vie. »Page1. Eh quel est donc, Monsieur, l’homme qui peut se fla tter de connaître ce principe ? Les livres écrits avant l’époque actuelle sur cette matière, ne contiennent que des subtilités, des hypothèses plus ou moins ingénieuse s. L’antiquité nous offre tout à la fois un agent concupiscible, irascible et rationnel . Plus tard nous trouvons l’intelligence de la nature, son autocratie ; nous voyons ensuite des atomes crochus, doués de haine ou d’amour : enfin, pour arriver à des temps plus modernes, Wanhelmont, Paracelse nous montrent tour à tour des archées, de s acides, des creusets, en un mot les fourneaux de Vulcain. S thaï nous donne son pri ncipe rationnel présent partout, mais oubliant par l’effet de l’habitude l’impressio n qui résulte des actes de la vie organique. Willis admet les esprits vitaux, Barthés et Gorther le principe vital. L’école fondée par Haller, illustrée par les Lacaze , les Bordeu, les Cabanis, les Bichat, les Gall, a renversé ces systèmes d’erreurs , pour y substituer une doctrine brillante de faits, et que j’ose appeler positive. C’est le burin de l’anatomie qui l’a installée dans le sanctuaire de la science, où elle doit reposer désormais comme ces éternelles vérités gravées sur les colonnes des tem ples de l’antique Grèce, et transmises jusqu’à nous par le vieillard de Cos. Ce tte école établit, que l’expansion générale des nerfs constitue la trame fondamentale de l’organisme animal ; que sans elle il n’existe point d’animalité, et que celle-ci se présente avec des caractères d’autant moins équivoques, que les nerfs sont plus nombreux et adaptés à des fonctions plus dissemblables. Alors, en effet, elle se rapproche du type de la perfection ; que si on la suppose, au contraire, bo rnée à la sensation générale, à peine l’animal est-il au-dessus de la plante : tel est le polype, telle est encore la classe des zoophytes dont il fait partie, comme les coraux, le s madrépores. A les bien considérer, on dirait un sens isolé et vivant arraché à un être complexe, exerçant son action au contact, ou à de courtes distances, de même que l’a ffinité et la cohésion. Mais le poisson, le reptile, l’insecte, et les espèces qui, en remontant jusques aux mammifères, offrent d’une manière de plus en plus m anifeste, des systèmes de nerfs, acquièrent un surcroît prodigieux de sentiment et d e vie. Dans l’homme, si la sensibilité demeure presque muette pendant les prem iers mois qui suivent la naissance, elle sort d’un long sommeil en continuan t d’exister, et c’est à mesure que ses besoins augmentent, qu’on la voit se développer et parvenir à toute sa puissance. Alors, moins inhabile à discerner chaque objet et l es convenances qui le font désirer ou repousser, elle prend un mode distinct qui doit la caractériser jusqu’à la fin de l’existence. Ainsi réduite d’abord à une sorte de v égétation, la sensibilité déploie successivement la grandeur de ses moyens ; elle s’é lance dans l’espace, et vit pour
ainsi dire hors d’elle-même. Il résulte de là évide mment que la faculté de sentir est la cause première des phénomènes organiques, tant dans l’état de santé que dans celui de maladie ; que rien ne peut s’effectuer sans elle , et qu’elle préside à tout. Si votre auteur avait des raisons pour s’écarter de s principes généralement adoptés, ne devait-il pas d’abord réfuter la théorie moderne pour établir ensuite les preuves qui rendent la sienne meilleure ? car on ne croit plus aujourd’hui sur parole.