//img.uscri.be/pth/ba53e4951f2eab116919baa3b5c561390e7a7d43
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 11,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Médecine traditionnelle du Maghreb

De
180 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 178
EAN13 : 9782296323629
Signaler un abus

MÉDECINE TRADITIONNELLE DU MAGHREB

Collection Santé et Sciences humaines fondée par Dominique DESJEUX et Jehan-François DESJEUX dirigée par Jehan-François DESJEUX et Sophie Alami

D. Desjeux, I. Favre, J. Simongiovani, Anthropologie d'une maladie ordinaire. Étude de la diarrhée de l'enfant en Algérie, Thaïlande, Chine et Égypte, 1993. O. Kuty, Innover à l'hôpital. Analyse sociologique d'une unité de dialyse rénale, 1994. J.-F. Desjeux et M. Touhami (eds.), Alimentation génétique et santé de l'enfant, 1994. Mohamed Mebtoul, Une anthropologie de la proximité. Les professionnels de la santé en Algérie, 1994. Didier Vrancken, L'hôpital déridé, 1995. Isabelle Bardem, Isabelle Gobatto, Maux d'amour, vies de femmes, 1995. Angèle Nyer-Malbet, Migration et condition sanitaire, 1995.
Jacques Rufini, Michel Gaillard (Ed), Ouvrage collectif, Pratique psychogériatrique, la genèse d'une équipe multidisciplinaire, 1996. Michèle Cros, Les maux de l'Autre. .La maladie comme objet anthropologique, 1996.

(Ç) L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4510-1

Renée CLAISSE-DAUCHY

MÉDECINE TRADITIONNELLE DU MAGHREB Rituels d'envoûtement et de guérison au Maroc

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan [NC 55, rue Saint Jacques Montréal-Québec Canada H2Y 1K9

Nous remercions ici nos ami(e)s marocains et français qui nous ont apporté savoir et aide pour ce travail.

A V ANT -PROPOS

Depuis une trentaine d'années, l'étude des systèmes de soins dans les sociétés traditionnelles a permis à l'anthropologie contemporaine d'accomplir des progrès décisifs. Quoi de plus fondamental en effet que la lecture des fonctions et de l'espace symbolique attribués au corps même des hommes et des femmes d'une société donnée. Il n'existe toutefois plus guère de groupes sociaux dans le monde où la médecine occidentale moderne n'ait pas fait intrusion et n'ait donc modifié en profondeur le regard sur le corps; la société nord-africaine, comme bien d'autres de par le monde, se trouve donc dans un état transitionnel, entre deux regards différents posés sur la santé, la maladie, entre un discours scientifique moderne et une vision plus symbolique des rapports de l'homme à son monde. L'une des richesses de l'ouvrage de Renée Claisse-Dauchy est précisément de rendre compte d'une de ces situations transitionnelles caractérisées, celles des femmes des bidonvilles d'une grande ville marocaine. Les informations, analyses et remarques qu'elle nous livre ici sont des plus précieuses. Femme, elle a pu susciter une communication qu'aucun anthropologue de l'autre sexe n'aurait jamais pu établir. Connaissant en profondeur le Maroc pour y avoir vécu et travaillé depuis 1977, elle a su

interpréter les données qui lui ont été fournies, et les replacer dans le cadre musulman et spécifiquement marocain où elles furent produites. Professeur en pharmacie, elle disposait de toute la formation scientifique nécessaire à l'évaluation de la portée médicinale précise des plantes utilisées dans le système de soins populaire. Elle emmène son lecteur à travers le monde des demandeurs (femmes en l'occurrence.) de soins, dans le milieu des professionnels des thérapies traditionnelles. Elle décrit toute la dimension symbolique et religieuse accordée au végétal, les multiples interférences des forces du monde surnaturel - djinns, forces d'envoûtement et de magie en général. A travers des analyses solidernent assises sur une observation rigoureuse, le lecteur prend connaissance d'un univers psychique - encore fort mal connu car ne disposant guère d'interprètes - opérant la synthèse entre une culture traditionnelle puren1ent féminine, les enseignements officiels (nettement masculins) de l'Islam officiel et les apports de la culture occidentale. Il s'agit donc d'une pièce importante apportée au dossier, s'enrichissant sans cesse, des sciences sociales au Maghreb.
Pierre LORY Directeur d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes

II

PRÉFACE

L'ethnopharmacologie, démarche moderne de la Pharmacopée traditionnelle, fait appel aux connaissances pluridisciplinaires des sciences pharmaceutiques et devrait permettre de développer les extraordinaires débouchés qu'offrent les systèmes de soins traditionnels. Cette thérapeutique est mise en oeuvre par des tradi-praticiens dont le savoir est issu d'une expérience transmise aux générations successives aux seuls initiés. L'étude des pratiques de soins implique une démarche pluridisciplinaire mobilisant les ressources de l'ethnologie et celles des sciences de la santé. Il est en effet nécessaire d'identifier les matières premières, le plus souvent végétales, de comprendre la signification des rituels pratiqués lors de la préparation et de l'application des soins, et d ' identifier, lorsqu'ils existent, les principes actifs mis en oeuvre. Cette démarche est difficile. Elle suppose une relation de confiance entre le chercheur et les personnes interrogées qui permette de surmonter les obstacles du secret, de la langue, des différences liées aux cultures et aux sexes. En outre, les pratiques traditionnelles font appel à des substances, identifiées sous un nom local, qui ne sont pas connues, ni même parfois répertoriées en

_..~".~_..,,_...._ .~='=~=''''c-~'~~.''

systématique. Bien souvent, leur mode d'action pharmacologique, leur composition chimique ou leur éventuelle toxicité n'ont pas été étudiés, pas plus que les éventuelles synergies résultant de la combinaison de plusieurs de ces substances. L'intérêt de l'ouvrage de Renée Claisse-Dauchy réside dans la vision globalisante de la recherche des causes de la maladie. La prise en compte des croyances et traditions antérieures est fondamentale. Se soigner selon le mode traditionnel met en jeu toute la culture et la solidarité du groupe social. Les sacrifices pratiqués lors des rituels religieux (par exemple d'un bélier ou d'un mouton) agiront comme des catalyseurs dans les remèdes administrés aux malades et dans le processus de guérison, même si aucun lien de cause à effet ne peut être vérifié expérimentalement. Les pratiques traditionnelles forment un tout et peuvent être analysées selon une démarche comparable au Maghreb, en Amérique du Nord, en Amérique Centrale ou sur le continent asiatique. Elles soignent un individu et non une maladie selon des logiques qui échappent parfois aux occidentaux formés à la rigueur cartésienne. Le chaud, le froid, le soleil, la terre, l'eau... sont des notions fondamentales qui interviennent, classifient, répertorient... ce que ne font guère les systèmes de soins des pays industrialisés, où le malade est le plus souvent réduit au rôle de consommateur, sans égard pour la spécificité de son univers socioculturel et l'influence que celui-ci peut avoir sur le processus de guérison. Renée Claisse-Dauchy nous montre pourquoi et comment le "système de santé est complexe et hiérarchisé, car héritier d'un passé ancien". De même, la médecine traditio11nelleest "par nature sociale et non individuelle". Les tradi-praticiens qui exercent la médecine traditionnelle sont dépositaires d'un pouvoir "qui ne peut se transmettre à autrui que dans certaines conditions". La collecte des drogues comprend plusieurs étapes: certains simples sont immédiatement accessibles, d'autres ne le sont qu'à la demande

IV

expresse du client et font l'objet d'emballages compliqués, "démarche qui donne une valeur particulière au remède, moins il est accessible, plus il est chargé de pouvoir". L'identification passe ensuite par les noms vernaculaires, et s'ils sont une aide précieuse, ils peuvent aussi constituer un obstacle (différentes appellations pour une même plante ou un même nom pour plusieurs plantes). Le savoir des tradi-praticiens concernant les plantes médicinales est fait de multiples apports. Un certain nombre de données sont issues ,de la médecine par analogie (théorie des signatures développée par Paracelse au Moyen-âge: les plantes "signent" leur pouvoir). Cette démarche s'est, parfois, vérifiée expérimentalement. La plante identifiée peut agir sur un mal précis et sera utilisée souvent sans accompagnement d'un rituel. Si le remède possède une action polyvalente, la plante sera investie d'une force symbolique particulière. On peut faire ici un parallèle entre l'action connue et ciblée d'un principe actif précis et celle plus global d'un totum ou d'une teinture mère. Les plantes peuvent aussi apparaître dans la pensée religieuse (ici inscrite dans le Coran) ou/et dans la pensée magique. L'observateur doit alors prendre en compte cette "pharmacopée magique" dans les rituels de guérison. La plante appartient ainsi à deux systèmes de pensée, l'un scientifique, l'autre magicoreligieux. Le remède "plante" s'emploie selon trois modes distincts: - dissocié: la relation plante-symptôme est directe, le rituel disparaît ou presque. - fusionné: la plante devient ou symbolise un génie, elle nécessite la mise en oeuvre d'un rituel pour opérer une guérison. - interactif: la plante devient médiateur 'entre le génie et celui qui l'invoque. On prendra ici, en guise d'introduction à cet ouvrage passionnant et riche d'informations, une de ses conclusions sur ce

v

que la médecine occidentale peut tirer de tels exemples: "La force et la légitimité du système de santé traditionnel proviennent de son accessibilité et de sa proximité. Peu onéreux, dispensé par des personnes familières de l'entourage de la personne qui y recourt, il fait appel à un matériau de l'environnement quotidien du malade, le végétal" . N'est-ce pas, pour les sociétés occidentales et leurs décideurs, un exemple de la valeur économique de la biodiversité (valeur d'usage, valeur écologique, valeur sociale) qui relève en définitive du patrimoine culturel de l'humanité? Annick Delelis Professeur Faculté des Sciences Pharmaceutiques et Biologiques Université de Lille II

'>-

Il existe au Maghreb un système de santé traditionnel très actif où les plantes médicinales sont omniprésentes. A titre d'exemple, une enquête menée dans des bidonvilles de Rabat et de Salé au Maroc révéle que 86 % des personnes interrogées reconnaissent avoir recours au moins ponctuellement aux plantes médicinales. 50 % déclarent recourir à la médecine traditionnelle dont 10 % à titre exclusif, 75 % des accouchements sont effectués par les qabla( s) (accoucheuses traditionnelles) 1. Notre démarche de départ a été celle du pharmacognosiste. Face à une série de drogues destinées à soigner des maladies, le premier réflexe est d'identifier ces drogues pour vérifier expérimentalement ou dans la littérature scientifique l'existence d'un principe actif capable de soigner la maladie en question. Cette approche biochimique se heurte au fait qu'il n'existe pas toujours de principe

. Enquête effectuée en janvier 1992 pour l'ENDA-Maghreb (Organisation Non Gouvernementale internationale pour l'environnement et le développement dans le Tiers-Monde).

actif1 connu, bien que la plante soit utilisée et parfois avec succès. Si l'on se référe aux seuls critères de la médecine et de la pharmacie occidentales, on est alors conduit à formuler deux hypothèses: - il existe bien un principe actif, mais il n'a pu encore être identifié, - le soin de type traditionnel fonctionne de façon différente.Il n'agit que dans certaines conditions: maladies peu graves ou psychosomatiques et malade persuadé de son efficacité? Ces deux hypothèses demeurent cependant insuffisantes, car extérieures à l'objet étudié. Elles n'offrent aucune explication au fait que la plante et son rituel permettent la guérison. Elles ne prennent pas en compte le contexte socio-culturel dans lequel s'insère la pratique traditionnelle de soins. La plante est utilisée à travers des modalités successives de cueillette, de préparation et d'administration. On ne peut par conséquent que s'interroger2 sur la nature et le rôle de ces modalités. Il est permis de constater par exemple que ces rituels font appel, de manière précise, à des lieux, à des invocations d'êtres surnaturels, les djinn(s) (génies, en arabe) et à des paroles spécifiques. Par conséquent, il est impossible de dissocier la plante, son rituel, la maladie et éventuellement le génie qui est supposé gouverner la maladie. A la relation linéaire établie par le pharmacognosiste: plante / principe actif / organe malade / guérison, se substitue la chaîne: plante/ rituel/invocation du génie responsable de la maladie / personne malade et son entourage. Il nous a donc fallu à la fois changer l'objet et les méthodes de recherche auxquels nous étions accoutumée. L'objet n'était plus le médicament, sa structure ou ses modes d'action, mais un processus de soins en milieu traditionnel, fondé sur des propriétés attendues et reconnues qui permettent la réinsertion du malade dans la vie de la communauté à laquelle il appartient. De telles propriétés relèvent d'une notion beaucoup plus large que celle de principe actif, car
1. Un principe actif est une substance chimiquement déterminée, possédant une activité curative d'un symptôme ou d'une maladie, cf. annexe I. 2. Nous ne ferons qu'effleurer le problème des modalités de cueillette, qui nécessite à lui seul une étude approfondie.

6

elles possèdent une fonction symbolique et sociale qui déborde la recherche de l'efficacité biologique de la plante. Il convenait alors de renoncer aux méthodes et aux critères d'analyse de notre formation de base, essentiellement scientifique et occidentale, pour appréhender un mode de pensée et des pratiques issues de la tradition arabo-musulmane. Ceci impliquait de connaître, au moins dans ses grandes lignes, les enseignements de la médecine arabe classique, ainsi que les principales composantes de la tradition populaire en matière de soins, tout en menant des enquêtes sur le terrain. En tentant de donner une dimension ethnologique à notre recherche, nous sommes passée de la botanique à l'ethnobotanique, laquelle implique une approche de la relation homme / plante. Enfin, pour des raisons techniques d'enquête, il nous était difficile, en tant que femme, d'interroger les hommes sur leur maladie; en revanche, il nous a été possible d'avoir des entretiens avec des soignants. Les femmes ont été étudiées tout autant comme personnes soignées que comme soignantes.

CHAPITRE

I

L'ISLAlVI l\tIAGHRÉBIN:

RELIGION ET CULTURE

Le systèrne de santé touche au corps de l'individu et à la relation physique et symbolique qu'il entretient avec lui. Il se place également dans une tradition religieuse, celle de l'islam. Nous n'avons pas pour ambition de procéder à une recherche théorique sur l'islam, Inais de tenter de montrer comment les populations, particulièrement les femmes, s'en réclament, s'en accommodent et parfois le détournent. Aussi évoquerons nous la relation au corps et à la maladie dans la tradition maghrébine, ainsi que la notion de sacré. Nous aborderons la façon dont ces notions sont vècues ou interprétées par les populations marocaines en général, par les femmes en particulier, vécu précisé à travers nos enquêtes de terrain.

LE CORPS ET LA SANTÉ MUSULMANE AU MAGHREB

DANS LA TRADITION

Marcel Mauss a montré l'importance de la manière dont chaque société impose à l'individu, dès son plus jeune âge, un usage déterminé de son corps. Les "techniques du corps" constituent selon Mauss, un "acte traditionnel efficace" qui, à certains égards, est semblable "à l'acte magique, religieux, symbolique" et qui se transmet par la tradition 1. Lévi-Strauss, et avant lui l'école culturaliste (M. Mead, A. Kardiner) ont insisté sur le fait que par l'intermédiaire de l'éducation des besoins et des activités corporelles, la structure sociale imprime sa marque sur les individus2. La société maghrébine comporte ainsi toute une série d'usages purement coutumiers: gestes de la main, manière de s'asseoir pour les femmes, position pour la miction. Les contraintes se révélent en général beaucoup plus fortes pour la femme3. L'islam, dans ses textes et sa pratique, tend à codifier assez précisément les positions, les gestes et les conduites: la femme portera le voile; "qu'elles rabattent leur voile sur leur gorge" (Coran 24, 31). Pour chaque croyant sont prescrits les actes fondamentaux des rites religieux: ablutions4 et gestes de la prière, parcours lors du pélerinage à la Mecque. Les interprétations et les croyances populaires ajouteront ici et là un certain nombre de règles et d'interdits tels que les comportements de pudeur vis-à-vis de "la

1."Sociologie et anthropologie," Paris, PUF, 1950, p. 371. 2. Introduction à M. Mauss, op. cit. 3. Sur ce point voir par exemple, A. Kardiner:- "L'individu dans la société", (1939), Gallimard, Paris, rééd. 1969. 4. "Quand vous vous disposez à la prière, lavez-vous le visage les mains jusqu'aux coudes, passez-vous la main sur la tête et les pieds jusqu'aux chevilles" (Coran 5, 8). Pour le Coran, nous avons utilisé la traduction de R. Blachère, Paris, Maisonneuve et Larose, rééd. 1980.

10

partie aveugle du corps" correspondant au bas-ventre, dont certains pensent que de la regarder rend aveugle 1. Le corps est présent à tous les niveaux d'organisation de la vie en société. Les actes les plus quotidiens font ainsi l'objet d'usages plus ou moins codifiés, mais généralement respectés. Les hommes s'embrassent sur les joues comme les femmes et se tiennent volontiers par la main. Le rapport que le corps entretient avec l'espace est conditionné par l'habitat traditionnel: tente, maison de terre (nwala), La pièce est garnie de banquettes, les meubles sont bas. On se repose allongé sur un tapis, une natte ou une peau de mouton. Les unités de mesure traditionnelles s'expriment, au Maghreb, comme dans beaucoup d'autres sociétés, par référence au corps humain: la coudée, l'aune, le pas, l'espace compris entre le pouce et l'index. Beaucoup d'autres unités de mesure existaient autrefois, elles paraissent aujourd'hui oubliées2. Selon le Coran, Dieu a façonné l'homme à partir d'argile "puis a fait sa progéniture à partir d'une mixtion d'un villiquide3", ensuite l'a formé harmonieusement et a insufflé en lui son esprit de vie {qui} vous a donné l'ouïe, la vue, les viscères" (Coran 32, 6-7-8). Le minéral, l'organique, la forme, l'esprit, telles sont les composantes fondamentales de l'être humain. Le fait que cet ensemble ait été "formé harmonieusement" (C. 75, 37- 38) par Dieu traduit un respect du corps, œuvre d'origine divine, qui se reflète dans la vie quotidienne des musulmans, y compris chez les populations des bidonvilles que nous avons étudiées. La beauté du corps, sera soulignée et entretenue par les ablutions, le bain et,

1. Sur cette question, voir Abdelwahab Bouhdiba, La sexualité en Islam, Paris, PUP, 1979. 2 Voir Malek Chebel, Le corps dans la tradition au Maghreb, Paris, PUP, p. 187. 3. Il s'agit de spenne comme l'indiquent d'autres passages du Coran, notamment C.18, 35: "Serais-tu ingrat envers celui qui te créa de poussière, puis de spenne, puis te donna fonne humaine", plus explicite encore: C. 75, 37-38 " N'a-t-il pas été une goutte de sperme éjaculée et ensuite une goutte coagulée? {Dieu l'} a créé et fonné harmonieusement" V. également 40, 69 et 76, 2.

Il

dans le cas des femmes, par l'ornement des yeux (klJuZl) les soins de la chevelure, et le parfum (fait de musc et de mélanges divers). Ce principe général d'harmonie de l'individu à son environnement s'exprime, au Maroc, par des tatouages (au henné, principalement) ou par des danses à l'occasion des fêtes, marquant l'appartenance à une communauté. Le corps est le véhicule de la séduction, par le regard, les atours; il est le lieu des plaisirs licites2 et illicites3, avant de retourner à la poussière (C. 50,3). Mais il est aussi le lieu de concentration des imperfections organiques, l'incarnation des facteurs de dysharmonie qui affectent l'individu dans son environnement. La malédiction, comme la maladie, atteint d'abord le corps, il faut donc le protéger, l'entourer de sollicitude et le soigner, le remettre en harmonie avec le monde. La maladie est par conséquent un événement social. Elle est l'occasion d'une intense communication dans l'entourage du malade, discussions, démarches, avis sont requis en même temps que se manifestera une aide matérielle et financière pour des soins ou des pratiques religieuses et magiques jugées indispensables. Le malade jouit généralement d'un statut social privilégié, il sera entouré de la sollicitude de sa famille et de ses amis, plaint, consolé. Le corps malade est l'objet d'une attention d'autant plus grande que l'explication de la maladie est recherchée, non pas dans ses causes organiques, mais dans une vision plus globalisante. On en cherchera le sens dans vécu personnel du malade, dans ses relations avec son entourage, son passé, etc. Certaines maladies sont interprétées comme la conséquence d'une punition divine en raison

1 sulfure de plomb ou d'antimoine. 2. "Mangez et buvez, mais ne soyez pas excessifs" (C. 7, 29), "vos femmes sont un {champ de} labour pour vous. Vênez à votre labour comme vous le voulez" (C.2, 223). 3. "Les boissons fermentées.. .sont seulement une souillure {procédant} de l'oeuvre du démon" (C. 5, 92), "N'approchez point la fornication, c'est une turpitude" (C. 17,34).

12