Pourquoi les femmes se font toujours avoir?
254 pages
Français

Pourquoi les femmes se font toujours avoir?

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Description

Ni super héroïne, ni victime !





Pour les femmes aujourd'hui, la situation est devenue intenable. Plus de la moitié des Hommes sont pourtant des Femmes : elles représentent 52 % de la population, bien que traitées par les pouvoirs publics comme une minorité. Il est vrai que leur situation n'est guère enviable, quel que soit le domaine : travail, rémunération, tâches domestiques, retraite, représentation nationale... Toutes les statistiques le soulignent, elles sont moins bien traitées que les hommes. Malgré ce sombre tableau, les femmes continuent à endosser ce rôle bien souvent stéréotypé que la société leur impose. Et elles se font avoir sur toute la ligne.

Mais si c'était (aussi) de leur faute ?









Cet ouvrage dresse le tableau de la situation (place, rôle, stéréotypes et idées reçues) et propose des clés pour changer la donne. Chaque femme dispose de leviers d'actions et de ressources pour changer les choses, si elle le souhaite, en pleine conscience.







Conseils, témoignages, trucs et astuces, actions à entreprendre, questions, exercices, tests, aides à disposition... tout ce qui peut permettre aux femmes de changer leur quotidien, voire leur vie, est proposé dans ce guide pratique déculpabilisant.











Au programme, par exemple: est-il vrai que les femmes n'ont pas le sens de l'orientation?; comment agir contre les préjugés?; les mots sont-ils sexistes?; oui, les femmes ont droit au plaisir; que faire en cas de violence?; le couple et l'argent; à la maison, qui fait quoi?; la culpabilité des mères; l'éducation; la place des femmes au travail; comment changer d'attitude au travail?; négocier sa rémunération; être mère et faire carrière; choisir un métier/se reconvertir, préparer sa retraite; apprendre à réseauter efficace; s'engager et militer.







Avec une préface de Marlène
Schiappa, fondatrice du réseau Maman Travaille !








Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 21 février 2013
Nombre de lectures 39
EAN13 9782754051699
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

couverture
Yves Deloison

Pourquoi
 les femmes
 se font
 toujours avoir ?

MODE D’EMPLOI
 pour que cela change enfin

images

Préface

En France, aucune loi n’oblige les employeurs à verser aux femmes des salaires inférieurs à ceux des hommes. Aucune loi n’oblige les femmes à repasser les vêtements de toute la maisonnée. Aucune loi n’oblige les femmes à garder seules leurs enfants à l’heure du bain, à s’orienter hors des filières scientifiques. Aucune loi n’oblige les partis politiques à les présenter aux élections comme suppléantes et rarement comme candidates… Et pourtant la « règle tacite des 20 % » – 20 % de tâches ménagères accomplies par les hommes, 20 % de salaire en moins pour les femmes, 20 % de femmes à l’Assemblée nationale… – est toujours en vigueur. Alors pourquoi les femmes, comme groupe d’individus, sont-elles si souvent du côté qui pâtit de l’organisation de notre société ? La « domination masculine » analysée par Bourdieu dans les années 1990 a-t-elle toujours cours ?

Pourquoi les femmes se font-elles avoir ? En voilà une question pertinente, une vérité qui dérange, un tabou qui méritait d’être levé ! Et même si nous avons toutes et tous en tête quelques contre-exemples de taille, ils ne suffisent pas à changer de paradigme : travail, médias, foyer, intimité, publicité, les contextes mettant d’entrée les femmes en situation d’infériorité sont légion. Vous êtes heurtée par ce constat ? Ne tirez pas sur le messager ! Yves Deloison, en tant que spécialiste mais aussi en tant qu’homme épris d’égalité, interroge une batterie de stéréotypes et remet en question nos propres contradictions. Entre analyse résolument existentialiste et pragmatisme essentialiste, avec pédagogie, il s’appuie sur de nombreux exemples tirés de notre quotidien pour mettre en place l’effet « battement d’aile d’un papillon » qui permettrait, grâce à une petite action individuelle, de modifier profondément le cours des choses. Parce que dans une lutte collective pour l’égalité, chaque individu compte.

Aurais-je un meilleur sens de l’orientation si j’avais fait des jeux d’extérieur plutôt que de la danse entre quatre murs ? Suis-je en train de me « faire avoir » si je vais chercher les enfants à l’école tous les jours ? Et si j’aime bien le rose, est-ce par goût ou par conformisme au marketing genré qui cherche à me pousser à la consommation ? Depuis des années, au sein de l’association que j’ai fondée, « Maman travaille », nous baignons dans ces questionnements que la lecture de ce livre permet d’énoncer clairement et qui, dès lors, ne nous quittent plus. Chaque minute sera désormais scannée à l’aune de ces réflexions.

Mais quelles que soient les réponses à ces questions, nous ne portons pas, individuellement, la responsabilité de cette situation. Sus à la culpabilisation à outrance ! C’est toute une société qui doit revoir son mode de fonctionnement. Et qu’un homme prenne la parole sur ce sujet est salutaire pour tous. Parce que le féminisme – qui définit l’égalité entre les sexes, ni plus ni moins – profite aux femmes, mais également aux hommes qui souffrent aussi des clichés liés à leur genre.

Le féminisme se construit avec les hommes, nos alliés. J’espère du fond de l’utérus que ce livre remplacera vite Mars, Vénus et autres insanités sur nos tables de chevet, comme le décodeur indispensable qu’il est. Et j’espère que grâce à lui, dans dix ans, nous dirons : « Tu te souviens, à l’époque où les femmes se faisaient encore avoir ? »

Marlène Schiappa,
fondatrice et présidente de l’association « Maman travaille »
Blog : Yahoo.mamantravaille.fr
Site : Mamantravaille-association.fr

Avant-propos

Pourquoi un homme ?

« Ô, femmes, femmes […], quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en notre pouvoir de les franchir. Vous n’avez qu’à le vouloir ! »

Olympe de Gouges – Déclaration des droits de

la femme et de la citoyenne – 1791.

Beaucoup se demanderont ce qui motive un homme à écrire un livre sur ce thème. Du plus loin que je me souvienne, la place des femmes dans notre société m’a toujours interpellé. Voir ma grand-mère maternelle entièrement dévouée au bien-être de mon grand-père comme la plupart de ses congénères me paraissait incompréhensible. Comme dans la quasi-totalité des familles françaises, ces femmes d’un autre âge, condamnées à supporter toute leur vie le bon vouloir d’un époux plus ou moins tyrannique, n’imaginaient même pas remettre en cause l’ordre établi. Je me réjouissais d’apercevoir, au détour d’un programme de télévision, un signe annonciateur de l’émancipation des femmes. Adolescent, je prônais l’accès des femmes aux plus hautes fonctions politiques. À l’époque, envisager la présence d’une femme à l’Élysée, non pas comme première dame mais bien comme cheffe de l’État, était souvent interprété comme une provocation de ma part. Quand, sur nos écrans, l’image de Christine Ockrent à la tête du journal de 20 heures d’Antenne 2 est apparue, j’ai vu le changement se profiler. Petit à petit s’est forgée en moi l’intime conviction que, malgré une hiérarchie évidente entre les femmes et les hommes, l’évolution était inéluctable. Un jour les femmes exerceraient indistinctement tel ou tel métier, fonction ou responsabilité sans que personne ne s’en étonne. À cette époque, je n’avais pas encore pris la mesure des obstacles à surmonter ni l’ampleur des résistances à l’œuvre au sein de la société. Si la situation des femmes m’intéressait au plus haut point, je manquais de matière théorique pour en appréhender la complexité. Si quelqu’un m’expliquait qu’une femme était incapable d’exercer un métier physiquement éprouvant ou qu’elles étaient, dans leur ensemble, incompétentes pour endosser de hautes fonctions politiques ou économiques, je ne savais quoi répondre. Pourtant, les femmes avaient démontré tout au long de l’histoire leur force en maintes circonstances, réalisant des tâches parfois bien plus éprouvantes physiquement que celles exécutées par les hommes. Soulever des malades à longueur de journée serait-il plus facile que de porter des sacs de ciment ? Bref, il me fallait aller au-delà du simple constat statistique qui souligne la gravité de la situation afin d’aiguiser mes arguments et de saisir ce qui contraint encore les femmes à jouer tel rôle ou à occuper telle place, rarement la meilleure. J’y reviendrai.

Une hirondelle ne fait pas le printemps

J’ai débuté ma carrière dans le secteur de la formation. À l’époque, je n’imaginais pas que mes activités professionnelles me porteraient vers le thème de l’égalité entre les femmes et les hommes. Un jour, la directrice d’un des organismes avec lesquels j’ai collaboré m’a confié l’animation d’une formation destinée à des femmes au chômage. Ma mission : les inciter à construire un projet professionnel hors des sentiers battus. Comme le montrent les statistiques, la majorité des femmes s’orientent en masse vers un tout petit nombre de voies professionnelles : social, santé, éducation, etc. Celles où le taux de chômage est supérieur, où les places sont plus chères et les salaires moins élevés. Cette formation permettait justement de donner aux femmes l’occasion de ne pas s’enfermer dans des choix trop restreints. Ce n’était là qu’une première étape pour moi.

Au fur et à mesure, entre observation sur le terrain, expérience et réflexion, j’ai pris conscience de l’ampleur de la problématique et de son origine. La répartition ancestrale des places attribuées aux hommes et aux femmes n’évolue pas. L’homme reste l’éternel gagne-pain, garant de l’autorité dans la famille. La femme, douce et maternelle, entoure de son affection sa progéniture et s’occupe de la maison pour le plaisir de son conjoint. Et aujourd’hui, chacun continue à reproduire des comportements archaïques sans en avoir conscience la plupart du temps, et les transmet aux plus jeunes comme dans un cercle vicieux. L’impact de cet ordre établi et rarement remis en cause, où chaque sexe se voit attribuer son code de conduite, se révèle particulièrement préjudiciable aux femmes.

Beaucoup penseront que j’exagère. Certes, des nuances existent. Depuis les années 1950, le couple a évolué, la situation des femmes aussi. Elles travaillent bien plus aujourd’hui. En France, elles représentent même près de la moitié de la population active1. Un progrès majeur quand on sait que le travail est vecteur d’épanouissement pour elles. Néanmoins, les femmes restent en charge de presque toutes les tâches domestiques. Le poids des obligations gonfle. Celui de la culpabilité aussi. Et même si de plus en plus d’hommes s’intéressent à l’éducation des enfants et se déclarent prêts à s’investir, cela reste souvent un vœu pieu. Alors que les recettes miraculeuses pour tout gérer le mieux possible se multiplient dans les magazines, bien des femmes frôlent le burn-out. En parallèle, la pression au travail et la peur de perdre son emploi montent d’un cran pour tous les actifs, hommes et femmes. En conséquence, on constate que, pour elles, la pression grimpe encore plus. Ce qui fait dire à certains qu’elles feraient mieux de rentrer à la maison afin de se consacrer aux petits et laisser leurs jobs aux hommes. La tentation de faire machine arrière en titille quelques-uns, mais aussi quelques-unes. Bref, à elles d’ajuster leur emploi du temps afin de répondre aux obligations familiales. En outre, qu’elles soient belles et qu’elles se taisent ! Ménagères, maternelles, désirables… comme autrefois.

Faut-il continuer ainsi ?

Les femmes peuvent-elles continuer ainsi longtemps ? Non. Il existe des moyens de faire évoluer la situation. Premier objectif : prendre conscience de la situation et en repérer les raisons. Pour que les mentalités bougent, il faut appréhender la problématique sous toutes ses coutures et de manière globale. Sans prise de conscience, pas de réaction, ni d’action. Il y a quelques années, j’ai changé de métier. Aujourd’hui journaliste, je reste en veille constante sur les thèmes liés à la place des femmes dans notre société. Ce livre est sans doute le projet d’écriture qui me tient le plus à cœur. Il faut agir au plus vite et dans tous les domaines. S’il revient à l’État et aux institutions de mener les actions publiques, c’est à chacun et chacune d’entre nous, à son échelle, d’intervenir dans sa sphère personnelle et professionnelle, dans son quotidien, pour que cela change vraiment. Cet ouvrage passe en revue les leviers qui permettent d’agir.

Je m’adresse aux femmes en priorité. Ce sont elles qui ont le plus à gagner. Prendre conscience des choses sera la meilleure arme pour vous préparer au changement. Ce livre vous incitera à réagir afin de ne plus accepter avec fatalisme place et rôle qui vous sont dictés dès le plus jeune âge. Il faut en finir avec la posture de super héroïne qui assume toutes les charges et n’en tire que bien maigre bénéfice. L’ouvrage vogue à contre-courant de ce qui se propage depuis la nuit des temps, c’est-à-dire la différence entre hommes et femmes érigée comme une vérité absolue qui maintient chacun dans un rôle prédéterminé. Cette différence n’est pas à l’avantage des femmes. En refusant dorénavant de vous laisser enfermer dans cette division, vous contribuerez à gagner en liberté. Quelle liberté ? Celle d’opter pour d’autres voies que celles toutes tracées qui s’imposent à vous. Des exemples : le droit de choisir le métier qui vous correspond mieux sans tenir compte des regards réprobateurs, la possibilité d’envisager une autre répartition des responsabilités au sein du couple et de la famille, la perspective de vous engager dans le milieu associatif, syndical ou politique afin de contribuer à faire bouger les choses.

Je m’adresse aussi aux hommes. Que craignez-vous ? Tout le monde trouvera son compte à faire bouger les mentalités. Après tout, certains d’entre vous se verraient bien s’investir plus et mieux dans la sphère familiale mais le regard des autres, vos propres résistances et vos a priori les en empêchent. D’autre part, les femmes doivent vous laisser un peu de place. Les hommes aussi sont victimes de stéréotypes éculés. S’ils lâchent de leur pouvoir afin de laisser aux femmes la place qui leur revient dans la sphère publique, ils gagneront en prérogatives dans la sphère privée.

Et si c’était (aussi) la faute des femmes ?

Oui, les hommes portent une responsabilité majeure dans cette situation inégalitaire. La peur de perdre leur toute-puissance les empêche souvent de comprendre ce qu’ils ont à gagner et qui peut se révéler si réjouissant à terme. Sont-ils pour autant les seuls à freiner des quatre fers ? Évidemment non. Entre crainte de voir se dissoudre leur identité et celle de perdre leur pouvoir à la maison, bien des femmes résistent aussi. Ni pamphlet féministe, ni énième version de Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus, on l’aura compris, cet ouvrage a l’ambition d’ouvrir les fenêtres, de donner de l’air à chacun pour l’aider à se libérer du carcan des préjugés. En plus de mettre à mal certitudes et croyances sans fondement, il vous ouvre vers des pistes concrètes d’actions afin de rendre chacun maître de son destin. Bonne lecture.

1- Enquêtes Emploi et salaires, février 2012, Insee.

Introduction

État des lieux

Introduction

Être une femme aujourd’hui,
 une situation difficile

Plus de la moitié des hommes sont des femmes : elles représentent près de 52 % de la population française selon l’Insee, mais sont pourtant traitées par les pouvoirs publics comme une minorité, qu’on accompagne de multiples politiques de lutte contre les discriminations. Il est vrai que leur situation n’est guère enviable, quel que soit le domaine, les femmes se font avoir : rémunération, tâches domestiques, retraite, représentation nationale… toutes les statistiques le soulignent. L’égalité professionnelle entre les sexes est inscrite dans la loi. Les droits des femmes font l’objet d’un consensus en France. Il s’avère même de bon ton de les défendre. Pourtant, on ne peut que constater l’étendue des dégâts. Les discriminations frappent durement et massivement les femmes.

Côté boulot

Certes, l’évolution est en marche : l’emploi féminin a augmenté d’un quart ces vingt dernières années selon l’Insee1, et 39 % des cadres sont des femmes contre 30 % vingt ans auparavant. Toutefois, certains indicateurs se révèlent alarmants. Le taux de chômage des femmes reste supérieur à celui des hommes quelle que soit la tranche d’âge ciblée. Elles sont aussi moins bien indemnisées.

Des revenus plus faibles

L’Insee note par ailleurs que les rémunérations des femmes sont largement inférieures à celles des hommes2. « À temps plein, les femmes gagnent 20 % de moins que les hommes. Tous temps de travail confondus, l’écart est de 27 % », indique le site Inegalites.fr. Alors que le salaire mensuel net moyen des hommes s’élève à 2 222 euros pour un équivalent temps plein, de leur côté les femmes perçoivent 1 777 euros. Un écart net moyen de 5 340 euros chaque année.

Temps partiel subi

En outre, deux tiers des salariés touchant les plus bas salaires sont des femmes. À cela, plusieurs origines. D’une part, seuls 7 % des hommes travaillent à temps partiel contre 31 % de femmes. Le pourcentage a même augmenté de sept points par rapport à 1990. Qui plus est, en charge de la quasi-totalité des responsabilités familiales, elles jonglent bien plus que les hommes entre vie professionnelle et vie personnelle, ce qui entraîne leur surreprésentation dans les emplois à temps partiel. Elles déclarent cependant que ce temps partiel est rarement motivé par des raisons familiales. Ce n’est d’ailleurs généralement pas un choix de leur part. Le sous-emploi concerne trois fois plus de femmes que d’hommes. Près de 10 % d’entre elles souhaitent travailler davantage sans pouvoir y parvenir. D’autre part, elles sont plus souvent touchées par la précarité : CDD (contrat à durée déterminée) et emplois aidés notamment. En 2010, 59 % des CDD signés concernent les femmes selon l’Insee.

Moins de mixité dans les emplois

Facteur aggravant : les femmes occupent la majorité des métiers du secteur tertiaire, le plus souvent les moins qualifiés, les moins reconnus, donc bien moins rémunérés que dans le secteur industriel vers lequel les hommes s’orientent en plus grand nombre. C’est aussi dans le tertiaire que le temps partiel est le plus répandu. L’Insee souligne que les clivages ont même tendance à se renforcer et que l’éventail des voies professionnelles ne s’élargit pas pour les femmes. Le fruit notamment de choix de formations initiales stéréotypées, santé et social notamment, ou d’études moins prometteuses en termes de carrière qui mènent à des secteurs d’activité là aussi moins rémunérateurs. Alors même qu’elles suivent des études plus longues que les hommes et sont aujourd’hui plus diplômées – 42 % des femmes ont par exemple décroché le bac contre 39 % des hommes – les femmes accèdent moins facilement aux postes à responsabilités et bénéficient moins de la formation continue que les hommes. Ce qui a pour conséquence logique de freiner l’accès à certains postes plus qualifiés ou aux fonctions cadres. Il faut dire qu’une ambitieuse attire sur elle les regards de méfiance tandis qu’un ambitieux, lui, force le respect. La boucle est bouclée.

Faites vos comptes

Par ricochet, les femmes perçoivent des pensions de retraite inférieures à celles des hommes. Selon l’Insee, quand un homme touche en moyenne 1 743 euros de pension, celle d’une femme ne dépasse pas 833 euros, soit 48 % en moins. Anne Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes, notait dans le quotidien Libération3 que le montant des retraites des femmes est en moyenne inférieur de 42 % à celui des hommes. Après l’âge de 75 ans, les femmes représentent 70 % des personnes considérées comme pauvres. La grande pauvreté concerne trois millions de femmes en France contre deux millions d’hommes.

Côté couple et famille

Qui conduit les enfants à l’école ? Qui prépare le dîner ? Qui organise les rendez-vous chez le médecin ? Qui repasse le linge ? Les femmes. Elles passent leur temps à jongler entre job, enfants et gestion du quotidien. Elles assument près des trois quarts des tâches domestiques, souvent les moins valorisantes. Si l’écart entre les hommes et les femmes se réduit, il s’explique surtout par les évolutions en matière de consommation. Les Français achètent de plus en plus de produits transformés ou cuisinés, exigeant ainsi moins de préparation. Par ailleurs, les technologies de la communication se perfectionnent jour après jour et optimisent toujours plus les services à destination des particuliers, faisant gagner du temps à chacun. Mais les hommes ne s’impliquent qu’à peine plus au foyer. Pendant que l’emploi du temps des hommes s’organise entre travail et temps personnel, les femmes multiplient les tâches tout au long de la journée et assument l’essentiel des responsabilités. En 2010 comme en 1999, les hommes bénéficient de quarante minutes de plus de temps de loisirs chaque jour, soit près de cinq heures par semaine par rapport aux femmes.

Insécurité économique

Imaginez qu’il a fallu attendre l’année 1965 pour que les femmes puissent ouvrir un compte sans requérir d’abord le consentement de leur mari. Depuis cette date, elles peuvent gérer leurs biens propres et exercer une activité professionnelle en toute autonomie. Cela n’empêche pas certaines femmes d’être encore totalement dépendantes financièrement de leur conjoint. Elles préfèrent quitter leur travail, en général pour une durée limitée, parfois définitivement, se réfugiant dans l’illusion du cocon familial. Dix, vingt ou trente ans plus tard, dans le meilleur des cas, les femmes sont condamnées à rester au foyer, c’est-à-dire à ne pas quitter leur époux, faute de moyens pour assurer leur autonomie. Pire, certaines se voient remercier par leur conjoint et se retrouvent alors dans une situation critique. Comme le souligne l’Insee4, « les personnes aux revenus individuels faibles (ou sans revenu individuel) peuvent facilement entrer dans la pauvreté en cas de rupture conjugale ». Cet écart de revenu est une véritable épée de Damoclès au-dessus de la tête de bien des femmes. Cette situation, certains hommes savent la mettre à leur profit en prenant l’ascendant. Cette insécurité économique rend les femmes vulnérables.

Insécurité physique

De l’insécurité économique à l’insécurité physique, il n’y a parfois qu’un pas. « Les violences conjugales (menaces, chantage, séquestration, rapports sexuels non consentis, coups et blessures, tentatives de meurtre) concerneraient une population de deux millions de femmes en France, soit une femme de 18 à 59 ans sur 10 », relève le site du Sénat5. On comptait 174 personnes décédées en 2010, victimes de leur partenaire ou ex-partenaire. Parmi elles, 146 femmes pour 28 hommes. En outre, une proportion de ces hommes était violente. On peut donc imaginer des cas de légitime défense de la part des femmes. Une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint. Une étude de l’Observatoire national de la délinquance publiée en juillet 2011 lève le voile sur un sujet encore tabou aujourd’hui : en France, 30 000 femmes ont été victimes de viols conjugaux au cours des années précédentes. Seules 2 % d’entre elles ont porté plainte contre leur conjoint6. La loi du silence. Des chiffres révélés par l’Insee laissent sans voix : « 12 % des femmes se sentent souvent ou de temps en temps en insécurité chez elles ». Les violences envers les femmes sont multiples : 6 % des femmes ayant entre 18 et 59 ans ont été l’objet d’injures sexistes en 2005 ou 2006. À ce sujet, Femme de la rue, le documentaire réalisé par une étudiante belge en 2012 est particulièrement éloquent. Déambulant dans les rues de la banlieue de Bruxelles avec une caméra cachée, on peut entendre des commentaires du genre « Bonne à baiser », « Jolies fesses », « Chienne » ou « Salope ». Cette situation est loin d’être exceptionnelle. Quant à celles qui vivent sous d’autres cieux, dans d’autres continents, qui connaissent mariages forcés, crimes d’honneur, traite, mutilations sexuelles, assassinats de leurs filles à la naissance, il n’y a pas de mot assez fort pour qualifier ces pratiques. Pourtant, certains les justifient au nom de croyances religieuses, contraignant par exemple une femme violée à épouser son agresseur comme on l’a vu en Afghanistan comme le relataient les médias fin 2011.

Mode d’emploi

Que faire en cas de violence sexuelle ?

Hors du foyer, l’atmosphère peut se révéler pesante pour les femmes. Certaines d’entre elles expriment une réelle appréhension face à des comportements masculins quelquefois déplacés dans la rue ou au travail : sifflements, mots crus, gestes outrageants, etc. Tout cela ne relève pas du fantasme. Depuis des mois, l’actualité foisonne de faits plus ou moins graves, d’agressions ou de cas de harcèlement sexuel. L’affaire DSK a contribué à mettre en lumière des pratiques que beaucoup niaient jusque-là. Des attitudes scandaleuses passées sous silence ou dédramatisées à coup de sourires goguenards – y compris par quelques femmes – ont généré de véritables drames personnels.

 

N’ayez pas honte !

Première attitude à adopter en cas de problème, ne vous sentez pas coupable, parlez, témoignez, portez plainte comme le suggère le magazine Marie Claire dans son manifeste Ensemble, brisons le tabou des violences sexuelles !. Il ne s’agit pas ici de dénoncer la sexualité masculine, mais bien certains comportements qui ne laissent aucune place à l’ambiguïté. Face aux violences sexuelles, nombre de femmes victimes ne peuvent s’empêcher de penser qu’elles portent une part de responsabilité. « N’ai-je pas confondu avec une drague un peu lourde ? », « Est-ce que ma jupe n’était pas un peu trop courte ? », « Le violeur s’est peut-être trompé, il n’a peut-être pas compris que je ne voulais pas. » Sachez qu’une victime de violences sexuelles n’est jamais responsable de son agression. C’est pourquoi, il ne faut jamais hésiter à appeler Viol femme information au 0800 0595 95.

Côté vie sociale

Aujourd’hui, les femmes ne sont plus exclues de la vie politique par décrets comme autrefois. En France, elles votent, se présentent, gouvernent… Mais à une exception, elles n’ont toujours pas eu accès aux plus hautes fonctions politiques et sont sous-représentées dans les assemblées locales et nationales malgré la loi sur la parité. En 2011, la part des femmes élues au Sénat a même baissé, passant de 21,9 % en 2008 à 21,8 % aujourd’hui. La plupart des postes prestigieux leur échappent. Édith Cresson reste la seule femme à avoir occupé le poste de Premier ministre (sous François Mitterrand). Si elle a commis quelques erreurs, elle a dû essuyer les commentaires les plus désobligeants qu’aucun autre Premier ministre n’a connu ; la plupart n’étant que l’expression d’une profonde misogynie. Même dans les associations, là encore elles accèdent moins fréquemment aux conseils d’administration et présidences. 62 % des présidences d’associations sont dévolues aux hommes selon un rapport de France Bénévolat.

La religion et les femmes