Filles et garçons : pour le meilleur et pour le pire

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Au sommaire de ce numéro : "Les comportements déviants des adolescentes des quartiers populaires : être "crapuleuse" pourquoi et comment ?", "C'est technique, est-ce pour elles ?, Les filles dans les sections techniques industrielles des lycées", "Les relations "filles-garçons" : du chaperonnage à la mixité (1870-1970)", "Le jeu de l'amour et de l'amitié au lycée : mélange des genres", "Professionnalisation féminine et féminisation d'une profession : les artistes interprètes de musique", "L'IVG : un droit concédé encore à conquérir", "Les retraites des femmes" ...

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Date de parution 01 mars 2003
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EAN13 9782296318724
Langue Français

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T r a v a i l , g e n r e e t s o c i é t é s L a r e v u e d u M a g e
Filles et garçons : pour le meilleur et pour le pire
L'Harmattan 5-7 rue de l'École Polytechnique 75005 Paris France
9/2003
L'Harmattan Hongrie Hargita u.3 1026 Budapest Hongrie
L'Harmattan ItaliaVia Bava, 37 10214 Torino Italie
L
T r a v a i l , g e n r e e t s o c i é t é s
a r e v u e d u M a g e Directrice de la Revue: Margaret Maruani Directrice de la Rédaction : Chantal Rogerat Secrétaires de Rédaction : Anne Forssell et Isabelle Puech Responsables des comptes rendus de lecture :Philippe Alonzo et Monique Meron
Comité de Rédaction : Philippe Alonzo (sociologue, Université de Nantes) Tania Angeloff (sociologue, Université Paris-Dauphine) Marlaine Cacouault (sociologue, Université Paris V) Delphine Gardey (historienne, CNRS/Cité des Sciences et de l’Industrie) Annie Labourie-Racapé (sociologue) Jacqueline Laufer (sociologue, Groupe HEC) Laura Lee Downs (historienne, EHESS) Margaret Maruani (sociologue CSU-CNRS) Monique Meron (statisticienne, INSEE/INED) Sophie Ponthieux (économiste, INSEE) Chantal Rogerat (sociologue, CNRS) Rachel Silvera (économiste, Set/Matisse-Université Paris I)
Comité de Lecture :Marzio Barbagli (Italie), Christian Baudelot, Alain Chenu, Anne Cova (Portugal), Anne-Marie Daune-Richard, Cécile Dauphin, Marie Duru-Bellat, Annie Fouquet, Geneviève Fraisse, Annie Gauvin, Madeleine Guilbert, Helena Hirata, Marie-Claude Hurtig, Jane Jenson (Canada), Annie Junter-Loiseau, Danièle Kergoat, Beate Krais (Allemagne), Michel Lallement, Marie-Thérèse Lanquetin, Catherine Marry, Danièle Meulders (Belgique), Janine Mossuz-Lavau, Catherine Omnès, Michelle Perrot, Inga Persson (Suède), Carlos Prieto (Espagne), Jill Rubery (Royaume-Uni), Carola Sachse (Allemagne), Sylvie Schweitzer, Olivier Schwartz, Catherine Sofer, Teresa Torns (Espagne), Michel Verret, Eliane Vogel-Polsky (Belgique). Couverture :Maxime Apostolo Maquette :Anne Forssell Correction des épreuves :Maud Fontaine Communication :Myriam Danon-Szmydt N o t e a u x a u t e u r s e t b u l l e t i n d ’ a b o n n e m e n t e n d e r n i è r e s p a g e s d e n u m é r o . Revue semestrielle publiée avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique et du Centre National du Livre © L'Harmattan, 2003 ISBN : 2-7475-4237-8 ISSN : 1294-6303
5 PARCOURS Une universitaire hors du commun entretien avecCynthia Cockburn, propos recueillis par Margaret Maruani et Chantal Rogerat 35 DOSSIERcoordonné par Marlaine Cacouault-Bitaud et Nicole Mosconi Filles et garçons : pour le meilleur et pour le pire. so“crmapulemuse”,apouriquoiret coemment ? 39 Les comportements “déviants” des adolescentes des quartiers populaires : être Stéphanie Rubi 71 C’est technique, est-ce pour elles ? Les filles dans les sections techniques industrielles des lycées. Nicole Mosconi et Rosine Dahl-Lanotte 91 Les relations “filles-garçons” : du chaperonnage à la mixité (1870-1970). Anne-Marie Sohn111 Le jeu de l’amour et de l’amitié au lycée : mélange des genres. Florence Maillochon 137Galimessé 1966-1997. L’invention de nouvelles formes de flirt chez les pomaques musulmans de Grèce : structures, histoire et stratégies. Bernard Vernier 171MUTATIONS 173 Professionnalisation féminine et féminisation d’une profession : les artistes interprètes de musique. Hyacinthe Ravet 197 L’IVG: un droit concédé encore à conquérir. Sophie Divay 223CONTROVERSEcoordonnée par Monique Meron et Rachel Silvera Retraites : inégalités en tous genres  Les retraites des femmes : situation actuelle et perspectives. Carole Bonnet et Christel ColinFemmes et retraites.Marie-Thérèse Lanquetin
Travail, Genre et Sociétés n° 9 – Avril 2003S3
 Les retraites : quel avenir pour les femmes ? Pierre Concialdi Réponse de Anne-Marie Brocas. 255 CRITIQUESComptes rendus de lecture : Profession femme politique. Sexe et pouvoir sous la Cinquième Républiquede Mariette Sineau par Armelle Le Bras-Chopard Travail et genre : approches croiséesde Nicole Gadrey par Michèle Ferrand Les jeunes d’Europe du sud et la politique : une enquête comparative France, Italie, Espagnede Anne Muxel et Marlaine Cacouault (dir.) par Vincent Tournier 271 oUVRAGES ET THÈSES REçUS 273 AUTEURS 279 résumés 285 SUMMARIES 289 ZUSAMMENFASSUNGEN 295 RESUMENES 301 COUPON D’ABONNEMENT ET CONSIGNES AUX AUTEURS
4STravail, Genre et Sociétés n° 9 – Avril 2003
CYNTHIA COCKBURN,
UNE UNIVERSITAIRE
HORS DU COMMUN 1 ENTRETIEN PARCOURS AVEC MARGARET MARUANI
1 Traduit de l'anglais par Hélène Ancessi.
2. cf.Les Cahiers du Mage, n°3-4, 1997, “Travail, organisation et technologies”, sous la responsabilité d'Helena Hirata, pp. 141-185.
ET CHANTAL ROGERAT ondamentalement activiste. Oui, sans doute et encore davantage : une quête de cohérence entre travail uni versitaire et engagement. Figure du féminisme et de la Frecherche au RoyaumeUni, Cynthia Cockburn s’est li vrée pour nous à une introspection qui éclaire son propre mode de passage d’une recherche à une autre pour aboutir au jourd’hui à une réflexion sur l’intrication du genre et de la dé mocratie. Ses livres, malheureusement encore inédits en France, nous ont 2 fait suivre son chemin intellectuel, mais en 1997 lors d’un sé minaire duMAGE(Marché du travail et Genre) où nous nous in terrogions sur la construction sociale de l’incompétence techni que des femmes véhiculée par une certaine sociologie, sur le sta tut du travail, elle nous avait révélé le cœur même de sa recher che : le refus de tout essentialisme, refus qui lui permet alors de mieux comprendre que “genre, travail, organisation et techno logie sont mutuellement constitutifs les uns des autres (…). Les identités féminine et masculine se constituent uniquement l’une par rapport à l’autre”, nous avaitelle dit alors. Elle n’a pas changé et qu’on ne s’y trompe pas : la liberté de son propos est aussi empreint d’une pudeur qui cache sous la
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Parcours
référence énoncée de la matérialité des faits et des dates, une logique exigeante – logique qui lui fait par exemple refuser de ne voir que l’effet du biologique sur le culturel et oublier ainsi de considérer l’effet du culturel sur le biologique. Think different, sembletelle nous redire à tout moment et nous ne pouvons que l’en remercier.
Ma r g a r et Mar u a ni et Ch a n t a l Ro g er a t
Margaret Maruani : Comment estu devenue féministe ? Cynthia Cockburn : Oh mon dieu, comment suisje deve nue féministe ?... Je suis d’abord devenue femme, la femme d’un homme, après je suis devenue socialiste. Je crois que c’est l’expérience du socialisme et du mariage qui m’a conduite à reconnaître et accueillir le féminisme quand d’autres femmes l’ont généré.Je ne l’ai pas inven té, mais quand il est venu à moi, j’étais prête. MM : Quand estil venu ? CC : En 1972. MM : Quand exactement ? CC : Dans ma vie ? Quand mon mari est sorti de ma vie, il y avait un vide. J’ai pu rencontrer des amies femmes pour la première fois et les prendre au sérieux, c’était le bon moment. Même si j’étais triste aussi ! Mes enfants avaient sept ans. J’ai commencé à avoir du temps pour faire des choses en plus de mon travail. Je pouvais sortir de la mai son et m’impliquer dans des groupes et des activités, pour la première fois. J’ai découvert des femmes et la première chose que nous avons faite a été de créer un groupe de lecture marxiste féministe. Chantal Rogerat : Tu travaillais déjà comme chercheuse ? CC : Je travaille comme chercheuse depuis 1965. Avant cela, j’ai été secrétaire dactylo durant sept ans et jour naliste indépendante pendant quatre ans. Puis quand ma fille est née en 1965, j’ai commencé à faire de la recherche en tant qu’employée pour un professeur : chercheuse as sistante. J’ai ainsi fait de la recherche durant six ou sept ans, mais pas en tant que féministe. MM : Quand tu dis “je suis devenue féministe en 1972, à la suite de la séparation avec mon mari, quand j’ai rencontré d’autres femmes”, tu dis deux choses. Estce que c’est la sépa
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Entretien avecCynthia Cockburn
ration, le divorce qui t’a rendue féministe ou estce que c’est la rencontre avec d’autres femmes ? CC : La rencontre avec des femmes. Dans mon souvenir, c’était un bon mariage et mon divorce a été un bon divor ce, comme ma séparation… MM : Ce n’est pas ce qui t’a rendue féministe ? CC : Non, je peux dire aussi que j’ai eu une “prise de conscience” quand j’ai commencé à rencontrer d’autres femmes et que le féminisme a commencé à faire partie de mon environnement. J’ai alors réalisé que même un bon mariage n’était pas un bon mariage pour les femmes, même un affectueux et heureux mariage n’était pas un mariage nécessairement équitable pour le travail, les res ponsabilités domestiques et les soins aux enfants. MM : Combien de temps astu été mariée ? CC : J’ai été mariée de 1959 à 1972. Treize ans…
Un instinct socialiste
CHR : A ce momentlà, quel était ton environnement ? L’envi ronnement social et politique de la GrandeBretagne du point de vue féministe ? Le mouvement était fort ? CC : Il a commencé à être fort en 1972. Cela avait com mencé dans les années soixante, aux alentours de 1968 1969 avec des femmes comme Germaine Greer ; ces fem mes ont été importantes pour nous, mais je pense que des groupes de femmes existaient déjà en 1970, si vous lisez l’histoire par Sheila Rowbotham par exemple. J’ai manqué quelques années, je n’étais pas prête. Pour moi, le réveil s’est fait en 1972 quand les choses ont vraiment bougé. Mais cela a toujours été du féminisme socialiste. Mon premier effort intellectuel a été de comprendre le mar xisme d’un point de vue féministe. Bien sûr maintenant, nous avons diverses critiques féministes du marxisme, beaucoup de livres. Mais à cette époque, nous avons dû penser par nousmêmes, parce que c’était complètement nouveau. MM : Tu es partie du marxisme pour arriver au féminisme ou tu étais féministe quand tu as lu Marx ? CC : Non, j’étais socialiste bien que je n’aie pas étudié le marxisme. J’avais un instinct socialiste. MM : Pourquoi un instinct socialiste ?
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Parcours
CC : Encore une fois, je pense que cela vient de l’environ nement, la nouvelle gauche en Angleterre en 1965. C’était un environnement excitant si vous aviez les yeux ouverts. Vous êtes jeune, vous cherchez quelque chose, la nouvelle gauche existait, j’étais consciente de ces idées mais j’étais très prudente car je n’étais qu’une épouse et une mère. Même si je travaillais comme journaliste, et si j’avais une conscience sociale sur ces sujets, je n’étais pas complète ment en phase avec ces points de vue. J’étais à l’intérieur du réseau des épouses et mères. MM : Ton mari n’était pas féministe ? CC : Non, il n’était pas très politique. Un gars sympa, mais pas un analyste politique. MM : Comment estu venue à la politique ? CC : Je suis venue progressivement à la politique, mais je pense que j’avais un désavantage : je ne suis pas passée par l’université. Si vous interrogez beaucoup de filles de ma génération, à la même question, elles répondraient : je suis devenue socialiste ou je suis devenue féministe à l’université. Mais parce que je n’ai pas été à l’université, je n’ai pas eu cet environnement, j’ai dû le trouver par moi même. Alors cela a été plus lent, plus long. CHR : A l’université justement, tu as trouvé l’environnement favorable à ta démarche ? CC : Je n’ai jamais été étudiante, mon histoire ne ressem ble pas à celle des autres féministes parce que je n’ai au cun diplôme universitaire, je n’ai jamais passé d’examens dans ma vie. Quand j’étais épouse et mère, j’ai fait des études, indépendantes, à l’extérieur, pour un diplôme d’études sociales, mais ce n’était pas un diplôme d’études supérieures, c’était juste un diplôme. Je ne voyais pas les autres étudiants, je n’avais pas d’étudiants autour de moi, je n’étais pas à l’université, j’étais chez moi. Plus tard, j’ai suivi des cours pratiques d’édition et de production de livres. Comment en suisje arrivée à la recherche ? Je n’ai pas suivi le chemin d’une chercheuse académique, mais j’avais un emploi d’assistante d’un professeur pour tra vailler sur son projet. Et quand j’ai terminé ce travail, j’ai eu un autre emploi en tant que chercheuse dans une insti tution appelée “Centre d’Études Environnementales”. Il était alors possible d’obtenir un emploi payé en faisant de la recherche pour quelqu’un d’autre et je l’ai fait pendant dix ans. Et c’est durant ces années que j’ai acquis les tech niques de la recherche. MM : Quel âge avaistu à ce momentlà ?
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Entretien avecCynthia Cockburn
CC : J’avais 31 ans en 1965. Je pense que j’en avais 33 quand j’ai commencé à travailler pour le Centre d’Études Environnementales (de 33 à 43 ans). Mon véritable travail a commencé tard, quand j’ai eu 40 ans. CHR : Quand j’ai commencé à te connaître, c’était dans les an nées quatrevingt, en particulier je t’ai croisée à une rencontre internationale des femmes socialistes… CC : C’était en 1985.
Activisme et recherche
3 CHR : Et ensuite on s’étaient revues au GEDISSTCNRS. C’est à ce moment là que sont parus tes livres sur le syndicalisme. Pourquoi t’estu polarisée sur le syndicalisme à ce point ? CC : Pour te répondre, j’ai besoin de parler de la relation qui existe entre l’activisme, le militantisme et la recherche parce que cela a commencé par là. Quand j’étais au Centre d’Études Environnementales, au bout de sept ans, j’ai été autorisée à faire des recherches indépendantes et à pro duire un livre qui s’intitulait “l’État local”. C’était une étude sur les luttes entre les squatters et les autorités mu nicipales sur des questions de logement. Mon étude s’intitulait “Le management des villes et des personnes”. Il traitait de la façon dont les pouvoirs locaux gèrent et contrôlent les subventions locales, les politiques techni ques et les communautés : employés de l’État local qui sont de la communauté, qui travaillent avec la commu nauté et qui contrôlent effectivement la communauté. C’était la première approche marxiste du gouvernement local en GrandeBretagne. Personne n’avait encore écrit sur ce sujet. Et utiliser le mot “État” pour les municipali tés locales a été très choquant. Tout le monde ne parlait que de municipalité locale car c’est bien, c’est près de nous, alors que l’État c’est de l’autre côté. J’ai voulu mon trer que les principes de l’État existent même dans un contexte local. Mais pourquoi aije fait ce travail ? J’ai fait ce travail sur une autorité municipale en particulier et je travaillais en tant qu’activiste dans cette autorité. Dans cette zone, je travaillais avec les squatters et avec des per sonnes noires qui causaient des problèmes aux autorités locales en matière de logement. Nous étions un collectif d’éditeurs, un collectif de six, sept, dix personnes hom mes et femmes, et nous avons obtenu des équipements pour éditer des tracts, des affiches, etc. Nous étions au service de la communauté. Alors, mon étude de l’État lo cal s’est appuyée sur cette pratique. J’étais à l’intérieur de
3. GE D ISS T: Groupe d’Études sur la Divi sion Sociale et Sexuelle du Travail.
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Parcours
l’État, travaillant avec des personnes politiques progres sistes, dans une critique de l’autorité locale, mais aussi travaillant dans la communauté. CHR : Cette analyse critique futelle reconnue dans le milieu de tes collègues ? Estce que ton travail était reconnu comme vala ble ou marginalisé comme quelque chose de militant, de fémi niste ? CC : A ce momentlà, ce n’était pas féministe, c’était mili tant. J’ai eu des difficultés dans le centre où je travaillais quand le livre a été publié. C’était difficile parce que les politiciens de cette région ont fait des démarches auprès de mes supérieurs pour dire qu’il ne s’agissait pas de re cherche mais de militantisme. Il y avait des problèmes, mais il y avait aussi des gens de gauche comme moi dans le Centre. MM : Depuis quand étaistu “activiste de gauche” ? Qu’estce qui t’a rendue fondamentalement activiste ? CC : Autour des années 1972, quand tout a commencé, ce la avait un rapport avec trois choses : l’âge de mes en fants, le départ de mon mari et ce qui s’est passé dans mon environnement. En 1972, 1973, ces choses sont arri vées en même temps, cela m’a donné la possibilité de de venir activiste. MM : Et l’envie, la volonté, la conviction ? CC : C’est venu, je pense, parce que je suis issue de la classe moyenne. Je viens d’un milieu privilégié, ma fa mille était aisée. MM : Qu’estce qu’ils faisaient tes parents ? CC : Mon père était un petit industriel dans l’est de l’Angleterre. Il employait une centaine de personnes dans l’usine et il était très conservateur. J’étais très consciente de ce contexte quand je suis venue travailler à Londres comme dactylo.Cela m’a pris longtemps pour compren dre ma situation dans le monde, mais petit à petit j’ai réussi à comprendre que j’étais privilégiée et qu’il y avait beaucoup de personnes qui ne l’étaient pas. J’ai déménagé dans une zone où il y avait beaucoup de personnes pau vres et la première chose que j’ai faite et le premier pas que j’ai fait en sortant de la maison a été d’aller dans un foyer pour les jeunes (des enfants de 10 à 15 ans).Ça m’a demandé beaucoup de courage d’y aller et de dire : je veux travailler ici. J’étais très nerveuse car moi, femme is sue des classes moyennes, mère de deux enfants, je vou lais travailler dans ce foyer de jeunes. Mais je ne connais sais personne, je ne connaissais pas les enfants des famil
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