La face féminine du mouvement vert iranien

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Français
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Description

La méthode de combat des Iraniennes contre la discrimination et son traitement dans les médias sont l'objet d'étude de ce livre. L'auteur consacre sa réflexion à l'analyse du "Mouvement vert" iranien en 2009, se concentrant tout spécialement sur le rôle des réseaux sociaux dans le développement d'une opinion publique iranienne et elle confirme s'il en était besoin la présence affirmée des femmes iraniennes dans ce mouvement par une analyse du discours et de ses attendus.

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Date de parution 01 juillet 2015
Nombre de lectures 12
EAN13 9782336386997
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Modjtaba NAJAFI

LA FACE FÉMININE
DU MOUVEMENT VERT IRANIEN
De l’internet à la rue

Préface de
Shirin EBADI

26/06/2015 22:27:52

LA FACE FÉMININE
DU MOUVEMENT VERT IRANIEN
DE L’INTERNET À LA RUE

COLLECTION L’IRAN EN TRANSITION
Dirigée par Ata Ayati

Les dernières parutions

Minoo KHANY, La couleur de la guerre Iran-Irak. Regards croisés sur la
peinture iranienne après la Révolution 1979. Préface de Christophe
Balay, 2015.
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avec la foi baha’ie, Préface de LeïlaSaberan-Mesbah, 2015.
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face à ses homologues. Préface de Ramine Kamrane, 2015.
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-XOLHQ =DULÀDQ
JalalALAVINIA,collaboration avec Thérèse enMARINI,Tâhereh lève
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e
pionnière du mouvement féministe en Iran du XIXsiècle.Préface
de Farzaneh Milani/Postface de Foad Saberan, 2014.
LeylaFOULADVIND,/HV PRWV HW OHV HQMHX[ /H GpÀ GHV URPDQFLqUHV
iraniennes. Préface de Farhad Khosrokhavar, 2014.
AliGHARAKHANI, Téhéran, l’air et les eaux d’une mégapole. Préface de
Philippe Haeringer, 2014.
HomaNATEGH,Les Français en Perse. Les écoles religieuses et séculières
(1837-1921). Préface de Francis Richard. Traduit du persan en
français par Alain Chaoulli et Atieh Zadeh, 2014.
NaderAGHAKHANI,Les « gens de l’air », « jeux » de guérison dans le
sud de l’Iran. Une étude d’anthropologie psychanalytique. Préface
d’Olivier Douville, 2014.
MichelMAKINSKY(dir.),L’économie réelle de l’Iran, au-delà des chiffres,
2014.
e
FoadSABÉRAN,Nader Chah ou la folie au pouvoir dans l’Iran du XVIII
siècle. Préface de Francis Richard, Postface d’Alain Désoulières,
2013.
MohsenMOTTAGHI,La pensée chiite contemporaine à l’épreuve de la
Révolution iranienne.Préface de Farhad Khosrokhavar, 2012.

ModjtabaNAJAFI

LA FACE FÉMININE
DU MOUVEMENT VERT IRANIEN
DE L’INTERNET À LA RUE

Préface de ShirinEBADI

© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
difusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN :978-2-343-06834-3
EAN :9782343068343

Chapitre

À ma mère qui m’a laissé dans un monde de chagrin par
sa mort en 2012. Elle sera toujours vivante pour moi. Son
souvenir est dans mon cœur et elle m’inspirera toujours pour
construire un monde meilleur. Elle est la première à m’avoir
enseigné l’importance de l’amitié dans la vie.
À tous les martyrs du Mouvement vert iranien qui ont
VDFULÀp OHXUV YLH SRXU XQ ,UDQ YHUW F·HVWjGLUH XQ ,UDQ OLEUH
développé et démocrate.
À Toutes les mères endeuillées pour leurs enfants martyrs;
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­ 6KDKLQGRNKW 6DQDWL VXUQRPPp © 0DGDPH GHV URVHV ª
une femme qui a remplacé l’opium par des roses dans une des
SURYLQFHV LUDQLHQQHV .HUPDQR HOOH D SX VDXYHU EHDXFRXS
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les enfants atteints de cancer et leurs familles. À partir de ce
travail je la remercie comme une citoyenne iranienne.
(QÀQ MH WLHQV HQ SDUWLFXOLHU j UHPHUFLHU 0DGDPHJocelyne
Arquembourg,PD GLUHFWULFH GH WKqVH SRXU VHV FRQVHLOV HW VHV
remarques éclairées dans mes recherches.

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La face féminine du Mouvement vert iranien

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Ma patrie, je te reconstruirai,
si besoin, par des briques faites de ma vie,
J’érigerai des colonnes pour te soutenir avec mes os.
Je respirerai de nouveau le parfum,
des leurs préférées de ta jeunesse.
Je laverai de nouveau le sang de ton corps,
avec les torrents de mes larmes.

Simine Behbahani « Ma patrie ».

Préface

Préface

Les femmes égalitaristes sont les avant-gardes de la
démocratie mais peut-on parler de la démocratie en oubliant
l’égalité entre les citoyens?
Lorsqu’une femme parle de la suppression des inégalités
dans un pays islamique comme l’Iran, en effet, elle déie la
plus importante et la plus fondamentale dimension de la
discrimination fondée sur une interprétation erronée de l’islam
imposée aux femmes iraniennes après la révolution 1979.
Le système autocratique du Shah a provoqué le
mécontentement, les gens sont descendus dans la rue. Ensuite, une
révolution a eu lieu qu’il faut nommer, non pas la
révolution islamique, mais « La Révolution masculine contre les
femmes » car sa dimension la plus importante a été de faire
perdre aux femmes les droits obtenus après des années de
combat. Mais, il ne faut pas oublier que Mohammad Reza
Shah séduit par la civilisation occidentale voulait faire
ressembler son pays aux pays occidentaux.Il a eu un rôle
inuent sur la législation en faveur des femmes. La loi
la plus importante est celle sur la protection de la famille
adoptée en 1967 dans laquelle, la polygamie est limitée
à deux épouses, le droit de garde des enfants est attribué
aux femmes, le droit au divorce est devenu limité pour les
hommes et dans des cas précis, l’autorité parentale est
exercée par la mère, les femmes et les hommes ont eu les mêmes
droits. Enin, « la révolution contre les femmes » l’a
emporté. En février 1979, les hommes ont réactivé, par quelques
lignes d’écriture, une législation vieille de soixante-dix ans

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La face féminine du Mouvement vert iranien

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alors que la nouvelle constitution n’a pas encore été adoptée
et le pays a été géré par le « conseil de la révolution ». Par le
biais de cette législation, les femmes ont perdu tous les droits
obtenus : un homme pouvait divorcer de son épouse sans
l’autorisation du tribunal, il pouvait épouser quatre femmes.
Les Iraniennes ont été privées du droit de garde des enfants,
l’âge du mariage a été ixé à neuf ans, toutes les lois
discriminatoires ont été adoptées l’une après l’autre.
On peut dire qu’en raison de ces lois discriminatoires, la
majorité des opposants de la République islamique se trouve
parmi les femmes.
Les citoyennes dont l’identité a été mise à mal,dont la
Diya (le prix du sang) est réduit à la moitié de celui d’un
homme musulman, dont le témoignage devant un tribunal
est devenu la moitié de celui d’un homme, se sont
mobilisées. Leurs principales revendications ont été l’égalité
juridique et la suppression de la discrimination. Elles ont
bénéicié non seulement des acquis de la modernité dans
leur combat mais ont aussi montré qu’il existe différentes
interprétations de l’islam en vériiant les textes de la
jurisprudence. Leur méthode inuente a abouti à faire
changer certaines lois en faveur des femmes; cette victoire leur
a donné du courage. Un grand nombre des femmes
rattachées au clergé et aux familles traditionnelles ont participé
au mouvement et le nombre des femmes égalitaristes a
augmenté de plus en plus. Dans la mesure où les protestations
se sont présentées sous la forme de manifestations dans les
rues, on peut mentionner le rassemblement des militants des
droits des Iraniennes en 2006 à titre d’exemple. À partir de
ce moment-là, les forces sécuritaires ont adopté une attitude
politique envers les revendications civiques. Les femmes ont
été accusées de « menaces contre la sécurité nationale », de
« publicité contre le régime » et de « tentatives de
renversement du système politique ».
Pour les forces sécuritaires et les tribunaux qui ont été
obligés d’obéir aux ordres, la protestation des femmes contre

Préface

la discrimination est en effet une protestation contre Islam.
Mais quel islam? Un islam dans une interprétation
totalement compatible avec les valeurs culturelles du
gouvernement qui forme le fondement idéologique de la République
islamique. Donc, selon eux, les protestations des femmes
sont politiques et non civiques, elles sont considérées comme
des menaces contre la sécurité nationale.
Dans ce processus, la question des femmes est traitée
dans les médias comme un sujet d’actualité, tout le monde
a découvert qu’elles ne sont pas des citoyennes silencieuses,
qu’elles doivent être prises en compte dans les calculs
politico-culturels. Dans sa réaction, la République islamique
a essayé d’instrumentaliser cette question en faisant entrer
quelques Iraniennes au Parlement, dans les ministères. Elles
étaient en faveur des lois discriminatoires en raison de leur
situation politico-inancière-idéologique. En les présentant
comme députées au Parlement ou en leur attribuant des
postes ministériels, les autorités iraniennes ont voulu
montrer au monde que toutes les femmes ne sont pas égalitaristes.
Beaucoup d’entre elles sont contentes de cette situation
discriminatoire et prêtes à collaborer avec le gouvernement.
Les opposants de la République islamique ont compris la
présence puissante des femmes dans la société; ils ont
proité de leurs revendications légales. Dans les élections
présidentielles en 2009, les femmes sont descendues dans la
rue à côté des hommes, car elles étaient mécontentes de la
situation.
Les rivaux réformistes d’Ahmadinejad, igure
ultraconservatrice, ont été plus proches des revendications des
femmes, en d’autre termes, ils se sont plus adaptés à
cellesci que lors des années précédentes. En tout cas, une vague
de protestation s’est formée qui s’est appelée le « Mouvement
vert »; il a été réprimé en quelques mois par une violence
féroce mais ses sympathisants ont essayé de le faire revivre
en commémorant son souvenir, en espérant faire revivre un
mouvement identique. Donc, Neda, Taraneh, les mères des

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martyres comme celle de Sohrab, sont devenues des
symboles qui ont donné la promesse de jours meilleurs.
Cette fois-ci, la société patriarcale iranienne et les
révolutionnaires de 1979 sont arrivés correctement à comprendre
que la liberté sans celle des femmes, la démocratie sans la
suppression de leur discrimination sont impossibles. Cette
compréhension est la victoire des femmes qui se sont
désignées « Zaeefé » (subalternes) et qui ont essayé de ne pas
s’enfermer dans leurs maisons.
La méthode de combat des Iraniennes contre la
discrimination et son traitement dans les médias sont l’objet de
l’étude de quelques chercheurs. Ce livre est un exemple
de ces recherches qui examine la présence des femmes et
leurs combats civiques dans les médias iraniens. La
méthodologie de l’auteur atteste de ses profondes connaissances
et de sa maîtrise du sujet; ce livre sera ajouté au trésor des
recherches dans ce domaine.

Shirin Ebadi
Lauréate du Prix Nobel de la Paix en 2003
Directrice du Centre des Défenseurs des Droits
de l’Homme en Iran

Introduction

Introduction

Le Mouvement vert iranien, né des contestations
postélectorales contre le président Mahmoud Ahmadinejad, était
une forme nouvelle de protestation en Iran. En juin 2009,
le gouvernement iranien fut accusé d’organiser une grande
fraude électorale contre les candidats réformistes rivaux du
conservateur Ahmadinejad, Mir Hossein Moussavi et Mehdi
Karroubi. Avant l’élection présidentielle, les rues de Téhéran
et celles des autres villes étaient occupées par les partisans
des différents candidats. La couleur verte fut choisie par
les partisans de Moussavi ain de se différencier des autres
candidats. Ce mouvement fut appelé « Mouvement vert ». Il
est aussi surnommé le mouvement des femmes, des jeunes
ou la révolution de Facebook.
L’histoire moderne iranienne a été émaillée de grandes
protestations contre le pouvoir. Pendant un siècle, les
Iraniens ont déclenché une Révolution constitutionnelle
contre la monarchie Qajar (1905-1911), le mouvement de
nationalisation de l’industrie du pétrole (1951-53), la
révolution islamique iranienne (1979), le mouvement réformiste
(1997-2005) et le Mouvement vert (2009). Cependant, ce
dernier a une spéciicité par rapport aux autres mouvements.
Cette spéciicité est le rôle qu’ont eu les réseaux sociaux
onlinesur l’évolution du mouvement. On peut en effet
observer la formation d’un nouvel espace public qui se distingue
des espaces publics traditionnels des groupes, des
associations, etc.

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La principale fonction de ces nouveaux médias consiste à
créer un nouvel espace d’expression, hors du contrôle du
gouvernement. Dans le Mouvement vert, cet espace s’est
constitué grâce aux millions d’internautes iraniens. L’usage
d’internet s’est développé en Iran, sous l’inuence transformations
sociodémographiques massives dans les années 1990 après
la guerre Iran-Irak. L’entrée dans la vie sociale des milliers
de jeunes nés dans les années 1980, le développement de la
scolarisation avec la création des universités et l’amélioration
du bien-être, ont donné un nouveau visage à la société
iranienne, jeune et dynamique avec de multiples revendications.
Le développement de la technologie, en particulier
l’apparition du monde du Web, la généralisation de l’utilisation
d’internet et la demande de la jeunesse et des milieux
intellectuels d’établir des relations avec d’autres pays ont insufé un
dynamisme à la société iranienne. En Iran, parallèlement au
développement d’internet, les blogs, les sites et les échanges
interpersonnels se sont développés.
Durant ces années, la société civile iranienne s’est
renforcée sous l’inuence de ces progrès
techno-sociodémographiques. Tandis que le pouvoir iranien a une nature
traditionnelle-religieuse, il existe une tension permanente
entre les autorités conservatrices et la société civile. Cette
tension s’exprime dans le domaine de l’information. Le
pouvoir iranien tend à restreindre la circulation
d’information, à contrôler la presse écrite et la publication des livres.
Autrement dit, il a étatisé toutes les formes de circulation de
l’information ain d’empêcher la propagation des idées dans
la société civile, dans les milieux traditionnels et populaires.
Or, l’un des moyens du développement de cette société est la
circulation de l’information. L’apparition des outils
communicationnels a renforcé la société civile, en particulier entre
les années 1997 et 2005, quand le gouvernement réformateur
de Khatami représentait les revendications de cette société.
Ainsi, les oppositions des conservateurs se sont accentuées.
En revanche, les institutions non démocratiques enracinées

Introduction

dans la structure du pouvoir iranien ont tenté d’isoler, de
restreindre et de contrôler la société civile à travers la mise en
place d’un système de iltrage et de contrôle. Les journaux et
les écrivains sont sous le contrôle rigoureux de l’état.
Mais internet a aidé les Iraniens à contourner la censure.
Les contenus écrits sont partagés, les blogs se sont
développés, la vitesse de circulation de l’information a
considérablement augmenté. Au départ, l’accès à internet était libre pour
les internautes iraniens, mais le pouvoir a rapidement
compris qu’un espace nouveau était en train de se former. Il a
donc établi un système de iltrage visant à ralentir la vitesse
d’internet. Aujourd’hui, le nombre des utilisateurs
d’internet en Iran est considérable par rapport aux autres pays du
Moyen-Orient alors que la vitesse d’internet est la plus basse.
En dépit de ces restrictions, les internautes iraniens ont
tenté de contourner le système de iltrage en utilisant des
proxysantiilter. Dans les années 2000, l’utilisation
d’internet en Iran s’est ainsi considérablement développée. Internet
a doté la société civile iranienne d’une nouvelle arme ain
de développer et diffuser ses revendications. Prenant cette
menace au sérieux, le pouvoir iranien a décidé de ralentir la
vitesse du processus de généralisation d’internet grâce à
l’imposition de nouvelles restrictions et l’application de systèmes
de iltrage avancés. Mais le Mouvement vert a démontré
qu’internet et ses fruits, à savoir les réseaux sociauxonlines,
sont organisateurs et diffuseurs de l’information et ont une
fonction stratégique.
Quelques mois avant les élections présidentielles en juin
2009, les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter sont
apparus en Iran. Les internautes ont utilisé ces réseaux
comme un espace de discussion sur les candidats
présidentiels. Les vidéos des internautes ont été diffusées sur ces
réseaux. De grandes discussions entre les partisans des
candidats ont eu lieu sur la situation économique iranienne, les
libertés individuelles et collectives dans le pays, la situation

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des droits de l’homme, l’avenir du dossier nucléaire, la
relation avec les pays occidentaux, etc.
L’eficacité des réseaux sociaux est démontrée quand les
résultats de l’élection en juin 2009 sont annoncés et que le
pouvoir iranien est accusé d’organiser une grande fraude
électorale ain de garder le pouvoir entre les mains de l’État
conservateur d’Ahmadinejad. Des millions d’Iraniens des
grandes villes se sont alors rassemblés dans les rues en
scandant « où est mon vote? ». Après la répression de ce
mouvement par les forces sécuritaires, les revendications ont connu
des étapes nouvelles. Les verts ont demandé une réforme de
la Constitution. Ils voulaient amener les autorités à revoir les
résultats des élections mais le pouvoir iranien a engagé un
bras de fer contre les contestataires. De nouveau, les forces
sécuritaires ont arrêté beaucoup d’étudiants, de professeurs,
de travailleurs, de femmes. Des dizaines de contestataires
ont également été tués.
Les verts ont déclenché un double combat envers la
répression sévère des forces sécuritaires. Le premier fut le
déclanchement de manifestations dans les rues et le second
une guerre cybernétique.
Beaucoup de ilms amateurs révélant la brutalité des
forces sécuritaires ont été diffusés sur Facebook, Twitter et
YouTube. L’inuence de ces vidéos était très grande sur les
évènements du Mouvement vert. Les internautes ont
débattu sur ces vidéos ou des images diffusées dans les réseaux
sociaux. Les proils de milliers utilisateurs de Facebook en
Iran ont arboré la couleur verte, accompagnée de photos de
martyrs. Des poésies, des chants, des textes accompagnés
de messages des guides du mouvement ont été diffusés sur
ces réseaux. La dimension émotionnelle de ce mouvement
s’est d’ailleurs accentuée sous l’inuence d’un espace créé
sur internet dans les premiers jours. Il y est né un
engagement collectif, une responsabilité envers le destin du pays.
Nous pouvons dire que ce mouvement a créé une
solidarité iranienne qui s’est accentuée sur internet. En d’autres

Introduction

termes, à la faveur du Mouvement vert le public iranien s’est
constitué.
Ce livre s’attache à montrer la igure de la femme
iranienne sur internet dans les années 2000. Il se divise en
quatre chapitres. Dans le premier, le contexte du
mouvement des femmes en Iran est analysé; dans le deuxième la
problématique de la igure de la femme iranienne en 2006
est abordée.
Le troisième chapitre se propose d’analyser cette
problématique en profondeur, en se concentrant sur l’année 2009; enin,
dans le quatrième, nous étudierons la question du « public »
dans le Mouvement vert. L’année 2006 est particulièrement
importante, car elle coïncide avec le début du mandat du
président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, qui prenait
la suite du président réformateur Mohammad Khatami
(19972005). Elle est marquée par la présence massive des militantes
des droits de la femme sur l’espace numérique à travers la
création de sites internet, de blogs, etc. Notre analyse s’appuie sur
un corpus composé de plus de 120 articles, interviews,
reportages diffusés sur sept sites internet dont trois sont spécialisés
sur les questions féminines. Nous montrerons comment les
Iraniennes ont su tirer proit de l’espace numérique pour poser
leurs revendications, les diffuser dans l’ensemble de l’espace
public iranien et établir des contacts avec les autres couches
sociales. Nous nous attacherons à mettre en évidence les
sujets, les questions, les revendications des femmes exprimés
sur ces sites et à dessiner la igure de la militante des droits de
la femme iranienne telle qu’elle y apparaît.
Nous aborderons ensuite l’année 2009, qui correspond au
mouvement vert iranien. Dans ce mouvement, l’étude de la
igure de la femme iranienne est importante car cette
annéelà est marquée par un fort accroissement des réseaux sociaux
dans l’espace public iranien. Les conversations, les débats en
ligne ont permis à des personnes ordinaires d’accéder à une
forte visibilité par le biais de la diffusion massive des images
et des vidéos partagées sur les réseaux sociaux. Les femmes,

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La face féminine du Mouvement vert iranien

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en particulier, y sont apparues à l’avant-garde des
protestations antigouvernementales – des personnes ordinaires sont
devenues les héroïnes des récits racontés par les citoyens.
2009 marque donc un tournant considérable dans la
présence et la visibilité des femmes iraniennes dans l’espace
numérique, notamment en comparaison avec 2006.
Nous proposons cette hypothèse qu’au cours de
l’année 2009, le développement des réseaux sociaux a favorisé
l’émergence de relations moins verticales et moins
structurées. Nous pouvons voir comment les femmes ordinaires
sont devenues les héroïnes des événements, comment les
jeunes artistes ont diffusé leurs œuvres ain d’encourager
les contestataires à agir ensemble et comment les initiatives
individuelles se sont développées. L’autre différence
importante entre les années 2006 et 2009 porte sur la question du
public. Dans le Mouvement vert de 2009, le public iranien
a été constitué sous l’inuence du nouvel espace public créé
sur internet, avec des vidéos et des images diffusées dans les
réseaux sociaux. Tous les acteurs politico-sociaux iraniens se
sont rassemblés sous le slogan « Où est mon vote? ». En 2006,
les revendications des femmes étaient précises, concrètes et
détaillées : nous pouvons citer le droit de garde des enfants, le
droit au divorce, etc. En 2009, toutes ces revendications ont
été intégrées dans des revendications plus générales comme
la liberté, la démocratie, l’État de droit, la dignité humaine.
Nous avons emprunté la notion de « public » de John
Dewey pour poser les fondements théoriques du Mouvement
vert. Mais pourquoi choisir Dewey et sa notion de public?
En rééchissant sur les différentes théories, nous sommes
arrivés aux idées de cette grande igure du pragmatisme
américain qui peuvent justiier les fondements théoriques du
Mouvement vert en 2009. En utilisant sa notion du public,
on peut expliquer comment les contestataires iraniens ont
rassemblé sous une revendication commune, un but précis,
un désir global.