Psychose famille et culture

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PSYCHOSE, FAMILLE ET CULTURE Recherches en psychiatrie sociale suivi d'une Table ronde: Awlad is' chkoun ? ou Les enfants de qui? Migration - Génération Il A déjà paru: LE CORPSEN PSYCHIATRIE, !!OUS la direction de E. JEDDI. Actes du er Symposium International Ibn.Sina - Collomb (Hammamet1 1980). Éd. Masson, 1982, Paris. @ L'Harmattan, 1985 ISBN; 2-85802-409-7 2e Symposium International Ibn.Sina - Collomb Sidi Bou Saïd - 31 mai au 3 juin 1982 Psychose, Famille et Culture Recherches en psychiatrie sociale sous la direction de Essedik JEDDI avec la collaboration de J.-P. ABRIBAT, C. ALlÉ, Marguerite AUDRAS, FERN AZIMA, JEANINE BARBIEUx-MARSALEIX, F. BALTA, G. BIBEAU, C. BRODEUR, Mireille BONNERBIALE,C. BOULARD,N.CAPARROS, Ellen CORIN, J. CORVELEYN, M. DEMANGEAT, R. DEVISCH, A. ELKHAZRAJI,A. GAILLY,I. GARATÉ-MARTINEZ,H. GASTAGER, M. GUlTOUNl, J. GUYOTAT, K.-F. HARZALLAH, M. HELAYEM, R. JARRET, K. LAMIRI, J.-P. MOREIGNE, H.-B."M. MURPHY, Gisèle PANKOW,N. RABHI, Isabel SANFELlU,AhneSCHUTzENBERGER,Dominique SCHROEDER, J.-P. V ALLA,A. VERGOTE. £ditions L'Harmattan 7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris MEMBRES PARTICIPANTS prAutriche: N. CAP ARROS (Madrid) Dr Isabel SANFEUU pr H. GASTAGER (Univ. de SaJzburg) France : Belgique: Dr J.-P. ABRIBAT (Univ. de Bordeaux)Dr J. CORVELEYN(U.K.L. de Dr C. AUÉ (Hôp. de jour Bor-Leuven-Louvain) pr deaux)R. DEVISCH(U.K.L. de Leuprven) Anne ANCEUN - SCHUTZENDr A. GAILLY (Centre Laken BERGER(Univ.

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Nombre de lectures 4
EAN13 9782296316416
Langue Français
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PSYCHOSE, FAMILLE
ET CULTURE
Recherches en psychiatrie sociale
suivi d'une Table ronde:
Awlad is' chkoun ?
ou
Les enfants de qui?
Migration - Génération IlA déjà paru:
LE CORPSEN PSYCHIATRIE, !!OUS la direction de E. JEDDI. Actes du
er Symposium International Ibn.Sina - Collomb (Hammamet1
1980). Éd. Masson, 1982, Paris.
@ L'Harmattan, 1985
ISBN; 2-85802-409-72e Symposium International Ibn.Sina - Collomb
Sidi Bou Saïd - 31 mai au 3 juin 1982
Psychose, Famille et Culture
Recherches en psychiatrie sociale
sous la direction de
Essedik JEDDI
avec la collaboration de
J.-P. ABRIBAT, C. ALlÉ, Marguerite AUDRAS, FERN AZIMA,
JEANINE BARBIEUx-MARSALEIX, F. BALTA, G. BIBEAU,
C. BRODEUR, Mireille BONNERBIALE,C. BOULARD,N.CAPARROS,
Ellen CORIN, J. CORVELEYN, M. DEMANGEAT, R. DEVISCH,
A. ELKHAZRAJI,A. GAILLY,I. GARATÉ-MARTINEZ,H. GASTAGER,
M. GUlTOUNl, J. GUYOTAT, K.-F. HARZALLAH, M. HELAYEM,
R. JARRET, K. LAMIRI, J.-P. MOREIGNE, H.-B."M. MURPHY,
Gisèle PANKOW,N. RABHI, Isabel
SANFELlU,AhneSCHUTzENBERGER,Dominique SCHROEDER, J.-P. V ALLA,A. VERGOTE.
£ditions L'Harmattan
7, rue de l'École-Polytechnique
75005 ParisMEMBRES PARTICIPANTS
prAutriche: N. CAP ARROS (Madrid)
Dr Isabel SANFEUU
pr H. GASTAGER (Univ. de
SaJzburg)
France :
Belgique:
Dr J.-P. ABRIBAT (Univ. de
Bordeaux)Dr J. CORVELEYN(U.K.L. de
Dr C. AUÉ (Hôp. de jour Bor-Leuven-Louvain)
pr deaux)R. DEVISCH(U.K.L. de
Leuprven) Anne ANCEUN -
SCHUTZENDr A. GAILLY (Centre Laken BERGER(Univ. de Nice)
d'anthropologie médicale à Dr Marguerite AUDRAS DE LA
Bruxelles et u.K.L. de Leuven) BASTIE(Univ. de Lyon n
Dr F. BALTA (Inst.
MarcelRivière, Paris)Canada:
Dr Jeanine BARBIEUX
pr Fern AZIMA-CRAMER(Allan MARSALEIX(Centre Hospit. de
Nemours)Memorial HQsp. Univ. Mc Gill,
Montréal) Dr C. BOULARD(Hôp. Pasteur,
pr G. BIBEAU(Univ. de Mon- l'Abbaye, Nice)
tréal) Dr A. BOUZGARROU(Hôp. de
pr BRODEUR(Univ. de Mon- jour, Bordeaux)
tréal)
Dr Mireille BONNIERBALEpr Ellen CORIN (Douglas
(Univ. de Marseille)Hosp., Univ. Mc Gill,
MonDr Y. COLAS (Chef de servicetréal)
en psychiatrie et Directeur duMme Solange
DELORME(MonCentre Bateson de thérapietréal)
familiale, Lyon)Dr M. GUITOUNI(Montréal)
pr Dr Françoise COLAS(Lyon)H.-B.-M. MURPHY (Univ.
Dr Agnès COLLO~B-DE7VICTORMc Gill, Montréal)
pr J.-P; VALLA(Univ. de Mon- (Institut Marcel-Rivière, Paris)
prtréal) J. GUYOTAT(Univ.de Lyon n
pr R. JARRET (Univ. de Mar-.
seille)Espagne:
Dr J.-P. MOREIGNE(Paris)
Dr L GARATÉ - MARTINEZ Dr Gisèle PANKOW(Univ. Paris
(Madrid) 6 et Paris 12).
5Maroc: Participants parmi les
membres de l'Unité
IBNDr A. ELKHAZRAJI (Hôpital ROCHD - PINEL,
organisaRazi Rabat-Salé) trice du symposium:
Tunisie: M.-M. BALTI,Mme Fethia BEN
ABDALLAH, Mlle Amina
pr M. BEN HAMIDA (Institut BEOOUl, Dr A. BOUSSETIA,
Neurologie, Univ. de Tunis) Mme Latifa DAOUD, M. MA
Mme Béatrice BOUCHRARA EL HENI, M. M. EL OUJI,
(Univ. de Tunis) Mme Saïda GHAZOUANI,Mme
pr A. GUEDICHE (Hôp. Mili- Saïda GHRlB, Ha.üa KHEDUA
taire de Tunis et Univ. de KHEIREDDINE, SALHA,
Tunis) Mlle Moufida HAlJAM, M.-A.
pr HAMMAMI, M.-B. HAMMAMI,.A. GHARBI(Tunis)
Dr K-F. HARZALLAH, M. J.M. EL-HAl ABDERRAHIM (Hôp.
prRazi, Tunis) MESTAOUI, E. JEDDI, Mme
Neziha JEDIDI, Dr K KHALFAL-M.-R. EL-ARROUCHI (Hôp.
Razi, Tunis) LAH,Mme Fatma
LAABIDI,M.Mme FrançÔise HELAYEM K LAMIRl, Dr Hager LAARlF,
Dr Raja LABBANE,Mlle Leila(Tunis)
Dr M. HELAYEM (Hôp. LASCHAB, M.-A. MESSAOUDI,
Dr C. MIU, M. H. RIAHI, M.d'enfants et Univ. de Tunis)
Dr Z. LATIRl(Centre méd. Sc0- M. RICH, Dr N. RABHI, Mme
laire, Tunis) BEYA SAHBI, Mme Saïda
Dr A. MBAREK(Tunis) SMIDA, Mme F. YACOUBI,Dr
pr A. ZRlBI(Univ. de Tunis). M. ZARAY.
6TABLE .DES MATIÈRES
Introduction générale, par Essedik JEDDI(Tunis) . . . . . . . . . . 13
I. L'ESPACE DE LA FAMILLE
Le mythe de la caverne, par Jean-Paul MOREIGNE(Paris) . 34
La notion du corpsl espace chez le Marocain
traditionnaliste, par A. EL-KHAZRAJI(Rabat) . . . . .. . . . .. . . . . . . 39
Le double rapport à l'origine dans une société matrilinéaire
africaine, par Ellen CORIN(MontréaJ) . . . . . . . . . . . . . . 48
L'honneur et l'idiot, par Ignacio GARATE-MARTINEZ
(Bordeaux) . 74
La complicité entre le socio-culturel et le corps total, par
Renaat DEVISCH(Loùvain) ...................... 82
Le temps du désir de Saint Augustin à J. Lacan, par
Antoon VERG01E (Louvain) ..................... 115
Approche transculturelle du mode de rupture de la relation
Mèrel Enfant, par Jean-Pierre VALLA .............. 134
Familles nourricières, familles adoptives et « famille
soignante 1)chez les psychotiques, par Marguerite AUDRAS
DE LA BASTIE (Lyon) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
Espace de l'autre événement et processus de crise, par
JeanPaul ABRIBAT(Bordeaux) ....................... 150
Filiation et altérité, par Essedik JEDDI. et Khalifa
F. HARZALLAH(Tunis) ......................... 155
Il. INCONSCIENT INDIVIDUEL
ET COLLECTIF.
IDENTITÉ ET CULTURE
Les phénomènes de dissociation hystérique et la notion
d'inconscient collectif, par H.-B.-M. MURPHY(MontréaJ) . 205
De l'inconscient par Claude BRODEUR (MontréaJ) .. 217
L'événement: un concept àla limite de l'inconscient
indivi228duel et de l'inconscient collectif, par Jean GUYOTAT(Lyon)
7Le rapport de Tunis (1972) mis à la question de l'inconscient
collectif, par M. DEMANGEATavec la collaboration de
Dominique SCHROEDER (Bordeaux) ................ 242
Mythe et historicité en analyse, par Jean-Paul MOREIGNE
(Paris) ...................................... 275
Processus originaire et identité, par Essedik JEDDI, Khalifa
F. HARZALLAH et Nourredine RABHI(Tunis) . . . . . . . . . . 279
III. PSYCHOSE, FAMILLE,
CULTURE ET THÉRAPIES
Les Têtes interverties. Approche d'un suicide collectif
d'après la légende hindoue de Thomas Mann, par
Gisela PANKOW(Paris) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 326
Les axes organisateurs de la thérapie familiale d'un
guérisseur N'Gbandi, par Gilles BIBEAu(Montréal) . . . . . . . . . . 334
« Être» aux limites de sa condition: analyses
psychodynamique et sémantique d'un cas de psychose hystérique en
milieu turc immigré en Belgique, par A. GAILLY,R. DEVISCH
etJ. CORVELEYN(l..ouvain) ...................... 356
Égopathologie et pathologie familiale, par Heimo GASTAGER
(Salzburg) ................................... 374
Psychose et Culture: le cas Eurasie, par Claude AUÉ
(Bordeaux) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 384
'.'
Le réel et l'imaginaire dans le symptôme schizophrénique,
parNicolasCAPARRos(Madrid) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 393
Réflexion à propos du contre-transfert dans le rapport au
schizophrène, par Isabel SANFEUU(Madrid) . . . . . . . . . . 399
La vie, la mort dans l'imaginaire familial. Réflexions et cas
cliniques, par Anne ANCEUN-SCHUTZENBERGER, (Nice) . 404
Tryptique pour un deuil impossible ou pour la douleur sans
objet, par Marguerite AUORASDELABASTIE(Lyon) .... 416
Esquisse d'un corps africain: ethnothérapeutique ou
thérapeutique ?parC. BOULARD(Nice) ................. 420
Traumatisme et corps vécu chez le travailleur migrant, par
Jeanine BARBIEUx-MARSALEIx(Nemours-Paris) ...... 430
Les thérapies familiales en Autriche, par Heimo GASTAGER
(Salzbourg) :'. . . . . . . . . . . . 448
Les thérapies familiales sont-elles possibles en institution?
par François BALTA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 452
Une dépression en pelures d'oignon: à chaque couche ses
larmes, par François BALTA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 463
8TABLE RONDE
Awlad is'chkoun ? ou Les enfants de qui? Migration
Génération II: d'unefiliation difficile et d'un lignage inter-rompu 471
Postface en guise de conclusion, par E. JEDDI . . . . . . . . . . . . 509
Avant-projet de Recherche. . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . 511
9INTRODUCTION GÉNÉRALE
AU 2e SYMPOSIUM
INTERNATIONAL
IBN.SINA - COLLOMBENCORE D'AL-HUSSAYN
IBN-SINA A HENRI COLLOMB
Introduction générale par
Essedik Jeddi *
- Monsieur Rachid Sfar, Ministre de la Santê Publique
- le Professeur Mongi Ben Hamida, ancien
Ministre de la Santê Publique et représentant du conseil
scientifique de la Facultê de Médecine de Tunis,
- Monsieur Abdelwahab Sebai, Maire deSidi Bou Saïd
- le Professeur Ahmed Zribi, Directeur des
Études à la Facultê de Médecine de Tunis
- Monsieur le J. Guyotat, Psychanalyste
Professeur de Psychiatrie et de Psychologie Clinique à
l'Universitê de Lyon
- Monsieur le Professeur RB.M. Murphy, Professeur
Emeritus,Département de Psychiatrie, McGill University,
Montréal, Membre du Girame
* Essedik Jeddi: Professeur de Psychiatrie et de Psychologie clinique.
Faculté de Médecine de Tunis, 9, rue Essafi, Tunis. Directeur de l'unité
Ibn Rochd-Pinel de soins et de recherche en psychiatrie sociale. et en
socianalyse. Hôpital Razi - La Mannouba - Tunis.
13- Monsieur Le Docteur A. El Khazraji, Docteur en
PSY'c:nologie Clinique, Hôpital Razi, Salé-Rabat (Maroc)
- Mes chers collègues, Mesdames, Messieurs
C'est pour moi un grand honneur d'avoir à présenter
l'Introduction Générale au 2e Symposium Ibn-Sina - Collomb
portant sur le thème: « Psychose, Famille et Culture », et ceci au
nom de l'équipe Ibn-Rochd - Pinel de recherche en psychiatrie
sociale et socianalyse à l'Hôpital Razi de Tunis.
Du rapport savoir-pouvoir dans un contexte de
réflexion multidimensionnelle sur l'aliénation
dans sa relation avec la culture:
Monsieur le Ministre,
Vous venez de nous faire l'honneur de déclarer ouvert, à Sidi
Bou Saïd, notre 2e Symposium International Ibn-Sina -
Coler10mb.Il y a deux ans, vous aviez déclaré ouvert le 1
Symposium International Ibn-Sina - Collomb tenu à Hammamet sur
le thème « Le Corps en Psychiatrie ». Merci au nom de tous
nos collègues qui ont bien voulu répondre à notre invitation à
cette deuxième rencontre multidimensionnelle sur« Psychose,
Famille et Culture ».
Le premier comme le deuxième Symposium n'auraient pu
être organisés sans l'intérêt que vous-même ainsi que
Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre de l'Education
Nationale et Monsieur le Ministre des Affaires Sociales avez
bien voulu trouver dans ces rencontres en tant qu'occasion
d'une réflexion multi-dimensionnelle en vue d'apporter un
certain éclairage à des sujets au centre de vos préoccupations
optionnelles, comme les questionnements sur l'identité
culturelle, comme les questionnements sur la famille, comme les
questionnements sur les options en matière d'assistance
psychiatrique et médicale, comme les questionnements sur les
options en matière de recherche scientifique. Nous
connaissons votre attachement comme celui du Président de la
République Tunisienne à favoriser les instances de rencontre
scientifique où la. recherche scientifique tunisienne puisse parler le
même langage que la recherche faite et parlée par les
cher14cheurs des Universités les plus avancées dans le monde, et
nous connaissons votre sens de l'humour vis-à-vis d'une
conception qui viserait à différencier dans l'espace de la recherche
scientifique une « recherche » pour pays « évolués» et une
recherche (sic)pour « pays en voie de développement ». Nous
sommes réunis ici en tant que chercheurs travaillant sur le
thème de « l~liénation » dans son rapport avec la« culture» ;
chercheurs appartenant à diverses disciplines en sciences
humaines et à diverses Universités au Maghreb, en Europe et
au Canada; nous regrettons l'absence de nos collègues de
l'école de Dakar au Sénégal, de l'école d'Abidjan en
Côted'Ivoire, et d'Alger et Constantine en. Algérie; en tant que
chercheurs travaillant sur le thème de « l'Aliénation », je crois
qu'il ne serait pas abusif d'avancer qu'en matière de l'instance
« SAVOIR », il ne saurait exister à priori une « part-Savoir.»
ou une recherche scientifique réservable à un pays en voie de
développement, et une part-Savoir réservée à un pays
développé. Mais, comme le souligne Son Excellence le Président
Bourguiba,en matièred'aliénationdans le champ du Savoir :
« Les Institutions (dirions-nous du savoir et de la recherche), si
défectueuses soient-elles, valent ce que valent les honmies qui
sont chargés de les mettre en œuvre » (1931)... et « le
changement dans l'environnement social d'une communauté ne
saurait se produire sans que préalablement ne se produise un
changement en soi-même ». Tel est le sens d'un Signe-Verset
du Coran dont le Président Bourguiba faisait le fondement de
sa doctrine et de sa théorie en sciences politiques, puisque ce
verset-signe du Coran se retrouve dans au moins une trentaine
de ses discours. Or, le souffrant en psychiatrie ne vient-il pas à
tout moment faire obligation à son soignant de travailler à
})« changer en lui-même ce qui dans sa parole de souffrant en
arrive à empêcher son soignant de la capter, de l'écouter pour
se prêter à travers le phénomène singulier du transfert, en tant
que soignant comme support de cette parole jusqu'à
l'émergence de sens pour l'analysant au cours du long travail
thérapeutique ; et cela serait-il possible sans ce sens qu'Ibn
Khatdoun (14e siècle)dénomme « Charaàt'Al-Soltane », c'est-à-dire
sans que la symbolique du Pouvoir en vienne à trouver vital
d'articuler et de lier son projet de développement en tant que
POUVOIR, à développer le Savoir et tout ce qui peut
développer et éclairer la chose universellement la mieux partagée
aujourd'hui: la quête culturelle de Sens (Cf. Discours de Pnom
Penh et de Brest du Général de Gaulle, ancien Président de la
15République en France, et Discours du Président Bourguiba,
Président de la République Tunisienne, à l'occasion de la
première commémoration de la libération de Bizerte).
Monsieur le Professeur H.B.M. Murphy, du Continent
Américain, Monsieur le Professeur Guyotat, du
Européen, A. El Khazraji, tout à la fois du Continent
Africain et de l'aire culturelle Arabe, Monsieur le Professeur
Mongi Ben Hamida, et Monsieur le Professeur Ahmed Zribi,
ont bien voulu avoir la gentillesse de délimiter le champ de
l'intérêt de ce Symposium dans cette quête de Sens. Ils
m'auront facilité la tâche de reconstituer l'Introduction
Générale de ce 2e Symposium. Monsieur le Ministre, Monsieur le
Maire de Sidi Bou Said, Mes Chers Collègues, Mesdames,
Messieurs,
Permettez-moi encore de dire publiquement à mon ami le
Professeur Ahmed Zribi que sa présence parmi nous
aujourd'hui témoigne de son intérêt d'assister au résultat de
tous ses efforts aux moments les plus critiques pour faire
subventionner l'organisation de ce Symposium, ce résultat,
c'est-àdire notre présence à tous aujourd'hui.
Pourquoi cette tradition d'une rencontre
internationale Ibn-Sina - Collomb en tant
qu'espacetemps de réflexion sur les aléas de l'identité dans
leur rapport avec la culture?
Mes Chers Collègues, Mesdames et Messieurs,
Au nom de l'équipe de recherche que j'ai le plaisir de diriger
à l'Hôpital Razi depuis janvier 1977, je vous souhaite la
bienvenue parmi nous. En 1980, nous avions organisé à Hammamet
erle 1 Symposium International sur« Le Corps en Psychiatrie»
à l'occasion du Millénaire d'Ibn-Sina (Avicenne) ; Henri
Col10mb devait y participer; il nous écrivait ses suggestions pour
er Symposium juste quinze jours avant sa disparition bru-ce 1
tale le 9 octobre 1979. Il était pour nous normal et nous
er Symposium d'associerl'avions expliqué en introduction du 1
Henri Collomb à Al Hussayn Ibn-Sina: 1) Al Hussayn
IbnSina en tant que source de message pour une réflexion
multidimensionnelle sur l'objet de notre rencontre utilisant une
démarche philosophique; ceci dans la comprénension
16ancienne du concept de philosophie impliquant une démarche
scientifique du Savoir pour le questionnement sur le.Sens ou la
direction de Sens ou Horizon (Hadd) de Sens, et.2) Henri
Col10mben tant que source du Présent pour une relecture au
présent de la source du message. La Tunisie « pays de traditions »
disent les dépliants.touristiques, nous ne pouvions en tant que
Tunisiens que tenter de nous conformer à la dimension
reconnue de notre identité en nous pliant à l'ambition de faire une
tradition de l'organisation de ce Symposium international
IbnSina - Collomb. Mais une tradition n'exige-t-elle pas toujours
d'être référée à la parole et à l'écrit de l'Ancien, de l'Ancêtre, au
moins autant sinon plus qu'un rituel se doit d'être référé à un
mythe organisateur - sans quoi toute tradition s'éviderait de
sa parole à force d'être décodée seulement de l'extérieur, et
forcément donc de plus en plus en discordance sinon en rupture
avec la parole de l'Ancien, seule susceptible de donner un code
endogène d'écoute et de lecture? La tradition dépourvue d'un
code endogène par forclusion d'une parole de l'Ancien, fInirait
alors tout simplement par servir dans son ultime décodage,
à donner support au questionnement désespéré de Cioran
quand il énonce: « On ne peut savoir si l'homme se servira
longtemps encore de sa parole ou s'il recouvrira petit à petit
l'usage du hurlement »... elle [mirait donc par ne plus être
déCOdableque sous forme de hurlement (Cf. Jeddi :
L'Antinomie Tradition-Modernité est-elle opérante? in : 3e Séminaire
International sur la Culture et la Pensée dans la transformation
du Monde, Alger 13,.17 Décembre 1983 - Université des
Nations Unies). Aussi, nos rencontres viseront-elles à asseoir
les bases d'une tradition référée à la Parole de .1'Ancien telle
qu'elle était écrite et parlée par Al Hussayn Ibn-Sina au loe
siècle, et telle qu'elle est écrite et parlée au Présent par Henri
Col10mb quant au questionnement du Sens et de l'Horizon de Sens
(<<Al Hadd » selon Ibn-Sina) ; questionnement de Sens en tant
qu'obligation pour les chercheurs investis par leurs cultures en
tant que pôles de Savoir, pour capter, pour écouter, pour
détecter et pour décoder sinon pour dévoiler (<< Kachf ») le sens des
zones de l'Irrationnel de plus en plus étendues dans les
maniements des idéologies au sein de tous les groupes culturels; en
effet,« aujourd'hui» comme le souligne Cioran« sur le thème
de la caducité des civilisations, un analphabète pourrait
rivaliser en frissons avec Gibbon, Nietzche ou Spengler ». Il ne
s'agira donc pas pour nous de répéter par une parole vide le
discours sur le Désarroi. en rapport à la caducité des
civilisa17tions et des cultures... ni encore moins d'un discours dépressif
sur les modèles familiaux disparus, mais il s'agira pour nous
d'une rencontre entre des chercheurs appartenant à divers
champs du Savoir pour questionner ce Desarroi et essayer de
retrouver direction de sens structurant à partir même de
l'espace de.rencontre des questionnements de ce désarroi, ceci
comme le soulignait le Professeur H.B.M. Murphy.
Notions de frontières, de limites et d'espace
intermédiaire de lien etl ou de clivage
Nous voici réunis aujourd'hui à Sidi Bou Saïd en tant
qu'anthropologues, psychiatres, psychologues, psychanalystes,
appartenant à diverses cultures, mais aussi et au sein d'une
même culture, appartenant bien souvent à des courants
théoriques portant des FRONTIÈRES bien tracées à travers un
HERMÉTISME parfois cultivé et doublé d'une utilisation
différentielle et non congruente des mêmes concepts quand cette
unicité de concept devient nécessaire. Nous voici réunis au
sujet de la famille non comme elle peut être parlée par les
maniements divers des idéologies mais comme elle se révèle à
travers la Psychose et l'evenement psychotique en tant
qu'analyseurs des perturbations de la structure et du
fonctionnement systémique dans une société et dans un environnement
culturel où le modèle ~ représentations familiales est dominé
par la rencontre de l'Altérité à tout moment et à la surface la
plus intime de son espace de vie ou de survie entraînant: 1) du
côté des cultures dominées, une pulsion mimétique quasi
fusionnelle en la culture dominante, mais avec à tout moment
un risque de retournement aussi massif en rapport au refus de
cette mimésis par le réveil du vieux mythe métaculturel de
l'angoisse de mort par invasion massive au sein du groupe
culturel dominant, et donc 2) du côté des cultures dominantes,
une crise de mimesis en acte par réduction des potentialités et
de la capacité assimilatrice du mimétisme classique du dominé
pour son dominateur; crise de .mimesis,.entrainant rupture
avec le concept d'universalisme parlé dans l'Énonce originaire
civilisationnelet ré-émergence du vieux mythe métaculturel de
« Al'Hijouj Wall Mijouj », d'un risque de mort à travers une
invasion par une masse informe incontrôlable composée
d'éléments innombrables inducteurs de désordre, de
désorganisation, de chaos... donnant d'une façon incoercible irruption d'un
18réel ohaoiiquede catastrophe de tYpe nù11énariste(CL Jeddi.
in: «Aspects Culturels de l'Êvênement»). C'est Rogèr Mehl
qui dêcrit la ré-émergence de ce vieux mythe dans la
philosophie occidentale depuis Hegel en écrivant dans une« Étude sur
le Vieillissementet la Mort» : « Si le problème de la mort
caractérise la philosophie occidentale moderne depuis Itegel,
c'est précisément qu'il s'agit d'époque de bouleversements et de
révolutions où les civilisations se fanent, où l'imtninence des
civilisations nouvelles et inconnues redouta.blespar leurs
structures massives nous font appréhender l'heure du néant. Nous
sentons nos civilisations crouler et l'idée d'évolution ne nous
séduit plus. Y aura-t-ilencore un lendemain, un avenir? »,
Roger Mehl détecte ainsi que l'existence de ce vieux mythe
d'« Al-Hijouj W'Al Mijouj », de structures
massives,inconnues et redoutables constituées d'éléments innombrables, non
contrôlables, pourvoyeuses d'agitation, de destruction, de mort
et de néant, l'existence de ce Mythe archaïque serait déjà inscrit
dans la rupture de l'Espace énoncé du « Modernisme» et du
-au « conserva-« Progrès» par rapport au « classicisme» et
tisme » (ou« Traditionnalisme »)... Et, à travers unlivre pour
enfants intitulé La Ville(*), c'est l'arbre lui-même, c'est la forêt
qui apparaissent"paradoxalement représenter en eux-mêmes
les agents invasifs et envahisseurs, supports de destruction
ter-contes pour enfants, onminale de la ville. Dans les vieux
retrouve encore à travers différentes cultures, ce vieux mythe
d'une extériorité envahissante et destructrice à partir de
laquelle s'élabore la limite de l'Espace groupal en tant que
limite structurante de l'espace social et culturel, mais
l'extériorité envahissante et vectrice de mort était représentée par les
agents de la forêt et de la Nuit, mais non par laforêt elle-même
(d'une partie de la représentation du Réel et donc non du Réel
lui-même dans sa totalité) ni encore moins de l'Arbre; dans ces
vieux contes pour enfants, après la mise en scène
psychodramatique et/ou sociodramatique des différentes polarités
sociales et familiales de l'enfant et de la problématique conflictuelle,
ainsi que de l'aspect structurant de la transgression de la Loi à
l'intérieur de certaines limites du champ de représentations
familiales et sociales... après cette mise en scène et dans le
con. texte même de cette mise en scènepsychodramatique survient
(dans un lieu intermédiaire et transitionnel), la sortie de ces
(~) La Ville, par Hermann Hesse et Walter Schmôgner, Gallimard, 1981,
ParlS.
19agents de la forêt et de la nuit en tant qu'instance intermédiaire
entre l'homme et l'animalité sauvage, représentants du chaos et
de la mort; dans ces vieux contes pour enfants, cette sortie est
neutralisée à travers l'émergence en acte d'une.solidarité
nécessaire pour la survie entre les différentes polarités
représentatives de l'homme dans son humanité. Dans ces vieux contes
pour enfants, ce mythe apparaissait comme structurant d'une
limite différenciatrice et à son tour structurante d'une
intériorité comportant Une sorte d'assiette commune, de fonds
commun à l'humanité à partir de laquelle peut et doit s'élaborer la
différenciation des divers groupes culturels, des divers rôles
familiaux ou sociaux et des divers champs du.Savoir. Dans les
contes pour enfants d'aujourd'hui et dans les feuilletons
télévisés pour enfants, le Méchant et le contenu de ce vieux mythe de
risque de mort par envahissement support de la catastrophe
Millénariste d'anéantissement, semble avoir recouvert, soit
I) l'Autre en tant que partie de l'Humanité, ou en tant que
partie de savoir par la seule et nécessaire négativité de laquelle l'on
structure sa positivité endogène (Cf. concept de la culture .de
l'Adversité, ou culture de l'Altérité adverse; en Introduction
erau I Symposium Ibn-Sina - Collomb), soit 2) l'Arbre
luimême et la forêt elle-même dans sa totalité et même la terre
elle-même en tant que contenant global... comme si le
changement était représenté par une réduction des possibilités de
représentation symbolique au moment où l'on parle d'ailleurs
le plus de symbolisme et de culture. En somme, concept de
Désarroi, concept defrontières, concept de Limites, de
Lieux Intermédiaires, concept de Transitionnalité, enfm
concept de Culture; tous ces concepts semblent délégués aux
statuts de concepts-clefs dans le discours émergeant de nos divers
champs du Savoir; ceci au moment même où émerge de plus
en plus une certaine Non Congruence, parlée par les
chercheurs entre le niveau anthropologique et le niveau intellectuel
au sein de chaque culture dans ses différentes expressions (Cf.
Ellen Corin, I. Garate-Martinez ainsi que Jeddi et Harzallah) ;
cette non congruence entre le niveau anthropologique et le
niveau intellectuel des composantes de la culture, portera aussi
bien I) sur la culture dans sa fonction en tant que support de la
chaîne des organisateurs des processus depersonnation aux
différentes phases de Maturatibn pour l'individu, que 2) sur la
culture en tant que donnée transitionnelle constituante du
réseau liminal de liens et de rapports de l'individu avec son
environnement familial, social... et transgroup~ et/ou
trans20cultureL.. La culture en tant que support de sens intégré et
intégratif pour l'individu dans le Continuum Spatial en tant
qu'espace social et transculturel contenant des divers groupes
culturel~ dans l'Ici-et-Maintenant ; et 3) la culture enfm en tant
que donnée transitionnelle constituante du lien et du rapport de
l'individu avec son environnement métaphysique, support de
sens intégré et intégrant dans le Continuum temporel en tant
que contenant.
En somme, la culture tout à la fois en tant que support de
l'organisation de la filiation symbolique et à travers cela même,
en tant que support d'une instance transitionnelle d'articulation
et d'échanges avec l'environnement familial et social, et en tant
que support d'une instance transitionnelle de sens
métaphysique intégratifen système ouvert.dans le Continuum temporel;
tout changement devant apporter une nouvelle couche de
significations donnant support à la différentiation entre ce qui
est représentant de pérennité et ce qui est porteur de sens
Nouveau à travers même son changement.
Force est de constater que de nombreux chercheurs
scientifiques aujourd'hui choisissent d'être les supports des
mécanismes de défense sociaux vis-à-vis du désarroi subséquent à la
non congruence de plus en plus entre le champ
anthropologique et le champ intellectuel de la culture; ceux-là se situent en
tant que support d'une parole de Pouvoir pour se confIrmer au
nom de la science, au nom d'un supposé savoir auprès des
mass-media; ceci plutôt que de saisir du fait même de la place
dans laquelle on est investi socialement en tant que capteur
selon son rôle essentiellement de donneur de sens à
l'Irrationnel culturel et social; la parole de l'instance Savoir, investie et
reconnue socialement en tant que parole au nom d'un supposé
Savoir, en tant que telle, elle ne saurait être une parole de
Pouvoir; elle ne peut qu'être support d'une quête de sens ouvrant
un champ de symbolisation et ceci en tant que détecteur, en
tant que capteur, et non en tant que régulateur d'un système...
Si la parole au nom du Savoir est une parole de Pouvoir, elle ne
saurait plus être une parole de Savoir; si la parole de Pouvoir
est une parole de Savoir; elle ne saurait plus être une parole de
Savoir car si le détecteur et le régulateur d'un système doivent
être reliés, articulés l'un à l'autre, ils ne sauraient se confondre.
Nous ne parlerons pas dans ce Symposium une parole de
Pouvoir au nom du Savoir; de ce fait, nous choisirons tous de ne
pas avoir defrontières de Savoir à défendre, à hypercontrôler,
de frontières fIxant rigidement chaque part d'Espace Savoir,
21n'attendant de lafronMère d'avec l'autre'(fUe la ditTerentîa.tion
structurante à partir de ce qu'on peut voir en l'autre dans la
con-frontation front à front avec l'autre... Réunis sous la
patronage, d'Ibn-Sina - Collomb, nous sommes réunis pour nous
confronter à nous-mêmes, aux limites de nos rôles respectifs,
de nos savoi."<.:respectifs de capteurs différenciés de
l'Irrationnel de nos sociétés; au contraire, le caractère non opératoire de
l'effacement des espaces intermédiaires d'échanges entre les
divers champs de savoir que nous représentons et les diverses
aires culturelles que nous représentons; les discours de souf.
france par lesquels nous sommes respectivement questionnés à
travers nos différents champs de Savoir. et dans nos.différentes
cultures, ces discours de souffrance sont là pour nous révéler:
I) le caractère non opératoire d'une attitude défensive et de
pouvoir au nom d'un supposé Savoir; cela ne peut que
déboucher d'après le discours des souffrants à vider de toute
substance les concepts fondamentaux du langage en tant que
support de la chaîne symbolique; ceci jusqu'à réduire l'instrument
linguistique à un discours pictural de représentation par image
de chose, un où l'imaginaire individuel ou
sousgroupai tend à s'instituer comme énoncé originaire du groupe
ayant pouvoir de neutralisation et de refoulement de la quête
de sens, et 2) la nécessité en tant que chercheurs investis par la
société d'un rôle de capteur privilégié, de confronter la
question et le questionnement de sens non plus à partir des
frontières, mais plutôt à partir des limites mêmes de son champ de
savoir, limites structurant une ouverture sur l'espace
transitionnel de communication avec d'autres champs de savoir sur
le terrain du doute et du questionnement de sens. « L'esprit,
écrivait Nietzche, son tourment augmente son savoir ».
Ainsi, s'imposait à nous l'intérêt d'une réflexion
multidimensionnelle pour clarifier ou tenter de clarifier des
concepts-clefs opératoires comme le concept de Famille, .le
concept de Culture à partir même de l'expérience
événementielle psychotique de quête de sens émergeant d'un vécu de
rupture et de clivage, vécu impliquant une expression en
rapport à une discordance dans l'articulation au Processus
originaire (Ellen Corin, Gisela Pankow, J.-C. Alie, N. Caparos, R.
Devisch, A. Gailly, E. Jeddi et Harzallah). Cela impliquerait
aussi une réflexion multi-dimensionnelle sur l'espace de la
famille en tant qu'espace de Lien, en tant qu'espace de
projection et de structuration, en tant qu'espace de rupture et en tant
qu'espace de changement O.-P. Moreigne, A. EI-Khazraji, M.
22Ben Hamida, J.-P. Valla,R. Jarret, I. Garate-Martinez, J.-P.
Abribat, Mireille Bonnierbale, Marguerite Audras, M.
Guitouni, Anne Ancelin-Schutzenberger). Cela impliquerait pour
une deuxième partie du Symposium une réflexion
multidimensionnelle sur le concept de « l'Inconscient », et
particulièrement un questionnement qui pourrait paraître discordant
pour..certains courants..théoriques, le questionnement sur le
.concept d'« InconscientCollectif»et son rapport à
1'«Inconscient Individuel» (voir R-B. Murphy, J. Guyotat, C. Brodeur,
M. Demangeat, A. Vergote, Castager, E. JOOdi etK. Harzallah)
questionnement impliquant automatiquement la relecture
~ulti..dimensionnelle.de l'origine de la psychanalyse pour une
perlaboration de ce qui reste permanent et de ce qui est de
l'ordre du changement, pour une perlaboration des « Mythes
et de l'historicité en analyse» (J.-P. Moreigne, Gisela Pankow,
M. Alié) et de l'Événement à la limite entre l'Inconscient
collec.tif et l'Inconscient individuel.Dans une troisième partie, la
même quête de sens à partir d'une approche
multidimensionnelle portera sur la question du rapport entre la
pathologieindividuelleet la pathologiefamilialeavec: ..1)une
approche des modèles des thérapies communautaires avec
l'exposé de G. Bibeauet le f1lm« Zebola» d'Ellen Corin, et
2) les techniques de thérapie de groupe classiques et leur
rapport avec les techniques de thérapie communautaire
traditionnelles et les de familiale (Fern Azima),
3) les techniques de thérapie familiale d'inspiration analytique
(Castager,Fern Azima) et les techniques de thérapie familiale
transactionnelle (Y. Colas, J.-P. Balta)ainsi que les critères de
différentiation entre la thérapie familiale et l'intervention de
famille appelée à raccourcir la durée des thérapies de groupe et
des thérapies individuelles classiques. Nous avons contacté des
collègueséthologues et nous regrettons l'impossibilité dans le
cadre de cette rencontre d'une approche éthologique de
l'évolutionphylogénique du concept de « famille» et de « modèleS
familiaux» depuis par exemple les insectes tels les fourmis, les
sauterelles, les abeilles...jusqu'aux différentes étapes évolutives
chez les oiseaux et mammifères. Par exemple, les sauterelles et
les abeilles ont des caractéristiques totalement différentes selon
qu'elles se présentent dans le cadre d'un mode de vie
individualisé ou selon qu'elles se présentent selon un mode de vie
groupal. Les sauterelles semblent même avoir des caractéristiques
générales totalement différentes lorsqu'elles se présentent sous
un mode de vie individualisé et lorsque, pour des besoins
ali23mentaires de survie, elles se regroupent en une sorte de
« foule» envahissante; pour les abeilles, le changement de
caractéristiques portera sur le modèle d'organisation et de
régulation en tant que corps plutôt que sur les caractéristiques
morphologiques; l'abeille en vie individuelle, par exemple, se
comportera en animal ectotherme (ou poïkilotherme) en tant
que totalité individualisée; par contre regroupées en essaim,
les abeilles sont regroupées en tant que parties d'une totalité;
c'est « la famille », « l'essaim» qui est organisé en tant que
totalité comme un corps homéotherme... la place de la
sexualité dans sa composante primitive de support d'une pulsion
« sociale» reproductive de survie de l'espèce, la place de cette
sexualité en tant que facteur structurant du
concept de famille... et l'évolution de cette sexualité parallèlement à
l'évolution phylogénique du concept de« famille »... jusqu'à la
complexification de la sexualité en tant que pulsion
reproductive par l'apparition de la pulsion érotique impliquant les
prémices du phénomène de représentation... et l'évolution
phylogénique impliquant au niveau des vertébrés supérieurs,
l'apparition de ce qui pourrait caractériser l'hominisation, c'est-à-dire
la cohabitation intergénérationnelle avec l'interdit obligatoire
de l'inceste (Cf. Freud) et l'émergence de la nomination (Cf.
Lacan) des places différenciées dans la chaîne de transmission
temporalisée contenante et structurante de l'espace de
cohabitation et de soi dans l'espace de cohabitation... Cette étude
éthologique doublée d'une étude anthropologique et sociologique
sur le concept de famille auraient pu élargir le questionnement
de sens ou d'horizon de sens en-dehors des débats idéologiques
sur la famille. Les conférenciers contactés pour aborder ces
approches ne pouvaient être p~êts pour la date de notre
symposium, ni pour les dates limites' en vue de fournir leurs travaux
pour les actes de symposiuni ; nous espérons que ces
feront partie d'une deuxièmeJédition des actes que nous
présentons. Nous aurions souhaitê, cela va de soi, questionner les
énoncés originaires des principaux courants culturels sur la
famille en tant qu'espace sexualité érotique, de la sexualitéd<1'la
reproductive (contrôlables/. et différentiables par l'usage de la
contraception) et de la Sté 'té ; questionner à partir de la
souffrance suite à la nominati n par le diagnostic d'une stérilité, ou
à partir de l'usage de la c.tntraception et de ses aléas,
questionner à travers un débat l~~énoncés originaires des trois
principales religions monothé,~s, se déclarant issues du même Père
charismatique Ibrahim... Mais cela n'avait pu être réalisé.
24Mais pourquoi, s'était-il dit, pourquoi donc cette
deuxième rencontre Ibn-Sina - Collomb ? Pour
certains Ibn-Sina, d'accord, mais pourquoi
Henri Collomb ?Et pour d'autres, Henri
Col10mb, d'accord, mais pourquoi Al Hussayn
IbnSina ?
Monsieur le Ministre,
Mes Chers Collègues, Mesdames, Messieurs,
Or, comment ne pas organiser cette deuxième rencontre
encore une fois sous le patronage à la fois d'Al-Hussayn
IbnSina et d'Henri Collomb, même si cette association déroute et
dérange tout comme dérangeait le titre d'un livre paru
récemment en librairie; il s'agit du livre « Mohammed Cohen» écrit
par un Tunisien de religion juive (R. Khayat, 1982), retraçant
l'histoire d'un jeune Tunisien de religion juive, de mère
musulmane,issu d'un couple marié par amour après transgression de
la loi, devenu Israélien, puis Suédois, puis revenu en Tunisie
dans son espace d'origine en tant que touriste suédois. Ceux
qui, de part et d'autre de nos espaces culturels respectifs, nous
disaient pourquoi Ibn Sina avec Collomb, ou pourquoi
Col10mbavec Ibn Sina, étaient ceux-là même qui étaient dérangés
à la vue du livre intitulé « Mohammed Cohen ». Mais, Al
Hussayn Ibn Sina comme Henri Collomb nous ont à travers leurs
écrits appris à affronter le questionnement de sens à partir
même de ce qui dérange. Al Hussayn Ibn-Sina n'était-il pas le
mieux placé pour patronner cette réflexion
multidimensionnelle sur la « famille», alors que Mlle Goichon,
comme Henri Corbin, en dépit de leurs divergences sur
l'interprétation d'Ibn Sina, s'entendaient sur le fait « qu'il a (en citant
Goichon) tant nourri les philosophes qu'on ne saurait ce que la
philosophie contemporaine aurait été sans lui ». Ibn Sina qui a
choisi tant de questionner le sens de l'Être-là dans le Monde à
partir même a) des zones d'articulation entre les diverses
sensibilités, b) et à partir même de la zone d'articulation entre la
« réalité» de l'Objet et « l'image perçue» de l'objet qui stimule
une sensibilité quelconque de notre corps, et c) à partir des
zones d'articulation entre la méthodologie rationnelle
d'approche de la réalité subjective et du Réel et le perçu irrationnel des
événements... d) Ibn Sina quia approfondi la démarche du
tra25vail sur le « Latent du Latent» en soi lorsque dans la
perception de l'objet (Al-Matloub) il y anon congruence entre le latent
et le patent... Ibn Sina qui à travers Al-Faraby a articulé la
philosophie ancienne grecque comme partie et comme parole de
l'Ancien sur le questionnement de sens et d'horizon de sens
métaphysique du Sujet; Ibn Sina qui soulignait que c'est le
niveau d'intégration des différentes sensibilités (Ai-Hass
Almochtarak) qui fait 6uvrir le Sujet à partir de la Fiction de
l'objet perçu vers la réalité et l'imaginaire de l'objet perçu et,
que c'est la zone commune sur laquelle s'ouvrent et s'ancrent
les différents champs du Savoir (endo-culturels ou
transculturels), ce serait cette zone qui pourrait être la plus féconde pour
le questionnementde Sens : c'est ainsi que dans son ouvrage
Al-Mantik (La Logique) il s'est interrogé sur la différentiation
dans la conception du temps dans la pensée.Indienne, dans la
pensée grecque et dans la pensée arabe ; Ibn Sina à travers la
polémique qu'allait lui livrer Al-Ghazaly (Tahafout
AlFalasifa), et la réponse d'Ibn Rochd (Tahafout Al-Tahafout)
confIrmant et restructurant encore la pensée d'Ibn Sina et son
rapport avec Aristote dans le mode d'approche du sens
métaphysique du Sujet à partir de la réalité concrète; Ibn Sina
ne pouvait donc qu'être pour nous le mieux placé pour situer le
cadre de réflexion de notre symposium! Et Henri Collomb!
eollomb, à travers l'évolution de ses écrits à partir de Dakar
puis à partir de Nice, était, comme nous l'avions déjà écrit,
l'homme qui ne s'est pas évadé devant le doute qu'impliquait
tout questionnement de Sens. Henri Collomb, comme nous
l'avons déjà écrit: « Henri Collomb, le
psycbiatre.et.l'humaniste, de formation et de culture européennes, n'avait pas hésité
à vivre le doute et l'inefficiencepartielle de son Savoir lorsqu'il
était confronté à la réalité africaine de Dakar. Ce doute, qui
<~ est le chemin de la connaissance d'après Al Jahiz,
portegepaorle de l'école rationaliste d'Al Moatazilah du siècle; ce
« doute qui estle chemin de la sagesse» d'après le philosophe
mystique Al Ghazaly au 12esiècle. Et ce doute fut le point de
départ de œuvre de Collomb pour la psychiatrie universelle;l'
ce doute fut, en effet, le point de déPart d'une réceptivité de
Collombaux donnéesconcrètesafricainesà partir desquelles:
a) il allait jeter les bases.de la conceptualisation des thérapies
communautaires et des thérapies familiales; et l'on peut se
demander d'ailleurs, s'il n'existe pas certains liens entre ces
recherches parties d'Afrique sur les thérapies familiales (avec
des familles de type communautaire), et les conceptualisations
26sur les thérapies familiales qui nous reviendront plus tard en
Afrique à partir de Palo Alto aux U.S.A. et à partir de Milan en
Italie.
bl ce doute de Henri Collombà sa première rencontre avec
l'Afrique, était aussi le point de départ des bases
deconceptualisation fondamentaliste d'une psychiatrie sociale enrichie par
une vision transculturelle. »
Nous ajouterons en faisant appel. à la métaphore de la
« Tempête»de Shakespeare (Jeddi 1980) étudiée par ailleurs,
et nous dirions encore pour Henri Collomb que quelle que fut
la critique qu'on puisse apporter à certains de ses écrits, et r on
connaît les positions très critiques prises à Tunis vis-à-vis,.du
concept .'d'«Ethnopsychiatrie.», pour nous Hemi Collomb
pourrait symbOliserl'enfant de Prospero qui a réparé en
restituant à l'enfant de Caliban l'Africain, et le ftls de Sycorax
l'Algérienne,. l'aptitude de renommer et.de se réapproprier en
nommant le Savoir de la Mère Sycorax, Savoir perçu du
dehors comme étant le savoir d'une sorcière, mais Savoir qu'il
appartient à l'Africain de contribuer à restituer dans son
contenu. Henri Collomb a ainsi restitué à l'Africain « l'anneau
))perdu dans la chaîne du lignage et de la flliation symbolique
au Sa.voir ; ce qui a.llaitet devrait permettre à l'Africain
d'articuler d'une façon opératoire et maturante le message de Savoir
au Présent avec le Savoir et l'Éetit de l'Ancien et de l'Ancêtre;
articulation sans laquelle tout Savoir ne saurait être
que.mimétique dans l'attente d'un retournement forcément explosif
lorsque la crise. de mimesis viendrait brutalement en révéler le
creux. sous-jacent. Aussi, le patronage de notre cadre de
réflexion par Al Hussaynlbn Sina et Henri Collomb, et
l'association Ibn Sina avec. Collomb, et Collomb avec Ibn Sina,
devient-elle très opératoire et projet d'espoir en système ouvert
d'échanges, pour situer les repères du champ de notre
rencontre puisqu'elle répare et restitue pour l'Africain et. pour
))africanité, l'anneau de la chaîne du lignage intellec-« notre
tuel. Le patronage IbnSina-Collomb pour notre rencontre, loin
de dérouterét à partir de la zone limite où il peut déranger,
devient donc. support d'une réflexion féconde au niveau du
« Seuil», le « Seuil-lieu» des articulations possibles dans le
questionnement de sens à partir des divers champs du Savoir et
à.'partir. des divers..espaces culturels que nous représentons ;
ceci pour parler chacun de nous à partir de l'intériorité de son
espace culturel et de son espace Savoir, mais pour dépasser
27tout à la fois l'attitude défensive de Cantonnement à défendre
chacun de nous des« frontières» de notre« Part-de-Savoir ».
Sidi Bou Said, la porte et le seuil en tant que lieu
de notre rencontre
Or, Sidi Bou Saïd ne s'offre-t-Ïlpas pour cela comme
matérialisant cet Espace Intermédiaire idéal d'une rencontre Ibn
Sina-Collomb du fait même de son cadre expliquant son
historicité à la porte et au seuil de Carthage: 1) Carthage la
Tunisienne de la période punique d'où partait Hannon pour arriver
en Mauritanie, remonter le long de la Côte Africaine jusqu'à la
Côte portugaise en Europe, puis jusqu'au Sud-Ouest de la côte
française; 2) Sidi Bou Saïd la porte et le seuil de Carthage
Latine, lieu d'inspiration de Saint Cyprien, de Donat et de Saint
Augustin, le Donatism.e ayant eu un rôle structurant certain
pour l'approfondissement de la pensée de Saint Augustin...
rnais lieu aussi où l'on trouvait le temps d'écrire encore des
poèmes en latin, cinquante ans. après la chute du Pouvoir à
Rome, 3) Sidi Bou Saïd, la porte et le seuil de la Tunisie
Africaine Arabo-Islamique, partie Est du Maghreb, de l'Occident
par rapport au Machrek, l'Orient... et Orient (Machrek) pour
l'Occident (Maghreb) d'aujourd'hui, dans un monde où
l'orientation cosmique tend à se faire de plus en plus selon des critères
corporels individuels (chacun ayant son Nord, son Sud, son
Est, son Ouest) et de moins en moins selon des critères de lois
cosmologiques... Sidi Bou Saïd, Porte et Seuil située sur une
colline qui domine et contrôle l'entrée du golfe et du port de
Carthage punique, de Carthage latine et de Tunis
AraboIslamique et Africaine... Lieu où pour reprendre Georg Simmel
(1909) « L'image des choses extérieures se présente à nous en
un doublesens : c'estque la Nature peut nousparaîtrecomme
si tout était lié ou comme si tout était séparé », nous dirions et
ceci jusqu'à la signification de la« Porte» elle-même puisque
dans ce pays de plaines qu'est la Tunisie où il y a très peu de
ponts, la« porte» ne saurait comme le suggère Georg Simmel
constituer la seule image de séparation, par différentiation, à ce
qu'il propose du« Pont» comme image de liaison ; mais pour
se prêter à une telle association en tant que support à la fois de
liaison possible ou de séparation possible; la porte à Sidi Bou
Said comme vous pourrez le remarquer dans vos temps libres,
28se double tOJ.ljours d'un seuil, sorte de pont, et qui donne
obligation à quiconque traverse la porte, de devoir impregner sa
gestuelle corporelle d'un supplement de mouvement
CQmplementaire sans lequel il se cognerait au« seuil» qu'il ne
respecteraitpas... La Porte-Seuil devient donc representant d'un
espace de liaison mais preservant à travers le se\1ilcette liaison
de tout caractère irtvasif en imposant justement à la gestuelle
cOrPOrelleun « bougé» supplementaire (coxnme dirait
Merleau Ponty), du corps, imprimant dans le corps le ressenti du
changement de lieu et de contexte.dans la liaison et la
transaction... Dans un tel contexte, Sidi Bou Saïd s'offre en tant que
Porte et Seuil support d'une dimension historique signifIante
d'une liaison irttegrative entre trois Étapes C\1lturelles; au
travers même de cette liaison irttegrative, Sidi Bou Saïd a gardé
assez de specifIcitepour continuer à remplir son rôle de lieu ou
l'on puisse lire, parler et lierou relier (Aqala)une part du sens
des choses universelles... et enfIn, pour inspirer le travail à
decoder chaque fois dans les approches transculturelles et
transdisciplinaires ce qui pourrait correspondre à des
representations de l'ordre du metaculturel et ce qui pourrait correspon"
dre à des representations de l'ordre du specifIque et du
differentiateur d'un type de culture avec une autre culture.
Essayons de traverser ensemble la Porte et le Seuil qu'offre
Sidi Bou Saïd pour la rencontre avec cette Porte et ce Seuil,
d'une ouverture commune pour les questionnements de sens,
et ceci en partant chacun des specifIcitesC\1lturelles et
transculturelles du champ de ses recherches sur l'Espace-Temps et
Famille, sur l'Inconscient collectif et l'Inconscient irtdividuel,
sur les Processus origirtaires et sur la Pathologie irtdividuelleet
la Pathologie familiale, sur les therapies de groupe, les
therapies communautaires et familiales. Nous termirterons ce
Symposium par une Table-Ronde sur le thème «Awlad
IsShkoun ? » ou « Migration, Generation Il : d'une filiation
difficileet d'un lignage irtter-rompu ». Le premier titre, en Arabe,
de cette table-ronde est transcrit en caractères latins, pour
traduire .le double niveau d'Hermetisme dans l'écoute, auquel
nous semblent être confrontes ces enfants de migrants eleves
en Europe et nes en Europe, mais ayant garde une nationalite
du pays d'origirte de leurs parents; ils semblent en effet
confrontes depart et d'autre à un double hermetisme età une
double surdite fonctionnelle aussi bien du côte de leur culture
d'elevage que du côte de la culture d'origirte.de leur parentèle,
29ceci lorsqu'ils viennent parler leur questionnement quant au
registre de l'identité culturelle et de ses aléas.
Les Actes de ce Symposium seront publiés avec possibilité
pour chaque participant de ré-écrire son texte en tenant compte
de la discussion.
Nous nous devons de signaler que la partie réservée aux
thérapies n'a pu être individualisée. De nombreux exposés sont
restés sans textes tellement était apparue au niveau du
Symposium la difficulté pour le moment de faire ressortir et dévoiler
leslienslatentsentrelesméthodologiessuivantesdethérapies :
les thérapies communautaires traditionnelles décrites en tant
que telles par Henri Collomb, Andras Zemplini, Ellen Corin,
Gilles Bibeau... les thérapies basées sur le concept de Lieux
Intermédiaires, les de groupe d'inspiration analytique
ou d'inspiration existentielle,les thérapies familiales
systématiques... Le débat a été très riche, mais de nombreux exposés
théoriques et pratiques sont restés sans texte. Sans doute, le
sujet sera-t-il repris lors du 3e Symposium International Ibn
Sina-Collomb en 1984 à partir de la demande de soins et
d'assistance en tant que Besoin de base à la limite entre les
besoins de base individuels et communautaires. Le
3eSymposium Ibn Sina-Collomb consacrera une grande place aux
besoins de base. Il portera sur le thème: Bases, de la
personnalité, personnalités de base et cultures.
Pour terminer, permettez-moi, Monsieur le Ministre, mes
chers collègues et amis, de remercier selon l'usage, Madame
Sarnira Baccouche, sans laquelle ce deuxième Symposium
n'aurait pu émerger au niveau de réalité, son rôle pour
l'organisation administrative et matérielle du premier comme du
deuxième Symposium a été déterminant. Permettez-moi de
remercier l'équipe Ibn Rochd-Pinel qui a apporté tout son
soutien et tout son support à ce Symposium. Monsieur le Ministre
de la Santé Publique, permettez-moi de souligner que nous
avons été très sensibles à votre aide matérielle pour
l'organisation de ce Symposium ainsi qu'à l'aide associée du Professeur
Chedli Klibi, Secrétaire Général de la Ligue Arabe, et celle de
Monsieur le professeur Moheiddine Saber, Directeur Général
de l'Alecso, aide doublée de l'obligation pour nous d'assurer la
traduction et l'édition en Arabe des Actes de ce Symposium.
Enfm, la première aide matérielle au moment où nous
hésitions encore à nous engager matériellement dans cette
organisation est venue de Monsieur le Professeur Frej Chadly,
Ministre de l'Éducation Nationale, et de Monsieur le Professeur
30Chedly Ayari, atlcien Doyen de la Faculté de Droit et des
Sciences Économiques à Tunis, et Président Directeur Général
de la Banque Arabe et Africaine de Développement.
Permettez-moi de remercier Monsieur .Bechir Benstama,
ministre des affaires culturelles, l'Ambassadeur de
France en Tunisie, Monsieur HamadiSkhiri, Monsieur Aissa
Baccouche, Monsieur Lotti Khayat, de l'Office Tunisien du
Tourisme, le Professeur Habib. Jeddi, Monsieur
Larbi Essoussi, Monsieur Salah Daldoul, Monsieur Ali Khiri,
qui ont doublé leur intérêt pour le contenu scientifique de ce
Symposium en apportant le complément nécessaire en
subventions ; Monsieur Radhouane Rammah, qui nous donne
l'hospitalité à l'Hôtel Sidi Bou Saïd me charge de vous transmettre
l'honneur qu'il ressent à vous accueillir, et ses meilleurs
souhaits de bienvenue dans son hôtel et de séjour en Tunisie.
Permettez-moi dele 'remercier en votre nom à tous.
Essedik JEDDI
Président du Comité
d'Organisation du Symposium
Tunis 1982
31I
L'ESP ACE DE LA FAMILLELE MYTHE DE LA CAVERNE
Jean-Paul Moreigne *
La psychose ?
S'agit-il d'une entité clinique, d'un authentique concept ou
ne s'agit-il pas plutôt d'une notion que nous avons d'abord et
avant tout besoin de nommer?
Cette rupture de la relation du sujet au réel, cette
désagrégation de l'harmonie entre l'être et les trois catégories essentielles
du temps, de l'espace et de l'action ne nous interpelle-t-elle pas
personnellement avec l'insistance d'une question ontologique?
Le psychotique, tant que nous ne l'avons pas assigné, en le
nommant, à une position d'aliéné subordonnée à la maladie, à
l'extrême déviance, voire à la monstruosité, ne ruine-t-il pas la
confiance qui nous est indispensable dans l'assurance de notre
propre position subjective?
Ce semblable autre, cette forme insensée de l'humain
n'aurait-il pas qu'à disparaître, expulsé de toute culture, exclu
de toute famille, si nous ne prenions à charge soit de l'enkyster,
soit de le réincorporer dans une texture dont il émane par
rejet?
Ce psychotique, cette « malédiction» du « soi-même» de
chacun?
Nous allons en parler raisonnablement, au plus près de notre
expérience clinique, dans la richesse espérée de nos
interprétations, dans la fécondité laborieuse de nos développements,
dans la rigueur de nos modes de pensée. Mais auparavant, il
m'a semblé qu'il ne nous serait pas inutile de connaître
ensemble un instant, disons, de mystère.
(*) Médecin-psychiatre des hôpitaux. Psychanalyste. Adresse: 72, rue
Maurice-Ripoche, Paris 14".
34En deçà, ou au-delà des mots, cette gravure que je vous
propose de regarder, cette adolescente à peine nubile, radieuse de
la pénombre d'une grotte, illuminée d'une réalité qui lui est
encore étrangère et qu'elle va fonder en la rencontrant. Cet être
à l'orée de l'existence, ne peut-il nous aider à rétablir la
dimension philosophique nécessaire à nos débats de cliniciens ?
Ibn Sina -Collomb : à quelquessièclesprès,deux
sagesrendus songeurs par le.désordre de la folie, deux médecins qui,
dans le souci constant de la connaissance, ne se sont jamais
égarés dans la dénégation deJ'énigme sans se laisser arrêter par
la butée sur le mystère.
Pour rester dans leur trace, j'ai pris la liberté de vous
proposer de nous.vetirer un instant de nos champs épistémologiques
divers dans une« caverne» métaphore pour moi du creux
chaleureux de la.naissance indissociable du caveau sépulcral.
La caverne?
Il est à peine besoin de la fragilité d'un écran pour que nous
y soyons totalement retranché du monde; il est à peine utile de
franchir ce seuil, dont la porte n'a comme matérialité que la
lumière, pour que nous soyons totalement« au monde ».
La caverne? Articulation incertaine du dedans-dehors qui
par son incertitude même fonde la notion de sujet et préjuge de
sa conceptualisation possible chez Platon. (Articulation
incertaine du dedans-dehors que reprendra d'ailleurs Lacan dans
son affmement métaphorique de la bande de Moebius.)
Permettez-moi de vous remettre très rapidement en
mémoire ce qu'il en est pour l'aliéné qui vit au fond de la
caverne dans l'allégorie platonicienne.
Il n'a d'autres ressources dans une démarche vers le réel que
ces simulacres fantastiques que la lumière d'un feu organise en
ombres sur l'écran d'un mur.
Trompé à plaisir par les agents du destin, il va lui falloir au
moins deux temps de subversion de ce qui se propose à lui de
façon. manifeste pour approcher de ce dont cela témoignait:
interprétation de l'ombre, interprétation de l'objet qui fait
ombre.
(Soit dit en passant, je ne vois guère comment l'on pourrait
décrire autrement le travail psychique dans lequel nous
assistons nos analysants !)
Ainsi, dans ce que j'en privilégie pour ma lècture
3Sd'aujourd'hui, la caverne de Platon se fait lieu d'éclosion du
sujet désaliéné par réorganisation des rapports entre le réel,
l'imaginaire et le symbolique (1). (Inutile d'avertir que je ne me
risquerai pas à gloser davantage sur ce thème !)
Mais de cette caverne« idéique » je souhaiterais vous
entraîner vers une autre dont chacun de nous peut aller éprouver la
réalité irréductible de la rugosité de sa roche. Il y a sans doute
environ 12 000 ans (si je ne me trompe à l'époque
magdaléenne) vers la fm du paléolithique supérieur, elle a eu une
fonction dans un processus qu'il ne me semble pas abusif
d'appeler d'hominisation. Elle a un nom « Fontanet )). On la
trouve dans le Sud-Ouest de la France et je dois à des amis du
G.R.E.T.O.R.E.P. (Groupe d'Études sur les origines des
représentations) d'avoir vu ma curiosité éveillée sur la conjonction
indispensable de sa configuration spécifique de grotte et de la
figuration des peintures rupestres qu'elle contient, pour
façonner des hypothèses sur sa fonction signifiante d'ensemble.
Voici comment elle se présente. Il y a comme un isthme, un
gouletétroit indéniablement prêt à être mûré dès qu'on l'a
franchi et puis la courbe d'une trompe dont les parois, convexes et
concaves, supportent des représentations lisibles à la lueur
vacillante d'une flamme, enfm un déduit, long couloir à suivre
en rampant pour revenir à la lumière du jour.
Ces représentations sont aussi étonnantes par la minutie de
leur réalisme (J'implantation des poils d'un bison est
zoologiquement sans défaut) que par la liberté des fantasmagories de la
naissance (un cheval naît de l'épaule d'un bison, etc.).
Dans cette grotte, les préhistoriens ont pu mettre en évidence
la fréquence des traces de pieds d'enfants et de pattes de jeunes
renards.
Ils se sentent d'autre part en mesure d'affIrmer qu'il ne
s'agissait pas d'habitat et d'écarter l'hypothèse d'un usage
funéraire.
Alors s'agissait-il de lieux d'initiation où une expérience de
mort était à traverser pour atteindre une renaissance au-delà de
la connaissance ?
Pourquoi nous refuser à imaginer de jeunes humains aux
(1) « Celui qui ne connaît pas les choses. dans leur essence intelligible par
des raisons de perfection autrement dit à la lumière du bien est comparable à
celui qui n'aperçoit pas les objets sensibles au grand jour mais seulement
dans la pénombre ou à celui qui prend pour les choses mêmes leurs reflets ou
leurs ombres. » Platon.
36origines de l'humanité dans l'épouvante de l'enfennement con~
frontés à l'inquiétude des renards mais aussi à l'émerveillement
d'images qui parlent des origines et puis rampant vers le jour
pour affronter la réalité renouvelée du monde?
Expérience de mort réversible en expérience de naissance.?
Opération d'émergence. du sujet dans la reconnaissance et le
dépassement de son début et de sa fm ?
J'en appellerai encore à deux allégories pour éclairer
d'images nos propos.
Autre caverne donc que celle où Basile roi de Pologne
enferme Sigismond et le confie à Clotald comme Laios confia
Œdipe au berger pour se prémunir contre un festin funeste.
Le texte de Calderon de la Barca (La vie est un songe) (qui
eut d'ailleurs un rôle non négligeable dans l'organisation de la
pensée freudienne) nous interpelle comme une psychose
expérimentale.
Sigismond, exclu de l'alternative de la vie et de la mort, plaCé
par artifice dans l'absence de temporalité et dans une
appréhension inéluctablement indirecte du réel nous exprime dans ses
mélopées solitaires la plainte essentielle à notre condition.
« Je connais si peu de chose en ce monde, cette tour est mon
berèeau à la fois et ma tombe... Qu'est-ce que la vie? un délire.
Qu'est-ce que la vie? une ombre, une illusion... Oui, toute la
vie est un songe et les songes eux-mêmes que sont-ils? Du
songe... »
La dernière image que je voulais encore vous proposer est
cette fresque de Gauguin « D'où venons-nous, qui
sommesnous, où allons-nous? » qui me semble évocatrice du mythe
dela caverne pour trois raisons: son titre même, les
particularités de sa composition, les circonstances exceptionnelles de sa
création. Son titre pose à l'évidence la question du sujet dans
son rapport au temps.
Son mode de lecture est unique en ce sens qu'à l'inverse de
Guernica ou de toute autre grande fresque, l'organisation de
ses éléments est délibérément brisée. Elle ne se lit ni de gauche
à droite, ni d'avant en arrière. Comme sur le mur de la caverne
de Platon, des images surgissent séparées et simultanées,
éléments éclatés d'un réel que fait seul advenir sa totalisation, de
la naissance à la mort, par la fonction« réalisatrice» du sujet.
Enfm, les circonstances de sa création :Gauguin parvenu au
plus extrême de la déréliction est décidé à mourir. Il retourne
dans une île pour y mettre en scène, je dirai presque y mettre
au monde, son suicide. Dans une première phase, il jette
littéra37lement son interrogation essentielle sur cette toile dans un
travail fou que ne rythment même plus les jours et les nuits. Dans
une seconde phase, il veut s'anéantir par l'action conjugée,
interne du poison, externe des fourmis rouges (rappel de son
initiation latino-américaine). N'étant pas mort de cette épreuve
absolue, il part aux îles Marquises pour y construire « la
maison du jouïr »,
En guise d'avant-propos à notre colloque, j'ai sollicité votre
curiosité à l'égard de quatre représentations: l'allégorie
philosophique de la caverne de Platon, l'énigme phéhistorique de la
grotte de Fontanet, le discours poétique de Calderon, le
testament en peinture de Gauguin (2).
Ces quatre représentations, je les ai regroupées sous le signe
du mythe de la caverne en les provoquant à nous parler de la
situation que nous avons choisie comme thème: la situation
du psychotique à l'articulation dialectique de la précarité du
sujet et de l'évanescence du réel.
Pourquoi la caverne?
La caverne, c'est l'antre qui condense les deux origines ini-.
tiale et fInale de l'être, toujours utérus autant que tombeau.
La caverne, c'est l'interface de l'ombre et de la lumière où la
réalité émerge du regard porté sur le réel.
La caverne, c'est l'incertitude du temps qui fonde la nature
anthropologique du sujet.
Le psychotique en retrait (ou retiré) de sa culture et de sa
famille nous reporte hors chronologie à notre propre fondation
. .
subjective.
Dans cette transparence lumineuse de Sidi Bou-Saïd qui ne
peut que nous émerveiller, notre projet appelait, m' a-t-il
semblé, le contrepoint d'une pénombre même si ce ne devait être
qu'un songe.
(2) Dans ce colloque, Ibn-Sina - Collomb, il serait intéressant de
s'interroger sur le détour de civilisation qui amena Averroes si souvent rapproché
d'Avicenne, à rendre Platon à nouveau disponible dans la culture de
l'Europe occidentale.
38LA NOTION DU CORPS/ESPACE
CHEZ LE MAROCAIN
TRADITIONNALISTE
Abdelwaheb El Khazraji *
Pourquoi un trouble dans la perception de l'image du corps
s'accompagne-t-il toujours par un trouble dans le contrôle et
dans la construction de l'espace environnant? Dans quelle
mesure l'organisation sociale et familiale de l'espace (du foyer,
du voisinage, du quartier...) conditionne-t-elle l'organisation de
l'image du corps dans la genèse du développement affectif?
Dans quelle mesure le changement de l'organisation de cet
espace par rapport à la traditionnalité entraine-t-elle
automatiquement un changement dans l'organisation du réseau
relationnel familial, et dans la modalité du lien du tout avec la
partie, du sens de ce lien, et par voie de conséquence chez le sujet,
de l'image elle-même du corps.
Tout en travaillant à Rabat, je suis originaire de Marrakech,
c'est l'espace de ma naissance, c'est l'espace de mon enfance et
cela reste l'espace de ma famille. Marrakech est l'une des plus
vieilles cités urbaines, l'une des plus vieilles villes impériales
qui garde au présent les fastes de son passé... avec à l'intérieur
même de ses remparts, des maisons traditionnelles comportant
cours et vergers. A l'égal d'un passant devant le Palais.d'Al
Hambra en Andalousie, l'extériorité s'harmonise avec
l'environnement du quartier, car comme dit le proverbe: « celui qui
viole l'espace de la communauté ou du groupe, viole le corps
du groupe dont il n'est qu'une partie». La personnalité et
.
l'individualisation d'une maison, d'un espace familial en tant
(*) Docteur en Psychologie clinique. Hôpital Razi de Rabat.Salé (Maroc)
39qu'espace de projection du corps-propre de la famille, se fera
tout en intériorité. De l'extérieur, seules les hauteurs du mur,
ou les décors et les dimensions d'une porte ou du seuil,
représentent des signaux de différentiation, d'individualisation au
sein de l'espace groupal du quartier. A Marrakech, la
construction d'immeubles et de villas de type européen est relativement
récente et reste limitée. Mon intervention devait au départ
porter sur la notion du Corps/Espace chez le Marocain
traditionnaliste pour pointer à partir du début de ce changement
architectural, les problèmes nouveaux en voie d'émerger
concernant certaine modification de la place du vieux, et aussi de
l'handicapé, du fait que ces bâtiments modernes n'offrent plus
de place à ce qui sort de la fonctionnalité matérielle et
apparente de la famille. Le changement d'architecture est aussi un
changement de la structure de projection du corps-propre dàns
l'espace, comme cela est souligné par E. Jeddi et Coll. dans
Corps et Asile. La notion du Corps/Espace chez le Marocain
traditionnaliste est déjà abordé dàns l'excellent ouvrage de
Mohamed Boughali (I) intitulé La représentation du corps chez
le marocain illettré. L'auteur semble avoir préféré le concept
d'« illettré », afm d'éviter les catégories bipolaires du
discours ethnologique Tradition/Modernité.
En effet, le concept d'illettré peut rentrer en arabe dans une
catégorie de gens qu'on reconnaît, et qui se reconnaissent en
fait, comme n'ayant pas l'art des lettres, ni de la plume
(AlQalam); mais, ils se reconnaissent, néanmoins, et ils sont
reconnus comme non démunis pour autant d'un art de vivre et
d'une référence aux gens de lettres et de la plume
(Ahl-alQualam), qui en lisant l'Écrit au sein de leur culture peuvent
s'offrir au repérage de l'inscription culturelle et de l'énoncé
originaire. C'est pour cela, d'ailleurs, que nous avons préféré
parler de « traditionnaliste », plutôt que de « traditionnel »,
puisque la langue française possède, comme le soulignait
E. Jeddi (2),' cette différenciation entre le champ conceptuel:
1) de la Tradition, couvrant quelque chose de l'ordre du rituel,
et impliquant une référence à un Ancien de l'ordre d'une
parole plutôt archaïque, et 2) de la traditionnalité couvrant
(1)Boughali,M. : La représentationde l'espace chez les Marocains
illettrés. Paris, Ed. Anthropos, 1974.
(2) Nous souscrivons à l'étude critique du Dr Jeddi concluant au
caractère non opératoire et clôturant du repérage aujourd'hui classique aux
catègories bipolaires Tradition/Modernité.
40quelque chose de l'ordre du rituel, mais aussi d'une sorte de
table des lois non inscrites mais impliquant une référence à un
Ancien de l'ordre d'une parole s'organisant dans un Énoncé
Originaire de l'ordre de l'Inscrit dans un Écrit, daris un Livre,
support du repérage à tout moment au Processus Originaire.
C'est ainsi qu'on parlera en français de la Traditionnalité
Ilébraïque, etde la Traditionnalité Chrétienne (Cf. Article sur
Tradition et Traditionnalité dans l'Encyclopédie Universalis).
Cette nuance entre le concept de Tradition et celui de
Traditionnalité nous semble devoir être dévoilée afm d'être souligné
pour mieux situer le sens de notre discours sur« l'organisation
de l'espace chez le Marocain traditionnaliste ». En effet, même
lorsqu'il s'agit d'un qui se reconnaîtcommeillettré et
n'appartenant pas aux Gens de la plume (Ahl al-Qualam ou
Ashab al-Qualam), il ne manquera pas d'avoir un repérage au
Livre et à l'Écrit, support du Processus originaire et lieu de
l'énonciation originaire, ceci à travers le recours età la
référence aux gens de lettres et de la plume au sein de son groupe
culturel. O'r, dans l'ouvrage de Mohamed Boughali, l'auteur
développe l'idée suivante: du fait que l'individu fait passer
- au cours de son développement psychogénétique - ses
relations avec le monde extérieur par l'intermédiaire de son
corps, et que c'est à travers celui-ci que le sujet humain
expérimente son autonomie, et s'approprie l'espace qui l'entoure, il y
aurait possibilité à faire équivalence projective entre chaque
partie du corps et une autre partie de l'extérieur domestique.
Le Marocain traditionnaliste utiliserait certaines expressions
communes pour nommer à la fois un organe, une. partie du
corps-propre, ou une partie de l'espace domestique, au point
qu'on pourrait dire que l'espace domestique est la projèction
du corps-propre, et le corps-propre est le reflet de l'espace
domestique. C'est ainsi qu'on dit« SdirelBit» = milieu,
poitrine de la pièce, « Fom el Dar» = la porte, la bouche de la
maison, « Ras Ederb » = début, tête du quartier, « Ain el
.le fond, l'œil du puits, etc... cette réciprocité entre leBir » =
corpsgroupal, entre la partie et le tout, fait que.le sens de ce
lien appartient à l'extériorité intégrée comme régulatrice et
structurante. Au point que le vécu de violdu corps-propre est
ressenti en résonnance au viol de l'espace domestique. La
valeur sacrale de l'un est en homothétie avec la valeur sacrale
de l'autre, et le travail de protection et de défense des limites,
des frontières et du seuil du corps-propre, vont de corollaire
avec un travail similaire sur l'espace propre au groupe. En
41effet, le schéma corporel est spontanément projeté sur les
espaces régulièrement fréquentés, et qui ont une autonomie
identique à celle du corps-propre. Nous disons que c'est dans ce sens
qu'il serait important de faire une lecture de la masculinité et de
la féminité, en tant que fonctions psychiques complémentaires
et indivisibles, et dont les traces scandent pour celui qui
voudrait bien le lire, toute l'architectonie de l'espace et du corps.
Ainsi, la maison est considérée comme espace essentiellement
féminin, et tout ce qui lui est extérieur comme espace portant
essentiellement le cachet de la masculinité avec des possibilités
d'échanges et de récupération de l'un par l'autre, selon
certaines catégories temporelles: jour / nuit; clair / obscur;
mort/ vie, etc...
En tant que lieu et polarité d'échanges, la maison, espace
essentiellement féminin, implique que la Parole du Père au
Sujet se doive de trouver un Support-Porteur en la forme avec
laquelle la mère aura parlé le Père; en tant que lieu et polarité
d'échanges, l'extérieur de la maison, espace social
essentiellement masculin, la parole de la Mère, comme la parole du Sujet,
se doivent de trouver support-porteur en la forme avec laquelle
le Père aura parlé cet espace social; et le passage à cet espace
extérieur, à travers la Porte et le Seuil.
Or, à l'intérieur de la maison, comme à l'extérieur de la
maison, mais aussi entre l'intérieur et l'extérieur il y a un ensemble
de sous-catégories spatio-temporelles qui fonctionnent comme
Corps/Espace intermédiaires et qui permettent chaque fois
l'émergence d'une troisième dimension entre les catégories
dichotomisées, et uniquement bipolaires, au niveau de
l'Apparent. D'une façon générale, ces catégories d'Espaces/Corps
intermédiaires appartiennent et mobilisent les catégories de
l'Irrationnel, in1pliquant chaque fois l'émergence d'une parole
organisatrice, ou l'émergence d'un trouble symptômatique de
la faille ou d'une perturbation en rapport à cette Parole
défaillante. Parmi ces Espaces/Corps intermédiaires, l'Espace du
Seuil de la Porte, déjà développé par le docteur Jeddi *, s'offre
en tant que lieu privilégié pour condenser les troubles dans
l'organisation des échanges entre l'intérieur de la Maison et
l'extérieur de la Maison, et dans l'articulation de la loi interne
par rapport à la loi externe. A titre d'illustration clinique pour
notre exposé, citons le cas de Rekaya, chez qui les troubles
semblent en rapport avec l'impossibilité pour le Père d'articuler
à travers une parole organisatrice pour Rekaya de la loi interne
avec la loi externe, en tant que support pour des échanges en
42système ouvert Intérieur/Extérieur; la parole du Père ne
pouvait que parler l'Interdit du Seuil, et répondre au désir de sa
fille d'aller vers l'espace masculin en la refoulant sur un mode
défensif vers l'espace du fonds de la cuisine, vers l'espace de la
réserve, espace essentiellement de projection du fonds féminin
par excellence, espace caché au regard du Père, et ne pouvant
s'offrir au Père qu'au travers de l'antre maternel, espace
clôturant par excellence, de toute transaction directe Fille/Père;
espace désappropriant par excellence de tout désir au niveau de
la fIlle; et espace, au niveau du Père, de retournement vers la
Mère de toute pulsion séductrice Père/Fille, et impliquant la
complicité de la Mère dans cette annulation et dans cette
désappropriation du désir pour Rekaya, sa fIlle aînée.
Le cas « Rekaya »
Il s'~git d'une jeune fille de 29 ans, célibataire, l'aînée de la
famille. Le père, commerçant, est décédé à la suite d'un
accident de la circulation. La mère, âgée de 55 ans, s'occupe des
enfants. Fratrie: cinq frères, et deux sœurs. Non scolarisée.
Vie professionnelle: néant.
L'histoire psychiatrique de Rekayacommence, semble-t-il, à
l'occasion d'un accident de trajet survenu en 1973 ; se trouvant
dans un autobus, elle fut précipitée contre le parebrise, et
souffredepuis de vertiges et de douleurs dans la tête. Elle a gardé de
cet accident une horreur des voyages, et la crainte d'une
tumeur au cerveau lui revient périodiquement. Elle a eu depuis
cette époque trois hospitalisations de plusieurs mois; il
apparaît en fait que le fonds du problème, plutôt que
l'accidentsusmentionné, soit en rapport à une relation très perturbée avec.
son défunt père, qui remonte à plusieurs années, alors qu'elle
entamait son adolescence, car, selon elle, son père ne lui a
jamais pardonné son« instabilité ».
Discussion clinique
Rekaya manifeste une personnalité très immature et
infantile, avec un comportement que l'on peut qualifIer
d'hystérique, sa revendication affective toujours frustrée, ses phobies, et
notamment sa phobie d'un cancer, puis d'une tumeur au
cer43veau, ont évidemment contribuer à créer une situation
familiale explosive. Dans ces préoccupations à elle, le père défunt
occupe presque toute la scène, et tout se passe comme si elle ne
pouvait ni le supporter, ni rompre avec lui, qu'elle accuse
d'être le principal responsable de tous ces maux.
Actuellement
Depuis cinq mois d'hospitalisation, on ne constate aucun
changement notable. Le seul changement survenu, c'est qu'à la
place des plaintes qui rôdent autour de son agoraphobie, s'est
substituée une nouvelle plainte, à savoir un corps qu'elle ne
domine plus; selon son expression: « elle n'a plus de corps,
elle a quitté son corps ».
J'ai pris cette patiente en charge, et aussitôt, une série
d'entretiens s'est engagée arm de déceler les mobiles qui ont
conduit à cette destruction corporelle. Et voilà ce qu'elle me dit
au cours d'un entretien que j'ai eu avec elle, il y a exactement
un mois, Rekaya ayant vécu sous l'emprise d'un père sévère,
autoritaire: « Je ne sens rien... je ne vis plus... (long silence)
Puis elle reprend: « à l'âge de 14 ans, mon père était trop
sévère avec moi, et surveillait mes déplacements, même au sein
de la maison. Chaque fois qu'il me trouvait assise devant la
fenêtre qui s'ouvrait sur la rue, il m'administrait une sévère
correction, et m'enfermait dans la petite pièce située au fond de
la cuisine. Cette pièce fut pour moi un refuge, un lieu qui
écoutait mes plaintes, et la douleur de mon corps gémissant. Au fIl
des jours et des mois, les coups de mon père ne me faisaient
plus mal. Mon corps s'y habituait. Un jour, voulant m'opposer
à mon père, j'ai quitté la maison pour fuir cette atmosphère
étouffante, et c'est précisément ce jour-là que j'ai eu l'accident
dans l'autobus, accident que vous connaissez. Je sais que je
dois être chatiée, et mon corps en premier lieu, carj'ai quitté le
seuil de notre maison sans le consentement de mon
père. »...« En quittant la maison, mon corps m'avait quitté à
son tour ».
Ce dernier mois, il semble que l'attitude de Rekaya a évolué
dans un sens moins misérabiliste; ses préoccupations
phobiques se sont résolues; on note une meilleure sociabilité en
groupe et dans l'institution avec les autres malades; elle
s'intègre dans le groupe d'ergothérapie, et fait des travaux tels que la
broderie.
44Elle comtnence à s'autonomiser pour faire sa toilette, son lit,
et pour parler et échanger avec les autres patients du service.
Au cours de sa prise en charge, les plaintes et les
manifestations cliniques hystéro~phobiques s'avéraient en liaison avec le
mode de fonctiormement de la loi paternelle au sein de la
famille, et au type de relation qu'elle .entretenait avec son père,
et que son père avait avec elle. Cependant, ces symptômes
nous semblaient exiger une lecture tenant compte: I) de la
représentation qu'a le Sujet avec SQncorps~propre par rapport
au corps d'Autrui (Mère, Père, Frère, etc...), 2) de la
distribution de l'espace propre et de la place de chacun dans la «
figuration» de l'espace du groupe familial: « Je sais, disait-elle,
que je dois être châtiée, et mon corps en premier lieu doit être
châtié, car j'ai quitté le seuil de notre maison sans le
consentement de mon Père. » En effet, le dépassement du seuil de la
maison était vécu par Rekaya au niveau de l'Affect comme
dépassement de la Loi du Père, en tant que loi recormue
régissant les limites du dépassement du corps-propre; le seuil
dépassé renvoit à Rekaya l'existence d'un espace psychique
représentant de ce seuil de la maison, et où les pulsions
ambivalentes sont non liées, et ne pouvaient que rester juxtaposées
mais non liées (Cf. Jeddi et Harzallah in : Filiation et Altérité),
ceci du fait de l'absence et de l'impossibilité d'une Parole du
Père organisatrice de ce seuil de la maison, en tant qu'espace de
Lien et d'articulation entre la loi de l'intérieur (la loi interne)
avec la loi de l'extérieur (la loi externe). En l'absence de cette
parole articulante, le seuil de la maison, ne pouvait s'offrir à
Rekaya que comme espace de projection simultanée de pulsion
contradictoire, et comme espace donc de pulsions
ambivalentes.
Au départ, le seuil était Je constituant de l'espace
intermédiaire et comtnun de l'individu et du groupe, de l'un et du
multiple ; il était le même dans le Tout et dans la Partie qui
préforme le Tout. C'est par excellence le Lieu condensant les liens
intersubjectifs ; c'est le lieu de la communication, tout à la fois
pour le message émis et reçu, mais aussi pour tout le flou et le
halo subjectif support nécessaire à la communication de ce
message. Mais, dans le cas de Rekaya, cet Espace-Seuil de la
maison apparaît seulement en tant que lieu de séparation rigide
entre les limites du Dedans et du Dehors, du masculin et du
féminin, sans qu'à aucun moment la Parole du Père puisse
offrir, aussi, ouverture vers la polarité des chaînes signifiantes,
en tant qu'espace également de Lien et d'articulation, comme si
45lé fait <:lu'ildoive être espace de séparation
impli<:lueautoinatiquement l'effacement total de sa représentation aussi en tant
qu'espace de lien et d'articulation intersubjectifs, comme si le
clair-obscur de la métonymie se doive d'être annulé par une
parole d'ordre et de loi clivant entre l'espace du clair et l'espace
de l'obscur. Pour Rekaya, cet Espace-Seuil de la porte de la
maison apparaît dans ce cas comme représentant seulement le
lieu d'appropriation et de désappropriation, de la possession et
de la dépossession.
C'est l'espace de l'Irrationnel contrôlé par la parole
ordonnatrice uniquement de l'interdit paternel vis-à-vis du
franchissement de l'espace ob~cur du Père à l'extérieur, mais à laquelle il
peut seulement offrir en tant que Père le passage et la possibilité
de se projeter plutôt dans l'espace obscur de la Mère, le
placement dans l'enclos du fond de la cuisine, à cet arrière-fonds
enclos obscur des réserves, ceci en réponse à toute sollicitation
de Rekaya de passer vers l'espace« obscur» du Père en
franchissant le seuil de la porte.
Le déplacement de cet Espace-Loi, par le mouvement de
déplacement du corps d'un dedans à un dehors, est ressenti
comme affranchissement des chaînes signifiantes et de la
clôture du système, qui jusque-là donnaient sens au ressenti
corporel et psychique; cependant Rekaya n'arrivait pas à
reconstruire un sens autre et en-dehors de la loi clôturante qui
jusquelà commandait son ressenti. Elle semblait être parvenue tout
juste à échapper à l'enclos obscur de l'espace maternel où cette
loi du Père l'avait défensivement confmée pour tenter
d'interréagir directement avec l'instance paternelle. D'où la
réarticulation du sujet par rapport à la loi clôturante du Père, mais, cette
fois, de l'extérieur et d'où sa fixation à ses symptômes dont
l'allure nous paraît de nature psychotique, ceci en dépit du fait
que certains éléments donnent au tableau clinique un aspect
pseudo-névrotique. Certes, ce que la patiente a exprimé dans
ses symptômes n'était pas la dépersonnalisation, mais le vide
qui l'habite et la perte de sa vitalité et sa fixation sur le ressenti
par rapport au« dépassement du seuil» n'était qu'une attitude
de défense vis-à-vis du vécu de vide, de creux, et de perte des
limites. A travers son franchissement du seuil de la maison
sans qu'il y ait de sa part acte de parole accompagnant son
comportement, la patiente paraît du même coup dévidée de
toute sa subjectivité. Le seuil était devenu espace plat,. sinon
creux, espace A-Sense, Espace Sans parole, alors qu'il était
46avant la mort du Père, espace contrôlé et contrôlant de la
parole qui donne sens au corps.
Conclusion
Dans un traité mystique persan qui remonte au 17esiècle,
nous relevons ceci: « l'Être humain doit naître deux fois, la
première fois de la Mère, et la deuxième fois à partir de son
propre corps ». Le corps est comme un ~uf, l'homme doit
devenir dans cet œuf, un oiseau, qui grâce à la chaleur de la
mère, échappera à son corps et s'envolera dans le monde
éternel de l'âme, et au-delà de l'espace »,
Ce traité nous parle de la relation existante entre l'âme, le
corps et l'espace, et peut aboutir à une réunification que Jung
appelait: « individuation» ou «autonomie », c'est-à-dire,
cette totalité del'être individualisé et réuni en tant que tel avec
l'univers. Or, notre hantise provient de notre double, que Jung
appelait « ombre ». Pour que l'être parvienne à
cetteautonomie, il faut qu'il intègre son double, cette partie cachée, secrète,
refoulée selon Freud, qui joue dans l'être, et qui cherche à se
manifester d'une manière obscure. Dans le contexte de notre
civilisation actuelle, quand on parle de l'être total ou parfait, on
parle en termes de valeur morale ou idéalisée. Chez le
musulman, quand on parle de l'être total, on ne met pas de valeur
d'idéalisation, mait on met l'accent sur la valeur de la relation
triangulaire et vitale pour l'harmonisation de l'être; chaque
fois qu'un des trois éléments est perturbé, c'est la rupture, la
cassure, le morcellement; il y a perturbation dans la
dynamique de l'ensemble.
(*) En introduction au Symposium et dans le film al Baab (La Porte) ou
Art-Thérapie et Institution (Jeddi et Col., 1980).
47LE DOUBLE RAPPORT
A L'ORIGINE
DANS UNE SOCIÉTÉ
MATRILINÉAIRE AFRICAINE
Ellen Corin *
Un des apports importants de la théorie freudienne à une
compréhension de la manière dont se constitue l'identité a
été de montrer que le devenir se construit toujours dans
l'espace de la rencontre entre les forces pulsionnelles et un
autrui avec lequel l'enfant entre en interaction. Cet autrui a
d'abord été saisi en termes de personnages concrets, avec
lesquels l'enfant était en rapport d'amour et de haine. La
théorie s'est ensuite épurée de son rapport trop étroit au théâtre
de la vie quotidienne: le père et la mère concrets se sont
estompés derrière leur valeur d'imago et les rapports affectifs
ont été relus en termes d'une dynamique de base de fusion,
d'identification et de différentiation. Freud a aussi élargi la
portée d'un schéma qui pouvait demeurer trop étroitement
lié à la famille nucléaire, en montrant que l'accès à l'ordre
du père se double d'un accès à l'ordre de la culture. L'effet
en retour du contexte culturel sur la dynamique décrite
demeurait cependant plus aléatoire ou plus difficile à intégrer
en restant fidèle au schéma de pensée psychanalytique.
Le débat qui a eu lieu autour de l'impact de la
matrilinéa(*) Directrice de l'unité de recherche psychosociale à l'hôpital Douglas de
Montréal et Professeur associé au Département de Psychiatrie de l'Université
Mc Gill de Montréal (Québec - Canada). Adresse: Douglas Hospi~, 6875
bd La Salle -Verdun, H 44 - 1K3 Montréal, Canada.
48rité sur le complexe OEdipe illustre la difficulté d'intégrer les
cadres de référence anthropologique et psychanalytique. A
l'un des extrêmes, un anthropologue comme. Manilowski
(1925) a suraccentué l'influence du pôle de la culture, mais
au prix d'une dénaturation des processus visés et de la
transformation de la dynamique œdipienne en un « complexe de
sentiments» déchiffrables directement. sur la base
d'observations. A l'autre extrême, Roheim (1950) a mis en exergue
l'universalité du pôle pulsionnel et des stades du
développement décrits par Freud: la culture intervenant uniquement
pour spécifier le rythme de ce développement ou favoriser sa
fixation à certains stades ou certains mécanismes de défense.
En faisant du système de filiation matrilinéaire une
cristallisation sur le plan structurel de l'attachement du fIls à sa
mère et de la sœur à son frère, de Reusch (1958) reprenait
une idée un peu semblable mais en la transposant sur le plan
culturel.
La relecture que Lacan a faite de l'œuvre de Freud a
permis de renouveler les termes dans lesquels se présente le
rapport entre culture et développement individuel. En disant
que le langage est .la condition de l'inconscient, Lacan
indique en effet que le devenir individuel n'advient pas dans un
vacuum et qu'il inscrit toujours dans un contexte où sont
déjà fixées certaines positions ou certains termes de référence
avec lesquels le devenir individuel entre en interaction.
Les Ortigues (1973) ont effectué une première application
de cette idée, dans leur étude de la forme particulière que
prend le rapport au père dans les sociétés africaines.
L'interprétation qu'ils font des dessins et des rêves recueillis dans
un contexte clinique auprès d'enfants africains vus en
consultation, est directement inspirée de la théorie
psychanalytique. L'analyse souligne que la problématique du rapport au
père demeure centrale dans ce contexte, même si elle revêt
certains traits spécifiques; l'interprétation que les autres
donnent de la signification que revêtent ces traits spécifiques se
fonde sur leur connaissance des sociétés africaines et des
relations dans le lignage. Ils montrent ainsi que la fusion de
la fatigue paternelle avec l'image des ancêtres empêche toute
opposition avec eux; l'hostilité œdipienne. se déplace dès lots
vers les égaux, les frères, et se manifeste sous la forme de
réactions persécutives. C'est à partir de ce processus que les
Ortigues rendent compte d'une part de la dynamique de
projection-persécution qu'ils posent à la base des systèmes
49étiologiques africains traditionnels, et de l'autre, de ce qu'ils
perçoivent être la personnalité communautaire africaine.
L'impact spécifique de la matrilinéalité est minimisé; en
effet, les auteurs pensent à l'hypothèse que, au niveau de
l'inconscient, matrilinéarité et patrilinéarité s'équivalent, les
personnages masculins en présence se fondant dans une
figure paternelle inaccessible.
Cette démarche des Ortigues représente une étape
importante dans l'histoire des rapports entre psychanalyse et
culture. On peut se demander malgré tout si les auteurs ne sont
pas restés prisonniers d'un à-priori paternel orientant leur
lecture des données, et s'il est vraiment indifférent que le
rapport à l'origine lignagère et à l'ascendance passe par le
père ou la mère.
Les données que je vais présenter ici ne se situent pas sur
le même plan et ne prétendent donc pas corriger les
interprétations mentionnées plus haut. En partant d'une analyse
culturelle et non plus d'une interprétation clinique de
productions individuelles, elles visent néanmoins à ouvrir d'autres
pistes d'analyse.
Parler de la pré-existence du langage par rapport à
l'inconscient revient à postuler l'existence d'un certain code
culturel qui défmit les significations attachées à certains
éléments d'une structure et oriente ainsi le devenir d'un sujet
individuel. Nous allons examiner la façon dont une société
particulière, la société Yansdu Zaïre, défmit ainsi une
structure de référence organisée autour de plusieurs pôles situés
dans des relations d'opposition et de complémentarité. Cette
structure sous-tend la constitution du sujet comme un être
de culture et médiatise son insertion progressive dans la
.
société Yans.
En donnant au terme une extension plus large que celle
qu'il reçoit ordinairement, on pourrait appeler « inconscient
collectif» cette structure de référence: collectif car nous
sommes dans l'ordre de phénomènes de culture;
car le code ne se donne pas en clair, au niveau des attitudes
affectives ou de comportements quotidiens par exemple; il
demande à être abstrait de la série d'oppositions et de
ressemblances que l'on retrouve sous-jacentes à divers
domaines de la vie sociale et qui permettent de décrire ce que Lévi
50Strâuss (t 958) appelle t attitude inOOnsciênred'iule societé otf
d'un groupe de sociétés.*
Concrètement, je vais examiner quels sont les personnages
qui constituent le champ de référence que la société Yans
place autour de l'enfant; les connotations qui leur sont
associées seront dégagées à partir d'une anâlyse des rituels, des
institutions et des systèmes de représentation dans lesquels
ils sont impliqués d'une manière ou d'une. autre. Pris dans ce
sens, l'inconscient collectif n'épuise pas plus le sens de
l'inconscient individuel que le langage n'épuise celui de la
parole; il défmit seulement les repères à partir desquels cette
parole peut être énoncée et comprise.
U ne société lignagère et matrilinéaire
La société Yans est une société lignagère matrilinéaire.
Le premier de cesquâlificatifs indique que la famille
nucléaire n'est pas une unité de référence sociâlement
vâlorisée. L'individu se trouve inséré d'emblée dans une structure
plus large qui implique, au moins potentiellement, une
démultiplication des fIgures signillcatives par rapport à
l'enfant. Le système des appellations est un système
classifIcatoire qui comporte une extension au lignage des termes
d'appellation utilisés dans la famille nucléaire. Le terme de
père (tar) et celui de mère (ma) sont en effet étendus aux
membres de leur lignage respectif: les oncles paternels sont
égâlement appelés tar et la tante paternelle, ta mokar (père
femelle) ; les sœurs de la mère s'appellent ma et ses frères,
ngobeal (mère mâle) ou manpe dans le cas de l'ancien du
lignage. Les cousins parâllèles (enfants de la sœur de la .mère
et du frère du père) sont désignés par les mêmes termes que
les frères et les sœurs, termes qui indiquent. une prégnance
du rapport aîné-cadet au niveau deS vocables utilisés et à
celui des connotations que revêtent les relations.
Le fait de quâliller la société Yans de société matrilinéaire
signifIe que le système de filiation privilégie. une proximité
(*) On peut également établir une analogie entre cette structure de
référence culturelle et ce que Guyotat (1980) qualifie de« filiation instituée ».
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