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Trouver la bonne distance avec l'autre

De
224 pages
Comment être chaleureux et ne pas se faire envahir, comment être ferme sans être rejetant ? Les subtilités du langage et des attitudes ont un impact étonnant sur la relation dont nous n’avons pas toujours conscience. Ce manuel pratique apporte une réflexion et un outil d’ajustement permettant de parvenir à trouver à chaque instant la bonne distance entre soi et l’autre.
Les professionnels du soin, de l’éducation, du social, de la relation d’aide ou de l’accompagnement y trouveront des repères nécessaires et suffisants pour travailler plus sereinement dans des contextes souvent éprouvants.
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Préface
L’INVENTION DE LA RELATION D’AIDE
CONFORMÉMENTÀLESPRITde la collection, Catherine Deshays s’est prioritairement attachée dans ce livre aux aspects les plus concrets et les plus directement utiles à la construction d’une rela-tion d’aide satisfaisante et enrichissante. Sa longue expérience dans ce domaine lui a permis d’enrichir considérablement les outils et les éclairages soutenant habituellement cette approche. Elle donne une attention particulière au climat relationnel comme la condition essentielle à toute relation d’aide. De plus, profitant de son chemin approfondi en Gestalt-thérapie, elle peut apporter un regard phénoménologique qui apparaît particulièrement éclai-rant pour s’impliquer et comprendre l’existence humaine. Nul doute que de nombreux lecteurs, des plus novices aux plus expé-rimentés, pourront trouver ici de précieux soutiens et enrichissements pour leur propre pratique. Cette approche volontairement concrète e t pragmatique pour-rait cependant conduire le lecteur à sous-estimer l’importance de ce dont il est question dans cet ouvrage.Sous les apparences d’une simple innovation technique, l’invention de la relation d’aide par Carl Rogers au début des années 40 a introduit en fait une véritable révolution dans le monde de la « psy », et dans la société moderne en général. Il s’agit en quelque sorte de l’une des étapes importantes d’une histoire plus vaste, que l’on peut désigner comme un processus de
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PRÉFACE
démocratisation du travail psychiqueque le souci de la « : alors santé psychique » —le souci de soisi bien désigné et décrit par Foucault dès l’Antiquité — a été longtemps réservé à une élite de philoso-phes, de religieux ou de riches oisifs, elle est devenue, petit à petit, l’affaire de toutes et tous ou presque. Cette évolution considé-rable, dont on peut dire qu’elle s’intègre dans un véritable changement de civilisation, a suivi de nombreuses voies, notam-ment religieuse – avec la diffusion et la rigueur croissante de l’examen de conscience, en particulier dans les suites de la réforme protestante – ou artistique, notamment avec l’essor extra-ordinaire du roman puis du cinéma. Mais elle a aussi été portée par l’histoire des disciplines qui se proposent de prendre directe-ment la question de front et d’en faire l’objet d’une activité professionnelle : la psy, abréviation commode pour pouvoir dési-gner en une fois l’ensemble formé par l’assemblage complexe des psychiatres, des psychologues, de psychanalystes et des psychothérapeutes. e Lapremière étapea été, au début du 19 siècle, l’introduction par les grands aliénistes français tels que Pinel ou Esquirol du traite-ment moral de la folie: après avoir été longtemps écarté, par assignation à un rôle social marginal ou, plus récemment, par un enfermement pur et simple, le fou (re)devenait un être humain, un citoyen parmi les autres, qu’il était possible d’aider, simplement en acceptant de communiquer avec lui par la parole. Il est évidem-ment significatif que cette ouverture ait été exactement contemporaine de la Révolution Française : de même que tous devaient pouvoir contribuer à l’élection des représentants de la Nation ou bénéficier d’une instruction minimale, tous devaient pouvoir être acceptés et accompagnés lorsque les vicissitudes de la vie les conduisaient à « perdre la tête ». Laseconde étapesiècle plus tard, ouverte par le travail de, un Freud, a consisté à reconnaître que ce n’était pas seulement une poignée de psychotiques qui relevaient d’un tel traitement, mais que nous avions tous en nous des failles ou des troubles psychiques que nous pouvions avoir intérêt à mieux reconnaître et comprendre, et que ces psys d’un nouveau genre allaient apprendre à écouter. On sait l’impact considérable qu’a eu la e psychanalyse sur la société du 20 siècle, non seulement par sa
L’invention de la relation d’aide
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pratique proprement dite (la cure, qui est restée relativement limitée), mais par son intégration à la psychiatrie, à l’éducation, à la philosophie, aux sciences humaines ou à la culture. Mais l’ouverture psychanalytique restait limitée par deux facteurs : d’une part, les conditions extrêmement rigoureuses de l’accès à la démarche (de l’argent, du temps, des compétences culturelles élevées et très spécifiques) la réservaient à une élite ; d’autre part, l’image encore fortement médicalisée de la démarche (malgré les hésitations de Freud lui-même, on continuait à parler de cure, de diagnostic, de guérison, etc.) pouvait repousser ceux qui n’étaient pas prêts à se reconnaître dans une image qui aurait évoqué, de près ou de loin, celle de la folie. Ce sont ces deux limites que Rogers et ses successeurs viennent repousser, en affirmant quetoute relation humaine peut être thérapeu-tique pourvu qu’elle intègre trois attitudes fondamentales: l’acceptation inconditionnelle, l’empathie et la congruence; et quetout être humain peut bénéficier d’un travail thérapeutique:même s’il est « normal », il n’a pas encore atteint l’« état optimal » auquel il pourrait aspirerne signifie pas que tout le monde peutentendu, cela . Bien s’improviser psychothérapeute, mais s’ouvrait ainsi la possibilité d’une diversification considérable des pratiques thérapeutiques, de développement personnel ou d’accompagnement, qui s’est effec-tivement manifestée de manière spectaculaire, aux États-Unis puis dans les autres pays. À commencer par Rogers lui-même, des livres commeLe développement de la personne,Les groupes de rencontre ouLiberté pour apprendreont eu un impact social considérable, tant dans les esprits que dans les pratiques. Mais surtout ce nouveau regard a été repris par l’ensemble des nouvelles thérapies, dites aussi les thérapies humanistes qui se sont multipliées dans les années 50 et 60.Aujourd’hui, le succès d’une publication comme Psychologies Magazinepeut être retenu comme le symbole d’une sensibilité générale que ni Pinel ni Freud n’auraient certainement pu anticiper. Bien entendu, cette évolution soulève de nombreuses ques-tions, politiques et philosophiques, comme en soulève actuellement, depuis les années90, ce qui semble bien êtrela quatrième étapeavec la généralisation des réponsesde cette histoire, psy apportées aux difficultés sociales les plus diverses (la précarité, © InterEditions. La photocopie non autorisée est un délit.
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PRÉFACE
la violence, la dispersion familiale, la souffrance au travail, etc.), mais aussi ce qui peut apparaître comme un mouvement de recul, avec le développement des approches neurobiologiques et des trai-tements pharmaceutiques. Je ne pense cependant pas que l’on puisse nier l’apport positif considérable de la théorie de la relation d’aide et de son message tout simple: les êtres humains ne vont pas toujours très bien « dans leur tête » et, dans ce cas, ils peuvent toujours envisager, au moins, de s’aider un peu les uns les autres. Cette aide ne s’impro-vise pas et Catherine Deshays nous montre tout au long de ces pages comment s’y prendre, comment se questionner dans ces situations complexes.
Claude Coquelle, 1 Psychosociologue et psychothérapeute (Nantes) Chargé de cours à l’Université de Lille I (CUEEP) Président de PSYPOL (www.psypol.com)
1. Auteur deLe psy et le politique, Mardaga, 2003, deHistoires cueillies, histoires offertes, PU Lille, 2006, et deL’enjeu civique des formations de base, Ibis rouge, 2007.