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Un secret

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71 pages
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Description

« Ne te mêle pas de la conversation des grands! »... Combien de fois avez-vous entendu cette remarque, étant gamin? Dans chaque famille, il y a des secrets plus ou moins bien gardés. Plus ou moins avouables, aussi. Quand un grain de sable vient dérégler la machine bien huilée d'une vie qu'il croyait normale et heureuse, Paulo, petit berrichon vif et imaginatif, se fixe un but jusqu'à l'obsession: percer le secret que feu son père avait promis de lui dévoiler, qu'elles qu'en soient les conséquences.


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Ajouté le 31 octobre 2014
Nombre de lectures 232
EAN13 9782365751902
Langue Français
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Serge Camaille

 

 

 

Un Secret

 

 

 

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Aux deux Patrick, qui, s’ils avaient pu…

Reposez en paix, les gars !

 

 

SI LE SILENCE EST D’OR,

LA PAROLE EST UN DIAMANT !

 

 

Préface

 

Que vous dire d’un livre dont le titre est Un secret ? Je ne peux vous parler ni de la petite intrigue qui l’anime, ni de l’état d’esprit des personnages, bien sûr. Ce que je peux vous dire, par contre, c’est que je les ai fait sortir du Berry, cette fois… parce que je les ai promenés, les personnages de ma petite histoire. Si je suis naturellement reparti de la région de Sancoins, Grossouvre plus précisément, je me suis amusé à naviguer de Saint-Jean-de-Mont à Gréoux-les-Bains, de Dun-sur-Auron à Montluçon, du Mont-Dore à Bourges, de Clermont-Ferrand à Bellenaves, de Saint-Bonnet-de-Tronçais à Gannat, de La Guerche-sur-l’Aubois à Etroussat… Bref, sachez seulement que tous ces lieux m’ont marqué d’une façon ou d’une autre, à quelque moment de ma vie. Encore une sorte d’hommage ! Et toujours dans la belle période des Trente Glorieuses.

Parce que quand j’ai commencé à écrire ce petit roman, je n’avais qu’un seul but : retrouver encore la douceur de vivre et le vent de liberté qui soufflait sur les années soixante. Certains objecteront que la liberté avait encore des progrès à faire, que la censure était omniprésente, que les médias étaient sous contrôle, et j’en passe… Ce n’est pas de cette forme de liberté dont je parle. Ce qui se passait dans les hautes sphères, on s’en fichait un peu, nous, dans notre campagne. Notre liberté à nous, c’était de pouvoir nous retrouver le plus souvent possible, de refaire le monde à notre façon, de voir l’avenir avec nos yeux d’adolescents, allant jusqu’à imaginer qu’en l’an 2000, on ne roulerait plus en voiture, que chacun aurait son aéroglisseur. On rêvait de conquête spatiale, allant jusqu’à penser qu’un jour on pourrait vivre sur la lune. Ce qu’on n’avait pas prévu, c’était l’aspect négatif de ce progrès galopant (et pourtant on avait lu des livres) : la disparition programmée des petits commerces de proximité au profit d’immenses surfaces impersonnelles, mais surtout aussi la lente mais inéluctable raréfaction des bistrots de quartier… Le bistrot, cet endroit convivial où, devant un café, un demi ou autre chose, on pouvait se retrouver pour un instant de chaleur et de partage. Peu à peu, cette chaleur a laissé place à la froideur des écrans d’ordinateur. Ne croyez surtout pas que je sois un dangereux réactionnaire… Juste nostalgique, un peu.

Si, pour Le P’tit Berlaudiot, je m’étais inspiré de personnes croisées au cours de mon enfance, je suis cette fois parti d’un simple article de quelques lignes lu dans une revue féminine alors que j’attendais mon tour chez le docteur. N’y cherchez donc aucune connotation autobiographique : cette petite aventure sort tout droit de mon imagination galopante. Par contre, les situations géographiques et temporelles sont d’une rigueur diabolique.

Bien sûr, pour donner du piment à mon histoire, je l’ai fait traverser par quelques personnages secondaires ayant marqué l’époque, soit en forme d’hommage, soit en forme de clin d’œil. Si certains d’entre eux auront la surprise de se reconnaître, d’autres sont déjà au courant.

Allez, je vous laisse découvrir cette nouvelle aventure qui, je l’espère, vous procurera autant de plaisir que la précédente, en attendant la suivante…

 

 

Chapitre 1

 

Bonjour. Je m’appelle Jean-Paul Brivot. Aujourd’hui, je suis heureux. Pleinement. Enfin, non pas que je fusse malheureux le reste de ma vie. Non, la plupart de mes rêves se sont à peu près réalisés : une femme adorable qui m’a donné un fils dont je ne suis pas peu fier, une carrière professionnelle somme toute assez réussie… mais jusqu’à maintenant, il me manquait quelque chose d’essentiel, je me sentais comme amputé d’une partie de moi-même... Une telle sensation de plénitude, je ne l’avais pas ressentie depuis ma plus tendre enfance.

Du plus loin que je me souvienne, je devais avoir cinq ans. C’était un lundi, en fin de matinée. Nous attendions, ma mère et moi, l’arrivée de mon père. Mon père arrivait toujours le lundi. Mais rarement avant le soir. Ce matin-là, il avait téléphoné en disant qu’il viendrait déjeuner et qu’il nous réservait une surprise. Quand maman vit apparaître la belle Simca « Versailles » bleu ciel avec son toit bleu marine et ses chromes rutilants au bas du chemin qui conduisait à notre petite maison, elle parut un peu déçue :

– C’est ça, ta surprise, Pierre, une nouvelle bagnole ?... Rien qu’une bagnole ?

Elle avait pris sa mine boudeuse, maman. Celle à laquelle papa ne savait pas résister.

Papa s’appelait Pierre. Pierre Gaspard. Pourquoi ne s’appelait-il pas comme moi ? S’ils croyaient tous les deux que je n’étais pas encore en âge de me poser la question, je me la posais quand même. Moi, je m’appelais comme maman : Brivot. Nicole Brivot, qu’elle s’appelait, maman. Constatant qu’elle continuait de bouder, papa ajouta :

– Ce n’est qu’une partie de la surprise... Mais reconnais qu’elle est belle, cette auto !

En répondant, il m’avait saisi aux hanches et me couvrait de baisers. Bien sûr qu’elle était jolie la nouvelle voiture, comparée à la vieille Peugeot 203 vert caca d’oie qu’on avait avant. Il me reposa doucement, puis il enlaça et embrassa longuement ma mère, qui abandonna instantanément sa mine capricieuse. Ensuite, il entra dans la cuisine en disant :

– Prépare donc une valise pour vous deux : on va passer quatre jours à la mer. J’ai réservé ce matin dans une petite pension de famille, en Vendée.

Là, un large sourire éclaira le visage de maman. C’était donc ça, la vraie surprise. Le mot « mer » n’évoquait en moi que les dessins et les photos que j’avais pu voir dans différents livres. Les aventures de Sinbad le marin, aussi, que maman me racontait le soir pour m’endormir. J’allais enfin voir la mer ! Des images de pirates, de baleines et autres animaux fabuleux peuplèrent mon esprit durant tout le repas.

Ce fut après ledit repas que nous partîmes sur les routes de France dans la belle auto toute neuve. Heureusement, en ce début du mois d’août, nous avions évité de partir le week-end, et le trajet fut tranquille. De toute façon, on ne risquait pas de partir le week-end, car le week-end, papa n’était jamais là ! Du voyage, je ne vis pas grand-chose : avant Saint-Amand-Montrond, je dormais déjà sur la grande et moelleuse banquette arrière. Je me suis réveillé une fois : mon père prenait de l’essence. Après avoir murmuré : « C’est loin ! », je me rendormis. Enfin, la voiture s’arrêta définitivement sur une petite place pavée devant une bâtisse aux volets bleus et aux fenêtres fleuries. M’asseyant, je dis simplement, tournant la tête en tous sens :

– Elle est où, la mer ?

Papa, amusé, rétorqua :

– Ne sois pas aussi impatient !... Tu vois la rue au coin de la maison aux volets bleus ? Tu la suis jusqu’au bout et tu tombes sur la mer. Mais on va d’abord s’installer. Ensuite, promis, on y va !

– Elles ont toutes les volets bleus, les maisons, ici !

Le temps que maman range comme il faut nos habits dans la belle armoire en bois clair, il était déjà plus de vingt heures. Nous longeâmes l’avenue de la mer, bordée de boutiques toutes plus attrayantes les unes que les autres. Ici, un restaurant, là une échoppe de souvenirs, et encore un marchand de maillots de bain, de pelles, de seaux et de râteaux. Arrivés face à l’océan, je fus un peu déçu. Il n’était même pas bleu, comme dans les livres. Il était gris, presque noir ! J’en fis part à mes parents avec une moue d’enfant gâté :

– C’est même pas bleu... On dirait le canal, à Sancoins… sauf que ça bouge !

– Il est tard, Paulo ! Quand le soleil est couché, la mer change de couleur. Mais tu verras demain matin, elle sera beaucoup plus belle ! Et puis regarde comme elle va loin ! C’est son immensité qui devrait t’impressionner.

– Oué… C’est grand… mais c’est tout !

À part quelques personnes faisant courir leur chien, la plage était déserte. La marée remontante amenait une petite brise qui me faisait frissonner. Maman, constatant que j’avais la chair de poule, demanda à mon père de remonter pour aller dîner. Si la plage était quasiment vide de touristes, les restaurants du front de mer étaient bondés. On s’installa à une des rares tables libres en terrasse. Mes parents, en bons touristes, commandèrent des moules et des frites. Pour moi, un steak haché, avec des frites, bien sûr. Les moules, je n’aimais pas. Enfin, pas encore. En rentrant à l’hôtel, j’eus droit à une boule de glace à la vanille, au glacier du coin de la rue.

Le lendemain matin, mon père m’offrit un seau avec pelle et râteau, tandis que maman essayait plus de dix maillots pour finalement n’en acheter qu’un. Ensuite, on a musardé dans la ville en attendant l’heure du déjeuner. J’étais impatient d’aller à la plage. Aussi, dès le repas avalé, nous redescendîmes jusqu’au front de mer. Je passai mon après-midi à faire des châteaux... Enfin, à essayer : ils s’écroulaient tous à chaque fois. Mes parents, eux, semblaient dormir sur leur serviette. Ils restaient ainsi sans bouger, les bras derrière la tête. Intrigué, je vins quand même demander à mon père :

– Vous êtes fatigués ?

-Mais non : on profite de l’air marin... On décompresse ! Pourquoi ? Tu t’ennuies ?

– Ah non ! Moi, non : je croyais que c’était vous... Moi, je m’amuse bien !

Du coup, il vint m’aider à faire un grand château qui tint le choc jusqu’à ce que la marée montante l’emporte.

Le lendemain, le programme fut à peu près similaire : restaurant, plage, glaces... C’était bien, les vacances ! Le jeudi matin, papa nous emmena même visiter le port de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Tous ces bateaux !... Des grands, des petits, des énormes ! J’en aurai des choses à raconter dans la cour de l’école, à la rentrée !

Mais dès le vendredi matin, il fallut repartir. Papa travaillait le lendemain. Les jours suivants aussi. Enfin, c’est ce que me disait maman.

On ne le revit qu’après le 15 août, papa. Entre les foires et salons le week-end et ses clients prospects le reste de la semaine, il n’avait pas beaucoup de temps à nous consacrer. C’est encore ce que me disait ma mère. Il était représentant pour une grande maison de vins du Jura, un des meilleurs vendeurs de France. Toujours selon maman. Bizarrement, c’était souvent pendant les vacances qu’il était le plus absent. À l’époque, évidemment, j’étais trop petit pour savoir quelles étaient les bonnes périodes pour vendre du vin.

Cette année-là, en l’attendant, maman essayait de nous occuper du mieux qu’elle pouvait, afin qu’on ne restât pas cloîtrés dans notre petite maison perdue au bas d’un chemin creux, aux Mirlorets, à l’orée de ce qu’on nommait communément les bois de Grossouvre. Un jour nous allions en baignade à Robinson, le plan d’eau de La Guerche, un autre au bord de l’Allier à Apremont, le mercredi matin à la foire à Sancoins... et le 15 août aux courses à l’hippodrome de La Guerche. Maman aimait bien les courses de chevaux, au Gravier. Une superbe tribune en bois où une foule bigarrée et hétéroclite se rendait cinq ou six fois l’an, l’Assomption étant la plus grosse date. Pour l’occasion, elle lustrait sa voiture – une petite Panhard Dyna d’un gris indéfinissable -, mettait sa plus jolie robe d’été, la jaune à fleurs bleues, et faisait boucler ses longs cheveux noirs avec des bigoudis. Du haut de ses vingt-trois ans, elle était jolie, maman. Pour moi, c’était même la plus belle. À chaque course, elle misait un franc placé sur un cheval après avoir consulté le programme... comme si elle était une connaisseuse. Plus tard, j’ai découvert qu’elle se fiait surtout au nom des chevaux. Elle jouait surtout pour donner de l’intérêt au spectacle, pour vibrer quelques secondes. Bon, elle ne gagnait pas souvent, ou alors dix francs par-ci, cinquante par-là, pas plus. Moi, ce qui m’intéressait, c’était la présentation des chevaux dans le rond, avec les jockeys portant des casaques bigarrées avec les toques assorties. Et l’odeur : j’aimais bien cette odeur de crottin, et dans mes souvenirs, à chaque fois que je sens une odeur de crottin, je me retrouve aux courses au Gravier !... Les gens qu’on y rencontrait, aussi. Des copains et copines de maman qu’elle ne voyait quasiment qu’à cette occasion. La Guerche, maman y était née, y était allée à l’école jusqu’à quatorze ans. Elle revoyait donc avec plaisir ses anciens camarades. Mais juste ces jours-là. On ne venait jamais ici, sinon. C’est qu’il y avait mes grands-parents à La Guerche, et maman était fâchée avec eux. Sûrement depuis longtemps : je ne les connaissais même pas ! Les parents de mon père, je ne les connaissais pas non plus d’ailleurs. Il paraît qu’il n’en avait plus. C’est encore ce que me disait maman.