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7 kg d'amour pour ton anorexie

De
74 pages

L'hospitalisation de Guillaume, 15 ans et demi, pour anorexie mentale engendre un combat sans répit de sa maman, des incompréhensions face à la médecine devenue « la coupable » du mal-être de son fils. Par-delà cette souffrance, elle livre à son enfant ses émotions, son ressenti, ses questions et surtout son amour certain, mais difficile, qui a nui à sa croissance et provoqué toutes les douleurs dont son corps est aujourd’hui meurtri.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-69708-0

 

© Edilivre, 2014

7 kg d'Amour pour ton anorexie

 

Samedi 26 mai 2012 :

Tout a commencé ce samedi 26 mai. Jamais je n’oublierai ce jour-là, où j’ai dû, une fois de plus, t’amener à l’hôpital pour un contrôle de poids.

L’annonce est brutale : ta vie est en danger, tu peux mourir d’un jour à l’autre, ton corps est trop fatigué, tu es trop maigre, toi mon fils Guillaume, toi mon enfant. Et ce mot que je ne connais pas, que je ne comprends pas : anorexie mentale. Je ne sais rien de cette maladie si ce n’est que cela touche les filles, qu’elles se font vomir. Mais pourquoi mentale ? Comment peut-on ne pas prendre de poids lorsque l’on a quinze ans ? Comment se fait-il que le mental, que les souffrances que tu as gardées en toi depuis toutes ces années, s’en prennent à ton corps, à ta vie ? Je croyais avoir fait le nécessaire médicalement pour que tu te sortes de tous ces malaises survenus trop fréquemment depuis quelques temps. Je t’ai amené voir les médecins chaque fois que tu tombais, me trouvant dans un désarroi inexplicable, te confiant à la médecine, espérant d’elle une explication à ces chutes. De l’hypoglycémie, disaient-ils ! Mais rien à faire, rien à donner, si ce n’est te faire suivre par un psychologue. Chose que j’ai faite et que tu as acceptée. Mais voilà, aujourd’hui, on nous annonce que tu dois rester dans cet hôpital pour guérir. A-t-on le choix lorsque l’on ne sait pas ? On me parle de contrat, on me dit que tu ne sortiras que quand tu auras atteint 50 kg. Tu n’en pèses que 42 !

On ne voit rien venir, ça arrive si vite, on n’est pas préparé à ce qui va se passer, à l’absence, à l’incompréhension du corps médical, à son dysfonctionnement.

Maintenant je sais… Ce serait à refaire, jamais je ne te laisserais entre leurs mains, jamais.

Mercredi 30 mai 2012 :

Je passe devant cet hôpital, je lève la tête vers ta chambre, peut-être pour t’apercevoir quelques secondes, mais rien.

Des jeunes de ton âge défilent au magasin. Je pense à toi, à ce que tu es. Pourquoi tu n’es pas comme eux ? Pourquoi ? Je souris aux gens, ils ne savent pas combien j’ai mal, ils ne savent pas pour mon fils. Cédric est venu chercher la voiture pour aller chez le médecin pour son genou. Il en souffre depuis si longtemps. Ça me fait du bien de le voir deux minutes. À 18 h 30, je pars vite, je veux arriver à Intersport avant que le magasin ne ferme. Trouver ce bonnet à visière pour toi mon Guigui, il le faut, je sais que tu en as tant envie ! Ils n’en ont pas. J’achète une casquette pour Cédric. Je suis triste, il fait beau et chaud et toi, mon fils, tu es dans cette chambre d’hôpital, enfermé. Je culpabilise : est-ce ma faute si tu es là-bas ? Pendant ces quinze années passées à m’occuper de toi, qu’est-ce que j’ai oublié ? J’appelle ta prof principale, lui explique. Elle ne comprend pas le pourquoi de cet isolement strict. Pourquoi te couper de moi, de ton frère, de ton père, de tes amis ? Sommes-nous devenus un milieu qui ne te correspond plus ? Je me réjouis un peu car elle m’explique ton comportement exemplaire lors du voyage à Paris. Ton intérêt lors de la visite du musée, les questions que tu as posées. Je suis fière. Tu n’es donc pas le jeune homme que je croyais fermé, timide, je me suis trompée…

Ce soir Corinne et Bruno sont passés m’aider à préparer le punch. On a parlé de toi. Ça fait du bien de voir que mes amis s’intéressent à toi.

Bonne nuit mon Guigui. Je pense à Nana, elle t’appelait Mon Guagui.

Jeudi 31 mai 2012 :

C’est mon anniversaire : je pense à Guigui : que fait-il ? Sait-il que c’est mon anniversaire, qu’aujourd’hui j’ai 50 ans, qu’il me manque ? Des pluies de texto, les ami(e)s qui me le souhaitent. Ça me fait chaud au cœur, énormément plaisir mais j’ai mal. J’ai mal pour mon fils.

Je passe devant cet hôpital, je lève la tête, c’est haut le onzième étage ! Fenêtres roses et grises. Je ne vois rien. Je ne te vois pas. Je ne peux que t’imaginer mon Guigui. Que fais-tu ?

À midi je mange seule sur la terrasse au soleil. Je réponds aux texto, après avoir appelé l’hôpital pour avoir une réponse de Mme F : savoir si tu peux sortir pour la fête des mères, pour mon anniversaire. Rien ! La personne qui me répond ne sait pas ; je laisse mes coordonnées ; peut-être m’appellera-t-elle cet après-midi ?

Surprise, à 13 h15 ! Albert sonne à la porte : une magnifique orchidée immense, superbe, ça me touche. Je pense à toi Guigui, je voudrais que tu la voies. Aujourd’hui je prends conscience de tous ces amis qui m’entourent, m’apprécient, m’estiment. C’est super… Mais j’aimerais, Guigui, que tu partages ces bons moments avec nous. Même si on est vieux, tu verrais ta maman autrement, tu la verrais rire, s’évader, se sentir bien. Ce soir, en rentrant, j’écoute mes messages, Mme F a essayé de me joindre, et dit qu’elle me rappellera demain matin sur mon portable. J’espère une bonne nouvelle mais j’ai peur.

Dans l’après-midi un jeune homme de seize ans est rentré avec sa mère au magasin ; je le regardais ; vous vous ressemblez tous un peu. Les larmes me sont montées aux yeux. Difficile de ne pas dire : « j’ai un grand garçon aussi mignon mais il est à l’hôpital. Et je ne sais rien, je ne peux pas le voir ». Mon Guigui, je t’ai tant pris dans mes bras, je t’ai tant protégé du monde, et aujourd’hui ce n’est pas moi qui te soigne. Pourquoi ? On me vole cette place.

Natacha m’a appelée ; une heure à discuter, à lui expliquer. Théo est gentil, il s’arrête souvent au magasin me dire bonjour. Pourquoi ne l’as-tu pas gardé comme ami ? Vous avez passé de si bons moments ensemble.

19 heures : je rentre du boulot, j’ouvre la porte et surprise : dans le couloir, la console blanche que je voulais tant, et dessus, un bougeoir déco, un petit mot de Cédric et Coline. Je craque et pleure, c’est trop beau et trop gentil. Je l’appelle et lui dis que je l’aime.

20 h 30 : on sonne à la porte. Les filles, Corinne, Michèle, et Nathalie me font une surprise : une tarte aux fraises et un pétillant ; elles sont supers ! On parle, on rit, ça fait du bien.

Et je pense à toi ma puce, mon Guigui, avec ce sentiment étrange que nous sommes tous les deux pareils, différents des autres, exclus et abandonnés. Je pense à toi, et à ma maman qui m’a mise au monde ce jour-là, dans la souffrance et le bonheur de voir une petite fille arriver qu’elle appellera Laurence. Bonne nuit ma puce.

Lundi 4 juin 2012 :

10 heures : Cabanis : amener le certificat médical à l’intendance pour le dégrèvement du self. Rien, ces deux femmes ne me demandent rien sur toi, l’indifférence…

14 h 15 : L’hôpital, onzième étage, je suis fatiguée. Je laisse au secrétariat une boîte de madeleines au chocolat noir pour toi, un morceau du gâteau de mon anniversaire et un petit cœur rouge avec ton prénom inscrit dessus : il devait marquer ta place à table. Ils ne savent pas s’ils pourront te le donner, il faut demander l’autorisation à la diététicienne. Pourquoi ? C’est pour mon fils.

Rendez-vous avec Madame P et l’éducateur. Il est jeune, il a de beaux yeux bleus. Trois heures enfermée avec eux dans un petit bureau où il fait chaud. Il faut parler de toi, de nous, du passé. C’est dur, ça fait mal. Répondre à des questions. Pourquoi ton père, ceci ou cela… Je ne sais pas, je ne sais plus et je n’ai plus envie de parler de lui. Je veux qu’on te sauve, toi mon Guigui. Ils disent que je t’ai trop protégé. Que fallait-il faire ? C’est quoi ce trop ? Tu n’as pas demandé à venir au monde dans des conditions aussi dramatiques. Je me devais de te voir grandir entouré de protection, t’aider à prendre confiance en toi, à ne pas avoir peur. Et je parle de toi, de Cédric, de moi, de nous trois. Toutes ces années passées à trois, rien que nous trois. Je ne craque pas, non, trop d’amertume, de souffrance, de haine. Elle me parle du Juge des Affaires Familiales. C’est quoi ce qu’il m’arrive ? Seize ans de notre vie, ensemble, et puis d’un coup il n’y aurait plus rien ? On me prendrait mon fils ? Un père absent qui aujourd’hui se voudrait présent ? Il n’est pas capable, il n’a pas le droit ! Et là je pleure, quelques larmes s’écoulent. C’est dur ! Elle aussi a les yeux rougis, elle me dit : « vous êtes une femme sur tous les fronts ». Alors moi je réponds : « je me battrai encore, c’est mon fils, ma bataille ». Je t’aime Guillaume.

20 heures, ils arrivent : Coco, Nathalie, Alain, Bruno. Soirée sympa pour finir la paëlla. C’est bien qu’ils soient là, ça me change les idées, malgré ma fatigue. Difficile de parler de toi, ils ne peuvent pas comprendre : c’est moi qui ressens le vide, l’absence, la séparation, pas eux.

Mercredi 6 juin :

Je n’arrive pas à joindre Mme P. Une idée m’est venue : et si tu étais interne à la rentrée. Tu serais avec tes copains, on se verrait le week-end. Je demande son planning, personne ne le connait. C’est fou ce sentiment d’être coupée de tout, de toi, de ta vie à l’hôpital. Ce sont eux qui s’occupent de toi, ce n’est plus moi. J’essaierai de nouveau demain de joindre Mme Ch.

18 h 30, je me dépêche, je veux voir le responsable de RéseauLud, où tu dois faire ton stage à la demande de ta prof principale. En effet, une prof à fait une « boulette » comme elle dit : elle a averti ce monsieur de ce qui t’arrivait et que, de ce fait, tu ne pourrais effectuer ce stage. Maintenant, à moi d’aller rectifier leur connerie. Accueil très froid de la part du responsable, à la différence du jour où il avait accepté bien volontiers que tu fasses ce stage chez lui. Moi j’ai le sourire, je ne comprends pas sa réaction. Il m’expose ses craintes que tu aies un malaise et qu’il ne sache pas quoi faire, me donne le prétexte qu’il y a beaucoup de travail, qu’il ne pourra pas s’occuper de toi. Je suis amère… De quel droit parle-t-il comme cela ? Je lui propose de laisser à l’hôpital l’initiative de te faire faire ce stage et l’assure...