A l’ombre d’un soufi

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C'est le témoignage d'un fils qui a suivi religieusement, tout au long de sa vie, l'enseignement de son père(le cheick Yacouba SYLLA), les traces de son histoire et de notre histoire commune.

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Publié par
Date de parution 01 septembre 2006
Nombre de lectures 14
EAN13 9782916532004
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,06€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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AHMADOU YACOUBA SYLLA 11
À l’ombre d’un soufi
Vallesse
23 B.P. 1575 Abidjan 23
Côte d’Ivoire
E-mail : edition_vallesse@yahoo.fr© Vallesse, Abidjan, 2006
ISBN : 2-916532-00-5
Toute reproduction interdite sous peine de poursuites judiciaires.À
Ma mère Karidiatou Cissé...
À
Mon épouse Kadidiatou Yvonne Dadié...
Hommage à celle qui, avec Amour, partagea ma Vie...
Avant de quitter notre misérable terre, elle me magnifia
son Amour par un don d’une rareté exceptionnelle.
Comment ne pas vivre avec elle éternellement dans
l’inéluctable dessein Divin ?
À
Walla et Djénéba, ses coépouses avec lesquelles, notre
complicité d’union avait ses harmonies existentielles,
pensées et modulées dans la correction objective de la
difficile condition humaine.
À
N’paly Kaba Diakité
Oumar Kaba SyllaTABLE DES MATIÈRES
Pages
REMERCIEMENTS......................................................................................................... 7
9PRÉFACE.............................................................................................................................
PREMIÈRE PARTIE : LE HAMALLISME DE CHEIKH YACOUBA
15SYLLA................................................................................
1......................................................................................................................................... 17
2........................................................................................................................................ 22
3........................................................................................................................................ 25
424........................................................................................................................................
515.........................................................................................................................................
556........................................................................................................................................
597.........................................................................................................................................
67DEUXIÈME PARTIE : À L’ÉCOLE DE L’IGNORANCE..............................
1......................................................................................................................................... 69
2........................................................................................................................................ 81
3........................................................................................................................................ 99
TROISIÈME PARTIE : DOULEUR CAPITALE................................................ 105
1- De graves périls nous guettent...................................................................... 107
2- Au nom de Dieu, désamorcez cette bombe !........................................... 113
3- Refusez d’être du nombre des juges qui seront jugés !....................... 117
4- L’Islam n’a pas de candidat............................................................................ 121
5- L’amnésie des outrages impossibles........................................................... 123
6- ADO, ne détruis pas ce que tu n’as pas construit !................................. 127
7- À l’attention de leurs très honorées Excellences.................................... 129
8- Confidences paternelles à mon fils Blaise................................................ 132
9- Une spirituelle lecture de la réconciliation.............................................. 136
10- Ta responsabilité est gravement interpellée............................................ 140
11- Post-Scriptum à mon frère Yacé................................................................... 145
12- La Côte d’Ivoire n’entend pas renoncer à sa Souveraineté !.............. 150
13- Le Mali a lancé une fatwa contre son idéal Africain............................. 159
14- Ensemble pour bouter hors de l’Afrique ce colonialisme
crapuleux............................................................................................................... 163
15- Ma sœur, garde-toi de lire l’inconnu !......................................................... 167
16- Frère Président, épousez la Vérité !............................................................. 17017- Comment la France peut-elle soutenir une rébellion !....................... 172
18- Quels sont ces étrangers en quête de nationalité ivoirienne ?....... 174
19- Socialistes Français, aidez-nous ou taisez-vous !.................................. 178
20- La francophonie sous le sacrificiel Baobab Thomas
SankaraBalla Kéita............................................................................................................. 181
21- Wade avocat de la rébellion ivoirienne..................................................... 185
22- Il y a des interdits qu’on ne viole pas !..................................................... 189
23- Devoir de Mémoire et de Vérité................................................................... 192
24- Terminée l’ère des simulacres et des faux-semblants........................ 193
24- La tragédie d’une amitié froissée................................................................. 196
25- Gbagbo : votre pays convulse sur un volcan........................................... 199
26- À mon père Houphouët-Boigny.................................................................. 202
27- Francophonie à Bamako : une invitation indécente........................... 205
28- Le mysticisme dévoyant du GIT................................................................. 210
29- L’offense d’un prêche...................................................................................... 211
30- Salut ! Nationalistes Ivoiriens... Bon sang - Bon teint...................... 213
31- Banny étouffe sa peur...................................................................................... 216
32- Quand la générosité est grande, la reconnaissance se doit d’être
immense............................................................................................................... 218
33- Le panafricanisme de vérité......................................................................... 220
34- Prix FHB pour la Recherche de la Paix : farce, bouffonnerie et
parenthèse honteuse....................................................................................... 224
35- Colloque sur le patriotisme Ivoirien : non à l’hypocrisie !............... 225
22936- Chérif Hamallah, Gbagbo te traduit !........................................................
37- Jeunes de Côte d’Ivoire, Merci..................................................................... 231
232GLOSSAIRE..........................................................................................................REMERCIEMENTS
Publier un tel témoignage avec le souci de dire l’essentiel, sans
trahir les faits a été le défi que je me suis lancé. C’est un truisme
que de dire que ce défi n’aurait été mené à bien sans le soutien d’un
certain nombre de personnes.
Ainsi, j’adresse un hommage filial et spirituel à notre Très Honoré
Calife, Cheickna Yacouba Sylla dont l’indulgente compréhension et
la tolérante ouverture d’esprit ont facilité ce devoir de témoignage.
À Monseigneur Paul Dacoury-Tabley, fascinant et spirituel frère
aux sources religieuses agréables.
À mon fils Serge Grah qui, un jour de juillet 2005 pour m’encourager
à publier cette œuvre, m'envoya ces mots : « […] Comment donc
aller à la reconstruction d'une Nouvelle Côte d’Ivoire sans nous
renier d'une part, et d'autre part comment éviter le gouffre carcéral
du mensonge, de la politique mal comprise et de la religion
folklorisée ? Telle est la question à laquelle cet ouvrage tentera,
Inch'Allah, de répondre… Un témoignage qui va nous emmener à
ne plus transmettre notre inculture et nos vices suicidaires à nos
enfants… Il va nous donner les moyens moraux et religieux pour
répondre aux questions de la Nouvelle Côte d'Ivoire : celle de
l'Éthique, de la Vérité, de la Dignité, du Travail, des Valeurs
culturelles et religieuses à promouvoir… Et votre rôle, papa, dans
votre histoire et dans celle de votre pays, est de participer à
l'échafaudage de cette Nouvelle Côte d’Ivoire […] » Merci mon fils
pour ta contribution à l’élaboration de ce livre. Ça été une aventure
partagée et passionnante.
Mes remerciements vont aussi à mes amis Sana Touré et Doudou
Salif N’diaye. J’ai trouvé auprès d’eux le souvenir de mon enfance
à Gagnoa.
J’exprime toute ma gratitude à mes enfants Souleymane Kamagaté,
Minnin N’da, Bouazi Koua Médard et Serge Yeboua pour l’attention
qu’ils ont bien voulu apporter à la lecture et à la correction du manuscrit.Toute ma gratitude va également à mon fils Abraham Niamien,
pour sa touche artistique.
Qu’il me soit permis de témoigner aussi toute ma reconnaissance
aux animateurs de la presse ivoirienne, toujours de disponibilité
patriotique. Merci d’aider la Côte d’Ivoire à se reconstruire.
Comment ne pas avoir une pensée pour ma fille Gnamian
Yankey Ama Dolores qui a bien voulu assurer le difficile travail
d’opératrice de saisie ? Je l’en remercie grandement.
Ils sont également nombreux ces anonymes, coreligionnaires
chrétiens et musulmans, historiens et sociologues... pour leur
inestimable et intelligente contribution. Merci à tous ces témoins
sans lesquels ce livre n’aurait pas existé.PRÉFACE
C'est d'une véritable dette dont je m'acquitte en écrivant cette
préface. Comment pouvait-il en être autrement face à celui qui
vous témoigne une longue et fraternelle amitié ? Et surtout lorsque
cet ami et frère, malade, se déplace lui-même, appuyé sur un
déambulatoire, le cou dans une minerve, montrant ainsi combien
cette contribution lui tient à cœur. Oui, mon cher Ahmadou pour la
profondeur et la fidélité des sentiments que tu nourris à mon
endroit, je te dois cette préface.
« À l’ombre d’un Soufi » est un livre tout à la fois, énigmatique,
suggestif, et explicite. L'énigme commence par l'auteur lui-même.
Jamais, il n'a eu l'intention d'être un écrivain. Mais son amour de
la Vérité et de la Liberté, l'a poussé à écrire, à chaud, « des lettres
ouvertes » à l'attention de ces contemporains. Des amis, des jeunes
surtout, qui ont admiré son courage et la richesse de ses pensées,
l'ont supplié d’écrire au profit des générations futures. Voici
comment Ahmadou Sylla s’est retrouvé écrivain.
Mais l'auteur « des lettres ouvertes » n'oublie pas la source d'où
il puise sa force et son inspiration : le Hamallisme de Cheikh
Yacouba Sylla. Comme pour nous dire, mes réflexions, mes
pensées, mes convictions, je les ai acquises à l'ombre de la sagesse
de mon père, à l'ombre du Soufi qu'il était. C'est cette source qu'il
suggère à travers « A l'ombre d'un Soufi ».
Mais qui est Cheikh Yacouba Sylla ? Dans ce témoignage
autobiographique, l'auteur s'offre l'occasion de nous raconter les
grands moments de la vie religieuse, familiale, politique, sociale de
son père, qui pour se définir lui-même dit : « Je ne suis pas un muqaddam... Je n'ai aucun rang que celui
d'un esclave dévoué et soumis à Cheikh Hamahoullah... Vous
voulez connaître ma vie, mon pouvoir ? Vous les aurez dans la
communauté d'hommes et de femmes de onze nationalités qui
vivent disciplinés dans un ordre qui a engendré l'Homme
Islamique Total. Cet homme dépouillé de son animisme et qui est
le frère de Tous les Hommes, qu'il se trouve à la mosquée, dans la
rue, en pèlerinage autour de la Kaaba etc. ; un homme qui a une
rigoureuse éthique de vie, détourné de la mendicité, de
l'escroquerie morale et religieuse ; un homme qui a le culte et la
noblesse du travail et dont la part de l'effort va dans le sens de la
contribution positive au bien être d'une humanité à l'âme purifiée,
à l'esprit ordonné afin que sa totalité serve à la seule cause qui
vaille Lâ ilâha illa Allah » (p. 51).
Pour moi, petit enfant de Gagnoa des années 40, qui croyait que
« Yacouba Sylla était uniquement synonyme de puissance
d'argent », je découvre aujourd'hui grâce à son fils, que la vraie
richesse de son père se trouvait ailleurs, dans la vie d'intimité avec
Dieu, dans la sagesse. Cela me fait penser à ce roi Salomon qui, au
faîte du pouvoir, de la gloire, et de la richesse n'avait qu'une prière
dans le cœur : « J'ai imploré et l'esprit de la sagesse est venu en
moi. Je l'ai préférée aux sceptres et aux trônes, auprès d'elle, j'ai
estimé néant la richesse ; je ne l'ai pas comparée à la prière
inestimable, car tout l'or du monde, face à elle, ne serait qu'un peu
de sable, et l'argent devant elle, paraîtrait de la boue...Car il y a
en elle un esprit intelligent, saint, unique, multiple, subtil, mobile,
distinct, sans tache, clair, inaltérable, aimant le bien, diligent,
indépendant, bienfaisant, ami de l'homme. » (Sg 7, 7...23).
Dans un monde, surtout dans ce pays, où les luttes d'intérêts ont
atteint leur paroxysme de haine et de violence, il était temps qu'on
présente en modèle quelqu'un dont le succès repose sur sa
soumission à Dieu, dans le respect de la dignité de l'Homme.Je souhaite donc que ce livre nous fasse asseoir près du Soufi, du
sage pour partager son intimité avec Dieu, sa fraternité et son
amitié à l'égard de tout Homme, afin de contribuer à bâtir un
monde de Paix, fait de Vérité, de Justice, de Liberté et d'Amour.
+ Paul DACOURY-TABLEY
Évêque de Grand-BassamLÂ ILÂHA ILLA ALLAH
Le Soleil du Témoignage s’est levé, étincelant
Il a illuminé Lâ ilâha illa Allah,
Il a dissipé le nuage de la négation
Pour le désir, pour le désir ardent,
Au jour de la Rencontre, dans la Maison du Bonheur,
La meilleure provision que tu puisses emporter
C’est : Lâ ilâha illa Allah
J’ai vendu ma maison natale pour de l’argent.
Au prix de ma vie précieuse,
J’ai acheté la Maison Éternelle :
Lâ ilâha illa Allah !
Il y a bien longtemps, je m’étais égaré dans les déserts.
Ils remplaçaient ma famille au fond
De mon cœur, pendant que des voix criaient :
Lâ ilâha illa Allah.
Mon ravissement et mon approche me soulevaient,
Comme mon isolement parmi les sables
Et la disparition de moi-même
dans l’anéantissement de Lâ ilâha illa Allah.
Plein d’impatience, à cause de mon jeune âge
Et du désir passionné, j’étais attiré
Vers ces mots : Lâ ilâha illa Allah
Quel état – ah ! si tu savais !
A habité entre mes poumons et ma clavicule,
Parmi mes plus beaux chants : Lâ ilâha illa Allah.PREMIÈRE PARTIE
LE HAMALLISME
DE CHEIKH YACOUBA SYLLA1.
« Sous la caution de Dieu, puissent ma mémoire, ma parole
et le rappel de mon vécu s’accorder dans l’excellence de sa
bienveillance Divine ».
À l’origine de l’Islam était le Soufisme. C’est une doctrine spirituelle
qui rend plus facile, plus harmonieuse la relation entre la vie sociale
et la vie spirituelle, de sorte que l'une alimente l'autre. Elle n'est guère
différente dans son fond de l'Islam, tel qu'il est conçu dans la Sunna*
et qui comporte, à la fois, le temporel, le psychique et le spirituel.
Depuis son éveil mental, l’homme est en quête de spiritualité faite de
l'expérience de la transcendance et du dépassement de soi par un absolu
qui donne un sens à l'être et au monde. Comment donc méconnaître ce
besoin de l'homme dont l'esprit, ouvert à l'universel, refuse les limites
que la science voudrait imposer à sa soif de connaissance véritable ?
Les Soufis, dont le nom proviendrait d’une robe de laine blanche (souf
ou çouf) que portaient les premiers mystiques, représentent la branche
mystique de l'Islam. Ils constituent donc sa doctrine ésotérique
(tasawwouf) par opposition à sa partie exotérique.
Cette pratique a commencé vraisemblablement avec le Prophète
1Mahomet (PSA). Mais c’est Ibn 'Arabi qui la dévoilera, tant par sa
pratique que par la centaine d'ouvrages qu'il a rédigée.
« Les premiers soufis développèrent l’Unicité du témoignage
(wahdat al Shouhoud) fondé sur le dialogue entre le cœur du
1. Ibn 'Arabi : Mohammed Ibn ’Arabî, connu sous son seul nom de Ibn ’Arabî (1165, Murcie dans le pays
d'al-Andalûs - 1240, Damas). Appelé aussi Cheikh al-Akbar (le plus grand maître), Ibn 'Arabi est l’un
des plus grands mystiques. Il est auteur de 846 ouvrages. Son œuvre aurait influencé Dante.mystique et Dieu. Cet échange conduit à la rencontre, à
l'identification avec Dieu, à l'anéantissement de la conscience personnelle
2(Fanâ), à ce « Je » qui valut à Al-Hallâj sa condamnation. »
La clé du mystère Divin étant l'Amour, les soufis se laissent
guider par leur sentiment, cherchant Dieu par un contact intérieur
en mettant au centre de leur vie l'amour de Dieu et de l'homme. Le
Dieu que découvrent les soufis est un Dieu d'amour et on accède à
Lui par l'Amour : « qui connaît Dieu, L'aime... Si tu veux être libre,
3sois captif de l'Amour. » Toute existence procède de Dieu et Dieu seul
est le Réel. Et, percevoir Dieu derrière tout ce qui existe implique
la pureté de l'âme. Seul un effort de renoncement au matériel permet
de s'élancer vers Lui : « l'Homme est un miroir qui, une fois poli,
4réfléchit Dieu ».
Les soufis se proposent ainsi d'arracher l'âme du joug tyrannique des
passions, de la délivrer de ses penchants coupables et de ses mauvais
instincts, afin que dans le cœur purifié, il n'y ait de place que pour Dieu.
Dans la pratique soufie, la méditation et la contemplation sont
prépondérantes. Elles sont constituées de prières collectives, de
concerts spirituels, de poèmes, de danses rituelles et de l'invocation
(Zikr) du nom d'Allah dans une cellule (Zaouïa) pendant un cycle
ternaire : trois jours, trois semaines ou trois mois.
Contrairement à ce que l’opinion publique pense, les soufis
observent les « cinq piliers » de l'Islam, avec cependant une conscience
plus aiguë des pratiques.
*
* *
Quelques vers issus de la sagesse soufie,
que chacun d'entre nous devrait réellement méditer :
« Avant de parler, une nécessité : écoute d'abord, apprend à parler
par l'écoute ». Rumi, Mathnawi (Mesnevi), Coran 10, 99-100
2. Nazhmiddin Kubro, La pratique du Soufisme - quatorze petits traités, Éditions de l’Éclat, p. 7.
3. Les livres du soufisme, 2003.
4. Les livres du soufisme, 2003.« Si ton Seigneur l'avait voulu, tous les habitants de la terre auraient
cru. Est-ce à toi de contraindre les hommes à être croyants, alors
qu'il n'appartient à personne de croire sans la permission de Dieu ? »
Coran 10, 99-100
« Celui qui flatte son propre ego ou celui des autres ne sentira jamais
le parfum de la sincérité. » Abu Abdullah Al Qurachi
« On se débarrasse de l'orgueil en mesurant le besoin que l'on a
d'Allah. Qui agit ainsi et voit l'immensité de sa pauvreté face à Lui, se
rend apte à recevoir tout ce qui lui vient de Lui. Ses bienfaits
deviennent des évidences éclatantes et Ses commandements, des
obligations absolues. Nul être n'est petit aux yeux de celui qui voit la
grandeur d'Allah. » Al Harith Al Muhassibi
« Les actions ne valent que par les intentions qui les ont inspirées. »
Cheikh Hamadou Bamba
« La Vérité n'a pas en elle-même besoin de vertu, mais l'homme a
besoin de vertu pour s'assimiler à la Vérité. » Frithjof Schuon
« La raison d'être profonde de tout acte religieux est le Souvenir de
Dieu, qui en dernière analyse est la raison d'être même de l'homme. »
Frithjof Schuon
« La voie exotérique c'est moi et Toi. La voie ésotérique c'est je suis
Toi et Tu es moi. La Connaissance ésotérique, c'est ni moi ni Toi, mais
Lui. » Frithjof Schuon
« L'intelligence n'est belle que quand elle ne détruit pas la foi, et la foi n'est
belle que quand elle ne s'oppose pas à l'intelligence. » Frithjof Schuon
« La faute de l'Orient déchu, c'est qu'il ne pense plus ; celle de l'Occident
déchu, c'est qu'il pense trop et mal. L'Orient dort sur des vérités,
l'Occident vit sur des erreurs. » Frithjof Schuon
« La voie vers Dieu comporte toujours une inversion : de l'extériorité
il faut passer à l'intériorité, de la multiplicité à l'unité, de la dispersion
à la concentration, de l'égoïsme au détachement, de la passion à la
sérénité. » Frithjof Schuon
« Ayant bu des mers entières, nous restons tout étonnés que nos
lèvres soient encore aussi sèches que des plages, et toujours cherchons
la mer pour les y tremper sans voir que nos lèvres sont les plages et
que nous sommes la mer. » Âttar« Celui qui a le ventre plein croit toujours que personne n'a faim ».
Cheikh Abdoulaye Dieye
La Paix :
Elle est la fleur au parfum enivrant du jardin de la quiétude
Elle est le mouvement d'amour qui submerge et unit les cœurs de
pardon et de mansuétude
Elle est la monture du héros qui combat l'intolérance
Elle est la méditation suprême du sage noyé dans l'éternelle présence
Elle est la plume du savant qui éveille et transmet la connaissance
Elle est l'encre de l'alphabet céleste, mystère de l'essence
Elle est la fondation de la demeure de la justice et de la dignité
Elle est la force salvatrice des hommes contre la monstruosité
Elle est le remède du cœur face à l'angoisse des âmes agitées
Elle est l'hymne des chérubins qui portent le trône Divin
Elle est le nom béni de Dieu invoqué par toute la Création
Elle est enfin, Salam, auquel je consacre toute ma dévotion. »
Khaled Bentounès, Maître Spirituel soufi
« Le clair de lune pénètre dans la pièce à la mesure de l'ouverture,
même si sa lumière se répand partout, de l'orient à l'occident. »
Rumi, poète mystique persan
« L'insondable faiblesse de l'homme laisse place aux désirs
commandés par sa propre nature, l'inévitable solution est donc le
combat moral des passions. » Ibn 'Arabi
« Allah […] est la Lumière des cieux et de la terre, c'est-à-dire leur
être même, c'est par Lui qu'ils subsistent et par Lui qu'ils sont
manifestés. En effet, c'est par la lumière qu'apparaît ce qui était celé
dans les Ténèbres du néant. N'eût été Sa Lumière, aucune chose ne
serait perçue et il n'y aurait aucune différence entre une ombre et
celui qui la projette. » Abd el-Kader, Émir algérien
*
* *
Le Hamallisme est un mouvement social, religieux et révolutionnaire.
Il est dérivé de la Tijaniya, fondée par Cheikh al Tidjani. C’est une
adaptation du Soufisme à la culture africaine qui a pris son essor dans
la région des Hodh et du Sahel mauritano-malien.Après la mort du fondateur du tidjanisme, une dissidence éclate
quant au choix d’un successeur et, l'un de ses animateurs, « Cheikh
Sidi Mohammed Ben Ahmed, s'établit dans la région de Nioro du
Sahel au Mali. Il rallie à sa cause une partie de la population
restée fidèle à El Hadj Omar Tall et son fils Ahmadou, mais aussi
un de ses petits neveux réputé pour sa sainteté : Thierno Bokar, plus
connu sous le nom de ”Sage de Bandiagara”. Cheikh Sidi Mohamed
Ben Ahmed prend soin de rattacher la confrérie à la maison mère
Tijaniya de Fès. Cette précaution légitime le nouveau mouvement et
5lui confère, à défaut du caractère orthodoxe, une authenticité. »
La diffusion du Tijanisme marquée par les prières récitées sur le
chapelet à onze grains et auquel Sidi Mohamed donne l'impulsion,
sera l'œuvre de son disciple préféré et successeur Cheikh Hamahoullah
(le Protégé de Dieu) Ould Mohamed Ould Seydna Oumar, plus
connu au Mali sous le nom de Cheikh Hamallah.
Cheikh Hamallah est né à Kamba Sagho (Mali) en 1883 d'un
père érudit de Tichit en Mauritanie et d'une mère peule du Mali. À
dix-neuf ans, il devient qutub* de la Tijaniya et prêche à partir de
Nioro le retour à la pureté de la confrérie mère. Par ses prières, ses
méditations et ses visions extatiques, il s'attire rapidement de
nombreux fidèles. Sa réputation de mystique et d'ascète traverse
les frontières et les disciples affluent de partout...
Les Hamallistes « aiment par-dessus tout le mysticisme de l’Islam,
son Soufisme, sa calligraphie, son mode de vie plutôt austère et sans
ostentation, sa capacité à offrir sans condition préalable une fraternité
ouverte, presque universelle. Enfin, l’absence de culpabilité vis-à-vis de
l’argent ou de la sexualité contribue à valoriser la religion de Mohammed,
en ce qu’elle a de profondément humain. Un tel Islam évoque l’Autre
éloigné qui, pourtant, est très proche. Rigueur, fraternité à toute
épreuve, solidarité et enrichissement humain jalonnent la vie de la
6communauté. »
5. Hanretta Sean Allen, Constructing a religious - Community in french West Africa - The Hamawi
sufis of Yacouba Sylla, Doctor of philosophy at the University of Wisconsin - Madison, 2003.
Traduit de l’anglais par Zoh Maniga.
6. Manifeste pour un islam des Lumières, pp. 13, Malek Chebel, Hachette Littératures, 2004.2.
Louange à Allah qui a dévoilé la Vérité profonde de son message
aux disciples aimés selon son Agrément et ouvert pour eux, la
connaissance spirituelle et intelligible, la connaissance de son
Unité et de sa Transcendance dans l'éternité intemporelle.
Conçu le quinzième jour du septième mois lunaire (Rajab), le
Prophète Mahomet vint au monde le douzième jour du troisième
mois lunaire (Rabil Al AwaI). Sa nativité renvoie au nombre
trente-trois, la symbolique trilogie des quatre-vingt-dix-neuf plus
beaux noms de Dieu. Trente-trois, un nombre essentiel dans la
mystique musulmane. Il est divisible par trois, ce qui donne onze,
un nombre qui est, entre autres, le symbole de la force, de l'Unité
absolue et du reflet cosmique du monde.
Le Prophète Muhammad (PSL), l'Aimé de Dieu, a souffert le
martyre dans son combat contre l’ignorance et l'obscurantisme...
Chassé de la Mecque, pourchassé, sa résidence familiale fut détruite
et ravagée, ses disciples battus, emprisonnés et mis à mort...
Son triomphe sur les forces mécréantes s'impose divinement
depuis 1420 ans dans la Conscience universelle des croyants.
Cheikh Hamahoullah est le détenteur du nom secret de Dieu,
le nom aux onze lettres, faisant de lui l'Ascète aimé du Prophète
des prophètes, la Lumière berceuse des Érudits de Kaédi, de
Banamba, de Macina, de Oualata, de Labé etc. Révélé aux
jurisconsultes par son Savoir reconnu, il a enduré le martyre de
l'intolérance coloniale, mais aussi de l'abjecte et subjective
interprétation du Coran par des musulmans laudateurs et dévoyés. Arrêtéet déporté en 1930 à Adzopé (Côte d'Ivoire), en 1941 à Cassaigne
(Algérie), en 1942 à Montluçon (France), Cheikh Hamahoullah a
vu sa résidence familiale détruite, ravagée, sa riche bibliothèque
saisie, certains de ses disciples emprisonnés, déportés ou fusillés...
Son triomphe sur le mensonge, la perversion spirituelle a fini
par s'imposer majestueusement dans nos consciences oxygénées
et dans nos Zaouïa du Zikr élevé.
Cheikh Yacouba Sylla, la Troisième composante de la onzième
dimension, fut arrêté, emprisonné et déporté en 1930 à Sassandra
(Côte d'Ivoire). Ses coreligionnaires furent fusillés le 15 février
1930 à Kaédi (Mauritanie)…
Le triomphe de Yacouba Sylla sur l'inculture coloniale nous
consacre en Grandeur, en Honneur et cela, depuis le onzième
Rocher de ses nuits d'exil, ses nuits de contemplation bercées par
les va-et-vient interminables des vagues de l'immense océan,
témoin privilégié de sa grande solitude. Grâce à Dieu, s'offrait à lui
la source miraculeuse, attestant ainsi qu'il n'a jamais été seul,
jamais été abandonné.
Que dire de l’intimité spirituelle de Yacouba Sylla avec les trois
cent treize rochers, le flux communicationnel de son mystique
dialogue avec la cosmogonie des ouvertures insoupçonnées ? Le
dialogue avec les onze grains non encastrables a aplani le chemin
de l'astral destin du Hamallisme, martyrisé en ce lieu d'exil et de
prédestination transcendantale.
L'homme du Grand Horloger a consolidé, affiné et embelli ce qui
allait majestueusement se révéler, comme une gloire spirituelle, au
grand et fascinant destin : le Hamallisme des onze grains du Défi et
de l'accomplissement.
Ô Dieu ! Répands tes grâces et accorde le Salut à la source de la
Miséricorde divine, brillante comme le diamant, en montrant le
centre des intelligences et des pensées à la lumière des existences
qui ont formé l'Homme, à celui qui possède la Vérité divine ; à
l'éclair traversant les nuages précurseurs de pluie de bienveillances
Divine et qui illumine le cœur de tous ceux dont la science à la
profondeur de la mer, et qui recherchent l'union avec Dieu... à la
lumière brillante remplissant ton être qui renferme tous les lieux.Cheikh Yacouba Sylla... Si le colonialisme savait... Si ces
musulmans de service possédaient la connaissance exacte, rien ne
les aurait amenés à t'offrir « la puissance et la science de la
profondeur de la mer ». Ton exil « a sublimé la recherche de ton
Union avec Dieu, Sa lumière brillante est remplie du Créateur
Divin qui renferme tous les lieux ». Dieu merci – Dieu merci –
Dieu merci...3.
Né en 1906 dans l’actuel Mali, Yacouba Sylla est originaire de
Nioro du Sahel, à l’origine, Nour Sahel « ville de la Lumière » en
langue peuhl. Située au cœur du sahel, à la frontière
mauritanomalienne, cette cité a été « fondée en 1240 par un esclave nommé
Beydari Tamboura. Elle a pris son essor avec l'arrivée de
migrants venant du haut Sénégal et du Soudan. Les Bambaras la
eprennent au XVIII siècle avant d’être vaincus et chassés par El
Hadj Oumar Tall en 1856, qui y fera construire une grande mosquée
en 1854 ; dès lors une importante communauté musulmane viendra
7s'y installer. Nioro deviendra le fief du Hamallisme. »
Yacouba Sylla, d’ethnie Sarakolé, appartient à l’une des grandes
familles de Nioro. N’passokhona Sylla son père, un soufi, était un
érudit du Saint Coran. Quant à sa mère Awa Cissé dite Mama Cissé,
elle est également de Nioro, de la famille Cissé de Maguiraga
Counda.
N’passokhona Sylla fit acte d’allégeance au Cheikh Hamallah. Ce
fut une circonstance particulièrement remarquée par les Niorois.
Afin de consacrer l’Alliance du Destin, il traversa toute la ville avec
une corde au cou que tenait son fils aîné, N’kissima Hinda.
Le désormais “esclave” de Cheikh Hamallah, comme il se présentait
lui-même, partit à la rencontre de son Maître à Mederdra
(Mauritanie) où le Chérif purgeait une peine d’emprisonnement de
dix ans. C’était sa première déportation. Mais avant de s’en aller, le
Cheikh Hamallah confia ses disciples à M’paly Kaba. La famille Sylla
n’eut plus aucune raison de demeurer à Nioro sans le Chérif.
7. WikipédiaC’était la dernière fête de tabaski que le Chérif passait à Mederdra
avant les évènements de Kaédi. Il fit appeler les plus influents de
ses disciples afin de partager avec eux le repas de l’Aïd-el-kébir.
Au moment de partager le repas, le Chérif remarqua l’absence de
Yacouba Sylla :
– Où est Yacouba ? demanda-t-il aux disciples.
– Je l’ai aperçu aux environs de votre résidence, Maître, expliqua
l’un d’eux.
Le Maître envoya quelqu’un appeler Yacouba qui fit dire au Chérif
qu’il était en train de faire la tassawaf. En effet, Yacouba faisait le
tour de la résidence de son Maître à la manière des pèlerins autour
de la kaaba. Il faisait ainsi son hadj.
Quand Cheikh Hamallah apprit la nouvelle, il s’écria :
– LÂ ILÂHA ILLA ALLAH ! Alors que les musulmans font le voyage
de la Mecque pour accomplir leur hadj, il y en a d’autres pour qui la
kaaba se déplace. Allahou Akbar ! Je me joins à l’acte de Yacouba.
Devant les disciples médusés, Cheikh Hamallah ordonna
d’attendre la fin de la prière de Yacouba avant de commencer le repas.
Comme il fallait s’y attendre, les autres disciples prirent ombrage
de cette place qu’occupait désormais Yacouba dans le cœur du
Maître. Aucun d’entre eux ne fit un effort pour faire une place au
“pèlerin” lorsqu’il arriva enfin. C’est le Chérif lui-même qui permit
à Yacouba de s’asseoir en face de lui. Au cours du repas, quand les
disciples donnaient les meilleures tartines au Maître, celui-ci les
mettait dans la bouche de Yacouba.
À la fin du repas, Cheikh Hamallah demanda à tous les disciples
de rassembler leurs chapelets dans le grand boubou qu’il portait.
Puis, au moment des bénédictions, il y plongeait la main, en sortait
un chapelet au hasard et le brandissait aux disciples. Le talibé qui
reconnaissait le sien se rapprochait du Maître pour recevoir ainsi
son chapelet et la bénédiction.
Arriva le tour de Yacouba Sylla. À la grande surprise de Cheikh
Hamallah, son disciple avait deux chapelets au lieu d’un seul
comme tous les autres. Le Maître, dans la mystique de sa Foi en
Allah, en Son Prophète (SWA) et en la Tijaniya prit à témoin toutel’assemblée et dit : « Sous la caution de LÂ ILÂHA ILLA ALLAH,
j’échange mon chapelet contre celui de Yacouba... »
Joignant l’acte à la parole, il ôta le sien de son cou et le fit porter
à son disciple : « Yacouba, tu viens de recevoir un don de Dieu.
Proclame-toi. Que le monde entier soit témoin de ta Foi. »
*
* *
La ville de Kaédi était en proie à de vives altercations entre les
disciples de la voie Tijaniya à onze grains (dont le Chérif de Nioro
était le garant moral et spirituel) et les descendants d’El Hadj Omar
Tall, partisans de la Tijaniya à douze grains. Les querelles entre les
factions rivales étaient si fréquentes qu’elles en arrivèrent à la
séparation des cimetières. Les Hamallistes décidèrent aussi de
déserter la mosquée au profit de leur zaouïa.
Avant d’être un symbole, la voie des onze grains était pratiquée
dans la pureté, dans l’authenticité insufflée par le Cheikh Hamallah.
Cela répondait au souci de préserver la doctrine originelle du
fondateur du Tijanisme telle qu’elle fut codifiée dans Jawâhir
alma ânî, l’ouvrage de référence qu’aucun Tijani ne conteste et qui
consiste à réciter onze fois la formule Jawharatu-i-kamâli (Perle
de Perfection), bréviaire Tijania rédigé par Ali Harazin sous la
dictée de Cheikh Hamed Tijani.
Pour revenir aux sources et appliquer strictement les instructions
du fondateur de la Tijaniya, Hamahoullah demandait toujours à
ses fidèles de réciter onze fois la formule sacrée. Ainsi, les tidjanis
qui ont accepté de se plier à cette prescription ont été surnommés
les onze grains.
Les onze grains... de la conscience engagée, déterminés à
ne servir que la seule cause qui valait de l'être... celle de :
LÂ ILÂHA ILLA ALLAH.
Les onze grains... de l'aération confortable de la psyché et du spirituel,
toujours régénérés dans l’exigence communautaire du partage.
Les onze grains... du don de soi... de la défense de notre
richesse spirituelle, celle-là que chaque Hamalliste porte en lui et