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À la septantaine, je te raconte...

De
162 pages
Soixante-dix ans est une étape importante pour une femme : l'avenir se rétrécit, le passé ressurgit et les souvenirs reviennent. C'est ce qu'a voulu présenter l'auteure de ce livre en privilégiant une partie intime de sa vie avec sa petite-fille adoptive : une relation unique qui donne envie d'adopter, envie d'être grand-mère ; le bonheur de vivre des moments exceptionnels où beaucoup pourront se retrouver dans le partage de la tendresse et de l'amour.
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Marie-Thé LaclaverieSoixante-dix ans est une étape importante pour une
femme : l’avenir se rétrécit, le passé ressurgit et les
souvenirs reviennent.
C’est ce qu’a voulu présenter l’auteure de ce livre
en privilégiant une partie intime de sa vie avec sa
petite-fi lle adoptive : une relation unique qui donne
envie d’adopter, envie d’être grand-mère ; le bonheur
de vivre des moments exceptionnels où beaucoup
pourront se retrouver dans le partage de la tendresse
et de l’amour.
À la septantaine, Marie-Thé Laclaverie, mariée, mère
de deux enfants et grand-mère de
trois petits-enfants, réside dans les je te raconte…
Hautes-Pyrénées. Elle est l’auteure de
Un instant pour toujours (2008) et de
Marie de mon enfance (2012), parus
aux éditions L’Harmattan.
Préface de Anne Lasserre-Vergne
ISBN : 978-2-343-10807-0
17 €
Rue des Écoles / Récits
Marie-Thé Laclaverie
À la septantaine, je te raconte…
Rue des Écoles / Récits

Rue des Écoles

Le secteur « Rue des Écoles » est dédié à l’édition de travaux
personnels, venus de tous horizons : historique, philosophique,
politique, etc. Il accueille également des œuvres de fiction
(romans) et des textes autobiographiques.


Déjà parus
Cerf-Verny (Catherine), Les ailes de Nathan, roman, 2017.
Jolly (Raymond), Le roi des pêcheurs, récit, 2017.
Benoit (Jean-Louis Gabriel), Rue des rêves, roman, 2017.
Robin (Jean-Paul), Lettres mortes, récit, 2017.
Delécraz (Guy), L’aventure commence à treize ans, récit, 2017.
Harquel (François), La diva ravie, roman, 2017.
Nesme (Alain), Lisbeth ou la vérité, récits, 2017.
Rey (Michel) Le cri de la hulotte, roman, 2017.
Azzam (Mona), Sur l’oreiller du sable, roman, 2017.
Hartenberger (Jean-Louis), Une enfance nîmoise, récit, 2017.
Arnaud (Emmanuel), Le monde dans 3000 ans, essai, 2016.
Covas (Madeleine), Frédéric l’enfant-soleil ou la vie à l’envers, roman,
2016.



Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr





À LA SEPTANTAINE,
JE TE RACONTE…



















































© L’Harmattan, 2017

5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-10807-0
EAN : 9782343108070 Marie-Thé Laclaverie





À la septantaine,
je te raconte…






Préface de Anne Lasserre-Vergne































Du même auteur aux éditions L’Harmattan
Un instant pour toujours,
collection « histoire de vie et formation », 2008
Marie de mon enfance
collection « graveurs de mémoire », 2012 PRÉFACE
Rencontrer certains êtres au sourire lumineux est un
cadeau de la vie. Il en est ainsi de Marie-Thé Laclaverie :
tout en tendresse, en générosité, en humour ; tout en
écoute, en don de soi, en présence.
Ses ouvrages sont à son image. « J’écris ce que je suis »,
pourrait-elle mettre en exergue de chacun de ses livres.
Se révéler derrière chaque mot n’empêche pas la
distanciation propre à l’humour, surtout quand on se
retrouve aux urgences, accueillis par une jeune femme
aux cheveux bleus…
L’auteur compose avec élégance autant de petits
tableaux qu’elle conte d’épisodes d’une vie. Le fil rouge :
une grand-mère et sa petite fille, Marine : Marine, quand
elle a trois heures ; Marine à six mois, à dix mois, à la
crèche, à dix ans, vingt-et-un ans ; Marine à Biarritz, à
Paris. Un fil rouge tressé d’amour.
Par le biais de plusieurs narrateurs – la grand-mère
Mamité, le bébé Marine, le chien Charly – l’auteur nous
raconte comment se tissent, se nouent des liens
indéfectibles ; comment l’enfant emplit l’existence d’une
famille, comment la famille se crée, se recrée autour de
l’enfant nouveau-né.
Le chiffre sept est porteur de symboles. Ses multiples
le sont aussi. Sept fois dix ont fait de Marie-Thé
Laclaverie l’auteur des pages que vous vous apprêtez à
lire, et qui nous disent qu’il suffit d’aimer pour aider un
petit être à grandir, pour que, malgré les incertitudes, les
maux à cicatriser, la vie multiplie ses dons et ses richesses.
Anne Lasserre-Vergne
Docteur ès lettres
7



Sept, sept, sept ! Le chiffre sept court dans ma tête !
Je me suis levée sans trop penser à cet âge venu
frapper à la porte du pavillon de mon oreille, sans y
prendre garde mais un bouquet de soixante-dix roses,
envoyé par mes enfants du Var, a rapidement embaumé
l’air et mon esprit. Puis ma fille et ses nombreux cadeaux,
puis mon mari et ses soixante-dix bises qu’il n’est pas
arrivé à plaquer tant mes joues chauffaient.
Fallait-il qu’ils s’y mettent tous pour rafraîchir ma
mémoire, que j’aurais voulu silencieuse ce matin-là ? Je
me suis regardée dans le miroir : et si pendant la nuit tout
s’était fané davantage ? Cou en paillasson, joues
parcheminées, yeux flétris, menton avachi ? Ah l’aimable
image ! Tout était à peu près en place, ni plus ni moins
que l’avant-veille ! J’avais eu le temps de m’habituer à
mon apparence alors que les mois, les années s’écoulaient
au rythme de nos soucis, de nos souffrances, de nos joies.
Les rides témoignent de nos émotions et j’étais contente
que mes zygomatiques reflètent le rire qui, depuis
l’enfance, ne m’a jamais quittée. J’étais arrivée à cette
étape pas trop cabossée, je n’allais pas me plaindre !

Sept, le chiffre le plus parfait dans la bible ! J’allais
donc entrer dans le bonheur absolu ?
Ce chiffre sept est hautement symbolique chez les juifs
et chez les chrétiens : Dieu a créé le monde en sept jours,
les sept jours de la semaine ; dans la bible, le chiffre 7 est
mentionné sept cent trente-cinq fois ; Jésus dit à Pierre
qu’il doit pardonner à son frère jusqu’à soixante-dix fois ;
l’auteur de l’Apocalypse est celui qui recourt le plus
fréquemment au chiffre 7 ; il y a les sept églises d’Asie,
les sept esprits autour du trône de Dieu, les sept
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trompettes, les sept branches du candélabre, les sept
cornes et les sept yeux de l’agneau, les sept tonnerres, les
sept plaies, les sept coupes déversées ; la tradition
chrétienne est restée fidèle à ce symbolisme en fixant à
sept le nombre des sacrements, des dons de l’Esprit, des
vertus, des péchés capitaux, des paroles du Christ sur la
croix.
Dans la religion juive, le shabbat est le septième jour
de la semaine ; en Israël, les fêtes de Pessah et de Souquât
durent sept jours ; tous les sept ans, l’année de la
shemitah, les agriculteurs juifs pratiquent la jachère ; lors
de la mort d’un proche parent, la période de deuil est de
sept jours ; Moïse est né et est mort le sept adar selon le
calendrier juif ; les sept Bergers d’Israël, Abraham, Isaac,
Jacob, Moïse, Aaron, Joseph et David, sont les sept
« invités » à la fête de Souccot ; le Menora, dans le temple,
avait sept branches ; il y a sept jours de fête dans l’année
juive.
Le chiffre sept est aussi fortement présent dans
l’islam : sept correspond au nombre des cieux dans la
tradition islamique ; sept est le premier chiffre mentionné
dans le coran ; il y a sept couches dans chaque atome de
l’univers ; la circumambulation désigne les sept tours que
doivent effectuer les musulmans en pèlerinage à La
Mecque ; sept est le nombre des versets de la sourate
liminaire Al-Fâtiha.
Il y a sept emblèmes du Bouddha ; sept cieux
bouddhiques, sept pas de Bouddha dans une seule
direction ; une tradition indienne attribue sept rayons au
soleil ; les bols chantants tibétains sont issus de l’alliage
des sept métaux évoquant les sept corps du système
solaire : l’or (Soleil), l’argent (Lune), le mercure
10

(Mercure), le cuivre (Vénus), le fer (Mars), l’étain
(Jupiter), le plomb (Saturne).
Sept est un chiffre que l’on retrouve fréquemment
dans la mythologie grecque : les sept Hespérides ; les
Sept contre Thèbes ; les enfants de Niobé, sept fils et sept
filles ; les sept cordes de la lyre ; les sept sphères…
L’autre Thèbes, la ville antique d’Egypte, comptait sept
portes.
A New-York, la statue de la Liberté est couronnée de
sept rayons, représentant les sept mers et les sept
continents.
Et les sept notes de la gamme diatonique ? Et les
bottes de sept lieues ? Et les sept nains ? Et les sept
femmes de Barbe-bleue ? Et la Nationale Sept ? Et les
sept couleurs de l’arc-en-ciel ? Amusons-nous à n’en finir
jamais avec le chiffre sept !

Depuis la soixantaine je fais partie de la grande famille
des "tamalou", celle où l’on se réveille avec des crampes
inconnues jusqu’alors. « Aïe, aïe, aïe ! Mon dos ! Que lui
prend-il à celui-là de me faire signe à cette heure de la
journée où j’ai besoin de toute mon énergie ? Je ne lui
ferai pas le plaisir de me plaindre ! » Et j’attrape comme
une fleur mon panier déposé à terre. « Ouille, ouille ! Mes
cervicales ! Elles se mettent aussi, complices, à me faire
des misères ! C’est n’importe quoi ce matin ! Je me suis
pourtant endormie sans problème. Quel est l’intrus qui
est venu réveiller l’arthrose pendant mon sommeil ? »
Mon mari, entendant mes gémissements, n’a pas l’air de
s’inquiéter ; il faut dire qu’il a déjà une grande habitude
du mal.
— Tu as des rhumatismes, c’est tout ! Cela n’empêche
pas de vieillir ! Cela ne fait que commencer !
11

Il y a de ces réflexions dont on se passerait bien,
surtout venant d’un mari qui partage votre vie depuis plus
de cinquante ans et qui continue à lire son journal comme
si mes douleurs lui étaient étrangères.
— Merci de tes encouragements ! Je file au marché,
accompagnée de mes nouveaux amis. Tu connais leur
nom, toi le malin !
Il relève la tête, l’air ahuri :
— Qui ? Quoi ?
— Tu sais bien, Monsieur Je Sais Tout, le mal de dos
qui peut se transformer en hernie discale, le jeune
torticolis qui va tourner, lui aussi, en hernie cervicale, la
tendinite qui jouera la paralysie d’ici peu !
Il est pris d’un rire irrépressible.
— Et, en plus, tu te moques !
Je tourne les talons, vexée, le laissant à sa lecture et à
son indifférence.

Au marché, je rencontre Amandine, une amie de
longue date. Je sais qu’avec elle je pourrai me confier
mais, aussitôt après le bisou habituel et le "Comment ça
va ?" traditionnel, elle se met à énumérer les maux qui
grignotent son corps de toute part : « J’ai déjà subi huit
opérations et je dois retourner consulter... Je peux à peine
respirer, je suis sûre que mes poumons rétrécissent... Mes
genoux ne me portent plus, il faudra intervenir malgré
toutes les infiltrations de cortisone… Je ne peux plus
supporter… Et les hanches qui se déboîtent, la vessie à
remonter, la vue qui diminue, l’oreille qui entend moins,
les dents qui se déchaussent, les pieds qui se déforment,
les mains qui se rétrécissent, les doigts qui sont attaqués
par des excroissances osseuses… »
12

Je suis habituée à l’art mais pas à l’art…hrose ! Il a fallu
que j’arrive à cette étape de ma vie pour m’instruire sur
un nouveau mot donné à un nouveau mal ! J’apprends
que l’arthrose a longtemps été considérée comme une
fatalité due au vieillissement (on s’en passerait bien de ces
fatalités qui nous frappent sans crier gare), qu’il n’y aurait
que des traitements symptomatiques destinés à soulager
la douleur (ah bon ?), que c’est une maladie articulaire
avec plusieurs facteurs de risques bien identifiés
conduisant à la destruction du cartilage. Revenant un peu
plus tard à mes recherches, je reconsidère les facteurs de
risques et découvre que la dégradation du cartilage et de
l’articulation peut s’étendre à la colonne vertébrale, au
genou, à la hanche. Mon amie, qui vit ces incommodités
depuis fort longtemps, a subi deux opérations, au genou
et à la hanche, et ne se retrouve pas plus neuve pour
autant.
Une collectionneuse de pathologies, cela existe donc ?
J’écoute, ébahie et rassurée à la fois : ainsi, il y a pire que
moi ? Soudain, je réalise ma chance de n’avoir que mal au
dos bien que mes genoux sachent se rappeler à mon
souvenir quand je marche trop longtemps.
Je n’ose me plaindre à mon amie et m’apitoie sur son
sort. Cependant, tout en lui souhaitant du courage pour
supporter tous ces maux qui habitent son quotidien, j’ai
envie d’ajouter : « Tu as encore de la veine de pouvoir
respirer ! » mais je me retiens, certaine qu’elle
n’apprécierait pas. Je la soupçonne d’être quelque peu
hypocondriaque ; sa liste de médecins est
impressionnante.
Nous nous quittons, heureuses d’avoir parlé
"philosophie" à notre manière.
13

Je rentre à la maison un peu plus calme ; mon époux a
toujours son air malicieux mais il évite de me demander
si j’ai rencontré du monde connu. Inutile de réveiller les
sujets qui fâchent !

Et les années s’écoulent au rythme de nos souffrances.
Elles témoignent aussi que nous sommes en vie à un âge
pourtant certain : l’optimiste affirmera qu’à soixante-dix
ans et plus, on est toujours actif et mon petit-fils Adam
dit : « Tu es une mi-jeune ! » Puisqu’il y a de plus en plus
de centenaires, pourquoi ne serions-nous pas dans le lot ?
Il faut cultiver le dynamisme, se mobiliser, être curieux
de tout, apprendre, visiter, voyager, aller au concert, au
théâtre, aux conférences, donner de soi, entretenir le lien
social indispensable pour ne pas devenir neurasthénique.
Pour ma part, je chante dans une chorale depuis
trentecinq ans, je peins depuis vingt-cinq ans, je marche, je joue
avec mes petits-enfants, j’étudie l’histoire de l’art. Et que
c’est bon de se retrouver entre amis pour des repas et des
sorties ! Que c’est bon de se plaindre un peu, de rire
surtout ! Que c’est bon de se cajoler, de s’aimer entre
époux (même avec un mari rouspéteur et taquin !), de
continuer à vivre ensemble et à partager des instants
complices !

Tout dernièrement, Marine, notre petite fille, est
arrivée chez nous, l’air mi désolé, mi moqueur :
— Tu sais que Manou (sa grand-mère paternelle) perd
la tête ?
— Comment ça elle perd la tête ?
— Et bien, quand on lui demande de nous faire une
soupe aux fèves, elle nous répond qu’elle ne sait pas la
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préparer et qu’elle n’en a jamais cuisiné. Étonnant, elle
qui a mijoté des quantités de fois cette soupe !
— Et si elle n’avait tout simplement plus envie de la
faire ? Elle en a bien le droit tout de même !
— Mais je t’affirme, continue-t-elle, que Papa se rend
compte qu’elle oublie de plus en plus de choses.
— Et alors, à son âge c’est normal ! Tu vois, moi qui
ai quatorze ans de moins qu’elle, je suis dans ma cuisine,
je me lève pour aller chercher un objet quelconque à un
endroit précis et quand j’arrive à l’endroit en question,
c’est le trou noir. Sais-tu ce que je dois faire pour me
rappeler l’objet ? Je reviens là d’où je suis partie et la
mémoire me revient.
— Ah bon, me répond-elle dubitative, tu es drôle, toi !
Tu vieillis alors ?
— Comme tout le monde, ma chérie ! Et toi aussi, tu
les auras, ces désagréments -mais je ne pourrai pas en être
témoin. Rappelle-toi alors notre petite conversation et ne
remise pas aujourd’hui ta Manou dans la classe des têtes
fêlées.
Avez-vous remarqué ? De vos oublis au jeune âge on
se moque gentiment : « Quelle tête de linotte ! » ou :
« Quelle tête en l’air ! » On vous le fait observer mais la
raillerie s’arrête là. J’en ai souvent fait les frais et encore
aujourd’hui, mon étourderie est légendaire : plus d’une
fois Marie-Hélène m’a appelé : « Allo, Madame
l’Étourdie, tu as laissé ta veste, tes lunettes et ton carton
à dessin à l’atelier ! Pas grave, cela sera l’occasion de
continuer notre conversation laissée en suspens hier ! »
Mais viendra le jour où on dira de nous, simplement
parce que nous aurons passé l’âge de paraître en forme :
« Ne trouvez-vous pas qu’il débute une Alzheimer ? »
ou : « Il devient sénile ! » Et ceux qui se targuent d’avoir
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